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ONU : le président iranien pourra venir à New York malgré la guerre avec les États-Unis d’Amérique, le « chef de l’autorité palestinienne » privé de visa

À quelques jours de l’ouverture de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, le président iranien Massoud Pezeshkian est autorisé à se rendre à New York, malgré la guerre qui oppose l’Iran aux États-Unis d’Amérique. À l’inverse, Mahmoud Abbas, chef de l’Autorité palestinienne, ne pourra pas entrer sur le territoire étatsunien. Il devra s’adresser à l’Assemblée générale par visioconférence.

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Le Département d’État a confirmé le 17 septembre l’autorisation accordée à la délégation iranienne pour participer en personne aux travaux de l’Assemblée générale de l’ONU. Massoud Pezeshkian et Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, font partie des responsables autorisés à se rendre à New York. Leur déplacement sera toutefois soumis à des restrictions. Mahmoud Abbas, lui, reste privé de visa pour la deuxième année consécutive. L’Assemblée générale a adopté une résolution permettant au chef de l’autorité palestinienne (ce qui n’est en rien l’équivalent de « président palestinien ») de prendre la parole à distance.

Le président iranien autorisé à venir malgré la guerre

Massoud Pezeshkian, président de l’Iran depuis juillet 2024, pourra donc se rendre à New York pour la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale, prévue du 22 au 28 septembre.

Le Département d’État précise que l’autorisation concerne la délégation iranienne centrale, avec les responsables appelés à participer aux réunions de l’ONU et les personnels indispensables à leur déplacement.

Cette décision peut surprendre au regard des relations actuelles entre Téhéran et Washington. L’Iran et les États-Unis d’Amérique sont en guerre depuis le 28 février 2026. Pourtant, le président iranien pourra se rendre dans le pays avec lequel son gouvernement est engagé dans ce conflit afin de participer aux travaux de l’ONU.

L’explication avancée par le Département d’État est juridique : les États-Unis d’Amérique, qui accueillent le siège des Nations unies à New York, sont liés à l’organisation par l’accord de 1947 sur le siège de l’ONU. Ce texte prévoit notamment des dispositions permettant aux représentants des États membres et aux personnes invitées par l’organisation d’accéder au siège des Nations unies.

L’autorisation n’est toutefois pas synonyme de liberté de mouvement sur le territoire étatsunien.

Des déplacements et des achats fortement encadrés

La délégation iranienne sera soumise à des restrictions de déplacement à New York. Ses membres ne pourront pas circuler librement dans la ville et certaines dépenses leur seront interdites, notamment l’achat de produits de luxe.

Des restrictions similaires avaient déjà été appliquées aux responsables iraniens lors de précédentes Assemblées générales. Le dispositif prévoit notamment de limiter leurs déplacements à certains lieux liés à leur mission diplomatique et à leur séjour.

La présence de Massoud Pezeshkian à New York sera donc très encadrée. Le président iranien pourra participer aux réunions officielles, mais les conditions fixées par les autorités étatsuniennes limiteront considérablement ses déplacements en dehors de ce cadre.

Mahmoud Abbas toujours privé de visa

À quelques jours du même rendez-vous diplomatique, Mahmoud Abbas ne pourra pas faire le déplacement.

Chef de l’Autorité palestinienne et dirigeant de l’Organisation de libération de la Palestine – Fatah (groupe initialement terroriste mais ayant obtenu le droit d’être considéré comme l’interlocuteur officiel de l’Occident afin d’éviter que le groupe terroriste islamique Hamas, nettement plus dangereux, prenne l’ascendant auprès de la population arabe appelée « palestinienne » depuis 1964) , il s’est vu refuser un visa d’entrée aux États-Unis d’Amérique. Plusieurs responsables « palestiniens » sont également concernés par les restrictions américaines.

Il s’agit de la deuxième année consécutive que Mahmoud Abbas ne peut pas participer physiquement à l’Assemblée générale de l’ONU à New York.

Le Département d’État justifie cette décision par plusieurs griefs dirigés contre l’Autorité palestinienne (Fatah) et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). L’administration étatsunienne leur reproche notamment certaines démarches engagées auprès d’instances internationales contre Israël et considère que ces initiatives contribuent à internationaliser le conflit israélo-palestinien.

Ces arguments sont ceux avancés par le gouvernement des États-Unis d’Amérique. Les autorités palestiniennes contestent, elles, le refus de visa.

L’ONU permet au chef de l’autorité palestinienne de parler à distance

Le refus de visa ne privera toutefois pas Mahmoud Abbas de toute possibilité de s’exprimer devant l’Assemblée générale.

Le 17 septembre, les États membres de l’ONU ont adopté une résolution autorisant le président de l’Autorité palestinienne à intervenir par visioconférence. Le vote s’est soldé par 152 voix pour, trois contre et quatre abstentions.

La mesure prévoit également la possibilité pour Mahmoud Abbas et d’autres hauts responsables palestiniens empêchés d’entrer aux États-Unis d’Amérique de participer à distance à certaines réunions de l’ONU pendant une période d’un an.

Les diplomates palestiniens déjà accrédités auprès des Nations unies restent, eux, présents à New York et peuvent participer aux travaux de l’organisation.

Deux accès différents au même rendez-vous

La comparaison entre les deux situations doit rester précise.

Le président iranien pourra entrer aux États-Unis d’Amérique pour participer à l’Assemblée générale alors que son pays est en guerre avec Washington. Son déplacement sera cependant limité et soumis à des règles strictes.

Le président de l’Autorité palestinienne ne pourra pas entrer sur le territoire étatsunien pour assister aux mêmes réunions. L’ONU lui permet néanmoins de prendre la parole à distance.

Les justifications données par les autorités étatsuniennes ne sont pas les mêmes. Pour la délégation iranienne, le Département d’État met en avant les obligations liées au statut de pays hôte de l’ONU. Pour les responsables palestiniens, il invoque notamment des considérations liées à la politique étrangère et aux actions de l’Autorité palestinienne et de l’OLP.

Le contraste est d’autant plus visible que les deux décisions interviennent à quelques jours d’intervalle et concernent le même rendez-vous diplomatique.

Une Assemblée générale sous haute tension diplomatique

La 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies doit réunir à New York les dirigeants des États membres à partir du 22 septembre.

La venue du président iranien donnera à Téhéran la possibilité de défendre directement sa position devant les dirigeants du monde, alors que la guerre avec les États-Unis d’Amérique continue de peser sur les relations internationales.

L’absence physique de Mahmoud Abbas sera, elle aussi, très visible. Le président de l’Autorité palestinienne pourra s’exprimer, mais depuis un écran, après que les États membres de l’ONU ont dû adopter une disposition spécifique pour lui permettre de participer aux débats.

La semaine diplomatique new-yorkaise réunira ainsi des responsables dont l’accès au territoire étatsunien ne sera pas soumis aux mêmes règles, alors qu’ils se rendent au même siège des Nations unies.

Au-delà des deux délégations, la question du statut des États-Unis d’Amérique comme pays hôte de l’ONU sera au centre des discussions. L’accord de 1947 encadre l’accès au siège des Nations unies, tandis que Washington affirme conserver certaines prérogatives en matière de sécurité et de politique étrangère. C’est dans cet équilibre juridique que s’inscrivent les décisions concernant les délégations iranienne et palestinienne.

À New York, Massoud Pezeshkian pourra donc représenter l’Iran en personne malgré la guerre avec les États-Unis d’Amérique, avec des déplacements strictement encadrés. Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, ne pourra pas entrer sur le territoire étatsunien et prendra la parole à distance. Deux situations distinctes, deux régimes d’accès au même rendez-vous diplomatique, et un contraste pendant la semaine de l’Assemblée générale qui a pourtant une justification logique puisque l’Iran est un pays qui existe concrètement et dont l’existence n’a jamais été contestée, tandis que la « Palestine », entendue selon la conception moderne créer par l’Union Soviétique comme propagande dans le cadre de sa « guerre froide » contre les EUA, n’a aucune existence, ni historique ni légale puisque, depuis que les romains, dans la seconde moitié du 1er siècle de l’ère commune, ont changé le nom de la Judée-Samarie en Palestine, afin d’effacer le fait que ce pays était la terre des juifs depuis environ 1 500 ans – supprimant, par la même, l’existence des juifs -, lui donnant un nom faisant passer ce pays pour celui des philistins, alors que ce peuple, envahisseur et colonisateur de la Judée quelques centaines d’années auparavant était grec, venant de l’île de crète, ce sont toujours bien les juifs qui en éraient les habitants, et ceux malgré les nombreux envahisseurs qui y sont passés… dont les arabes, à partir d’environ l’an 630 de l’ère commune. Et les arabes ayant toujours refusé une solution à deux Etats – juif et arabe – même alors que toutes les partitions leurs étaient largement favorables, il n’existe donc aucun « Etat palestinien » (qui, dans la réalité, ne serait, de toute façon, qu’un Etat arabe musulman, puisqu’aucun arabe n’a jamais été « palestinien »).

Celine Dou & Christian Estevez

SOUDAN : KHARTOUM LÈVE L’ÉTAT D’URGENCE, MAIS LA GUERRE SE DÉPLACE VERS LE KORDOFAN

Après plus de deux ans de couvre-feu, les habitants de la capitale soudanaise peuvent désormais circuler et travailler à toute heure. La mesure traduit le retour progressif de l’administration et de la vie civile dans une ville reprise par l’armée, mais elle ne signifie pas la fin de la guerre. À plusieurs centaines de kilomètres, les combats continuent de faire des victimes et de provoquer de nouveaux déplacements.

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À Khartoum, les habitants peuvent de nouveau circuler librement la nuit. Le Comité de sécurité de l’État a annoncé le 27 août la levée de l’état d’urgence et l’abrogation de l’ordre d’urgence n° 3 de 2024, mettant également fin au couvre-feu instauré dans la capitale.

La décision autorise désormais les habitants à se déplacer et à travailler à toute heure. Elle reste toutefois assortie de restrictions. Les patrouilles et les points de contrôle sont maintenus, et les autorités demandent aux habitants de conserver leurs documents d’identité sur eux. L’entrée dans la capitale demeure par ailleurs réglementée pour les étrangers arrivant par bus, train ou véhicule privé.

Cette décision intervient plusieurs mois après la reprise de Khartoum par l’armée soudanaise. Le gouvernement, qui avait transféré ses activités à Port-Soudan pendant les combats, est revenu dans la capitale en janvier 2026. L’aéroport a également repris ses activités et les organisations humanitaires recommencent progressivement à y travailler.

Une liberté retrouvée dans une capitale encore meurtrie

La levée du couvre-feu donne à Khartoum les apparences d’une ville qui reprend son activité. Mais la réalité quotidienne reste difficile.

Les infrastructures ont été lourdement endommagées pendant les combats. Les coupures d’électricité demeurent particulièrement longues dans plusieurs secteurs contrôlés par l’armée. À Omdurman, notamment, les pannes perturbent les activités professionnelles et contraignent des familles à renoncer à certains usages domestiques faute de pouvoir conserver leurs aliments ou faire fonctionner leurs équipements.

Le retour des habitants ne suffit donc pas à rétablir une vie normale. Il faut encore reconstruire les réseaux électriques, les routes, les logements et les services publics détruits pendant les combats.

La sécurité elle-même demeure fragile. La levée de l’état d’urgence ne s’accompagne pas d’un retrait des forces de sécurité : les patrouilles et les contrôles restent présents dans la capitale. Des risques liés aux drones et aux munitions non explosées subsistent également pour les personnes qui regagnent les zones touchées par la guerre.

Le front s’est déplacé

Le contraste est frappant. Alors que Khartoum cherche à retrouver un rythme de vie ordinaire, le conflit continue de s’intensifier dans d’autres régions.

Le Kordofan est devenu l’un des principaux théâtres de la guerre entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide. Les deux camps y cherchent à consolider leurs positions et leurs voies d’approvisionnement, faisant de cette région un espace stratégique entre les territoires contrôlés par l’armée à l’est et ceux dominés par les FSR à l’ouest.

Les violences ont encore fait des victimes ces derniers jours. Des frappes de drones ont tué huit civils dans le Kordofan du Nord, selon l’organisation Emergency Lawyers, qui demande une enquête indépendante. Une première attaque a visé des civils dans la ville de Sowdari, avant qu’une seconde frappe ne touche des personnes venues porter secours aux blessés.

Le recours aux drones est devenu l’une des caractéristiques du conflit soudanais. Les Nations unies estiment qu’ils ont représenté une part majeure des décès de civils enregistrés au cours des premiers mois de 2026.

Une crise humanitaire toujours immense

Depuis le déclenchement de la guerre, le 15 avril 2023, le Soudan reste confronté à l’une des crises humanitaires les plus graves au monde. Les estimations internationales évoquent au moins 59 000 morts et environ 13 millions de personnes déplacées, tandis que plusieurs régions sont confrontées à la famine.

Les déplacements de population se poursuivent. Dans le Kordofan, les combats poussent encore des familles à fuir. À El-Obeid et dans les camps qui entourent la ville, l’arrivée massive de nouveaux déplacés exerce une pression croissante sur l’eau, la nourriture, les soins et les installations sanitaires. Plus de 15 000 familles seraient arrivées depuis la mi-juillet, selon les données rapportées par les acteurs humanitaires.

La fin de l’état d’urgence à Khartoum doit donc être lue pour ce qu’elle est : une mesure administrative et sécuritaire destinée à rétablir progressivement la vie civile dans une capitale contrôlée par l’armée, pas un signe de fin du conflit soudanais.

Khartoum peut désormais vivre sans couvre-feu. Mais à mesure que la capitale tente de se relever de ses ruines, la guerre continue de faire rage dans le centre et l’ouest du pays. Le véritable retour à la normale dépendra moins de la disparition des restrictions dans la capitale que de l’issue du conflit qui déchire encore le Soudan.

Celine Dou

Rwanda : Tom Byabagamba, ancien chef de la garde présidentielle de Paul Kagame, meurt en prison après douze ans de détention, sa famille ignore la cause du décès

L’ancien colonel rwandais Tom Byabagamba, qui avait dirigé la garde présidentielle chargée de la protection de Paul Kagame, est mort en détention à l’âge de 59 ans. Arrêté en 2014 et condamné après un procès controversé, il aura passé près de douze années derrière les barreaux. Au lendemain de sa mort, aucune cause de décès n’a été communiquée.

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Tom Byabagamba n’était pas un militaire ordinaire. Officier supérieur des Forces de défense du Rwanda, il avait fait partie du cercle sécuritaire de Paul Kagame avant de prendre la tête de la garde présidentielle. Il avait été écarté de cette fonction en 2010, sans explication publique, quatre ans avant son arrestation.

Le 24 août 2014, il est arrêté avec son beau-frère, le général à la retraite Frank Rusagara. Leur procès devant la Haute Cour militaire s’ouvre dans un climat tendu. Byabagamba est notamment poursuivi pour incitation à l’insurrection, atteinte à l’image du pays ou du gouvernement et outrage au drapeau national.

En mars 2016, la justice militaire le condamne à 21 ans de prison et lui retire son grade. En appel, en décembre 2019, la condamnation est maintenue mais la peine est ramenée à 15 ans. Human Rights Watch avait alors dénoncé une atteinte à la liberté d’expression et fait état de graves préoccupations concernant le déroulement du procès et les conditions de détention.

Le 25 août 2026, Tom Byabagamba meurt en prison. Sa famille affirme avoir été informée de son décès par les autorités militaires. Mais, au 27 août, elle dit toujours ignorer ce qui a provoqué sa mort. Son frère David Himbara, ancien conseiller de Paul Kagame aujourd’hui en exil, a annoncé le décès sans en préciser la cause.

Cette absence d’explication donne à cette mort une portée particulière. L’homme qui avait autrefois été chargé de protéger le président rwandais a terminé sa vie derrière les barreaux, sans que sa famille sache encore de quoi il est mort.

Le dossier avait déjà connu une issue similaire avec Frank Rusagara, condamné dans la même affaire. L’ancien général est mort en prison en mars 2025, après environ onze années de détention.

L’affaire Byabagamba avait également été portée devant le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire. Celui-ci avait conclu en 2017 que sa détention et celle de ses codétenus violaient le droit international et demandé leur libération. Le gouvernement rwandais avait contesté cette appréciation.

À ce jour, aucune explication officielle sur les circonstances médicales ou autres de la mort de Tom Byabagamba n’a été rendue publique. Le Rwanda n’a pas non plus commenté publiquement son décès, selon les informations disponibles au 27 août 2026.

Celine Dou

Éthiopie : au Tigré, des frappes de drones attribuées à l’armée fédérale font craindre une nouvelle guerre

Trois ans après la fin de la guerre qui a ravagé le nord de l’Éthiopie, des combats ont repris début août et une frappe de drone a été signalée dans le sud du Tigré. Le Front de libération du peuple du Tigré accuse l’armée fédérale d’avoir franchi un nouveau seuil. Addis-Abeba n’a pas confirmé la frappe. Mais, sur le terrain, les signes d’une nouvelle confrontation militaire se multiplient.

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Le 10 août, une frappe de drone a visé Merewa, dans le sud du Tigré, près de la frontière avec l’Amhara, selon les autorités tigréennes. Quatre combattants ont été blessés, d’après une source médicale citée par l’AFP. Quelques jours plus tôt, des combats avaient déjà opposé les forces fédérales et des combattants tigréens près de la frontière soudanaise. La succession de ces incidents inquiète d’autant plus que les deux camps ont recommencé à renforcer leurs moyens militaires après plusieurs mois de tensions politiques.

La scène est devenue familière dans cette région qui espérait ne plus revoir la guerre : des positions militaires face à face, des tirs, des combattants déplacés et, désormais, des drones dans le ciel.

Le 10 août, les autorités tigréennes ont accusé le gouvernement fédéral d’avoir mené une frappe de drone à Merewa, dans le sud du Tigré. Amanuel Assefa, numéro deux du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), a affirmé que l’attaque avait visé des troupes tigréennes et fait des victimes. Une source médicale de l’hôpital d’Alamata a fait état de quatre combattants blessés, dont une femme et trois hommes. L’un d’eux aurait déjà subi une intervention chirurgicale. L’armée fédérale n’avait pas répondu aux sollicitations de l’AFP. L’affirmation selon laquelle un lycée aurait également été touché n’a pas pu être vérifiée indépendamment.

Cette frappe est survenue neuf jours après des combats dans l’ouest du Tigré. Le 1er août, des forces fédérales et des combattants tigréens se sont affrontés autour de Shererina, près de Sheraro et de la frontière avec le Soudan. Des tirs d’artillerie et des drones ont été signalés. Des centaines de personnes, dont des combattants blessés, ont ensuite franchi la frontière soudanaise. Les combats ont finalement cessé, mais l’épisode a constitué l’un des incidents les plus graves depuis l’accord de Pretoria de novembre 2022.

Pour les habitants du Tigré, le souvenir de la précédente guerre reste pourtant très présent. Entre 2020 et 2022, le conflit entre le gouvernement d’Abiy Ahmed et le TPLF avait dévasté la région. L’accord signé à Pretoria, en Afrique du Sud, en novembre 2022, avait permis de faire taire les armes et prévu notamment le désarmement des combattants tigréens. L’Union africaine avait joué un rôle central dans sa négociation et continue de défendre sa mise en œuvre.

Mais les dispositions de l’accord n’ont jamais réglé les principales querelles entre les deux camps. La question des territoires de l’ouest du Tigré, le retour des personnes déplacées, le désarmement et le partage du pouvoir régional restent particulièrement sensibles. À cela s’est ajoutée une rupture politique entre le TPLF et le pouvoir fédéral.

Depuis le printemps, le TPLF a entrepris de reconstruire ses forces. Human Rights Watch affirme que les autorités tigréennes ont procédé depuis avril à des recrutements forcés de civils, parmi lesquels des mineurs âgés d’à peine 15 ans. L’organisation dit avoir documenté six cas à partir de 18 entretiens réalisés en juin. Le TPLF conteste ces accusations et affirme que les personnes mobilisées défendent volontairement la région.

Début juin, le mouvement avait également adopté une proclamation imposant le service militaire et prévoyant de lourdes sanctions contre certaines personnes qui chercheraient à s’y soustraire. Pour Human Rights Watch, ce texte donne aux autorités tigréennes des pouvoirs excessifs et menace les libertés civiles.

Addis-Abeba présente les choses autrement. Le gouvernement fédéral accuse depuis plusieurs mois le TPLF de reconstituer ses capacités militaires et de rechercher des alliances avec des forces hostiles au pouvoir central. Des responsables éthiopiens ont notamment dénoncé les liens entre le TPLF, certaines factions Fano de la région Amhara et l’Érythrée. Le conseiller du Premier ministre pour les affaires d’Afrique de l’Est, Getachew Reda, a récemment accusé le TPLF d’avoir choisi une voie qui pourrait conduire à une nouvelle confrontation.

Washington a lui aussi durci le ton. En juin, le département d’État des États-Unis d’Amérique a annoncé des restrictions de visa visant des membres considérés comme des éléments durs du TPLF et leurs proches, en les accusant de compromettre la paix dans le nord de l’Éthiopie.

Le problème dépasse désormais les frontières du Tigré. Les affrontements du début août se sont déroulés à proximité du Soudan, où des combattants et des civils ont trouvé refuge. Plus au nord, l’Érythrée entretient des relations de plus en plus tendues avec Addis-Abeba. La multiplication des acteurs armés dans cette partie de la Corne de l’Afrique donne donc à chaque affrontement local une portée qui peut dépasser largement les limites du Tigré.

Les Nations unies avaient déjà tiré la sonnette d’alarme en janvier. Le secrétaire général Antonio Guterres s’était dit profondément préoccupé par la dégradation de la situation sécuritaire dans le Tigré et par le risque d’un retour à un conflit plus large. Il avait appelé toutes les parties à la retenue et demandé l’application complète de l’accord de cessation des hostilités.

Aujourd’hui, la question n’est pas encore de savoir si une nouvelle guerre a officiellement commencé. Rien ne permet de l’affirmer. Mais les événements des deux premières semaines d’août montrent que la frontière entre la crise politique et l’affrontement armé est redevenue très mince.

La frappe de Merewa est, à ce titre, un signal sérieux. Elle intervient après des combats près du Soudan, alors que le TPLF reconstitue ses forces et que le gouvernement fédéral accuse le mouvement de préparer une nouvelle confrontation. Pour une population qui a déjà payé le prix d’une guerre dévastatrice, la perspective d’un retour des armes est lourde de conséquences.

Le Tigré n’a pas encore replongé dans la guerre de 2020. Mais les armes ont recommencé à parler. Et cette fois, elles résonnent dans une région où la paix n’avait jamais complètement réglé les différends qui avaient conduit au conflit.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Soudan : derrière l’échec des négociations sur une trêve humanitaire, la bataille pour le Soudan de l’après-guerre

Officiellement, les discussions portent sur une trêve humanitaire de quatre-vingt-dix jours. Officieusement, elles engagent déjà l’avenir politique et militaire du Soudan. Sous médiation des États Unis d’Amérique, les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide ne s’opposent pas seulement sur les modalités d’un cessez-le-feu. Elles cherchent à imposer leur vision du pays qui émergera lorsque les armes se tairont. C’est ce qui explique, bien davantage que les divergences de procédure, pourquoi les négociations peinent à avancer.

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À première vue, le désaccord paraît limité. Les Forces armées soudanaises exigent que les Forces de soutien rapide quittent les villes qu’elles contrôlent avant toute entrée en vigueur d’une trêve. La milice paramilitaire refuse cette condition, estimant qu’elle reviendrait à reconnaître sa défaite avant même le début d’un dialogue politique.

Mais réduire l’impasse à cette seule question reviendrait à passer à côté de l’essentiel.

Depuis le début de la guerre en avril 2023, le contrôle des villes est devenu bien plus qu’un enjeu militaire. Il conditionne l’accès aux administrations, aux axes routiers, aux ressources économiques et, surtout, à la légitimité politique. Celui qui contrôle un territoire au moment où s’ouvrira une véritable négociation sur l’avenir du pays disposera d’un poids considérable dans la définition des nouvelles institutions.

L’armée soudanaise en est pleinement consciente. En exigeant le retrait préalable des Forces de soutien rapide, elle cherche à empêcher que la milice transforme ses conquêtes militaires en acquis politiques. Accepter un cessez-le-feu sans modification des lignes de front reviendrait, à ses yeux, à reconnaître un rapport de force qu’elle juge inacceptable.

Les Forces de soutien rapide font exactement le raisonnement inverse. Elles savent que les territoires qu’elles occupent constituent leur principal levier de négociation. Les abandonner avant toute discussion sur la transition politique reviendrait à renoncer au seul moyen de peser sur l’organisation du Soudan de demain.

Autrement dit, les deux camps discutent d’une trêve, mais pensent déjà à l’après-guerre.

Cette logique explique aussi l’évolution récente des combats.

Dans la région du Kordofan, les Forces armées soudanaises ont repris plusieurs positions stratégiques et consolidé leur contrôle de l’axe reliant El Obeid à Khartoum. Cette progression ne représente pas seulement un succès militaire. Elle renforce la conviction de l’état-major qu’il peut encore améliorer sa position avant d’accepter un compromis.

Les Forces de soutien rapide, malgré ces revers, poursuivent leurs attaques, notamment à l’aide de drones. Elles estiment manifestement qu’elles conservent une capacité suffisante pour empêcher l’armée d’imposer seule les conditions d’un règlement politique.

Chaque camp continue donc de croire que le temps peut jouer en sa faveur.

C’est précisément ce calcul qui fragilise les efforts de médiation conduits par Massad Boulos, conseiller principal des États Unis d’Amérique pour l’Afrique. Washington ne cherche pas uniquement à obtenir une pause dans les combats. La trêve proposée doit permettre l’ouverture de couloirs humanitaires, le retour d’une partie des populations déplacées et la création d’un climat suffisamment apaisé pour engager des discussions sur les questions les plus sensibles : la transition politique, la réforme des forces de sécurité et la réunification des institutions.

Cette stratégie repose toutefois sur une condition essentielle : que les deux belligérants acceptent de suspendre, au moins provisoirement, leur logique militaire. Or rien n’indique, à ce stade, qu’ils y soient disposés.

Les analystes observent d’ailleurs que les récents affrontements ont produit l’effet inverse. Les succès de l’armée confortent son refus de toute concession immédiate, tandis que les Forces de soutien rapide considèrent qu’un retrait sans contrepartie politique consacrerait leur marginalisation.

L’urgence humanitaire, pourtant considérable, ne suffit pas à modifier ces calculs.

Selon les Nations unies, 33,7 millions de personnes auront besoin d’une aide humanitaire au Soudan cette année. Des millions d’habitants ont été déplacés depuis le début du conflit et des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie. Malgré cette catastrophe, les considérations militaires continuent de l’emporter sur les impératifs humanitaires.

L’impasse actuelle ne traduit donc pas seulement l’échec d’une médiation. Elle révèle une réalité plus profonde : les deux principaux acteurs du conflit négocient déjà le Soudan de l’après-guerre sans être prêts à renoncer aux avantages qu’ils espèrent encore obtenir sur le champ de bataille. Tant que cette conviction guidera leurs décisions, chaque avancée militaire pèsera davantage qu’une proposition de paix, et la trêve humanitaire restera une perspective plus qu’une réalité.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

ONU : six candidats, six visions pour succéder à António Guterres

La campagne pour la succession d’António Guterres est entrée dans une nouvelle phase. Réunis au siège des Nations unies à New York, les six candidats à la fonction de secrétaire général ont exposé publiquement leur vision de l’organisation. Au-delà de l’exercice, ces auditions offrent un aperçu des priorités qui pourraient façonner l’ONU après le départ du diplomate portugais, dont le mandat s’achèvera le 31 décembre 2026.

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Réformer une organisation fragilisée par les divisions entre grandes puissances, répondre à une crise de financement, restaurer la confiance des États membres et préserver le multilatéralisme : les défis qui attendent le prochain secrétaire général des Nations unies sont considérables. Les six personnalités en lice partagent le constat d’une institution sous pression, mais chacune propose sa propre méthode pour tenter de lui redonner de l’élan.

Le choix du prochain secrétaire général ne dépendra pas uniquement des qualités personnelles des candidats. Comme le veut la procédure, le Conseil de sécurité devra d’abord s’accorder sur un nom avant de le recommander à l’Assemblée générale. Les cinq membres permanents disposent chacun d’un droit de veto, ce qui fait de cette désignation un exercice où les équilibres géopolitiques comptent autant que les compétences des prétendants.

Dans ce contexte, les auditions publiques organisées cette semaine ont permis aux candidats de défendre leur projet devant les États membres et la société civile.

Michelle Bachelet : remettre les droits humains au cœur de l’action des Nations unies

Ancienne présidente du Chili et ancienne Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet est l’une des figures les plus connues de cette élection. Son expérience politique, comme son parcours au sein du système onusien, lui confèrent une solide crédibilité.

Elle estime que l’ONU doit retrouver une capacité d’initiative face aux crises internationales. Pour y parvenir, elle plaide pour une diplomatie plus active, un renforcement de la prévention des conflits et une défense constante des droits humains, qu’elle considère comme le socle de la légitimité de l’organisation.

Rafael Grossi : faire de l’efficacité une priorité

Diplomate argentin et directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi s’est imposé ces dernières années comme un acteur incontournable des négociations sur les questions nucléaires.

Sa candidature repose sur une idée simple : une organisation efficace inspire davantage confiance. Il souhaite moderniser le fonctionnement des Nations unies, accélérer les prises de décision et rendre l’institution plus réactive face aux crises sécuritaires, qu’il s’agisse des conflits armés ou des risques liés à la prolifération nucléaire.

Rebeca Grynspan : replacer le développement au centre du débat

Économiste costaricienne et actuelle secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), Rebeca Grynspan met en avant son expérience des questions économiques.

Selon elle, les inégalités, la dette et les difficultés de financement du développement alimentent une grande partie des tensions internationales. Elle souhaite que l’ONU joue un rôle plus affirmé dans la recherche de solutions économiques, notamment en faveur des pays à revenu faible ou intermédiaire.

María Fernanda Espinosa : redonner toute sa place au multilatéralisme

Ancienne ministre équatorienne des Affaires étrangères et ancienne présidente de l’Assemblée générale des Nations unies, María Fernanda Espinosa connaît les rouages de l’organisation.

Elle défend une ONU plus représentative des équilibres actuels du monde et appelle à renforcer le dialogue entre les États membres. Son projet repose sur la conviction que les grandes crises contemporaines ne pourront être résolues que par une coopération internationale plus étroite.

Carolyn Rodrigues-Birkett : restaurer la confiance des États membres

Ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana et actuelle représentante permanente de son pays auprès des Nations unies, Carolyn Rodrigues-Birkett concentre son discours sur la crédibilité de l’institution.

Elle juge indispensable d’améliorer la gouvernance interne, de renforcer la transparence administrative et de mieux répondre aux attentes des États membres. À ses yeux, une organisation crédible est une organisation capable de tenir ses engagements.

Macky Sall : porter la voix du continent africain

Ancien président du Sénégal, Macky Sall est le seul candidat africain en lice.

Son projet s’appuie sur une réforme de la gouvernance mondiale qu’il juge devenue indispensable. Il défend une représentation plus équilibrée des différentes régions au sein des instances décisionnelles, tout en plaidant pour un meilleur financement du développement, une coopération accrue avec les pays du Sud et une attention particulière aux effets du changement climatique sur les économies les plus vulnérables.

Des priorités différentes, un même diagnostic

Les auditions ont fait apparaître des sensibilités distinctes. Michelle Bachelet met l’accent sur les droits humains, Rafael Grossi sur l’efficacité institutionnelle, Rebeca Grynspan sur le développement, María Fernanda Espinosa sur le multilatéralisme, Carolyn Rodrigues-Birkett sur la confiance des États membres et Macky Sall sur une gouvernance mondiale davantage ouverte aux pays du Sud.

Malgré ces différences, tous dressent le même constat. L’ONU traverse une période où les conflits se multiplient, où les rivalités entre grandes puissances paralysent régulièrement le Conseil de sécurité et où les ressources financières de l’organisation sont soumises à de fortes tensions.

Le prochain secrétaire général héritera ainsi d’une institution confrontée à des attentes immenses. Son identité sera connue dans les prochains mois, à l’issue des consultations du Conseil de sécurité puis du vote de l’Assemblée générale. D’ici là, la campagne continuera de mettre en lumière deux questions qui dépassent les candidatures elles-mêmes : quelle ONU les États membres souhaitent-ils pour les années à venir, et jusqu’où sont-ils prêts à lui donner les moyens d’agir ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Venezuela : morgues saturées, milliers de déplacés et bilan toujours plus lourd, le pays s’enfonce dans une crise humanitaire après le double séisme

Une semaine après le double séisme qui a frappé le nord du Venezuela, l’urgence ne faiblit pas. Le bilan officiel s’élève désormais à au moins 1 943 morts et plus de 10 000 blessés, tandis que des milliers de personnes restent sans abri. Dans les zones les plus touchées, les morgues débordent, les hôpitaux sont sous pression et les opérations de secours se poursuivent dans l’espoir, de plus en plus mince, de retrouver des survivants.

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Si les secousses ont cessé, leurs conséquences continuent de se faire sentir. À mesure que les recherches avancent, le pays fait face à une autre épreuve : prendre en charge les victimes, venir en aide aux survivants et répondre à une crise humanitaire dont l’ampleur ne cesse de grandir.

Le dernier bilan communiqué par les autorités vénézuéliennes fait état d’au moins 1 943 morts et de plus de 10 000 blessés. Environ 15 000 personnes ont été contraintes de quitter leur domicile, tandis que des dizaines de milliers de signalements de disparitions continuent d’être recensés, alimentant les craintes d’une nouvelle hausse du nombre de victimes.

Dans les États les plus durement touchés, notamment celui de La Guaira, les secouristes poursuivent leurs fouilles au milieu des immeubles effondrés. Mais après plusieurs jours d’intervention, les opérations entrent progressivement dans une nouvelle phase. Les chances de retrouver des survivants diminuent, tandis que les équipes sont désormais largement mobilisées pour évacuer les corps, identifier les victimes et porter assistance aux familles endeuillées.

L’une des images les plus marquantes de cette catastrophe est celle des morgues improvisées. Face à l’afflux de victimes, les infrastructures existantes ont rapidement été dépassées. Des installations provisoires ont été aménagées pour accueillir les dépouilles, alors que les médecins légistes travaillent sans relâche. Les Nations unies ont annoncé l’acheminement de milliers de sacs mortuaires afin de soutenir les opérations d’identification.

Pour les survivants, le quotidien reste marqué par une profonde incertitude. Des milliers de familles vivent sous des tentes ou dans des centres d’hébergement d’urgence, beaucoup refusant de regagner leur logement de peur qu’il ne s’effondre lors d’éventuelles répliques. Dans plusieurs localités, l’accès à l’eau potable, à l’électricité et aux soins demeure fortement perturbé.

Les structures hospitalières, déjà fragilisées avant le séisme, peinent à absorber l’afflux de blessés. Médecins et organisations humanitaires alertent sur le risque d’infections liées aux blessures mal soignées, tandis que les pénuries de médicaments et de matériel médical compliquent la prise en charge des patients. Les conditions de vie dans certains camps de déplacés font également craindre l’apparition de maladies.

Face à l’ampleur du drame, la mobilisation internationale s’est intensifiée. Les Nations unies, la Croix-Rouge et plusieurs organisations humanitaires coordonnent l’acheminement de vivres, d’eau potable, de matériel médical et d’abris d’urgence. Plusieurs pays, dont les États-Unis, l’Espagne, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, l’Inde ainsi que plusieurs États d’Amérique latine, ont également envoyé des équipes de secours, des spécialistes du sauvetage et une aide matérielle.

Dans les régions sinistrées, la colère gagne toutefois une partie de la population. Des habitants dénoncent la lenteur de certaines interventions et les difficultés d’accès aux secours dans les premières heures qui ont suivi le séisme. Pour beaucoup, cette catastrophe met aussi en lumière la vulnérabilité des infrastructures et les difficultés auxquelles le système de santé est confronté depuis plusieurs années.

Alors que les médias internationaux ont progressivement déplacé leur attention vers d’autres sujets, le Venezuela continue de vivre l’une des plus graves catastrophes naturelles de son histoire récente. Pour des milliers de familles, l’heure n’est plus seulement au deuil, mais à la reconstruction d’un quotidien bouleversé, dans un pays où les besoins humanitaires demeurent immenses et où le bilan pourrait encore s’alourdir dans les prochains jours.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Gaza : un rapport de l’ONU sur des exécutions imputées au Hamas met au jour des victimes oubliées

Les guerres fabriquent leurs héros, leurs bourreaux et leurs symboles. Elles fabriquent aussi des silences. Dans le vacarme des bombes et la bataille des récits, certaines morts s’imposent à la conscience du monde tandis que d’autres demeurent à la périphérie de l’attention collective. Une enquête des Nations unies vient rappeler que, derrière les chiffres et les positions de principe, il existe des vies qui échappent aux grilles de lecture les plus commodes.

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Une commission d’enquête indépendante mandatée par l’ONU accuse des forces affiliées au Hamas d’avoir exécuté, torturé ou violemment agressé des Palestiniens dans la bande de Gaza entre 2024 et 2026. Des révélations sensibles qui mettent en lumière une réalité souvent éclipsée : celle de Palestiniens victimes de violences imputées à des acteurs palestiniens, au cœur d’un conflit déjà marqué par une catastrophe humanitaire sans précédent.

Le rapport a été rendu public début juin par la Commission internationale indépendante d’enquête sur les territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem-Est, et Israël. Créée sous l’égide du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, cette instance est chargée de documenter les violations présumées du droit international commises par l’ensemble des parties impliquées dans le conflit.

Selon ses conclusions, les enquêteurs ont recensé 249 cas de punitions extrajudiciaires dans la bande de Gaza entre août 2024 et janvier 2026. Ces violences auraient fait 108 morts et 384 blessés.

La commission affirme qu’une partie de ces exactions peut être attribuée à des structures liées au Hamas, notamment les Brigades Al-Qassam, mais aussi à certaines unités de police et de sécurité opérant sous l’autorité de facto du mouvement islamiste dans l’enclave palestinienne.

Les victimes étaient accusées de faits très divers : collaboration présumée avec Israël, détournement de l’aide humanitaire, pillages, trafic de drogue, opposition politique ou appartenance à des groupes rivaux.

Le rapport décrit des méthodes particulièrement brutales. Des hommes auraient été battus à coups de barres métalliques ou de briques, délibérément blessés par balle aux jambes, humiliés publiquement ou exécutés sans procès. Dans plusieurs cas, ces violences se seraient déroulées devant des témoins, parfois des enfants.

Parmi les épisodes documentés figure notamment l’exécution de plusieurs hommes près de l’hôpital Al-Shifa, à Gaza-ville, ainsi qu’une autre mise à mort publique de personnes présentées comme des collaborateurs présumés.

Le Hamas n’a, à ce stade, pas répondu officiellement aux accusations détaillées contenues dans le rapport.

Ces révélations interviennent dans un contexte où la bande de Gaza demeure plongée dans une crise d’une ampleur historique. Depuis le début de la guerre déclenchée après les attaques du 7 octobre 2023, le territoire a subi des destructions massives, des déplacements forcés de population, l’effondrement d’une grande partie de ses infrastructures civiles et une dégradation dramatique des conditions de vie de ses habitants.

La portée de ce rapport dépasse toutefois le simple inventaire des violences qu’il recense.

Depuis le début du conflit, le débat international s’est progressivement enfermé dans des lectures concurrentes. D’un côté, ceux qui voient avant tout Gaza à travers le prisme des bombardements israéliens et de la catastrophe humanitaire qu’ils ont provoquée. De l’autre, ceux qui considèrent que toute compréhension du conflit doit d’abord partir des crimes commis par le Hamas.

Ces deux récits ne sont pas nécessairement faux. Ils deviennent problématiques lorsqu’ils prétendent à l’exclusivité.

Car les Palestiniens évoqués dans cette enquête occupent une place inconfortable. Ils ne correspondent ni à l’image de victimes absolues de la guerre ni à celle de combattants engagés dans les affrontements. Certains étaient peut-être coupables des faits qui leur étaient reprochés, d’autres non. Mais tous avaient en commun d’être privés d’un procès, d’une défense et, parfois, de leur vie.

Leur histoire rappelle une évidence que les conflits contemporains tendent à faire oublier : la souffrance humaine ne se distribue pas selon les lignes idéologiques que les opinions publiques tracent à distance.

Reconnaître ces victimes ne revient pas à minimiser les souffrances causées par l’offensive israélienne à Gaza. De la même manière, dénoncer les destructions massives et les pertes civiles palestiniennes n’implique pas de détourner le regard lorsque des abus sont imputés à des acteurs palestiniens.

L’exigence de vérité suppose précisément de résister à cette tentation du tri sélectif de la compassion.

Au-delà du Proche-Orient, cette enquête interroge notre rapport aux conflits contemporains. Sommes-nous encore capables d’accueillir des faits qui compliquent nos certitudes ? D’accorder une égale dignité aux victimes, même lorsque leur existence dérange les récits auxquels nous avons adhéré ?

À l’ère des appartenances idéologiques et des mobilisations instantanées, la complexité est souvent perçue comme une gêne. Pourtant, c’est peut-être dans cette zone d’inconfort que le journalisme trouve encore sa raison d’être.

Dans les guerres, il y a des morts qui deviennent des symboles et d’autres qui demeurent sans visage. Le rapport des Nations unies ne redistribue ni les responsabilités ni les souffrances d’un conflit déjà dévastateur. Il rappelle simplement qu’au sein même d’une tragédie collective, certaines victimes disparaissent derrière les récits que chacun préfère défendre.

Leur rendre une place dans le récit du monde n’est pas un exercice d’équilibre entre les camps. C’est une exigence de justice, de rigueur et, peut-être avant tout, d’humanité.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Sahara occidental : Washington relance les négociations à Madrid et les enjeux africains se renforcent

Pour la première fois, les États‑Unis d’Amérique ont facilité une réunion réunissant Maroc, Algérie, Mauritanie et Front Polisario à Madrid, marquant un tournant potentiel dans un conflit vieux de plusieurs décennies.

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Les 8 et 9 février 2026, Madrid a accueilli une rencontre diplomatique à huis clos sur le Sahara occidental, organisée sous l’égide des États‑Unis d’Amérique. Cette réunion, rassemblant toutes les parties du conflit, reflète une implication américaine sans précédent et soulève des questions majeures sur la stabilité régionale, la souveraineté des États africains et le rôle des puissances extérieures dans la résolution des conflits en Afrique.

Le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, reste un territoire non autonome selon les Nations unies. Depuis la fin du cessez‑le‑feu en 1991, le Maroc contrôle la majorité du territoire et propose un plan d’autonomie élargie, tandis que le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, revendique l’organisation d’un référendum d’autodétermination incluant l’option d’indépendance.

La réunion de Madrid s’inscrit dans un processus diplomatique lancé fin janvier à Washington, visant à relancer des négociations longtemps au point mort. Elle a rassemblé les principales parties prenantes : le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario. Les États‑Unis d’Amérique ont joué un rôle actif de facilitateur direct, cherchant à créer un cadre de discussion consensuel et à favoriser la mise en œuvre de la résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité de l’ONU, qui préconise une approche politique encadrée pour résoudre le conflit.

Si le contenu exact des discussions reste confidentiel, il apparaît que la réunion a permis d’engager un dialogue structuré entre des acteurs historiquement en opposition, tout en soulignant l’importance d’une solution politique durable qui respecte à la fois la souveraineté étatique et les aspirations des populations sahraouies.

Le point le plus marquant de cette initiative est la proactivité américaine, qui transforme le rôle traditionnel de Washington dans le conflit. Alors que les puissances extérieures se limitaient jusqu’ici à des déclarations politiques ou à des soutiens bilatéraux, cette réunion traduit une volonté de restructurer le dialogue et d’influencer directement les négociations.

Cette dynamique présente plusieurs implications pour l’Afrique. Premièrement, elle renforce l’idée que les puissances extérieures peuvent devenir des catalyseurs dans des conflits africains prolongés, mais elle met également en lumière la fragilité de l’influence régionale traditionnelle, notamment celle de l’Union africaine et des mécanismes de médiation locaux.

Deuxièmement, la réunion révèle que a stabilité régionale reste étroitement liée à la capacité des parties africaines à négocier un compromis. Le Maroc, l’Algérie et le Front Polisario doivent trouver un terrain d’entente sur la question centrale de la souveraineté et de l’autodétermination, sous l’œil d’acteurs extérieurs influents. Enfin, la rencontre souligne les enjeux géopolitiques et stratégiques du Sahara occidental, un territoire riche en ressources et situé à un carrefour maritime vital pour le commerce régional et international.

Cette initiative américaine ouvre un nouveau chapitre dans le dossier du Sahara occidental. Elle pose des questions sur la capacité de l’Afrique à gérer ses propres conflits face à l’implication de puissances extérieures et sur la pertinence des mécanismes internationaux pour garantir des solutions durables. La manière dont les négociations évolueront pourrait constituer un modèle pour d’autres conflits prolongés sur le continent, mais elle met aussi en évidence la nécessité d’un équilibre délicat entre influence extérieure et autonomie régionale.

La réunion de Madrid ne se limite pas à un simple round de discussions diplomatiques : elle représente un signal fort sur la volonté des États‑Unis d’Amérique d’entrer dans les négociations et de façonner le processus politique. Pour l’Afrique et les acteurs régionaux, cette dynamique souligne que la stabilité, la souveraineté et la diplomatie africaine restent au cœur des enjeux, et que toute avancée dépendra d’un équilibre subtil entre intervention extérieure et initiative locale. La compréhension de ces mécanismes est essentielle pour appréhender les réalités géopolitiques complexes du Sahara occidental et de la région maghrébine.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

ISRAËL – SYRIE | Visite du Premier ministre israélien auprès des troupes déployées

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a suscité une vive réaction de Damas en se rendant auprès de troupes israéliennes stationnées dans une zone tampon en territoire syrien, au-delà de la ligne de démarcation. La visite, effectuée le 19 novembre 2025, intervient dans un contexte de tensions persistantes et de rivalités stratégiques dans la région du Levant

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Une démarche militaire et symbolique

Accompagné de hauts responsables militaires et ministériels, Netanyahu a rencontré les soldats déployés sur le terrain. Selon le chef d’état-major israélien, cette implantation vise à renforcer la capacité de dissuasion face aux menaces locales et à assurer la sécurité de la frontière nord d’Israël. La visite souligne également la volonté israélienne de maintenir une présence stratégique dans le sud syrien, notamment au niveau du plateau du Golan.

Réactions syriennes et internationales

Le gouvernement syrien a qualifié cette visite de grave violation de sa souveraineté et d’acte illégal. Le ministère des Affaires étrangères de Damas a dénoncé un fait accompli imposé par Israël, en contradiction avec les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies relatives à la zone tampon instaurée après la guerre de 1973.

Le Secrétaire général de l’ONU, par l’intermédiaire de son porte-parole, a exprimé sa préoccupation, rappelant que la zone tampon devait rester neutre conformément à l’accord de désengagement de 1974. Plusieurs pays de la région ont également exprimé leur inquiétude quant aux risques de déstabilisation régionale et de montée des tensions militaires.

Contexte géopolitique

Israël renforce sa présence militaire en Syrie depuis plusieurs années, considérant cette implantation comme stratégique pour la surveillance et la protection de ses frontières. Pour la Syrie, cette présence constitue un affront politique et diplomatique, entravant toute perspective de négociation sur un accord de sécurité régional. Les tensions autour de la zone tampon reflètent les rivalités persistantes entre Israël et Damas, ainsi que l’importance stratégique du plateau du Golan pour les deux parties.

Perspectives et enjeux

La visite de Netanyahu illustre la complexité de la situation sécuritaire et diplomatique au Moyen-Orient, où la présence militaire israélienne est perçue comme un instrument de pression politique. Le risque d’escalade militaire demeure, tandis que la communauté internationale est confrontée à la nécessité de faire respecter les accords existants tout en évitant une aggravation des tensions régionales.

Celine Dou