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Guinée-Bissau : l’arrestation de Domingos Simões Pereira teste la crédibilité de la transition

Le verrou judiciaire s’est refermé sur Domingos Simões Pereira. Placé en détention provisoire depuis le 10 juillet dans un commissariat de Bissau, l’ancien Premier ministre et président du PAIGC est accusé d’avoir participé à deux projets de coup d’État, en 2023 et en 2025. Dans un pays habitué aux ruptures institutionnelles, cette décision place la justice militaire au cœur du débat politique, à moins de deux mois du référendum constitutionnel voulu par les autorités de transition.

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Une accusation lourde, un contexte plus lourd encore

Le tribunal militaire reproche à Domingos Simões Pereira d’avoir financé et logé des protagonistes d’un projet de renversement des institutions. D’après le dossier communiqué par les autorités, 300 millions de francs CFA auraient été mobilisés. L’intéressé conteste.

Depuis son transfert au deuxième commissariat de la Police de l’ordre public, ses proches disent ne plus avoir de nouvelles. Sa fille, Denise Pereira, a alerté sur l’état de l’établissement, régulièrement pointé pour ses conditions de détention. Les avocats dénoncent de leur côté une procédure irrégulière : un civil jugé par un tribunal militaire, et un mandat parlementaire qu’ils estiment toujours valable faute de nouvelle Assemblée depuis la dissolution de décembre 2023.

Cette arrestation intervient après une série de ruptures. En décembre 2023, le président Umaro Sissoco Embaló dissout l’Assemblée nationale à la suite d’affrontements impliquant la Garde nationale. En novembre 2025, le processus électoral est interrompu. Le 26 novembre, un Haut Commandement militaire prend les rênes du pays. Le PAIGC, principal parti d’opposition et héritier du mouvement de l’indépendance, avait déjà été écarté des scrutins organisés avant ce basculement.

La justice, arme politique ou instrument de stabilisation ?

Au-delà du cas personnel, c’est le sens de la transition qui est interrogé. Les autorités militaires ont fixé un calendrier : référendum constitutionnel le 30 août, élections générales le 6 décembre. Le texte soumis au vote doit renforcer les prérogatives du futur président. Pour Bissau, il s’agit de sortir d’un cycle où les interventions des forces armées ont trop souvent court-circuité le jeu démocratique.

Mais l’opposition fait valoir un autre principe : aucune réforme ne tiendra si elle est conduite sans l’ensemble des forces politiques. L’incarcération de Domingos Simões Pereira, figure historique du PAIGC et ancien chef de gouvernement, donne du poids à cet argument. Elle alimente le soupçon d’une transition à géométrie variable, où la compétition politique serait verrouillée avant même l’ouverture des bureaux de vote.

La réaction de la Communauté des pays de langue portugaise ne trompe pas. La CPLP a demandé la libération de l’opposant et rappelé l’exigence d’un État de droit. Plusieurs partis lusophones lient explicitement la sortie de crise à la capacité du pouvoir à rouvrir l’espace politique. Du côté du Haut Commandement, on répond que la justice suit son cours et que le calendrier sera tenu.

Une transition sous haute surveillance

La Guinée-Bissau n’en est pas à son premier sursaut institutionnel. Depuis l’indépendance, mutineries, dissolutions et coups d’État ont empêché toute consolidation durable. C’est ce passé qui rend chaque décision judiciaire si politique.

En plaçant Domingos Simões Pereira en détention provisoire, les autorités envoient un double signal. Vers l’intérieur : la tolérance pour les contestations sera faible. Vers l’extérieur : le pays entend reprendre la main sur son agenda. Reste à savoir si ces deux logiques sont conciliables.

Les semaines à venir seront décisives. Le référendum d’août doit donner une nouvelle architecture institutionnelle. Les élections de décembre doivent lui donner une légitimité. Entre les deux, le sort de l’opposant risque de devenir un baromètre. Si le procès s’ouvre, s’il est renvoyé, s’il est élargi, chaque scénario dira quelque chose de la nature réelle de cette transition.

Pour l’heure, Bissau joue gros. La crédibilité du processus ne se mesurera pas seulement à la tenue des dates, mais à la capacité du pouvoir à accepter que ses adversaires puissent y participer sans entrave. C’est à cette aune que la communauté internationale, et d’abord les voisins ouest-africains, jugeront la sincérité de la promesse de retour à l’ordre constitutionnel.

Celine Dou, pour la Boussole-infos