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Intelligence Artificielle : Plus de 800 personnalités appellent à encadrer l’IA superintelligente : risques, gouvernance et enjeux sociétaux

Le 22 octobre 2025, le Future of Life Institute (FLI) a lancé un signal d’alarme mondial. Dans une lettre ouverte publiée sur son site et relayée par les médias internationaux, plus de 800 personnalités chercheurs, entrepreneurs, figures culturelles et responsables politiques ont demandé l’interdiction temporaire du développement d’une intelligence artificielle superintelligente (IASI), jusqu’à ce qu’un consensus scientifique et sociétal soit atteint. Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio, figures emblématiques de l’IA, aux côtés de Steve Wozniak, Meghan Markle et du prince Harry, ont choisi de s’associer à cet appel, soulignant l’ampleur et l’urgence du débat.

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Les signataires mettent en garde contre des risques qui dépassent largement la sphère technologique. Selon eux, une IA superintelligente pourrait transformer radicalement les sociétés humaines, entraînant obsolescence des compétences, perturbation économique, perte de contrôle politique et menace directe sur les libertés fondamentales. La lettre évoque même la possibilité, dans des scénarios extrêmes, d’un impact existentiel sur l’humanité. Cette mise en garde illustre que l’innovation ne peut plus être pensée uniquement en termes de productivité ou de compétitivité : elle engage désormais l’équilibre social et la survie politique des nations.

Le débat prend d’autant plus d’importance que la course à l’IA est mondiale et féroce. Les États-Unis, la Chine et l’Union européenne investissent massivement dans des systèmes de plus en plus avancés, et des entreprises comme OpenAI, Google ou Meta rivalisent pour atteindre des capacités cognitives inédites. Dans ce contexte, la gouvernance de l’IA devient un enjeu stratégique, diplomatique et économique. La question n’est plus seulement technologique : elle est politique. Comment encadrer des systèmes qui pourraient échapper au contrôle humain ? Quelle régulation internationale peut assurer sécurité, équité et transparence ? Peut-on créer des garde‑fous efficaces alors que la compétition mondiale pousse à la précipitation ?

L’enjeu dépasse également le champ économique et géopolitique : il est profondément sociétal. La superintelligence pourrait bouleverser l’emploi, redéfinir les hiérarchies sociales et remettre en question le rôle de l’humain dans la production et la décision. L’éducation, les institutions démocratiques, la vie collective et même la notion de liberté pourraient se trouver affectées. La lettre ouverte insiste sur la nécessité d’un débat public global : chaque citoyen, chaque société, doit mesurer les conséquences des choix technologiques actuels sur les générations futures.

Le texte soulève aussi des interrogations éthiques fondamentales. Qui décide de ce qui est acceptable ? Quelle responsabilité assumer face à des machines capables d’apprendre et de s’auto‑améliorer ? L’IA superintelligente pose la question de la place de l’humain dans le monde : elle peut être un instrument de progrès ou devenir un facteur d’aliénation et de dépendance. Les signataires insistent sur le fait que la technologie ne peut se substituer à l’éthique et que toute innovation doit être encadrée par des valeurs humaines clairement définies.

Cependant, cet appel n’est pas sans contestation. Certains chercheurs et entrepreneurs estiment qu’une pause serait irréaliste, que la régulation pourrait freiner des progrès bénéfiques et que l’IA superintelligente reste, pour l’heure, largement théorique. Cette tension entre innovation et précaution illustre une fracture profonde : celle entre la vitesse du développement technologique et la capacité des sociétés à en maîtriser les conséquences.

Loin de se limiter à un débat académique, cette mobilisation témoigne d’une urgence sociale et morale. Elle rappelle que l’IA n’est pas seulement un enjeu technique : elle conditionne l’avenir de l’organisation humaine, la répartition du pouvoir et le rapport de chacun à la technologie. L’initiative du FLI ouvre un espace nécessaire pour réfléchir aux garde‑fous politiques, aux mécanismes de régulation internationale, mais aussi à la sensibilisation des citoyens. Elle pose la question de l’anticipation : vaut‑il mieux freiner une technologie avant qu’elle ne nous échappe, ou courir le risque d’une innovation incontrôlée ?

Le futur de l’IA superintelligente reste incertain, mais le débat qu’elle suscite est déjà une étape cruciale. La communauté scientifique, les gouvernements, l’industrie et la société civile sont désormais confrontés à un choix : laisser l’innovation précéder la réflexion ou instaurer un cadre rigoureux qui protège l’humain tout en permettant un progrès maîtrisé. Cette réflexion n’est pas seulement technique : elle est politique, éthique et profondément sociétale. Dans cette perspective, l’appel lancé par ces 800 personnalités constitue un jalon essentiel dans la définition du rapport futur de l’humanité à ses créations les plus puissantes.

Celine Dou

Inde : la pluie artificielle à New Delhi, un pari scientifique pour conjurer une crise environnementale durable

L’Inde vient de franchir une étape symbolique et controversée dans la lutte contre la pollution atmosphérique : le 24 octobre, les autorités de New Delhi ont procédé à un premier essai de pluie artificielle, en ensemençant les nuages afin de dissiper le brouillard toxique qui étouffe la capitale depuis plusieurs jours. L’expérience, menée en collaboration avec l’Institut indien de technologie de Kanpur, mobilise un avion Cessna équipé de fusées d’iodure d’argent pour provoquer des précipitations censées « nettoyer » l’air.

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Cette tentative traduit moins un triomphe scientifique qu’un aveu d’impuissance collective face à une crise environnementale désormais chronique. Chaque hiver, la mégapole de plus de trente millions d’habitants figure parmi les villes les plus polluées du monde : les particules fines y atteignent parfois soixante fois le seuil recommandé par l’Organisation mondiale de la santé. Entre émissions industrielles, trafic automobile et brûlis agricoles, la capitale indienne s’enferme dans un smog persistant que ni les interdictions de feux d’artifice ni les restrictions de circulation ne parviennent à endiguer.

Une fuite en avant technologique

Inventée dans les années 1940, la technique d’ensemencement des nuages consiste à introduire dans l’atmosphère des substances comme l’iodure d’argent ou le chlorure de sodium afin de favoriser la condensation de la vapeur d’eau. Elle a déjà été utilisée en Chine, aux Émirats arabes unis ou encore aux États-Unis d’Amérique, pour stimuler la pluie, réduire la grêle ou limiter les incendies. Mais son efficacité demeure incertaine et variable selon les conditions météorologiques, et son impact écologique n’est pas neutre.

En recourant à cette méthode, l’Inde s’inscrit dans un mouvement plus large de géo-ingénierie climatique, où la technologie prétend compenser les dérèglements qu’elle a souvent contribué à engendrer. Ces initiatives traduisent une volonté d’agir vite, mais elles posent des questions fondamentales : jusqu’où l’humanité peut-elle « corriger » les déséquilibres qu’elle a provoqués ? Et à quel coût environnemental, social et éthique ?

Un miroir des contradictions du développement

La pluie artificielle révèle les paradoxes des puissances émergentes. L’Inde, qui ambitionne de devenir la troisième économie mondiale, reste prisonnière d’un modèle de croissance intensif en énergie fossile, tandis que des millions d’Indiens subissent directement les conséquences sanitaires de cette pollution : affections respiratoires, maladies cardiovasculaires, baisse de l’espérance de vie.

Cette situation illustre le dilemme des pays du Sud : comment concilier essor économique et survie écologique, dans un système mondial encore dominé par les logiques productivistes héritées du Nord ? New Delhi, en cherchant à “faire pleuvoir” pour respirer, incarne cette tension entre modernité et fragilité.

Une réponse de court terme à un problème structurel

Les spécialistes de l’environnement s’accordent : seule une transformation profonde du modèle énergétique et urbain permettra de réduire durablement la pollution. La pluie artificielle, aussi spectaculaire soit-elle, ne traite pas la source du mal. Elle disperse un symptôme sans guérir la maladie.

Derrière le geste scientifique, se dessine ainsi une interrogation plus vaste : la technologie peut-elle vraiment réparer ce que l’homme dérègle ? Ou n’est-elle qu’un palliatif provisoire à une crise que seule une conversion écologique mondiale pourrait résoudre ?

Celine Dou

Quand ChatGPT ampute la pensée : inquiétudes sur la santé cognitive de la jeunesse

Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) vient de publier une étude qui ravive un débat fondamental : l’impact des intelligences artificielles génératives, telles que ChatGPT, sur nos capacités cognitives. Les chercheurs mettent en lumière une possible baisse d’activité neuronale et de mémoire profonde chez les utilisateurs intensifs. Loin des promesses souvent dithyrambiques sur les bienfaits des IA dans la productivité et l’éducation, les conclusions soulèvent des interrogations sérieuses, en particulier pour les jeunes générations.

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La population mondiale largement sous-estimée ? Une étude pointe des milliards de personnes ignorées

Une étude scientifique internationale remet en cause l’exactitude des chiffres officiels de la population mondiale. Selon les chercheurs, des erreurs systémiques dans les méthodes de recensement, en particulier dans les zones rurales, pourraient cacher l’existence de près de trois milliards de personnes supplémentaires.

Publiée dans la revue Nature Communications, l’étude est le fruit du travail d’une équipe de chercheurs de l’Université Aalto en Finlande. Leur méthode s’appuie sur la confrontation de plusieurs bases de données démographiques globales avec des registres de réinstallations forcées menées à l’occasion de projets d’infrastructures hydrauliques notamment des barrages dans 35 pays du monde, couvrant la période de 1975 à 2010.

Ces registres de déplacements, utilisés pour l’indemnisation des populations affectées, présentent généralement un haut niveau de fiabilité, offrant ainsi un point de comparaison inédit avec les estimations globales traditionnelles.

Les résultats sont saisissants : les populations rurales seraient régulièrement sous-estimées, avec des écarts allant de 53 % à 84 % selon les périodes et les régions étudiées. Même pour l’année 2010, censée bénéficier de méthodes plus modernes, le sous-comptage atteindrait encore entre 32 % et 77 %.

Si ces écarts sont généralisés à l’échelle mondiale, la population rurale officiellement estimée à 3,5 milliards de personnes en 2020 pourrait en réalité être beaucoup plus nombreuse. Les chercheurs avancent qu’entre 1,9 et 3 milliards de personnes pourraient ainsi être « invisibles » dans les données démographiques officielles. Cela signifierait que la population mondiale, aujourd’hui évaluée par les Nations unies à 8,2 milliards d’individus, serait en réalité nettement plus élevée.

Ces possibles erreurs de comptage ne sont pas qu’une question statistique. Elles peuvent affecter directement :

  • La planification des infrastructures et des services publics : routes, écoles, hôpitaux et réseaux d’assainissement dépendent des estimations de population pour leur implantation et leur dimensionnement.
  • Les politiques de santé publique : une sous-estimation des populations rurales peut fausser les stratégies de vaccination, de prévention et de lutte contre les pandémies.
  • La gestion des catastrophes naturelles : des populations entières pourraient ne pas être correctement prises en compte lors des plans d’évacuation ou de distribution de l’aide humanitaire.
  • La distribution de l’aide internationale et des financements : le développement rural, déjà souvent négligé, pourrait pâtir d’une vision tronquée de la réalité démographique.

Le phénomène touche de manière particulièrement sensible les régions où les populations rurales sont nombreuses et souvent difficiles à recenser : l’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud et l’Asie du Sud-Est. L’étude souligne que les progrès des dernières années tels que l’utilisation d’imageries satellitaires, de données mobiles et de systèmes de positionnement géographique n’ont pas encore permis de résorber entièrement ces biais dans les zones les plus reculées.

Pour les pays du Sud, où les investissements d’infrastructures sont directement liés aux prévisions démographiques, l’enjeu est stratégique : sous-estimer la population rurale, c’est risquer de sous-financer durablement des millions de citoyens invisibles.

Face à ces conclusions, les chercheurs appellent à une refonte profonde des méthodologies démographiques globales. Les recensements nationaux restent souvent incomplets, irréguliers, voire obsolètes dans certains États fragiles. Le développement de nouvelles approches mixtes combinant technologies satellitaires, intelligence artificielle, données de terrain et enquêtes participatives apparaît désormais essentiel pour obtenir une image plus fidèle de la répartition réelle des populations humaines.

Dans un contexte de tensions croissantes autour des ressources, du climat, de la sécurité alimentaire et de la migration, l’exactitude des chiffres démographiques devient un paramètre stratégique majeur. Cette étude éclaire ainsi une faiblesse fondamentale de nombreuses politiques internationales : bâties sur des données incertaines, elles pourraient ignorer des centaines de millions de personnes, invisibilisées malgré leur poids réel dans les dynamiques économiques, sociales et environnementales globales.

Hommage ou simulacre ? Disney reprogramme la mémoire de Walt, sa petite-fille s’indigne

Pour célébrer les 70 ans de Disneyland, la Walt Disney Company prépare une attraction inédite : un robot animatronique grandeur nature de Walt Disney, capable de parler et d’interagir avec le public. Ce projet ambitieux suscite une vive controverse, notamment au sein même de la famille Disney. Joanna Miller, petite-fille du créateur, dénonce une « déshumanisation » et une « instrumentalisation » de la mémoire de son grand-père, rappelant que la mémoire d’un homme ne saurait être réduite à un simple automate.

En juillet 2025, le parc Disneyland d’Anaheim, Californie, dévoilera une figure animée de Walt Disney, conçue pour reproduire ses expressions, sa voix et ses gestes. Présentée comme un hommage à la légende fondatrice, cette initiative technologique repose sur une intelligence artificielle avancée et un savoir-faire de pointe dans le domaine des animatroniques.

Pour la multinationale, il s’agit de transmettre l’héritage de Walt Disney aux nouvelles générations par un moyen innovant, mêlant spectacle et pédagogie. Mais cette démarche soulève des questions éthiques profondes, alimentées par l’opposition de Joanna Miller, qui s’est publiquement élevée contre ce qu’elle perçoit comme une usurpation.

Dans un message relayé sur les réseaux sociaux, Joanna Miller s’est dite bouleversée par la représentation robotique de son grand-père. Invitée à découvrir l’animatronique en avant-première, elle confie : « Ce n’est pas lui, c’est une coquille vide. Walt n’a jamais voulu être figé ainsi. » Elle souligne que la volonté intime de Walt Disney, selon les témoignages familiaux, était de ne pas laisser d’image posthume figée et artificielle.

Cette position contraste avec celle d’autres membres de la famille, qui soutiennent le projet et y voient un moyen de faire vivre la mémoire de Walt Disney auprès du public, dans un format adapté à notre époque. Ce désaccord met en lumière une fracture plus large : faut-il privilégier une mémoire incarnée, fragile et humaine, ou une mémoire scénarisée, numérisée et accessible ?

Au-delà du cas Disney, ce projet s’inscrit dans une tendance globale des industries culturelles, en particulier aux États-Unis d’Amérique, à recréer numériquement des figures historiques et artistiques disparues. Hologrammes de chanteurs, clones vocaux par intelligence artificielle, avatars digitaux dans des films : les possibilités technologiques de « ressusciter » les icônes sont aujourd’hui à portée de main.

Cette évolution soulève de nombreuses interrogations. Peut-on réellement capturer l’essence d’un être humain à travers une simulation ? Quel est le respect dû à la mémoire et à la volonté des défunts ? Et surtout, la mémoire ainsi médiatisée ne risque-t-elle pas de devenir un produit calibré, édulcoré, destiné avant tout à divertir et à générer du profit ?

L’animatronique de Walt Disney, qui sera installé dans le Main Street Opera House, illustre cette marchandisation de la mémoire. Derrière l’hommage se cache une stratégie commerciale qui vise à renforcer le lien affectif entre la marque Disney et ses visiteurs, tout en exploitant une nostalgie lucrative.

Joanna Miller alerte contre ce qu’elle considère comme une appropriation industrielle de la mémoire familiale, une mémoire qui devrait, selon elle, rester un lieu d’intimité et de respect, non un spectacle figé et commercialisé.

La controverse suscitée par le robot Walt Disney est bien plus qu’un simple différend familial. Elle interroge la place de la technologie dans la transmission de la mémoire, dans un monde où le numérique prétend aujourd’hui « faire revivre » les morts. Joanna Miller rappelle à juste titre que la mémoire humaine ne se réduit pas à une reproduction mécanique : elle est faite d’émotions, d’ombres et de silences. Face à l’essor des simulacres numériques, ce rappel devient un enjeu culturel majeur pour notre époque.

Des milliards perdus à cause des cookies : l’impasse réglementaire de l’Union européenne

14,3 milliards d’euros par an. C’est le coût économique estimé des bannières de cookies imposées aux internautes résidant dans l’Union européenne. À force de vouloir encadrer la vie privée numérique, les institutions union-européennes ont semble-t-il généré une nouvelle forme de nuisance : le clic obligatoire, chronophage, répétitif, qui ralentit le travail et dilue le sens même du consentement.

Selon une étude publiée par Legiscope, les Européens passeraient collectivement 575 millions d’heures par an à cliquer sur ces fenêtres de consentement, soit près d’1h30 par utilisateur chaque année. Ce chiffre, au-delà de sa charge symbolique, traduit une situation de perte sèche de productivité pour les particuliers comme pour les entreprises.

À l’origine, les bannières de cookies sont nées d’une ambition louable : redonner aux utilisateurs le contrôle de leurs données personnelles, conformément au Règlement général sur la protection des données (RGPD) entré en vigueur en mai 2018. Mais six ans après, la pratique s’est banalisée au point de s’industrialiser dans l’inefficacité.

Une majorité d’usagers cliquent sur « Accepter » sans lire les détails. Selon plusieurs analyses indépendantes, notamment relayées par Phonandroid, plus de 90 % des sites ne respecteraient pas fidèlement les choix des utilisateurs, soit par design manipulateur, soit par inaction technique. Le « privacy washing » est devenu la norme.

Le coût direct pour les utilisateurs est estimé à 14,375 milliards d’euros par an, selon les extrapolations faites sur la base du PIB horaire moyen. À cela s’ajoutent 1,8 milliard d’euros par an pour les entreprises, en frais de conformité (outils, prestataires, gestion juridique).

Au total, ce système, qui devait rétablir un équilibre dans le numérique européen, engendre un surcoût annuel équivalant à 0,10 % du PIB de l’Union européenne. Pour une politique publique, le ratio coût/bénéfice mérite donc réévaluation.

Dans un contexte de ralentissement économique et de tensions géopolitiques, l’Union européenne cherche à promouvoir une « souveraineté numérique ». Mais peut-elle se permettre de sacrifier autant de temps et de ressources à une mécanique inefficace ?

Certaines pistes de réforme sont évoquées : bannière unique centralisée, consentement par défaut dans les navigateurs, renforcement des sanctions contre les abus. Mais aucun consensus n’émerge, tant le terrain juridique est miné par les intérêts divergents entre éditeurs, régulateurs et acteurs de la publicité ciblée.

Ce cas union-européen mérite d’être analysé au-delà du continent. Il illustre les limites d’une approche technocratique du numérique, qui, en voulant tout encadrer, finit par asphyxier l’expérience utilisateur et l’efficacité économique. Les autres ensembles géopolitiques qu’il s’agisse de l’Afrique, des États-Unis d’Amérique ou de l’Asie orientale devront tirer les leçons de cette impasse réglementaire.

La protection de la vie privée ne doit pas se transformer en rituel bureaucratique. Elle suppose une technologie compréhensible, une réelle transparence, et une exigence d’efficacité. Faute de quoi, c’est la confiance elle-même qui s’effrite, et avec elle, l’un des piliers du numérique de demain.