Archives du mot-clé #Inde

Népal : plus de 350 morts, 1 300 disparus dont des centaines d’étrangers après l’effondrement d’un glacier à la frontière du Tibet

Le bilan de la catastrophe qui a frappé le nord du Népal mercredi 26 août ne cesse de s’alourdir. Les autorités népalaises font désormais état de 359 morts et de près de 1 400 personnes portées disparues, après des crues soudaines et des coulées de boue qui ont balayé plusieurs localités proches de la frontière avec le Tibet chinois.

Lire la suite: Népal : plus de 350 morts, 1 300 disparus dont des centaines d’étrangers après l’effondrement d’un glacier à la frontière du Tibet

Parmi les disparus figurent de nombreux étrangers. Le ministère népalais du Tourisme recense 570 touristes portés disparus, dont 517 ressortissants étrangers provenant de 33 pays. Des citoyens indiens, états-uniens, malaisiens, ukrainiens, australiens, britanniques, canadiens et sud-coréens figurent notamment parmi les personnes recherchées.

Une catastrophe partie des hauteurs himalayennes

Les premières heures avaient laissé planer le doute sur l’origine du phénomène. Un signal sismique enregistré dans la région avait d’abord été interprété comme un séisme. L’analyse du United States Geological Survey a depuis conduit à une autre conclusion : le signal provenait de l’effondrement d’une masse glaciaire et rocheuse, suivi d’une coulée de débris.

La masse de glace, de roches et de boue a dévalé les vallées avant de provoquer une montée extrêmement rapide des eaux. La rivière Trishuli, notamment, a connu une hausse spectaculaire de son niveau, tandis que des villages, des routes et des ponts étaient emportés sur plusieurs dizaines de kilomètres.

À Syabrubesi, dans le district de Rasuwa, des secteurs entiers ont été ravagés. Des installations hydroélectriques, des axes routiers et des ponts ont également subi d’importants dégâts, compliquant l’arrivée des secours et l’évacuation des habitants.

Des touristes et des pèlerins toujours recherchés

L’ampleur des disparitions dépasse largement le seul cadre népalais. La zone touchée est fréquentée par des touristes et des pèlerins étrangers, notamment ceux qui se rendent vers les sites himalayens et le mont Kailash.

L’Inde compte le plus grand nombre de ressortissants recherchés, avec 178 personnes, devant les États-Unis d’Amérique avec 65, l’Ukraine avec 53, la Malaisie avec 51, l’Australie avec 35 et le Royaume-Uni avec 33.

Au Tibet, du côté chinois de la frontière, la situation est également très grave. Les autorités ont annoncé trois morts et 558 disparus dans le comté de Gyirong, dont 260 étrangers. Le poste-frontière de Gyirong, un point important pour les échanges et les déplacements entre le Tibet et le Népal, a été durement touché.

Une nouvelle menace en amont

Les opérations de recherche se poursuivent dans des conditions difficiles. L’eau, la boue et les débris ont coupé plusieurs voies d’accès, tandis que les secours doivent encore atteindre certaines zones isolées.

Une autre menace inquiète les autorités chinoises : l’accumulation de débris en amont a formé une retenue d’eau susceptible de céder et de provoquer une nouvelle crue brutale. Des équipes chinoises ont été mobilisées pour surveiller la situation et prévenir les populations exposées.

Pour les secouristes, la priorité reste la même : retrouver les disparus et évacuer les habitants menacés avant une éventuelle nouvelle montée des eaux.

La catastrophe rappelle aussi la fragilité des vallées himalayennes face aux mouvements de glace, de roches et d’eau. Dans cette région où les glaciers reculent et où les masses glaciaires deviennent plus instables, les scientifiques alertent depuis plusieurs années sur le risque de crues soudaines liées aux effondrements glaciaires.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Inde : malgré les concessions obtenues par Sonam Wangchuk, le « Parti des cafards » impose son bras de fer à Narendra Modi

Sonam Wangchuk a interrompu sa grève de la faim après vingt-six jours, à la suite d’engagements pris par le gouvernement indien. L’image pourrait laisser croire à un début d’apaisement. Pourtant, dans les rues de New Delhi, Mumbai, Bengaluru, Chennai ou Kolkata, les cortèges continuent de grossir. Les étudiants refusent de considérer cette décision comme une victoire définitive. Leur objectif reste inchangé : obtenir la démission du ministre de l’Éducation, Dharmendra Pradhan, et engager une réforme profonde d’un système qu’ils jugent discrédité.

Lire la suite: Inde : malgré les concessions obtenues par Sonam Wangchuk, le « Parti des cafards » impose son bras de fer à Narendra Modi

Né de la colère provoquée par des fraudes à répétition lors de concours nationaux, le Cockroach Janta Party (« Parti du peuple des cafards ») est devenu, en quelques semaines, le visage d’une contestation bien plus vaste. Derrière les revendications sur les examens se dessine une remise en cause du fonctionnement des institutions, du manque de perspectives offertes à la jeunesse et de la manière dont le pouvoir de Narendra Modi répond aux critiques. Les concessions obtenues cette semaine témoignent moins d’un règlement de la crise que de la difficulté croissante du gouvernement à contenir un mouvement qui échappe désormais aux cadres habituels de l’opposition.

La mobilisation trouve son origine dans les irrégularités qui ont entaché plusieurs concours d’entrée, notamment ceux permettant d’accéder aux études de médecine. Des millions de candidats ont vu leurs épreuves annulées après la découverte de fuites de sujets, obligeant l’organisation de nouveaux examens. Pour de nombreux étudiants, ces scandales ont réduit à néant plusieurs années de préparation et d’efforts. Plusieurs suicides de jeunes candidats ont profondément marqué l’opinion publique.

Mais très rapidement, la contestation a dépassé la seule question des examens. Le « Parti des cafards », mouvement né sur les réseaux sociaux après qu’une expression méprisante visant les jeunes chômeurs eut été retournée contre ses auteurs, a su fédérer une génération qui ne se reconnaît plus dans les discours officiels sur les succès économiques de l’Inde.

L’entrée en scène de Sonam Wangchuk a profondément modifié le rapport de force.

L’ingénieur et militant écologiste, connu bien au-delà de l’Inde pour ses innovations dans l’Himalaya et son engagement en faveur du Ladakh, n’appartient à aucun parti politique traditionnel. Son choix d’entamer une grève de la faim a immédiatement rappelé une forme de protestation intimement liée à l’histoire politique indienne, popularisée par Mahatma Gandhi.

Pendant vingt-six jours, son état de santé s’est progressivement détérioré. Son transfert forcé dans un hôpital par les autorités a suscité une vague d’indignation qui a paradoxalement renforcé la mobilisation. Face au risque de voir cette figure respectée devenir un symbole national de la contestation, le gouvernement a finalement accepté plusieurs garanties, notamment l’absence de poursuites contre les étudiants arrêtés lors des manifestations et la poursuite des discussions avec les représentants du mouvement.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2014, Narendra Modi s’est rarement laissé dicter son calendrier politique par la rue.

Or, cette crise présente une configuration inhabituelle.

Pendant plusieurs semaines, le gouvernement a tenté de minimiser l’ampleur des manifestations. Puis la multiplication des rassemblements, les critiques suscitées par l’intervention policière contre Sonam Wangchuk et l’élargissement du soutien au mouvement ont progressivement modifié la stratégie de l’exécutif.

Le Premier ministre est finalement intervenu publiquement, promettant un renforcement de la lutte contre les fraudes aux examens et annonçant des mesures destinées à accélérer les procédures judiciaires contre leurs auteurs. Plus inhabituel encore, il a diffusé une vidéo tournée dans un registre beaucoup plus personnel que ses interventions habituelles. Pourtant, ces annonces n’ont pas répondu à la principale revendication des manifestants : le départ du ministre de l’Éducation.

Réduire cette mobilisation à une simple affaire de concours truqués serait une erreur d’analyse.

Les revendications traduisent un malaise plus profond. Malgré une croissance économique soutenue et l’ambition affichée de faire de l’Inde l’une des principales puissances mondiales, une partie importante de la jeunesse diplômée peine à trouver un emploi correspondant à ses qualifications. Dans ce contexte, les concours publics représentent souvent l’une des rares perspectives de stabilité. Lorsqu’ils sont entachés de soupçons de corruption ou de favoritisme, c’est tout le principe de l’égalité des chances qui vacille.

Le « Parti des cafards » a compris cette réalité. En transformant un scandale administratif en mouvement citoyen, il a réussi à fédérer étudiants, jeunes actifs, enseignants et une partie de la société civile autour d’une même exigence : restaurer la confiance dans les institutions.

Les observateurs se gardent de comparer la situation indienne aux mouvements qui ont récemment provoqué des changements de pouvoir au Bangladesh ou au Sri Lanka. Les contextes institutionnels diffèrent profondément.

En revanche, beaucoup soulignent que le gouvernement fait face à un type de contestation nouveau. Elle n’est ni portée par les partis d’opposition, ni limitée à une revendication locale. Elle s’appuie sur une génération connectée, capable de transformer un symbole ironique en mouvement national et de maintenir la pression malgré les concessions obtenues.

L’arrêt de la grève de la faim de Sonam Wangchuk ne marque donc pas la fin de cette séquence politique. Les dirigeants du « Parti des cafards » ont déjà prévenu que les manifestations se poursuivraient tant que leur principale revendication ne serait pas satisfaite.

En obtenant des garanties du gouvernement, Sonam Wangchuk a évité que son état de santé ne fasse basculer la crise dans une autre dimension. Mais le véritable enseignement de ces dernières semaines est ailleurs. Pour la première fois depuis longtemps, une mobilisation née en dehors des formations politiques traditionnelles a contraint le gouvernement de Narendra Modi à modifier sa posture, à ouvrir des négociations et à reconnaître publiquement une colère qu’il espérait contenir.

La bataille autour des examens est loin d’être terminée. Derrière elle se joue désormais une question plus large : celle de la confiance qu’une génération entière accorde encore aux institutions chargées de lui ouvrir l’avenir.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Inde : la pluie artificielle à New Delhi, un pari scientifique pour conjurer une crise environnementale durable

L’Inde vient de franchir une étape symbolique et controversée dans la lutte contre la pollution atmosphérique : le 24 octobre, les autorités de New Delhi ont procédé à un premier essai de pluie artificielle, en ensemençant les nuages afin de dissiper le brouillard toxique qui étouffe la capitale depuis plusieurs jours. L’expérience, menée en collaboration avec l’Institut indien de technologie de Kanpur, mobilise un avion Cessna équipé de fusées d’iodure d’argent pour provoquer des précipitations censées « nettoyer » l’air.

Lire la suite: Inde : la pluie artificielle à New Delhi, un pari scientifique pour conjurer une crise environnementale durable

Cette tentative traduit moins un triomphe scientifique qu’un aveu d’impuissance collective face à une crise environnementale désormais chronique. Chaque hiver, la mégapole de plus de trente millions d’habitants figure parmi les villes les plus polluées du monde : les particules fines y atteignent parfois soixante fois le seuil recommandé par l’Organisation mondiale de la santé. Entre émissions industrielles, trafic automobile et brûlis agricoles, la capitale indienne s’enferme dans un smog persistant que ni les interdictions de feux d’artifice ni les restrictions de circulation ne parviennent à endiguer.

Une fuite en avant technologique

Inventée dans les années 1940, la technique d’ensemencement des nuages consiste à introduire dans l’atmosphère des substances comme l’iodure d’argent ou le chlorure de sodium afin de favoriser la condensation de la vapeur d’eau. Elle a déjà été utilisée en Chine, aux Émirats arabes unis ou encore aux États-Unis d’Amérique, pour stimuler la pluie, réduire la grêle ou limiter les incendies. Mais son efficacité demeure incertaine et variable selon les conditions météorologiques, et son impact écologique n’est pas neutre.

En recourant à cette méthode, l’Inde s’inscrit dans un mouvement plus large de géo-ingénierie climatique, où la technologie prétend compenser les dérèglements qu’elle a souvent contribué à engendrer. Ces initiatives traduisent une volonté d’agir vite, mais elles posent des questions fondamentales : jusqu’où l’humanité peut-elle « corriger » les déséquilibres qu’elle a provoqués ? Et à quel coût environnemental, social et éthique ?

Un miroir des contradictions du développement

La pluie artificielle révèle les paradoxes des puissances émergentes. L’Inde, qui ambitionne de devenir la troisième économie mondiale, reste prisonnière d’un modèle de croissance intensif en énergie fossile, tandis que des millions d’Indiens subissent directement les conséquences sanitaires de cette pollution : affections respiratoires, maladies cardiovasculaires, baisse de l’espérance de vie.

Cette situation illustre le dilemme des pays du Sud : comment concilier essor économique et survie écologique, dans un système mondial encore dominé par les logiques productivistes héritées du Nord ? New Delhi, en cherchant à “faire pleuvoir” pour respirer, incarne cette tension entre modernité et fragilité.

Une réponse de court terme à un problème structurel

Les spécialistes de l’environnement s’accordent : seule une transformation profonde du modèle énergétique et urbain permettra de réduire durablement la pollution. La pluie artificielle, aussi spectaculaire soit-elle, ne traite pas la source du mal. Elle disperse un symptôme sans guérir la maladie.

Derrière le geste scientifique, se dessine ainsi une interrogation plus vaste : la technologie peut-elle vraiment réparer ce que l’homme dérègle ? Ou n’est-elle qu’un palliatif provisoire à une crise que seule une conversion écologique mondiale pourrait résoudre ?

Celine Dou