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Népal : le Premier ministre Balendra Shah propose à la Chine et à l’Inde un mécanisme commun face aux risques climatiques dans l’Himalaya

Un mois après la catastrophe qui a dévasté plusieurs vallées himalayennes, le Népal veut changer d’échelle. Devant l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre Balendra Shah a demandé un soutien financier sous forme de dons pour reconstruire son pays et proposé avec la Chine et l’Inde un mécanisme commun de surveillance et d’alerte face aux risques qui menacent l’Himalaya

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Le 26 août, l’effondrement d’une masse de glace et de roches sur le massif du Langtang Lirung a déclenché une cascade meurtrière dans la région de Rasuwa, au nord du Népal. Les dernières données du gouvernement font état de plus de 1 451 morts et de plus de 5 000 disparus. Treize installations hydroélectriques ont été touchées et les dégâts et pertes représentent environ 4 à 5 % du produit intérieur brut népalais. À New York, Balendra Shah a voulu tirer de cette catastrophe une proposition régionale : partager les données satellitaires, surveiller les lacs glaciaires et mettre en place des systèmes d’alerte communs avec la Chine et l’Inde.

Une catastrophe qui ne s’arrête pas à la frontière

Le drame du 26 août n’a pas commencé dans les vallées où l’eau a tout emporté. Il trouve son origine à haute altitude, sur le versant nord du Langtang Lirung, montagne d’environ 7 200 mètres située dans la région himalayenne. À 8 h 37, heure népalaise, un important effondrement de glace et de roches s’est produit. La masse déstabilisée a déclenché une succession de phénomènes qui ont propagé l’eau, les débris et les matériaux vers les vallées en contrebas.

Le phénomène a ensuite franchi les frontières. La catastrophe a touché le Népal et la Chine avant que les eaux ne poursuivent leur trajectoire vers l’Inde. C’est précisément cette dimension transfrontalière que Balendra Shah a placée au cœur de son discours devant les Nations unies le 24 septembre.

« Le changement climatique ne reconnaît pas les frontières », a déclaré le Premier ministre népalais, en appelant à dépasser les dispositifs nationaux dispersés.

La proposition qui accompagne ce constat est concrète : créer un Himalayan Climate Resilience Mechanism, piloté par le Népal, la Chine et l’Inde. Le dispositif aurait pour fonctions de partager les données satellitaires et l’expertise scientifique, surveiller les lacs glaciaires dangereux, renforcer les systèmes d’alerte précoce et coordonner les secours lorsqu’une catastrophe traverse les frontières.

L’idée répond à une faiblesse déjà observée lors de la catastrophe. Des images satellitaires avaient permis d’observer l’évolution de la masse de glace et de roches avant son effondrement. Des chercheurs ont depuis souligné que les moyens d’observation existaient, tandis que la transmission de l’information vers ceux capables d’agir restait un problème majeur.

L’Himalaya devient un problème de sécurité humaine

La proposition népalaise dépasse donc la seule reconstruction des zones sinistrées.

Le massif de l’Hindu Kush-Himalaya fournit de l’eau, des terres agricoles, des écosystèmes et des moyens de subsistance à près de deux milliards de personnes, selon les données avancées par Balendra Shah devant l’ONU. Une perturbation majeure des glaciers et des cours d’eau peut donc produire des conséquences bien au-delà du territoire népalais.

La catastrophe du 26 août a également montré la succession possible de plusieurs risques. L’effondrement glaciaire a provoqué une importante coulée de matériaux et une crue soudaine. Des travaux scientifiques ont également documenté une activité sismique liée à l’effondrement, illustrant le caractère en cascade de certains risques de haute montagne.

La température constitue un autre élément du dossier. Une revue scientifique rapide citée par Nature conclut que les températures exceptionnellement élevées enregistrées en juillet et août ont contribué à déstabiliser une zone déjà particulièrement vulnérable. Cela ne signifie pas que le changement climatique constitue l’unique cause de la catastrophe : la géologie du massif, la présence de glace et de roches instables ainsi que la dynamique propre de l’effondrement ont également joué un rôle.

Cette combinaison rend les systèmes d’alerte particulièrement importants. Une surveillance efficace doit désormais permettre de détecter plusieurs signaux successifs, depuis l’évolution d’un glacier ou d’un versant jusqu’à l’arrivée d’une crue dans les vallées habitées.

Plus de 1 450 morts, 5 000 disparus et des milliards à reconstruire

Un mois après la catastrophe, l’urgence humanitaire demeure considérable. Les dernières données communiquées par le gouvernement népalais font état de plus de 1 451 morts et de plus de 5 000 personnes toujours portées disparues. Les destructions ont affecté les habitations, les routes, les ponts, les moyens de subsistance et les infrastructures énergétiques. Treize projets hydroélectriques ont été touchés. Les dégâts et pertes sont évalués à environ 4 à 5 % du PIB du Népal.

Le coût de la reconstruction pourrait toutefois être nettement supérieur. Le gouvernement népalais l’évalue à près de 5 milliards de dollars, soit environ 10 % du PIB du pays.

La différence entre les deux chiffres tient à leur périmètre. Les 4 à 5 % correspondent à l’estimation actuelle des pertes et dégâts, tandis que les quelque 10 % évoqués par le gouvernement correspondent à l’effort global de reconstruction envisagé.

Pour un pays en développement comme le Népal, une telle facture représente un choc majeur. Une catastrophe qui détruit des infrastructures financées au fil des années oblige l’État à consacrer de nouvelles ressources à la réparation plutôt qu’à l’éducation, à la santé, aux transports ou au développement économique.

Le Premier ministre népalais veut donc éviter que son pays reconstruise indéfiniment ce que les catastrophes détruisent.

Katmandou réclame des dons plutôt que de nouvelles dettes

Devant les Nations unies, Balendra Shah a également insisté sur la question du financement.

Le Népal a sollicité 20 millions de dollars auprès du Fonds pour répondre aux pertes et dommages, soit le montant maximal actuellement accessible dans ce mécanisme. Cette demande reste très inférieure aux besoins du pays.

Le système international de financement climatique se trouve lui-même sous pression. Nature rapporte que plus d’une centaine de pays attendent des décisions sur des demandes de financement, pour un montant total très supérieur aux ressources disponibles du fonds. Le Népal devient ainsi l’un des premiers grands tests de la capacité de ce mécanisme à apporter rapidement une aide aux pays frappés par une catastrophe climatique majeure.

Balendra Shah a donc demandé que l’aide destinée à la reconstruction prenne la forme de dons plutôt que de prêts. Son argument est simple : le Népal a très peu contribué aux émissions mondiales de gaz à effet de serre et ne veut pas s’endetter pour réparer des dégâts auxquels il estime avoir peu contribué.

Cette revendication renvoie au principe de « responsabilités communes mais différenciées » adopté dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Le Premier ministre népalais demande que les États ayant davantage contribué historiquement au problème et disposant de moyens financiers plus importants prennent une part plus importante de l’effort.

Chine, Inde, Népal : une coopération difficile à construire

La proposition himalayenne comporte cependant une dimension diplomatique importante.

Le Népal se trouve entre la Chine et l’Inde, deux puissances asiatiques dont les relations sont marquées par des intérêts stratégiques parfois concurrents. Leur coopération dans la surveillance des glaciers, le partage des données et les systèmes d’alerte supposerait donc de faire circuler rapidement des informations scientifiques et opérationnelles entre trois États qui n’ont pas toujours les mêmes priorités.

Le climat offre ici un terrain de coopération très concret. Une masse glaciaire ne tient aucun compte des frontières politiques, pas plus qu’une rivière en crue. Une alerte transmise quelques minutes ou quelques heures plus tôt peut pourtant modifier radicalement le nombre de personnes exposées.

Le projet de Balendra Shah cherche ainsi à transformer une contrainte géographique en dispositif commun. Le Népal ne demande pas à la Chine et à l’Inde de régler leurs différends. Il leur propose de partager des informations lorsque la vie de populations situées dans plusieurs pays peut en dépendre.

Le ministre népalais des Affaires étrangères, Shisir Khanal, a poursuivi cette offensive diplomatique le 25 septembre lors d’un événement organisé aux Nations unies consacré à la résilience climatique de l’Himalaya. Le Népal y a notamment réuni le Bhoutan, les Maldives, la Nouvelle-Zélande, les Samoa et le Tadjikistan autour de cette question.

Des satellites aux systèmes d’alerte : ce qui manque désormais

Le débat prend une dimension particulière parce que les technologies nécessaires à une meilleure surveillance existent déjà en partie.

Les images satellitaires ont permis d’observer des signes de déplacement de la masse glaciaire avant son effondrement. Des chercheurs estiment que les systèmes d’observation peuvent aujourd’hui être reliés à des chaînes d’alerte capables de transmettre rapidement une information aux populations exposées.

Le problème devient alors institutionnel : qui surveille, qui reçoit l’information, qui décide de déclencher l’alerte et qui organise l’évacuation ?

C’est précisément ce que Balendra Shah veut modifier. Dans son discours, il a appelé à passer d’une gestion ponctuelle des catastrophes à une véritable « culture de la préparation », avec des infrastructures plus solides, des systèmes d’alerte efficaces, des investissements dans l’assurance et l’innovation et une meilleure coordination transfrontalière.

La catastrophe du 26 août a montré le prix de l’absence de coordination suffisante. La prochaine étape consiste à savoir si les États concernés accepteront de transformer les capacités scientifiques disponibles en un système régional permanent.

À New York, le Premier ministre népalais n’a donc pas seulement demandé de l’argent pour réparer les dégâts. Il a proposé de changer la manière dont les États de l’Himalaya se préparent aux catastrophes. La Chine et l’Inde sont désormais placées devant une proposition qui touche directement à la sécurité de leurs populations et à la gestion d’un espace montagneux dont les risques ignorent les frontières.

Un mois après les inondations qui ont fait plus de 1 451 morts et laissé plus de 5 000 personnes disparues, le Népal tente de transformer une catastrophe nationale en projet régional. Le mécanisme proposé par Balendra Shah reste à construire, son financement à trouver et la coopération entre Katmandou, Pékin et New Delhi à organiser.

Le message adressé à l’ONU est toutefois précis : les satellites peuvent détecter les signes avant-coureurs, les scientifiques peuvent identifier les risques et les États peuvent partager les informations. Encore faut-il que ces moyens soient réunis avant que la prochaine masse de glace et de roches ne dévale les vallées.

Celine Dou

Népal : plus de 350 morts, 1 300 disparus dont des centaines d’étrangers après l’effondrement d’un glacier à la frontière du Tibet

Le bilan de la catastrophe qui a frappé le nord du Népal mercredi 26 août ne cesse de s’alourdir. Les autorités népalaises font désormais état de 359 morts et de près de 1 400 personnes portées disparues, après des crues soudaines et des coulées de boue qui ont balayé plusieurs localités proches de la frontière avec le Tibet chinois.

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Parmi les disparus figurent de nombreux étrangers. Le ministère népalais du Tourisme recense 570 touristes portés disparus, dont 517 ressortissants étrangers provenant de 33 pays. Des citoyens indiens, états-uniens, malaisiens, ukrainiens, australiens, britanniques, canadiens et sud-coréens figurent notamment parmi les personnes recherchées.

Une catastrophe partie des hauteurs himalayennes

Les premières heures avaient laissé planer le doute sur l’origine du phénomène. Un signal sismique enregistré dans la région avait d’abord été interprété comme un séisme. L’analyse du United States Geological Survey a depuis conduit à une autre conclusion : le signal provenait de l’effondrement d’une masse glaciaire et rocheuse, suivi d’une coulée de débris.

La masse de glace, de roches et de boue a dévalé les vallées avant de provoquer une montée extrêmement rapide des eaux. La rivière Trishuli, notamment, a connu une hausse spectaculaire de son niveau, tandis que des villages, des routes et des ponts étaient emportés sur plusieurs dizaines de kilomètres.

À Syabrubesi, dans le district de Rasuwa, des secteurs entiers ont été ravagés. Des installations hydroélectriques, des axes routiers et des ponts ont également subi d’importants dégâts, compliquant l’arrivée des secours et l’évacuation des habitants.

Des touristes et des pèlerins toujours recherchés

L’ampleur des disparitions dépasse largement le seul cadre népalais. La zone touchée est fréquentée par des touristes et des pèlerins étrangers, notamment ceux qui se rendent vers les sites himalayens et le mont Kailash.

L’Inde compte le plus grand nombre de ressortissants recherchés, avec 178 personnes, devant les États-Unis d’Amérique avec 65, l’Ukraine avec 53, la Malaisie avec 51, l’Australie avec 35 et le Royaume-Uni avec 33.

Au Tibet, du côté chinois de la frontière, la situation est également très grave. Les autorités ont annoncé trois morts et 558 disparus dans le comté de Gyirong, dont 260 étrangers. Le poste-frontière de Gyirong, un point important pour les échanges et les déplacements entre le Tibet et le Népal, a été durement touché.

Une nouvelle menace en amont

Les opérations de recherche se poursuivent dans des conditions difficiles. L’eau, la boue et les débris ont coupé plusieurs voies d’accès, tandis que les secours doivent encore atteindre certaines zones isolées.

Une autre menace inquiète les autorités chinoises : l’accumulation de débris en amont a formé une retenue d’eau susceptible de céder et de provoquer une nouvelle crue brutale. Des équipes chinoises ont été mobilisées pour surveiller la situation et prévenir les populations exposées.

Pour les secouristes, la priorité reste la même : retrouver les disparus et évacuer les habitants menacés avant une éventuelle nouvelle montée des eaux.

La catastrophe rappelle aussi la fragilité des vallées himalayennes face aux mouvements de glace, de roches et d’eau. Dans cette région où les glaciers reculent et où les masses glaciaires deviennent plus instables, les scientifiques alertent depuis plusieurs années sur le risque de crues soudaines liées aux effondrements glaciaires.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Inde : malgré les concessions obtenues par Sonam Wangchuk, le « Parti des cafards » impose son bras de fer à Narendra Modi

Sonam Wangchuk a interrompu sa grève de la faim après vingt-six jours, à la suite d’engagements pris par le gouvernement indien. L’image pourrait laisser croire à un début d’apaisement. Pourtant, dans les rues de New Delhi, Mumbai, Bengaluru, Chennai ou Kolkata, les cortèges continuent de grossir. Les étudiants refusent de considérer cette décision comme une victoire définitive. Leur objectif reste inchangé : obtenir la démission du ministre de l’Éducation, Dharmendra Pradhan, et engager une réforme profonde d’un système qu’ils jugent discrédité.

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Né de la colère provoquée par des fraudes à répétition lors de concours nationaux, le Cockroach Janta Party (« Parti du peuple des cafards ») est devenu, en quelques semaines, le visage d’une contestation bien plus vaste. Derrière les revendications sur les examens se dessine une remise en cause du fonctionnement des institutions, du manque de perspectives offertes à la jeunesse et de la manière dont le pouvoir de Narendra Modi répond aux critiques. Les concessions obtenues cette semaine témoignent moins d’un règlement de la crise que de la difficulté croissante du gouvernement à contenir un mouvement qui échappe désormais aux cadres habituels de l’opposition.

La mobilisation trouve son origine dans les irrégularités qui ont entaché plusieurs concours d’entrée, notamment ceux permettant d’accéder aux études de médecine. Des millions de candidats ont vu leurs épreuves annulées après la découverte de fuites de sujets, obligeant l’organisation de nouveaux examens. Pour de nombreux étudiants, ces scandales ont réduit à néant plusieurs années de préparation et d’efforts. Plusieurs suicides de jeunes candidats ont profondément marqué l’opinion publique.

Mais très rapidement, la contestation a dépassé la seule question des examens. Le « Parti des cafards », mouvement né sur les réseaux sociaux après qu’une expression méprisante visant les jeunes chômeurs eut été retournée contre ses auteurs, a su fédérer une génération qui ne se reconnaît plus dans les discours officiels sur les succès économiques de l’Inde.

L’entrée en scène de Sonam Wangchuk a profondément modifié le rapport de force.

L’ingénieur et militant écologiste, connu bien au-delà de l’Inde pour ses innovations dans l’Himalaya et son engagement en faveur du Ladakh, n’appartient à aucun parti politique traditionnel. Son choix d’entamer une grève de la faim a immédiatement rappelé une forme de protestation intimement liée à l’histoire politique indienne, popularisée par Mahatma Gandhi.

Pendant vingt-six jours, son état de santé s’est progressivement détérioré. Son transfert forcé dans un hôpital par les autorités a suscité une vague d’indignation qui a paradoxalement renforcé la mobilisation. Face au risque de voir cette figure respectée devenir un symbole national de la contestation, le gouvernement a finalement accepté plusieurs garanties, notamment l’absence de poursuites contre les étudiants arrêtés lors des manifestations et la poursuite des discussions avec les représentants du mouvement.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2014, Narendra Modi s’est rarement laissé dicter son calendrier politique par la rue.

Or, cette crise présente une configuration inhabituelle.

Pendant plusieurs semaines, le gouvernement a tenté de minimiser l’ampleur des manifestations. Puis la multiplication des rassemblements, les critiques suscitées par l’intervention policière contre Sonam Wangchuk et l’élargissement du soutien au mouvement ont progressivement modifié la stratégie de l’exécutif.

Le Premier ministre est finalement intervenu publiquement, promettant un renforcement de la lutte contre les fraudes aux examens et annonçant des mesures destinées à accélérer les procédures judiciaires contre leurs auteurs. Plus inhabituel encore, il a diffusé une vidéo tournée dans un registre beaucoup plus personnel que ses interventions habituelles. Pourtant, ces annonces n’ont pas répondu à la principale revendication des manifestants : le départ du ministre de l’Éducation.

Réduire cette mobilisation à une simple affaire de concours truqués serait une erreur d’analyse.

Les revendications traduisent un malaise plus profond. Malgré une croissance économique soutenue et l’ambition affichée de faire de l’Inde l’une des principales puissances mondiales, une partie importante de la jeunesse diplômée peine à trouver un emploi correspondant à ses qualifications. Dans ce contexte, les concours publics représentent souvent l’une des rares perspectives de stabilité. Lorsqu’ils sont entachés de soupçons de corruption ou de favoritisme, c’est tout le principe de l’égalité des chances qui vacille.

Le « Parti des cafards » a compris cette réalité. En transformant un scandale administratif en mouvement citoyen, il a réussi à fédérer étudiants, jeunes actifs, enseignants et une partie de la société civile autour d’une même exigence : restaurer la confiance dans les institutions.

Les observateurs se gardent de comparer la situation indienne aux mouvements qui ont récemment provoqué des changements de pouvoir au Bangladesh ou au Sri Lanka. Les contextes institutionnels diffèrent profondément.

En revanche, beaucoup soulignent que le gouvernement fait face à un type de contestation nouveau. Elle n’est ni portée par les partis d’opposition, ni limitée à une revendication locale. Elle s’appuie sur une génération connectée, capable de transformer un symbole ironique en mouvement national et de maintenir la pression malgré les concessions obtenues.

L’arrêt de la grève de la faim de Sonam Wangchuk ne marque donc pas la fin de cette séquence politique. Les dirigeants du « Parti des cafards » ont déjà prévenu que les manifestations se poursuivraient tant que leur principale revendication ne serait pas satisfaite.

En obtenant des garanties du gouvernement, Sonam Wangchuk a évité que son état de santé ne fasse basculer la crise dans une autre dimension. Mais le véritable enseignement de ces dernières semaines est ailleurs. Pour la première fois depuis longtemps, une mobilisation née en dehors des formations politiques traditionnelles a contraint le gouvernement de Narendra Modi à modifier sa posture, à ouvrir des négociations et à reconnaître publiquement une colère qu’il espérait contenir.

La bataille autour des examens est loin d’être terminée. Derrière elle se joue désormais une question plus large : celle de la confiance qu’une génération entière accorde encore aux institutions chargées de lui ouvrir l’avenir.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Inde : la pluie artificielle à New Delhi, un pari scientifique pour conjurer une crise environnementale durable

L’Inde vient de franchir une étape symbolique et controversée dans la lutte contre la pollution atmosphérique : le 24 octobre, les autorités de New Delhi ont procédé à un premier essai de pluie artificielle, en ensemençant les nuages afin de dissiper le brouillard toxique qui étouffe la capitale depuis plusieurs jours. L’expérience, menée en collaboration avec l’Institut indien de technologie de Kanpur, mobilise un avion Cessna équipé de fusées d’iodure d’argent pour provoquer des précipitations censées « nettoyer » l’air.

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Cette tentative traduit moins un triomphe scientifique qu’un aveu d’impuissance collective face à une crise environnementale désormais chronique. Chaque hiver, la mégapole de plus de trente millions d’habitants figure parmi les villes les plus polluées du monde : les particules fines y atteignent parfois soixante fois le seuil recommandé par l’Organisation mondiale de la santé. Entre émissions industrielles, trafic automobile et brûlis agricoles, la capitale indienne s’enferme dans un smog persistant que ni les interdictions de feux d’artifice ni les restrictions de circulation ne parviennent à endiguer.

Une fuite en avant technologique

Inventée dans les années 1940, la technique d’ensemencement des nuages consiste à introduire dans l’atmosphère des substances comme l’iodure d’argent ou le chlorure de sodium afin de favoriser la condensation de la vapeur d’eau. Elle a déjà été utilisée en Chine, aux Émirats arabes unis ou encore aux États-Unis d’Amérique, pour stimuler la pluie, réduire la grêle ou limiter les incendies. Mais son efficacité demeure incertaine et variable selon les conditions météorologiques, et son impact écologique n’est pas neutre.

En recourant à cette méthode, l’Inde s’inscrit dans un mouvement plus large de géo-ingénierie climatique, où la technologie prétend compenser les dérèglements qu’elle a souvent contribué à engendrer. Ces initiatives traduisent une volonté d’agir vite, mais elles posent des questions fondamentales : jusqu’où l’humanité peut-elle « corriger » les déséquilibres qu’elle a provoqués ? Et à quel coût environnemental, social et éthique ?

Un miroir des contradictions du développement

La pluie artificielle révèle les paradoxes des puissances émergentes. L’Inde, qui ambitionne de devenir la troisième économie mondiale, reste prisonnière d’un modèle de croissance intensif en énergie fossile, tandis que des millions d’Indiens subissent directement les conséquences sanitaires de cette pollution : affections respiratoires, maladies cardiovasculaires, baisse de l’espérance de vie.

Cette situation illustre le dilemme des pays du Sud : comment concilier essor économique et survie écologique, dans un système mondial encore dominé par les logiques productivistes héritées du Nord ? New Delhi, en cherchant à “faire pleuvoir” pour respirer, incarne cette tension entre modernité et fragilité.

Une réponse de court terme à un problème structurel

Les spécialistes de l’environnement s’accordent : seule une transformation profonde du modèle énergétique et urbain permettra de réduire durablement la pollution. La pluie artificielle, aussi spectaculaire soit-elle, ne traite pas la source du mal. Elle disperse un symptôme sans guérir la maladie.

Derrière le geste scientifique, se dessine ainsi une interrogation plus vaste : la technologie peut-elle vraiment réparer ce que l’homme dérègle ? Ou n’est-elle qu’un palliatif provisoire à une crise que seule une conversion écologique mondiale pourrait résoudre ?

Celine Dou