Guerre en RDC : l’armée ougandaise entre à Mahagi dans le nord de l’Ituri, Kinshasa dénonce le rapatriement de présumés FDLR jusqu’au Rwanda, Un rapport dénonce le train de vie des élites alors que la population souffre etc…(Notre point du 3 mars)

La République démocratique du Congo (RDC) traverse une période de turbulences marquée par plusieurs crises simultanées. Entre l’entrée des troupes ougandaises à Mahagi, la polémique autour du rapatriement de présumés membres des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) vers Kigali, la pénurie d’argent liquide qui pousse les habitants de Goma à se tourner vers le Rwanda et les inégalités flagrantes dénoncées dans un rapport sur les dépenses publiques, la situation reste préoccupante.

Kinshasa dénonce le rapatriement de présumés FDLR vers le Rwanda

La tension monte entre la RDC et le Rwanda après le rapatriement controversé de membres présumés des FDLR, un groupe issu des milices hutus accusées du génocide des Tutsis en 1994.

Samedi 1er mars, une cérémonie a été organisée au poste-frontière de Goma, où 14 à 20 combattants auraient été remis aux autorités rwandaises. Kigali affirme qu’il s’agit de hauts responsables des FDLR, tandis que Kinshasa dénonce une mise en scène destinée à discréditer l’armée congolaise.

L’affaire a pris une tournure encore plus suspecte lorsqu’un des noms publiés par le Rwanda, Patrick Ishimwe, s’est révélé être un prétendu déserteur des FDLR déjà présenté par Kigali en janvier dernier dans une vidéo de la presse d’État. Pour le Rwanda, il s’agit d’un simple homonyme, mais Kinshasa crie à la manipulation.

La crise diplomatique s’intensifie alors que Kigali accuse l’armée congolaise de collaborer avec les FDLR, une milice sous sanctions de l’ONU depuis 2012. Plusieurs rapports indépendants ont d’ailleurs documenté des alliances entre Kinshasa et certaines milices locales, dont les FDLR, malgré des opérations militaires menées contre eux sous pression internationale.

L’armée ougandaise entre à Mahagi, dans le nord de l’Ituri

Après un premier déploiement à Bunia, l’armée ougandaise (UPDF) a étendu sa présence à Mahagi, une localité située à plus de 150 km au nord de Bunia, à la frontière entre la RDC et l’Ouganda.

Ce samedi matin, une colonne de camions et de véhicules armés a traversé la frontière sous les yeux médusés des habitants. Officiellement, cette intervention vise à protéger les populations locales, selon le porte-parole de l’armée congolaise en Ituri.

Cependant, des questions persistent : contre qui vont-ils combattre ?

Les UPDF avaient été déployées initialement en 2021 pour une opération conjointe avec Kinshasa contre les Allied Democratic Forces (ADF), un groupe rebelle ougandais affilié à l’État islamique. Or, Mahagi n’est pas un bastion des ADF, mais plutôt un territoire contrôlé par des milices locales comme Codeco et Zaïre, des groupes d’autodéfense communautaire.

Ce redéploiement militaire coïncide avec l’expansion du M23, un mouvement rebelle soutenu par Kigali, plus au sud. Le chef d’état-major ougandais, fils du président Museveni, a d’ailleurs affirmé que l’Ouganda ne tolérerait aucun développement militaire sur la frontière congolo-ougandaise sans son accord.

La pénurie d’argent liquide pousse les habitants de Goma vers le Rwanda

Depuis que le M23 a pris le contrôle de Goma, les banques de la ville sont fermées, privant les habitants d’accès à leur argent. Face à cette crise monétaire, de nombreux Congolais traversent la frontière pour retirer des fonds à Gisenyi, ville rwandaise voisine.« Depuis l’occupation du M23, c’est la troisième fois que je viens au Rwanda pour retirer de l’argent. Je dois payer mes factures et faire vivre ma famille. » — Eddy de Paul, habitant de Goma.

Sur les parkings des banques de Gisenyi, la plupart des véhicules affichent des plaques congolaises. Les habitants retirent leurs fonds en francs rwandais, puis doivent les convertir en dollars ou en francs congolais, une opération qui leur coûte cher.« Les banques ne fonctionnent pas, les distributeurs sont hors service, et les gens ne savent plus comment survivre. La situation économique est catastrophique. » — David, un autre habitant de Goma.

Les banques de Goma attendent toujours le feu vert des autorités monétaires pour reprendre leurs activités, mais la crise financière persiste et plonge la ville dans l’incertitude.

Un rapport dénonce le train de vie des élites alors que la population souffre

Un rapport de deux grandes coalitions de la société civile, “Le Congo n’est pas à vendre” et le Réseau panafricain de lutte contre la corruption, met en lumière le pillage systématique des ressources nationales par les élites politiques congolaises.

Les inégalités sont flagrantes :
• Un député congolais gagne jusqu’à 21 000 dollars par mois,
• Un enseignant, un militaire ou un policier touche en moyenne 100 dollars.

Le rapport accuse également le gouvernement de dépassements budgétaires massifs, notamment à la présidence et dans les ministères, sans transparence sur les salaires des hauts fonctionnaires.

Il propose plusieurs solutions pour réduire ces dépenses inutiles :
1. Fusionner certaines institutions, comme l’Agence anti-corruption et l’Inspection générale des finances,
2. Supprimer les organismes jugés obsolètes, comme le Comité national de suivi de l’Accord et le Conseil économique et social,
3. Limiter les avantages excessifs des députés, notamment l’achat de jeeps pour les 500 parlementaires promis par le président Félix Tshisekedi.

Cette dernière mesure est jugée comme un affront à la justice sociale, alors que le pays traverse une crise économique et sécuritaire sans précédent.

Les musulmans de Bukavu se préparent à un ramadan sous haute tension

À Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, la communauté musulmane se prépare au mois sacré du ramadan dans un contexte de forte insécurité et de crise économique.

Les prix des denrées alimentaires explosent, obligeant de nombreuses familles à réduire leurs achats pour l’iftar, le repas du soir.« J’ai acheté une petite quantité de pommes de terre et de bananes plantains. Avec la hausse des prix et le chômage, tout est devenu compliqué. » — Amina Mwarabu, habitante de Bukavu.

Face à la montée des violences nocturnes, les autorités religieuses ont également réorganisé les horaires des prières.« Pour la sécurité des croyants, nous avons supprimé la prière du Taraweh (20 h-21 h) et fusionné deux prières pour permettre aux fidèles de rentrer plus tôt chez eux. » — Cheikh Yassine Kapongo Mukoko, président du conseil théologal de Bukavu.

Cette décision concerne principalement les musulmans vivant près des mosquées, tandis que ceux habitant plus loin sont encouragés à prier chez eux.

Alors que la guerre se poursuit en RDC, les crises économiques et sociales s’aggravent. Entre les tensions diplomatiques avec le Rwanda et l’Ouganda, les difficultés monétaires à Goma, la dénonciation des privilèges des élites et les adaptations religieuses en période d’insécurité, la population congolaise continue de faire face à des défis multiples et complexes.

Joseph Kouamé

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