Soudan : la capitale provisoire Port-Soudan visée pour la première fois par une attaque de drones des paramilitaires

Pour la première fois depuis le début du conflit en avril 2023, la capitale provisoire du Soudan, Port-Soudan, a été directement ciblée par une attaque de drones menée par les Forces de soutien rapide (FSR). Une offensive symbolique et stratégique qui marque un tournant inquiétant dans la guerre civile soudanaise.

Une attaque sans précédent

Dimanche matin, plusieurs drones explosifs ont frappé l’aéroport de Port-Soudan, touchant notamment la base aérienne d’Osman Digna, un entrepôt de marchandises et des installations civiles en centre-ville. Selon les autorités locales, aucune victime n’est à déplorer, mais les vols ont été suspendus et une épaisse colonne de fumée a été observée par les témoins.

L’armée soudanaise a confirmé l’attaque, soulignant qu’il s’agissait de la première offensive des FSR contre Port-Soudan, une ville jusqu’alors relativement épargnée par les violences.

Une ville symbolique et fragile

Port-Soudan, située sur la mer Rouge, accueille le siège du gouvernement soudanais, contraint de quitter Khartoum en raison du conflit. La ville est également devenue un lieu de refuge pour des milliers de déplacés fuyant les zones de combat, notamment au Darfour et à Khartoum.

Jusqu’ici relativement sûre, Port-Soudan incarne la stabilité relative d’un pays en proie à une guerre dévastatrice. Son ciblage par les FSR représente un coup dur pour les autorités et pour la population qui s’y était réfugiée.

Une capacité offensive en expansion

Les FSR ont réussi à frapper à plus de 600 kilomètres de leurs bases les plus proches. Selon des images satellites analysées en janvier, des drones de pointe d’origine chinoise ont été repérés sur l’aéroport de Nyala, dans le Darfour. Ces appareils disposent à la fois de capacités de frappe et de surveillance, permettant aux FSR d’élargir considérablement leur rayon d’action.

Une stratégie de pression psychologique et économique

Selon Xavier Tytelman, expert en défense contacté par RFI, ces attaques par drones n’ont pas pour but une prise de territoire, mais visent à déstabiliser les institutions et à terroriser les populations :

« Le fait d’empêcher l’économie de fonctionner, d’interrompre les vols internationaux, tout cela va peser lourdement sur une économie déjà très fragile. Les FSR cherchent à imposer une pression économique, plus qu’un gain territorial direct. »

La semaine précédente, les FSR avaient détruit des infrastructures électriques dans la ville d’Atbara, plongeant une partie du pays dans l’obscurité. Dix jours plus tard, Port-Soudan reste privée d’électricité, accentuant la crise humanitaire.

Renforcement militaire à Port-Soudan

En réaction, l’armée a déployé des renforts autour de l’aéroport et de la ville, notamment des systèmes de défense anti-aérienne. Ce renforcement vise à dissuader de nouvelles attaques, alors que les autorités craignent une intensification des offensives paramilitaires contre les zones stratégiques encore sous leur contrôle.

Une nouvelle phase du conflit soudanais

Cette attaque illustre une nouvelle phase de la guerre civile au Soudan : une guerre de harcèlement technologique, menée par drones, dans le but d’affaiblir un pouvoir déjà affaibli et d’étendre la peur dans des zones jusque-là épargnées. La militarisation du ciel soudanais par les FSR change la donne et complique encore davantage une sortie de crise pacifique.

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