Tunisie : l’ancien Premier ministre, Ali Laarayedh, condamné à 34 ans de prison pour terrorisme

L’ancien Premier ministre tunisien Ali Laarayedh, figure emblématique du parti islamiste modéré Ennahdha, a été condamné vendredi à 34 ans de prison pour une série d’accusations de terrorisme. Cette décision judiciaire marque un nouveau tournant dans la dérive autoritaire dénoncée par de nombreux observateurs depuis l’arrivée au pouvoir du président Kaïs Saïed.

Des accusations de complicité avec les jihadistes

Laarayedh est accusé d’avoir participé à la création d’une cellule terroriste et d’avoir facilité le départ de jeunes Tunisiens vers des zones de conflit, notamment l’Irak et la Syrie, afin de rejoindre des groupes jihadistes. Sept autres personnes sont impliquées dans la même affaire. Le verdict est tombé vendredi, trois ans après son arrestation.

Malgré les accusations, Laarayedh nie catégoriquement toute implication, affirmant que ce procès est motivé politiquement et destiné à faire taire l’opposition.

Un climat de répression politique croissante

La condamnation d’Ali Laarayedh s’inscrit dans une vaste campagne de répression visant les critiques du président Saïed. Depuis le début de l’année, plus de 40 personnes — journalistes, avocats, militants et diplomates — ont été arrêtées ou poursuivies. Selon plusieurs ONG internationales, dont Human Rights Watch, il s’agit d’une stratégie délibérée pour réduire au silence toute dissidence politique.

« C’est un nouvel exemple de la façon dont les autorités tunisiennes utilisent des accusations de terrorisme pour neutraliser l’opposition », dénonce HRW.

Un président aux pouvoirs élargis

Depuis son coup de force de juillet 2021, Kaïs Saïed a dissous le Parlement, gouverne par décrets présidentiels, et a imposé une nouvelle Constitution en 2022 qui concentre les pouvoirs entre ses mains. Il a également renforcé son emprise sur le pouvoir judiciaire, suscitant de vives critiques au sein de la société civile et de la communauté internationale.

Retour aux heures sombres ?

L’affaire Laarayedh réveille les craintes d’un retour à l’autoritarisme en Tunisie, douze ans après le soulèvement populaire du Printemps arabe. Ennahdha, qui avait brièvement gouverné le pays après la révolution de 2011, se retrouve aujourd’hui quasiment démantelé, ses dirigeants emprisonnés ou en exil.

Ali Laarayedh, qui fut aussi ministre de l’Intérieur après la révolution, a longtemps incarné une tentative de conciliation entre islam politique et démocratie. Sa condamnation pourrait sceller la marginalisation durable d’Ennahdha et d’autres partis d’opposition.

Kaïs Saïed reste inflexible

Le président tunisien rejette toutes les critiques, affirmant qu’il lutte contre des “traîtres” et une “ingérence étrangère flagrante”. Il assure agir dans l’intérêt du peuple, tout en niant toute dérive autoritaire. Mais pour de nombreux Tunisiens, les espoirs de la révolution se sont effondrés, remplacés par un régime de plus en plus répressif et centralisé.

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