Alors que plusieurs sources proches du gouvernement syrien affirment que Damas s’apprête à transférer à la Chine des combattants ouïghours jihadistes présents sur son territoire, le ministère syrien des Affaires étrangères dément catégoriquement. Une controverse qui intervient au moment où Pékin et Damas renforcent leur coopération sécuritaire, sur fond d’enjeux géopolitiques croisés au Moyen-Orient et en Asie centrale.
Des sources sécuritaires évoquent un transfert “par lots”
Selon plusieurs sources gouvernementales et diplomatiques relayées par l’AFP, la Syrie prévoirait de remettre environ 400 combattants ouïghours à la Chine.
Les personnes concernées seraient majoritairement membres du Parti islamique du Turkestan (TIP), un groupe jihadiste ouïghour actif en Syrie depuis le milieu des années 2010, notamment dans la province d’Idlib.
Ces transferts seraient envisagés par vagues successives, à la demande de Pékin, qui considère le TIP comme une menace directe pour sa sécurité intérieure.
Le conflit syrien a attiré, au fil des années, une importante présence combattante ouïghoure : selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), entre 3 200 et 4 000 combattants ouïghours auraient transité par la Syrie au plus fort de la guerre.
Damas dément toute opération de transfert
Face à ces révélations, le ministère syrien des Affaires étrangères a publié un démenti ferme, affirmant qu’aucune remise de combattants ouïghours à la Chine n’était en cours ni prévue.
Les autorités syriennes reconnaissent en revanche un renforcement de la coopération bilatérale avec Pékin, mais soulignent que leur territoire ne sera pas utilisé contre les intérêts chinois. Une formulation qui, tout en restant ambiguë, laisse planer l’idée d’accords sécuritaires plus larges.
Ce contraste entre déclarations officielles et fuites sécuritaires alimente l’incertitude, d’autant que la Syrie a déjà, par le passé, procédé à des remises discrètes de combattants étrangers à leurs pays d’origine ou à leurs alliés.
Une coopération sécuritaire sino-syrienne en expansion
L’affaire éclate alors que le ministre syrien des Affaires étrangères vient d’effectuer une visite à Pékin.
La Chine, engagée dans une stratégie d’influence accrue au Moyen-Orient, voit dans la Syrie un partenaire utile, tant sur le plan sécuritaire que pour ses projets d’infrastructures.
Pour Pékin, l’enjeu est clair : prévenir toute possibilité que des combattants ouïghours basés en Syrie puissent un jour rejoindre ou inspirer des réseaux radicaux en Chine ou dans la région du Xinjiang.
Pour Damas, cette coopération est une manière de consolider le soutien d’un acteur clé, alors que le pays cherche toujours à sortir de l’isolement international et à financer sa reconstruction.
Un sujet hautement sensible sur la scène internationale
La question ouïghoure reste l’un des dossiers les plus sensibles pour la Chine, dénoncée depuis des années pour ses pratiques sécuritaires au Xinjiang.
La perspective d’un rapatriement forcé suscite donc des inquiétudes prévisibles chez les ONG de défense des droits humains, qui craignent que ces combattants soient exposés à des traitements sévères une fois remis aux autorités chinoises.
Cependant, aucune réaction internationale officielle n’avait encore été formulée au moment de la publication de cet article, les informations demeurant fragmentaires et contradictoires.
Un message géopolitique plus large
Au-delà du dossier sécuritaire, cette affaire s’inscrit dans un repositionnement stratégique :
- La Chine renforce sa présence sécuritaire au Moyen-Orient, avec un intérêt particulier pour les réseaux terroristes transnationaux susceptibles d’impliquer des ressortissants ouïghours.
- La Syrie cherche à consolider son partenariat avec Pékin, au moment où ses marges diplomatiques demeurent limitées.
- La question des combattants étrangers, encore largement non résolue en Syrie, continue de servir de levier politique et diplomatique pour plusieurs États.
Si la remise de jihadistes ouïghours se confirmait, elle constituerait un signal clair de l’alignement stratégique entre Damas et Pékin.
Le démenti syrien, lui, rappelle que ces opérations quand elles existent se déroulent généralement loin des caméras, dans une zone grise où se mêlent sécurité, diplomatie et rapports de force.
Celine Dou