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États-Unis d’Amérique : 25 ans après le 11-Septembre, comment en est-on arrivé à discuter encore de la « résistance » face au terrorisme ?

Le 11 septembre 2001, 19 membres d’Al-Qaïda détournent quatre avions de ligne et les utilisent pour frapper New York et le siège du département de la Défense des États-Unis d’Amérique. Près de 3 000 personnes sont tuées. Vingt-cinq ans plus tard, alors que New York commémore les victimes, une autre bataille se joue : celle des mots, de la mémoire et de la manière dont une partie de la société occidentale regarde désormais le terrorisme islamiste.

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Le matin où le monde bascule

Le 11 septembre 2001 commence comme une matinée ordinaire sur la côte Est des États-Unis d’Amérique.

À 8 h 46, le vol 11 d’American Airlines percute la tour Nord du World Trade Center, à New York. Dix-sept minutes plus tard, à 9 h 03, le vol 175 de United Airlines s’écrase contre la tour Sud. Les images diffusées en direct montrent alors un incendie dans l’un des immeubles les plus connus du monde. Lorsque le second avion frappe la tour voisine, il ne reste plus de doute : les États-Unis d’Amérique sont victimes d’une attaque coordonnée.

À 9 h 37, un troisième avion, le vol 77 d’American Airlines, s’écrase contre le Pentagone, à Arlington, en Virginie. À 9 h 59, la tour Sud du World Trade Center s’effondre. La tour Nord tombe à son tour à 10 h 28.

Le quatrième appareil, le vol 93 de United Airlines, n’atteint pas sa cible. Des passagers et des membres d’équipage tentent de reprendre le contrôle de l’avion. Celui-ci s’écrase à Shanksville, en Pennsylvanie, à 10 h 03. Les quatre avions ont été détournés par 19 hommes formés par Al-Qaïda. Quinze venaient d’Arabie saoudite, deux des Émirats arabes unis, un d’Égypte et un du Liban.

Le bilan immédiat est de 2 976 morts, sans compter les 19 terroristes. Des milliers d’autres personnes sont blessées. Parmi les victimes figurent les passagers des quatre appareils, des employés des tours, des policiers, des pompiers, des secouristes et des personnes présentes dans les environs du World Trade Center et du Pentagone.

Le choc dépasse rapidement les frontières des États-Unis d’Amérique. Pour le pays, c’est l’attaque la plus meurtrière jamais commise sur son territoire. Pour le reste du monde, elle marque l’entrée dans une période dominée par la lutte contre le terrorisme islamiste.

Une attaque dont les conséquences ne s’arrêtent pas au 11 septembre

Les attentats ne constituent pas un événement isolé. Ils sont l’aboutissement d’une stratégie préparée pendant plusieurs années par Al-Qaïda et son chef, Oussama ben Laden.

L’organisation avait déjà frappé des intérêts des États-Unis d’Amérique, notamment lors des attentats contre les ambassades des États-Unis d’Amérique au Kenya et en Tanzanie en 1998, puis contre le navire militaire USS Cole au Yémen en 2000. Le 11 septembre 2001 constitue cependant un changement d’échelle radical.

La réponse étasunienne transforme à son tour le monde.

Les États-Unis d’Amérique envahissent l’Afghanistan pour chasser Al-Qaïda et renverser le régime taliban qui lui offrait un sanctuaire. Deux ans plus tard, l’administration de George W. Bush engage la guerre en Irak, en invoquant notamment la menace que représenteraient les armes de destruction massive détenues par le régime de Saddam Hussein. Elles ne seront jamais découvertes.

La « guerre contre le terrorisme » devient alors l’un des grands cadres de la politique internationale pendant plus d’une décennie. Les services de renseignement sont renforcés, les dispositifs de surveillance élargis, les frontières davantage contrôlées et les interventions militaires des États-Unis d’Amérique s’étendent bien au-delà de l’Afghanistan.

Avec le temps, le bilan devient beaucoup plus complexe. L’intervention en Afghanistan se transforme en guerre de vingt ans et s’achève par le retour des talibans au pouvoir en 2021. En Irak, la chute du régime de Saddam Hussein contribue à une longue période de guerre et de fragmentation dont profitent ensuite différents mouvements djihadistes. Des spécialistes du terrorisme considèrent aujourd’hui que l’enlisement dans ces guerres a également nourri de nouvelles formes de jihadisme.

Le 11-Septembre a donc produit deux histoires. Celle d’une attaque terroriste qui a tué près de 3 000 personnes en quelques heures. Et celle d’une réaction politique et militaire dont les conséquences se mesurent encore vingt-cinq ans plus tard.

Mais une autre transformation est plus difficile à mesurer

Le changement ne se trouve pas seulement dans les institutions ou dans les guerres.

Il concerne aussi la manière de parler du terrorisme.

En 2001, la qualification des attaques d’Al-Qaïda ne suscite pratiquement aucune controverse dans les démocraties occidentales. Des civils sont délibérément pris pour cibles. Des avions de ligne sont détournés et transformés en armes. Des milliers de personnes sont tuées. Le mot « terrorisme » s’impose.

Vingt-cinq ans plus tard, les frontières du vocabulaire sont moins nettes.

Le débat apparu après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 en fournit l’un des exemples les plus frappants. Une partie de la gauche radicale et de certains mouvements militants occidentaux a décrit cette attaque comme un acte de résistance palestinienne ou de lutte anticoloniale, tandis que d’autres y ont vu sans ambiguïté un acte terroriste. Les deux lectures ne sont pas équivalentes : qualifier un acte de terroriste ne revient pas à nier l’existence du conflit israélo-palestinien, pas plus que dénoncer la politique du gouvernement israélien ne revient à justifier les massacres commis par le Hamas.

Le plus troublant est peut-être que ces positions peuvent désormais coexister chez une même personne.

Une enquête Harvard CAPS/Harris menée en décembre 2023 auprès de 2 034 personnes âgées de 18 ans et plus montrait ainsi que 73 % des 18-24 ans considéraient l’attaque du 7 octobre comme un acte terroriste. Mais 60 % du même groupe estimaient que cette attaque pouvait être justifiée par les griefs des Palestiniens. La reconnaissance de la nature terroriste de l’acte n’empêchait donc pas une partie importante des jeunes interrogés de lui attribuer une justification politique.

Ce paradoxe mérite davantage d’attention que les slogans lancés de part et d’autre.

Il ne signifie pas que la jeunesse étasunienne ou occidentale serait devenue favorable au terrorisme. Les enquêtes disponibles ne permettent pas de soutenir une affirmation aussi générale. Une enquête HarrisX publiée en 2023 montrait au contraire que 68 % des 18-24 ans considéraient le Hamas comme une organisation terroriste désignée par le gouvernement des États-Unis d’Amérique.

Mais les écarts générationnels sont suffisamment importants pour poser une question sérieuse : comment une génération qui n’a pas vécu le 11-Septembre juge-t-elle aujourd’hui la violence politique lorsqu’elle est présentée comme une réponse à une oppression ?

Une génération qui n’a pas vu les tours s’effondrer

Pour ceux qui avaient 20 ans en 2001, le 11-Septembre appartient à leur histoire personnelle.

Pour les moins de 25 ans de 2026, il appartient essentiellement à l’histoire.

Ils ont grandi après les attentats, dans un monde où la guerre contre le terrorisme était déjà installée, où l’Afghanistan et l’Irak faisaient partie des programmes scolaires ou des informations, et où les réseaux sociaux ont progressivement remplacé la télévision comme principale source d’images et de commentaires pour une partie de la jeunesse.

Au Royaume-Uni, une enquête menée par More in Common en décembre 2023 avait montré une fracture particulièrement nette chez les 18-24 ans : 24 % des jeunes interrogés qualifiaient le Hamas de « combattants de la liberté », exactement la même proportion que ceux qui le qualifiaient de « terroristes ». 35 % déclaraient ne pas savoir comment le qualifier. Les générations plus âgées étaient beaucoup plus nombreuses à employer le terme « terroristes ».

Ces chiffres ne disent pas que les jeunes Occidentaux ont tous adopté une vision favorable au Hamas. Ils montrent autre chose : le mot « terroriste » n’est plus automatiquement la catégorie morale dominante chez une partie de cette génération lorsqu’il s’agit d’une organisation qui affirme combattre une puissance considérée comme occupante ou coloniale.

C’est un changement considérable par rapport à la mémoire politique construite après le 11-Septembre.

Le cas Mamdani : une cérémonie devenue bataille de mémoire

À New York, cette question a pris une dimension particulièrement visible à quelques jours du 25e anniversaire.

Le maire Zohran Mamdani a annoncé la création d’une journée municipale de commémoration et de service le 11 septembre, ainsi que de nouvelles mesures destinées à renforcer la préparation de la ville face aux futures menaces terroristes.

Mais sa présence aux cérémonies du 25e anniversaire a été contestée par des familles de victimes. Une pétition demandant qu’il n’y participe pas avait dépassé les 100 000 signatures lorsqu’elle lui a été remise à l’hôtel de ville le 8 septembre. Les signataires lui reprochent notamment certaines de ses positions politiques et la nomination de Ramzi Kassem comme conseiller juridique principal.

La polémique a pris une nouvelle ampleur après une cérémonie au cours de laquelle Mamdani a remis le stylo utilisé pour signer les décrets commémoratifs à Kassem. Celui-ci a auparavant représenté Ahmed al-Darbi, détenu à Guantánamo qui a plaidé coupable dans une affaire liée à Al-Qaïda. Al-Darbi était par ailleurs le beau-frère de Khalid al-Mihdhar, l’un des pirates de l’air du vol 77 qui s’est écrasé sur le Pentagone.

Il faut toutefois distinguer les faits : Kassem est un avocat qui a représenté un détenu lié à Al-Qaïda ; il n’est pas lui-même présenté comme un membre d’Al-Qaïda. Sa défense d’un accusé ou d’un condamné dans le cadre d’une procédure judiciaire ne constitue pas, en soi, une adhésion aux actes de son client.

La controverse autour du maire ne permet donc pas, à elle seule, de conclure à un quelconque renversement idéologique de la société étasunienne. Elle montre en revanche combien la mémoire du 11-Septembre reste chargée de tensions politiques, identitaires et morales.

Le 9 septembre, la commissaire de la police de New York, Jessica Tisch, a elle-même appelé à conserver une « clarté morale » entre les terroristes et ceux qui sont venus secourir les victimes, dans un discours prononcé lors de l’inauguration d’un nouveau mémorial consacré aux policiers morts des suites de leur exposition aux conditions toxiques de Ground Zero.

Le débat n’est donc plus seulement historique. Il porte sur la manière dont une société transmet la distinction entre victime, agresseur, résistance et terrorisme à ceux qui n’ont pas vécu l’événement.

Islamophobie : un autre combat, qu’il ne faut pas confondre avec celui-là

Cette évolution du vocabulaire ne doit pas conduire à une autre simplification.

Après le 11-Septembre, des musulmans vivant aux États-Unis d’Amérique ont subi des discriminations, des violences et une surveillance accrue. La lutte contre l’islamophobie répond donc à des faits réels et à une exigence légitime de protection des citoyens musulmans.

Mais dénoncer une discrimination visant des musulmans n’empêche pas de condamner l’islamisme armé. Les deux questions ne devraient pas être confondues.

Le problème apparaît lorsque le mot « islamophobie » devient une réponse automatique à toute critique d’une idéologie islamiste, d’une organisation terroriste ou d’une justification religieuse de la violence. À l’inverse, assimiler les musulmans à des terroristes en raison de leur religion constitue une autre forme de falsification des faits.

La difficulté, vingt-cinq ans après le 11-Septembre, consiste précisément à conserver ces distinctions.

Ce que nous avons peut-être perdu en chemin

Le monde de 2001 n’est plus celui de 2026.

Le terrorisme islamiste n’a pas disparu. Al-Qaïda a perdu une partie de sa capacité opérationnelle, mais ses branches régionales demeurent actives. L’État islamique a ensuite occupé une place centrale dans le jihadisme mondial avant de perdre son territoire. La menace terroriste s’est également diversifiée, avec la montée d’autres formes d’extrémisme violent.

Mais quelque chose d’autre a changé : la certitude morale avec laquelle l’Occident nommait autrefois certaines violences.

Le 11 septembre 2001, personne n’aurait sérieusement soutenu que détourner quatre avions de ligne, les précipiter contre des immeubles et tuer des milliers de civils constituait une forme de résistance.

Vingt-cinq ans plus tard, la discussion porte parfois moins sur les victimes que sur les circonstances censées rendre la violence compréhensible. Les causes d’un conflit sont alors utilisées pour expliquer un crime, puis parfois pour le justifier. La frontière entre les deux peut devenir dangereusement mince.

C’est peut-être là que se trouve l’une des questions les plus importantes de ce 25e anniversaire.

Une société peut-elle comprendre les causes d’une violence sans finir par l’excuser ?

Et surtout : que transmet-elle à une génération qui n’a pas vu les avions frapper les tours, qui n’a pas entendu les sirènes dans les rues de New York et qui connaît le 11-Septembre principalement à travers des images, des récits familiaux et les combats idéologiques du présent ?

Vingt-cinq ans après les attentats, les tours du World Trade Center ont disparu, Al-Qaïda n’est plus l’organisation qu’elle était et les guerres déclenchées après 2001 ont profondément transformé le monde.

Mais le débat sur le sens de cette journée est loin d’être terminé.

Le 11-Septembre n’est donc plus seulement une histoire de 2001. C’est aussi une question posée à 2026 : après un quart de siècle, sommes-nous encore capables de nommer les victimes, les terroristes et les actes de chacun sans laisser nos convictions politiques décider à leur place de la réalité des faits ?

Celine Dou

États Unis d’Amérique : le procès de Khalid Cheikh Mohammed, accusé d’être le cerveau du 11-Septembre, fixé au 5 juin 2028

Plus de deux décennies après son arrestation, Khalid Cheikh Mohammed connaîtra enfin la date de son procès. Un juge militaire a ordonné, mercredi 26 août, l’ouverture des audiences le 5 juin 2028 à Guantánamo, dans une affaire qui porte sur les attentats du 11 septembre 2001 et près de 3 000 morts.

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Khalid Cheikh Mohammed, connu sous les initiales KSM, est l’homme que les autorités états-uniennes présentent comme le principal architecte des attentats du 11-Septembre. Capturé au Pakistan en mars 2003, il est détenu à Guantánamo depuis 2006 après avoir été emprisonné dans des sites secrets de la CIA.

Qui est Khalid Cheikh Mohammed ?

Né au Pakistan et élevé au Koweït, Khalid Cheikh Mohammed s’est engagé dans les milieux djihadistes avant de rejoindre Al-Qaïda. Le rapport de la commission d’enquête sur le 11-Septembre le décrit comme un organisateur d’attentats qui cherchait à mettre en œuvre ses propres projets.

Selon ce rapport, il avait présenté dès 1996 à Oussama ben Laden l’idée d’utiliser des avions comme armes. Le projet évoluera ensuite jusqu’à l’opération du 11 septembre 2001.

Ce jour-là, dix-neuf membres d’Al-Qaïda détournent quatre avions de ligne. Deux s’écrasent contre les tours du World Trade Center à New York, un autre frappe le Pentagone et le quatrième s’écrase en Pennsylvanie après l’intervention de passagers.

Près de 3 000 personnes sont tuées.

Une arrestation en 2003, puis les prisons secrètes de la CIA

Khalid Cheikh Mohammed est arrêté au Pakistan en mars 2003. Après sa capture, il est transféré dans le programme clandestin de détention de la CIA.

Il y subit des interrogatoires au cours desquels des méthodes de torture sont utilisées, notamment la simulation de noyade. Ces conditions de détention pèseront lourdement sur la procédure judiciaire à venir : une partie du contentieux porte précisément sur la possibilité d’utiliser devant le tribunal des déclarations ou des éléments obtenus dans ce cadre.

En septembre 2006, KSM est transféré à Guantánamo, où il se trouve toujours.

Un procès bloqué pendant plus de vingt ans

Les accusations formelles ont été déposées en 2008. Pourtant, le procès n’a jamais véritablement commencé.

La procédure a été retardée par une succession de batailles judiciaires portant notamment sur les preuves, les interrogatoires de la CIA et les conséquences de la torture subie par les accusés.

En 2019, une première date avait été envisagée pour un procès en 2021. Elle n’a pas été tenue.

Plus récemment, une autre tentative de sortir de l’impasse avait été engagée avec un accord de plaider-coupable.

En 2024, Khalid Cheikh Mohammed et deux autres accusés avaient accepté de reconnaître leur culpabilité en échange notamment de l’abandon de la peine de mort. L’accord prévoyait des condamnations à perpétuité. Le secrétaire à la Défense de l’époque, Lloyd Austin, avait tenté de l’annuler, déclenchant une nouvelle bataille judiciaire. En juillet 2025, une cour d’appel fédérale a finalement annulé les accords.

Le procès est donc redevenu la voie judiciaire à suivre.

Pourquoi le 5 juin 2028 ?

Les procureurs souhaitaient commencer le procès dès janvier 2027. Le juge militaire Michael Schrama a rejeté ce calendrier, estimant qu’il ne laissait pas suffisamment de temps pour régler les nombreuses questions préalables encore pendantes, notamment celles concernant l’admissibilité de certaines preuves.

Le calendrier prévoit une première étape consacrée à la sélection des membres de la commission militaire à partir du 5 juin 2028, avant les déclarations d’ouverture et la présentation des preuves.

Khalid Cheikh Mohammed sera jugé avec Walid bin Attash, Ali Abdul Aziz Ali et Mustafa al-Hawsawi, tous détenus à Guantánamo.

Un procès qui reste loin d’être garanti

La fixation d’une date ne signifie pas pour autant que le procès commencera nécessairement ce jour-là.

Le dossier demeure encombré de questions préalables et de recours. L’histoire de cette procédure montre d’ailleurs à quel point son calendrier peut encore changer.

Mais une étape importante vient d’être franchie : pour la première fois après des années de reports, le tribunal militaire a fixé une date précise pour juger l’homme accusé d’avoir été au cœur de la préparation du 11-Septembre.

Le 5 juin 2028, près de 27 ans après les attentats, Khalid Cheikh Mohammed devrait donc comparaître devant la justice militaire états-unienne.

Une échéance qui ramène à la surface une question restée irrésolue pendant toute l’après-guerre contre le terrorisme : comment juger les responsables présumés d’une attaque historique lorsque les méthodes utilisées pour les interroger sont elles-mêmes devenues une partie du procès ?

Celine Dou

Niger : l’Algérie offre quatre hélicoptères militaires à Niamey et renforce son alliance militaire avec son voisin

Deux Mi-24V et deux Mi-171 ont quitté le sud de l’Algérie le 9 août pour rejoindre Niamey. Alger a également fourni des pièces de rechange et du matériel de maintenance. Pour l’armée nigérienne, ce don apporte quatre appareils supplémentaires, destinés à des missions de combat, de transport et de soutien.

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Le Niger reçoit quatre hélicoptères militaires offerts par l’Algérie. Le ministère algérien de la Défense nationale a annoncé le 9 août que deux Mi-24V et deux Mi-171 avaient été acheminés vers Niamey depuis In Guezzam, dans l’extrême sud du pays. Des équipements et accessoires militaires ont accompagné les appareils, tandis qu’une partie du matériel a été transportée séparément par un avion des Forces aériennes algériennes. Le don a été effectué sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, dans le cadre du renforcement de la coopération entre Alger et Niamey.

Deux Mi-24V pour le combat, deux Mi-171 pour le transport

Les quatre hélicoptères n’ont pas le même emploi.

Le Mi-24V est un appareil d’attaque conçu pour appuyer les forces terrestres. Armé, protégé et capable d’emporter des troupes dans certaines configurations, il a été développé pour accompagner les unités engagées au sol.

Le Mi-171 appartient à une autre catégorie. Dérivé de la famille Mi-8/Mi-17, il est principalement utilisé pour transporter des soldats, du matériel et du ravitaillement. Il peut également remplir différentes missions de soutien.

Pour Niamey, le choix de ces deux modèles apporte donc deux capacités complémentaires. Les Mi-24V peuvent renforcer l’appui aérien des unités au sol. Les Mi-171 peuvent faciliter le déplacement des militaires et du matériel sur un territoire où les distances compliquent les opérations terrestres.

Le don ne s’arrête pas aux quatre appareils. Alger a fourni des équipements et accessoires militaires ainsi que du matériel destiné à leur exploitation. Une partie des fournitures a été acheminée par un avion de transport militaire algérien.

Le ministère algérien de la Défense nationale précise que l’opération a été réalisée sur instruction de Abdelmadjid Tebboune. Les appareils ont quitté In Guezzam, à proximité de la frontière nigérienne, avant leur arrivée à Niamey.

Un renfort pour une armée engagée sur plusieurs fronts

Les nouveaux appareils arrivent dans un pays confronté depuis plusieurs années à des attaques de groupes armés. Dans le nord-ouest, l’ouest et le sud-est du Niger, les forces gouvernementales doivent couvrir de vastes zones et répondre rapidement aux mouvements des groupes djihadistes.

La capacité aérienne joue dans ce contexte un rôle particulier. Elle permet de surveiller des zones difficiles d’accès, de transporter des soldats et du matériel, mais aussi d’apporter un appui aux unités terrestres.

Les moyens aériens nigériens ont eux-mêmes été pris pour cible. Le 18 juin, des assaillants ont attaqué l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey. Onze militaires nigériens et deux civils ont été tués, selon l’Associated Press. L’attaque a également visé les installations militaires présentes sur le site. En janvier, une autre attaque avait déjà touché l’aéroport et avait été revendiquée par l’État islamique au Sahel.

Ces événements montrent les risques auxquels sont exposées les infrastructures et les moyens aériens du Niger. Ils ne permettent toutefois pas d’affirmer que la livraison algérienne a été décidée en réaction à ces attaques. Alger présente officiellement le don comme une mesure destinée à renforcer la coopération avec Niamey.

Alger transforme ses engagements en aide concrète

La livraison des hélicoptères prend davantage de relief lorsqu’elle est replacée dans l’évolution récente des relations entre les deux pays.

Depuis plusieurs mois, Alger et Niamey cherchent à accélérer la mise en œuvre de leurs accords bilatéraux. La coopération touche la défense et la sécurité, mais aussi l’énergie, les transports, les infrastructures et les échanges économiques.

Le 12 juillet, Abdelmadjid Tebboune a chargé son ministre d’État et ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, de superviser une commission consacrée au suivi des projets de coopération avec le Niger et le Tchad. La présidence algérienne voulait ainsi accélérer la réalisation des engagements pris avec les deux pays.

Quelques semaines plus tard, l’Algérie fournit quatre hélicoptères aux forces nigériennes.

Le rapprochement ne reste donc pas au niveau des déclarations. Alger apporte désormais des moyens militaires directement utilisables par l’armée de son voisin.

Pourquoi l’Algérie mise sur le Niger

L’Algérie et le Niger partagent une frontière saharienne de près de 950 kilomètres. Les deux pays ont donc un intérêt commun à surveiller cette vaste zone et à limiter la progression des groupes armés qui évoluent dans l’espace sahélien.

Pour Alger, le Niger occupe aussi une position particulière dans une région dont les équilibres ont profondément changé depuis 2023. Le retrait progressif des forces occidentales du Sahel, la création de l’Alliance des États du Sahel par le Mali, le Burkina Faso et le Niger et la recherche de nouveaux partenaires militaires ont modifié les rapports entre les capitales de la région.

L’Algérie n’appartient pas à l’Alliance des États du Sahel. Elle conserve toutefois une frontière directe avec le Niger et entend maintenir un dialogue étroit avec les autorités de Niamey.

Le don de quatre hélicoptères donne un contenu militaire à cette proximité.

Pour le Niger, l’intérêt est également concret. Le pays peut compter sur un voisin disposant d’une industrie et d’une expérience militaire importantes, notamment dans l’utilisation d’appareils de conception russe. Les Mi-24 et Mi-171 font depuis longtemps partie de l’environnement aérien algérien. Le choix de ces modèles peut faciliter leur intégration au sein des forces nigériennes, même si leur disponibilité dépendra ensuite de la maintenance, des pièces et de la formation des équipages.

Quatre hélicoptères ne changent pas à eux seuls la guerre au Sahel

Il faut garder la mesure de ce que représente le don.

Quatre appareils constituent un renfort, mais ils ne peuvent pas, à eux seuls, modifier le rapport de forces entre l’armée nigérienne et les groupes armés. Leur utilité dépendra de la capacité de Niamey à les maintenir en état de vol, à disposer d’équipages formés et à les intégrer efficacement dans ses opérations.

Le matériel de maintenance fourni par Alger mérite donc autant d’attention que les hélicoptères eux-mêmes. Sans pièces de rechange et sans soutien technique, une flotte militaire peut rapidement perdre une partie de sa valeur opérationnelle.

Le choix de fournir à la fois des appareils d’attaque et des appareils de transport est aussi révélateur des besoins auxquels Niamey doit répondre. La guerre contre les groupes armés ne se limite pas aux combats. Elle exige de déplacer des hommes, d’acheminer du ravitaillement, d’évacuer des blessés et de soutenir des unités éloignées des grands centres urbains.

Un rapprochement désormais visible

Avec ces quatre hélicoptères, la coopération militaire entre l’Algérie et le Niger prend une forme très concrète.

Alger fournit du matériel à l’armée nigérienne au moment où les deux pays cherchent à accélérer leurs projets communs. Niamey obtient des moyens supplémentaires pour ses forces aériennes. Pour l’Algérie, le geste permet de consolider sa relation avec un voisin stratégique sans déployer directement ses propres forces au Niger.

La portée du don dépasse donc la valeur de quatre appareils. Il montre surtout que le rapprochement entre Alger et Niamey ne repose plus seulement sur des rencontres diplomatiques et des accords. Il commence à se traduire par des moyens militaires livrés sur le terrain.

Dans un Sahel où les alliances se recomposent, l’Algérie choisit ainsi de renforcer sa relation avec le Niger par une coopération dont les effets sont désormais visibles.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Libye : à Benghazi, le chef du renseignement de Haftar assassiné dans une attaque soupçonnée d’être jihadiste

Le général Fauzi al-Mansouri, chef des services de renseignement militaire de l’Est libyen, a été tué lundi 11 août à Benghazi par l’explosion de son véhicule. Les autorités du camp Haftar soupçonnent une attaque jihadiste. La mort de cet officier, ancien acteur de la guerre contre les groupes armés à Benghazi, frappe l’appareil sécuritaire du maréchal au moment où celui-ci cherche à consolider son pouvoir au-delà de l’Est.

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La voiture de Fauzi al-Mansouri a explosé alors qu’il quittait une mosquée après la prière du soir, dans un quartier résidentiel de Benghazi. Le général de brigade, âgé d’une cinquantaine d’années, a été tué sur le coup. L’Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par Khalifa Haftar, a dénoncé un « acte lâche et criminel ».

Un haut responsable militaire de l’Est cité par l’Agence France-Presse (AFP), agence de presse internationale française, a indiqué que les autorités soupçonnaient une attaque jihadiste, tout en attendant les conclusions de l’enquête. Khaled Haftar, fils du maréchal et l’un des principaux responsables de l’ANL, a lui aussi parlé d’une attaque « terroriste ».

Les autorités de l’Est ont annoncé, par ailleurs, l’arrestation à Benghazi d’une cellule qualifiée de « terroriste », qui aurait préparé des actes de sabotage. Elles n’ont pas établi publiquement de lien entre cette cellule et l’assassinat du général.

L’homme qui traquait les jihadistes

Le choix de la cible donne un relief particulier à l’affaire. Fauzi al-Mansouri dirigeait le renseignement militaire de l’ANL. Entre 2014 et 2017, il avait participé aux opérations conduites par les forces de Haftar contre les groupes jihadistes qui avaient pris pied à Benghazi.

À cette époque, la ville était devenue l’un des principaux champs de bataille de la guerre libyenne. Ansar al-Charia et l’organisation État islamique y affrontaient les forces de Haftar. Après plusieurs années de combats, l’ANL avait repris le contrôle de Benghazi en 2017.

Depuis, le camp Haftar présente la ville comme l’un des symboles de la stabilité retrouvée dans l’Est. Le général al-Mansouri vient pourtant d’y être tué dans une attaque à l’explosif.

Si la piste jihadiste se confirme, le message serait difficile à ignorer : les réseaux combattus par Haftar ne seraient pas complètement éliminés et conserveraient une capacité à atteindre un haut responsable militaire dans le principal bastion du maréchal.

Une faille dans le dispositif de Haftar

L’assassinat soulève aussi une question plus immédiate : comment un responsable placé à la tête du renseignement militaire a-t-il pu être pris pour cible dans une ville aussi étroitement contrôlée par les forces de Haftar ?

Pour Hamish Kinnear, analyste du cabinet Verisk Maplecroft cité par l’AFP, la sophistication de l’attaque et son déroulement à Benghazi constituent un sérieux revers pour le dispositif de sécurité du camp Haftar.

La difficulté est aussi politique. Le pouvoir de l’Est s’appuie fortement sur les structures militaires contrôlées par la famille Haftar. Khaled Haftar occupe une place centrale dans le commandement de l’ANL et son frère Saddam, vice-commandant, est considéré comme l’un des principaux successeurs possibles de leur père.

Les deux hommes ont assisté aux funérailles de Fauzi al-Mansouri à Benghazi.

Washington veut rapprocher l’Est et Tripoli

L’assassinat survient à un moment délicat pour la Libye. Le pays reste partagé entre le gouvernement installé à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah, et le pouvoir de l’Est soutenu militairement par Haftar.

Les États Unis d’Amérique cherchent actuellement à rapprocher les deux camps. Leur émissaire Massad Boulos défend un projet de réunification des institutions libyennes. Selon les éléments rapportés par plusieurs médias, ce projet prévoit notamment une nouvelle organisation du pouvoir autour de Syrte, avec Saddam Haftar appelé à jouer un rôle central dans le futur exécutif.

Cette stratégie repose en partie sur la capacité du clan Haftar à garantir la sécurité de la zone qu’il contrôle.

L’attentat de Benghazi complique cette démonstration. Il ne frappe pas seulement un homme : il touche l’appareil chargé précisément d’empêcher ce type d’attaque.

Pour Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye au Royal United Services Institute, la mort d’al-Mansouri risque de perturber le projet porté par Massad Boulos. L’un de ses postulats était que Benghazi offrait une sécurité suffisamment solide et que les responsables militaires proches de Haftar pouvaient y être protégés.

La question qui se pose désormais au clan Haftar est donc simple : peut-il continuer à présenter l’Est comme la partie la plus sûre et la mieux contrôlée de la Libye si un responsable aussi important de son appareil sécuritaire peut être assassiné au cœur de Benghazi ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Mali : les soldats exécutés par le JNIM après l’embuscade de Tabrichat fragilisent la promesse sécuritaire de la junte

L’embuscade tendue le 18 juillet contre un convoi des Forces armées maliennes (FAMa) entre Anéfis et Gao, suivie de l’exécution présumée de soldats capturés, compte parmi les épisodes les plus marquants de ces derniers mois au Mali. Au-delà du bilan humain, cette attaque remet au premier plan une question qui accompagne le pays depuis les coups d’État de 2020 et 2021 : la stratégie adoptée par les autorités de transition est-elle en mesure d’inverser durablement le rapport de force face aux groupes armés ?

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Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et le Front de libération de l’Azawad (FLA) revendiquent conjointement l’embuscade contre un convoi militaire dans la région de Gao. L’armée malienne confirme l’attaque mais ne communique aucun bilan détaillé. Des sources sécuritaires évoquent plusieurs dizaines de soldats tués ainsi que des militaires faits prisonniers, dont certains auraient ensuite été exécutés. Si ces faits étaient établis, ils constitueraient des crimes de guerre. L’épisode intervient alors que les autorités maliennes poursuivent une politique de reconquête du territoire engagée après leur arrivée au pouvoir.

Le convoi avait quitté Anéfis en direction de Gao lorsqu’il est tombé dans une embuscade dans la zone de Tabrichat. Le JNIM et le FLA affirment avoir participé à l’opération. Les autorités maliennes indiquent que des frappes aériennes ont permis au convoi de poursuivre sa route, sans préciser le nombre de victimes ni celui des soldats portés disparus.

Quelques jours plus tard, des vidéos diffusées par le JNIM montrent des hommes en uniforme, désarmés, recevant des tirs à bout portant. Plusieurs sources sécuritaires citées par RFI estiment qu’il s’agit de militaires maliens capturés au cours de l’embuscade. L’authenticité des images n’a pas été confirmée par une expertise indépendante, mais leur diffusion a provoqué une vive émotion. En droit international humanitaire, un combattant capturé cesse d’être une cible légitime. Son exécution constitue un crime de guerre.

Le Front de libération de l’Azawad adopte une position différente. Le mouvement affirme avoir combattu le même convoi, tout en soutenant que les prisonniers exécutés relevaient du JNIM. Ses responsables assurent détenir d’autres soldats maliens et disent être disposés à permettre à des organisations internationales de vérifier leurs conditions de détention. Cette distinction n’est pas anodine. Depuis plusieurs mois, le FLA cherche à se présenter comme un acteur politique engagé dans un conflit territorial, et non comme une organisation djihadiste.

Cette coopération entre le FLA et le JNIM mérite une attention particulière. Les deux mouvements poursuivent des objectifs distincts. Le premier défend les revendications politiques de plusieurs composantes touarègues du nord du Mali. Le second appartient à la mouvance d’Al-Qaïda et entend étendre son influence au Sahel. Leur rapprochement répond avant tout à des considérations militaires. Tous deux considèrent l’armée malienne comme leur adversaire immédiat. Cette convergence suffit aujourd’hui à coordonner certaines opérations.

L’embuscade de Tabrichat montre également que les groupes armés restent capables de frapper sur des axes considérés comme essentiels pour les mouvements de troupes entre Gao et les positions avancées du nord. Les convois militaires constituent des cibles privilégiées. Les neutraliser ralentit les ravitaillements, complique les rotations des unités et affaiblit la présence de l’État dans des secteurs déjà disputés.

Lorsque les militaires renversent le président Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020, ils justifient leur intervention par l’aggravation de la crise sécuritaire. Quelques mois plus tard, un second coup d’État porte définitivement le colonel Assimi Goïta à la tête de la transition. Le message est alors simple : reprendre le contrôle du territoire et restaurer l’autorité de l’État.

Cette orientation entraîne une transformation profonde des partenariats militaires du Mali. Les autorités mettent fin à la coopération avec la France, obtiennent le départ de l’opération Barkhane puis celui de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). La coopération avec la Russie devient l’un des piliers de la nouvelle stratégie sécuritaire. Les mercenaires du groupe Wagner, puis les éléments de l’Africa Corps, participent désormais aux opérations menées aux côtés des FAMa.

Ces choix ont permis à Bamako de reprendre certaines positions et de démontrer une plus grande liberté d’action. Ils n’ont cependant pas modifié l’équation de fond. Les groupes armés conservent leur mobilité, connaissent parfaitement le terrain et disposent de relais locaux qui compliquent les opérations militaires. Dans le nord comme dans le centre du pays, les affrontements ne se limitent plus à une confrontation entre l’État et des organisations djihadistes. Ils mêlent rivalités communautaires, contrôle des routes, économie des trafics et compétition pour l’influence locale.

L’embuscade du 18 juillet rappelle aussi qu’une victoire militaire ne se mesure pas uniquement au contrôle d’une ville ou d’une base. Elle dépend de la capacité à sécuriser durablement les axes de circulation, à protéger les populations civiles et à empêcher les groupes armés de reconstituer leurs forces. Sur ces différents plans, les résultats demeurent contrastés.

Les exécutions présumées de prisonniers ajoutent une autre dimension au conflit. Elles rappellent que la guerre au Mali ne se joue pas seulement sur le terrain militaire. Elle engage également le respect du droit international humanitaire. Les violations commises par les groupes armés alimentent un climat de peur, tandis que plusieurs organisations de défense des droits humains ont également documenté des exactions attribuées à des forces régulières et à leurs partenaires étrangers. Dans ce type de conflit, chaque abus nourrit les rancœurs qui prolongent la violence.

Le Mali n’est pas le seul pays confronté à cette réalité. Le Burkina Faso et le Niger, également dirigés par des autorités militaires, poursuivent une stratégie fondée sur la reconquête militaire du territoire. Malgré des contextes nationaux différents, les trois États continuent de faire face à des attaques de grande ampleur. Cette situation alimente un débat qui dépasse désormais les frontières maliennes : la réponse militaire, à elle seule, peut-elle mettre fin à une crise dont les causes sont aussi politiques, économiques et sociales ?

L’embuscade de Tabrichat ne résume pas à elle seule la guerre au Mali. Elle rappelle cependant une réalité que les autorités, les groupes armés et les partenaires du pays ne peuvent ignorer : six ans après les coups d’État qui avaient placé la sécurité au premier rang des priorités nationales, le conflit demeure loin d’être maîtrisé. Les opérations militaires continuent de rythmer le quotidien du nord malien, tandis que les populations civiles restent prises entre des acteurs dont aucun ne semble aujourd’hui en mesure d’imposer une paix durable.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Royaume-Uni : la police antiterroriste reprend l’enquête sur le meurtre d’Ann Widdecombe

L’enquête sur la mort d’Ann Widdecombe a pris une nouvelle dimension. Alors que les premiers éléments laissaient penser à un homicide isolé, les autorités britanniques ont confié le dossier à la police antiterroriste. Ce changement intervient après la découverte de nouveaux éléments dont le contenu n’a pas été rendu public.

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Ancienne ministre conservatrice et figure de Reform UK, Ann Widdecombe a été retrouvée morte à son domicile dans le Devon. Un homme de 28 ans, déjà arrêté pour meurtre, est désormais également interrogé pour des infractions liées au terrorisme. Les enquêteurs cherchent à établir si l’attaque était motivée par des considérations idéologiques ou politiques.

La mort d’Ann Widdecombe continue de susciter une vive émotion au Royaume-Uni. Connue pour ses prises de position sur l’immigration, la souveraineté nationale et son soutien à Nigel Farage, l’ancienne députée occupait encore une place importante dans le débat public britannique malgré son retrait de la vie gouvernementale.

Les circonstances de son décès restent entourées de nombreuses interrogations. Les services de police ont confirmé qu’un suspect de 28 ans avait été interpellé dans le Yorkshire du Sud avant d’être placé en garde à vue. Initialement poursuivi dans le cadre d’une enquête pour meurtre, il fait désormais aussi l’objet d’investigations pour des infractions relevant de la législation antiterroriste.

Ce transfert du dossier vers les unités spécialisées constitue le principal développement de l’affaire. Les autorités expliquent que de nouveaux éléments recueillis au cours de l’enquête justifient désormais l’intervention de la police antiterroriste. Elles n’ont toutefois communiqué ni sur la nature de ces éléments ni sur le mobile retenu à ce stade.

Les enquêteurs examinent plusieurs hypothèses. Ils cherchent notamment à déterminer si la victime a été choisie en raison de son parcours politique ou si d’autres motivations sont à l’origine de l’attaque. Aucune qualification définitive n’a encore été retenue et les investigations se poursuivent.

Cette affaire ravive le souvenir d’autres attaques ayant visé des responsables politiques britanniques ces dernières années. En 2016, la députée travailliste Jo Cox avait été assassinée en pleine campagne sur le référendum du Brexit. Cinq ans plus tard, le député conservateur David Amess avait lui aussi perdu la vie lors d’une permanence parlementaire, dans une attaque qualifiée de terroriste.

Dans ce contexte, la sécurité des élus et des personnalités politiques revient au centre des préoccupations. Plusieurs responsables de Reform UK, dont Nigel Farage, ont appelé à faire toute la lumière sur les circonstances de la mort d’Ann Widdecombe, tout en demandant que les conclusions de l’enquête soient établies sur la base des faits.

Pour l’heure, les autorités britanniques restent prudentes. Si la police antiterroriste dirige désormais les investigations, rien ne permet encore d’affirmer que le meurtre relève d’un acte terroriste. Les prochains jours devraient permettre de préciser les motivations du suspect et les circonstances exactes de cette affaire, qui dépasse désormais le cadre d’un simple homicide.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France : dix ans après l’attentat de Nice, un pays qui n’a jamais vraiment tourné la page

Le 14 juillet 2026, la France commémore les dix ans de l’attentat de Nice. Une décennie après le drame qui a coûté la vie à 86 personnes sur la promenade des Anglais, les cérémonies rendent hommage aux victimes, tandis que le pays mesure encore les conséquences d’une attaque qui a profondément marqué son histoire contemporaine.

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Le 14 juillet 2016, alors que plusieurs dizaines de milliers de personnes assistaient au feu d’artifice de la fête nationale à Nice, un camion lancé à vive allure fauchait la foule sur près de deux kilomètres. L’auteur de l’attaque, revendiquée par l’organisation État islamique quelques jours plus tard, était abattu par les forces de l’ordre. Dix ans après, le souvenir reste intact, porté par les familles des victimes, les rescapés et les autorités françaises réunies pour une nouvelle journée de recueillement.

Les cérémonies organisées ce 14 juillet à Nice se déroulent dans un climat de sobriété. Des dépôts de gerbes, une minute de silence et plusieurs hommages sont prévus en présence de représentants de l’État, d’élus locaux et de proches des victimes. La promenade des Anglais, théâtre de l’attaque, demeure le principal lieu de mémoire de cette tragédie.

Au-delà de l’émotion, cet anniversaire rappelle combien l’attentat de Nice a constitué un tournant dans la lutte contre le terrorisme en France. À l’époque, le pays vivait déjà sous la menace après les attaques contre Charlie Hebdo, l’Hyper Cacher puis celles du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis. L’attaque de Nice est venue confirmer que les rassemblements populaires pouvaient eux aussi devenir des cibles.

Depuis lors, les dispositifs de sécurité ont été profondément renforcés. La protection des grands événements publics repose désormais sur une coordination accrue entre les forces de sécurité, les collectivités territoriales et les services de renseignement. Les barrières anti-intrusion, les contrôles d’accès et les moyens de surveillance sont progressivement devenus des éléments familiers lors des célébrations nationales.

Le volet judiciaire a également occupé une place importante dans ce travail de mémoire. Le procès de l’attentat, ouvert en 2022 devant la cour d’assises spéciale de Paris, a permis d’établir les responsabilités des personnes poursuivies pour leur implication dans la préparation de l’attaque ou leur soutien à son auteur. Si le principal responsable a été tué le soir des faits, les audiences ont offert aux victimes et à leurs familles un espace pour raconter l’ampleur des blessures physiques et psychologiques laissées par cette nuit du 14 juillet.

Dix ans après, une autre question continue d’alimenter les échanges en France : celle de la mémoire de l’attentat et de la manière dont il est raconté. Certains observateurs estiment que la dimension islamiste de l’attaque est aujourd’hui moins présente dans le débat public qu’au lendemain des faits. D’autres considèrent au contraire que la lutte contre le terrorisme doit s’accompagner d’une vigilance constante afin d’éviter les amalgames envers les millions de citoyens musulmans qui n’ont aucun lien avec l’extrémisme. Ces divergences réapparaissent régulièrement à l’occasion des commémorations.

Pour les familles des victimes, cependant, l’essentiel demeure ailleurs. Dix ans après le drame, elles réclament avant tout que les disparus ne soient pas réduits à des statistiques ou à des controverses politiques. Leur combat reste celui de la mémoire, de la reconnaissance et de la transmission auprès des générations qui n’ont pas connu cette soirée du 14 juillet 2016.

La France entre ainsi dans une nouvelle étape de son travail de mémoire. Une décennie après l’attentat de Nice, le temps n’a pas effacé les blessures. Il a seulement rappelé qu’au-delà des débats, la première responsabilité d’une nation reste de se souvenir de ceux qui ont perdu la vie sous les roues d’un camion lancé contre une foule venue célébrer sa fête nationale.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Menacé par l’État islamique, le pape Léon XIV illustre la mutation d’un djihadisme qui mise désormais sur la peur et l’influence

Une affiche, quelques mots menaçants et une diffusion rapide sur les réseaux de propagande djihadiste ont suffi à remettre l’État islamique au centre de l’attention internationale. En visant le pape Léon XIV à l’approche de son voyage en Espagne, la mouvance terroriste rappelle qu’elle continue d’exister dans l’espace médiatique mondial, malgré l’effondrement du « califat » qu’elle avait proclamé en Irak et en Syrie.

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Des canaux de propagande liés à l’État islamique ont diffusé ces derniers jours des menaces explicites contre le pape Léon XIV. Si aucun projet d’attentat concret n’a été révélé à ce stade par les autorités, l’affaire souligne la persistance d’une menace djihadiste qui, faute de pouvoir territorial comparable à celui des années 2014-2019, s’appuie désormais davantage sur l’influence, la communication et la capacité à entretenir un climat de peur.

Une menace prise au sérieux

Les messages diffusés sur plusieurs canaux proches de l’État islamique appellent à s’en prendre au souverain pontife à l’occasion de sa visite en Espagne. Les autorités espagnoles ont renforcé les mesures de sécurité entourant ce déplacement, même si aucun élément public ne permet pour l’heure de conclure à l’existence d’un complot opérationnel.

Comme souvent dans ce type de situation, les services de renseignement distinguent la menace propagandiste de la préparation effective d’une attaque. Toutefois, cette distinction ne conduit pas à minimiser le risque. Les précédentes vagues d’attentats commises en Europe ont démontré que des appels à la violence diffusés en ligne peuvent inspirer des individus radicalisés agissant de manière autonome, sans contact direct avec une organisation terroriste structurée.

La menace visant le pape Léon XIV intervient également dans un contexte de vigilance accrue autour des grands rassemblements internationaux et des personnalités bénéficiant d’une forte visibilité mondiale.

Le pape, une cible hautement symbolique

Pour les organisations djihadistes, le chef de l’Église catholique représente bien davantage qu’une personnalité religieuse. Il incarne une institution présente sur tous les continents, capable de mobiliser des centaines de millions de fidèles et d’influencer le débat international sur des sujets aussi divers que la paix, les migrations, les conflits ou le dialogue interreligieux.

S’attaquer symboliquement au pape permet donc d’obtenir une résonance médiatique considérable. Même sans passage à l’acte, la simple diffusion d’une menace contre le souverain pontife garantit une couverture internationale immédiate.

Cette logique n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs décennies, les mouvements djihadistes cherchent régulièrement à frapper ou à menacer des cibles dont la portée symbolique dépasse largement leur valeur stratégique. L’objectif n’est pas seulement de causer des victimes, mais de produire un choc psychologique mondial.

Un État islamique affaibli, mais loin d’avoir disparu

L’épisode rappelle également une réalité souvent négligée : la disparition du califat territorial n’a pas entraîné celle de l’organisation.

Entre 2014 et 2019, l’État islamique contrôlait un territoire à cheval sur l’Irak et la Syrie, administrait plusieurs millions d’habitants, levait l’impôt et disposait d’importantes ressources financières. Les offensives militaires menées par les forces locales avec le soutien de la coalition internationale ont progressivement détruit cette structure.

Cependant, la perte du territoire n’a pas signifié la fin de l’idéologie ni celle des réseaux.

Aujourd’hui, l’organisation fonctionne davantage comme une nébuleuse transnationale. Ses différentes branches demeurent actives au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie. Ses relais médiatiques continuent de produire des contenus de propagande destinés à maintenir son influence et à encourager des sympathisants à agir.

Cette évolution traduit une transformation profonde du djihadisme contemporain. Faute de pouvoir administrer durablement un territoire, les groupes extrémistes investissent davantage l’espace numérique, où le coût de diffusion est faible mais l’impact potentiel demeure considérable.

La guerre de l’attention

La menace contre le pape Léon XIV s’inscrit ainsi dans une véritable stratégie de communication.

Les organisations terroristes savent que leur capacité militaire ne suffit plus à leur assurer une visibilité internationale permanente. En revanche, une menace visant une personnalité mondiale ou un événement fortement médiatisé leur permet de réapparaître instantanément dans le débat public.

Cette stratégie repose sur un mécanisme simple : attirer l’attention, susciter l’inquiétude et rappeler son existence. Dans cette logique, la communication devient presque aussi importante que l’action elle-même.

Le terrorisme contemporain ne se joue plus uniquement sur les champs de bataille. Il se joue également dans les réseaux sociaux, les plateformes de messagerie et l’espace médiatique globalisé où chaque menace peut acquérir une portée planétaire en quelques heures.

Une menace qui continue d’évoluer

L’affaire souligne enfin le défi auquel sont confrontés les États européens. La menace djihadiste n’a pas disparu ; elle a changé de forme.

Les grandes structures hiérarchisées qui planifiaient des opérations complexes ont laissé place à des réseaux plus diffus, capables d’inspirer des individus isolés ou de mobiliser des sympathisants à distance. Cette évolution complique considérablement le travail des services de renseignement, contraints de surveiller un environnement numérique fragmenté et en constante mutation.

La menace visant le pape Léon XIV rappelle ainsi que la lutte contre le terrorisme ne se limite plus à la reconquête de territoires ou au démantèlement de groupes armés. Elle implique également un combat contre des idéologies capables de survivre à leurs défaites militaires.

Au-delà de la sécurité du pape Léon XIV, les menaces diffusées par des réseaux liés à l’État islamique témoignent d’une réalité plus profonde. Si l’organisation a perdu l’essentiel de son emprise territoriale, elle conserve une capacité de nuisance fondée sur la propagande, la symbolique et la peur. L’épisode rappelle que le djihadisme contemporain se nourrit désormais autant de son pouvoir d’influence que de sa force militaire, transformant chaque menace médiatisée en démonstration de survie politique et idéologique.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Explosion devant l’ambassade des États‑Unis d’Amérique à Oslo : trois arrestations et une enquête pour possible acte terroriste

Une détonation a secoué la capitale norvégienne dans la nuit du 8 mars 2026, endommageant l’entrée de l’ambassade des États‑Unis d’Amérique. Trois hommes ont été arrêtés et les autorités privilégient désormais la piste d’un acte terroriste.

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L’explosion n’a fait aucune victime, mais elle soulève des questions sur la sécurité des missions diplomatiques en Europe et sur les motivations des auteurs. Les suspects, tous citoyens norvégiens d’origine irakienne et âgés d’une vingtaine d’années, ont été placés en détention provisoire tandis que la police norvégienne poursuit son enquête.

Selon la police, un engin explosif improvisé avait été placé à proximité de l’entrée consulaire de l’ambassade. La détonation a provoqué des dégâts matériels limités, principalement aux barrières de sécurité et à la façade du bâtiment, sans faire de blessés parmi le personnel ou les passants. Les images de surveillance et les témoignages de riverains ont permis d’identifier rapidement trois hommes impliqués dans l’attaque.

Les enquêteurs indiquent que l’un des suspects aurait directement manipulé l’explosif, tandis que les deux autres auraient participé à la préparation de l’opération. L’enquête vise à déterminer si l’attaque répond à des motivations idéologiques, religieuses ou politiques, et si elle a été inspirée par des événements internationaux ou par des influences extérieures.

Cet incident survient dans un climat de tension géopolitique marqué par les crises au Moyen-Orient et la présence d’intérêts diplomatiques et économiques états‑uniens en Europe. Le choix de cibler l’ambassade souligne la dimension symbolique de l’attaque, visant à frapper un État tout en attirant l’attention médiatique et internationale.

Pour les autorités norvégiennes, la situation rappelle que la sécurité des sites diplomatiques reste fragile, même dans des pays considérés comme stables. Après l’explosion, la police a renforcé la protection des missions étrangères et coordonné ses actions avec les services de sécurité des États‑Unis d’Amérique.

L’événement illustre également la complexité des profils des auteurs. Le fait que les suspects soient des citoyens du pays hôte complique la prévention et la détection de ce type d’attaques, rendant la vigilance des services de sécurité indispensable.

Cette attaque met en lumière plusieurs dynamiques contemporaines. D’abord, elle confirme que les symboles diplomatiques restent des cibles privilégiées pour des actes de violence visant à faire passer un message politique ou idéologique. Ensuite, elle montre que la menace terroriste peut émerger de manière localisée, impliquant des individus issus de la société civile, ce qui complique la lutte antiterroriste. Enfin, l’incident rappelle que même dans un État européen pacifique, les implications internationales de chaque attaque sont importantes : elles obligent à une coopération rapide entre les autorités locales et les services diplomatiques des pays concernés.

L’explosion devant l’ambassade des États‑Unis d’Amérique à Oslo est un signal d’alerte pour les autorités norvégiennes et pour Washington. Si la réaction rapide des forces de sécurité permet de limiter les dommages et d’appréhender les suspects, l’événement souligne que la menace terroriste reste imprévisible et que la protection des missions diplomatiques exige une vigilance constante, ainsi qu’une coordination internationale efficace.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Décret Trump sur les Frères musulmans : enjeux géopolitiques et implications internationales

Le président des États-Unis d’Amérique, Donald J. Trump, a signé un décret visant à désigner certaines branches de la Fraternité musulmane comme « organisation terroriste étrangère ». L’annonce, intervenue le 24 novembre 2025, soulève des questions majeures sur la politique étrangère américaine, la gouvernance internationale et les relations avec plusieurs pays du Moyen-Orient.

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Loin d’être un simple geste symbolique, le décret reflète un choix stratégique de Washington et pourrait remodeler les équilibres diplomatiques régionaux, tout en posant des questions juridiques et sécuritaires à l’échelle mondiale.

1. Le contenu et la portée du décret

Le décret signé par Donald J. Trump n’entraîne pas une désignation globale de la Fraternité musulmane comme organisation terroriste. Il initie un processus ciblé, visant certaines « chapters » (branches) identifiées par le gouvernement des États-Unis d’Amérique comme liées à des activités violentes ou de soutien à des groupes tels que le Hamas.

  • Les secrétaires d’État et du Trésor disposent de 30 à 45 jours pour identifier les branches concernées et établir un rapport.
  • Les mesures incluront potentiellement le gel des actifs, l’interdiction de soutien matériel et des restrictions sur les déplacements des individus liés à ces branches.

Selon la Maison-Blanche, cette action répond à des préoccupations de sécurité nationale et s’inscrit dans une logique de lutte contre les transferts financiers et logistiques vers des groupes jugés terroristes.

2. Contexte géopolitique et diplomatique

Les pays ciblés par cette désignation Égypte, Jordanie, Liban représentent des espaces où la Fraternité musulmane est historiquement influente.

  • Égypte : le mouvement est interdit et considéré comme opposant politique radical.
  • Jordanie et Liban : certaines branches sont légalement actives et jouent un rôle dans la vie politique ou sociale.

Cette initiative américaine renforce le positionnement des alliés régionaux hostiles à la Fraternité, tout en compliquant les relations avec les pays où elle reste un acteur légal ou modéré.

La mesure pourrait également influencer le débat international sur la définition d’un mouvement politique comme terroriste, créant un précédent potentiellement contestable dans le droit international.

3. Implications stratégiques et sécuritaires

  • Pour les États-Unis d’Amérique : la désignation est présentée comme un outil de prévention et de protection de citoyens et intérêts américains.
  • Pour les pays du Moyen-Orient : cette démarche peut renforcer la pression sur certaines branches locales et modifier les alliances régionales.
  • Pour le mouvement lui-même : seule une fraction des branches est visée, ce qui pourrait fragmenter le réseau et accentuer les divisions internes.

Les conséquences réelles dépendront de la capacité des États-Unis d’Amérique à appliquer concrètement les sanctions et à maintenir une cohérence juridique dans la désignation, selon les indications officielles publiées par la Maison-Blanche et les services du gouvernement fédéral.

4. Enjeux internationaux et droit

Le décret met en lumière la complexité de classer un mouvement transnational dispersé comme organisation terroriste.

  • La Fraternité musulmane compte des entités légales et politiques dans plusieurs pays, ainsi que des branches clandestines.
  • L’action américaine soulève des questions sur la souveraineté nationale, les normes diplomatiques et la légalité des sanctions ciblées.

Ces enjeux font de ce décret un exemple concret de l’utilisation par un État d’instruments de politique étrangère pour influencer des acteurs non étatiques transnationaux.

Un geste symbolique mais stratégique

Au-delà de la communication politique, le décret Trump illustre la volonté des États-Unis d’Amérique de maîtriser l’espace géopolitique et sécuritaire du Moyen-Orient par des mesures ciblées.

Pour La Boussole – infos, l’importance réside moins dans l’effet immédiat sur la Fraternité musulmane que dans l’observation des conséquences diplomatiques, juridiques et stratégiques à moyen et long terme.

Cette démarche rappelle que, dans un monde globalisé, la sécurité, le droit et la diplomatie sont étroitement imbriqués, et que chaque action ciblée peut répercuter des effets bien au-delà du territoire américain.

Celine Dou