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Iran-Oman : dans le détroit d’Ormuz, Téhéran tente de transformer son verrou maritime en levier diplomatique

Pendant plusieurs semaines, une étroite bande d’eau entre l’Iran et Oman est devenue le point de tension où se croisent les intérêts des grandes puissances. Alors que Washington réclame une réouverture complète du détroit d’Ormuz, Téhéran affirme être sur le point de conclure avec Mascate un compromis qui lui permettrait de préserver son influence sur cette artère vitale du commerce énergétique mondial.

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Le détroit d’Ormuz n’est plus seulement une route maritime. Il est devenu une pièce maîtresse du bras de fer entre l’Iran et les États-Unis d’Amérique. En annonçant des discussions avancées avec Oman sur un nouveau mécanisme de circulation, Téhéran cherche à desserrer la pression internationale sans donner l’image d’un recul stratégique. Derrière ce possible accord technique se joue une question beaucoup plus large : qui aura le pouvoir de fixer les règles dans l’un des passages les plus surveillés de la planète ?

Dimanche, le ministère iranien des Affaires étrangères a annoncé que les discussions avec Oman étaient entrées dans leur phase finale. Selon Esmaïl Baghaï, porte-parole de la diplomatie iranienne, les deux pays seraient proches d’un arrangement autour d’une « route acceptable pour les deux parties », qui ne correspondrait ni à l’itinéraire revendiqué par l’Iran, ni à celui défendu par Oman.

Téhéran présente cet accord comme une solution permettant de respecter les intérêts souverains des deux pays riverains du détroit. Une formulation soigneusement choisie : l’Iran ne parle pas d’un abandon de contrôle, mais d’un mécanisme négocié entre voisins.

Cette nuance est essentielle. Depuis le début de la crise, le détroit d’Ormuz est devenu pour la République islamique un instrument de pression. En limitant la circulation maritime, même temporairement, Téhéran rappelle au monde une réalité géographique : une grande partie des exportations énergétiques du Golfe passe par cette voie étroite reliant le golfe Persique à l’océan Indien.

Avant la crise, environ un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures transitait par cette zone. Chaque menace sur Ormuz provoque donc une réaction immédiate des marchés, car une perturbation durable pourrait toucher les prix de l’énergie bien au-delà du Moyen-Orient.

Mais l’Iran refuse de présenter les discussions avec Oman comme une concession faite sous pression états-unienne. Les responsables iraniens insistent sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une négociation directe avec Washington et que la question d’Ormuz relève avant tout d’un arrangement régional.

Une position qui contraste avec le discours de Donald Trump. Le président des États-Unis d’Amérique affirme que la réouverture du détroit constitue l’une des conditions majeures d’un retour à l’apaisement et présente les avancées diplomatiques comme le résultat de la pression exercée sur Téhéran.

Deux lectures s’opposent donc. Pour Washington, Ormuz doit redevenir une voie ouverte au commerce international. Pour Téhéran, il demeure une zone stratégique où ses intérêts sécuritaires et sa souveraineté doivent être reconnus.

Le choix d’Oman comme interlocuteur n’est pas un hasard. Depuis des décennies, Mascate cultive une diplomatie différente de celle de ses voisins du Golfe : moins spectaculaire, plus discrète, mais souvent efficace. Le sultanat a déjà joué les intermédiaires dans plusieurs dossiers sensibles impliquant l’Iran et les puissances occidentales.

Cette fois encore, Oman se retrouve au centre d’un équilibre délicat. Il doit préserver ses relations avec Téhéran tout en rassurant les partenaires internationaux qui dépendent de la sécurité maritime dans le Golfe.

Pour l’Iran, l’enjeu dépasse largement la circulation des navires. Dans un contexte de sanctions et de confrontation avec Washington, le contrôle d’Ormuz représente l’un de ses rares moyens de rappeler sa capacité de nuisance économique. Renoncer totalement à ce levier reviendrait à perdre une carte stratégique majeure.

Mais maintenir durablement la pression comporte aussi un coût. Une fermeture prolongée du détroit pénaliserait d’abord les économies régionales, y compris celles des alliés de Téhéran, et risquerait d’accroître l’isolement iranien.

Le compromis recherché avec Oman ressemble donc à une équation difficile : permettre au commerce de reprendre sans donner le sentiment que l’Iran a cédé face aux pressions états-uniennes.

L’accord en préparation pourrait offrir une sortie temporaire à la crise d’Ormuz. Mais il ne règle pas la question centrale qui structure les tensions depuis des années : la place que l’Iran veut occuper dans l’ordre régional et la limite que les États-Unis d’Amérique sont prêts à accepter.

Car derrière les navires, les routes maritimes et les discussions diplomatiques, Ormuz reste avant tout une bataille pour l’influence.

Le détroit d’Ormuz est devenu bien plus qu’un passage énergétique. Il est aujourd’hui le théâtre d’un affrontement entre puissance militaire, souveraineté nationale et interdépendance économique mondiale.

L’éventuel compromis entre l’Iran et Oman pourrait calmer la crise immédiate. Mais il ne fait que déplacer une question essentielle : dans le nouveau rapport de force au Moyen-Orient, qui contrôle les points de passage contrôle aussi une partie du pouvoir.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Russie/Moscou : un attentat vise un haut gradé de l’armée, la guerre clandestine menée par Kiev franchit un nouveau cap depuis 2022

Une explosion en plein Moscou. Trois morts. Un haut responsable militaire russe pris pour cible. En quelques secondes, l’attentat a rappelé une réalité que le Kremlin tente de contenir depuis le début de la guerre en Ukraine : le conflit ne se limite plus aux tranchées. Il se joue aussi dans les capitales, dans les réseaux clandestins et contre des figures considérées comme stratégiques.

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Depuis 2022, plusieurs responsables militaires, sécuritaires ou proches de l’appareil d’État russe ont été visés dans des opérations attribuées aux services ukrainiens. L’attentat qui a frappé Moscou et ciblé un haut gradé de l’armée russe s’inscrit dans cette évolution : celle d’une guerre où les hommes deviennent des objectifs, où l’arrière n’est plus totalement protégé et où les opérations clandestines cherchent désormais à dépasser les frontières russes.

À Moscou, la guerre est entrée par une porte que le pouvoir russe voulait maintenir fermée.

L’explosion qui a fait trois morts dans la capitale russe n’a pas seulement frappé un lieu public. Elle a touché une figure de l’appareil militaire russe. Selon les informations disponibles, la cible était Alexandre Tchaïko, ancien commandant des forces russes en Syrie et haut responsable de l’armée.

L’attaque intervient dans un contexte particulier : depuis le début de l’offensive russe en Ukraine, les responsables liés à l’appareil militaire et sécuritaire russe sont progressivement devenus des cibles privilégiées.

Le champ de bataille ne se limite plus aux régions ukrainiennes bombardées ou aux lignes de front. Il s’est déplacé vers les centres de décision, les symboles du pouvoir militaire et les réseaux qui soutiennent l’effort de guerre.

Le passage d’une guerre territoriale à une guerre de cibles

Au début du conflit, l’affrontement semblait obéir aux règles classiques d’une guerre conventionnelle : conquérir du terrain, détruire des capacités militaires, affaiblir l’adversaire sur le front.

Mais une autre bataille s’est installée parallèlement.

Depuis 2022, plusieurs personnalités russes liées à l’armée, aux services de sécurité ou aux institutions chargées de soutenir la guerre ont été éliminées ou visées dans des opérations attribuées à Kiev.

L’objectif dépasse la neutralisation d’un individu. Il s’agit de créer une pression permanente sur l’appareil russe, de montrer que ses responsables ne bénéficient plus d’une protection absolue et de faire entrer l’incertitude au cœur même du système militaire.

Cette stratégie repose sur une idée simple : atteindre les responsables qui organisent, commandent ou incarnent la guerre peut avoir un effet psychologique supérieur à une frappe classique.

La Russie possède une puissance militaire considérable. Mais comme toutes les grandes armées, elle dépend aussi d’hommes, de structures et de chaînes de commandement.

C’est cette architecture que les opérations clandestines cherchent à fragiliser.

Moscou n’est plus un sanctuaire

Pendant longtemps, la capitale russe est restée largement éloignée des conséquences directes du conflit. Les combats se déroulaient en Ukraine, tandis que la majorité de la population russe vivait la guerre à distance.

Cette séparation est devenue plus fragile.

Les attaques contre des personnalités liées au pouvoir ou à l’appareil militaire ont progressivement modifié la perception du conflit. Elles montrent que la profondeur territoriale russe n’offre plus la même garantie de sécurité qu’auparavant.

Pour le Kremlin, cette évolution représente un défi politique majeur. La Russie veut apparaître comme une puissance capable de contrôler son territoire et de protéger ses dirigeants. Chaque attaque réussie fragilise cette image.

Pour Kiev, ces opérations répondent à une logique stratégique : démontrer que la Russie n’est pas hors d’atteinte et que la guerre peut atteindre ceux qui la dirigent.

Quand la guerre sort du territoire russe

L’autre évolution majeure concerne la géographie des opérations.

La confrontation ne se limite plus aux frontières russes ou ukrainiennes. Elle touche désormais d’autres espaces européens, où les services de renseignement, les réseaux clandestins et les acteurs liés au conflit s’affrontent dans l’ombre.

L’affaire de Monaco illustre cette nouvelle dimension.

Une femme soupçonnée d’avoir participé à une tentative d’assassinat à l’explosif contre un homme d’affaires ukrainien avait été identifiée par les autorités monégasques avant d’être retrouvée morte en Ukraine. Les autorités ukrainiennes ont ensuite annoncé l’arrestation de deux suspects dans cette affaire, dont un homme présenté comme appartenant au renseignement militaire ukrainien.

Cet épisode a renforcé les interrogations autour de l’expansion des opérations clandestines liées à la guerre.

Le conflit ne se contente plus de produire des combats. Il génère une confrontation parallèle entre services, réseaux et acteurs qui opèrent parfois loin des zones de guerre.

Une guerre invisible aux conséquences bien réelles

Les opérations clandestines offrent un avantage évident : elles permettent de frapper l’adversaire sans mobiliser de grandes forces militaires.

Mais elles ouvrent aussi une période plus instable.

Chaque attaque ciblée crée un risque de représailles. Chaque opération réussie encourage l’autre camp à chercher de nouvelles méthodes. La logique devient celle d’une confrontation permanente où les frontières entre renseignement, sabotage et action militaire deviennent de plus en plus floues.

Cette évolution inquiète également les pays européens. Car lorsque les opérations liées à une guerre se déplacent hors de son théâtre principal, les États voisins deviennent eux aussi concernés.

L’Europe découvre ainsi une nouvelle facette du conflit ukrainien : une guerre qui ne se joue pas seulement avec des chars et des missiles, mais aussi avec des réseaux, des informations et des opérations secrètes.

L’attentat de Moscou marque une nouvelle étape dans une transformation déjà visible depuis 2022.

La guerre russo-ukrainienne n’est plus uniquement une confrontation entre deux armées. Elle est devenue une bataille où les responsables militaires, les structures de pouvoir et les réseaux stratégiques sont eux-mêmes des cibles.

Le front reste en Ukraine. Mais la guerre, elle, a changé de dimension.

Elle se joue désormais partout où les deux camps pensent pouvoir atteindre l’autre.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Azerbaïdjan : derrière la condamnation d’un Français pour espionnage, la bataille d’influence qui se joue dans le Caucase

Le 30 juillet, la justice azerbaïdjanaise a refermé une nouvelle page du dossier Martin Ryan sans mettre fin à la controverse. Condamné à dix ans de prison pour espionnage au profit de la France, ce ressortissant français a vu sa peine confirmée en appel. Pour Bakou, l’affaire est celle d’un réseau qui aurait cherché à obtenir des informations sensibles sur un pays devenu stratégique. Pour Paris, elle est celle d’une condamnation politique contre un Français dont la culpabilité n’a jamais été démontrée.

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Entre les deux lectures, une certitude demeure : l’affaire Martin Ryan est devenue le symbole d’une relation franco-azerbaïdjanaise entrée dans une période de confrontation ouverte.

Depuis son arrestation en décembre 2023, l’homme d’affaires français est accusé par les autorités azerbaïdjanaises d’avoir recueilli des informations pour le compte de services français de renseignement. Le parquet de Bakou affirme qu’il aurait été approché par des membres de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) alors en poste à l’ambassade de France. Ces agents ont depuis été expulsés par les autorités azerbaïdjanaises.

Selon l’accusation, les informations recherchées concernaient notamment les relations de Bakou avec plusieurs pays, dont la Russie, la Chine, l’Iran, le Pakistan ou encore l’Algérie, ainsi que des données relatives à certains équipements militaires. Martin Ryan rejette ces accusations. La France également. Le Quai d’Orsay a dénoncé une « condamnation arbitraire » et demandé sa libération.

Mais cette affaire ne commence pas dans une salle d’audience. Elle trouve ses racines dans une région où les alliances se déplacent rapidement.

Le Haut-Karabakh, point de rupture entre Paris et Bakou

La relation entre la France et l’Azerbaïdjan s’est fortement dégradée après la reprise du Haut-Karabakh par Bakou en septembre 2023.

Pendant des décennies, cette région montagneuse, peuplée majoritairement d’Arméniens avant l’offensive azerbaïdjanaise, a été au centre d’un conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. La victoire militaire de Bakou a entraîné le départ de plus de 100 000 habitants arméniens vers l’Arménie.

Paris a alors renforcé son soutien politique à Erevan, dénonçant la situation humanitaire et appelant au respect des droits de la population arménienne. À Bakou, cette position a été interprétée comme un alignement français contre les intérêts azerbaïdjanais.

La crise diplomatique s’est installée. Les déclarations hostiles se sont multipliées. Les expulsions de diplomates ont succédé aux accusations d’ingérence. Dans ce climat tendu, l’affaire Martin Ryan a pris une dimension qui dépasse largement son parcours personnel.

Un petit État devenu un grand enjeu

Pour comprendre pourquoi l’Azerbaïdjan attire autant l’attention des puissances étrangères, il faut regarder sa carte.

Coincé entre la Russie, l’Iran et la Turquie, bordé par la mer Caspienne, le pays occupe une position stratégique dans un espace où circulent hydrocarbures, marchandises et ambitions politiques.

Ankara voit en Bakou un allié privilégié. Les deux pays revendiquent une proximité culturelle et politique résumée par la formule « deux États, une nation ». La coopération militaire entre les deux capitales a joué un rôle important dans la montée en puissance de l’armée azerbaïdjanaise.

Moscou, malgré l’affaiblissement de son influence régionale depuis la guerre en Ukraine, reste un acteur incontournable dans le Caucase. L’Iran observe avec méfiance le rapprochement entre l’Azerbaïdjan et la Turquie. L’Union européenne, de son côté, cherche à renforcer ses relations énergétiques avec Bakou afin de diversifier ses approvisionnements.

Dans ce jeu d’équilibre, l’information devient une ressource stratégique.

Quand le renseignement devient une arme diplomatique

Les grandes rivalités internationales ne se déroulent pas uniquement sur les champs de bataille ou dans les négociations officielles. Elles passent aussi par les services de renseignement, les expulsions diplomatiques et les procès très médiatisés.

Les accusations d’espionnage sont souvent le reflet d’un affrontement plus large : celui de deux États qui cherchent à imposer leur propre récit.

Pour Bakou, la condamnation de Martin Ryan affirme la capacité de l’Azerbaïdjan à défendre ses intérêts face aux tentatives étrangères d’influence. Pour Paris, elle illustre l’usage de la justice comme instrument de pression politique.

La difficulté, dans ce type d’affaire, est précisément de distinguer l’opération de renseignement réelle de l’exploitation diplomatique qui peut l’accompagner. Les deux dimensions peuvent parfois se confondre.

Le Caucase, laboratoire des nouvelles rivalités

L’affaire Martin Ryan rappelle une évolution profonde des relations internationales : les puissances moyennes occupent désormais une place croissante dans les jeux d’influence.

L’Azerbaïdjan n’est plus seulement observé à travers le prisme du conflit du Haut-Karabakh. Il est devenu un acteur avec lequel il faut compter, capable de jouer entre plusieurs partenaires et de tirer profit de sa position géographique.

Pour la France, cette séquence pose une question plus large : comment maintenir une influence dans des régions où de nouveaux acteurs imposent leurs propres règles ?

Pour Bakou, elle confirme une stratégie déjà visible : défendre une souveraineté renforcée et ne laisser aucune puissance étrangère définir seule la lecture de ses affaires intérieures.

Derrière le destin judiciaire d’un Français, c’est donc une bataille plus vaste qui se joue. Celle d’un Caucase où chaque alliance, chaque accusation et chaque procès peuvent devenir les pièces d’un affrontement international.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Guerre en Ukraine : derrière le dossier Patriot, Washington hésite encore à partager son avantage stratégique

Les discussions entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump semblaient ouvrir une nouvelle étape dans la coopération militaire entre Kiev et Washington. Le président ukrainien était ressorti de la Maison Blanche en affirmant avoir évoqué la production sous licence des missiles intercepteurs Patriot, un projet qui aurait permis à l’Ukraine de fabriquer elle-même une partie de l’armement indispensable à sa défense aérienne. Deux jours plus tard, Donald Trump a refroidi cet optimisme. Interrogé par le Financial Times, le président des États-Unis d’Amérique a déclaré qu’il n’était « pas sûr » d’accorder une telle autorisation, invoquant la sensibilité de cette technologie.

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À première vue, il s’agit d’une hésitation politique. En réalité, cet épisode met en lumière une question bien plus vaste : jusqu’où les États-Unis d’Amérique sont-ils prêts à partager leur supériorité militaire avec leurs alliés ?

Depuis le début de la guerre, l’Ukraine a demandé des armes, des munitions, des systèmes de défense aérienne et des renseignements. Aujourd’hui, elle réclame autre chose : le droit de produire elle-même une partie des équipements dont dépend sa survie. Ce changement est loin d’être anodin. Une armée qui reçoit des armes reste dépendante de ses fournisseurs. Une armée qui les fabrique acquiert une marge de manœuvre stratégique, industrielle et politique que les livraisons, aussi abondantes soient-elles, ne peuvent offrir.

Les missiles Patriot incarnent parfaitement cette évolution. Leur efficacité contre les missiles balistiques russes en fait l’un des piliers de la défense ukrainienne. Mais leur valeur dépasse largement le champ de bataille. Ils concentrent des décennies de recherche, des technologies classifiées et une chaîne industrielle que Washington considère comme un atout stratégique. Autoriser leur production sous licence ne reviendrait pas seulement à augmenter les capacités de Kiev ; ce serait accepter qu’une partie de ce savoir-faire quitte le territoire états-unien.

C’est là que le débat devient plus complexe qu’il n’y paraît.

Les États-Unis d’Amérique ont tout intérêt à empêcher une victoire russe. Ils souhaitent également que l’Ukraine puisse résister sur la durée. Pourtant, renforcer un allié ne signifie pas nécessairement lui transférer les technologies qui fondent sa propre supériorité militaire. Toutes les grandes puissances partagent cette prudence. Les avions de combat les plus avancés, les systèmes antimissiles ou certaines capacités de guerre électronique restent soumis à des restrictions particulièrement strictes, même entre partenaires.

Le cas ukrainien illustre ainsi une contradiction propre aux alliances contemporaines. Les États soutiennent leurs partenaires, mais cherchent aussi à préserver les avantages industriels et technologiques qui garantissent leur influence. Plus une technologie est décisive, plus son transfert devient un choix politique autant qu’un choix militaire.

Pour Kiev, cette distinction est lourde de conséquences. Chaque nouvelle livraison répond à une urgence immédiate. Elle ne résout cependant pas la question de l’après-guerre ni celle de l’autonomie stratégique. Produire localement des intercepteurs Patriot permettrait de réduire la dépendance vis-à-vis des calendriers de production étrangers, d’assurer un approvisionnement plus régulier et de consolider une industrie de défense appelée à jouer un rôle central dans la sécurité européenne.

L’hésitation exprimée par Donald Trump rappelle que cette ambition reste suspendue à une décision prise à Washington.

Cette prudence traduit aussi les limites du modèle occidental d’assistance militaire. Depuis le début du conflit, les alliés de l’Ukraine ont progressivement levé plusieurs lignes rouges : fourniture de chars lourds, d’avions de combat, de missiles à longue portée ou encore de systèmes de défense aérienne sophistiqués. À chaque étape, une même logique s’est imposée : répondre aux besoins du champ de bataille sans perdre le contrôle des technologies les plus sensibles. Les licences de production constituent une frontière différente. Elles ne concernent plus seulement l’utilisation d’une arme, mais sa fabrication, sa maintenance et, à terme, son évolution.

En ce sens, le débat dépasse largement l’Ukraine. Il touche à une interrogation qui concerne toutes les alliances militaires : jusqu’où une puissance accepte-t-elle de partager les outils qui fondent son avantage stratégique ? À l’heure où les guerres s’inscrivent dans la durée, la réponse dépend moins du nombre d’armes livrées que de la volonté de transmettre, ou non, les capacités industrielles qui permettent de les produire.

L’affaire des Patriot rappelle enfin une réalité souvent éclipsée par les combats. Les conflits contemporains ne se gagnent pas uniquement sur les lignes de front. Ils se jouent aussi dans les usines, les laboratoires, les bureaux où se négocient les licences industrielles et les transferts de technologies. En hésitant à ouvrir cette porte à l’Ukraine, Washington montre que le partage des armes est une chose ; le partage de la puissance qui les rend possibles en est une autre.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France : Xenia Fedorova, l’expulsion d’une journaliste russe devenue un enjeu de sécurité nationale

Le mercredi 29 juillet 2026, Xenia Fedorova a reçu un arrêté ministériel d’expulsion du territoire français. La journaliste russe, ancienne responsable de RT France et aujourd’hui chroniqueuse dans plusieurs médias français, conteste cette décision et prévoit de saisir la justice. Pour les autorités françaises, sa présence en France représenterait une menace grave pour l’ordre public et les intérêts fondamentaux de l’État.

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Cette décision administrative place une professionnelle des médias au centre d’un affrontement qui dépasse son parcours personnel. Depuis la fermeture de RT France après l’invasion de l’Ukraine, les États européens cherchent à redéfinir leur réponse face aux médias qu’ils considèrent comme des instruments d’influence étrangère. Le dossier Fedorova concentre désormais une question délicate : comment protéger l’espace démocratique sans transformer la lutte contre les ingérences en restriction du débat public ?

Une journaliste face à une procédure exceptionnelle

Le courrier qui a changé la situation de Xenia Fedorova tient en quelques pages : un arrêté ministériel lui demandant de quitter le territoire français.

La décision, révélée par plusieurs médias et confirmée par le ministère de l’Intérieur, s’appuie sur une appréciation particulièrement sévère de son activité publique. Selon les éléments cités dans l’arrêté, son comportement porterait atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État et sa présence en France constituerait une menace grave et actuelle pour l’ordre public.

Les autorités françaises lui reprochent notamment de contribuer à la diffusion de récits qu’elles considèrent comme liés aux campagnes d’influence menées par les autorités russes.

Xenia Fedorova rejette cette lecture. Elle entend contester la décision devant les juridictions compétentes, dans une procédure qui devra déterminer si les arguments avancés par l’État français justifient une mesure aussi exceptionnelle.

De Moscou à Paris : le parcours d’une journaliste devenue une figure controversée

Avant que son nom ne soit associé à une procédure d’expulsion, Xenia Fedorova était d’abord une journaliste russe ayant construit une partie de sa carrière dans l’univers des médias internationaux.

Elle devient connue en France lorsqu’elle prend la direction de RT France, lancée en 2017 comme déclinaison française de Russia Today. La chaîne ambitionnait alors de proposer un regard russe sur l’actualité internationale et de s’installer durablement dans le paysage audiovisuel français.

Après le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, l’Union européenne interdit la diffusion de RT et de Sputnik sur son territoire, estimant que ces médias participent aux opérations d’influence de Moscou. RT France cesse alors ses activités.

Mais la carrière médiatique de Xenia Fedorova ne s’arrête pas avec la disparition de la chaîne. Elle poursuit son activité en France comme chroniqueuse, notamment dans des médias appartenant au groupe de Vincent Bolloré.

Ce nouveau chapitre de son parcours nourrit rapidement la controverse. Pour ses détracteurs, son passage de RT France vers des médias français pose la question de la continuité d’une influence russe sous une autre forme. Pour ses soutiens, il s’agit simplement de la poursuite d’une activité journalistique dans un cadre pluraliste.

Pourquoi Paris intervient aujourd’hui

La décision française intervient dans un climat où la question des influences étrangères occupe une place croissante dans les politiques de sécurité européennes.

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, les gouvernements occidentaux ont renforcé leur surveillance des réseaux susceptibles, selon eux, de servir les intérêts d’États étrangers. L’information n’est plus considérée uniquement comme un espace de confrontation des idées : elle est également devenue un terrain stratégique.

Dans ce contexte, Paris affirme ne pas sanctionner une opinion politique, mais agir contre ce qu’il présente comme une activité de relais d’influence étrangère.

La nuance est au centre du débat. Une journaliste peut-elle être expulsée en raison du rôle qu’un État lui attribue dans une stratégie d’influence, même si elle affirme exercer simplement son métier ? C’est précisément cette frontière que la justice devra examiner.

Une vieille bataille avec de nouveaux outils

L’histoire des relations internationales est traversée par les affrontements autour de l’information.

Pendant la guerre froide, les grandes puissances utilisaient déjà les radios, les journaux et les agences de presse pour défendre leurs visions du monde. La différence actuelle tient aux moyens : une chaîne de télévision, une plateforme numérique ou une personnalité médiatique peuvent aujourd’hui toucher des millions de personnes en quelques heures.

La Russie n’est pas le seul État accusé de chercher à influencer les opinions étrangères. Les puissances internationales investissent toutes dans la bataille des récits, qu’il s’agisse de diplomatie publique, de médias internationaux ou de communication numérique.

Le cas Xenia Fedorova intervient donc dans un moment où les démocraties européennes cherchent à répondre à une nouvelle réalité : les affrontements entre États se déroulent aussi dans l’espace médiatique.

La liberté d’expression face au défi des ingérences

L’affaire divise parce qu’elle oppose deux principes difficiles à concilier.

D’un côté, les autorités françaises estiment qu’un État démocratique doit pouvoir se protéger contre des opérations destinées à fragiliser ses institutions et sa cohésion sociale.

De l’autre, les défenseurs de Xenia Fedorova rappellent qu’une démocratie se mesure aussi à sa capacité à accepter des voix contestées et des opinions minoritaires.

La question n’est donc pas seulement celle d’une journaliste russe et de son avenir en France. Elle touche à une interrogation plus large : jusqu’où un État peut-il aller pour se protéger sans affaiblir les libertés qu’il cherche à défendre ?

Avec l’arrêté d’expulsion visant Xenia Fedorova, la France ouvre un dossier où se rencontrent une trajectoire journalistique individuelle et une préoccupation devenue majeure en Europe : la maîtrise de l’espace informationnel.

La journaliste russe devra désormais défendre son maintien sur le territoire français devant la justice. Mais au-delà de son cas personnel, son dossier pourrait devenir un repère dans la manière dont les démocraties européennes traiteront demain les figures médiatiques associées à des puissances étrangères.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Le Tchad quitte la CPI, Washington applaudit : la bataille pour l’avenir de la justice internationale est ouverte

Après Bamako, Ouagadougou et Niamey, N’Djamena a choisi à son tour de prendre ses distances avec la Cour pénale internationale. La décision tchadienne aurait pu rester une affaire africaine parmi d’autres. Elle a changé de dimension lorsque Washington a décidé de la saluer et d’appeler d’autres États membres à suivre le même chemin. Deux critiques venues d’horizons différents se retrouvent désormais face à la même institution : des gouvernements africains qui dénoncent une justice qu’ils jugent déséquilibrée et une puissance mondiale qui refuse depuis plus de vingt ans de reconnaître l’autorité de la Cour.

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Le retrait annoncé par le Tchad ouvre une nouvelle séquence pour la Cour pénale internationale. La contestation qui visait déjà son fonctionnement en Afrique rencontre aujourd’hui l’opposition ancienne des États-Unis d’Amérique. Les deux dynamiques ne poursuivent pas les mêmes objectifs, mais elles placent la même question au centre : une justice internationale peut-elle durer sans le soutien politique des États qu’elle entend encadrer ?

N’Djamena ferme une porte ouverte depuis deux décennies

Le 27 juillet 2026, le Tchad a notifié aux Nations unies sa décision de se retirer du Statut de Rome, le texte fondateur de la Cour pénale internationale. Le départ ne sera pas immédiat : conformément aux règles prévues par le traité, un délai d’un an doit s’écouler avant que la sortie devienne effective.

Pendant cette période, le pays reste lié par ses obligations envers la Cour. Politiquement, toutefois, le message est déjà envoyé.

Pour N’Djamena, la CPI ne répond plus aux exigences d’une justice internationale équitable. Les autorités tchadiennes dénoncent une institution qu’elles accusent de concentrer son action sur le continent africain et de ne pas appliquer les mêmes standards à toutes les régions du monde.

Cette critique n’est pas nouvelle. Depuis les premières années d’activité de la Cour, plusieurs dirigeants africains ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme un déséquilibre. Le reproche revient régulièrement : l’Afrique aurait été davantage exposée aux poursuites internationales alors que certains acteurs majeurs de la scène mondiale restent hors de portée de la juridiction.

Le Sahel avant le Tchad

Avant N’Djamena, d’autres capitales avaient déjà pris leurs distances.

Bamako, Ouagadougou et Niamey ont engagé des démarches de retrait de la CPI dans une période où ces pays cherchent également à redéfinir leurs rapports avec les institutions internationales et les puissances occidentales.

Ces décisions ne répondent pas toutes aux mêmes calculs politiques. Chaque gouvernement défend ses propres priorités. Pourtant, une même idée revient : la volonté de reprendre la maîtrise de choix considérés comme relevant d’abord de la souveraineté nationale.

Dans plusieurs pays africains, la CPI reste associée à une question plus large : qui décide de la justice lorsque les rapports de force internationaux entrent en jeu ?

Washington, l’étrange soutien d’un non-membre de la Cour

La réaction des États-Unis d’Amérique a donné une portée nouvelle au choix tchadien.

Washington a salué le retrait du Tchad et appelé les autres États parties au Statut de Rome à quitter eux aussi la CPI.

La scène contient un paradoxe : une puissance qui n’a jamais accepté la compétence de la Cour encourage aujourd’hui ceux qui l’ont reconnue à s’en éloigner.

Les États-Unis d’Amérique avaient pourtant participé aux premières discussions autour de la création de la CPI. Ils avaient signé le Statut de Rome en 2000 avant de retirer leur signature en 2002. Depuis, les administrations états-uniennes successives considèrent qu’aucune juridiction internationale ne doit pouvoir exercer son autorité sur leurs ressortissants sans leur consentement.

Pour Washington, la question est celle de la souveraineté. Pour les défenseurs de la CPI, elle est celle de la responsabilité : certains crimes, en raison de leur gravité, ne peuvent rester uniquement du ressort des États.

Deux conceptions de l’ordre international s’affrontent.

Une convergence sans alliance

Le rapprochement entre les critiques africaines et la position états-unienne pourrait sembler surprenant.

Les gouvernements africains qui contestent la CPI mettent en avant l’histoire d’une justice qu’ils considèrent déséquilibrée et insuffisamment représentative du monde actuel.

Les États-Unis d’Amérique défendent une ligne différente : ils refusent qu’une institution extérieure puisse limiter leur liberté d’action politique et militaire.

Les raisons ne sont pas les mêmes. Les trajectoires non plus.

Pourtant, le résultat produit une même pression sur la Cour : celle d’une remise en cause de son autorité.

C’est là que se trouve le véritable enjeu. La CPI ne dépend pas uniquement de ses textes juridiques. Son efficacité repose aussi sur la coopération des États, sur leur volonté d’exécuter ses décisions et sur leur confiance dans son impartialité.

La bataille autour de l’universalité

Créée en 2002, la Cour pénale internationale devait répondre à une ambition : empêcher que les auteurs de crimes parmi les plus graves puissent échapper à la justice en raison de leur position politique ou de leur puissance militaire.

Vingt-quatre ans plus tard, son ambition se heurte à une réalité plus difficile.

Ses défenseurs rappellent qu’elle n’a pas vocation à remplacer les tribunaux nationaux et qu’elle n’agit que lorsque les États ne peuvent ou ne veulent pas juger eux-mêmes les crimes relevant de sa compétence.

Ses critiques estiment, eux, que son fonctionnement reste marqué par les rapports de force internationaux et qu’une justice véritablement universelle ne peut ignorer les déséquilibres entre les États.

Le débat ne porte donc pas seulement sur la CPI. Il touche à une question plus vaste : le monde accepte-t-il encore de déléguer une partie de sa souveraineté à des institutions communes ?

Le retrait du Tchad ne provoquera pas, à lui seul, l’effondrement de la Cour pénale internationale. Il marque toutefois une étape dans une période où plusieurs institutions internationales sont confrontées à une défiance croissante.

À mesure que les États revendiquent davantage leur autonomie, la justice internationale doit relever un défi difficile : prouver qu’elle peut être universelle sans être perçue comme l’instrument d’un rapport de force entre puissants et moins puissants.

De N’Djamena à Washington, la CPI se retrouve au centre d’une bataille qui dépasse son fonctionnement juridique. D’un côté, des États qui veulent reprendre le contrôle de leur souveraineté judiciaire. De l’autre, ceux qui défendent l’idée qu’aucune frontière ne devrait protéger les auteurs des crimes les plus graves.

Le retrait tchadien n’est peut-être qu’une étape. Il pose déjà une question qui pourrait définir l’avenir de la justice internationale : une institution peut-elle rester universelle lorsque ceux qui la contestent deviennent de plus en plus nombreux ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Colombie : pourquoi Bogotá ferme ses ambassades en Algérie et en Afrique du Sud au moment où ses relations avec Rabat se renforcent

En diplomatie, certains gestes parlent parfois autant que les discours. La décision de Bogotá de fermer ses ambassades en Algérie et en Afrique du Sud aurait pu n’être qu’une mesure administrative destinée à réduire les dépenses publiques. Mais le choix des deux pays concernés et le rapprochement parallèle avec Rabat donnent à cette annonce une dimension plus politique.

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À des milliers de kilomètres de l’Amérique latine, le Sahara occidental se retrouve une nouvelle fois au centre d’un jeu d’influences où chaque soutien international compte.

La Colombie réorganise son réseau diplomatique et réduit sa présence sur le continent africain. La fermeture annoncée de ses représentations à Alger et à Pretoria intervient alors que Bogotá développe des liens plus étroits avec le Maroc. Derrière cette décision se trouve un dossier qui oppose depuis des décennies Rabat et Alger : l’avenir du Sahara occidental.

Deux ambassades fermées, deux capitales au poids symbolique

La Colombie affirme vouloir revoir ses priorités diplomatiques et concentrer ses moyens sur les postes jugés les plus utiles à ses intérêts.

Mais le choix de fermer ses ambassades en Algérie et en Afrique du Sud attire immédiatement l’attention. Ces deux pays ne sont pas de simples partenaires diplomatiques parmi d’autres.

L’Algérie occupe une place centrale dans le dossier sahraoui. Depuis le retrait espagnol du Sahara occidental en 1975, Alger soutient le Front Polisario et défend l’organisation d’un processus permettant au peuple sahraoui de décider de son avenir.

L’Afrique du Sud adopte une position proche. Marquée par son histoire de lutte contre l’apartheid et les mouvements de libération nationale, Pretoria considère également que la question sahraouie relève du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Pour Rabat, au contraire, le Sahara occidental est une partie de son territoire et le plan d’autonomie proposé sous souveraineté marocaine constitue la solution réaliste au conflit.

C’est dans cette opposition diplomatique ancienne que prend place la décision colombienne.

Le Maroc avance ses pions en Amérique latine

Depuis plusieurs années, Rabat cherche à renforcer ses relations avec les pays d’Amérique latine.

La stratégie marocaine repose sur plusieurs leviers : coopération économique, investissements, échanges commerciaux, partenariats sécuritaires et diplomatie bilatérale.

L’objectif est aussi clair : obtenir davantage de soutiens à sa position sur le Sahara occidental.

Pendant longtemps, plusieurs pays latino-américains ont entretenu des relations avec la République arabe sahraouie démocratique proclamée par le Front Polisario. Mais cette situation évolue progressivement.

Certains États ont choisi de revoir leur position ou de renforcer leur coopération avec le Maroc.

Dans cette bataille diplomatique, chaque rapprochement compte.

Bogotá change-t-elle de ligne ?

La fermeture des ambassades en Algérie et en Afrique du Sud intervient après plusieurs années durant lesquelles la Colombie avait adopté une diplomatie particulièrement engagée sur les questions internationales liées aux droits humains, à l’environnement et aux relations avec les pays du Sud.

Le nouveau pouvoir colombien affiche une volonté de revoir ses priorités. L’objectif annoncé est de disposer d’un réseau diplomatique plus efficace et moins coûteux.

Mais au-delà de la justification financière, certains observateurs voient dans cette réorganisation un changement d’approche.

La Colombie cherche-t-elle à se rapprocher de pays considérés comme davantage compatibles avec ses intérêts économiques et stratégiques ?

Le rapprochement avec le Maroc alimente cette lecture.

Il reste toutefois difficile d’affirmer que Bogotá tourne définitivement le dos à Alger ou Pretoria. La fermeture d’une ambassade ne signifie pas automatiquement une rupture politique. Les relations entre États peuvent continuer à travers d’autres canaux diplomatiques.

Mais le signal envoyé n’est pas neutre.

Le Sahara occidental, un dossier qui dépasse le Maghreb

Le conflit du Sahara occidental ne se limite plus aux relations entre le Maroc et l’Algérie.

Au fil des années, il est devenu un sujet suivi par plusieurs puissances internationales.

Le Maroc a obtenu des soutiens importants, notamment après la reconnaissance par les États Unis d’Amérique de sa souveraineté sur le territoire sous l’administration de Donald Trump en 2020.

Plusieurs pays ont depuis affiché un soutien au plan d’autonomie marocain.

De son côté, l’Algérie continue de défendre la position du Front Polisario et refuse toute solution qui ne passerait pas par l’autodétermination.

Cette rivalité dépasse donc les frontières du Maghreb. Elle se joue désormais dans les enceintes internationales et dans les relations bilatérales avec des pays parfois éloignés géographiquement du conflit.

La décision colombienne montre une évolution importante des relations internationales : les alliances ne reposent plus uniquement sur des proximités historiques ou idéologiques.

Les États cherchent d’abord à défendre leurs intérêts.

Pour le Maroc, développer des liens avec l’Amérique latine représente une opportunité d’élargir son soutien diplomatique. Pour l’Algérie, maintenir ses positions auprès de partenaires internationaux reste un enjeu majeur.

La Colombie, elle, semble vouloir redéfinir ses priorités.

Cette affaire rappelle aussi une réalité : les dossiers africains occupent désormais une place croissante dans les stratégies diplomatiques mondiales. Les pays du continent ne sont plus seulement des acteurs régionaux ; leurs enjeux deviennent des terrains de compétition entre États venus d’autres continents.

La question sera désormais de savoir si la décision colombienne restera un choix isolé ou si elle annonce une évolution plus large de la politique latino-américaine à l’égard du Maghreb.

Car derrière les ambassades qui ferment et les partenariats qui se renforcent, c’est une question plus vaste qui se pose : dans un monde où les alliances évoluent rapidement, quels pays réussiront à convaincre de leur vision diplomatique ?

La fermeture des ambassades colombiennes en Algérie et en Afrique du Sud ne constitue pas, à elle seule, un bouleversement international. Mais elle intervient sur un terrain particulièrement sensible.

Entre le rapprochement avec Rabat, les positions d’Alger et de Pretoria et la place du Sahara occidental dans les relations internationales, Bogotá vient de poser un acte qui dépasse largement la simple gestion administrative de son réseau diplomatique.

Une décision qui confirme une chose : dans la diplomatie mondiale, même une fermeture d’ambassade peut devenir un message politique.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Moyen-Orient : les Houthis frappent des installations pétrolières saoudiennes, annoncent un blocus naval et poussent Washington à durcir le ton contre l’Iran

Les missiles et les drones houthis ne visent plus seulement les lignes de front du Yémen. En frappant des infrastructures pétrolières saoudiennes et en menaçant le trafic maritime en mer Rouge, le mouvement soutenu par l’Iran place désormais les routes énergétiques mondiales au cœur du bras de fer régional. À Washington, la réponse se durcit : Donald Trump affirme que Téhéran sera tenu responsable des actions de ses alliés et envisage des frappes plus larges contre l’Iran.

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Les dernières heures ont concentré plusieurs signaux inquiétants : attaques revendiquées par les Houthis contre des installations de Saudi Aramco, annonce d’un blocus naval visant les ports saoudiens, informations faisant état d’un appui iranien renforcé au mouvement yéménite et menaces de représailles militaires des États-Unis d’Amérique. Derrière l’affrontement entre les Houthis et Riyad apparaît une confrontation plus vaste autour de l’influence iranienne au Moyen-Orient et du contrôle des principales voies maritimes de la région.

Les Houthis déplacent le conflit vers le cœur économique saoudien

Les Houthis ont franchi un nouveau seuil en revendiquant des frappes contre deux installations stratégiques de l’Arabie saoudite : Yanbu et Jizan.

Ces deux sites ne sont pas des objectifs militaires ordinaires. Yanbu, situé sur la côte de la mer Rouge, constitue l’un des principaux points d’exportation du pétrole saoudien. Le terminal permet au royaume de transporter une partie de ses hydrocarbures sans dépendre exclusivement du golfe Persique. Jizan, proche de la frontière yéménite, accueille également d’importantes infrastructures énergétiques.

En visant ces installations, les Houthis cherchent à toucher un secteur vital de l’économie saoudienne. Leur stratégie vise aussi à envoyer un message aux acteurs internationaux : la guerre ne se limite plus au territoire yéménite, elle concerne désormais les axes commerciaux et énergétiques qui relient le Moyen-Orient au reste du monde.

Quelques jours après ces attaques, le mouvement a annoncé un « blocus naval » contre l’Arabie saoudite, appelant les compagnies maritimes à éviter les ports du royaume sur la mer Rouge.

Les Houthis ne disposent pas d’une marine capable de fermer physiquement ces espaces maritimes. Leur objectif est différent : rendre la navigation suffisamment risquée pour provoquer une hausse des coûts d’assurance, ralentir le trafic et contraindre les opérateurs économiques à revoir leurs itinéraires.

Une pression sur deux passages stratégiques : Bab el-Mandeb et Ormuz

Cette nouvelle offensive intervient dans une région où deux passages maritimes concentrent une partie des inquiétudes internationales.

Au sud de la mer Rouge, le détroit de Bab el-Mandeb relie l’océan Indien au canal de Suez. Des milliers de navires commerciaux y transitent chaque année.

Plus à l’est, le détroit d’Ormuz reste l’une des principales voies de sortie du pétrole produit dans le Golfe. Toute menace pesant sur cette zone provoque immédiatement des inquiétudes sur les marchés énergétiques.

La multiplication des tensions dans ces deux espaces crée une situation particulièrement sensible pour les pays importateurs d’énergie et pour les grandes compagnies maritimes.

Les Houthis savent que leur capacité de nuisance dépasse largement leurs moyens militaires. Leur force repose sur la vulnérabilité des routes commerciales modernes : quelques missiles ou drones peuvent suffire à modifier les calculs des armateurs et des investisseurs.

L’Iran accusé d’avoir renforcé son soutien militaire aux Houthis

Au même moment, des informations publiées par Reuters évoquent l’envoi présumé au Yémen de membres du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien, ainsi que d’équipements liés aux missiles et aux drones.

Selon les sources citées, des spécialistes iraniens auraient rejoint les zones contrôlées par les Houthis pour apporter un soutien technique au mouvement.

Téhéran rejette ces accusations. Les autorités iraniennes affirment soutenir politiquement les Houthis mais nient toute implication militaire directe.

Depuis plusieurs années, les États-Unis d’Amérique et leurs alliés accusent pourtant l’Iran d’avoir contribué au développement des capacités militaires du mouvement yéménite. Les drones et missiles utilisés par les Houthis ces dernières années témoignent d’une évolution importante de leur arsenal.

La nouveauté actuelle réside moins dans l’existence supposée d’un soutien iranien que dans son ampleur présumée et dans le moment choisi : celui d’une confrontation croissante avec l’Arabie saoudite et Washington.

Donald Trump place directement Téhéran sous pression

La réaction étatsunienne ne s’est pas limitée à des avertissements contre les Houthis.

Donald Trump a affirmé que l’Iran serait tenu responsable des attaques menées par le mouvement yéménite et a menacé les Houthis d’une « punition militaire majeure » s’ils poursuivaient leurs opérations contre les navires ou les intérêts des alliés des États-Unis d’Amérique.

Le président états-unien envisage également des bombardements plus larges contre l’Iran. Aucun ordre définitif n’a encore été annoncé, mais cette possibilité traduit une volonté de ne plus seulement répondre aux actions des groupes alliés de Téhéran.

Washington considère désormais que les attaques des Houthis s’inscrivent dans une stratégie régionale iranienne visant à maintenir une pression sur ses adversaires.

Cette lecture est contestée par Téhéran, qui accuse les États-Unis d’Amérique de chercher un prétexte pour intervenir davantage au Moyen-Orient.

Le Hezbollah au Liban, autre pièce du bras de fer avec l’Iran

La pression étatsunienne sur les Houthis intervient alors que Washington pousse également le Liban à avancer sur la question du désarmement du Hezbollah.

Lors de sa rencontre avec Donald Trump, le président libanais Joseph Aoun a discuté du renforcement de l’armée libanaise et de la nécessité pour l’État de reprendre le contrôle exclusif des armes sur son territoire.

Le Hezbollah refuse de déposer son arsenal tant qu’il estime que les conditions de sécurité ne sont pas réunies, notamment en raison de la présence militaire israélienne dans certaines zones contestées.

Pour Washington, le mouvement chiite libanais reste toutefois l’un des principaux relais de l’influence iranienne dans la région.

Le dossier libanais et celui des Houthis répondent ainsi à une même préoccupation étatsunienne : réduire la capacité de Téhéran à agir indirectement contre ses adversaires par l’intermédiaire de groupes alliés.

Une confrontation qui pourrait dépasser les acteurs intermédiaires

Depuis plusieurs années, l’Iran et les États-Unis d’Amérique évitent une confrontation militaire directe. Leur rivalité passe principalement par des acteurs régionaux : Hezbollah au Liban, Houthis au Yémen ou groupes armés proches de Téhéran en Irak et en Syrie.

Mais la situation actuelle réduit progressivement la distance entre les deux puissances.

En déclarant que l’Iran devra répondre des opérations des Houthis, Washington établit une nouvelle règle de confrontation. Une attaque menée par un allié de Téhéran pourrait désormais entraîner une réponse contre des intérêts iraniens.

Le risque est celui d’un engrenage : une frappe contre un navire, une attaque contre une infrastructure énergétique ou une opération militaire au Yémen pourrait provoquer une réaction dépassant largement le cadre initial.

Les Houthis au centre d’un nouveau rapport de force régional

Le mouvement houthi occupe aujourd’hui une place particulière dans la stratégie iranienne et dans la réponse étatsunienne.

Contrairement au Hezbollah, qui est profondément intégré au paysage politique libanais, les Houthis tirent une partie de leur influence de leur capacité militaire et de leur position géographique. Depuis le Yémen, ils peuvent menacer l’un des corridors maritimes les plus importants au monde.

C’est cette réalité qui explique l’attention croissante de Washington.

La question n’est plus seulement de savoir comment mettre fin à la guerre au Yémen. Elle concerne désormais l’équilibre régional entre l’Iran, les monarchies du Golfe et les États-Unis d’Amérique.

L’Arabie saoudite, qui avait engagé ces dernières années une politique de rapprochement et de désescalade avec Téhéran, se retrouve à nouveau confrontée à une menace venue de son voisin yéménite.

De son côté, l’Iran doit mesurer le risque d’une confrontation directe avec Washington alors que son soutien aux groupes alliés devient le principal sujet d’accusation américain.

Les frappes revendiquées par les Houthis contre l’Arabie saoudite, leur menace sur les routes maritimes et les accusations visant l’Iran ont transformé une crise régionale en un dossier international majeur.

Le Yémen reste le théâtre immédiat des affrontements, mais les enjeux dépassent désormais ses frontières. La sécurité énergétique mondiale, la liberté de navigation en mer Rouge et dans le Golfe, ainsi que l’équilibre entre Washington et Téhéran sont directement concernés.

Dans cette nouvelle phase de tensions, chaque attaque risque désormais de produire des conséquences bien au-delà de son lieu d’origine.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Russie : derrière le 21ᵉ train de sanctions, l’Union européenne cherche à refermer les brèches exploitées par Moscou

Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, l’Union européenne continue de renforcer son arsenal de sanctions contre la Russie. Mais cette vingt-et-unième salve marque une évolution : il ne s’agit plus seulement de frapper l’économie russe, mais de neutraliser les moyens que Moscou a progressivement mis en place pour contourner les précédentes restrictions.

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Adopté le 23 juillet par les vingt-sept États membres, le nouveau paquet de sanctions cible notamment des banques, des plateformes de cryptomonnaies et la « flotte fantôme » utilisée pour exporter le pétrole russe. Derrière ces mesures se dessine une guerre économique où chaque décision de Bruxelles entraîne une stratégie d’adaptation du Kremlin.

Lorsque les premières sanctions occidentales ont été décidées en 2022, l’objectif était clair : priver la Russie des ressources financières, technologiques et industrielles susceptibles d’alimenter son effort de guerre. Les premières mesures ont visé les banques, les réserves de la Banque centrale, les exportations de technologies sensibles, les oligarques proches du pouvoir et, progressivement, le secteur énergétique.

Quatre ans plus tard, le contexte n’est plus le même. L’économie russe ne s’est pas effondrée, contrairement à ce qu’anticipaient certains observateurs au début du conflit. Elle s’est transformée.

Privée d’une partie de ses débouchés européens, Moscou a réorienté une grande partie de ses exportations vers la Chine, l’Inde, la Turquie et plusieurs pays du Moyen-Orient. De nouveaux intermédiaires commerciaux sont apparus. Des sociétés écrans ont pris le relais de certaines entreprises sanctionnées. Les circuits financiers se sont diversifiés, tandis que les cryptomonnaies ont offert de nouvelles possibilités pour certaines transactions. Sur les mers, une flotte de pétroliers vieillissants, souvent enregistrés sous des pavillons de complaisance et opérant à travers des montages complexes, a permis de poursuivre une partie des exportations de pétrole en échappant aux contrôles occidentaux.

C’est précisément cette capacité d’adaptation que l’Union européenne cherche désormais à affaiblir.

Le 21ᵉ train de sanctions ne repose donc pas sur une logique de rupture. Il vise à combler les failles révélées par les vingt précédents. Trente-deux établissements bancaires russes supplémentaires sont concernés par de nouvelles restrictions. Plusieurs plateformes de cryptomonnaies sont placées sous surveillance renforcée afin de limiter leur utilisation dans le contournement des sanctions financières. La liste des navires appartenant à la « flotte fantôme » est également élargie, tandis que les entreprises qui leur fournissent des services logistiques, commerciaux ou d’assurance font, elles aussi, l’objet d’une attention accrue.

Le pétrole demeure l’une des principales cibles de Bruxelles. Les hydrocarbures représentent encore une source essentielle de revenus pour l’État russe. En prolongeant le mécanisme de plafonnement du prix du pétrole exporté par Moscou, les Européens cherchent moins à interrompre les ventes qu’à limiter les recettes qui en découlent. L’équation est délicate : réduire les ressources de la Russie sans provoquer une flambée des prix sur les marchés mondiaux.

Cette nouvelle stratégie révèle aussi les limites de l’unité européenne.

Les discussions qui ont précédé l’adoption de ce paquet ont été parmi les plus difficiles depuis le début du conflit. Les débats autour du gaz naturel liquéfié ont illustré les intérêts parfois divergents des États membres. La Grèce, dont les armateurs occupent une place importante dans le transport maritime international de GNL, craignait que certaines mesures ne pénalisent davantage les entreprises européennes que la Russie elle-même. D’autres États plaidaient au contraire pour un durcissement des restrictions. Le compromis finalement trouvé montre que maintenir une position commune exige désormais des arbitrages de plus en plus complexes.

Ces divergences rappellent une réalité souvent éclipsée par les annonces de nouvelles sanctions : celles-ci produisent aussi des effets au sein de l’Union européenne. Depuis 2022, les États membres ont dû accélérer la diversification de leurs approvisionnements énergétiques, développer de nouvelles infrastructures d’importation de gaz naturel liquéfié et absorber une hausse durable des coûts de l’énergie pour plusieurs secteurs industriels. La guerre économique engagée contre Moscou a donc également un prix pour ceux qui la conduisent.

Reste la question de l’efficacité de cette stratégie.

Pour la Commission européenne, chaque nouveau paquet réduit un peu plus les marges de manœuvre économiques de la Russie et complique le financement de son appareil militaire. À Moscou, le discours est tout autre. Le Kremlin affirme que les sanctions occidentales ont échoué à isoler le pays et souligne la progression des échanges commerciaux avec les puissances asiatiques et plusieurs partenaires du Sud.

Entre ces deux lectures, de nombreux économistes dressent un constat plus nuancé. Les sanctions n’ont pas provoqué l’effondrement de l’économie russe, mais elles en renchérissent le fonctionnement. L’accès à certaines technologies reste limité, les coûts logistiques augmentent, les circuits commerciaux sont plus complexes et le financement de plusieurs secteurs devient plus onéreux. En d’autres termes, la Russie continue de s’adapter, mais cette adaptation mobilise des ressources croissantes.

Le 21ᵉ train de sanctions illustre ainsi l’évolution d’un affrontement qui dépasse désormais largement le champ militaire. Au fil des années, la guerre en Ukraine s’est aussi transformée en une bataille économique où chaque camp ajuste continuellement ses méthodes. L’Union européenne cherche à refermer les brèches que Moscou exploite ; la Russie s’efforce d’en ouvrir de nouvelles. Ce jeu d’adaptation permanente laisse entrevoir que, même en l’absence d’avancées décisives sur le terrain, le bras de fer économique entre Bruxelles et Moscou est appelé à se poursuivre.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Géorgie : écartée du sommet de l’OTAN, Tbilissi voit ses relations avec les Occidentaux se tendre davantage

La Géorgie ne participera pas au prochain sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), une absence qui rompt avec les habitudes de ces dernières années et alimente les critiques contre le gouvernement de Tbilissi. Pour l’opposition et plusieurs anciens diplomates, cette décision reflète le refroidissement des relations entre le pays et ses partenaires occidentaux, alors que les tensions politiques internes ne faiblissent pas.

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Depuis plus de deux décennies, la Géorgie compte parmi les partenaires les plus engagés de l’Alliance atlantique. Candidate déclarée à une future adhésion, elle a pris part à plusieurs opérations internationales de l’OTAN et a progressivement adapté son armée aux standards de l’organisation. Son absence au sommet est donc loin d’être anodine.

Ces derniers mois, les relations entre Tbilissi et les capitales occidentales se sont dégradées. Les autorités géorgiennes sont accusées par leurs opposants et par plusieurs partenaires européens d’affaiblir les institutions démocratiques, notamment depuis l’adoption de la loi sur les « agents de l’étranger », inspirée d’un dispositif russe. Les élections législatives de 2024 et la suspension des discussions sur l’adhésion à l’Union européenne jusqu’en 2028 ont encore accentué les désaccords.

Le gouvernement du parti Rêve géorgien rejette ces critiques. Il affirme maintenir son objectif d’intégrer les institutions euro-atlantiques tout en privilégiant une politique étrangère qu’il juge réaliste, compte tenu des tensions régionales et de la guerre en Ukraine. Selon les autorités, la coopération militaire avec l’OTAN se poursuit normalement.

L’opposition y voit au contraire un nouveau revers diplomatique. Plusieurs responsables politiques estiment que la Géorgie perd peu à peu la confiance de ses partenaires occidentaux, tandis que la Russie continue de défendre ses intérêts dans le Caucase. Ils craignent que cette évolution ne fragilise davantage les ambitions européennes et euro-atlantiques du pays.

L’OTAN n’a pas remis en cause son soutien de principe à la candidature géorgienne. Mais l’absence de Tbilissi à ce sommet envoie un signal qui risque d’alimenter les interrogations sur l’état des relations entre la Géorgie et ses alliés occidentaux.

Celine Dou, pour la Boussole-infos