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Syrie : après les frappes israéliennes des 18 et 22 août, Damas et Tel-Aviv négocient en Jordanie une désescalade sous médiation des États-Unis d’Amérique

Deux attaques israéliennes en quatre jours, une inquiétude croissante autour de la présence militaire turque en Syrie et, au lendemain d’une nouvelle frappe, une rencontre discrète entre le ministre syrien des Affaires étrangères et le chef du Mossad. Le 23 août, Assaad al-Chaibani et Roman Gofman se sont retrouvés en Jordanie avec la médiation des États-Unis d’Amérique. Damas veut faire cesser les opérations israéliennes et reprendre les négociations sur un accord de sécurité. Israël cherche à préserver ses intérêts militaires, tandis que la Turquie s’affirme comme l’un des principaux soutiens du nouveau pouvoir syrien.

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Il aura fallu quelques jours pour que les bombes et la diplomatie se succèdent au même endroit.

Le 18 août, Israël frappait la base aérienne d’Abou al-Duhur, dans la province d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Le 22, un drone israélien touchait un véhicule près de Beit Jinn, à l’ouest de Damas. Le lendemain, le ministre syrien des Affaires étrangères Assaad al-Chaibani rencontrait Roman Gofman, le chef du Mossad, en Jordanie, sous médiation des États-Unis d’Amérique.

La proximité entre ces événements dit quelque chose de la fragilité du dialogue entre les deux pays. Les discussions ne portent pas encore sur la paix. Elles cherchent d’abord à empêcher que les opérations militaires israéliennes, la présence turque en Syrie et les ambitions du nouveau pouvoir de Damas ne se heurtent dans un pays qui sort à peine de quatorze années de guerre.

Selon l’agence officielle syrienne SANA, les représentants des deux camps ont discuté de mécanismes destinés à mettre fin aux frappes, arrestations et opérations ciblées israéliennes en Syrie. Ils ont également évoqué la reprise des négociations sur un accord de sécurité et les moyens d’empêcher la rivalité entre Israël et la Turquie de gagner le territoire syrien.

Une frappe qui avait la Turquie pour arrière-plan

L’affaire d’Abou al-Duhur permet de comprendre pourquoi cette rencontre a pris une telle importance.

Le 18 août, huit frappes israéliennes ont touché la piste et des installations de la base aérienne. Israël a affirmé vouloir empêcher le déploiement de forces turques sur le site. Le gouvernement syrien a rejeté cette accusation et assuré qu’aucune base turque permanente n’était prévue à Abou al-Duhur. La Turquie a également condamné l’attaque.

La base se trouve à environ 70 kilomètres de la frontière turque. Elle est restée hors service pendant des années après avoir été durement affectée par la guerre civile. La Turquie, devenue l’un des principaux soutiens du président syrien Ahmad al-Chareh, participe désormais à la reconstruction des forces armées syriennes et fournit une assistance militaire et politique au nouveau pouvoir de Damas.

Pour Israël, cette évolution change les données de sécurité à sa frontière nord. Pour la Turquie, les frappes israéliennes constituent une attaque contre la souveraineté syrienne et contre la capacité du nouveau gouvernement à reconstruire son armée.

La tension aurait pu monter davantage. Tom Barrack, ambassadeur des États-Unis d’Amérique en Turquie et envoyé spécial des États-Unis d’Amérique pour la Syrie, a déclaré que les autorités turques n’avaient pas été averties de l’attaque. Selon lui, Ankara aurait pu interpréter le passage des avions israéliens vers son territoire comme une menace et préparer une riposte. Il a qualifié la frappe d’« escalade inutile » et indiqué que les États-Unis d’Amérique travaillaient à un mécanisme de prévention des affrontements entre Israël, la Turquie et la Syrie.

Le lendemain, une nouvelle frappe dans le sud

Le 22 août, alors que les discussions entre Damas et Tel-Aviv étaient déjà envisagées, une nouvelle opération israélienne a touché le sud-ouest de la Syrie.

Un drone a frappé un véhicule près du village de Beit Jinn, à l’ouest de Damas. Le ministère syrien des Affaires étrangères a affirmé qu’il s’agissait d’un véhicule civil et fait état de blessés. L’armée israélienne a, de son côté, déclaré avoir visé un homme présenté comme un « terroriste » dont les activités constituaient, selon elle, une menace immédiate pour ses soldats.

Pour le gouvernement d’Ahmad al-Chareh, cette succession d’opérations est devenue difficilement compatible avec les discussions de sécurité. Pour Israël, elle répond à une logique différente : empêcher l’apparition de menaces qu’il estime susceptibles de viser ses soldats ou son territoire.

C’est dans cet espace étroit entre ces deux lectures que les États-Unis d’Amérique tentent de maintenir le dialogue.

Damas ne demande pas seulement l’arrêt des frappes

Assaad al-Chaibani avait déclaré avant la rencontre que la confiance entre la Syrie et Israël était inexistante. Il n’en demandait pas moins la reprise des négociations.

Le gouvernement syrien veut que les forces israéliennes reviennent aux positions qu’elles occupaient avant la chute de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024. Il demande également le rétablissement complet de l’accord de désengagement de 1974 et la fin des frappes, incursions et opérations israéliennes sur son territoire.

Damas refuse en revanche qu’un éventuel accord de sécurité limite sa capacité à reconstruire ses forces armées ou à choisir ses partenaires. Assaad al-Chaibani a clairement défendu le droit de la Syrie à recevoir une aide militaire de la Turquie, mais aussi d’autres pays de la région.

La question du plateau du Golan reste entière. La Syrie continue de considérer ce territoire comme sien, tandis qu’Israël en contrôle la majeure partie depuis 1967. Mais Damas estime que son statut définitif ne doit pas être le préalable aux discussions actuelles. La priorité est d’abord de mettre fin aux opérations militaires et de rétablir un cadre de sécurité.

Israël regarde désormais autant vers Ankara que vers Damas

Depuis la chute de Bachar al-Assad, le problème israélien n’est plus seulement celui du régime syrien qui lui était hostile.

La Turquie a pris une place considérable auprès du nouveau pouvoir. Ankara aide à reconstruire l’armée syrienne, entretient des liens étroits avec Ahmad al-Chareh et entend conserver une influence durable en Syrie. Israël redoute qu’une présence militaire turque plus importante ne modifie l’équilibre stratégique à proximité de ses frontières.

Ce dossier avait d’ailleurs déjà été abordé directement entre Assaad al-Chaibani et Roman Gofman. Le 14 août, les deux hommes s’étaient entretenus par téléphone, quelques jours avant le bombardement d’Abou al-Duhur. Selon des sources citées par Reuters, la conversation avait notamment porté sur la présence militaire turque en Syrie, les livraisons d’armes et les drones fournis à l’armée syrienne.

La rencontre du 23 août n’est donc pas née de nulle part. Elle prolonge un canal de communication déjà utilisé au plus haut niveau, malgré une confiance presque inexistante entre les deux gouvernements.

Les États-Unis d’Amérique cherchent à empêcher une collision

L’administration de Donald Trump dispose d’un intérêt évident à empêcher que la Syrie ne devienne le lieu d’un affrontement entre Israël et la Turquie.

Les deux pays sont des partenaires importants des États-Unis d’Amérique, mais leurs intérêts en Syrie se rapprochent de moins en moins. L’attaque d’Abou al-Duhur a montré jusqu’où cette rivalité pouvait aller : Israël a frappé une installation syrienne en affirmant vouloir empêcher une implantation turque, tandis que la Turquie a dénoncé une atteinte à la souveraineté de son allié syrien.

Tom Barrack cherche donc à mettre en place un canal permettant aux trois gouvernements de se parler avant qu’une opération militaire ne provoque une réaction en chaîne. Un mécanisme de « désescalade » entre Israël, la Turquie et la Syrie est déjà en préparation.

Les États-Unis d’Amérique cherchent parallèlement depuis plus d’un an à obtenir un accord de sécurité entre Israël et le nouveau gouvernement syrien. Selon Assaad al-Chaibani, les deux parties étaient parvenues à un accord sur une grande partie du texte au début de l’année, notamment sur des zones de sécurité dans le sud de la Syrie et une zone tampon où seules les forces des Nations unies seraient présentes. Damas estime cependant qu’Israël n’a jamais réellement accepté de mettre ces dispositions en œuvre.

Pas de paix, mais une tentative pour éviter la prochaine frappe

Il serait donc excessif de parler d’un rapprochement entre la Syrie et Israël.

Les deux pays restent techniquement en état de guerre. Ils n’ont pas de relations diplomatiques et continuent de s’opposer sur le Golan. Israël maintient des forces dans des secteurs du sud de la Syrie qu’il a occupés après la chute de Bachar al-Assad et poursuit des opérations militaires qu’il présente comme nécessaires à sa sécurité. Damas considère ces opérations comme des violations de sa souveraineté.

Mais quelque chose a changé : les deux camps ont désormais intérêt à maintenir un canal direct.

La Syrie cherche du temps pour reconstruire son État et son armée. Israël veut éviter que la Turquie ne transforme son soutien à Damas en présence militaire durable près de ses frontières. La Turquie veut préserver son influence sans entrer dans une confrontation directe avec Israël. Et les États-Unis d’Amérique veulent empêcher que cette rivalité ne transforme la Syrie en nouveau foyer de guerre.

La rencontre entre Assaad al-Chaibani et Roman Gofman ne règle aucune de ces questions. Elle évite, pour l’instant, qu’elles ne soient réglées par les armes.

La véritable épreuve viendra maintenant : obtenir de chacun des engagements suffisamment précis pour qu’une prochaine frappe ne fasse pas voler en éclats le fragile canal de dialogue que les États-Unis d’Amérique tentent de maintenir.

Celine Dou

Syrie : après la chute du régime Assad, Damas condamne Bachar al-Assad à mort et ouvre le procès de son passé

Le verdict est historique autant que symbolique. Vingt mois après la chute du régime Assad, un tribunal syrien a condamné mardi 11 août Bachar al-Assad, son frère Maher et leur cousin Atef Najib à la peine capitale pour des crimes commis pendant les quatorze années de guerre. Mais l’ancien président vit en Russie : pour la nouvelle Syrie, la question de la justice commence donc par un condamné que Damas ne détient pas.

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Il aura fallu attendre la disparition du régime qui avait gouverné la Syrie pendant plus d’un demi-siècle pour voir ses principaux responsables répondre devant une juridiction syrienne.

Mardi, le Quatrième Tribunal pénal de Damas a condamné par contumace Bachar al-Assad et son frère cadet Maher al-Assad à mort. Leur cousin Atef Najib, ancien responsable de la Sécurité politique à Deraa, a reçu la même peine, après avoir comparu devant la cour. Le tribunal les a reconnus coupables notamment de meurtre prémédité, de torture et de crimes contre l’humanité.

Le verdict vise directement le fonctionnement de l’ancien pouvoir. Selon le juge Fakhareddine al-Aryan, Bachar al-Assad s’est servi des institutions de l’État pour commettre des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Ce n’est donc pas seulement un ancien chef d’État qui vient d’être condamné : c’est la responsabilité de tout un système de répression que la justice syrienne cherche désormais à établir.

Deraa, le point de départ d’une guerre qui a dévasté le pays

La condamnation d’Atef Najib donne au verdict une portée particulière. En 2011, il dirigeait la branche de la Sécurité politique à Deraa, dans le sud du pays. L’arrestation et la torture d’adolescents accusés d’avoir inscrit des graffitis hostiles au pouvoir sur les murs d’une école avaient alors déclenché une vague de manifestations.

La répression de ces protestations a rapidement transformé une contestation locale en soulèvement national, puis en une guerre qui allait ravager la Syrie pendant quatorze ans.

Environ un demi-million de personnes ont péri dans le conflit et des millions d’autres ont été déplacées. Les forces du régime ont été accusées de bombardements contre des zones civiles, de détentions arbitraires, de torture et d’autres violations graves du droit international. Des procédures judiciaires menées en Europe avaient déjà abouti à des condamnations de responsables du régime, mais jamais encore une juridiction syrienne n’avait condamné Bachar al-Assad lui-même.

Ce premier verdict national change donc la portée du dossier. La justice syrienne ne cherche plus seulement à documenter les crimes de l’ancien régime : elle entend désormais établir une responsabilité pénale au nom de l’État syrien lui-même.

Une condamnation qui se heurte à l’exil russe

Le principal obstacle est cependant évident. Bachar al-Assad n’était pas dans le tribunal.

Après la chute de son régime en décembre 2024, l’ancien président a fui vers la Russie avec sa famille. Moscou lui a accordé l’asile politique. Son frère Maher s’y trouve également.

La peine prononcée à Damas ne signifie donc pas que l’ancien président sera prochainement exécuté. Elle crée surtout une situation nouvelle : un tribunal syrien le reconnaît coupable et réclame sa condamnation, tandis que le pays qui l’accueille n’a, à ce stade, aucune raison apparente de le remettre aux nouvelles autorités syriennes.

C’est là que le dossier judiciaire rejoint la politique étrangère. Damas peut juger Assad, mais ne peut pas encore le faire comparaître physiquement. La portée réelle du verdict dépendra donc, en partie, de la capacité du nouveau pouvoir syrien à obtenir la coopération de Moscou.

Pour la nouvelle Syrie, rendre justice sans ouvrir une nouvelle fracture

Le procès intervient dans une période où les nouvelles autorités cherchent encore à reconstruire un État après quatorze années de guerre et plusieurs décennies de pouvoir autoritaire.

La justice constitue l’un des dossiers les plus sensibles de cette transition. Les victimes et leurs familles réclament des comptes, tandis que le nouveau pouvoir doit éviter que les procès ne soient perçus comme de simples règlements de comptes entre vainqueurs et vaincus.

La condamnation de Bachar al-Assad pose précisément cette question : comment juger les crimes d’un régime sans transformer la justice en instrument d’une nouvelle vengeance politique ?

Le choix d’une procédure judiciaire, avec des accusations précises et des audiences publiques, sera donc aussi important que la sévérité des peines. La Syrie ne pourra durablement tourner la page de l’ère Assad si la justice reste réservée à quelques figures emblématiques. Elle devra établir les responsabilités à différents niveaux, protéger les témoins et les victimes et traiter les crimes commis par l’ensemble des acteurs du conflit.

Le verdict du 11 août marque ainsi un début plus qu’un aboutissement. Pour la première fois, l’ancien dirigeant syrien est condamné par une justice de son propre pays. Mais tant que Bachar al-Assad restera en Russie, cette condamnation restera, dans les faits, suspendue à une question qui dépasse les murs du tribunal de Damas : la nouvelle Syrie pourra-t-elle un jour juger réellement ceux qui ont dirigé l’ancien régime ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Syrie : après 18 mois de négociations, Damas reprend le contrôle des bases de Hmeimim et Tartous, mais Moscou reste sur place

Damas récupère la main sur les deux principaux points d’appui militaires russes en Syrie sans demander à Moscou de partir. Après dix-huit mois de négociations, un accord conclu entre les deux pays redéfinit le statut de Hmeimim et Tartous. Les anciennes bases russes doivent devenir des centres conjoints de formation, tandis que les installations civiles passent sous administration syrienne.

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L’accord marque la fin d’un dispositif militaire établi sous Bachar al-Assad, mais pas celle de la présence russe en Syrie. Le pouvoir de Damas récupère le contrôle des infrastructures civiles et modifie le statut des installations militaires. Moscou conserve toutefois une place dans ces sites à travers une coopération avec les forces syriennes. Le processus doit être achevé dans un délai de trois mois. Derrière cette formule se joue une question plus large : jusqu’où la nouvelle Syrie veut-elle rompre avec les arrangements de l’ancien régime sans se priver d’un partenaire dont elle a encore besoin ?

Les bases russes changent de statut

Pendant dix-huit mois, l’avenir de Hmeimim et Tartous a été négocié entre Damas et Moscou. Le compromis annoncé le 9 août prévoit une transformation profonde du dispositif russe.

Les installations militaires des deux sites ne doivent plus fonctionner comme des bases russes autonomes. Elles seront transformées en centres conjoints de formation et de qualification. Dans le même temps, les installations civiles, notamment l’aéroport de Hmeimim et le quatrième quai commercial du port de Tartous, doivent passer sous administration syrienne et être progressivement intégrées aux infrastructures civiles du pays.

Le délai fixé pour cette réorganisation ne dépasse pas trois mois.

Cette distinction permet de comprendre ce qui change réellement. Damas ne chasse pas les Russes de ces deux sites. Il met fin à leur statut de bases exclusivement russes et impose un nouveau cadre dans lequel la présence de Moscou doit désormais être partagée et négociée avec les autorités syriennes.

Moscou reste, mais dans une autre position

La formule retenue est loin d’être anodine pour la Russie.

Depuis son intervention militaire en Syrie en 2015, Moscou utilisait Hmeimim comme principale plateforme aérienne et Tartous comme point d’appui naval en Méditerranée. Ces deux installations avaient permis au Kremlin de soutenir Bachar al-Assad dans la guerre civile et de disposer d’une capacité de projection militaire bien au-delà de ses frontières.

La chute du régime, en décembre 2024, avait bouleversé cet équilibre.

Le nouveau pouvoir syrien aurait pu exiger le départ des forces russes. Il a préféré négocier avec Moscou. Des discussions sur l’avenir des installations militaires étaient déjà engagées avant l’accord annoncé en août. En juin, la Russie avait reconnu travailler avec Damas à une possible réorganisation de ses installations.

Le résultat est aujourd’hui connu : Moscou perd le privilège d’exploiter ces sites comme des bases militaires russes distinctes, mais conserve une présence à travers le nouveau dispositif conjoint.

Ce n’est donc ni le statu quo ni un retrait russe.

Pour Damas, récupérer le contrôle sans rompre avec Moscou

Le choix des nouvelles autorités syriennes répond à une logique de souveraineté, mais aussi de prudence.

Hmeimim et Tartous sont des infrastructures stratégiques. Leur contrôle touche directement à la capacité de Damas à exercer son autorité sur la façade méditerranéenne. La récupération des installations civiles constitue à ce titre un gain concret pour le pouvoir syrien.

Mais une rupture totale avec Moscou aurait un coût.

La Russie reste un acteur militaire important, un fournisseur historique d’armes à la Syrie et le pays qui accueille Bachar al-Assad depuis sa chute. Damas réclame l’extradition de l’ancien président, mais cela ne l’empêche pas de négocier avec le Kremlin sur les questions militaires et économiques.

Cette coexistence de deux dossiers montre la méthode du nouveau pouvoir : réduire l’emprise russe héritée de l’époque Assad sans transformer la Russie en adversaire.

Un recul stratégique pour Moscou

Pour le Kremlin, le changement est néanmoins réel.

Les accords conclus sous Bachar al-Assad avaient donné à la Russie une implantation militaire durable sur la côte syrienne. Tartous constituait son principal point d’appui naval en Méditerranée et Hmeimim sa plateforme aérienne. Les deux sites formaient le cœur de sa présence militaire au Moyen-Orient.

Le nouveau dispositif réduit cette autonomie.

Une base militaire russe permet à Moscou de décider directement de l’utilisation de ses infrastructures. Un centre conjoint de formation suppose, par définition, une autre relation avec l’État hôte. Les conditions d’accès, les activités et les responsabilités doivent être définies avec les autorités syriennes.

La Russie conserve donc une capacité d’influence, mais elle ne dispose plus du même rapport de force.

C’est une conséquence directe de la chute d’Assad : Moscou n’a pas été expulsé de Syrie, mais il a perdu la position privilégiée que lui garantissait l’ancien régime.

Pourquoi Damas laisse-t-il Moscou sur place ?

La réponse tient aussi au contexte régional.

La Syrie sort de plus d’une décennie de guerre. Son territoire reste soumis à plusieurs influences étrangères et son nouvel appareil d’État doit encore consolider son autorité. Dans ces conditions, expulser brutalement la Russie aurait pu ouvrir un nouveau front diplomatique sans apporter de bénéfice immédiat à Damas.

Le compromis permet au gouvernement syrien de récupérer les installations civiles, de modifier le statut militaire des deux sites et de conserver une relation avec Moscou.

Pour la Russie, l’intérêt est évident : elle évite de perdre totalement son implantation méditerranéenne.

Pour la Syrie, l’intérêt est différent : elle montre qu’elle peut désormais négocier les conditions de la présence étrangère sur son territoire.

La question qui reste ouverte

Le terme de « centres conjoints de formation » ne suffit toutefois pas à mesurer la future empreinte militaire russe.

Tout dépendra de la mise en œuvre de l’accord dans les trois prochains mois. Quels personnels russes resteront à Hmeimim et Tartous ? Quels moyens militaires pourront encore y être déployés ? Qui contrôlera concrètement les installations ? Quelle liberté d’action sera laissée aux forces russes ?

Les réponses à ces questions permettront de savoir si la transformation annoncée constitue une véritable réduction de la présence militaire russe ou une simple modification de son cadre juridique et opérationnel.

Pour l’instant, le constat est plus nuancé qu’un départ de Moscou : Damas reprend le contrôle des deux principaux sites russes, mais accepte que la Russie y conserve une présence sous une forme nouvelle.

Après la chute de Bachar al-Assad, la Syrie ne tourne donc pas complètement le dos à son ancien allié. Elle cherche plutôt à passer d’une relation de dépendance à une relation négociée.

C’est toute la portée de l’accord de Hmeimim et Tartous : la Russie reste en Syrie, mais elle n’y est plus dans les mêmes conditions.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Liban – Israël : les discussions de Rome sur le désarmement du Hezbollah se poursuivent sans le Hezbollah

À Rome, les délégations libanaise et israélienne tentent de donner une traduction concrète à un accord-cadre négocié sous médiation états-unienne. Au centre des échanges : le retrait progressif des forces israéliennes du sud du Liban, le déploiement de l’armée libanaise et le désarmement du Hezbollah. Mais le mouvement chiite, directement concerné par ce dernier point, refuse de reconnaître ce processus.

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La scène résume à elle seule la difficulté des discussions engagées à Rome : les acteurs chargés de négocier l’avenir sécuritaire du sud du Liban avancent sans la participation du mouvement dont les armes se trouvent au cœur du dossier. Entre exigences israéliennes, volonté de contrôle du territoire par Beyrouth et refus catégorique du Hezbollah, l’accord-cadre conclu fin juin cherche encore sa traduction sur le terrain.

À l’ambassade des États-Unis d’Amerique à Rome, les discussions se poursuivent autour d’une question qui concentre toutes les tensions : qui contrôlera les armes dans le sud du Liban ?

Depuis plusieurs mois, Israël et le Liban tentent de transformer une succession d’engagements politiques en mécanisme concret de sécurité. L’accord-cadre conclu fin juin prévoit notamment le retrait progressif des forces israéliennes de certaines zones du sud du pays, le déploiement de l’armée libanaise et le transfert des capacités armées sous l’autorité de l’État libanais.

Mais un acteur manque à la table des négociations : le Hezbollah.

Le mouvement, qui dispose de sa propre structure militaire, rejette l’accord et refuse toute discussion portant sur son désarmement. Son chef, Naim Qassem, a réaffirmé son opposition au processus engagé avec Israël et les États-Unis d’Amerique, estimant que le mouvement n’avait pas à renoncer à ses armes dans ces conditions.

Cette position place le gouvernement libanais face à une équation difficile. Beyrouth participe aux discussions et affirme vouloir renforcer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire, notamment dans le sud du pays. Le Premier ministre Nawaf Salam a accusé ceux qui ont entraîné le Liban dans des affrontements passés d’avoir donné des arguments à Israël pour agir contre le pays.

Pour Israël, la question est avant tout sécuritaire. Les autorités israéliennes considèrent que la présence d’un groupe armé indépendant à proximité de leur frontière représente une menace persistante. La délégation israélienne présente à Rome comprend d’ailleurs des responsables militaires chargés de suivre les aspects liés à la sécurité et au retrait progressif.

Washington tente, de son côté, de maintenir le dialogue entre deux positions difficilement conciliables. Les États-Unis d’Amerique présentent ces discussions comme un moyen de garantir la sécurité d’Israël tout en permettant à l’État libanais de reprendre pleinement le contrôle du sud du pays.

Sur le terrain, les désaccords restent visibles. Alors que Beyrouth attend un retrait israélien progressif, Israël affirme vouloir des garanties concrètes avant d’aller plus loin. Des tensions persistent également autour des opérations militaires menées dans certaines zones du sud libanais, malgré le processus diplomatique engagé.

Le problème central reste donc inchangé : le désarmement du Hezbollah est inscrit au cœur des discussions, mais le mouvement refuse d’en faire un sujet de négociation.

Les réunions de Rome ne constituent pas encore un accord final. Elles montrent surtout la difficulté de trouver un compromis entre trois exigences qui ne coïncident pas totalement : la volonté israélienne d’obtenir des garanties de sécurité, celle du gouvernement libanais de restaurer son autorité sur son territoire, et le refus du Hezbollah d’abandonner son arsenal.

Tant que ces positions resteront éloignées, l’avenir du sud du Liban continuera de se jouer autant dans les salles de négociations que sur le terrain.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Iran-Oman : dans le détroit d’Ormuz, Téhéran tente de transformer son verrou maritime en levier diplomatique

Pendant plusieurs semaines, une étroite bande d’eau entre l’Iran et Oman est devenue le point de tension où se croisent les intérêts des grandes puissances. Alors que Washington réclame une réouverture complète du détroit d’Ormuz, Téhéran affirme être sur le point de conclure avec Mascate un compromis qui lui permettrait de préserver son influence sur cette artère vitale du commerce énergétique mondial.

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Le détroit d’Ormuz n’est plus seulement une route maritime. Il est devenu une pièce maîtresse du bras de fer entre l’Iran et les États-Unis d’Amérique. En annonçant des discussions avancées avec Oman sur un nouveau mécanisme de circulation, Téhéran cherche à desserrer la pression internationale sans donner l’image d’un recul stratégique. Derrière ce possible accord technique se joue une question beaucoup plus large : qui aura le pouvoir de fixer les règles dans l’un des passages les plus surveillés de la planète ?

Dimanche, le ministère iranien des Affaires étrangères a annoncé que les discussions avec Oman étaient entrées dans leur phase finale. Selon Esmaïl Baghaï, porte-parole de la diplomatie iranienne, les deux pays seraient proches d’un arrangement autour d’une « route acceptable pour les deux parties », qui ne correspondrait ni à l’itinéraire revendiqué par l’Iran, ni à celui défendu par Oman.

Téhéran présente cet accord comme une solution permettant de respecter les intérêts souverains des deux pays riverains du détroit. Une formulation soigneusement choisie : l’Iran ne parle pas d’un abandon de contrôle, mais d’un mécanisme négocié entre voisins.

Cette nuance est essentielle. Depuis le début de la crise, le détroit d’Ormuz est devenu pour la République islamique un instrument de pression. En limitant la circulation maritime, même temporairement, Téhéran rappelle au monde une réalité géographique : une grande partie des exportations énergétiques du Golfe passe par cette voie étroite reliant le golfe Persique à l’océan Indien.

Avant la crise, environ un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures transitait par cette zone. Chaque menace sur Ormuz provoque donc une réaction immédiate des marchés, car une perturbation durable pourrait toucher les prix de l’énergie bien au-delà du Moyen-Orient.

Mais l’Iran refuse de présenter les discussions avec Oman comme une concession faite sous pression états-unienne. Les responsables iraniens insistent sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une négociation directe avec Washington et que la question d’Ormuz relève avant tout d’un arrangement régional.

Une position qui contraste avec le discours de Donald Trump. Le président des États-Unis d’Amérique affirme que la réouverture du détroit constitue l’une des conditions majeures d’un retour à l’apaisement et présente les avancées diplomatiques comme le résultat de la pression exercée sur Téhéran.

Deux lectures s’opposent donc. Pour Washington, Ormuz doit redevenir une voie ouverte au commerce international. Pour Téhéran, il demeure une zone stratégique où ses intérêts sécuritaires et sa souveraineté doivent être reconnus.

Le choix d’Oman comme interlocuteur n’est pas un hasard. Depuis des décennies, Mascate cultive une diplomatie différente de celle de ses voisins du Golfe : moins spectaculaire, plus discrète, mais souvent efficace. Le sultanat a déjà joué les intermédiaires dans plusieurs dossiers sensibles impliquant l’Iran et les puissances occidentales.

Cette fois encore, Oman se retrouve au centre d’un équilibre délicat. Il doit préserver ses relations avec Téhéran tout en rassurant les partenaires internationaux qui dépendent de la sécurité maritime dans le Golfe.

Pour l’Iran, l’enjeu dépasse largement la circulation des navires. Dans un contexte de sanctions et de confrontation avec Washington, le contrôle d’Ormuz représente l’un de ses rares moyens de rappeler sa capacité de nuisance économique. Renoncer totalement à ce levier reviendrait à perdre une carte stratégique majeure.

Mais maintenir durablement la pression comporte aussi un coût. Une fermeture prolongée du détroit pénaliserait d’abord les économies régionales, y compris celles des alliés de Téhéran, et risquerait d’accroître l’isolement iranien.

Le compromis recherché avec Oman ressemble donc à une équation difficile : permettre au commerce de reprendre sans donner le sentiment que l’Iran a cédé face aux pressions états-uniennes.

L’accord en préparation pourrait offrir une sortie temporaire à la crise d’Ormuz. Mais il ne règle pas la question centrale qui structure les tensions depuis des années : la place que l’Iran veut occuper dans l’ordre régional et la limite que les États-Unis d’Amérique sont prêts à accepter.

Car derrière les navires, les routes maritimes et les discussions diplomatiques, Ormuz reste avant tout une bataille pour l’influence.

Le détroit d’Ormuz est devenu bien plus qu’un passage énergétique. Il est aujourd’hui le théâtre d’un affrontement entre puissance militaire, souveraineté nationale et interdépendance économique mondiale.

L’éventuel compromis entre l’Iran et Oman pourrait calmer la crise immédiate. Mais il ne fait que déplacer une question essentielle : dans le nouveau rapport de force au Moyen-Orient, qui contrôle les points de passage contrôle aussi une partie du pouvoir.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

États-Unis d’Amérique : derrière l’« excellente » rencontre entre Trump et Netanyahu, l’alliance israélo-états-unienne change de rapport de force

Benjamin Netanyahu est arrivé à Washington avec une certitude : Donald Trump reste l’allié dont Israël a besoin pour poursuivre la confrontation avec l’Iran. Il est reparti de la Maison Blanche en assurant que leur rencontre avait été « excellente ». Pourtant, derrière les déclarations chaleureuses, une autre réalité apparaît. Après cinq mois de guerre, Donald Trump veut reprendre la main sur le calendrier diplomatique et sur la manière de sortir du conflit. Le Premier ministre israélien conserve l’accès au président états-unien. Il n’est simplement plus certain de pouvoir lui dicter la suite.

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Pendant des années, Benjamin Netanyahu a fait de sa proximité avec Donald Trump un atout politique et stratégique. Le 28 juillet, les deux hommes se sont retrouvés à la Maison Blanche pour leur premier entretien en face à face depuis le déclenchement de la guerre contre l’Iran. Officiellement, tout va bien : la Maison Blanche parle d’une rencontre « positive et productive », tandis que Netanyahu la présente comme l’une des meilleures qu’ils aient eues. Mais les sujets qui fâchent sont désormais nombreux : la poursuite des opérations contre l’Iran, les négociations avec Téhéran, Gaza, le Liban, la Syrie et même la volonté de Washington de vendre des F-35 à la Turquie. La presse israélienne elle-même reconnaît que les sourires du Bureau ovale cachent des choix difficiles.

Une rencontre officiellement réussie, mais peu de réponses

Pendant près d’une heure et demie, Donald Trump et Benjamin Netanyahu ont discuté à huis clos. À leur sortie, chacun avait intérêt à présenter l’entretien sous son meilleur jour.

Le Premier ministre israélien n’a pas tardé à parler d’une rencontre « excellente ». Son entourage a évoqué un échange « très bon et très positif », avec l’Iran au premier rang des préoccupations. Les deux dirigeants ont réaffirmé leur volonté d’empêcher Téhéran d’acquérir l’arme nucléaire.

Mais le problème est justement là : les deux hommes peuvent partager le même objectif sans être d’accord sur la manière d’y parvenir.

Aucune annonce spectaculaire n’est sortie de leur entretien. Les détails des discussions sont restés largement confidentiels. Même en Israël, les responsables qui ont commenté la rencontre se sont surtout employés à expliquer ce qui n’avait pas été demandé à Netanyahu : pas de pression publique pour un retrait israélien de Gaza, du Liban ou de Syrie, selon les informations communiquées par son entourage.

Cette discrétion contraste avec l’importance des questions posées sur la table.

Trump ne veut plus seulement gagner la guerre, il veut savoir comment en sortir

La guerre contre l’Iran devait être courte. Elle dure depuis plusieurs mois et coûte désormais cher à Washington.

Donald Trump a commencé à manifester publiquement son impatience. Avant même de recevoir Netanyahu, il avait exprimé son irritation face à certaines informations israéliennes et minimisé l’importance d’un site nucléaire iranien présenté par Israël comme une menace. Le président états-unien a également insisté sur le fait que Washington disposait de ses propres renseignements.

Le changement est important.

Lorsque les États-Unis d’Amérique et Israël ont engagé ensemble la guerre contre l’Iran, leurs discours se rejoignaient largement. Il fallait empêcher Téhéran de disposer de l’arme nucléaire et réduire ses capacités militaires.

Mais une guerre n’est pas seulement une affaire d’objectifs militaires. Il faut décider quand frapper, quand attendre, quelles négociations accepter et jusqu’où aller.

Sur ces questions, Washington et Jérusalem ne regardent plus nécessairement dans la même direction.

Trump cherche désormais à donner une chance à la diplomatie. Des discussions impliquant notamment Oman et l’Iran tentent de trouver une issue au conflit. Téhéran reste cependant très éloigné des exigences états-uniennes, tandis que la question du détroit d’Ormuz complique encore les négociations.

Pour Netanyahu, le danger est différent : une négociation qui interromprait trop tôt la pression militaire pourrait laisser à l’Iran la possibilité de reconstruire ce qu’Israël cherche précisément à détruire.

C’est là que se situe le désaccord le plus sérieux.

Netanyahu peut-il encore entraîner Trump ?

La question est nouvelle parce que la relation entre les deux dirigeants a longtemps fonctionné dans l’autre sens.

Netanyahu a construit une partie de son image politique sur sa capacité à obtenir l’appui de Washington. Avec Trump à la Maison Blanche, cet avantage semblait presque garanti.

Aujourd’hui, Trump reste favorable à Israël, mais il entend décider lui-même de la politique états-unienne.

Le Wall Street Journal décrit une réception plus froide du Premier ministre israélien, dans une Maison Blanche préoccupée par l’enlisement du conflit. Le quotidien rapporte notamment que Trump a demandé des avancées vers des arrangements concernant le Liban et Gaza.

La nuance est essentielle : il ne s’agit pas d’un abandon d’Israël.

Trump ne remet pas en cause l’alliance stratégique. Il continue de considérer l’Iran comme une menace majeure et maintient l’objectif d’empêcher la République islamique d’acquérir l’arme nucléaire.

Mais il ne semble plus accepter que les priorités de Netanyahu déterminent à elles seules le calendrier de Washington.

Le rapport de force a donc changé sans que l’alliance disparaisse.

Gaza et le Liban compliquent encore le tête-à-tête

L’Iran n’est d’ailleurs pas le seul dossier sur lequel les intérêts des deux gouvernements peuvent diverger.

À Gaza, Donald Trump veut avancer vers une stabilisation du territoire et une solution politique. Israël veut conserver des garanties de sécurité et refuse que la reconstruction se fasse sans règlement de la question du Hamas.

Au Liban, Washington pousse également à des arrangements permettant de réduire les tensions. Israël considère pour sa part que le Hezbollah ne peut retrouver les moyens militaires qui lui permettraient de menacer son territoire.

À cela s’ajoutent la Syrie et l’avenir des accords d’Abraham.

Pour Trump, l’élargissement de ces accords demeure un objectif diplomatique majeur. Il veut également consolider une architecture régionale dans laquelle les États arabes auraient davantage de raisons de coopérer avec Israël.

Cela suppose toutefois des compromis que le gouvernement Netanyahu n’est pas toujours prêt à accepter.

L’alliance reste donc solide sur les grandes questions de sécurité, mais les intérêts ne se confondent plus à chaque étape.

La Turquie ajoute une autre ligne de fracture

Le dossier turc est moins visible, mais il dit beaucoup de la nouvelle relation entre Washington et Jérusalem.

Donald Trump envisage la possibilité de permettre à la Turquie d’acquérir des avions de combat F-35. Israël y voit un problème stratégique majeur : sa supériorité militaire dans la région repose notamment sur sa capacité à conserver certains avantages technologiques.

Là encore, Netanyahu doit convaincre Trump, et non simplement compter sur son soutien.

C’est une différence de taille.

Pendant longtemps, le Premier ministre israélien pouvait considérer la Maison Blanche comme un partenaire prêt à reprendre une partie des positions de Jérusalem. Désormais, il doit négocier avec un président qui poursuit ses propres objectifs régionaux.

À Jérusalem aussi, la rencontre est regardée autrement

Le titre de « douche froide » apparu dans la presse israélienne ne signifie pas que Trump et Netanyahu ont rompu.

Il traduit plutôt une inquiétude : la capacité de Netanyahu à obtenir de Washington exactement ce qu’il souhaite n’est plus aussi évidente.

Israel Hayom résume bien le paradoxe dans son analyse du 28 juillet : les deux dirigeants ont coordonné leur position sur l’Iran, mais les décisions les plus importantes n’ont pas été rendues publiques. La vraie question est désormais de savoir comment cette coordination se traduira sur le terrain.

C’est probablement la partie la plus importante de l’histoire.

Une rencontre peut être excellente et laisser derrière elle de profondes divergences.

Il suffit parfois que deux alliés veuillent atteindre le même objectif avec des calendriers différents pour que leur relation change de nature.

Netanyahu joue aussi une partie politique en Israël

Le contexte intérieur israélien n’est pas secondaire.

Les élections législatives sont prévues le 27 octobre 2026. Netanyahu doit défendre son bilan sécuritaire et convaincre une opinion publique profondément marquée par la guerre.

Sa relation avec Trump compte donc aussi sur le plan électoral.

Pendant des années, la proximité avec Washington a constitué pour le Premier ministre un argument politique puissant. Elle lui permettait de se présenter comme l’homme capable de défendre les intérêts d’Israël auprès du président des États-Unis d’Amérique.

Cette image pourrait perdre de sa force si Trump commence à imposer ses propres choix sur l’Iran, le Liban ou Gaza.

Pour Netanyahu, il ne suffit plus de pouvoir entrer dans le Bureau ovale.

Il faut encore en sortir avec quelque chose.

Washington aussi commence à payer le prix de la guerre

Donald Trump n’a pas uniquement à gérer Netanyahu. Il doit répondre à une autre question : combien de temps les États-Unis d’Amérique peuvent-ils encore consacrer à une guerre dont l’issue reste incertaine ?

Le conflit pèse sur les prix de l’énergie et nourrit les critiques aux États-Unis d’Amérique. À l’approche des élections de mi-mandat, le président doit composer avec une opinion publique qui ne regarde pas nécessairement la guerre contre l’Iran avec les mêmes priorités que le gouvernement israélien. Le Monde souligne justement l’irritation croissante de Trump face à la durée du conflit et à ses conséquences économiques.

Un autre changement mérite d’être suivi : le soutien à Israël, longtemps largement partagé par les deux grands partis états-uniens, se fissure désormais davantage au sein du Parti démocrate. Reuters relève une opposition croissante chez les élus démocrates, notamment sur la guerre à Gaza et sur le soutien militaire à Israël.

Trump peut donc rester un soutien déterminé d’Israël tout en ayant intérêt à empêcher que la guerre ne devienne un fardeau politique durable pour Washington.

Une alliance qui ne disparaît pas, mais qui devient plus exigeante

Il serait donc faux de parler de rupture.

Trump et Netanyahu ont encore trop d’intérêts communs pour cela. L’Iran demeure leur principal adversaire stratégique. Israël a besoin du soutien militaire et diplomatique des États-Unis d’Amérique. Washington, de son côté, continue de considérer Israël comme un partenaire essentiel au Moyen-Orient.

Mais l’époque où l’on pouvait résumer leur relation à une parfaite convergence est peut-être révolue.

Trump veut négocier quand il estime que la négociation peut servir ses intérêts. Netanyahu veut continuer à exercer une pression maximale sur l’Iran tant qu’il considère la menace nucléaire insuffisamment neutralisée.

Trump regarde aussi Gaza, le Liban, la Turquie, l’Arabie saoudite et les accords d’Abraham comme les pièces d’un même échiquier régional.

Netanyahu, lui, doit d’abord répondre à une question plus immédiate : comment garantir la sécurité d’Israël sans laisser à ses adversaires le temps de se reconstruire ?

Les deux hommes restent alliés.

Ils ne jouent simplement plus exactement la même partie.

La suite de la guerre contre l’Iran permettra de mesurer l’ampleur réelle de cette évolution.

Si Trump poursuit les négociations avec Téhéran malgré les réserves israéliennes, Netanyahu devra s’adapter à une décision prise à Washington plutôt qu’à Jérusalem.

Si, au contraire, la diplomatie échoue et que les opérations militaires reprennent avec le soutien des États-Unis d’Amérique, le Premier ministre israélien retrouvera une marge de manœuvre plus importante.

Dans les deux cas, la rencontre du 28 juillet aura marqué un moment important : pour la première fois depuis le début de cette guerre, la question n’est plus seulement de savoir jusqu’où Israël veut aller, mais jusqu’où Trump est encore prêt à l’accompagner.

Benjamin Netanyahu voulait préserver une relation indispensable. Donald Trump voulait, lui, préserver sa liberté de décision.

Les deux hommes ont réussi à éviter l’affrontement public. Ils ont parlé d’une rencontre excellente. La Maison Blanche l’a qualifiée de productive. Mais derrière ces mots, une question demeure.

Qui conduira désormais la politique des États-Unis d’Amérique au Moyen-Orient : un président qui veut mettre fin à une guerre qui s’éternise ou un Premier ministre qui estime que le danger n’est pas encore écarté ?

La réponse ne se trouve pas dans la poignée de main du Bureau ovale.

Elle se jouera dans les prochains choix de Washington sur l’Iran, Gaza et le Liban.

Et c’est là que l’on saura si la « douche froide » évoquée par la presse israélienne n’était qu’une impression passagère ou le premier signe d’une relation devenue plus difficile à piloter pour Benjamin Netanyahu.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Moyen-Orient : les Houthis frappent des installations pétrolières saoudiennes, annoncent un blocus naval et poussent Washington à durcir le ton contre l’Iran

Les missiles et les drones houthis ne visent plus seulement les lignes de front du Yémen. En frappant des infrastructures pétrolières saoudiennes et en menaçant le trafic maritime en mer Rouge, le mouvement soutenu par l’Iran place désormais les routes énergétiques mondiales au cœur du bras de fer régional. À Washington, la réponse se durcit : Donald Trump affirme que Téhéran sera tenu responsable des actions de ses alliés et envisage des frappes plus larges contre l’Iran.

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Les dernières heures ont concentré plusieurs signaux inquiétants : attaques revendiquées par les Houthis contre des installations de Saudi Aramco, annonce d’un blocus naval visant les ports saoudiens, informations faisant état d’un appui iranien renforcé au mouvement yéménite et menaces de représailles militaires des États-Unis d’Amérique. Derrière l’affrontement entre les Houthis et Riyad apparaît une confrontation plus vaste autour de l’influence iranienne au Moyen-Orient et du contrôle des principales voies maritimes de la région.

Les Houthis déplacent le conflit vers le cœur économique saoudien

Les Houthis ont franchi un nouveau seuil en revendiquant des frappes contre deux installations stratégiques de l’Arabie saoudite : Yanbu et Jizan.

Ces deux sites ne sont pas des objectifs militaires ordinaires. Yanbu, situé sur la côte de la mer Rouge, constitue l’un des principaux points d’exportation du pétrole saoudien. Le terminal permet au royaume de transporter une partie de ses hydrocarbures sans dépendre exclusivement du golfe Persique. Jizan, proche de la frontière yéménite, accueille également d’importantes infrastructures énergétiques.

En visant ces installations, les Houthis cherchent à toucher un secteur vital de l’économie saoudienne. Leur stratégie vise aussi à envoyer un message aux acteurs internationaux : la guerre ne se limite plus au territoire yéménite, elle concerne désormais les axes commerciaux et énergétiques qui relient le Moyen-Orient au reste du monde.

Quelques jours après ces attaques, le mouvement a annoncé un « blocus naval » contre l’Arabie saoudite, appelant les compagnies maritimes à éviter les ports du royaume sur la mer Rouge.

Les Houthis ne disposent pas d’une marine capable de fermer physiquement ces espaces maritimes. Leur objectif est différent : rendre la navigation suffisamment risquée pour provoquer une hausse des coûts d’assurance, ralentir le trafic et contraindre les opérateurs économiques à revoir leurs itinéraires.

Une pression sur deux passages stratégiques : Bab el-Mandeb et Ormuz

Cette nouvelle offensive intervient dans une région où deux passages maritimes concentrent une partie des inquiétudes internationales.

Au sud de la mer Rouge, le détroit de Bab el-Mandeb relie l’océan Indien au canal de Suez. Des milliers de navires commerciaux y transitent chaque année.

Plus à l’est, le détroit d’Ormuz reste l’une des principales voies de sortie du pétrole produit dans le Golfe. Toute menace pesant sur cette zone provoque immédiatement des inquiétudes sur les marchés énergétiques.

La multiplication des tensions dans ces deux espaces crée une situation particulièrement sensible pour les pays importateurs d’énergie et pour les grandes compagnies maritimes.

Les Houthis savent que leur capacité de nuisance dépasse largement leurs moyens militaires. Leur force repose sur la vulnérabilité des routes commerciales modernes : quelques missiles ou drones peuvent suffire à modifier les calculs des armateurs et des investisseurs.

L’Iran accusé d’avoir renforcé son soutien militaire aux Houthis

Au même moment, des informations publiées par Reuters évoquent l’envoi présumé au Yémen de membres du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien, ainsi que d’équipements liés aux missiles et aux drones.

Selon les sources citées, des spécialistes iraniens auraient rejoint les zones contrôlées par les Houthis pour apporter un soutien technique au mouvement.

Téhéran rejette ces accusations. Les autorités iraniennes affirment soutenir politiquement les Houthis mais nient toute implication militaire directe.

Depuis plusieurs années, les États-Unis d’Amérique et leurs alliés accusent pourtant l’Iran d’avoir contribué au développement des capacités militaires du mouvement yéménite. Les drones et missiles utilisés par les Houthis ces dernières années témoignent d’une évolution importante de leur arsenal.

La nouveauté actuelle réside moins dans l’existence supposée d’un soutien iranien que dans son ampleur présumée et dans le moment choisi : celui d’une confrontation croissante avec l’Arabie saoudite et Washington.

Donald Trump place directement Téhéran sous pression

La réaction étatsunienne ne s’est pas limitée à des avertissements contre les Houthis.

Donald Trump a affirmé que l’Iran serait tenu responsable des attaques menées par le mouvement yéménite et a menacé les Houthis d’une « punition militaire majeure » s’ils poursuivaient leurs opérations contre les navires ou les intérêts des alliés des États-Unis d’Amérique.

Le président états-unien envisage également des bombardements plus larges contre l’Iran. Aucun ordre définitif n’a encore été annoncé, mais cette possibilité traduit une volonté de ne plus seulement répondre aux actions des groupes alliés de Téhéran.

Washington considère désormais que les attaques des Houthis s’inscrivent dans une stratégie régionale iranienne visant à maintenir une pression sur ses adversaires.

Cette lecture est contestée par Téhéran, qui accuse les États-Unis d’Amérique de chercher un prétexte pour intervenir davantage au Moyen-Orient.

Le Hezbollah au Liban, autre pièce du bras de fer avec l’Iran

La pression étatsunienne sur les Houthis intervient alors que Washington pousse également le Liban à avancer sur la question du désarmement du Hezbollah.

Lors de sa rencontre avec Donald Trump, le président libanais Joseph Aoun a discuté du renforcement de l’armée libanaise et de la nécessité pour l’État de reprendre le contrôle exclusif des armes sur son territoire.

Le Hezbollah refuse de déposer son arsenal tant qu’il estime que les conditions de sécurité ne sont pas réunies, notamment en raison de la présence militaire israélienne dans certaines zones contestées.

Pour Washington, le mouvement chiite libanais reste toutefois l’un des principaux relais de l’influence iranienne dans la région.

Le dossier libanais et celui des Houthis répondent ainsi à une même préoccupation étatsunienne : réduire la capacité de Téhéran à agir indirectement contre ses adversaires par l’intermédiaire de groupes alliés.

Une confrontation qui pourrait dépasser les acteurs intermédiaires

Depuis plusieurs années, l’Iran et les États-Unis d’Amérique évitent une confrontation militaire directe. Leur rivalité passe principalement par des acteurs régionaux : Hezbollah au Liban, Houthis au Yémen ou groupes armés proches de Téhéran en Irak et en Syrie.

Mais la situation actuelle réduit progressivement la distance entre les deux puissances.

En déclarant que l’Iran devra répondre des opérations des Houthis, Washington établit une nouvelle règle de confrontation. Une attaque menée par un allié de Téhéran pourrait désormais entraîner une réponse contre des intérêts iraniens.

Le risque est celui d’un engrenage : une frappe contre un navire, une attaque contre une infrastructure énergétique ou une opération militaire au Yémen pourrait provoquer une réaction dépassant largement le cadre initial.

Les Houthis au centre d’un nouveau rapport de force régional

Le mouvement houthi occupe aujourd’hui une place particulière dans la stratégie iranienne et dans la réponse étatsunienne.

Contrairement au Hezbollah, qui est profondément intégré au paysage politique libanais, les Houthis tirent une partie de leur influence de leur capacité militaire et de leur position géographique. Depuis le Yémen, ils peuvent menacer l’un des corridors maritimes les plus importants au monde.

C’est cette réalité qui explique l’attention croissante de Washington.

La question n’est plus seulement de savoir comment mettre fin à la guerre au Yémen. Elle concerne désormais l’équilibre régional entre l’Iran, les monarchies du Golfe et les États-Unis d’Amérique.

L’Arabie saoudite, qui avait engagé ces dernières années une politique de rapprochement et de désescalade avec Téhéran, se retrouve à nouveau confrontée à une menace venue de son voisin yéménite.

De son côté, l’Iran doit mesurer le risque d’une confrontation directe avec Washington alors que son soutien aux groupes alliés devient le principal sujet d’accusation américain.

Les frappes revendiquées par les Houthis contre l’Arabie saoudite, leur menace sur les routes maritimes et les accusations visant l’Iran ont transformé une crise régionale en un dossier international majeur.

Le Yémen reste le théâtre immédiat des affrontements, mais les enjeux dépassent désormais ses frontières. La sécurité énergétique mondiale, la liberté de navigation en mer Rouge et dans le Golfe, ainsi que l’équilibre entre Washington et Téhéran sont directement concernés.

Dans cette nouvelle phase de tensions, chaque attaque risque désormais de produire des conséquences bien au-delà de son lieu d’origine.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Liban-Israël : à Rome, des pourparlers sous haute tension pour tenter d’amorcer un retrait israélien du Sud-Liban

À l’ombre du Vatican, Libanais et Israéliens se sont retrouvés mardi à Rome pour une nouvelle séquence de discussions. Objectif affiché : préciser les modalités d’un accord-cadre négocié sous égide Étatsunienne de visant à mettre fin aux hostilités et à organiser le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban. Dans les faits, la méfiance domine et les attentes restent mesurées.

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Le choix de la capitale italienne n’est pas anodin. Il permet aux deux délégations de rester en contact étroit avec leurs capitales tout en s’extrayant de la pression frontalière. Les échanges, prévus sur deux jours à l’ambassade des États-Unis d’Amérique, portent sur la mise en œuvre concrète d’un texte arrêté le 26 juin à Washington.

Ce texte prévoit trois axes : la cessation des combats, le désarmement des groupes armés, lecture implicite : le Hezbollah, le déploiement de l’armée libanaise dans le Sud et un retrait progressif de l’armée israélienne.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a posé le cadre dès mardi à Tel-Aviv : la mise en œuvre de l’accord est « la seule voie possible ». Israël, a-t-il assuré, fera « preuve de bonne volonté » et est prêt à tester deux « zones pilotes » où le désarmement du Hezbollah, le redéploiement de l’armée libanaise et le retrait israélien seraient expérimentés en parallèle.

Côté libanais, le ton est plus ferme. Le président Joseph Aoun a demandé à sa délégation d’exiger « un début immédiat » du retrait israélien de ces deux zones avant d’entrer dans le détail des autres dispositions.

Sur le terrain, rien n’a bougé. L’armée israélienne maintient une « zone tampon » d’environ 10 km à l’intérieur du territoire libanais, sur toute la longueur de la frontière. Accès interdit aux civils comme aux militaires libanais. Villages vidés, destructions contrôlées, démantèlement de tunnels : Tsahal justifie cette emprise par la nécessité de protéger le nord d’Israël d’éventuelles incursions du Hezbollah.

Le Hezbollah, de son côté, rejette l’accord et toute perspective de désarmement. Soutenu par Téhéran, il conditionne la fin des hostilités à une pression iranienne directe sur Washington. Or l’Iran lui-même, après avoir exigé la fin du conflit libanais dans le cadre de l’accord intérimaire conclu le mois dernier avec les États-Unis d’Amérique, voit ce compromis fragilisé par la reprise des tensions dans le Golfe.

La diplomatie Étatsunienne de tente donc d’avancer sur deux fronts à la fois. Selon un responsable étatsunien, la première zone pilote pourrait voir le jour « dans quelques jours ». Le CENTCOM coordonne avec Beyrouth et Jérusalem. Une délégation militaire Étatsunienne s’est d’ailleurs rendue au Liban ce week-end pour arrêter les détails techniques avec l’armée libanaise.

Depuis la reprise des affrontements le 2 mars, dans le sillage d’un conflit régional élargi, le coût humain s’alourdit. Plus de 4 000 Libanais tués et plus d’un million de déplacés, selon le ministère libanais de la Santé. Le décompte ne distingue pas civils et combattants ; le Hezbollah ne communique pas sur ses pertes. Du côté israélien, au moins 32 soldats et 4 civils ont été tués, la plupart dans le Sud-Liban.

Ces chiffres rappellent que la discussion de Rome ne porte pas seulement sur des cartes et des calendriers. Elle engage la possibilité pour des populations de revenir chez elles, et pour un État de reprendre le contrôle de son Sud.

Et maintenant ?

L’accord de Washington reste une coquille : les principes y sont, les mécanismes manquent. Les deux jours romains doivent donc servir à traduire l’intention politique en séquences vérifiables : où, quand, comment se retire Israël, comment l’armée libanaise prend la relève, comment le désarmement est constaté.

Israël lie explicitement son retrait au désarmement du Hezbollah. Le Liban exige un geste préalable pour enclencher la confiance. Entre les deux, les États-Unis d’Amérique jouent les garants techniques.

Dans un pays où les équilibres sont fragiles et la souveraineté contestée, chaque concession se paie cher. La réussite de ces « zones pilotes » dira si l’accord peut tenir. Leur échec le condamnerait avant même d’avoir commencé.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Syrie : Tourisme, agriculture, industrie… Ahmed al-Charaa détaille les secteurs où la France participera à la reconstruction

Au lendemain de la visite d’Emmanuel Macron à Damas, les annonces prennent une tournure plus concrète. Le président syrien de transition, Ahmed al-Charaa, affirme que la France contribuera à la reconstruction de plusieurs secteurs clés, donnant ainsi un contenu économique au rapprochement engagé entre les deux pays.

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Tourisme, agriculture, industrie, aviation et finance. En dévoilant les domaines appelés à bénéficier de la coopération française, Ahmed al-Charaa esquisse les contours d’un partenariat qui dépasse désormais le seul cadre diplomatique. Une évolution qui pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pour la Syrie, tout en marquant le retour de la France dans un pays dont elle s’était éloignée depuis le début de la guerre.

Les échanges entre Emmanuel Macron et Ahmed al-Charaa n’auront pas seulement permis de relancer le dialogue entre Paris et Damas. Ils ouvrent aussi la voie à une coopération économique que les autorités syriennes présentent comme l’un des piliers de la reconstruction du pays.

Dans un entretien accordé à BFMTV, Ahmed al-Charaa a indiqué que la France participerait à la reconstruction d’infrastructures dans les secteurs du tourisme, de l’agriculture et de l’industrie. Il a également évoqué des projets liés au transport aérien et au secteur financier, ainsi que des discussions autour d’une future commande d’appareils Airbus.

Ces annonces interviennent alors que la Syrie tente de relancer une économie profondément fragilisée par plus de quatorze années de conflit. Les infrastructures, les réseaux de production et de nombreux services publics restent largement dégradés, faisant de la reconstruction une priorité nationale.

Pour la France, cette coopération traduit une évolution de sa politique à l’égard de Damas. Après des années de rupture diplomatique, Paris semble privilégier une stratégie d’engagement, en misant sur la reconstruction comme levier de stabilisation et de dialogue. Cette orientation s’inscrit également dans un contexte de recomposition des équilibres au Moyen-Orient, où plusieurs puissances cherchent à renforcer leur présence en Syrie.

Les ambitions affichées par Ahmed al-Charaa devront toutefois se confronter à la réalité. Les besoins financiers demeurent considérables, les sanctions internationales continuent de peser sur l’économie syrienne et la situation sécuritaire reste fragile, comme l’ont rappelé les explosions survenues à Damas le jour de la visite d’Emmanuel Macron.

Pour autant, les déclarations du président syrien donnent un premier aperçu de la direction que souhaitent prendre Paris et Damas. Si les projets annoncés se concrétisent, ils pourraient marquer le début d’une nouvelle étape dans les relations franco-syriennes, où la reconstruction économique deviendrait le principal moteur du rapprochement entre les deux pays.

Par Céline Dou, pour la Boussole-Infos

Syrie : après quinze ans de rupture, Paris reprend pied à Damas

Les deux explosions qui ont retenti à Damas quelques heures avant la rencontre entre Emmanuel Macron et Ahmed al-Charaa auraient pu conduire à l’annulation d’une visite déjà chargée de symboles. Il n’en a rien été. En maintenant son déplacement et en annonçant une relance des relations franco-syriennes, le président français a fait le choix d’assumer une inflexion diplomatique majeure : renouer avec un pouvoir de transition dirigé par un homme dont le passé continue de susciter de profondes interrogations au sein de la communauté internationale.

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Le rapprochement engagé entre Paris et Damas dépasse le cadre d’une visite présidentielle. Il traduit une évolution de la politique française au Moyen-Orient, où les impératifs de stabilité, de sécurité et de reconstruction semblent désormais primer sur la stratégie d’isolement poursuivie durant les années Bachar al-Assad. Ce choix, qui ouvre de nouvelles perspectives diplomatiques, expose aussi la France à des critiques sur la nature du partenaire avec lequel elle accepte aujourd’hui de traiter.

Les images ont fait le tour du monde. Alors que deux engins explosifs improvisés éclataient dans le centre de Damas, à proximité de l’hôtel où séjournait la délégation française, Emmanuel Macron poursuivait son programme sans modification. Quelques heures plus tard, il apparaissait aux côtés d’Ahmed al-Charaa, président syrien de transition, pour annoncer l’ouverture d’une nouvelle page des relations entre les deux pays.

Le contraste est saisissant. D’un côté, une capitale qui demeure exposée à des attaques rappelant que la guerre n’a pas totalement quitté le territoire syrien. De l’autre, un chef d’État européen qui choisit de maintenir sa visite afin de signifier que la France entend désormais accompagner la reconstruction politique du pays plutôt que de l’observer à distance.

Cette décision marque une rupture avec la ligne suivie par Paris depuis le début de la guerre civile syrienne. Pendant plus d’une décennie, la France avait rompu tout dialogue politique avec le régime de Bachar al-Assad, faisant de son isolement diplomatique un principe constant de sa politique étrangère. La chute de ce dernier a toutefois rebattu les cartes.

À la tête de la Syrie se trouve désormais Ahmed al-Charaa, figure dont le parcours demeure l’un des plus controversés de la région. Connu sous le nom d’Abou Mohammed al-Joulani, il a dirigé le Front al-Nosra, ancienne branche syrienne d’Al-Qaïda, avant de prendre ses distances avec cette organisation et d’engager une transformation politique progressive. Depuis son accession au pouvoir, il s’efforce de convaincre les partenaires étrangers que son gouvernement est en mesure de conduire une transition, de restaurer les institutions de l’État et de garantir une forme de stabilité.

C’est précisément cette évolution que la France dit vouloir accompagner.

Emmanuel Macron n’a pas offert un soutien inconditionnel au nouveau pouvoir syrien. Il a rappelé que la poursuite du rapprochement dépendrait du respect des libertés fondamentales, de la protection des minorités, de la poursuite de la transition politique et de la lutte contre les organisations djihadistes encore actives sur le territoire. Ces réserves n’ont toutefois pas empêché Paris d’annoncer une reprise des relations diplomatiques, la nomination prochaine d’ambassadeurs, un renforcement de la coopération sécuritaire ainsi qu’un engagement accru dans les projets de reconstruction.

Pour les partisans de cette stratégie, il s’agit d’un choix dicté par le réalisme. Après quatorze années de guerre, la Syrie ne pourra être reconstruite sans partenaires internationaux. Maintenir une politique de mise à l’écart risquerait de laisser le champ libre à d’autres puissances déjà fortement implantées dans la région, tandis que la persistance de l’instabilité continuerait d’alimenter les réseaux extrémistes, les trafics et les mouvements migratoires.

Les détracteurs de cette orientation y voient au contraire un pari risqué. Ils rappellent que le passé d’Ahmed al-Charaa continue de peser sur son image internationale et estiment que la normalisation diplomatique intervient alors que les institutions syriennes demeurent fragiles et que les garanties apportées par le pouvoir de transition restent limitées. Les attentats survenus le jour même de la visite présidentielle nourrissent cette lecture : ils illustrent les difficultés persistantes des autorités à assurer une sécurité durable jusque dans la capitale.

La question dépasse cependant la seule personnalité d’Ahmed al-Charaa. Elle touche à la manière dont les États redéfinissent aujourd’hui leurs priorités diplomatiques. Face aux conflits prolongés, les capitales occidentales semblent de plus en plus privilégier un engagement pragmatique avec les autorités en place plutôt que l’attente d’une transition idéale. La Syrie devient ainsi le laboratoire d’une diplomatie fondée moins sur les intentions affichées que sur les rapports de force et les intérêts stratégiques.

C’est dans cette logique qu’il faut comprendre le « partenariat privilégié » évoqué à Damas. Derrière cette formule se dessinent des enjeux considérables : la reconstruction d’infrastructures détruites par quatorze années de guerre, le retour progressif des investisseurs étrangers, la lutte contre les cellules résiduelles de l’organisation État islamique et la recomposition des équilibres au Moyen-Orient, alors que les tensions entre l’Iran et les États-Unis d’Amérique continuent de peser sur l’ensemble de la région.

En choisissant de reprendre pied à Damas, la France prend un risque calculé. Elle mise sur l’idée qu’un dialogue exigeant avec les nouvelles autorités produira davantage d’effets qu’une politique d’isolement devenue difficile à maintenir. Reste à savoir si cette stratégie permettra réellement de consolider la transition syrienne ou si elle offrira avant tout une reconnaissance internationale à un pouvoir dont la capacité à stabiliser durablement le pays reste encore à démontrer.

Christian Estevez