La guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël semble avoir provoqué un changement dans une partie de l’opinion publique iranienne concernant la question nucléaire. Alors que les craintes d’une reprise des hostilités persistent, des voix se font de plus en plus entendre pour réclamer l’acquisition de l’arme atomique, considérée par certains comme un moyen de protéger le pays contre de nouvelles attaques.
Cette évolution du débat intérieur iranien marque un tournant dans un dossier longtemps dominé par la position officielle de Téhéran, qui affirme que son programme nucléaire poursuit exclusivement des objectifs civils et pacifiques.
À Kuhdasht, dans l’ouest de l’Iran, des fidèles ont notamment scandé des slogans en faveur de la dissuasion nucléaire lors d’une prière du vendredi. Dans une vidéo devenue virale, l’imam Ali Sepahvand a publiquement appelé le pays à se doter de l’arme atomique afin de faire face aux États-Unis. Une prise de position qui illustre la progression de ce discours dans certains milieux religieux et politiques.
Des appels au retrait du traité de non-prolifération
Depuis le début des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, le 28 février 2026, les appels à un retrait du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) se sont également multipliés.
Ce traité international, auquel l’Iran est signataire, vise à empêcher la propagation des armes nucléaires et à encadrer les activités nucléaires des États non dotés de l’arme atomique.
Pour les partisans d’un changement de stratégie, le maintien de l’Iran dans cet accord ne garantirait plus suffisamment sa sécurité face aux menaces militaires extérieures. Ils estiment qu’une capacité de dissuasion nucléaire pourrait empêcher de nouvelles attaques contre le territoire iranien.
Toutefois, cette revendication ne correspond pas à la position officielle des autorités iraniennes, qui continuent de défendre le caractère pacifique de leur programme nucléaire.
Les négociations avec Washington fragilisées
En parallèle, les perspectives d’un règlement diplomatique entre Téhéran et Washington demeurent incertaines. Les deux pays restent en désaccord sur plusieurs questions essentielles, notamment l’enrichissement de l’uranium, les sanctions économiques américaines et les garanties de sécurité réclamées par l’Iran.
La situation intérieure américaine pourrait également peser sur les décisions de Donald Trump. La défaite des républicains lors des élections de mi-mandat du 3 novembre 2026 intervient dans un contexte de tensions économiques, notamment autour des prix du carburant et des perturbations dans le détroit d’Ormuz.
Ces difficultés pourraient renforcer les interrogations sur le coût économique et politique d’une nouvelle intervention militaire américaine au Moyen-Orient.
Les frappes militaires pourraient produire l’effet inverse
La multiplication des appels en faveur de l’arme atomique soulève une question importante pour les puissances occidentales et leurs alliés : les opérations militaires destinées à empêcher l’Iran de développer une capacité nucléaire militaire risquent-elles finalement de renforcer les partisans de cette option au sein du pays ?
Plusieurs spécialistes de la non-prolifération estiment que les frappes contre les installations nucléaires iraniennes pourraient alimenter la conviction, chez certains responsables et citoyens, que seule une capacité de dissuasion nucléaire permettrait de garantir la sécurité nationale.
Une telle évolution compliquerait davantage les efforts diplomatiques visant à empêcher une prolifération nucléaire au Moyen-Orient.
Alors que les tensions restent élevées entre Téhéran, Washington et Tel-Aviv, la question nucléaire iranienne dépasse désormais le cadre des négociations internationales. Elle s’impose également comme un sujet de débat politique et sociétal en Iran, avec des conséquences potentielles sur l’équilibre stratégique de toute la région.