Tous les articles par Celine Dou

Rédactrice passionnée et engagée au service de la bonne information

Iran-Afghanistan : le retour contraint de milliers de réfugiés afghans plonge le pays dans une crise humanitaire silencieuse

Face à la politique d’expulsion de l’Iran, des centaines de milliers d’Afghans reviennent dans leur pays d’origine avec “rien du tout”. Une crise migratoire majeure, largement ignorée, qui interroge sur les responsabilités régionales et internationales.

Au fil des mois, les colonnes de véhicules franchissant la frontière entre l’Iran et l’Afghanistan ne cessent de grossir. À leur bord, des familles entières, souvent épuisées, revenues sans papiers, sans argent, sans abri. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 691 000 Afghans ont été refoulés d’Iran depuis janvier 2025, dont 70 % dans le cadre de retours forcés. Cette vague d’expulsions s’est intensifiée en juin, avec un pic à 30 000 retours par jour, alors que Téhéran fixait un ultimatum au 6 juillet pour le départ volontaire des étrangers en situation irrégulière.

Derrière ces chiffres, une réalité sociale brutale : des hommes, des femmes et des enfants chassés d’un pays où ils avaient parfois reconstruit une vie depuis des années, voire des décennies, et renvoyés dans un Afghanistan ravagé par l’instabilité, la pauvreté et le repli autoritaire.

L’Iran a justifié cette opération par une volonté de réguler la présence de ressortissants étrangers sur son territoire. Officiellement, il s’agit de réduire l’immigration illégale, de protéger le marché du travail iranien en crise, et de répondre à des impératifs sécuritaires. Pourtant, l’échelle et la brutalité de ces expulsions interrogent. Le nombre de retours a doublé entre mai et juin, selon les données de l’OIM, et près d’un quart de million d’Afghans ont été renvoyés en un mois, la majorité par la frontière de Zabol, dans des conditions souvent inhumaines.

Certains experts y voient aussi une volonté de pression politique sur les Talibans, dans un contexte régional complexe marqué par des tensions persistantes autour de l’eau, du commerce frontalier, et des questions sécuritaires. Téhéran se montre ainsi capable de faire peser une lourde charge démographique et sociale sur le régime de Kaboul.

« Nous n’avons rien ici. Pas de maison, pas de travail, pas d’avenir », confie à France 24 un jeune père de famille expulsé de Shiraz. Cette phrase, récurrente dans les témoignages, résume la tragédie que vivent les rapatriés. Beaucoup ont quitté l’Afghanistan depuis longtemps, fuyant la guerre ou la misère. De retour, ils retrouvent un pays qu’ils ne reconnaissent plus : un État failli, des infrastructures de base délabrées, un système éducatif partiellement fermé aux filles, un chômage massif, et une aide humanitaire sous-financée.

Les Talibans ont certes promis d’installer des centres d’accueil, de verser des aides financières ponctuelles et de distribuer des rations alimentaires. Mais les dispositifs restent largement insuffisants face à l’ampleur des besoins. L’OIM, quant à elle, admet n’avoir pu apporter un minimum d’assistance qu’à moins de 3 % des personnes renvoyées lors des jours de forte affluence.

Alors que les projecteurs médiatiques mondiaux sont tournés vers d’autres théâtres, cette crise migratoire afghano-iranienne reste largement ignorée. Elle reflète pourtant une réalité plus large : l’invisibilité croissante des réfugiés du Sud global face aux priorités géopolitiques des puissances dominantes. Le retrait progressif des financements humanitaires occidentaux depuis la prise de pouvoir des Talibans a aggravé la situation. L’argument idéologique, selon lequel toute aide pourrait légitimer le régime de Kaboul, se traduit concrètement par l’abandon de populations entières.

Il est par ailleurs frappant de constater l’absence de réaction de la communauté internationale, en particulier de l’Union européenne, qui a pourtant consacré des millions d’euros à des dispositifs d’« externalisation des frontières » dans des pays tiers, dont l’Iran. L’Afghanistan, comme d’autres pays de transit ou d’origine, reste une zone tampon invisible, utilisée pour endiguer les flux migratoires sans assumer les conséquences humaines.

Ce retour massif et précipité des Afghans d’Iran vient s’ajouter aux tensions économiques et sociales internes que subit déjà le pays. Il menace la stabilité de provinces entières, notamment celles de l’Ouest, qui voient leur population croître de façon soudaine sans services adaptés. À court terme, c’est un risque de désorganisation sociale, voire de conflits locaux, qui s’installe. À long terme, ce sont des générations entières plongées dans l’insécurité alimentaire, l’exclusion éducative et l’absence de perspectives.

La question qui se pose alors est simple : combien de temps la communauté internationale continuera-t-elle de détourner le regard ?

1er juillet : journée mondiale du bandeau blanc, un appel renouvelé contre la pauvreté

Chaque année, le 1er juillet est consacré à la journée mondiale du bandeau blanc, un symbole international d’engagement pour dénoncer la pauvreté et mobiliser les consciences face à ses multiples manifestations. Cette date invite à une réflexion globale sur les mécanismes qui perpétuent les inégalités économiques et sociales, ainsi que sur les politiques publiques et les initiatives citoyennes destinées à y répondre.

La pauvreté dépasse le simple seuil de revenu. Si la Banque mondiale estime à environ 700 millions le nombre de personnes vivant avec moins de 2,15 dollars par jour, le phénomène inclut aussi des privations en termes d’accès à l’éducation, aux soins de santé, à l’eau potable, à un logement décent et à la participation sociale.

Cette dimension multidimensionnelle impose une approche globale et contextualisée pour évaluer et combattre la pauvreté, adaptée aux réalités spécifiques des différentes régions du monde.

Les régions d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud concentrent la majorité des personnes en situation de pauvreté extrême. Ces territoires cumulent des défis démographiques, des instabilités politiques, des crises économiques récurrentes et les effets croissants du changement climatique.

Dans les pays dits développés, la pauvreté prend des formes plus subtiles : précarité énergétique, exclusion sociale, insécurité du logement. Ces nouvelles facettes témoignent de fractures sociales profondes, malgré des systèmes de protection sociale relativement robustes.

Les crises sanitaires, notamment la pandémie de Covid-19, ont mis en lumière la vulnérabilité des populations déjà précaires, exacerbant les inégalités existantes et fragilisant davantage les économies mondiales.

Au niveau international, les Objectifs de développement durable (ODD) fixés par l’Organisation des Nations unies placent la réduction de la pauvreté au cœur des priorités. Les stratégies mises en œuvre insistent sur une croissance économique inclusive, des investissements dans les secteurs clés de l’éducation et de la santé, ainsi que sur le renforcement des systèmes de protection sociale.

Les organisations non gouvernementales et les mouvements citoyens, à travers des campagnes symboliques comme le port du bandeau blanc, jouent un rôle essentiel dans la sensibilisation et la pression pour une action politique accrue.

La réduction durable de la pauvreté exige une approche intégrée, prenant en compte les liens entre justice sociale, gestion environnementale et stabilité politique. La bonne gouvernance, la transparence et la participation citoyenne apparaissent comme des leviers indispensables.

La communauté internationale est confrontée à la nécessité d’adapter ses politiques aux réalités locales, tout en assurant une coordination efficace et un soutien accru aux pays les plus vulnérables.

La journée mondiale du bandeau blanc rappelle ainsi que, malgré les progrès enregistrés, la pauvreté reste une réalité urgente qui appelle une mobilisation collective constante et renouvelée, à la fois politique, économique et sociale.

Journée mondiale des réseaux sociaux : quand chacun prétend dire vrai et accuse l’autre de désinformation

Ce 30 juin, Journée mondiale des réseaux sociaux, les appels à une utilisation plus responsable se multiplient. Mais derrière les mots d’ordre sur la lutte contre la désinformation et la vérification des sources, une autre réalité s’impose : dans un monde polarisé, chaque camp prétend incarner la vérité et accuse l’autre de manipuler les faits. Les réseaux deviennent le reflet d’un monde qui se parle de moins en moins.

Ce 30 juin, la planète célèbre la Journée mondiale des réseaux sociaux. L’événement, instauré en 2010 pour valoriser le rôle des plateformes numériques dans la communication humaine, donne chaque année lieu à une pluie d’initiatives : publications de bonnes pratiques, campagnes de sensibilisation, témoignages sur les usages positifs du numérique. Les mots-clés dominants sont connus : vérifier les sources, favoriser l’empathie, bannir la désinformation. Une injonction apparemment simple, mais dont l’application se heurte à une réalité plus trouble.

À l’heure où 4,9 milliards d’êtres humains utilisent les réseaux sociaux, ces derniers ne sont plus seulement des outils d’interaction. Ils sont devenus des espaces de confrontation idéologique permanente, où chaque camp affirme détenir la vérité et rejette celle de l’adversaire comme fake news.

Des guerres aux élections, des débats sur les vaccins, des politiques migratoires ou des modèles économiques, chaque courant idéologique qu’il soit gouvernemental, militant, religieux, libéral, souverainiste ou technocratique dispose de ses propres récits, ses sources, ses chiffres, ses experts. Et affirme que les autres mentent. La désinformation devient alors un mot-valise, un outil polémique davantage qu’un critère rigoureux.

Dans ce climat, la parole partagée s’efface. Jadis, les sociétés reposaient sur quelques piliers d’information considérés comme légitimes : grands journaux, institutions scientifiques, voix modérées. Aujourd’hui, la parole éclatée remplace la parole commune. Des micro-communautés se forment autour de certitudes, validées par des algorithmes qui favorisent la polarisation et l’émotion.

Le doute devient suspect, la nuance soupçonnée de compromission. Le réseau social, censé relier, fragmente. Et le citoyen devient de plus en plus un consommateur de récits partisans.

Les grandes plateformes comme Facebook, X (anciennement Twitter), Instagram ou TikTok ont certes mis en place des mécanismes de signalement, des « labels de fiabilité », voire des coopérations avec des agences de vérification. Mais dans les faits, elles continuent de privilégier ce qui provoque, divise ou scandalise, car ces contenus génèrent plus d’engagement donc de revenus.

L’architecture des réseaux favorise mécaniquement la diffusion de messages courts, simplistes, souvent binaires, là où les enjeux du monde réel exigent du temps, de la complexité et du recul. Cette tension structurelle rend illusoire toute régulation purement technique de la « vérité ».

La réponse ne peut venir uniquement des usagers. S’il est juste d’encourager l’esprit critique, il faut aussi interroger les logiques de pouvoir, de profit et d’influence qui façonnent l’espace numérique mondial. Qui décide de ce qui est acceptable ? Sur quelles bases ? Selon quels intérêts ?

De Washington à Pékin, de Paris à Téhéran, les États eux-mêmes font des réseaux sociaux des instruments de guerre culturelle et politique. La désinformation, loin d’être un accident, est parfois un outil stratégique.

En ce 30 juin, Journée mondiale des réseaux sociaux, il est salutaire de rappeler l’importance d’un usage plus réfléchi, plus respectueux, plus humain de ces outils. Mais il faut aussi refuser les illusions confortables. Dire que l’on va « bannir la désinformation » n’a de sens que si l’on accepte de remettre en cause les logiques globales de propagande, de manipulation et de simplification qui traversent nos sociétés.

Pour La Boussole – infos, il ne s’agit pas de choisir un camp, mais de refuser les certitudes faciles, d’éclairer sans imposer, et de défendre une information contextualisée, documentée et rigoureuse. Parce qu’un réseau social sans vérité commune ne relie rien. Il isole, il oppose, et il affaiblit notre capacité à comprendre ensemble.

Irlande du Nord : tensions racistes et violences ciblent la communauté rom

Des violences à caractère raciste ont éclaté ces derniers jours dans plusieurs villes d’Irlande du Nord, visant des familles roms installées localement. Ces émeutes rappellent la fragilité du vivre-ensemble dans une région marquée par une histoire de conflits communautaires.

Des barricades érigées dans la nuit, des cocktails Molotov jetés contre des habitations, des familles contraintes de fuir sous la menace : Ballymena, Belfast et Londonderry, trois villes d’Irlande du Nord, ont été récemment le théâtre d’épisodes de violence ciblée contre la communauté rom. Si les incidents ne sont pas massifs, leur caractère répétitif et clairement raciste inquiète les autorités locales comme les organisations de défense des droits humains.

La minorité rom d’Irlande du Nord principalement originaire d’Europe de l’Est vit dans une précarité structurelle, souvent reléguée en périphérie des villes. Déjà confrontée à la stigmatisation, elle est désormais visée par des attaques directes, notamment à Ballymena, où plusieurs familles ont été contraintes de quitter leur logement. Des vidéos montrent des jeunes cagoulés ériger des barricades et proférer des menaces, tandis que d’autres s’attaquent à des véhicules appartenant à des résidents roms.

Les incidents survenus à Belfast et Londonderry suivent un schéma similaire. À chaque fois, les autorités tardent à intervenir, et les victimes expriment un sentiment d’abandon. Ce climat d’intimidation résonne comme un avertissement : la xénophobie, loin d’être un phénomène marginal, s’inscrit désormais dans une logique de violence organisée.

Si l’Irlande du Nord a connu une paix relative depuis les accords du Vendredi saint en 1998, les tensions intercommunautaires entre loyalistes unionistes (majoritairement protestants) et républicains nationalistes (majoritairement catholiques) continuent d’imprégner le tissu social. Le rejet de l’Autre y trouve un écho, y compris contre des populations extérieures au conflit historique.

Dans certaines zones urbaines, des groupes paramilitaires issus de ces deux camps continuent d’exister sous des formes diffuses. Ils instrumentalisent parfois la colère sociale, le chômage et les inégalités pour relancer une dynamique de bouc-émissaire. Dans ce contexte, les Roms, perçus comme étrangers, pauvres et sans défense, deviennent des cibles faciles.

La police nord-irlandaise (PSNI) a dénoncé ces attaques et lancé des enquêtes, sans annoncer pour l’instant de mise en accusation formelle. Le Conseil des droits de l’homme d’Irlande du Nord, ainsi que plusieurs associations comme PPR (Participation and the Practice of Rights), ont rappelé les obligations légales du gouvernement britannique en matière de protection des minorités.

Mais pour les observateurs, ces réponses restent insuffisantes. « Il ne suffit pas de condamner. Il faut agir en profondeur contre les discours de haine, et garantir une vraie intégration », résume un rapport de The Detail, média local d’investigation.

Au-delà de la haine ethnique, ces violences révèlent aussi une crise sociale plus large. Le Royaume-Uni, et l’Irlande du Nord en particulier, font face à une inflation persistante, à une crise du logement et à une désindustrialisation ancienne qui touche les milieux populaires. Dans ce paysage tendu, la présence de populations perçues comme bénéficiaires d’aides ou de logements sociaux suscite des réactions de rejet, souvent attisées par des rumeurs ou des campagnes de désinformation en ligne.

Alors que l’Union européenne s’est dotée d’un plan d’inclusion des Roms pour la décennie 2020–2030, la situation en Irlande du Nord montre les limites de son application dans les territoires post-Brexit. L’absence de cadre contraignant, l’affaiblissement des mécanismes de coopération judiciaire et sociale entre Bruxelles et Londres rendent plus difficile la lutte coordonnée contre les discriminations.

Les émeutes racistes contre les familles roms en Irlande du Nord ne sont pas un fait divers isolé. Elles s’inscrivent dans un climat de tensions identitaires, d’insécurité sociale et de relents nationalistes, alimentés parfois par des groupes extrémistes agissant en toute impunité. Ces événements rappellent que la paix ne suffit pas à garantir le vivre-ensemble. Elle doit s’accompagner d’une vigilance constante contre toutes les formes d’exclusion.

Willy Chavarría crée la controverse à la semaine de la mode de Paris en mettant en scène les détenus du Salvador

Un défilé du créateur Willy Chavarría, présenté lors de la semaine de la mode à Paris, a provoqué une vive réaction du gouvernement salvadorien. Mettant en scène des mannequins inspirés des détenus d’une prison de haute sécurité du Salvador, l’événement est accusé de « glorifier » des criminels responsables de décennies de violence. L’affaire illustre les tensions entre expression artistique, mémoire collective et justice pénale.

La mode, espace de création par excellence, peut-elle tout dire, tout représenter ? C’est la question soulevée par le défilé du styliste américano-mexicain Willy Chavarría, organisé à Paris lors de la semaine de la mode printemps-été 2026. Le créateur y a mis en scène une collection radicalement politique : des mannequins au crâne rasé, vêtus de tenues blanches, agenouillés ou marchant en file, évoquant visiblement les images marquantes du Centro de Confinamiento del Terrorismo (CECOT), la prison de haute sécurité construite par le gouvernement salvadorien pour y enfermer des membres présumés de gangs. Ce choix esthétique a immédiatement suscité la colère des autorités de San Salvador.

Willy Chavarría, dont le travail interroge depuis plusieurs années les stéréotypes liés à la masculinité, à l’identité et à la marginalité, a revendiqué un message clair : dénoncer la déshumanisation des migrants originaires d’Amérique centrale, fréquemment accusés d’appartenir à des gangs et expulsés des États-Unis d’Amérique sans procédure équitable. Le styliste a expliqué s’être inspiré de la manière dont ces jeunes sont arrêtés, enfermés, parfois exhibés comme des trophées dans les prisons de masse de leur pays d’origine.

Mais dans ce jeu de représentation, la frontière entre dénonciation et provocation s’est révélée particulièrement fine.

C’est sur X (ex-Twitter) que Nayib Bukele, président du Salvador, a d’abord réagi. Moqueur, il a proposé d’« envoyer ces criminels en France » si le gouvernement français était prêt à les accueillir. Au-delà de la formule sarcastique, l’exécutif salvadorien accuse la semaine de la mode parisienne d’avoir « glorifié des individus responsables d’innombrables morts, disparitions, extorsions et destructions de familles entières ». Le porte-parole du gouvernement a évoqué une insulte à la mémoire des victimes des gangs salvadoriens.

Cette dénonciation ne se comprend pleinement qu’en replaçant l’événement dans le contexte politique du pays : depuis mars 2022, Nayib Bukele mène une politique de sécurité extrêmement offensive. Sous un régime d’exception renouvelé depuis plus de deux ans, plus de 86 000 personnes ont été arrêtées, souvent sur simple soupçon d’appartenance à un gang. Si le taux d’homicide a fortement chuté, les organisations de défense des droits humains dénoncent des arrestations arbitraires, des décès en détention et une justice d’exception. Le Cecot, la prison évoquée dans le défilé, est le symbole même de cette lutte à la fois saluée pour son efficacité et critiquée pour ses dérives.

Le cas Chavarría met en lumière un dilemme profond : comment concilier engagement artistique et respect des sensibilités collectives ? Si l’intention du créateur était de dénoncer l’inhumanité de certaines politiques migratoires, la forme adoptée très proche de l’imagerie carcérale officielle salvadorienne a suscité un effet inverse. Elle a ravivé chez certains Salvadoriens le traumatisme des années de violence, où les gangs faisaient régner la terreur dans les quartiers populaires.

Ce malaise souligne l’ambiguïté d’une scène artistique mondialisée qui, parfois, instrumentalise des souffrances locales sans véritable ancrage dans leur complexité historique. Le paradoxe est d’autant plus flagrant que le défilé, présenté à Paris devant un public international, s’est tenu sans consultation ni dialogue avec les sociétés directement concernées.

Au-delà du Salvador, cette controverse met en lumière les failles d’une mondialisation culturelle où l’esthétique des périphéries est souvent recyclée sans considération pour son enracinement politique. Alors que la mode contemporaine se veut de plus en plus consciente, éthique et engagée, elle court aussi le risque d’une superficialité militante, où la provocation prend le pas sur l’intelligence du réel.

En cela, le défilé de Willy Chavarría, et les réactions qu’il a suscitées, posent une question cruciale : peut-on dénoncer la violence sans la représenter au risque de la magnifier ? Et qui a légitimité à parler, au nom de qui et de quoi ?

Encadré – CECOT, la prison aux deux visages

  • Inauguré en 2023, le Centro de Confinamiento del Terrorisme est présenté comme la plus grande prison d’Amérique latine.
  • Construit pour accueillir jusqu’à 40 000 détenus, il symbolise la stratégie de tolérance zéro menée par Bukele contre les maras.
  • Les images de prisonniers en slip, alignés au sol, les mains sur la nuque, ont circulé largement sur les réseaux sociaux et dans la presse mondiale.
  • Ce dispositif, encensé par une partie de la population salvadorienne épuisée par l’insécurité, est aussi critiqué pour son opacité et les violations des droits fondamentaux.

Solitude, fléau silencieux mondial : l’OMS alerte sur une crise de santé publique sous-estimée

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié ce 30 juin un rapport inédit sur les conséquences sanitaires, sociales et économiques de la solitude et de l’isolement social. Loin d’un simple malaise affectif, cette réalité toucherait une personne sur six dans le monde et serait associée à un risque accru de décès prématuré, de troubles mentaux et de pathologies chroniques. En chiffres, ce fléau serait impliqué dans plus de 871 000 décès chaque année, toutes causes confondues.

À travers cette alerte, l’OMS appelle les États et les institutions internationales à reconnaître la connexion sociale comme un déterminant de santé à part entière, et à structurer des politiques publiques visant à reconstruire les liens humains.

Contrairement à d’autres fléaux plus médiatisés, la solitude n’est ni spectaculaire ni bruyante. Elle ronge en silence. Selon les données compilées dans le rapport, elle n’épargne aucun continent, bien qu’elle prenne des formes variées. Dans les sociétés dites « développées », elle frappe massivement les personnes âgées, mais aussi les jeunes adultes, particulièrement depuis la pandémie de COVID-19. Dans les pays du Sud, l’exode rural, la précarisation des liens communautaires et la digitalisation rapide contribuent à un isolement social croissant, souvent invisible dans les indicateurs de santé.

L’OMS distingue deux formes de solitude : celle qui résulte d’un isolement social objectif (manque de contacts), et celle qui provient d’un sentiment subjectif d’abandon ou de déconnexion. Les deux sont pathogènes. Elles augmentent les risques de dépression, de maladies cardiovasculaires, de démence et affaiblissent l’immunité. Le risque de décès prématuré chez une personne socialement isolée est comparable à celui encouru par un fumeur régulier.

Le rapport souligne que la solitude n’est pas uniquement une affaire de psychologie individuelle. Elle reflète une évolution profonde des sociétés humaines : atomisation des structures familiales, mobilité professionnelle accrue, substitution des interactions physiques par les connexions numériques. Le repli sur soi devient une norme tolérée, parfois encouragée, au nom de l’autonomie ou de la performance.

Dans ce cadre, l’OMS insiste sur la nécessité de réintégrer la dimension relationnelle dans les politiques publiques. Les États sont appelés à reconnaître la « santé relationnelle » comme un bien commun, au même titre que l’environnement ou l’accès aux soins. Elle plaide pour des investissements ciblés dans les infrastructures communautaires, les dispositifs intergénérationnels, les politiques culturelles ou encore les technologies favorisant les interactions humaines plutôt que l’isolement.

L’OMS invite à dépasser la logique de responsabilisation individuelle. La lutte contre la solitude ne peut être laissée aux seules initiatives personnelles ou à la bonne volonté des familles. Elle exige une stratégie collective, fondée sur une compréhension fine des dynamiques sociales contemporaines. Il s’agit, selon le rapport, de bâtir une « architecture sociale du lien », à rebours des tendances à l’ultra-individualisme et à l’hyperconnectivité déshumanisée.

Certaines initiatives sont citées en exemple : au Japon, des municipalités rémunèrent des « agents de lien social » pour accompagner les personnes âgées ; en Uruguay, des programmes publics intègrent la sociabilité dans les protocoles de santé mentale ; au Rwanda, des rituels communautaires traditionnels sont réinvestis pour renforcer les liens intergénérationnels.

L’appel de l’OMS n’est pas seulement humanitaire : il est stratégique. Dans un monde polarisé, où les sociétés sont fragilisées par les crises économiques, climatiques et identitaires, la déliaison sociale constitue une menace à la fois sanitaire, démocratique et sécuritaire. La solitude massive nourrit la défiance, la radicalisation et la perte de sens.

Ainsi, ce rapport pourrait marquer un tournant si les décideurs s’en saisissent réellement. En reconnaissant la solitude comme un enjeu mondial de santé publique, l’OMS met en lumière une crise civilisationnelle, que la technologie seule ne pourra résoudre.

En somme, la solitude n’est plus seulement une affaire de cœurs blessés. Elle est désormais une question de santé mondiale, de cohésion sociale et d’équilibre des sociétés humaines. Si elle continue à être ignorée, elle s’imposera comme l’un des grands défis invisibles du XXIe siècle.

Sources principales :

  • Rapport OMS 30 juin 2025
  • Synthèse par The Guardian – 30/06/2025
  • Étude The Lancet sur les effets de l’isolement – 2023

Grand Prix de la Francophonie 2025 : l’Académie française honore Akira Mizubayashi, écrivain japonais de langue française

L’Académie française a décerné, jeudi 27 juin 2025, son Grand Prix de la Francophonie à Akira Mizubayashi. Cette distinction consacre une œuvre rare : celle d’un écrivain japonais ayant choisi d’écrire en français, et dont les romans méditent la guerre, la mémoire et la musique.

Le Grand Prix de la Francophonie 2025 a été attribué à un écrivain peu ordinaire : Akira Mizubayashi. Japonais de naissance, francophone par amour de la langue, l’auteur est désormais une figure littéraire respectée dans l’espace éditorial français. Ce prix vient souligner une fidélité durable à la langue française, mais aussi une œuvre qui, sans jamais céder à l’exotisme de façade, propose un regard intérieur sur les blessures du XXᵉ siècle, l’héritage culturel européen et la complexité des identités.

Né en 1951 à Sakata, au nord du Japon, Akira Mizubayashi découvre le français à l’adolescence. Il étudie à Montpellier, puis à l’École normale supérieure (rue d’Ulm), avant de retourner enseigner au Japon, où il deviendra professeur de français à Tokyo. Il ne publiera cependant en français qu’à partir de 2011, avec Une langue venue d’ailleurs (Gallimard), un récit autobiographique dans lequel il raconte son lien charnel avec la langue française. Ce premier ouvrage lui vaut déjà, cette année-là, le Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises, décerné par l’Académie française.

Ce choix de ne pas simplement apprendre le français mais de s’y installer littérairement constitue une forme d’engagement. Pour Mizubayashi, « habiter une langue », c’est plus que la maîtriser : c’est y inscrire sa pensée, ses blessures, son art. En cela, son œuvre n’est pas un simple hommage à la francophonie : elle en est une réinvention intime, patiente, obstinée.

L’univers de Mizubayashi est traversé par la musique occidentale (Mozart, Bach, Beethoven), qu’il fait dialoguer avec la mémoire du Japon en guerre. Dans Âme brisée (2019, Prix des libraires 2020), il évoquait un enfant japonais dont le père violoniste est arrêté par l’armée impériale en pleine répétition. Ce roman a ouvert une trilogie autour des fantômes de la guerre, complétée par Reine de cœur (2022) et Suite inoubliable (2023).

Son prochain roman, La Forêt de flammes et d’ombres, paraîtra en août 2025, toujours chez Gallimard. Il s’ancre dans le Japon de 1944, à Tokyo, et suit un jeune homme envoyé sur le front mandchou, entre amour contrarié, effondrement militaire et reconstruction intérieure par l’art.

Le choix de l’Académie française de distinguer un écrivain non francophone de naissance s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’une francophonie qui ne se réduit pas aux anciennes sphères coloniales, ni aux périmètres institutionnels de l’Organisation internationale de la francophonie. Elle devient un espace mouvant, multilingue, où des auteurs comme Akira Mizubayashi, Alain Mabanckou, Scholastique Mukasonga ou encore Alice Kaplan (également primée cette année) redessinent les contours d’une littérature mondiale de langue française.

En consacrant Mizubayashi, l’Académie française reconnaît une œuvre qui, bien qu’exempte de militantisme, interroge profondément l’histoire culturelle de l’Europe et de l’Asie, l’héritage de la guerre, la violence idéologique et le pouvoir réparateur de la langue et de la musique.

Ce prix est aussi un rappel salutaire : la francophonie littéraire n’est pas qu’affaire de quotas, de diversité de façade ou de vitrine éditoriale. Elle suppose une exigence linguistique et une sincérité artistique. Mizubayashi n’a pas emprunté le français pour séduire un lectorat européen ; il l’a choisi comme un pays intérieur, comme l’espace où sa pensée trouve sa pleine forme.

Société Générale : grève autour du télétravail, symptôme d’un malaise post-Covid plus profond

En France, la décision de la Société Générale de réduire drastiquement le télétravail suscite la colère des syndicats, qui appellent à la grève ce 27 juin. Derrière ce bras de fer se joue bien plus qu’un simple débat sur l’organisation du travail : un révélateur des paradoxes français face au travail, à la liberté, et au rapport au réel.

Jeudi 27 juin, plusieurs syndicats (CFDT, CFTC, CGT) de la Société Générale ont appelé à la grève. Motif : la direction du groupe bancaire veut réduire à un seul jour par semaine la possibilité de télétravailler, alors que de nombreux employés bénéficiaient jusqu’ici de deux à trois jours de travail à distance. La mesure est jugée autoritaire, brutale, et déconnectée des réalités professionnelles post-Covid.

Mais derrière ce mouvement, c’est une tension bien plus large qui s’exprime : celle entre le besoin d’autonomie exprimé par une partie des salariés et les exigences de contrôle et de présence physique qui structurent encore le modèle d’entreprise traditionnel.

En mars 2020, au plus fort de la pandémie de Covid-19, des millions de salariés français furent contraints de travailler à distance du jour au lendemain. À l’époque, ce bouleversement fut largement mal vécu. Enquête après enquête, les Français affirmaient leur attachement au collectif, au cadre du bureau, et leur scepticisme face au « tout distanciel ». Pour beaucoup, le télétravail représentait une perte de repères, d’efficacité, voire de sens.

Cinq ans plus tard, les rôles semblent inversés. Une partie croissante des salariés refuse le retour au bureau, préférant organiser librement leurs journées, souvent en dehors du regard direct de la hiérarchie. Ce basculement s’est opéré sans réelle réflexion collective. Il soulève pourtant des enjeux fondamentaux sur la nature même du contrat de travail : est-il encore possible d’exiger une présence sans être perçu comme autoritaire ? Et que devient la notion d’engagement, dans un monde où l’espace professionnel est réduit à une fenêtre Zoom ?

Du côté des employeurs, l’irritation grandit. À la Société Générale comme ailleurs, les directions s’inquiètent d’un télétravail devenu, selon certains, une forme de « zone grise » du travail salarié. Difficile, en effet, de vérifier que les horaires contractuels sont respectés, que la productivité est constante, que les collaborateurs restent disponibles, motivés, connectés. Le lien hiérarchique s’effrite. La culture d’entreprise s’évapore. Et l’efficacité supposée du télétravail reste difficile à mesurer objectivement.

En imposant un retour plus encadré au bureau, la Société Générale espère rétablir ce lien de proximité managériale et de visibilité. Mais le rejet est vif. Car au fil des mois, le télétravail s’est aussi installé comme une nouvelle norme culturelle. Il s’agit moins d’un outil temporaire que d’un mode de vie revendiqué quitte à ignorer les contradictions qu’il suppose.

Ce conflit révèle aussi une fracture plus profonde encore : un certain rejet de la confrontation avec le réel. Loin des transports, des horaires fixes, des relations humaines parfois rugueuses ou imprévues, le télétravail offre un monde aménagé, à la carte. Un monde où l’on peut éviter les frictions sociales, les conflits de génération, la hiérarchie directe et même, parfois, le miroir de soi-même dans l’espace public. Le bureau est perçu comme une contrainte ; le chez-soi, comme un refuge.

Mais cette illusion d’autonomie n’est pas sans danger. Elle affaiblit le tissu collectif, réduit la circulation des idées, et alimente une forme de désincarnation du travail. Ce n’est pas tant la technologie qui pose problème, mais l’usage qu’une société en crise du lien fait d’elle.

Ce qui se joue aujourd’hui à la Société Générale concerne l’ensemble des grandes entreprises françaises et bien au-delà. En Allemagne, au Japon ou aux États-Unis d’Amérique, des géants de la tech et de la finance cherchent eux aussi à imposer un retour au bureau. Les résultats sont contrastés : là où certains ont su réintroduire la présence progressive avec pédagogie, d’autres se heurtent à une résistance accrue, notamment chez les jeunes salariés.

En France, le débat est encore largement piégé entre deux visions antagonistes : celle du contrôle, issue du modèle industriel, et celle de l’autonomie, portée par les mutations culturelles contemporaines. Il manque, pour l’heure, une synthèse collective, lucide, capable de penser un cadre de travail post-pandémique cohérent, humain et vérifiable.

La grève à la Société Générale n’est sans doute qu’un symptôme. Mais il est révélateur. Il met en lumière une tension culturelle propre à notre époque : vouloir les libertés du télétravail sans en assumer les responsabilités ; refuser les contraintes du bureau sans inventer d’alternative robuste. Le défi, pour les entreprises comme pour les salariés, sera de réconcilier autonomie et engagement, présence et souplesse, lien collectif et individualité.

Une équation délicate, mais incontournable, à l’heure où le travail n’est plus un simple lieu, mais une expérience sociale en recomposition.

Tourisme de luxe contre nature protégée : l’Albanie joue une dangereuse partie

Alors que l’Albanie connaît une forte croissance touristique, le gouvernement autorise des projets immobiliers dans des zones jusqu’ici protégées. Le pays mise sur un tourisme haut de gamme au prix d’un sacrifice environnemental aux conséquences potentiellement irréversibles.

C’est une île à la beauté brute, nichée dans la mer Ionienne, au large de la côte albanaise. Sazan, autrefois base militaire, est aujourd’hui au cœur d’un projet touristique porté par Jared Kushner, gendre de Donald Trump, via la chaîne d’hôtels de luxe Aman Resorts. Le site fait pourtant partie du parc national de Karaburun-Sazan, une zone classée. Ce projet emblématique, loin d’être isolé, cristallise un choix politique de plus en plus contesté en Albanie : sacrifier une partie de son patrimoine naturel pour attirer une clientèle haut de gamme.

Depuis la sortie du régime communiste, l’Albanie a misé sur le tourisme pour dynamiser son économie. Ce pari semble partiellement réussi : le pays a accueilli plus de 10 millions de visiteurs en 2023, contre 6 millions en 2019. Les recettes touristiques ont dépassé les 4 milliards d’euros l’an dernier. L’image de « nouvelle Riviera des Balkans » séduit agences de voyage et influenceurs.

Mais cette croissance rapide s’est accompagnée d’un développement peu encadré. Le long du littoral adriatique et ionien, de Velipoja à Saranda, l’urbanisation galopante a transformé des villages côtiers en zones bétonnées. La forêt de pins centenaires de Velipoja a cédé la place à des hôtels bon marché. Les écosystèmes, déjà fragilisés par le changement climatique, sont sous pression.

En février 2024, le Parlement albanais a adopté un amendement controversé à la loi sur les zones protégées. Celui-ci permet la construction d’infrastructures hôtelières de catégorie cinq étoiles et plus au sein même de ces zones, sans que l’État ait l’obligation de mener des consultations publiques. Une brèche légale qui ouvre la voie à des investissements massifs dans des territoires jusqu’ici inaccessibles aux promoteurs.

Le delta de la Vjosa, dernier fleuve sauvage d’Europe, est lui aussi menacé. Bien que récemment classé parc national, ses abords sont convoités pour des projets d’infrastructures et de loisirs. La lagune de Narta, située dans le même secteur, constitue un refuge vital pour des espèces en danger comme le pélican frisé ou la tortue caouanne. ONG locales et internationales, dont EuroNatur et Riverwatch, dénoncent une politique qui fragilise délibérément les équilibres écologiques.

Le cas albanais illustre une dynamique plus large : celle d’un tourisme mondialisé où les pays en périphérie de l’Union européenne, en quête de devises, cèdent du terrain à des intérêts étrangers. L’implication de Jared Kushner n’est pas anodine. Elle souligne les ambitions stratégiques d’acteurs états-uniens dans les Balkans, région historiquement instable et désormais convoitée pour ses ressources naturelles, son foncier bon marché et sa position géographique.

Cette situation interroge la souveraineté réelle d’un État qui, pour séduire les investisseurs, assouplit sa législation au détriment de l’intérêt collectif et des engagements environnementaux. L’Albanie a pourtant rejoint le Conseil mondial du tourisme durable (GSTC) en décembre 2024 et affiché l’ambition de consacrer 30 % de son territoire à la préservation d’ici 2030.

Mais ces déclarations restent difficilement compatibles avec une libéralisation foncière aussi massive dans les zones naturelles.

Le cas albanais n’est pas isolé : du Monténégro à la Grèce, de nombreux pays cherchent à concilier attractivité touristique et protection de la biodiversité, souvent sans réel arbitrage en faveur de la nature. Le tourisme haut de gamme, présenté comme plus durable, repose néanmoins sur des infrastructures énergivores, des flux aériens croissants et des consommations d’eau disproportionnées, surtout dans des zones sensibles.

À terme, c’est la viabilité même du modèle qui est en cause : un pays peut-il espérer devenir une destination d’élite sans compromettre les écosystèmes qui en font le charme ?

L’Albanie se trouve à la croisée des chemins. L’effervescence touristique actuelle lui offre une visibilité nouvelle sur la scène internationale. Mais le prix à payer pourrait être élevé. Des voix s’élèvent, dans le pays comme à l’étranger, pour réclamer un moratoire sur les constructions en zones classées, une réelle transparence des appels d’offre, et une refonte de la législation qui replace la préservation de l’environnement au cœur des priorités nationales.

Le choix à faire n’est pas seulement technique ou économique : il engage une vision du développement, du territoire et de l’avenir. Préserver les zones sauvages de la Vjosa et du littoral ionien, ce n’est pas freiner la modernité. C’est peut-être, au contraire, garantir à l’Albanie un développement digne, durable, et respectueux de ses racines.

Climat et savoirs autochtones : à Londres, le Prince William plaide pour une alliance entre tradition et modernité

L’appel du Prince William à inclure les voix autochtones dans l’action climatique internationale, lancé lors d’un débat de haut niveau dans la capitale britannique, marque une inflexion notable dans les discours institutionnels sur l’écologie mondiale.

Le 26 juin 2025, dans le cadre de la Climate Action Week organisée à Londres, le Prince William a présidé un débat réunissant des décideurs politiques, des philanthropes et des représentants de peuples autochtones. À l’issue de ces échanges, il a appelé à une mobilisation collective urgente pour préserver la planète, en insistant sur l’apport irremplaçable des savoirs traditionnels dans la lutte contre l’érosion de la biodiversité et le dérèglement climatique.

Cet événement, soutenu par le Earthshot Prize une initiative environnementale lancée par le Prince en 2020 a mis en lumière une question de plus en plus pressante : comment réconcilier les approches scientifiques et les visions culturelles enracinées dans les territoires, souvent marginalisées dans les négociations climatiques internationales ?

Alors que les peuples autochtones représentent environ 5 % de la population mondiale, ils protègent plus de 80 % de la biodiversité restante sur Terre, selon les Nations unies. Ce paradoxe minoritaires en nombre mais essentiels en impact est au cœur des revendications actuelles en faveur d’une gouvernance écologique plus inclusive.

Lors du débat, plusieurs intervenants venus d’Amazonie, d’Afrique, d’Asie du Sud-Est ou encore des régions arctiques ont insisté sur l’importance des connaissances locales, souvent transmises oralement, dans la gestion des écosystèmes. En reconnaissant publiquement cette expertise ancestrale, le Prince William rejoint un mouvement grandissant qui appelle à intégrer les voix autochtones non pas comme simples « témoins » de la crise, mais comme co-constructeurs des solutions.

Les grands sommets sur le climat, à l’image de la COP28 tenue à Dubaï en 2023, ont souvent été critiqués pour leur approche trop technocratique, centrée sur les marchés carbone, les investissements massifs et les modèles occidentaux de transition énergétique. Or, pour de nombreux acteurs issus des peuples racines, cette vision ignore les dimensions sociales, spirituelles et territoriales du rapport à la nature.

« Il ne peut y avoir de justice climatique sans justice culturelle », a déclaré l’un des représentants présents, rappelant les multiples spoliations territoriales subies au nom du « développement durable ». Ces propos font écho aux critiques adressées à certains projets dits « verts » (barrages, parcs solaires, réserves naturelles fermées aux communautés locales), qui reproduisent parfois les logiques extractivistes qu’ils prétendent combattre.

Autre enjeu soulevé lors de cette rencontre : la place des grandes fondations et fonds privés dans le financement des politiques climatiques. Si leur soutien est souvent vital, notamment pour des initiatives locales hors des circuits institutionnels classiques, leur influence peut aussi poser des questions de gouvernance, de priorisation des projets et de rapports de pouvoir Nord-Sud.

Le Prince William, en position de figure médiatrice, semble avoir voulu faire le lien entre ces mondes encore trop cloisonnés : celui des grandes institutions occidentales, des innovateurs technologiques et des communautés enracinées dans des modes de vie bas carbone depuis des siècles.

Si le ton employé par le Prince William marque une avancée sur le plan symbolique, la reconnaissance réelle des peuples autochtones dans les négociations internationales demeure très partielle. À ce jour, ils restent sous-représentés dans les structures décisionnelles, souvent relégués à des « panels consultatifs » sans pouvoir contraignant.

Pourtant, dans un monde confronté à des crises écologiques systémiques, il devient de plus en plus clair que les réponses ne viendront pas uniquement des laboratoires ou des conférences internationales, mais aussi de l’écoute attentive des voix qui parlent depuis la forêt, la savane, la montagne ou les zones côtières.