Archives du mot-clé #France

France : avec des taux d’emprunt au-dessus de 4 %, la dette devient une charge croissante pour l’État

La France emprunte désormais à des taux qui n’ont plus rien à voir avec ceux des années où l’argent était presque gratuit. Le rendement de l’obligation française à dix ans a atteint 4,21 % le 3 septembre. Le même jour, l’État a levé près de 13,5 milliards d’euros sur les marchés, avec des taux allant jusqu’à 4,74 % selon les titres vendus.

Lire la suite: France : avec des taux d’emprunt au-dessus de 4 %, la dette devient une charge croissante pour l’État

Pour un pays qui doit chaque année emprunter des centaines de milliards d’euros, cette remontée n’est pas anodine. Elle signifie que les nouveaux emprunts coûteront davantage. Et, avec le temps, une partie de cette hausse se retrouvera dans la facture payée par l’État pour financer sa dette.

Une dette de 3 536 milliards d’euros

La France part déjà avec un endettement considérable. À la fin du premier trimestre 2026, la dette publique atteignait 3 536,1 milliards d’euros, soit 117,5 % du produit intérieur brut. Elle représentait 115,7 % du produit intérieur brut trois mois plus tôt.

Cette somme ne doit pas être remboursée d’un seul coup. L’État emprunte régulièrement pour financer son déficit et pour remplacer les obligations arrivées à échéance.

C’est ce renouvellement qui rend la hausse des taux préoccupante.

Une obligation émise il y a plusieurs années à un taux faible continue de coûter ce taux jusqu’à son échéance. Lorsqu’elle est remplacée par une nouvelle obligation, le taux du moment s’applique. Si les taux sont plus élevés, le nouvel emprunt coûte plus cher.

La hausse ne frappe donc pas toute la dette française en même temps. Elle se diffuse progressivement à mesure que les anciens emprunts arrivent à échéance.

Les marchés demandent davantage pour prêter à la France

Le rendement à dix ans est devenu l’un des indicateurs les plus suivis.

Le 3 septembre, il dépassait 4 %. Ce niveau ne signifie pas que la France ne trouve plus d’acheteurs pour ses obligations. L’adjudication organisée ce jour-là montre au contraire que les investisseurs continuent de financer l’État français.

Mais ils demandent une rémunération plus importante.

Cette différence compte beaucoup pour un État qui prévoit 310 milliards d’euros d’émissions nettes à moyen et long terme en 2026.

Plus les nouveaux titres sont chers, plus la facture augmente lorsque les anciennes obligations sont remplacées.

Les intérêts prennent davantage de place dans les dépenses publiques

Le coût de la dette est déjà devenu une dépense importante du budget de l’État.

Selon les documents budgétaires, la charge de la dette de l’État était estimée à 52,4 milliards d’euros en 2025. Les projections pour les années suivantes montrent une poursuite de la hausse.

Cette progression réduit la liberté dont dispose le gouvernement pour financer les autres politiques publiques.

Une hausse des intérêts ne crée aucune école, ne recrute aucun fonctionnaire et ne construit aucune infrastructure. Elle sert à payer les créanciers de l’État.

Plus cette dépense augmente, plus il faut trouver ailleurs les moyens de financer les autres engagements budgétaires.

Le déficit complique encore la situation

La France doit déjà réduire un déficit public qui reste très élevé.

Le déficit public s’est établi à 5,1 % du produit intérieur brut en 2025. Les prévisions pour 2026 restent autour de 5 %, bien au-dessus de la limite de 3 % fixée par les règles européennes.

Le gouvernement doit donc trouver un équilibre difficile : réduire le déficit sans casser davantage une croissance déjà faible, tout en continuant à financer les dépenses publiques et à supporter une dette devenue plus coûteuse.

Les taux d’intérêt rendent cette tâche plus difficile.

Chaque année où les emprunts restent chers augmente le coût des nouvelles obligations. Et chaque obligation ancienne refinancée à un taux supérieur ajoute progressivement une nouvelle dépense au budget.

La France n’est pas au bord du défaut

La situation mérite d’être surveillée, mais elle ne correspond pas à une crise de financement comparable à celles qu’ont connues certains pays européens.

La France continue d’emprunter sur les marchés. Ses émissions trouvent preneur et les agences de notation ne la considèrent pas comme un État proche du défaut.

Le problème est ailleurs : le prix auquel elle se finance augmente alors que son besoin de financement reste très important.

C’est cette combinaison qui pèse sur les finances publiques.

Une dette supérieure à 3 500 milliards d’euros peut rester gérable tant que l’État dispose de revenus suffisants, que la croissance soutient l’économie et que les intérêts restent maîtrisés.

Lorsque les taux montent durablement, le calcul change.

Le risque se joue dans la durée

Il n’y aura pas, du jour au lendemain, une facture de plusieurs milliers de milliards d’euros à payer au nouveau taux. La dette française est composée d’emprunts conclus à des dates et à des taux différents.

Mais chaque année, une partie arrive à échéance et doit être remplacée.

Si les conditions actuelles persistent, les nouveaux titres coûteront donc plus cher que ceux qu’ils remplacent.

C’est ainsi que la hausse des taux finit par se transformer en hausse de la charge de la dette.

Pour la France, le véritable enjeu des prochains mois ne sera donc pas seulement de trouver des investisseurs pour financer ses déficits. Il faudra aussi convaincre les marchés que ses comptes publics peuvent retrouver une trajectoire plus soutenable.

Car tant que le déficit restera élevé et que les taux resteront au-dessus de 4 %, la dette prendra progressivement une place plus importante dans le budget de l’État.

Celine Dou

FRANCE : l’interdiction du téléphone portable arrive dans les lycées, mais tous les établissements ne pourront pas l’appliquer dès la rentrée

À partir du 1er septembre 2026, l’usage du téléphone portable est interdit dans les lycées français. La mesure, déjà appliquée dans les écoles et les collèges, s’étend désormais aux établissements du second cycle. Sur le papier, le calendrier est fixé. Dans les lycées, en revanche, les modalités d’application restent encore à organiser.

Lire la suite: FRANCE : l’interdiction du téléphone portable arrive dans les lycées, mais tous les établissements ne pourront pas l’appliquer dès la rentrée

La rentrée scolaire ne se fera donc pas partout avec les mêmes règles. Le texte national interdit désormais aux élèves d’utiliser leur téléphone dans l’enceinte du lycée et lors des activités scolaires organisées à l’extérieur. Mais chaque établissement doit encore inscrire cette nouvelle obligation dans son règlement intérieur et définir les conditions de sa mise en œuvre. À quelques heures de la rentrée, certains proviseurs disposent déjà d’un dispositif, tandis que d’autres doivent encore achever les procédures nécessaires.

Une interdiction qui entre en vigueur le 1er septembre

La nouvelle règle résulte de la loi adoptée au mois d’août 2026. Elle étend aux lycées l’interdiction d’utilisation des téléphones portables et, plus largement, des équipements terminaux de communications électroniques par les élèves.

Le principe est national et s’applique à compter de la rentrée 2026-2027.

L’interdiction ne concerne toutefois pas tous les usages dans les mêmes conditions. Le cadre fixé par le ministère permet notamment de prévoir certaines exceptions lorsque l’utilisation de l’appareil répond à un besoin pédagogique, médical ou à une nécessité liée à la vie de l’établissement.

Les conditions précises doivent être inscrites dans le règlement intérieur. Celui-ci fixe également les règles relatives à la confiscation et à la restitution d’un appareil lorsqu’un élève ne respecte pas les dispositions prévues.

Les proviseurs doivent encore adapter leur règlement intérieur

C’est cette étape qui complique l’application immédiate de la mesure dans certains établissements.

Un proviseur ne peut pas modifier seul le règlement intérieur. La procédure implique la communauté éducative et doit aboutir à une adoption par le conseil d’administration du lycée.

La nouvelle réglementation ayant été publiée tardivement avant la rentrée, les chefs d’établissement disposent de peu de temps pour achever cette procédure lorsqu’elle n’a pas été anticipée.

Des représentants des personnels de direction ont d’ailleurs prévenu que tous les établissements ne seraient pas en mesure d’appliquer la nouvelle règle de façon identique dès le premier jour. Le délai laissé entre la publication du texte et la rentrée est notamment mis en cause.

Certains lycées avaient cependant commencé à travailler sur le sujet avant les vacances. Ils pourront donc accueillir les élèves avec des règles déjà arrêtées.

Que deviennent les téléphones pendant la journée ?

La loi fixe le principe, mais ne demande pas à tous les établissements de choisir le même système.

Un lycée peut demander aux élèves de conserver leur téléphone éteint et rangé dans leur sac. Un autre peut mettre en place des espaces de dépôt ou des pochettes individuelles. Le choix dépend notamment de l’organisation de l’établissement et des dispositions adoptées dans son règlement intérieur.

Le ministère recommande aux établissements d’organiser matériellement cette mise à l’écart lorsque cela est nécessaire. Les solutions peuvent aller des casiers individuels à des dispositifs de rangement collectif.

Cette organisation représente également une dépense. Dans les établissements qui choisissent les pochettes individuelles, il faut acheter le matériel, assurer son attribution et organiser sa restitution quotidienne.

La gestion des téléphones saisis en cas d’infraction constitue une autre question. L’établissement doit pouvoir conserver les appareils dans des conditions suffisamment sûres et déterminer précisément quand et à qui ils seront rendus.

Des exceptions restent possibles

L’interdiction n’est pas absolue.

Le règlement intérieur peut autoriser certains usages lorsqu’ils sont nécessaires aux apprentissages ou répondent à des situations particulières. Des dispositions spécifiques peuvent également concerner les élèves présentant un handicap ou un trouble de santé nécessitant l’utilisation d’un équipement électronique.

Le ministère prévoit par ailleurs des adaptations pour certains lieux ou moments de la vie scolaire, notamment lorsque le téléphone peut être nécessaire à une activité pédagogique.

Cette possibilité d’adaptation explique en partie pourquoi les règles pourront différer d’un lycée à l’autre.

Une mesure qui prolonge celle appliquée au collège

Le gouvernement présente l’extension aux lycées comme la suite logique de la politique engagée dans les établissements scolaires depuis plusieurs années.

L’objectif affiché est de limiter les distractions liées aux écrans, de favoriser les apprentissages et les échanges directs entre élèves et de mieux protéger les adolescents contre certains usages problématiques du numérique.

L’expérience des collèges constitue à ce titre un précédent important. Mais le lycée présente une difficulté supplémentaire : les élèves y sont plus âgés et disposent généralement d’une autonomie beaucoup plus importante dans leur vie quotidienne.

Le téléphone sert aussi à de nombreux usages pratiques. Les établissements doivent donc distinguer ce qui relève d’un usage interdit de ce qui peut être autorisé dans le cadre scolaire.

Une règle commune, des applications différentes

La France se retrouve ainsi avec un principe désormais commun à tous les lycées, mais avec des modalités susceptibles de varier selon les établissements.

Un élève pourra devoir déposer son téléphone à son arrivée dans un lycée, tandis qu’un autre devra simplement le maintenir éteint et rangé. Les horaires, les lieux concernés, les exceptions et les procédures de confiscation pourront également différer.

Cette souplesse permet de tenir compte des réalités locales. Elle risque aussi de rendre la nouvelle règle moins lisible pour les familles qui auront plusieurs enfants scolarisés dans des établissements différents.

Le ministère assume cette adaptation locale : l’objectif est d’imposer un cadre national tout en laissant aux établissements la possibilité de déterminer les modalités correspondant à leur fonctionnement.

Une rentrée sous surveillance

L’entrée en vigueur de la mesure ne devrait donc pas produire une situation uniforme dès le 1er septembre.

Dans les lycées qui ont anticipé la réforme, les élèves découvriront immédiatement le nouveau dispositif. Dans ceux qui n’ont pas encore achevé leur procédure interne ou leur organisation matérielle, la mise en œuvre pourra prendre davantage de temps.

Le principe, lui, ne fait plus débat sur le plan juridique : à compter de cette rentrée, l’utilisation du téléphone portable par les élèves est interdite dans les lycées, sous réserve des exceptions prévues par les textes et le règlement intérieur.

Reste à voir comment cette règle sera vécue au quotidien par les élèves, les enseignants et les personnels de direction. Car entre une interdiction inscrite dans la loi et une règle respectée dans plusieurs milliers de salles de classe, il y a toute une organisation à mettre en place.

Celine Dou

FRANCE : SÉBASTIEN DELOGU, DÉJÀ CONVOQUÉ EN JUSTICE APRÈS SON ALTERCATION AVEC DES POLICIERS, VISÉ PAR UNE PLAINTE DE SON EX-ÉPOUSE RÉVÉLÉE PAR LE JOURNAL DU DIMANCHE

Le député de La France insoumise fait l’objet d’une plainte déposée par son ex-épouse autour du 22 juillet, selon les informations du Journal du dimanche. Le dossier concerne un différend familial autour de leur fils et des pensions alimentaires que la plaignante affirme ne pas avoir reçues. L’existence de cette procédure était restée publique inconnue jusqu’à sa révélation, le 29 août.

Lire la suite: FRANCE : SÉBASTIEN DELOGU, DÉJÀ CONVOQUÉ EN JUSTICE APRÈS SON ALTERCATION AVEC DES POLICIERS, VISÉ PAR UNE PLAINTE DE SON EX-ÉPOUSE RÉVÉLÉE PAR LE JOURNAL DU DIMANCHE

Sébastien Delogu fait l’objet d’une plainte dont l’existence n’avait pas été rendue publique jusqu’ici. Le Journal du dimanche rapporte que son ex-épouse a saisi la police aux alentours du 22 juillet, après un épisode conflictuel concernant leur fils.

Selon le récit rapporté par le quotidien, le député aurait voulu récupérer ses enfants avant de repartir avec son fils. Son ex-épouse aurait ensuite gagné un commissariat pour déposer plainte. L’enfant aurait finalement été ramené dans la nuit.

La plaignante aurait également signalé des pensions alimentaires qu’elle affirme ne pas avoir reçues. Le Journal du dimanche indique que Sébastien Delogu avait été convoqué au commissariat le 11 août dans cette affaire et qu’il ne s’y serait pas présenté. Une nouvelle convocation lui aurait ensuite été adressée pour le 26 août.

Ces informations décrivent les faits tels qu’ils sont rapportés par le Journal du dimanche et les déclarations attribuées à l’ex-épouse. Elles ne constituent pas une décision de justice. Les suites judiciaires de cette plainte ne sont pas connues.

La révélation survient après une garde à vue

Le nom de Sébastien Delogu est déjà au centre d’une autre procédure judiciaire.

Le 24 août, trois policiers en civil se sont rendus dans l’immeuble marseillais où réside le député. Ils recherchaient un homme soupçonné d’avoir volé une montre. Une altercation a opposé les fonctionnaires à l’élu.

Les policiers affirment que le député s’est opposé à leur intervention et leur a adressé des insultes. Sébastien Delogu conteste leur récit. Il affirme notamment que les policiers ne lui auraient pas immédiatement indiqué leur qualité et soutient avoir lui-même subi des violences physiques et verbales. Les trois fonctionnaires ont porté plainte ; le député a également saisi la justice.

Le 27 août, Sébastien Delogu s’est présenté au commissariat central de Marseille avec son avocat. Il a été placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête ouverte pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique. Après plus de huit heures, il a été libéré.

La justice lui a fixé une prochaine échéance au 13 novembre 2026. Le député doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Marseille pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique.

Au lendemain de sa garde à vue, Sébastien Delogu a donné sa version des événements. Il affirme avoir été « injurié et agressé » et conteste avoir voulu empêcher les policiers d’effectuer leur intervention.

Une plainte familiale déposée avant l’affaire des policiers

La chronologie permet de comprendre la portée de l’information révélée par le Journal du dimanche.

La plainte de l’ex-épouse aurait été déposée autour du 22 juillet, soit plus d’un mois avant l’altercation survenue dans l’immeuble du député, le 24 août. Elle n’est donc pas la conséquence de cette affaire et ne constitue pas une procédure ouverte à la suite de sa garde à vue.

Ce que le Journal du dimanche rend public le 29 août, c’est l’existence de cette procédure familiale, alors que Sébastien Delogu vient de passer plusieurs heures en garde à vue et qu’il doit désormais répondre devant le tribunal correctionnel de Marseille des faits d’outrage qui lui sont reprochés.

Les deux dossiers suivent leurs propres chemins judiciaires. Dans l’affaire familiale, les accusations rapportées contre le député restent celles de la plaignante et devront être examinées par les autorités compétentes. Dans l’affaire marseillaise, Sébastien Delogu conteste les faits qui lui sont reprochés et affirme avoir lui-même été victime des policiers.

Pour l’heure, aucune condamnation n’a été prononcée dans l’une ou l’autre de ces affaires.

Celine Dou

Ukraine : l’ancien chef de l’armée Zaloujny affirme que Kiev n’entrera « jamais » dans l’OTAN, après 12 ans à préparer son armée à l’Alliance et face aux nouvelles réalités de la guerre

Pendant près de douze ans, Valeri Zaloujny a travaillé au rapprochement de l’armée ukrainienne avec l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Aujourd’hui ambassadeur d’Ukraine au Royaume-Uni et ancien commandant en chef des forces armées, il estime pourtant que son pays n’intégrera jamais l’Alliance. Une déclaration qui prend un relief particulier alors que Kiev continue officiellement de revendiquer cette adhésion et que la guerre a profondément changé les rapports de force militaires en Europe.

Lire la suite: Ukraine : l’ancien chef de l’armée Zaloujny affirme que Kiev n’entrera « jamais » dans l’OTAN, après 12 ans à préparer son armée à l’Alliance et face aux nouvelles réalités de la guerre

« Malheureusement, nous n’y adhérerons jamais. » La formule de Valeri Zaloujny, rapportée début août par la presse ukrainienne, ne constitue pas une décision officielle de Kiev ni de l’OTAN. Elle traduit le constat personnel d’un ancien chef militaire qui connaît de l’intérieur le long processus de rapprochement entre l’Ukraine et l’Alliance. Pour lui, la guerre a fait apparaître un paradoxe : l’armée ukrainienne a acquis une expérience dans certaines formes de combat que les armées de l’OTAN cherchent désormais à intégrer, tandis que l’adhésion politique de Kiev reste suspendue à l’accord de tous les membres de l’Alliance.

Douze années de rapprochement avec l’OTAN

Zaloujny n’est pas un observateur extérieur du dossier. Avant de devenir ambassadeur à Londres, il a dirigé les forces armées ukrainiennes de juillet 2021 à février 2024, notamment durant les deux premières années de l’invasion russe à grande échelle.

Il affirme avoir consacré près de douze ans à l’adoption des normes de l’OTAN. Pendant cette période, l’armée ukrainienne a progressivement cherché à rapprocher ses structures, ses procédures et son fonctionnement de ceux des forces alliées.

Cette trajectoire devait conduire, à terme, à l’intégration de l’Ukraine dans l’Alliance. Mais la promesse politique s’est révélée beaucoup plus difficile à concrétiser que la transformation militaire.

Au sommet de Washington, en juillet 2024, les Alliés avaient réaffirmé que l’avenir de l’Ukraine était dans l’OTAN et que sa trajectoire vers l’adhésion était « irréversible ». Cette formulation demeure toutefois encadrée par une condition essentielle : l’invitation ne pourra intervenir que lorsque les Alliés seront d’accord et que les conditions seront réunies.

C’est précisément là que se trouve l’un des obstacles majeurs.

Une adhésion toujours souhaitée, mais sans consensus

L’Ukraine continue de considérer son entrée dans l’OTAN comme un objectif stratégique. Pourtant, l’Alliance ne dispose toujours pas de l’unanimité nécessaire pour franchir cette étape.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, l’a reconnu en juin 2026 : les Alliés ne sont pas actuellement tous favorables à l’adhésion de l’Ukraine.

La nuance est importante. L’OTAN n’a pas déclaré que Kiev ne deviendrait jamais membre. La perspective demeure inscrite dans les décisions politiques de l’Alliance. Mais entre une perspective officiellement maintenue et une adhésion effectivement réalisable, l’écart reste considérable.

Pour Zaloujny, cet écart semble désormais suffisant pour considérer l’adhésion comme hors de portée.

La guerre a changé la donne militaire

Son jugement ne repose toutefois pas uniquement sur la politique.

Depuis février 2022, l’armée ukrainienne combat dans des conditions qui ont accéléré la transformation de la guerre terrestre. L’emploi massif des drones, la guerre électronique, l’adaptation rapide des équipements et la recherche permanente de solutions moins coûteuses ont bouleversé les méthodes de combat.

Zaloujny estime que cette expérience place désormais l’Ukraine dans une position singulière face aux armées de l’OTAN. Selon lui, certaines doctrines de l’Alliance restent marquées par des conceptions qui ne correspondent plus entièrement aux réalités du champ de bataille contemporain.

La critique est sévère, mais elle ne signifie pas que l’Ukraine serait militairement supérieure à l’ensemble des pays de l’OTAN. Zaloujny vise certaines doctrines et certaines capacités, notamment celles liées à la guerre technologique qui s’est développée sur le front ukrainien.

Le paradoxe est ailleurs : l’Ukraine, qui a longtemps cherché à apprendre des armées de l’Alliance, dispose désormais d’une expérience opérationnelle dont plusieurs membres de l’OTAN cherchent eux-mêmes à tirer des enseignements.

Une dépendance qui demeure

Cette évolution ne signifie pas pour autant que Kiev pourrait se passer de ses partenaires occidentaux.

L’ancien commandant en chef le reconnaît lui-même. L’Ukraine reste dépendante de technologies dont disposent les pays de l’OTAN, notamment pour la défense aérienne et l’interception des missiles balistiques.

La guerre a ainsi produit une relation à double sens. L’Ukraine apporte une expérience de combat que les armées occidentales n’avaient pas acquise à cette échelle, mais elle a toujours besoin de systèmes militaires de haute technologie que ses partenaires sont capables de fournir.

C’est l’une des contradictions fondamentales de la situation actuelle.

Zaloujny ne rejette pas l’OTAN

Sa déclaration ne doit donc pas être interprétée comme une rupture avec l’Alliance.

En juillet, dans une tribune publiée au Royaume-Uni, Zaloujny avait déjà estimé que la guerre en Ukraine soulevait des interrogations sur la capacité de l’OTAN à répondre aux conflits du XXIe siècle. Il reconnaissait parallèlement le soutien apporté à Kiev par les pays membres de l’Alliance.

Son propos actuel s’inscrit dans cette continuité : il ne conteste pas l’utilité de la coopération avec l’OTAN. Il met en cause l’idée selon laquelle l’adhésion de l’Ukraine constituerait encore une perspective réaliste dans les conditions actuelles.

Cette distinction est essentielle pour comprendre sa position.

Vers une autre architecture de sécurité ?

Si l’adhésion à l’OTAN reste bloquée, une autre question s’impose à Kiev et à ses partenaires : comment garantir la sécurité de l’Ukraine sans lui offrir, dans l’immédiat, la protection collective prévue par l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord ?

Depuis plusieurs mois, plusieurs pays européens travaillent à cette question. La France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Ukraine ont notamment poursuivi leurs discussions sur des garanties de sécurité et sur les modalités d’un soutien militaire européen à Kiev après un éventuel cessez-le-feu.

Cette démarche ne remplace pas juridiquement l’OTAN. Elle cherche plutôt à construire une protection intermédiaire autour de l’Ukraine, dans l’attente d’une éventuelle évolution politique.

La question de l’adhésion pourrait ainsi cesser d’être le seul horizon de la sécurité ukrainienne.

Un constat qui dépasse Zaloujny

La déclaration de l’ancien chef de l’armée intervient donc à un moment où les deux trajectoires qui semblaient devoir converger se sont éloignées.

Sur le plan militaire, l’Ukraine s’est rapprochée des armées occidentales et a développé, au fil de la guerre, des compétences que celles-ci cherchent désormais à acquérir.

Sur le plan politique, son adhésion demeure souhaitée par Kiev et officiellement inscrite dans la perspective de l’OTAN, mais l’unanimité nécessaire à son admission n’existe pas.

C’est dans cet espace entre les deux réalités que s’inscrit le constat de Zaloujny.

L’ancien commandant en chef ukrainien ne dit donc pas que l’Ukraine abandonne l’Occident. Il dit, en substance, qu’après douze années consacrées à préparer son armée à rejoindre l’Alliance, il ne croit plus que cette dernière étape puisse être franchie.

Et le paradoxe demeure entier : au moment où l’Ukraine semble militairement plus proche que jamais des armées de l’OTAN, son adhésion politique à l’Alliance paraît, elle, toujours aussi lointaine.

Celine Dou

France : condamné définitivement dans l’affaire des emplois de son épouse, François Fillon suspendu dix ans de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite

Près de dix ans après l’éclatement de l’affaire qui avait fait dérailler sa campagne présidentielle, François Fillon voit désormais ses distinctions nationales frappées par une sanction disciplinaire. Deux décrets signés le 19 août 2026 et publiés au Journal officiel le 20 août suspendent pour dix ans l’exercice des droits et prérogatives attachés à ses grades dans la Légion d’honneur et l’ordre national du Mérite.

Lire la suite: France : condamné définitivement dans l’affaire des emplois de son épouse, François Fillon suspendu dix ans de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite

L’ancien Premier ministre est grand officier de la Légion d’honneur et grand’croix de l’ordre national du Mérite. La mesure ne constitue pas une nouvelle peine prononcée par un tribunal et ne signifie pas qu’il est définitivement radié de ces deux ordres. Elle est la conséquence disciplinaire d’une condamnation pénale devenue définitive en février 2026, après son désistement de son pourvoi en cassation dans l’affaire des emplois de son épouse, Penelope Fillon.

Une sanction qui trouve son origine dans l’affaire des emplois de Penelope Fillon

Pour comprendre la décision publiée cette semaine, il faut revenir à janvier 2017.

Alors candidat de la droite à l’élection présidentielle, François Fillon est accusé d’avoir rémunéré son épouse comme assistante parlementaire alors que la réalité de son travail fait l’objet de sérieuses contestations. L’affaire prend rapidement une ampleur nationale et devient l’un des éléments déterminants de sa campagne.

La justice finit par retenir sa responsabilité pénale. La Cour de cassation avait confirmé en avril 2024 sa culpabilité pour détournement de fonds publics. Elle avait toutefois renvoyé la question des peines devant une nouvelle formation de la cour d’appel de Paris. Autrement dit, la culpabilité était déjà définitive ; seul le volet concernant la peine devait encore être rejugé.

Le 17 juin 2025, la cour d’appel de Paris fixe finalement cette peine à quatre ans d’emprisonnement avec sursis, 375 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité.

François Fillon forme alors un pourvoi en cassation. Mais le 16 février 2026, il se désiste de ce recours. Sa peine devient donc définitive.

C’est cette dernière étape qui complète le puzzle.

Pourquoi une condamnation pénale entraîne-t-elle une sanction dans la Légion d’honneur ?

La Légion d’honneur n’est pas seulement une décoration que l’on conserve indépendamment de son comportement ultérieur. Le code qui régit l’ordre prévoit une discipline propre à ses membres.

Trois sanctions disciplinaires sont prévues : la censure, la suspension totale ou partielle des droits et prérogatives attachés à la qualité de membre, et l’exclusion de l’ordre.

Le code prévoit notamment que les droits et prérogatives d’un membre peuvent être suspendus en cas de condamnation à une peine correctionnelle. Il prévoit également qu’une personne condamnée pour un crime ou à une peine d’emprisonnement ferme d’au moins un an est exclue de l’ordre.

Dans le cas de François Fillon, la condamnation prononcée en 2025 est une peine correctionnelle entièrement assortie du sursis. Il ne se trouve donc pas dans le cas d’une exclusion automatique correspondant à une peine d’emprisonnement ferme d’au moins un an.

Le droit permet en revanche une suspension des droits et prérogatives. C’est précisément la mesure retenue.

Dix ans de suspension, mais pas une radiation définitive

C’est une distinction importante.

Dire que François Fillon est « suspendu de la Légion d’honneur » ne signifie pas qu’il a définitivement perdu sa distinction.

Pendant dix ans, il est privé de l’exercice des droits et prérogatives attachés à son grade de grand officier de la Légion d’honneur. La suspension touche également son grade de grand’croix de l’ordre national du Mérite.

La différence avec une exclusion est prévue noir sur blanc par le code : l’exclusion retire définitivement la qualité de membre de l’ordre, tandis que la suspension prive le décoré, pendant la durée fixée, des droits et prérogatives attachés à cette qualité.

La mesure a néanmoins une portée concrète : durant la suspension, le droit de porter les insignes des décorations relevant de la grande chancellerie est lui aussi suspendu.

Une procédure distincte du procès pénal

La sanction disciplinaire n’est donc pas prononcée par la cour d’appel de Paris.

Les deux procédures ne se confondent pas.

Le procès pénal a établi la responsabilité de François Fillon dans l’affaire des emplois de son épouse et fixé une peine. La procédure disciplinaire relève, elle, du régime propre aux ordres nationaux.

Le code prévoit que les décisions judiciaires concernant les membres de la Légion d’honneur sont transmises au grand chancelier. L’intéressé doit ensuite pouvoir prendre connaissance du dossier et présenter ses explications et sa défense. Le conseil de l’ordre émet un avis sur la sanction à prendre.

Depuis une modification réglementaire entrée en vigueur en 2025, lorsque les conseils de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite sont saisis du même dossier et rendent des avis différents, le grand chancelier intervient pour formuler une proposition dans le cadre prévu par le code.

La décision finale de suspension est ensuite prononcée par décret du président de la République dans le cadre prévu par le code. Les décisions de suspension et d’exclusion sont publiées au Journal officiel.

Pourquoi l’ordre national du Mérite est-il également concerné ?

François Fillon ne détenait pas seulement la Légion d’honneur.

L’ancien Premier ministre est également grand’croix de l’ordre national du Mérite, une dignité particulièrement élevée.

Les deux ordres sont distincts, mais ils sont administrés par le même grand chancelier. Surtout, le code prévoit que les sanctions et la procédure disciplinaires applicables à la Légion d’honneur s’appliquent également aux membres de l’ordre national du Mérite, sous réserve de certaines dispositions particulières.

La suspension prononcée contre François Fillon concerne donc les deux distinctions.

Une conséquence qui arrive après neuf années de procédures

Le calendrier permet de mesurer la portée de la décision.

L’affaire éclate en 2017, au moment où François Fillon est candidat à l’élection présidentielle et figure parmi les principaux prétendants à l’Élysée. Sa campagne est profondément affectée par les révélations.

La procédure judiciaire se poursuit pendant plusieurs années. La culpabilité devient définitive en 2024. La cour d’appel fixe ensuite la peine en juin 2025. François Fillon se désiste finalement de son pourvoi en février 2026, rendant cette peine définitive.

Six mois plus tard, les conséquences disciplinaires concernant ses distinctions nationales sont officialisées.

Ce décalage explique pourquoi une affaire politique vieille de près d’une décennie revient aujourd’hui dans l’actualité : la justice pénale avait terminé son travail, mais les conséquences attachées au statut de décoré devaient encore suivre leur propre procédure.

Ce que cette décision dit réellement

Il serait donc réducteur de présenter la décision comme une simple « perte de la Légion d’honneur ».

François Fillon n’est pas radié définitivement de l’ordre. Il est suspendu pendant dix ans de l’exercice des droits et prérogatives liés à ses deux dignités nationales.

La décision constitue néanmoins une sanction institutionnelle significative. Elle vient ajouter une conséquence disciplinaire à une condamnation pénale devenue définitive, après une affaire qui avait déjà mis fin à ses ambitions présidentielles en 2017.

Le parcours de François Fillon connaît ainsi un nouvel épisode judiciaire et institutionnel : après la condamnation, puis la fin des recours, c’est désormais le statut de décoré de la République qui est directement touché.

Celine Dou

France : Yvette Roudy, première ministre des Droits de la femme, est morte à 97 ans

Yvette Roudy est morte mardi 18 août à Cabestany, dans les Pyrénées-Orientales, à l’âge de 97 ans. Ministre des Droits de la femme de 1981 à 1986 dans les gouvernements de Pierre Mauroy puis de Laurent Fabius, elle fut la première à occuper en France un ministère de plein exercice consacré aux droits des femmes. Son nom reste attaché au remboursement de l’interruption volontaire de grossesse par la Sécurité sociale et à la loi de 1983 sur l’égalité professionnelle. Mais son parcours raconte aussi une période où l’égalité entre les femmes et les hommes commençait à sortir du seul champ militant pour entrer dans celui de l’action gouvernementale.

Lire la suite: France : Yvette Roudy, première ministre des Droits de la femme, est morte à 97 ans

En 1981, un ministère change de nom et de dimension

Lorsque François Mitterrand arrive à l’Élysée en mai 1981, la question des femmes n’est pas nouvelle dans la politique française. Françoise Giroud avait déjà été secrétaire d’État chargée de la Condition féminine sous Valéry Giscard d’Estaing.

Mais le gouvernement socialiste fait un choix différent. Yvette Roudy reçoit un ministère consacré aux Droits de la femme.

La nuance compte.

Il ne s’agit plus seulement de s’intéresser à la situation des femmes ou de mettre en place des actions ponctuelles. Le gouvernement inscrit leurs droits dans un portefeuille ministériel identifié et dans l’administration de l’État. Les archives du ministère montrent d’ailleurs l’ampleur progressivement donnée à cette structure, avec des relais régionaux et départementaux et des dossiers portant aussi bien sur le travail que sur la contraception, l’IVG, les associations ou les relations avec le Parlement.

Roudy arrive à ce poste avec un parcours déjà consacré à la cause des femmes. En 1964, elle avait traduit en français The Feminine Mystique de Betty Friedan, publié sous le titre La Femme mystifiée. Elle avait également signé en 1971 le Manifeste des 343 et participé aux mouvements féministes avant son engagement gouvernemental.

Elle ne découvre donc pas le féminisme en entrant au gouvernement. Elle y apporte des revendications qu’elle veut désormais transformer en décisions publiques.

Après la loi Veil, l’IVG reste une question d’accès

L’un de ses premiers combats concerne l’avortement.

Il faut ici distinguer deux étapes que les hommages rendus depuis sa mort tendent parfois à rapprocher. La loi Veil de 1975 avait dépénalisé l’IVG sous certaines conditions. Yvette Roudy n’est pas à l’origine de cette légalisation.

Son combat porte sur ce qui vient ensuite : la prise en charge financière de l’intervention.

En 1982, le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale est adopté. Une liberté reconnue par la loi quelques années auparavant devient ainsi moins dépendante des ressources financières des femmes qui souhaitent y recourir. La mesure constitue l’une des principales réalisations de son passage au gouvernement.

Le raisonnement qui sous-tend cette réforme est alors décisif : un droit reconnu par la loi peut rester théorique si les conditions matérielles permettant de l’exercer ne sont pas réunies.

En 1983, le travail devient le nouveau terrain de bataille

La deuxième grande réforme porte sur l’emploi.

La loi du 13 juillet 1983, qui prendra le nom de « loi Roudy », interdit notamment de fonder sur le sexe le refus d’une embauche, d’une formation ou d’une promotion. Elle impose également aux entreprises concernées de présenter un rapport comparant la situation professionnelle des femmes et des hommes.

L’objectif est de donner aux inégalités professionnelles une existence juridique et de contraindre les entreprises à regarder leur propre fonctionnement.

Mais le texte porte déjà en lui une difficulté qui apparaîtra avec les années : la loi peut fixer une obligation sans garantir qu’elle sera respectée.

Roudy le constatera elle-même. Des décennies après l’adoption de son texte, elle déplorera encore son application insuffisante et la persistance des écarts entre les femmes et les hommes dans le monde professionnel.

Cette distance entre le droit et la réalité constitue l’une des limites de son bilan, mais aussi l’une des raisons pour lesquelles son action demeure importante : elle avait fait entrer l’égalité professionnelle dans la loi à une époque où elle n’allait nullement de soi.

Même les mots deviennent une affaire d’État

Son ministère s’intéresse également au vocabulaire.

En 1984, une commission est créée pour travailler sur la féminisation des noms de métiers, de fonctions, de grades et de titres. Elle est présidée par Benoîte Groult.

La démarche répond à une évolution très concrète : les femmes occupent de plus en plus de professions et de responsabilités, mais la langue administrative continue largement à les désigner au masculin.

La féminisation des fonctions n’est donc pas, pour Roudy, une question décorative. Elle accompagne la place nouvelle que les femmes cherchent à prendre dans la vie professionnelle et publique.

Le sujet, aujourd’hui banal dans de nombreux usages, était alors suffisamment controversé pour devenir une véritable question politique.

Roudy n’a pourtant pas remporté toutes ses batailles

C’est aussi ce qui distingue son parcours d’un récit simplement triomphal.

En 1983, elle défend un projet de loi visant à lutter contre le sexisme. Le texte rencontre une forte opposition, notamment autour de la publicité et de la liberté d’expression, et ne débouche pas sur la réforme espérée. Les archives du Calvados conservent d’ailleurs les traces de cette bataille politique menée alors qu’elle était ministre.

La représentation politique des femmes constitue un autre terrain difficile.

En 1982, une disposition destinée à favoriser la présence des femmes sur les listes municipales est censurée par le Conseil constitutionnel. La volonté politique d’introduire une représentation plus équilibrée se heurte ainsi au cadre constitutionnel de l’époque.

Il faudra attendre près de vingt ans pour qu’une réforme constitutionnelle puis la loi du 6 juin 2000 permettent d’instaurer la parité dans les élections politiques.

Roudy continuera, entre-temps, à défendre cette cause.

Une bataille commencée en 1981 qui ne s’arrête pas en 1986

Son départ du gouvernement ne signifie pas son retrait du combat.

Députée du Calvados, puis maire de Lisieux de 1989 à 2001, elle continue de s’investir dans la représentation des femmes et dans les questions d’égalité. Le combat pour la parité devient notamment l’un de ses engagements des années suivantes.

Cette continuité est importante.

La ministre qui avait vu une première tentative de quota censurée en 1982 poursuit son action jusqu’à l’adoption, en 2000, de la loi favorisant l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives.

Entre ces deux dates, la société française a changé. Le principe même de la parité, longtemps considéré comme incompatible avec une conception stricte de l’égalité devant la loi, finit par trouver sa place dans le droit.

Une ministre, mais surtout une femme qui avait changé de terrain

Yvette Roudy avait commencé sa vie professionnelle loin des sommets de l’État. Née à Pessac en 1929, elle entre dans la vie active comme dactylographe avant de devenir traductrice et militante.

Cette trajectoire explique en partie la nature de son engagement.

Elle avait connu le monde du travail avant d’en faire un objet de réforme. Elle avait découvert les grandes idées du féminisme international par son travail de traduction. Elle avait participé aux mobilisations féministes avant de rejoindre les institutions.

Puis elle avait fait le chemin inverse de celui que beaucoup de militants redoutent : elle n’a pas abandonné ses revendications en entrant au pouvoir ; elle a tenté de donner au pouvoir les moyens de les appliquer.

C’est là que se trouve la singularité de son passage au gouvernement.

Ce que son parcours dit de la France d’aujourd’hui

Yvette Roudy disparaît alors que plusieurs des questions qu’elle avait portées sont toujours présentes dans la société française.

L’égalité professionnelle demeure un sujet, malgré les nombreuses réformes adoptées depuis 1983. La représentation des femmes dans la vie politique a progressé avec la parité, sans que toutes les fonctions de pouvoir soient devenues également accessibles. Et les droits liés à la santé reproductive continuent de dépendre, au-delà des textes, de l’accès concret aux services et aux soins.

Roudy avait elle-même refusé de considérer les avancées obtenues comme définitives. En 2018, lors de la création de sa fondation, elle rappelait que des progrès avaient été accomplis mais que le chemin restait long. La fondation devait notamment soutenir des actions consacrées à l’égalité professionnelle, à l’accès aux droits, à l’IVG et à la contraception.

Son décès rappelle ainsi une réalité que son propre parcours avait déjà illustrée : les droits peuvent être inscrits dans la loi en quelques années, mais leur traduction dans la vie quotidienne demande beaucoup plus de temps.

Une page de la politique française se tourne

Yvette Roudy est morte à Cabestany à 97 ans, après une vie politique qui aura traversé plusieurs générations du féminisme français. Les hommages rendus depuis l’annonce de sa disparition saluent notamment la ministre qui fit adopter le remboursement de l’IVG, la loi de 1983 sur l’égalité professionnelle et la reconnaissance officielle du 8 mars.

Mais son parcours ne se résume pas à une liste de réformes.

En 1981, elle avait reçu une mission nouvelle : faire des droits des femmes une responsabilité gouvernementale à part entière. Certaines de ses propositions ont abouti. D’autres ont échoué. Certaines lois ont été adoptées sans produire immédiatement les changements espérés.

C’est précisément cette histoire, faite d’avancées et de résistances, qui donne à sa disparition sa portée politique.

Yvette Roudy n’a pas achevé le combat qu’elle avait commencé. Elle a contribué à déplacer son lieu : des mouvements féministes vers l’État, puis de l’État vers la société tout entière.

Celine Dou

Gabon : Oligui Nguema poursuit la réorientation des bourses d’études vers le Gabon et l’Afrique

Le Gabon veut envoyer moins de ses étudiants vers les formations étrangères les plus coûteuses et donner davantage de place à ses propres universités ainsi qu’à celles du continent. Brice Oligui Nguema a défendu cette orientation dimanche 16 août, dans son message à la nation prononcé à la veille du 66e anniversaire de l’indépendance.

Lire la suite: Gabon : Oligui Nguema poursuit la réorientation des bourses d’études vers le Gabon et l’Afrique

L’annonce ne marque pas le début de cette politique. En juillet 2025, le président gabonais avait déjà annoncé qu’à partir de 2026, de nouvelles bourses ne seraient plus attribuées pour les études aux États Unis d’Amérique, au Canada et en France. Un an plus tard, il élargit son argumentaire : hausse du coût des études, diminution des aides aux étudiants dans certains pays et volonté de renforcer l’offre de formation au Gabon et en Afrique.

Brice Oligui Nguema n’a pas cité de pays dans son discours du 16 août. Il a évoqué des destinations où les frais d’études ont augmenté alors que les aides accordées aux étudiants ont diminué.

Son choix est désormais affiché : les jeunes Gabonais ne doivent plus considérer les universités étrangères comme l’unique voie vers une formation de qualité.

« L’Afrique ne doit pas être un choix par défaut », a déclaré le président gabonais. Il appelle les étudiants à regarder davantage vers les établissements du continent et à y acquérir les compétences dont le Gabon a besoin.

Ce discours vient après une première décision prise l’année précédente.

La France, le Canada et les États Unis d’Amérique déjà concernés

En juillet 2025, lors d’une rencontre avec la diaspora gabonaise à Washington, Brice Oligui Nguema avait annoncé la fin des nouvelles bourses pour les études aux États Unis d’Amérique et au Canada à partir de 2026. Il avait expliqué ce choix par le coût élevé des études dans ces deux pays.

La France avait également été citée dans les annonces rapportées à l’époque. Le quotidien gabonais L’Union écrivait en juillet 2025 que les nouvelles attributions de bourses pour les États Unis d’Amérique, le Canada et la France seraient suspendues à partir de 2026.

Il faut donc distinguer deux choses : la restriction de certaines destinations avait déjà été décidée ; le discours du 16 août donne désormais une justification plus large à cette politique.

Le gouvernement gabonais veut réduire la dépendance aux formations étrangères coûteuses et développer des parcours jugés plus utiles aux besoins du pays.

Une question de coût, mais pas seulement

L’argent est au centre du raisonnement présidentiel.

Le Gabon finance depuis longtemps des études à l’étranger, avec des prises en charge qui peuvent comprendre les frais de scolarité et les allocations versées aux étudiants. La facture devient particulièrement lourde lorsque les études sont suivies dans des pays où le coût de la vie et celui des formations sont élevés.

Mais les difficultés financières ne concernent pas uniquement les étudiants partis à l’étranger.

En mars 2026, l’Agence nationale des bourses du Gabon (ANBG) devait encore régulariser des arriérés concernant des étudiants gabonais en France. L’agence avait également annoncé la régularisation de plusieurs mois de bourses.

Au Gabon, la situation n’était pas plus simple. L’ANBG avait dû rassurer des étudiants transférés dans des établissements privés après des difficultés de paiement. Une dette de plus de 12 milliards de francs CFA envers plusieurs établissements avait alors été évoquée.

La question posée par Libreville dépasse donc les seuls frais d’inscription dans les universités étrangères : comment financer durablement un système de bourses qui prend en charge des milliers d’étudiants, au Gabon comme à l’étranger ?

L’ANBG, créée en 2011, est chargée d’exécuter la politique du gouvernement en matière de bourses et de gérer les étudiants gabonais bénéficiaires.

Former pour quels besoins ?

Brice Oligui Nguema avance aussi une autre raison : le Gabon veut que les études financées par l’État répondent davantage aux besoins du pays.

La logique est simple. Si l’État paie une formation pendant plusieurs années, il veut pouvoir compter ensuite sur les compétences acquises pour renforcer son économie, son administration, son système de santé ou ses secteurs techniques.

Le président avait déjà évoqué cet argument en 2025 lorsqu’il justifiait la restriction des bourses vers les États Unis d’Amérique et le Canada. Il reprochait notamment à certains étudiants de ne pas revenir au Gabon après leurs études.

La politique des bourses devient ainsi un outil de planification des compétences. L’ANBG présente d’ailleurs son rôle comme lié à la gestion des parcours des étudiants boursiers et à l’application des orientations fixées par le gouvernement.

Le pari africain

Le Gabon ne veut pas simplement réduire les départs. Il doit trouver des formations capables de les remplacer.

Le pays dispose déjà de partenariats avec plusieurs établissements africains. En 2025, l’ANBG avait notamment conclu une convention avec des établissements privés d’enseignement supérieur au Cameroun dans le cadre du programme CEMAC Sup.

L’Afrique offre aussi des pôles universitaires reconnus au Sénégal, au Maroc, au Ghana, en Afrique du Sud ou encore en Égypte. Le gouvernement gabonais avait déjà cité certains de ces pays comme destinations possibles pour les étudiants dont les bourses ne seraient plus orientées vers les pays occidentaux.

Mais le changement pose une question très concrète : les universités africaines peuvent-elles offrir, dans toutes les filières recherchées par le Gabon, les mêmes possibilités que les établissements vers lesquels les étudiants partaient auparavant ?

La réponse ne peut pas être la même selon les disciplines. Pour certaines formations, l’offre existe déjà sur le continent. Pour d’autres, le nombre de places, les équipements, les laboratoires ou la spécialisation des cursus peuvent limiter les possibilités.

Le choix d’une destination ne dépend donc pas uniquement de son coût.

Les étudiants déjà à l’étranger ne sont pas concernés de la même manière

La fin de nouvelles attributions ne signifie pas nécessairement que tous les étudiants gabonais actuellement inscrits à l’étranger doivent rentrer.

Les dispositifs de bourses reposent sur des règles de maintien et de renouvellement. Les étudiants déjà engagés dans un cursus peuvent continuer à bénéficier d’une prise en charge lorsqu’ils remplissent les conditions prévues. Les informations disponibles sur les bourses gabonaises en France indiquent notamment que la bourse peut être maintenue jusqu’à la fin d’un cursus engagé, sous réserve du respect des conditions fixées par l’ANBG.

La distinction entre nouvelles attributions et étudiants déjà engagés dans leurs études est donc essentielle. Sans elle, une annonce de réorientation peut facilement être comprise comme une fermeture immédiate de toutes les bourses à l’étranger.

Le Gabon veut changer les habitudes

Depuis des décennies, les études en France occupent une place importante dans les parcours des étudiants gabonais. Des milliers de Gabonais y ont étudié et continuent d’y étudier.

La politique annoncée par Brice Oligui Nguema cherche à modifier cette habitude. Elle ne signifie pas que les relations universitaires avec la France disparaissent. La coopération existe toujours, et des dispositifs de financement étrangers continuent également d’exister pour les étudiants gabonais.

Le changement porte surtout sur l’utilisation des ressources publiques gabonaises : quelles formations financer, dans quels pays et pour quels besoins ?

C’est sur cette question que le gouvernement devra désormais être jugé.

Réduire les bourses vers les destinations coûteuses peut alléger la facture publique. Mais cette économie n’aura de sens que si les étudiants trouvent ailleurs des formations solides et si les diplômés disposent ensuite, au Gabon, de véritables possibilités d’emploi.

Le pari de Brice Oligui Nguema est donc plus vaste qu’une restriction de destinations. Il consiste à faire évoluer une politique qui envoyait une partie de la jeunesse gabonaise se former à l’étranger vers un système davantage tourné vers le Gabon et le reste du continent.

Pour les familles et les futurs bacheliers, la question sera désormais très concrète : quelles formations resteront accessibles, dans quels pays, avec quel financement et avec quelles perspectives au terme des études ?

Les prochaines décisions de l’ANBG permettront de mesurer jusqu’où Libreville entend aller.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Éclipse totale du Soleil : où et comment voir le 12 août la Lune effacer le Soleil, de la Sibérie à l’Espagne

Demain, mercredi 12 août, le jour changera de visage dans une partie du monde. La Lune passera devant le Soleil et son ombre traversera le nord de la Russie, le Groenland, l’Islande et l’Europe du Sud-Ouest. Sur cette trajectoire étroite, le Soleil disparaîtra entièrement pendant quelques minutes. Ailleurs, notamment dans une grande partie de l’Europe et du nord-ouest de l’Afrique, l’éclipse sera seulement partielle.

Lire la suite: Éclipse totale du Soleil : où et comment voir le 12 août la Lune effacer le Soleil, de la Sibérie à l’Espagne

Cette éclipse totale est l’un des grands rendez-vous astronomiques de 2026. Elle commencera sa traversée terrestre dans le nord de la Russie avant de gagner l’Arctique, le Groenland, l’Islande, l’Atlantique Nord, puis l’Espagne et une petite partie du Portugal. Le maximum de totalité atteindra environ 2 minutes et 18 secondes. Pour les observateurs, tout se jouera pourtant à quelques dizaines de kilomètres près : être dans la bande de totalité ou juste à côté ne donne pas du tout le même spectacle.

De la Sibérie à l’Espagne, une ombre en mouvement

Une éclipse totale de Soleil se produit lorsque la Lune se place exactement entre la Terre et le Soleil et masque complètement le disque solaire. Son ombre, projetée sur la surface terrestre, forme alors une bande dans laquelle les observateurs voient le Soleil disparaître.

C’est cette ombre qui parcourra demain une partie de l’hémisphère Nord. Elle atteindra d’abord le nord de la Russie, puis traversera les régions arctiques avant de passer par le Groenland et l’Islande. Après un long parcours au-dessus de l’Atlantique Nord, elle atteindra l’Europe : la totalité sera visible dans le nord de l’Espagne ainsi que dans une petite partie du nord-est du Portugal.

Le reste de l’Europe ne sera pas exclu du spectacle. Mais il faudra parler d’éclipse partielle, et non d’éclipse totale. La France métropolitaine, notamment, verra la Lune recouvrir une très grande partie du Soleil, avec une occultation pouvant atteindre près de 99 % dans certaines zones de l’ouest et du sud.

Cette différence est loin d’être secondaire. À 99 %, le Soleil reste le Soleil. À 100 %, le disque lumineux disparaît et la couronne solaire devient visible. C’est ce bref passage qui transforme une éclipse spectaculaire en véritable nuit en plein jour.

En France, un Soleil presque effacé, mais pas disparu

En France métropolitaine, le phénomène commencera aux alentours de 19 h 20 et atteindra son maximum vers 20 h 20, avec des variations selon les lieux. Dans l’ouest et le sud du pays, l’occultation sera particulièrement importante. Le coucher du Soleil accentuera encore l’impression de pénombre.

Mais même lorsque 99 % du disque solaire est masqué, le dernier pour cent demeure suffisamment lumineux pour présenter un danger pour les yeux.

C’est l’une des erreurs que les astronomes veulent précisément éviter : une éclipse « presque totale » n’autorise pas l’observation à l’œil nu. Pour les personnes qui se trouvent hors de la bande de totalité, la protection doit rester en place pendant toute la phase où le Soleil n’est pas complètement masqué.

Ce que verront ceux qui seront dans la totalité

Pour ceux qui auront choisi l’Islande ou le nord de l’Espagne, l’expérience sera tout autre.

À mesure que la Lune avancera devant le Soleil, la lumière diminuera. Puis, lorsque le dernier fragment du disque solaire disparaîtra, l’obscurité gagnera brutalement le paysage. La température peut baisser et l’atmosphère prendre, pendant quelques instants, une apparence inhabituelle.

Surtout, la couronne solaire deviendra visible. Cette enveloppe extérieure de l’atmosphère du Soleil est normalement noyée dans l’éclat du disque solaire. La totalité permet de l’observer directement pendant quelques minutes.

C’est aussi la raison pour laquelle des astronomes se déplacent parfois à l’autre bout du monde pour quelques instants de spectacle : la fenêtre d’observation est courte, mais elle offre des conditions qu’aucun ciel ordinaire ne permet de reproduire.

Pourquoi certains astronomes prendront l’avion

L’éclipse donnera même lieu à une observation depuis les airs.

La compagnie espagnole Iberia a prévu un vol spécial destiné à permettre à des scientifiques et à des passagers d’observer le phénomène au-dessus des nuages. L’appareil doit atteindre une altitude de plusieurs milliers de mètres afin de limiter le risque que la couverture nuageuse masque le spectacle. Une retransmission en direct est également prévue grâce à la connexion Starlink installée à bord.

Le choix n’a rien d’anecdotique. Pour un observateur au sol, quelques nuages peuvent suffire à faire disparaître plusieurs années de préparation en quelques secondes. Depuis un avion, les scientifiques espèrent disposer d’un ciel dégagé et d’un point d’observation favorable pour étudier notamment la couronne solaire.

Cette course aux meilleures conditions rappelle une chose : une éclipse totale est un phénomène précis, bref et géographiquement limité. On ne peut pas simplement attendre qu’elle apparaisse partout de la même manière.

Comment regarder l’éclipse sans se blesser

La première règle est simple : ne jamais regarder directement le Soleil sans protection adaptée pendant les phases partielles.

Des lunettes de soleil ordinaires ne protègent pas suffisamment les yeux. Il faut utiliser des lunettes spécialement conçues pour l’observation solaire et conformes aux normes de sécurité recommandées.

Les jumelles, télescopes, longues-vues et appareils photographiques ne doivent pas non plus être utilisés pour regarder le Soleil sans filtre solaire adapté. Le gouvernement français recommande notamment l’utilisation d’un filtre spécifique pour les instruments optiques et rappelle de ne pas retirer les lunettes de protection pour photographier le phénomène.

Une règle particulière concerne uniquement la totalité complète. Lorsqu’un observateur se trouve réellement dans la bande de totalité et que la Lune masque entièrement le Soleil, il peut retirer ses lunettes pendant ces quelques instants pour observer la couronne solaire.

Mais dès que la moindre partie brillante du Soleil réapparaît, les lunettes doivent être remises immédiatement.

Cette précaution ne concerne pas les régions où l’éclipse reste partielle. Là, le Soleil ne doit jamais être regardé directement sans protection.

Le carton percé peut devenir un instrument

Il est toutefois possible de profiter du phénomène sans regarder le Soleil.

Le principe du sténopé permet de projeter indirectement l’image du Soleil sur une surface. Un petit trou dans un carton suffit : en plaçant une feuille blanche à quelques dizaines de centimètres derrière, on obtient une petite image circulaire du Soleil. Au fil de l’éclipse, cette image prend la forme du croissant solaire.

L’expérience peut être réalisée simplement, notamment avec des enfants. Elle permet de suivre la progression de l’éclipse sans fixer l’astre.

Une consigne demeure indispensable : le petit trou sert à projeter l’image du Soleil, pas à regarder à travers lui.

Le 12 août, le ciel offrira d’autres rendez-vous

L’éclipse ne sera pas le seul phénomène céleste intéressant de cette période.

Dans le ciel matinal, plusieurs planètes apparaîtront autour de l’écliptique : Jupiter, Mercure, Mars, Uranus, Saturne et Neptune. Leur regroupement est parfois présenté comme un « alignement de six planètes », mais il ne faut pas imaginer six astres disposés sur une ligne parfaitement droite. Certaines seront faciles à repérer, tandis que d’autres demanderont des instruments.

La nuit offrira également les Perséides, dont le maximum intervient autour de cette période. Ces étoiles filantes seront toutefois à observer durant la nuit, tandis que les planètes seront recherchées avant l’aube. L’éclipse solaire, elle, se déroulera à un tout autre moment.

Il ne s’agit donc pas d’un seul spectacle réunissant simultanément tous ces phénomènes, mais d’une succession de rendez-vous astronomiques autour d’une même date.

Une journée à préparer, pas seulement à regarder

Le 12 août sera ainsi différent selon l’endroit où l’on se trouvera.

En Islande, au Groenland, dans le nord de l’Espagne ou dans les autres secteurs placés sur la trajectoire de l’ombre, certains observateurs verront le Soleil disparaître complètement. Dans une grande partie de l’Europe, dont la France, le disque solaire restera visible, parfois sous la forme d’un mince croissant.

La différence tient à la géométrie entre la Terre, la Lune et le Soleil. Elle explique aussi pourquoi des passionnés se déplacent parfois très loin pour quelques minutes de totalité.

Demain, l’ombre de la Lune parcourra donc une partie du globe à une vitesse considérable. Pour ceux qui auront choisi le bon endroit et bénéficié d’un ciel dégagé, le jour laissera momentanément place à l’obscurité. Pour les autres, le Soleil apparaîtra simplement amputé d’une large partie de son disque.

Dans les deux cas, le spectacle mérite d’être observé. Mais il mérite surtout de l’être avec les bons équipements, au bon endroit et au bon moment.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France : dès le 11 août, le démarchage téléphonique sans consentement devient interdit pour protéger les consommateurs, mais les fraudeurs échappent encore à cette nouvelle règle

À partir du mardi 11 août, le téléphone ne pourra plus sonner pour une offre commerciale simplement parce que son propriétaire n’a pas dit non. En France, le principe est désormais inversé : sans accord préalable du consommateur, le démarchage téléphonique sera interdit. Une réforme importante qui renforce les droits des particuliers et met fin à Bloctel, mais qui ne suffira pas à faire taire les appels frauduleux.

Lire la suite: France : dès le 11 août, le démarchage téléphonique sans consentement devient interdit pour protéger les consommateurs, mais les fraudeurs échappent encore à cette nouvelle règle

Adoptée en juin 2025 et applicable à partir du 11 août 2026, la nouvelle réglementation impose aux entreprises de recueillir un consentement préalable, libre, spécifique, éclairé, univoque et révocable avant de démarcher un particulier par téléphone. Le professionnel devra être capable de prouver cet accord. Des exceptions subsistent, notamment pour l’exécution de certains contrats en cours et la prospection concernant les journaux, périodiques et magazines. Mais les appels frauduleux, eux, se situent déjà en dehors du cadre légal. C’est pourquoi la fin du démarchage commercial non sollicité ne signifie pas la fin des appels indésirables.

Le consommateur n’aura plus à dire non

Pendant des années, la France a fonctionné selon une logique d’opposition. Un particulier pouvait inscrire son numéro sur Bloctel pour demander à ne plus recevoir de sollicitations commerciales. Les entreprises étaient alors tenues de respecter cette opposition, sous réserve des exceptions prévues par la réglementation.

Ce système disparaît avec l’entrée en vigueur du nouveau dispositif.

À compter du 11 août, le professionnel devra obtenir l’accord préalable du consommateur avant de pouvoir le démarcher par téléphone. Le simple fait de disposer de son numéro ne constituera donc plus une autorisation.

Le consentement devra être libre, spécifique, éclairé, univoque et révocable. Il devra résulter d’une démarche positive du consommateur et non d’une case précochée ou d’une acceptation ambiguë. L’entreprise devra pouvoir démontrer qu’elle a obtenu cet accord dans les conditions prévues par la loi. La preuve devra être conservée pendant au moins trois ans, tandis que le consentement lui-même ne pourra être valable plus d’un an.

Le changement est important : le silence ne vaudra plus consentement.

Bloctel disparaît avec l’ancien système

La disparition de Bloctel est la conséquence logique de cette nouvelle approche.

Le service reposait sur une idée simple : le consommateur devait manifester son opposition pour être protégé contre une partie du démarchage. Désormais, la protection devient la règle par défaut. C’est à l’entreprise de démontrer qu’elle dispose d’un « oui » valable avant de téléphoner.

Le particulier n’a donc plus à multiplier les démarches pour demander la tranquillité. En principe, une entreprise qui ne dispose pas de son accord ne doit pas l’appeler à des fins commerciales.

Cette évolution répond à une critique ancienne de Bloctel : malgré l’inscription de nombreux consommateurs, les appels non sollicités n’ont jamais disparu. La nouvelle loi tente donc de déplacer le problème à la source, en interdisant le démarchage sans consentement plutôt qu’en demandant aux particuliers de s’en protéger individuellement.

Toutes les entreprises ne seront pourtant pas réduites au silence

La réforme ne signifie pas qu’une entreprise ne pourra plus jamais appeler son client.

La loi maintient notamment une exception pour l’exécution d’un contrat en cours lorsque l’appel concerne des produits ou services liés à ce contrat. Un professionnel pourra donc encore contacter son client dans certaines situations sans recueillir un nouveau consentement spécifique pour chaque appel.

Une autre exception concerne la prospection commerciale pour les journaux, périodiques et magazines, dans les conditions prévues par le dispositif.

Le législateur a également prévu des règles particulières pour certains secteurs. Dans le domaine de la rénovation énergétique et de l’adaptation des logements à la perte d’autonomie ou au handicap, le démarchage téléphonique est soumis à des interdictions spécifiques.

La nuance est importante : la loi interdit le démarchage commercial non sollicité, pas toute communication téléphonique entre un professionnel et un particulier.

Une obligation lourde pour les entreprises

Pour les professionnels, le changement ne se limite pas à modifier le comportement des téléopérateurs.

Ils devront revoir leurs fichiers, leurs procédures de collecte du consentement et leurs systèmes de conservation des preuves. Ils devront également être capables de démontrer, en cas de contrôle, que la personne appelée avait bien accepté d’être contactée.

Cette obligation change aussi la relation entre les entreprises et les consommateurs. Une société qui récupère un numéro de téléphone dans le cadre d’un formulaire ou d’une commande ne pourra pas automatiquement considérer qu’elle a obtenu le droit de démarcher son propriétaire.

Il faudra un consentement correspondant réellement à cette finalité.

Des sanctions pouvant atteindre 375 000 euros

La nouvelle réglementation est assortie de sanctions significatives.

Une personne physique peut encourir jusqu’à 75 000 euros d’amende, tandis que l’amende peut atteindre 375 000 euros pour une personne morale en cas de violation des règles applicables au démarchage téléphonique.

La pression ne repose donc plus uniquement sur le consommateur, qui devait jusqu’ici filtrer les appels ou s’inscrire sur une liste d’opposition. Les entreprises sont désormais directement responsables de leur capacité à justifier leurs appels.

Pour les professionnels respectueux des règles, la réforme constitue une contrainte supplémentaire. Pour les entreprises qui s’y conformeront, elle peut aussi clarifier les limites du démarchage et réduire les pratiques commerciales les plus intrusives.

Mais cette logique atteint rapidement ses limites lorsqu’elle rencontre ceux qui ne respectent déjà aucune règle.

Les fraudeurs n’attendent pas le 11 août pour enfreindre la loi

C’est le principal paradoxe de cette réforme.

Un faux conseiller bancaire qui réclame un code de validation, un escroc qui prétend représenter une administration ou un individu qui propose une prétendue opération de rénovation énergétique sans y être autorisé ne se préoccupait déjà pas de Bloctel.

Ces appels sont frauduleux avant même l’entrée en vigueur de la nouvelle loi.

Le 11 août ne changera donc pas leur statut juridique. Ils resteront illégaux.

La réforme pourra rendre plus simple la sanction du démarchage commercial effectué par des entreprises identifiables. Elle ne supprimera pas pour autant les appels provenant de réseaux frauduleux, de centres opérant depuis l’étranger ou de personnes utilisant de fausses identités.

C’est ici que le problème change de nature.

Le téléphone peut afficher un numéro qui n’est pas celui du fraudeur

L’une des principales difficultés pour les autorités tient à l’usurpation des numéros, appelée spoofing.

Le principe est simple : le numéro qui apparaît sur l’écran du téléphone n’est pas nécessairement celui depuis lequel l’appel a réellement été émis.

Un fraudeur situé à l’étranger peut ainsi faire apparaître un numéro français et donner à son appel une apparence beaucoup plus crédible. Pour la victime, le numéro ressemble à celui d’un particulier, d’une entreprise ou d’un service situé en France.

Cette technique complique considérablement le travail des enquêteurs.

Selon les données de l’Arcep, plus de 19 000 signalements d’usurpation de numéro ont été enregistrés en 2025. Le régulateur a également fait état d’une forte progression des signalements concernant les appels et messages indésirables.

Face à cette situation, l’Arcep a lancé en janvier 2026 une enquête administrative visant les opérateurs télécoms afin d’examiner les mécanismes d’acheminement des appels et l’efficacité des dispositifs d’authentification des numéros.

Le problème ne se trouve donc pas uniquement chez celui qui appelle. Il se trouve aussi dans la chaîne technique qui permet à la communication d’arriver jusqu’au téléphone de la victime avec une identité falsifiée.

Des appels indésirables qui restent massifs

Les chiffres montrent que le problème dépasse largement le seul démarchage commercial.

L’Observatoire de la satisfaction client de l’Arcep publié en 2026 indique que 94 % des consommateurs ont reçu au moins un appel ou SMS indésirable au cours des trois derniers mois. Plus de la moitié, soit 57 %, déclarent en recevoir presque quotidiennement.

Ces chiffres montrent pourquoi l’entrée en vigueur de la nouvelle loi est attendue par les associations de consommateurs.

Mais ils montrent également pourquoi il serait imprudent de présenter le 11 août comme le jour où les téléphones français cesseront de sonner.

Une partie des appels qui dérangent les consommateurs relève du démarchage commercial. Une autre relève de la fraude, de l’usurpation ou de pratiques déjà interdites.

La loi agit surtout sur la première catégorie.

L’intelligence artificielle ajoute une nouvelle difficulté

Les fraudeurs disposent désormais d’un autre outil : l’intelligence artificielle.

Les technologies de génération vocale permettent de reproduire des voix de plus en plus naturelles. Elles peuvent être utilisées pour automatiser des conversations, multiplier les appels et adapter un discours à certaines réponses de la personne appelée.

L’intérêt pour les fraudeurs est évident : réduire le coût d’une opération et augmenter le nombre de victimes potentielles.

Il faut toutefois éviter les raccourcis. Tous les appels frauduleux ne sont pas générés par IA. Les techniques traditionnelles continuent d’exister. Mais l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle donne aux réseaux frauduleux une capacité supplémentaire d’automatisation.

Une voix qui semble humaine n’est donc plus une garantie que l’interlocuteur est humain.

Une course entre la réglementation et les nouvelles méthodes de fraude

Le problème est désormais celui de l’adaptation.

Chaque nouveau dispositif de protection oblige les fraudeurs à chercher une autre faille. Lorsqu’un numéro devient plus difficile à usurper, ils peuvent modifier leurs méthodes d’appel. Lorsque certains canaux sont mieux surveillés, ils peuvent en utiliser d’autres.

C’est pourquoi l’Arcep travaille sur l’authentification des numéros et sur la traçabilité des communications. Les opérateurs ont un rôle central à jouer : ils constituent le passage obligé de ces appels, y compris lorsque leur origine réelle se trouve à l’étranger.

La lutte contre les appels frauduleux ne dépend donc pas seulement du droit de la consommation. Elle relève aussi de la régulation des télécommunications, de la coopération entre opérateurs et autorités, et de la capacité à identifier les auteurs derrière des numéros falsifiés.

Ce que les consommateurs doivent retenir

À partir du 11 août, un particulier qui reçoit un appel commercial non sollicité pourra demander à l’entreprise sur quelle base elle l’a contacté.

Si celle-ci affirme disposer d’un consentement, elle doit être en mesure de le démontrer.

Mais face à un appel suspect, la prudence reste nécessaire. Un numéro français affiché sur l’écran ne garantit pas l’identité de l’interlocuteur. Un conseiller bancaire ne doit pas demander certains codes confidentiels par téléphone. Une administration ne demande pas n’importe quelle donnée personnelle au cours d’un appel inattendu.

Le consommateur reste donc un maillon important de la chaîne de protection, malgré le renforcement de la loi.

Une réforme importante, mais pas une fin

Le 11 août marque une véritable rupture dans le droit français du démarchage téléphonique.

La logique change : ce n’est plus au consommateur de demander qu’on le laisse tranquille ; c’est au professionnel d’obtenir son accord avant de l’appeler.

La disparition de Bloctel, l’obligation de recueillir un consentement préalable et les sanctions prévues donnent à la réforme une portée réelle.

Mais elle ne règle qu’une partie du problème.

Les fraudeurs n’ont jamais attendu une autorisation pour téléphoner. Ils peuvent utiliser des numéros usurpés, appeler depuis l’étranger, exploiter les failles techniques des réseaux et recourir à des outils d’intelligence artificielle pour multiplier leurs tentatives.

La France change donc les règles du démarchage. Elle ne met pas fin à fraude téléphonique.

La véritable réussite de cette réforme se mesurera dans les mois qui viennent : moins d’appels commerciaux non sollicités pour les consommateurs, mais aussi une capacité accrue des autorités et des opérateurs à identifier ceux qui continueront à appeler malgré l’interdiction.

Le 11 août n’est donc pas la fin du démarchage téléphonique. C’est la fin d’un système dans lequel le consommateur devait d’abord dire non.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France : une plainte vise le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko, soupçonné d’avoir cumulé un emploi à la RATP et plusieurs mandats publics

Pendant plusieurs années, Bally Bagayoko aurait cumulé un poste de cadre à la Régie autonome des transports parisiens (RATP) avec plusieurs mandats électifs. Aujourd’hui, cette situation est examinée par la justice après une plainte déposée auprès du Parquet national financier. L’association AC!! Anti-Corruption demande de vérifier si les règles encadrant le cumul d’activités publiques ont été respectées et si les rémunérations perçues correspondaient bien à un travail effectivement exercé.

Lire la suite: France : une plainte vise le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko, soupçonné d’avoir cumulé un emploi à la RATP et plusieurs mandats publics

L’affaire a commencé avec une enquête du Canard enchaîné. L’hebdomadaire affirme que Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis et membre de La France insoumise, formation politique française classée à gauche, aurait conservé un poste de cadre à la RATP alors qu’il exerçait parallèlement plusieurs responsabilités électives.

Selon les informations publiées par le journal satirique, l’élu aurait été recruté par la régie publique des transports franciliens en 2000 dans des conditions particulières, sans concours ni entretien. L’enquête évoque également des horaires de travail qualifiés d’« élastiques » et une rémunération qui aurait ensuite dépassé 6 000 euros mensuels, en incluant les primes et le treizième mois.

Au fil des années, Bally Bagayoko a occupé plusieurs fonctions politiques : adjoint au maire de Saint-Denis, vice-président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, puis maire de la commune en 2026. C’est l’association de ces responsabilités électives avec son activité professionnelle au sein d’une entreprise publique qui se trouve aujourd’hui au centre des interrogations.

Une question au cœur de la plainte : le travail était-il réellement exercé ?

La plainte déposée par AC!! Anti-Corruption ne demande pas à la justice de trancher une controverse politique, mais de vérifier des éléments précis. L’association souhaite notamment savoir si une autorisation de cumul avait été délivrée par la RATP ou par les autorités compétentes, et si l’activité professionnelle exercée pendant les différents mandats correspondait aux obligations prévues par son contrat.

En France, le cumul de plusieurs emplois publics à temps complet est encadré par la loi. Lorsqu’une personne perçoit une rémunération provenant d’une entreprise publique, la réalité du travail fourni et le respect des règles administratives doivent pouvoir être établis.

Pour AC!! Anti-Corruption, si des rémunérations avaient été versées pour un emploi qui n’était pas effectivement occupé selon les conditions prévues, les faits pourraient relever d’une utilisation indue de fonds publics. L’association a donc demandé au Parquet national financier, juridiction spécialisée dans les affaires de corruption et d’atteinte à la probité, d’examiner la situation.

Des précédents qui ont marqué la vie publique française

Cette affaire rappelle d’autres dossiers qui ont alimenté le débat sur l’utilisation des fonds publics et la réalité des fonctions rémunérées.

Les affaires d’emplois présumés fictifs ont régulièrement conduit la justice française à s’interroger sur une même question : une rémunération publique correspond-elle à un travail réellement effectué ? Le dossier concernant François Fillon et les emplois de collaboratrice parlementaire attribués à son épouse avait notamment placé cette problématique au centre du débat national.

Le cas de Bally Bagayoko est toutefois différent. Il ne concerne pas une collaboratrice parlementaire, mais un possible cumul entre un emploi dans une entreprise publique et des responsabilités politiques locales. La question posée est donc celle de la compatibilité entre une fonction professionnelle rémunérée et l’exercice simultané de mandats électifs.

Au-delà des situations individuelles, le sujet renvoie à un débat plus large en France : celui de la frontière entre engagement politique et avantages liés à une fonction publique. Les réformes successives sur la transparence de la vie publique ont cherché à renforcer les obligations des responsables politiques afin d’éviter les conflits d’intérêts et de garantir une utilisation rigoureuse de l’argent public.

La justice devra établir les faits

Éric Halphen, ancien juge et président d’honneur d’AC!! Anti-Corruption, affirme que l’association joue son rôle de lanceur d’alerte en transmettant à la justice des éléments qui lui paraissent nécessiter une vérification. Il précise que cette démarche vaut quelle que soit l’appartenance politique des personnes concernées.

Contacté par l’Agence France-Presse, Bally Bagayoko n’a pas souhaité réagir. La RATP indique, pour sa part, qu’elle se tient à la disposition de la justice et qu’elle fournira les documents nécessaires si une enquête est ouverte.

À ce stade, aucune procédure judiciaire n’a été engagée contre le maire de Saint-Denis et aucune infraction n’est établie. Le Parquet national financier devra désormais examiner les éléments transmis et décider des suites à donner.

Cette affaire ne se résume pas au cas personnel de Bally Bagayoko. Elle pose une question centrale de la vie publique française : lorsqu’un élu perçoit une rémunération issue d’une entreprise publique tout en exerçant des responsabilités politiques, comment garantir que chaque fonction est réellement exercée et que chaque euro public est justifié ? La réponse appartient désormais à la justice.

Celine Dou, pour la Boussole-infos