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Venezuela : un chef indigène enlevé près de la frontière colombienne retrouvé mort, les groupes armés gagnent du terrain dans les zones minières

Julio Rodríguez, chef de la communauté Jivi Ekunay, dans l’État de Bolívar, a été retrouvé mort après huit jours de disparition. Selon l’ONG vénézuélienne Provea, il avait été enlevé le 2 août par des hommes armés présentés comme des membres présumés de dissidences des Farc.

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Le meurtre de Julio Rodríguez met une nouvelle fois en cause l’emprise de groupes armés sur certaines communautés indigènes du sud du Venezuela. Dans le territoire ancestral Mapoyo, où vivent notamment des populations Jivi, la pression est aussi liée à l’exploitation minière illégale. Les communautés dénoncent une présence armée qui réduit leur capacité à contrôler leurs propres territoires.

Huit jours entre le rapt et la mort

Julio Rodríguez avait été emmené de force dans la nuit du 2 août, dans la communauté Jivi Ekunay, à Los Pijiguaos, dans l’État de Bolívar. Sa disparition avait été signalée par les autorités indigènes locales.

Deux jours après son enlèvement, des responsables et de jeunes membres de la communauté partis à sa recherche ont été pris dans une embuscade dans le secteur de Vincler. Selon Provea, des drones ont survolé le groupe et largué des engins explosifs. Un homme âgé, Alirio Rodríguez, a été grièvement blessé.

Le 11 août, Provea a confirmé la mort de Julio Rodríguez, qui était porté disparu depuis huit jours. L’organisation a demandé une enquête et des sanctions contre les responsables, ainsi que des mesures pour protéger les populations et les territoires indigènes.

Les circonstances exactes de sa mort restent à établir. La responsabilité des dissidences des Farc repose, à ce stade, sur les accusations des autorités et organisations indigènes relayées par Provea.

Dans les territoires miniers, les groupes armés imposent leur présence

L’affaire dépasse le sort d’un seul chef communautaire. Los Pijiguaos se trouve dans une région riche en ressources minières, notamment en or, en coltán et en terres rares. L’exploitation clandestine y attire des groupes armés qui cherchent à contrôler les sites, les routes et les circuits de commercialisation.

Provea et d’autres organisations de défense des droits humains dénoncent depuis plusieurs années la présence de groupes armés colombiens dans certaines zones minières vénézuéliennes. Le phénomène concerne notamment l’ELN et des dissidences des Farc. Des enquêtes ont également documenté les liens entre exploitation minière, groupes criminels et acteurs des forces de sécurité dans le sud du pays.

Le territoire ancestral Mapoyo se trouve précisément au milieu de cette pression. Les communautés y font face à l’exploitation illégale de plusieurs minerais et à la présence d’hommes armés. La disparition puis l’assassinat de Julio Rodríguez montrent jusqu’où cette situation peut aller : un responsable indigène peut être enlevé au sein même de sa communauté, tandis que ceux qui partent à sa recherche sont eux-mêmes attaqués.

Un problème qui dépasse la frontière

La présence de guérilleros colombiens au Venezuela n’est pas nouvelle. Des groupes comme l’ELN ont développé des implantations dans plusieurs secteurs du pays, particulièrement dans les zones frontalières et les régions riches en ressources. Leur présence s’appuie notamment sur les revenus tirés des activités minières et d’autres trafics.

La frontière entre la Colombie et le Venezuela constitue ainsi un espace où se croisent plusieurs enjeux : circulation des groupes armés, exploitation clandestine des minerais, contrôle des territoires et faiblesse de la protection des populations isolées.

Pour les peuples indigènes, le problème est aussi territorial. Le territoire Mapoyo est officiellement délimité, mais la reconnaissance juridique ne suffit pas à garantir son contrôle lorsque des groupes armés peuvent y imposer leurs propres règles.

La mort de Julio Rodríguez rappelle brutalement cette contradiction : un territoire peut être reconnu par l’État et rester, dans les faits, soumis à d’autres rapports de force.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Colombie : 224 morts après le séisme de 7,4, le nouveau président doit maintenant prouver sa capacité à gérer la crise

Un jour après le puissant séisme qui a frappé l’ouest de la Colombie, les secouristes continuent de fouiller les décombres à la recherche de survivants. Avec 224 morts, des centaines de blessés et près de 1 600 bâtiments détruits ou endommagés, la catastrophe est aussi le premier grand test auquel est confronté Abelardo de la Espriella, investi trois jours avant le tremblement de terre.

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La terre a tremblé lundi matin, mais c’est désormais contre le temps que la Colombie se bat. À Cali, Pereira, Manizales et dans le Chocó, les secouristes travaillent dans les ruines d’immeubles effondrés, tandis que des habitants leur prêtent main-forte. Certains utilisent des pioches et des outils rudimentaires ; d’autres dégagent les gravats à mains nues. Dans plusieurs endroits, les opérations se poursuivent malgré les répliques qui rendent les bâtiments fragilisés dangereux.

Le Service géologique colombien a enregistré le séisme à 7 h 34, avec une magnitude de 7,4 et une profondeur de 103 kilomètres. Son épicentre se trouvait près de San José del Palmar, dans le Chocó. La secousse a été ressentie bien au-delà de cette région et jusqu’en Équateur, au Panama et au Venezuela.

À mesure que les équipes avancent dans les zones sinistrées, le bilan s’alourdit. 224 personnes ont perdu la vie et au moins 570 ont été blessées, selon les autorités citées par Reuters. Cali compte à elle seule 95 morts, tandis que Pereira en déplore 72. Le Chocó, pourtant proche de l’épicentre, fait état de 13 décès. Près de 1 600 bâtiments ont été détruits ou endommagés.

Mais derrière ces chiffres, une autre réalité apparaît : dans plusieurs villes, les secours doivent intervenir alors que les hôpitaux, les logements et certaines infrastructures essentielles ont eux-mêmes été touchés. À Cali, des patients ont dû être évacués de parties endommagées d’un établissement hospitalier. Dans les quartiers les plus touchés, des familles attendent toujours des nouvelles de leurs proches.

Le Chocó, au cœur d’une catastrophe qui dépasse le séisme

L’épicentre se trouve dans le Chocó, l’un des départements les plus pauvres de Colombie. Cette donnée n’est pas secondaire. Elle explique en partie pourquoi une catastrophe naturelle prend ici une dimension particulière.

Dans cette région difficile d’accès, où les infrastructures sont déjà limitées, chaque route coupée, chaque bâtiment détruit et chaque interruption des services essentiels complique davantage l’intervention des secours. Le séisme n’a donc pas frappé une région disposant partout des mêmes capacités pour absorber le choc.

C’est aussi ce qui donne à cette catastrophe une portée politique. La question n’est plus seulement de savoir combien de bâtiments se sont effondrés, mais dans quel état se trouvait le pays au moment où la terre a tremblé.

La Colombie dispose d’une longue expérience des catastrophes naturelles et d’un dispositif national de secours. Mais aucun système ne peut être jugé uniquement sur les procédures prévues avant une crise. Il se mesure dans les heures qui suivent : capacité à localiser les disparus, à faire parvenir du matériel, à soigner les blessés, à protéger les populations déplacées et à maintenir l’ordre sans entraver les opérations de sauvetage.

Une première crise pour Abelardo de la Espriella

Le calendrier donne au séisme une dimension politique particulière. Abelardo de la Espriella venait à peine de prendre ses fonctions lorsque la catastrophe s’est produite.

Le nouveau président a déclaré l’état d’urgence et mobilisé les forces armées et la police pour participer aux secours et sécuriser les zones sinistrées. À Cali, un important dispositif de sécurité a été déployé alors que les autorités redoutaient des pillages.

Son premier défi est donc immédiat : faire parvenir l’État là où la population en a le plus besoin. Il lui faudra aussi éviter un autre piège, celui d’une réponse concentrée sur les grandes villes alors que des territoires plus isolés, notamment le Chocó, disposent de moyens beaucoup plus faibles.

Cette crise donnera ainsi une première indication sur la manière dont le nouveau pouvoir entend gouverner. Une catastrophe ne laisse guère de temps aux discours. Elle oblige à décider vite, à coordonner les administrations et à rendre des comptes sur les résultats.

L’aide internationale entre en scène

La Colombie peut néanmoins compter sur le soutien extérieur. L’Union européenne a activé Copernicus, son service satellitaire d’urgence, afin de fournir aux autorités des cartes permettant d’identifier les zones les plus touchées et de faciliter la planification des secours. Les États Unis d’Amérique ont annoncé 15,5 millions de dollars d’aide d’urgence. D’autres gouvernements ont également exprimé leur solidarité.

Cette aide sera particulièrement utile dans les prochaines étapes. Une fois les recherches terminées viendra le temps des abris, de l’accès à l’eau, de la prise en charge des familles ayant perdu leur logement et de la remise en état des infrastructures. Le coût humain est déjà considérable ; le coût économique et social ne pourra être mesuré qu’une fois l’urgence passée.

Pour l’heure, cependant, la priorité reste sous les gravats. Les sauveteurs cherchent encore des signes de vie, alors que les répliques continuent et que chaque heure réduit les chances de retrouver des survivants.

Le séisme du 10 août restera donc dans les annales pour sa puissance et son bilan. Mais pour le nouveau président colombien, il pourrait surtout devenir le premier moment où les promesses de gouvernement sont confrontées à une réalité beaucoup plus brutale : celle d’un État attendu, dans l’urgence, par des citoyens qui ont tout perdu.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Venezuela : pouvoir et opposition entament des négociations sur la transition démocratique, sans la lauréate du prix Nobel de la paix Maria Corina Machado

Sept mois après la chute de Nicolás Maduro, le Venezuela ouvre une nouvelle page de son histoire politique. Sous la supervision des États Unis d’Amérique, représentants du pouvoir et de l’opposition se sont retrouvés jeudi à Caracas pour lancer des négociations destinées à préparer une transition démocratique. Une absence domine pourtant ces premiers échanges : celle de Maria Corina Machado, figure de proue de l’opposition et lauréate du prix Nobel de la paix, toujours contrainte à l’exil.

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Les discussions se sont ouvertes le 6 août au centre des conventions de la base militaire de La Carlota, à Caracas. L’accès au site a été strictement contrôlé. Seuls les photographes ont été autorisés à immortaliser la poignée de main entre les délégations avant le début de pourparlers qui ont démarré avec plusieurs heures de retard. Aucun responsable n’a pris la parole devant la presse.

Autour de la table, le pouvoir est représenté par Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale et frère de la présidente par intérim Delcy Rodríguez, qui dirige le pays depuis la capture de Nicolás Maduro par l’armée des États Unis d’Amérique en janvier dernier. Face à lui, l’opposition a désigné Dinorah Figuera, ancienne députée installée en exil depuis plusieurs années et ancienne présidente de l’Assemblée nationale élue en 2015.

Selon l’ordre du jour arrêté par les deux délégations, les négociations porteront sur trois dossiers majeurs : la réponse au double séisme du 24 juin, qui a coûté la vie à plus de 6 000 personnes, les garanties politiques nécessaires à une normalisation institutionnelle et les conditions d’une transition démocratique débouchant sur de nouvelles élections.

L’absence de Maria Corina Machado donne toutefois une dimension particulière à ces discussions. Devenue la personnalité la plus emblématique de l’opposition vénézuélienne, elle n’a pas pris place à la table des négociations. Son exil continue d’alimenter les interrogations sur la capacité du processus à représenter l’ensemble des forces opposées au chavisme.

Depuis l’étranger, la lauréate du prix Nobel de la paix n’a pas rejeté le dialogue. Elle a réaffirmé son soutien à une résolution adoptée au Sénat des États Unis d’Amérique en faveur de la tenue d’élections libres et équitables au Venezuela. Dans un message publié sur le réseau social X, elle a estimé qu’une transition démocratique permettrait au pays de retrouver sa liberté, sa prospérité et de redevenir un partenaire stable pour la région.

Washington, qui supervise directement les discussions, voit dans ces négociations une occasion de sortir le Venezuela de plusieurs années de crise politique. Le département d’État a salué l’ouverture du dialogue, affirmant que les États Unis d’Amérique demeurent engagés en faveur d’un processus susceptible de conduire à la stabilisation du pays, à sa reprise économique et à une réconciliation politique durable.

Cette implication américaine est également perçue comme une garantie par une partie de l’opposition. Juan Pablo Guanipa, proche de Maria Corina Machado, estime que la présence de Washington réduit le risque de voir le pouvoir revenir sur ses engagements. Il espère que les discussions permettront d’obtenir la libération de tous les prisonniers politiques, la reconstitution d’institutions indépendantes et la fixation d’un calendrier électoral incluant l’élection présidentielle.

La question des détenus politiques s’est d’ailleurs imposée dès cette première journée. À Caracas, des proches de prisonniers ont appelé les négociateurs de l’opposition à ne pas faire de leur libération une variable d’ajustement dans les discussions avec le pouvoir. Ils réclament des mesures immédiates plutôt qu’un engagement conditionné à l’issue des pourparlers.

Ces négociations ne détermineront pas seulement l’avenir institutionnel du Venezuela. Elles diront aussi si le dialogue peut réellement ouvrir la voie à une transition démocratique alors que la principale figure de l’opposition en est absente. Pour le pouvoir comme pour ses adversaires, l’enjeu dépasse la signature d’un accord : il s’agit de convaincre une population éprouvée par des années de crise que cette fois, les promesses de changement pourront se traduire en actes.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Brésil : Brasilia demande le départ de l’ambassadeur argentin et abaisse ses relations diplomatiques après les accusations de corruption de Javier Milei contre Lula

Les invectives de Javier Milei contre Luiz Inácio Lula da Silva n’ont plus seulement une portée politique. Elles produisent désormais des effets diplomatiques. En demandant le départ de l’ambassadeur argentin et en ramenant sa représentation à Buenos Aires au niveau de chargé d’affaires, le Brésil rompt avec une tradition de retenue qui a longtemps permis aux deux principales puissances du Mercosur de préserver leur dialogue malgré leurs divergences.

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Depuis son arrivée au pouvoir, Javier Milei a multiplié les attaques contre Luiz Inácio Lula da Silva, les présentant comme le prolongement de son combat contre la gauche latino-américaine. Cette fois, Brasilia a décidé de répondre autrement. En abaissant officiellement le niveau de ses relations diplomatiques avec Buenos Aires, le gouvernement brésilien transforme un affrontement idéologique en crise d’État. Derrière cette décision se joue bien davantage qu’une querelle entre deux présidents : c’est la stabilité du principal axe politique et économique d’Amérique du Sud qui se trouve fragilisée.

Le ministère argentin des Affaires étrangères a confirmé avoir été informé, mardi, de la décision des autorités brésiliennes. Convoqué au palais d’Itamaraty, l’ambassadeur Guillermo Daniel Raimondi s’est vu notifier que le Brésil souhaitait son retour en Argentine. Dans le même temps, Brasilia a annoncé que sa propre représentation à Buenos Aires serait désormais assurée par un chargé d’affaires, un rang diplomatique inférieur à celui d’ambassadeur. Cette mesure ne rompt pas les relations entre les deux pays, mais elle traduit une perte de confiance politique rarement affichée entre voisins aussi étroitement liés.

Cette décision est l’aboutissement d’une escalade engagée depuis plusieurs semaines. Fin juillet, Javier Milei avait déjà provoqué l’irritation du gouvernement brésilien en participant au lancement de la campagne présidentielle de Flávio Bolsonaro, principal adversaire de Lula, où il avait de nouveau attaqué le chef de l’État brésilien. Dimanche encore, sur une chaîne de télévision argentine, il l’a qualifié de « voleur », de « corrompu » et d’« ex-détenu », reprenant des accusations liées à l’affaire Lava Jato. Pourtant, les condamnations prononcées contre Lula ont été annulées par la justice brésilienne, qui a estimé que la procédure avait été entachée de graves irrégularités.

À Brasilia, ces déclarations sont perçues comme une remise en cause non seulement du président, mais aussi des institutions brésiliennes. Pour le gouvernement de Lula, la liberté de critique politique ne saurait justifier des accusations répétées contre un chef d’État dont les condamnations ont été annulées par la plus haute juridiction du pays. En choisissant une réponse diplomatique plutôt qu’une simple protestation verbale, le Brésil entend fixer une limite à ce qu’il considère comme des attaques incompatibles avec les usages entre États.

Buenos Aires adopte une lecture radicalement différente. Dans son communiqué, la chancellerie argentine regrette une décision « unilatérale » et estime que Brasilia laisse des considérations idéologiques dicter sa politique étrangère. Le gouvernement de Javier Milei affirme, pour sa part, n’avoir jamais répondu à un désaccord politique par des mesures institutionnelles et assure qu’il ne souhaite pas une rupture des relations bilatérales.

Au-delà des communiqués, cette crise est révélatrice d’un basculement plus profond. Depuis le retour à la démocratie dans les années 1980, le Brésil et l’Argentine ont construit une relation fondée sur la coopération, quelles que soient les alternances politiques. Les présidents se sont souvent opposés sur les orientations économiques ou idéologiques, sans que cela ne conduise à un tel abaissement du niveau des relations diplomatiques. Ce précédent montre que les affrontements personnels entre dirigeants prennent désormais le pas sur les réflexes de coopération qui avaient façonné le Mercosur.

Cette dégradation intervient en outre dans une période où chacun des deux dirigeants regarde vers les prochaines échéances électorales. Lula, candidat à un nouveau mandat, cherche à apparaître comme le défenseur des institutions brésiliennes face aux ingérences extérieures. Javier Milei, lui, poursuit sa stratégie de confrontation avec les gouvernements de gauche, un positionnement qui nourrit son image auprès de son électorat et de ses alliés conservateurs en Amérique latine. Dans ce contexte, aucun des deux hommes ne semble disposé à désamorcer rapidement la crise.

Reste une réalité que ni Brasilia ni Buenos Aires ne peuvent ignorer : le Brésil demeure le premier partenaire commercial de l’Argentine et les deux pays sont au cœur du fonctionnement du Mercosur. Les échanges industriels, notamment dans les secteurs automobile, énergétique et manufacturier, rendent une rupture diplomatique peu probable. Mais plus cette confrontation s’installe, plus elle risque de compliquer les arbitrages régionaux et de ralentir les projets communs dont dépend une partie de l’intégration sud-américaine.

La décision de Brasilia dépasse donc le simple rappel d’un ambassadeur. Elle marque la volonté du Brésil de répondre par les institutions à ce qu’il considère comme une dérive des relations politiques avec Buenos Aires. Reste à savoir si ce signal de fermeté ouvrira la voie à un rétablissement du dialogue ou s’il inaugurera une période de tensions durables entre deux pays dont les destins restent, malgré tout, étroitement liés.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Colombie : pourquoi Bogotá ferme ses ambassades en Algérie et en Afrique du Sud au moment où ses relations avec Rabat se renforcent

En diplomatie, certains gestes parlent parfois autant que les discours. La décision de Bogotá de fermer ses ambassades en Algérie et en Afrique du Sud aurait pu n’être qu’une mesure administrative destinée à réduire les dépenses publiques. Mais le choix des deux pays concernés et le rapprochement parallèle avec Rabat donnent à cette annonce une dimension plus politique.

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À des milliers de kilomètres de l’Amérique latine, le Sahara occidental se retrouve une nouvelle fois au centre d’un jeu d’influences où chaque soutien international compte.

La Colombie réorganise son réseau diplomatique et réduit sa présence sur le continent africain. La fermeture annoncée de ses représentations à Alger et à Pretoria intervient alors que Bogotá développe des liens plus étroits avec le Maroc. Derrière cette décision se trouve un dossier qui oppose depuis des décennies Rabat et Alger : l’avenir du Sahara occidental.

Deux ambassades fermées, deux capitales au poids symbolique

La Colombie affirme vouloir revoir ses priorités diplomatiques et concentrer ses moyens sur les postes jugés les plus utiles à ses intérêts.

Mais le choix de fermer ses ambassades en Algérie et en Afrique du Sud attire immédiatement l’attention. Ces deux pays ne sont pas de simples partenaires diplomatiques parmi d’autres.

L’Algérie occupe une place centrale dans le dossier sahraoui. Depuis le retrait espagnol du Sahara occidental en 1975, Alger soutient le Front Polisario et défend l’organisation d’un processus permettant au peuple sahraoui de décider de son avenir.

L’Afrique du Sud adopte une position proche. Marquée par son histoire de lutte contre l’apartheid et les mouvements de libération nationale, Pretoria considère également que la question sahraouie relève du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Pour Rabat, au contraire, le Sahara occidental est une partie de son territoire et le plan d’autonomie proposé sous souveraineté marocaine constitue la solution réaliste au conflit.

C’est dans cette opposition diplomatique ancienne que prend place la décision colombienne.

Le Maroc avance ses pions en Amérique latine

Depuis plusieurs années, Rabat cherche à renforcer ses relations avec les pays d’Amérique latine.

La stratégie marocaine repose sur plusieurs leviers : coopération économique, investissements, échanges commerciaux, partenariats sécuritaires et diplomatie bilatérale.

L’objectif est aussi clair : obtenir davantage de soutiens à sa position sur le Sahara occidental.

Pendant longtemps, plusieurs pays latino-américains ont entretenu des relations avec la République arabe sahraouie démocratique proclamée par le Front Polisario. Mais cette situation évolue progressivement.

Certains États ont choisi de revoir leur position ou de renforcer leur coopération avec le Maroc.

Dans cette bataille diplomatique, chaque rapprochement compte.

Bogotá change-t-elle de ligne ?

La fermeture des ambassades en Algérie et en Afrique du Sud intervient après plusieurs années durant lesquelles la Colombie avait adopté une diplomatie particulièrement engagée sur les questions internationales liées aux droits humains, à l’environnement et aux relations avec les pays du Sud.

Le nouveau pouvoir colombien affiche une volonté de revoir ses priorités. L’objectif annoncé est de disposer d’un réseau diplomatique plus efficace et moins coûteux.

Mais au-delà de la justification financière, certains observateurs voient dans cette réorganisation un changement d’approche.

La Colombie cherche-t-elle à se rapprocher de pays considérés comme davantage compatibles avec ses intérêts économiques et stratégiques ?

Le rapprochement avec le Maroc alimente cette lecture.

Il reste toutefois difficile d’affirmer que Bogotá tourne définitivement le dos à Alger ou Pretoria. La fermeture d’une ambassade ne signifie pas automatiquement une rupture politique. Les relations entre États peuvent continuer à travers d’autres canaux diplomatiques.

Mais le signal envoyé n’est pas neutre.

Le Sahara occidental, un dossier qui dépasse le Maghreb

Le conflit du Sahara occidental ne se limite plus aux relations entre le Maroc et l’Algérie.

Au fil des années, il est devenu un sujet suivi par plusieurs puissances internationales.

Le Maroc a obtenu des soutiens importants, notamment après la reconnaissance par les États Unis d’Amérique de sa souveraineté sur le territoire sous l’administration de Donald Trump en 2020.

Plusieurs pays ont depuis affiché un soutien au plan d’autonomie marocain.

De son côté, l’Algérie continue de défendre la position du Front Polisario et refuse toute solution qui ne passerait pas par l’autodétermination.

Cette rivalité dépasse donc les frontières du Maghreb. Elle se joue désormais dans les enceintes internationales et dans les relations bilatérales avec des pays parfois éloignés géographiquement du conflit.

La décision colombienne montre une évolution importante des relations internationales : les alliances ne reposent plus uniquement sur des proximités historiques ou idéologiques.

Les États cherchent d’abord à défendre leurs intérêts.

Pour le Maroc, développer des liens avec l’Amérique latine représente une opportunité d’élargir son soutien diplomatique. Pour l’Algérie, maintenir ses positions auprès de partenaires internationaux reste un enjeu majeur.

La Colombie, elle, semble vouloir redéfinir ses priorités.

Cette affaire rappelle aussi une réalité : les dossiers africains occupent désormais une place croissante dans les stratégies diplomatiques mondiales. Les pays du continent ne sont plus seulement des acteurs régionaux ; leurs enjeux deviennent des terrains de compétition entre États venus d’autres continents.

La question sera désormais de savoir si la décision colombienne restera un choix isolé ou si elle annonce une évolution plus large de la politique latino-américaine à l’égard du Maghreb.

Car derrière les ambassades qui ferment et les partenariats qui se renforcent, c’est une question plus vaste qui se pose : dans un monde où les alliances évoluent rapidement, quels pays réussiront à convaincre de leur vision diplomatique ?

La fermeture des ambassades colombiennes en Algérie et en Afrique du Sud ne constitue pas, à elle seule, un bouleversement international. Mais elle intervient sur un terrain particulièrement sensible.

Entre le rapprochement avec Rabat, les positions d’Alger et de Pretoria et la place du Sahara occidental dans les relations internationales, Bogotá vient de poser un acte qui dépasse largement la simple gestion administrative de son réseau diplomatique.

Une décision qui confirme une chose : dans la diplomatie mondiale, même une fermeture d’ambassade peut devenir un message politique.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Colombie : plusieurs villes secouées par des manifestations après la victoire d’Abelardo de la Espriella

L’élection n’aura laissé aucun répit au pays. Quelques heures après l’annonce de la victoire d’Abelardo de la Espriella à l’élection présidentielle, des milliers de personnes se sont rassemblées dans plusieurs grandes villes colombiennes pour exprimer leur rejet du président élu. Si les manifestations traduisent les profondes divisions qui traversent la société colombienne, elles soulèvent également une question plus large : comment les démocraties contemporaines vivent-elles l’alternance lorsque celle-ci porte au pouvoir une personnalité jugée inacceptable par une partie de l’opinion ?

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À Bogotá, Cali, Medellín et dans plusieurs autres centres urbains, les images ont rapidement circulé. Banderoles, slogans hostiles au président élu, appels à la « résistance » : la mobilisation a commencé avant même qu’Abelardo de la Espriella ne prenne officiellement ses fonctions.

Le phénomène est d’autant plus remarquable que la contestation intervient dans la foulée d’un scrutin dont la validité n’a pas été remise en cause par les institutions électorales. L’élection a été organisée selon les règles constitutionnelles en vigueur et les résultats ont été proclamés par les autorités compétentes. Ce n’est donc pas tant le déroulement du vote qui est contesté que son issue politique.

La rapidité de la réaction témoigne de la place singulière qu’occupe désormais le président élu dans le débat public colombien.

Avocat médiatique devenu figure politique, Abelardo de la Espriella a bâti sa campagne sur un discours de fermeté en matière de sécurité, de lutte contre les groupes criminels et de restauration de l’autorité de l’État. Admirateur assumé de Donald Trump, du président salvadorien Nayib Bukele et du dirigeant argentin Javier Milei, il a fait de la rupture avec l’héritage de Gustavo Petro l’un des axes majeurs de sa candidature.

Pour ses partisans, il incarne une réponse à la montée de l’insécurité et aux frustrations accumulées au cours des dernières années. Pour ses opposants, il représente au contraire le risque d’un durcissement politique susceptible de fragiliser certains équilibres démocratiques.

Cette opposition frontale explique en partie l’intensité des réactions observées depuis l’annonce des résultats.

Une contestation qui dépasse la personne du président élu

Les manifestations ne traduisent pas uniquement le rejet d’un homme ou d’un programme. Elles révèlent également l’état de polarisation atteint par une partie de la société colombienne.

Depuis plusieurs années, le débat politique dans le pays s’est structuré autour de clivages de plus en plus marqués : sécurité contre libertés publiques, ordre contre réformes sociales, conservatisme contre progressisme. La campagne présidentielle a souvent donné l’impression que deux visions du pays s’affrontaient davantage que deux projets de gouvernement.

Dans un tel contexte, la victoire d’un camp est parfois vécue par l’autre non comme un épisode normal de la vie démocratique mais comme une défaite existentielle.

C’est précisément ce qui ressort de nombreux discours entendus depuis l’élection. Une partie des manifestants ne critique pas seulement les orientations du futur gouvernement ; elle exprime la conviction que l’arrivée au pouvoir de son adversaire constitue en elle-même un danger pour le pays.

Cette évolution n’est pas propre à la Colombie. Elle s’observe, sous des formes différentes, dans plusieurs démocraties où les oppositions idéologiques se sont durcies au point de rendre l’alternance plus difficile à accepter.

Le paradoxe des démocraties polarisées

La manifestation constitue l’un des droits fondamentaux des sociétés démocratiques. Pouvoir contester un gouvernement, dénoncer une décision ou exprimer une inquiétude collective relève de l’exercice normal des libertés publiques.

La situation devient plus complexe lorsque la mobilisation intervient immédiatement après une élection reconnue comme régulière.

La question n’est pas de savoir si les opposants à Abelardo de la Espriella ont le droit de descendre dans la rue. Ce droit est incontestable. La véritable interrogation porte sur le rapport entretenu avec le verdict des urnes.

Dans les démocraties contemporaines, un phénomène de plus en plus visible tend à brouiller la frontière entre opposition politique et remise en cause de la légitimité du vainqueur. L’adversaire n’est plus seulement perçu comme porteur d’idées différentes ; il est présenté comme intrinsèquement illégitime, voire comme une menace qu’il faudrait empêcher d’exercer le pouvoir obtenu par les urnes.

Cette logique nourrit un climat où chaque élection apparaît moins comme un arbitrage démocratique que comme une confrontation dont le résultat est difficilement accepté par les perdants.

Une épreuve pour les institutions colombiennes

L’avenir dira si les manifestations observées ces derniers jours relèvent d’une réaction ponctuelle ou du début d’un mouvement plus durable.

Une chose est déjà certaine : le prochain mandat s’ouvrira dans un climat de défiance réciproque. Les soutiens du président élu attendent une rupture avec les politiques précédentes. Ses opposants se préparent à exercer une vigilance constante à l’égard du nouveau pouvoir.

Entre ces deux camps, les institutions colombiennes seront appelées à jouer un rôle essentiel. Leur capacité

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Venezuela : María Corina Machado demande des élections présidentielles rapides alors que la transition politique se poursuit

À Caracas, la principale figure de l’opposition, María Corina Machado, remet sur la table la question du retour aux urnes. Elle demande l’organisation rapide d’une élection présidentielle dans un pays toujours engagé dans une phase de transition politique

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Cette prise de position intervient alors que le Venezuela fonctionne sous une autorité intérimaire depuis la chute de Nicolás Maduro et que les institutions électorales restent en cours de recomposition. Aucun calendrier officiel de scrutin n’a été annoncé.

María Corina Machado appelle à la tenue d’une élection présidentielle « dès que possible ». Elle associe cette demande à la nécessité de garanties électorales et d’un cadre institutionnel capable d’assurer la transparence du processus.

Cette position s’inscrit dans une série de déclarations publiques où l’opposante insiste sur la nécessité d’un retour rapide au suffrage présidentiel.

Depuis la chute du pouvoir de Nicolás Maduro, le Venezuela est administré par une autorité intérimaire chargée d’assurer la continuité de l’État. Les structures électorales font l’objet de réorganisations, notamment sur leur fonctionnement et leur composition.

Dans le même temps, les forces politiques d’opposition cherchent à accélérer la mise en place d’un nouveau cycle électoral. L’élection présidentielle est présentée comme l’étape centrale de la transition en cours.

Le débat porte désormais sur la séquence institutionnelle : stabilisation préalable des structures publiques pour les autorités en place, ou convocation rapide des électeurs pour l’opposition.

La question du calendrier électoral structure l’équilibre politique actuel. Elle détermine les conditions dans lesquelles les acteurs politiques peuvent s’organiser, se positionner et participer à une compétition électorale.

La position de María Corina Machado s’inscrit dans une logique de pression sur le rythme de la transition. Elle vise à rapprocher le processus politique d’une légitimation par le vote.

Les autorités de transition, de leur côté, maintiennent une approche progressive de la reconstruction institutionnelle. Aucun accord n’a été rendu public sur la tenue d’un scrutin à court terme.

La trajectoire politique du Venezuela dépend désormais des décisions qui seront prises sur l’organisation des élections et sur la définition des institutions chargées de les encadrer. Le calendrier électoral reste l’un des principaux points de divergence entre les acteurs politiques.

Le débat politique au Venezuela se concentre sur le rythme du retour aux urnes. La demande de María Corina Machado place la question électorale au centre de la transition, dans un contexte institutionnel encore en recomposition.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Poutine dénonce les sanctions américaines contre Cuba et réaffirme le soutien de Moscou

Le président russe Vladimir Poutine a vivement condamné les récentes sanctions imposées par les États-Unis contre Cuba, déclarant que la Russie « n’accepte rien de tel » en référence aux mesures économiques visant l’île caribéenne.

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« Il sera le prochain » : les menaces directes de Donald Trump contre le président colombien Gustavo Petro

Les tensions diplomatiques entre les États-Unis et la Colombie ont franchi un nouveau cap. Après plusieurs semaines de critiques réciproques, le président américain Donald Trump a adressé une mise en garde d’une rare agressivité à l’égard de son homologue colombien, Gustavo Petro. Ce dernier dénonce depuis des mois les frappes américaines contre des embarcations suspectées de transporter de la drogue dans les Caraïbes et le Pacifique.

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Pérou : le Parlement destitue la présidente Dina Boluarte, un nouvel épisode de l’instabilité politique

Dans la nuit du 9 au 10 octobre 2025, le Parlement péruvien a voté la destitution de la présidente Dina Boluarte, invoquant une « incapacité morale permanente ». Cette décision met fin à un mandat marqué par la contestation sociale, des scandales financiers et des tensions institutionnelles persistantes. L’intérim est assuré par José Jeri, président du Congrès, jusqu’aux élections prévues en 2026.

Dina Boluarte était devenue présidente en 2022, après la destitution de Pedro Castillo pour tentative de dissolution du Parlement. Son mandat a été miné par :

  • la méfiance populaire, alimentée par une gestion jugée autoritaire et inefficace;
  • des scandales financiers, dont des montres Rolex non déclarées, ayant fragilisé sa crédibilité;
  • une répression sanglante des manifestations, qui a accentué le mécontentement social.

Ces événements ont empêché toute consolidation de l’autorité présidentielle et accentué la perception d’un État incapable de répondre aux crises politiques et sociales.

Le Pérou connaît une instabilité durable : sept présidents en neuf ans. Cette rotation rapide à la tête de l’État révèle plusieurs fragilités structurelles :

  • une classe politique fragmentée et incapable de consensus ;
  • une constitution permissive sur les motifs de destitution ;
  • et une société civile exigeante face à la corruption et aux inégalités.

L’instabilité politique a également des conséquences économiques et sécuritaires, affectant les investissements et la gouvernance dans les régions andines et amazonniennes.

La destitution de Dina Boluarte n’est pas un événement isolé : elle s’inscrit dans un contexte latino-américain marqué par la fragilité démocratique. Coup d’État au Niger et au Gabon, tensions institutionnelles en Équateur et en Haïti, manifestations sociales au Chili et en Argentine… Le Pérou devient un symbole des défis rencontrés par les démocraties dans la région, notamment lorsqu’elles doivent concilier légitimité politique et stabilité sociale.

La situation péruvienne illustre que la légitimité d’un dirigeant et la confiance populaire sont au cœur de la stabilité d’un État. Dans un contexte mondial où les institutions sont de plus en plus observées et jugées, la destitution de la présidente Boluarte rappelle que la démocratie repose autant sur des pratiques transparentes que sur la capacité à répondre aux attentes citoyennes.

Celine Dou