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ONU : le président iranien pourra venir à New York malgré la guerre avec les États-Unis d’Amérique, le « chef de l’autorité palestinienne » privé de visa

À quelques jours de l’ouverture de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, le président iranien Massoud Pezeshkian est autorisé à se rendre à New York, malgré la guerre qui oppose l’Iran aux États-Unis d’Amérique. À l’inverse, Mahmoud Abbas, chef de l’Autorité palestinienne, ne pourra pas entrer sur le territoire étatsunien. Il devra s’adresser à l’Assemblée générale par visioconférence.

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Le Département d’État a confirmé le 17 septembre l’autorisation accordée à la délégation iranienne pour participer en personne aux travaux de l’Assemblée générale de l’ONU. Massoud Pezeshkian et Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, font partie des responsables autorisés à se rendre à New York. Leur déplacement sera toutefois soumis à des restrictions. Mahmoud Abbas, lui, reste privé de visa pour la deuxième année consécutive. L’Assemblée générale a adopté une résolution permettant au chef de l’autorité palestinienne (ce qui n’est en rien l’équivalent de « président palestinien ») de prendre la parole à distance.

Le président iranien autorisé à venir malgré la guerre

Massoud Pezeshkian, président de l’Iran depuis juillet 2024, pourra donc se rendre à New York pour la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale, prévue du 22 au 28 septembre.

Le Département d’État précise que l’autorisation concerne la délégation iranienne centrale, avec les responsables appelés à participer aux réunions de l’ONU et les personnels indispensables à leur déplacement.

Cette décision peut surprendre au regard des relations actuelles entre Téhéran et Washington. L’Iran et les États-Unis d’Amérique sont en guerre depuis le 28 février 2026. Pourtant, le président iranien pourra se rendre dans le pays avec lequel son gouvernement est engagé dans ce conflit afin de participer aux travaux de l’ONU.

L’explication avancée par le Département d’État est juridique : les États-Unis d’Amérique, qui accueillent le siège des Nations unies à New York, sont liés à l’organisation par l’accord de 1947 sur le siège de l’ONU. Ce texte prévoit notamment des dispositions permettant aux représentants des États membres et aux personnes invitées par l’organisation d’accéder au siège des Nations unies.

L’autorisation n’est toutefois pas synonyme de liberté de mouvement sur le territoire étatsunien.

Des déplacements et des achats fortement encadrés

La délégation iranienne sera soumise à des restrictions de déplacement à New York. Ses membres ne pourront pas circuler librement dans la ville et certaines dépenses leur seront interdites, notamment l’achat de produits de luxe.

Des restrictions similaires avaient déjà été appliquées aux responsables iraniens lors de précédentes Assemblées générales. Le dispositif prévoit notamment de limiter leurs déplacements à certains lieux liés à leur mission diplomatique et à leur séjour.

La présence de Massoud Pezeshkian à New York sera donc très encadrée. Le président iranien pourra participer aux réunions officielles, mais les conditions fixées par les autorités étatsuniennes limiteront considérablement ses déplacements en dehors de ce cadre.

Mahmoud Abbas toujours privé de visa

À quelques jours du même rendez-vous diplomatique, Mahmoud Abbas ne pourra pas faire le déplacement.

Chef de l’Autorité palestinienne et dirigeant de l’Organisation de libération de la Palestine – Fatah (groupe initialement terroriste mais ayant obtenu le droit d’être considéré comme l’interlocuteur officiel de l’Occident afin d’éviter que le groupe terroriste islamique Hamas, nettement plus dangereux, prenne l’ascendant auprès de la population arabe appelée « palestinienne » depuis 1964) , il s’est vu refuser un visa d’entrée aux États-Unis d’Amérique. Plusieurs responsables « palestiniens » sont également concernés par les restrictions américaines.

Il s’agit de la deuxième année consécutive que Mahmoud Abbas ne peut pas participer physiquement à l’Assemblée générale de l’ONU à New York.

Le Département d’État justifie cette décision par plusieurs griefs dirigés contre l’Autorité palestinienne (Fatah) et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). L’administration étatsunienne leur reproche notamment certaines démarches engagées auprès d’instances internationales contre Israël et considère que ces initiatives contribuent à internationaliser le conflit israélo-palestinien.

Ces arguments sont ceux avancés par le gouvernement des États-Unis d’Amérique. Les autorités palestiniennes contestent, elles, le refus de visa.

L’ONU permet au chef de l’autorité palestinienne de parler à distance

Le refus de visa ne privera toutefois pas Mahmoud Abbas de toute possibilité de s’exprimer devant l’Assemblée générale.

Le 17 septembre, les États membres de l’ONU ont adopté une résolution autorisant le président de l’Autorité palestinienne à intervenir par visioconférence. Le vote s’est soldé par 152 voix pour, trois contre et quatre abstentions.

La mesure prévoit également la possibilité pour Mahmoud Abbas et d’autres hauts responsables palestiniens empêchés d’entrer aux États-Unis d’Amérique de participer à distance à certaines réunions de l’ONU pendant une période d’un an.

Les diplomates palestiniens déjà accrédités auprès des Nations unies restent, eux, présents à New York et peuvent participer aux travaux de l’organisation.

Deux accès différents au même rendez-vous

La comparaison entre les deux situations doit rester précise.

Le président iranien pourra entrer aux États-Unis d’Amérique pour participer à l’Assemblée générale alors que son pays est en guerre avec Washington. Son déplacement sera cependant limité et soumis à des règles strictes.

Le président de l’Autorité palestinienne ne pourra pas entrer sur le territoire étatsunien pour assister aux mêmes réunions. L’ONU lui permet néanmoins de prendre la parole à distance.

Les justifications données par les autorités étatsuniennes ne sont pas les mêmes. Pour la délégation iranienne, le Département d’État met en avant les obligations liées au statut de pays hôte de l’ONU. Pour les responsables palestiniens, il invoque notamment des considérations liées à la politique étrangère et aux actions de l’Autorité palestinienne et de l’OLP.

Le contraste est d’autant plus visible que les deux décisions interviennent à quelques jours d’intervalle et concernent le même rendez-vous diplomatique.

Une Assemblée générale sous haute tension diplomatique

La 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies doit réunir à New York les dirigeants des États membres à partir du 22 septembre.

La venue du président iranien donnera à Téhéran la possibilité de défendre directement sa position devant les dirigeants du monde, alors que la guerre avec les États-Unis d’Amérique continue de peser sur les relations internationales.

L’absence physique de Mahmoud Abbas sera, elle aussi, très visible. Le président de l’Autorité palestinienne pourra s’exprimer, mais depuis un écran, après que les États membres de l’ONU ont dû adopter une disposition spécifique pour lui permettre de participer aux débats.

La semaine diplomatique new-yorkaise réunira ainsi des responsables dont l’accès au territoire étatsunien ne sera pas soumis aux mêmes règles, alors qu’ils se rendent au même siège des Nations unies.

Au-delà des deux délégations, la question du statut des États-Unis d’Amérique comme pays hôte de l’ONU sera au centre des discussions. L’accord de 1947 encadre l’accès au siège des Nations unies, tandis que Washington affirme conserver certaines prérogatives en matière de sécurité et de politique étrangère. C’est dans cet équilibre juridique que s’inscrivent les décisions concernant les délégations iranienne et palestinienne.

À New York, Massoud Pezeshkian pourra donc représenter l’Iran en personne malgré la guerre avec les États-Unis d’Amérique, avec des déplacements strictement encadrés. Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, ne pourra pas entrer sur le territoire étatsunien et prendra la parole à distance. Deux situations distinctes, deux régimes d’accès au même rendez-vous diplomatique, et un contraste pendant la semaine de l’Assemblée générale qui a pourtant une justification logique puisque l’Iran est un pays qui existe concrètement et dont l’existence n’a jamais été contestée, tandis que la « Palestine », entendue selon la conception moderne créer par l’Union Soviétique comme propagande dans le cadre de sa « guerre froide » contre les EUA, n’a aucune existence, ni historique ni légale puisque, depuis que les romains, dans la seconde moitié du 1er siècle de l’ère commune, ont changé le nom de la Judée-Samarie en Palestine, afin d’effacer le fait que ce pays était la terre des juifs depuis environ 1 500 ans – supprimant, par la même, l’existence des juifs -, lui donnant un nom faisant passer ce pays pour celui des philistins, alors que ce peuple, envahisseur et colonisateur de la Judée quelques centaines d’années auparavant était grec, venant de l’île de crète, ce sont toujours bien les juifs qui en éraient les habitants, et ceux malgré les nombreux envahisseurs qui y sont passés… dont les arabes, à partir d’environ l’an 630 de l’ère commune. Et les arabes ayant toujours refusé une solution à deux Etats – juif et arabe – même alors que toutes les partitions leurs étaient largement favorables, il n’existe donc aucun « Etat palestinien » (qui, dans la réalité, ne serait, de toute façon, qu’un Etat arabe musulman, puisqu’aucun arabe n’a jamais été « palestinien »).

Celine Dou & Christian Estevez

Israël : Netanyahu ordonne le démantèlement d’avant-postes de colons en Cisjordanie sous la pression du gouvernement des États-Unis d’Amérique

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a ordonné le démantèlement d’avant-postes de colons établis sans autorisation officielle en Cisjordanie occupée. Le gouvernement des États-Unis d’Amérique demande depuis plusieurs jours aux autorités israéliennes d’agir contre les violences commises par des colons contre des Palestiniens. La décision provoque déjà l’opposition de Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances et l’un des principaux défenseurs de la colonisation.

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La décision de Benjamin Netanyahu porte sur des implantations de colons qui n’ont pas reçu d’autorisation officielle de l’État israélien. Deux sources informées du dossier citées par Reuters affirment que le Premier ministre a donné l’ordre de les démanteler. Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a confirmé dimanche 6 septembre qu’une instruction avait bien été donnée, tout en faisant savoir qu’il la désapprouvait.

La presse israélienne évoque environ 100 avant-postes susceptibles d’être concernés. Le nombre exact des sites qui seront effectivement évacués n’a toutefois pas été communiqué. Au 8 septembre, aucune date de début de l’opération n’a été annoncée publiquement par le gouvernement israélien ou par l’armée israélienne.

Il ne s’agit pas d’un ordre visant l’ensemble des colonies israéliennes de Cisjordanie. La mesure concerne des avant-postes construits sans autorisation officielle israélienne, une catégorie distincte des colonies reconnues par le gouvernement israélien.

Des implantations parfois régularisées après leur création

Les avant-postes sont généralement constitués de caravanes, de bâtiments préfabriqués ou de petites structures agricoles installés par des colons. Certains ont été détruits par les autorités israéliennes au cours des années précédentes. D’autres ont ensuite obtenu une reconnaissance officielle et ont pu bénéficier de financements publics.

Selon l’organisation israélienne Peace Now, la Cisjordanie compte actuellement environ 340 avant-postes et 146 colonies officiellement reconnues par le gouvernement israélien. La distinction entre ces deux catégories est donc importante pour comprendre la portée de la décision de Benjamin Netanyahu.

Bezalel Smotrich a indiqué que l’ordre du Premier ministre concernait notamment des implantations établies dans les zones A et B de la Cisjordanie. Ces deux secteurs sont placés, selon les arrangements issus des accords d’Oslo, sous des formes de contrôle palestinien ou partagé. La zone C, qui représente la plus grande partie de la Cisjordanie, reste sous contrôle israélien.

Bezalel Smotrich conteste l’ordre de Benjamin Netanyahu

La réaction du ministre israélien des Finances ne laisse guère de doute sur les tensions que cette décision peut provoquer au sein du gouvernement.

Bezalel Smotrich est lui-même un colon et l’un des responsables politiques israéliens les plus favorables à l’expansion des implantations. Il a supervisé des projets de logements dans les colonies et soutenu la régularisation de constructions qui ne disposaient pas initialement d’une autorisation officielle.

Dimanche à Jérusalem, il a reconnu que Benjamin Netanyahu avait donné l’ordre d’évacuer des sites construits dans les zones A et B. Il a également affirmé ne pas approuver cette décision. Dans le même temps, il s’est félicité des progrès réalisés par le gouvernement israélien dans le développement des colonies en zone C.

Cette position place le ministre des Finances face à une décision prise par le Premier ministre auquel il apporte son soutien au sein de la coalition gouvernementale.

Le gouvernement des États-Unis d’Amérique demande une action contre les colons violents

La décision de Benjamin Netanyahu est attribuée par plusieurs sources à la pression exercée par le gouvernement des États-Unis d’Amérique.

Depuis plusieurs jours, l’administration du président Donald Trump demande aux autorités israéliennes de prendre des mesures contre les violences commises par des colons contre des Palestiniens.

Mike Huckabee, ambassadeur des États-Unis d’Amérique en Israël, a publiquement durci le ton. Samedi 5 septembre, lors d’une visite à Turmus Ayya, en Cisjordanie, il a rencontré des Palestiniens disposant de la nationalité des États-Unis d’Amérique et confrontés à des attaques de colons.

L’ambassadeur a qualifié certains actes commis par des colons de crimes et d’actes de terrorisme. Il a également demandé que les responsables soient poursuivis et sanctionnés.

Cette prise de position est inhabituelle par son niveau de fermeté, compte tenu de l’étroitesse des relations entre le gouvernement des États-Unis d’Amérique et le gouvernement israélien.

La violence se poursuit en Cisjordanie

Les événements survenus lundi 7 septembre montrent que les tensions restent élevées.

Dans le village palestinien de Hajja, dans le nord de la Cisjordanie, des colons provenant d’un avant-poste voisin ont pénétré dans le village. Des affrontements ont éclaté avec des habitants palestiniens. Des soldats israéliens sont ensuite arrivés sur place et ont ouvert le feu.

Un Palestinien de 19 ans a été tué. Trois autres Palestiniens ont été blessés, selon Reuters.

Un autre affrontement s’est produit près de Qusra. Un Palestinien de 34 ans a attaqué au couteau un colon israélien âgé de 20 ans, qui a été grièvement blessé. Les forces israéliennes ont poursuivi l’assaillant et l’ont tué, selon l’armée israélienne.

Ces violences se sont produites alors que l’ordre attribué à Benjamin Netanyahu sur le démantèlement de certains avant-postes faisait déjà l’objet d’une forte attention en Israël et à l’étranger.

La Cour suprême israélienne ordonne aussi le retour de trois familles palestiniennes

Le même jour que l’annonce concernant les avant-postes, la Cour suprême israélienne a ordonné aux autorités chargées de la défense de permettre le retour en sécurité de trois familles palestiniennes dans leurs habitations du village de Jalud, en Cisjordanie.

Ces familles avaient été chassées de leurs maisons par des colons, selon les informations rapportées par Reuters.

La décision de la Cour suprême et l’ordre attribué à Benjamin Netanyahu concernent deux situations distinctes, mais elles portent toutes deux sur la présence et les activités des colons israéliens en Cisjordanie.

Une colonisation que le gouvernement israélien continue de soutenir

L’ordre de démantèlement ne signifie pas que Benjamin Netanyahu renonce à la politique de colonisation.

Son gouvernement a au contraire soutenu la création et la régularisation de nombreuses implantations au cours des dernières années. Des avant-postes initialement considérés comme non autorisés par les autorités israéliennes ont obtenu une reconnaissance officielle.

Benjamin Netanyahu reste également à la tête d’une coalition dans laquelle les partis favorables à l’expansion des colonies disposent d’un poids politique important. Bezalel Smotrich défend ouvertement le développement de la présence israélienne en Cisjordanie et l’annexion du territoire.

Le retrait de certains avant-postes ne constitue donc pas, à ce stade, un changement général de politique.

Une question de droit israélien et une autre de droit international

La situation comporte une autre distinction importante.

Pour les autorités israéliennes, certains avant-postes sont considérés comme illégaux parce qu’ils ont été construits sans autorisation de l’État. Le gouvernement peut donc décider de les démanteler ou, dans certains cas, de les régulariser.

Le droit international porte un jugement plus large sur les colonies israéliennes établies en Cisjordanie occupée. Les Nations unies et la majorité des gouvernements considèrent ces implantations comme illégales au regard du droit international. Israël conteste cette qualification et affirme que le statut de la Cisjordanie doit faire l’objet d’un règlement politique.

Cette différence explique pourquoi le démantèlement annoncé de certains avant-postes ne peut pas être présenté comme un retrait israélien de la Cisjordanie.

Une décision dont l’application reste incertaine

Au 8 septembre, la question principale reste celle de l’exécution de l’ordre donné par Benjamin Netanyahu.

Les autorités israéliennes n’ont pas annoncé de calendrier précis. Le bureau du Premier ministre et l’armée israélienne n’avaient pas confirmé publiquement les détails de l’opération au moment des dernières informations disponibles.

La décision devra également être suivie dans la durée : certains avant-postes déjà démantelés par le passé ont été reconstruits, tandis que d’autres ont fini par être régularisés par les autorités israéliennes.

Benjamin Netanyahu doit ainsi composer avec deux exigences contradictoires. Le gouvernement des États-Unis d’Amérique lui demande de lutter plus fermement contre les violences commises par des colons. Dans sa propre coalition, Bezalel Smotrich et les forces politiques favorables à l’expansion des colonies refusent toute politique susceptible de limiter durablement la présence israélienne en Cisjordanie.

Pour l’heure, le Premier ministre israélien a ordonné le démantèlement de certains avant-postes. Il reste à voir si cet ordre sera exécuté, combien de sites seront effectivement évacués et si cette mesure restera limitée à des implantations non autorisées ou si elle produira des effets plus larges sur la politique de colonisation israélienne.

Celine Dou

Venezuela : fixé à 2027, le procès de Nicolás Maduro ouvre une bataille judiciaire aux répercussions internationales

Le tribunal fédéral du district sud de New York a fixé au 1er juin 2027 l’ouverture du procès de Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores. Cette échéance donne le temps aux deux parties de préparer un dossier particulièrement volumineux. Mais elle annonce surtout des débats qui dépasseront les accusations de narcotrafic. Les juges devront également se prononcer sur la légalité de l’arrestation de l’ancien président vénézuélien et sur la possibilité, pour la justice des États-Unis d’Amérique, de juger un ancien chef d’État étranger dans de telles circonstances.

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Poursuivi pour narcoterrorisme, trafic international de cocaïne et infractions liées aux armes, Nicolás Maduro comparaîtra devant la justice fédérale états-unienne en juin 2027. Derrière ce calendrier judiciaire se joue une confrontation entre deux lectures du droit : celle des procureurs, qui défendent la compétence des juridictions des États-Unis d’Amérique face à des crimes transnationaux, et celle de la défense, qui invoque l’immunité souveraine et conteste les conditions de l’arrestation de l’ancien dirigeant vénézuélien.

Fixer une date de procès ne signifie pas que l’affaire est prête à être jugée. Dans ce dossier, les mois qui précèdent l’ouverture des audiences seront presque aussi importants que le procès lui-même. Les procureurs doivent communiquer des milliers de pages de documents, des interceptions de communications, des expertises et des renseignements provenant de plusieurs agences fédérales. Une partie de ces éléments est soumise à des règles particulières en raison de leur caractère sensible.

La défense dispose, de son côté, d’un calendrier lui permettant de déposer plusieurs requêtes préalables. L’une des audiences les plus attendues est prévue en novembre 2026. Les avocats de Nicolás Maduro y développeront les arguments sur lesquels repose l’essentiel de leur stratégie : ils soutiennent que leur client bénéficiait de l’immunité attachée à sa fonction de chef d’État et que son arrestation, réalisée lors d’une opération menée à Caracas en janvier 2026, ne respecte ni le droit international ni les principes qui encadrent les extraditions.

Le ministère public présente une lecture radicalement différente. Selon les procureurs, les faits reprochés relèvent d’une organisation criminelle qui aurait utilisé les plus hautes structures de l’État vénézuélien pour faciliter l’acheminement de cocaïne vers l’Amérique du Nord. Les chefs d’inculpation pour narcoterrorisme, trafic de stupéfiants et infractions liées aux armes s’appuient sur une enquête ouverte depuis plusieurs années et enrichie par des témoignages, des interceptions et des renseignements recueillis auprès de différents services fédéraux.

Cette confrontation dépasse le seul sort de Nicolás Maduro. Le tribunal devra déterminer jusqu’où peut s’étendre la compétence de la justice états-unienne lorsqu’elle poursuit un ancien dirigeant étranger accusé de crimes transnationaux. Les réponses apportées à cette question intéresseront bien au-delà du Venezuela, car elles pourraient être invoquées dans d’autres procédures impliquant des responsables politiques étrangers.

Le dossier comporte également une dimension diplomatique. Depuis l’arrestation de Nicolás Maduro, les rapports entre Washington et Caracas ont évolué. Les autorités états-uniennes ont engagé des échanges avec les nouvelles autorités vénézuéliennes et assoupli certaines sanctions, notamment dans le secteur pétrolier. Dans le même temps, la justice poursuit son instruction sans modifier les accusations retenues contre l’ancien président. Cette coexistence entre dialogue politique et procédure pénale illustre la séparation que Washington cherche à établir entre ses objectifs diplomatiques et le travail des juridictions fédérales.

L’affaire rappelle aussi que les procès de dirigeants étrangers sont rarement de simples dossiers pénaux. Celui de Manuel Noriega, ancien dirigeant du Panama, avait déjà soulevé la question de l’intervention des États-Unis d’Amérique sur le territoire d’un autre État. Les procédures engagées contre Charles Taylor devant la justice internationale ou contre Hissène Habré devant les juridictions africaines avaient, quant à elles, posé celle de la responsabilité pénale d’anciens chefs d’État. Le cas de Nicolás Maduro présente une configuration différente : il ne relève ni d’un tribunal international ni d’une juridiction créée spécialement pour juger des crimes contre l’humanité, mais d’une cour fédérale nationale appelée à examiner des infractions de droit commun ayant, selon l’accusation, des effets au-delà des frontières du Venezuela.

C’est ce qui confère à cette affaire une portée particulière. Si les juges estiment que la procédure respecte les règles du droit, la justice des États-Unis d’Amérique confortera sa capacité à poursuivre des dirigeants étrangers pour des crimes transnationaux. Si, à l’inverse, les arguments de la défense prospèrent, la décision pourrait redéfinir les limites de cette compétence et nourrir un débat appelé à dépasser largement les frontières vénézuéliennes.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Gaza : un rapport de l’ONU sur des exécutions imputées au Hamas met au jour des victimes oubliées

Les guerres fabriquent leurs héros, leurs bourreaux et leurs symboles. Elles fabriquent aussi des silences. Dans le vacarme des bombes et la bataille des récits, certaines morts s’imposent à la conscience du monde tandis que d’autres demeurent à la périphérie de l’attention collective. Une enquête des Nations unies vient rappeler que, derrière les chiffres et les positions de principe, il existe des vies qui échappent aux grilles de lecture les plus commodes.

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Une commission d’enquête indépendante mandatée par l’ONU accuse des forces affiliées au Hamas d’avoir exécuté, torturé ou violemment agressé des Palestiniens dans la bande de Gaza entre 2024 et 2026. Des révélations sensibles qui mettent en lumière une réalité souvent éclipsée : celle de Palestiniens victimes de violences imputées à des acteurs palestiniens, au cœur d’un conflit déjà marqué par une catastrophe humanitaire sans précédent.

Le rapport a été rendu public début juin par la Commission internationale indépendante d’enquête sur les territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem-Est, et Israël. Créée sous l’égide du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, cette instance est chargée de documenter les violations présumées du droit international commises par l’ensemble des parties impliquées dans le conflit.

Selon ses conclusions, les enquêteurs ont recensé 249 cas de punitions extrajudiciaires dans la bande de Gaza entre août 2024 et janvier 2026. Ces violences auraient fait 108 morts et 384 blessés.

La commission affirme qu’une partie de ces exactions peut être attribuée à des structures liées au Hamas, notamment les Brigades Al-Qassam, mais aussi à certaines unités de police et de sécurité opérant sous l’autorité de facto du mouvement islamiste dans l’enclave palestinienne.

Les victimes étaient accusées de faits très divers : collaboration présumée avec Israël, détournement de l’aide humanitaire, pillages, trafic de drogue, opposition politique ou appartenance à des groupes rivaux.

Le rapport décrit des méthodes particulièrement brutales. Des hommes auraient été battus à coups de barres métalliques ou de briques, délibérément blessés par balle aux jambes, humiliés publiquement ou exécutés sans procès. Dans plusieurs cas, ces violences se seraient déroulées devant des témoins, parfois des enfants.

Parmi les épisodes documentés figure notamment l’exécution de plusieurs hommes près de l’hôpital Al-Shifa, à Gaza-ville, ainsi qu’une autre mise à mort publique de personnes présentées comme des collaborateurs présumés.

Le Hamas n’a, à ce stade, pas répondu officiellement aux accusations détaillées contenues dans le rapport.

Ces révélations interviennent dans un contexte où la bande de Gaza demeure plongée dans une crise d’une ampleur historique. Depuis le début de la guerre déclenchée après les attaques du 7 octobre 2023, le territoire a subi des destructions massives, des déplacements forcés de population, l’effondrement d’une grande partie de ses infrastructures civiles et une dégradation dramatique des conditions de vie de ses habitants.

La portée de ce rapport dépasse toutefois le simple inventaire des violences qu’il recense.

Depuis le début du conflit, le débat international s’est progressivement enfermé dans des lectures concurrentes. D’un côté, ceux qui voient avant tout Gaza à travers le prisme des bombardements israéliens et de la catastrophe humanitaire qu’ils ont provoquée. De l’autre, ceux qui considèrent que toute compréhension du conflit doit d’abord partir des crimes commis par le Hamas.

Ces deux récits ne sont pas nécessairement faux. Ils deviennent problématiques lorsqu’ils prétendent à l’exclusivité.

Car les Palestiniens évoqués dans cette enquête occupent une place inconfortable. Ils ne correspondent ni à l’image de victimes absolues de la guerre ni à celle de combattants engagés dans les affrontements. Certains étaient peut-être coupables des faits qui leur étaient reprochés, d’autres non. Mais tous avaient en commun d’être privés d’un procès, d’une défense et, parfois, de leur vie.

Leur histoire rappelle une évidence que les conflits contemporains tendent à faire oublier : la souffrance humaine ne se distribue pas selon les lignes idéologiques que les opinions publiques tracent à distance.

Reconnaître ces victimes ne revient pas à minimiser les souffrances causées par l’offensive israélienne à Gaza. De la même manière, dénoncer les destructions massives et les pertes civiles palestiniennes n’implique pas de détourner le regard lorsque des abus sont imputés à des acteurs palestiniens.

L’exigence de vérité suppose précisément de résister à cette tentation du tri sélectif de la compassion.

Au-delà du Proche-Orient, cette enquête interroge notre rapport aux conflits contemporains. Sommes-nous encore capables d’accueillir des faits qui compliquent nos certitudes ? D’accorder une égale dignité aux victimes, même lorsque leur existence dérange les récits auxquels nous avons adhéré ?

À l’ère des appartenances idéologiques et des mobilisations instantanées, la complexité est souvent perçue comme une gêne. Pourtant, c’est peut-être dans cette zone d’inconfort que le journalisme trouve encore sa raison d’être.

Dans les guerres, il y a des morts qui deviennent des symboles et d’autres qui demeurent sans visage. Le rapport des Nations unies ne redistribue ni les responsabilités ni les souffrances d’un conflit déjà dévastateur. Il rappelle simplement qu’au sein même d’une tragédie collective, certaines victimes disparaissent derrière les récits que chacun préfère défendre.

Leur rendre une place dans le récit du monde n’est pas un exercice d’équilibre entre les camps. C’est une exigence de justice, de rigueur et, peut-être avant tout, d’humanité.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Reconnaissance du Somaliland par Israël : la Somalie fustige une atteinte à sa souveraineté et met en garde sur la stabilité régionale

La décision d’Israël de reconnaître le Somaliland suscite une réaction vigoureuse de la Somalie, qui dénonce une violation manifeste de sa souveraineté et alerte sur les risques de déstabilisation dans la Corne de l’Afrique.

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Le président somalien, Hassan Sheikh Mohamud, a condamné depuis Doha la reconnaissance officielle du Somaliland par Israël, région autoproclamée indépendante depuis 1991 mais jamais reconnue par la communauté internationale. Ce geste, sans précédent, soulève de profondes interrogations sur l’intégrité territoriale de la Somalie, sur la stabilité politique de la Corne de l’Afrique et sur l’influence croissante d’acteurs étrangers dans une région stratégique.

Depuis plusieurs décennies, le Somaliland revendique son autonomie à la suite de l’effondrement du régime central somalien. Si la région a maintenu un ordre interne relativement stable et une gouvernance locale fonctionnelle, elle n’avait jamais obtenu de reconnaissance internationale. L’annonce israélienne bouleverse cet équilibre. Pour le président somalien, cette décision constitue une atteinte directe à l’intégrité de son pays et un précédent diplomatique dangereux qui pourrait encourager d’autres mouvements sécessionnistes. Dans ses déclarations à Doha, Hassan Sheikh Mohamud a souligné que la reconnaissance d’un territoire sécessionniste par un État tiers, sans consultation ni accord avec le pays concerné, viole les principes fondamentaux du droit international et menace la stabilité régionale.

La portée de ce geste dépasse le simple cadre juridique. Le Somaliland occupe une position géographique stratégique, surplombant le golfe d’Aden et la mer Rouge, corridors vitaux pour le commerce maritime mondial et le transit énergétique. Cette reconnaissance pourrait être interprétée comme une volonté d’Israël de renforcer sa présence diplomatique et sécuritaire dans cette zone clé, en s’alliant avec une autorité locale stable pour protéger ses intérêts économiques et stratégiques. Toutefois, cette approche comporte des risques. Elle pourrait fragiliser les relations israéliennes avec les pays africains, susciter des tensions au sein de la communauté internationale et compliquer les partenariats régionaux existants.

Les réactions africaines et internationales n’ont pas tardé. Les pays voisins, les organisations régionales telles que l’Union africaine et l’Autorité intergouvernementale pour le développement en Afrique de l’Est (IGAD), ainsi que les pays musulmans, ont exprimé leur désapprobation. Ils rappellent que le respect de l’intégrité territoriale demeure un principe essentiel pour garantir la stabilité et la paix dans la région. Sur le plan interne, la population somalienne a réagi par des manifestations et des rassemblements, réaffirmant son attachement à l’unité nationale et rejetant toute tentative de reconnaissance unilatérale.

Cette situation met en lumière des enjeux plus larges pour l’Afrique. La reconnaissance du Somaliland illustre le double défi auquel sont confrontés les États fragiles : préserver leur souveraineté tout en gérant l’influence d’acteurs extérieurs dans des zones stratégiques. Elle interroge également sur la capacité de la communauté internationale à prévenir la fragmentation politique et territoriale, et à garantir que les décisions diplomatiques ne compromettent pas la stabilité régionale. Dans la Corne de l’Afrique, cette initiative pourrait encourager d’autres revendications sécessionnistes et accentuer les tensions ethniques et politiques, tout en affectant la coopération régionale et la confiance des investisseurs étrangers.

En définitive, la reconnaissance du Somaliland par Israël n’est pas un acte anodin. Elle représente un signal stratégique et géopolitique majeur, tant pour la Somalie que pour l’ensemble de la Corne de l’Afrique. La situation souligne la nécessité pour la communauté internationale et les acteurs régionaux de défendre la souveraineté nationale et de maintenir la stabilité politique, afin de protéger les intérêts des populations locales et de préserver l’équilibre régional. Pour La Boussole‑Infos, il s’agit de démontrer que la compréhension des dynamiques africaines face aux interventions extérieures est essentielle pour appréhender la complexité des enjeux contemporains et pour offrir au lecteur une information rigoureuse, contextualisée et nuancée.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Rohingyas et Birmanie devant la Cour internationale de Justice, quand la justice internationale révèle ses enjeux géopolitiques et communautaires

La Gambie a saisi la Cour internationale de Justice pour accuser la Birmanie de génocide à l’encontre des Rohingyas. Au-delà de l’apparente défense humanitaire, cette démarche illustre la complexité des motivations derrière les recours aux instances internationales, qui mêlent loyautés religieuses, calculs géopolitiques et stratégies de visibilité politique.

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Dans un monde où les tribunaux internationaux sont censés protéger les populations vulnérables, l’affaire des Rohingyas montre que la justice peut devenir un instrument au service d’intérêts communautaires et géopolitiques, tout en questionnant la légitimité et l’efficacité de ces instances.

La Gambie et les Rohingyas : solidarité religieuse ou principe universel ?

En janvier 2026, la Gambie a porté plainte devant la Cour internationale de Justice pour dénoncer les violences commises contre les Rohingyas, minorité musulmane de Birmanie. Des centaines de milliers d’entre eux ont fui vers le Bangladesh en 2017, après des exactions massives incluant meurtres, viols collectifs et destructions de villages.

Si le geste de la Gambie est présenté comme une initiative humanitaire, il est difficile de dissocier cette action de l’affinité religieuse et communautaire entre l’État et la minorité concernée. La question se pose : si les Rohingyas avaient été d’une autre confession, chrétienne, bouddhiste ou hindoue, la Gambie se serait-elle engagée ? Le constat suggère que non, révélant une sélectivité communautaire dans le choix des dossiers portés devant la justice internationale.

Les instances internationales : un terrain stratégique

Cette affaire met en lumière un phénomène plus large : la justice internationale, qu’il s’agisse de la Cour internationale de Justice ou d’autres tribunaux, est devenue un instrument stratégique pour les États. Elle sert autant à légitimer une action sur la scène mondiale qu’à influencer l’ordre international selon des intérêts propres, qu’ils soient géopolitiques ou idéologiques.

Historiquement, les pays occidentaux ont souvent utilisé ces mécanismes pour imposer des normes et orienter les comportements des États moins puissants. Aujourd’hui, cette logique se retrouve dans le Sud global, comme en témoigne l’Afrique du Sud accusant Israël de génocide, où des motivations communautaires et symboliques l’emportent parfois sur l’objectivité juridique. La justice internationale n’apparaît donc pas seulement comme un instrument de protection humanitaire, mais aussi comme un levier de pouvoir et de diplomatie internationale.

Entre ingérence et souveraineté nationale

La multiplication des recours internationaux souligne le dilemme entre justice universelle et souveraineté des États. Chaque plainte internationale entraîne une forme d’ingérence, souvent perçue comme légitime par la communauté internationale mais vécue comme une intrusion par l’État concerné. La Gambie agit à des milliers de kilomètres de la Birmanie, alors que son propre pays fait face à des enjeux internes complexes. Cette distance géographique et politique accentue l’impression que les tribunaux internationaux peuvent devenir des instruments au service de priorités externes et symboliques, et non de véritables impératifs humanitaires.

Repenser le rôle des tribunaux internationaux

L’affaire des Rohingyas invite à réfléchir sur la pertinence et les limites de la justice internationale. La capacité de ces instances à protéger les populations est indissociable de leur neutralité et de leur indépendance vis-à-vis des intérêts des États. Lorsque cette neutralité est compromise par des considérations religieuses, géopolitiques ou symboliques, la crédibilité des tribunaux est fragilisée, et le principe même de justice universelle est mis en question.

Cette réflexion s’applique autant aux dossiers de l’Occident qu’à ceux du Sud global, et pose la nécessité d’un cadre plus rigoureux et impartial, capable de concilier protection des droits, respect de la souveraineté et authenticité humanitaire.

La saisie de la Cour internationale de Justice par la Gambie pour défendre les Rohingyas révèle que la justice internationale n’est pas seulement une affaire de droit ou d’humanisme. Elle reflète des calculs géopolitiques et communautaires, et illustre la difficulté de concilier protection des populations, impartialité juridique et souveraineté nationale. Comprendre cette dynamique est essentiel pour analyser la portée réelle des recours internationaux et leur rôle dans un monde multipolaire où le droit et la politique se mêlent de manière indissociable.

Celine Dou, pour La Boussole – infos

Abus sexuels sur enfants en Europe : quand le délai de prescription détermine l’accès à la justice

Au sein de l’Union européenne, les délais de prescription des crimes sexuels commis sur des mineurs varient considérablement selon le pays. Cette disparité juridique engendre une inégalité d’accès à la justice pour les victimes, certaines pouvant déposer plainte plusieurs décennies après les faits, tandis que d’autres se trouvent juridiquement privées de tout recours. L’analyse révèle les limites de l’harmonisation européenne et l’impact de ces écarts sur la reconnaissance des droits des victimes.

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Si l’Europe se présente comme un espace de protection des droits fondamentaux, la réalité sur le terrain contredit cette affirmation. Dans certains États, la justice demeure accessible sans limite de temps pour les victimes, tandis que dans d’autres, la prescription impose des délais stricts qui peuvent neutraliser tout recours. Ce constat interroge sur la cohérence des systèmes juridiques et sur l’effectivité de la protection accordée aux plus vulnérables.

Les différences législatives au sein de l’Union européenne sont frappantes. En Belgique, aux Pays-Bas ou au Danemark, il n’existe aucun délai de prescription pour les abus sexuels sur mineurs, permettant aux victimes de porter plainte même plusieurs décennies après les faits. Dans certains pays, tels que l’Autriche ou la Suède, la prescription est abolie uniquement pour les infractions les plus graves, tandis que des délits considérés moins sévères restent soumis à des délais. Enfin, l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne maintiennent des délais stricts, souvent prolongés, qui ne prennent effet qu’à partir de l’âge adulte de la victime.

Ces variations révèlent que l’égalité devant la loi n’est pas assurée dans l’espace européen. Un même crime peut donner lieu à des poursuites dans un pays et être juridiquement inaccessible dans un autre, conférant aux auteurs une impunité variable selon le territoire.

Au-delà de la simple observation juridique, cette disparité soulève des enjeux moraux et sociaux. Le silence des victimes, souvent maintenu pendant plusieurs décennies en raison du traumatisme subi, rend les délais de prescription particulièrement problématiques. L’inefficacité de ces mécanismes fragilise la reconnaissance de la souffrance et le droit à réparation. Les organisations de défense des droits de l’enfant recommandent l’harmonisation des règles au niveau européen, soit par la suppression complète des délais de prescription, soit par l’instauration d’un délai minimum suffisamment long pour garantir à chaque victime la possibilité d’agir.

Cette problématique dépasse les frontières de l’Europe et invite à une réflexion plus globale sur la manière dont les sociétés protègent les enfants et prennent en compte la temporalité du traumatisme. Elle soulève une question universelle : jusqu’où le droit peut-il concilier efficacité juridique et reconnaissance morale des victimes ?

Malgré les avancées en matière de protection de l’enfance, les disparités législatives européennes révèlent que l’accès à la justice reste conditionné par le lieu de l’infraction. Les écarts dans les délais de prescription constituent une faille structurelle, non seulement juridique, mais également morale et sociale, qui interroge la capacité des États à garantir une justice réellement universelle.

Celine Dou, pour La Boussole – infos

Venezuela : arrestation de l’ancien président et transition incertaine, analyse d’une crise politique, diplomatique et énergétique aux répercussions internationales

L’arrestation de l’ancien président vénézuélien par les États‑Unis d’Amérique et l’installation d’une présidente par intérim appelant à coopérer avec Washington plongent le Venezuela dans une période de turbulence inédite. Au-delà de l’événement, cette séquence révèle les fragilités internes du pays, la centralité stratégique du pétrole et l’incapacité des instances internationales à contenir les logiques de puissance.

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Le Venezuela traverse l’un des moments les plus critiques de son histoire contemporaine, à la croisée d’une crise de souveraineté, d’un effondrement institutionnel et d’une recomposition géopolitique régionale.

Une arrestation sans précédent et ses implications

La capture de l’ancien président vénézuélien par les autorités des États‑Unis d’Amérique constitue un événement sans précédent dans les relations interétatiques contemporaines du continent américain. Cette intervention directe d’une puissance étrangère dans la trajectoire politique d’un État souverain rompt avec les principes classiques de non-ingérence et met en lumière la vulnérabilité d’un pouvoir déjà fragilisé par des années de tensions internes. Sur le plan national, l’arrestation a provoqué un choc politique majeur, ouvrant une période de transition incertaine et dépourvue de cadre consensuel.

La désignation d’une présidente par intérim, issue de l’appareil institutionnel existant, traduit la volonté de maintenir la continuité de l’État, mais elle ne résout pas la question centrale : celle de la légitimité et de la capacité du gouvernement à exercer le pouvoir face aux pressions internes et internationales.

Une transition sous contrainte et un discours pragmatique

La nouvelle dirigeante par intérim a rapidement exprimé sa volonté de coopération avec Washington, marquant un net infléchissement par rapport à la rhétorique antérieure du régime. Ce positionnement traduit une prise de conscience des limites du pays, économiquement et diplomatiquement, et de sa vulnérabilité face à la pression extérieure.

Cependant, cette posture conciliante suscite des interrogations : s’agit-il d’un pragmatisme stratégique visant à stabiliser la situation nationale, ou d’une forme de capitulation imposée par les circonstances ? Dans tous les cas, elle illustre les contraintes pesant sur le pouvoir vénézuélien et la fragilité de la transition.

Souveraineté nationale et limites du multilatéralisme

Sur la scène internationale, l’arrestation de l’ancien président a provoqué des réactions contrastées. Certains États dénoncent une violation manifeste de la souveraineté du Venezuela, tandis que d’autres justifient l’intervention au nom de la lutte contre la criminalité transnationale. L’Organisation des Nations unies, convoquée en urgence, apparaît une nouvelle fois impuissante à imposer une médiation efficace, révélant les limites du multilatéralisme face aux actions unilatérales des grandes puissances. La crise met en lumière un déséquilibre croissant entre droit international et rapports de force, qui fragilise la crédibilité de l’ordre institutionnel mondial.

Le pétrole, richesse stratégique et facteur de vulnérabilité

La question pétrolière demeure au cœur de l’analyse de la crise vénézuélienne. Avec les plus grandes réserves prouvées au monde, le pays a construit son économie sur une dépendance quasi exclusive à l’or noir. Cette concentration des ressources a favorisé une économie rentière et fragilisé les institutions, exposant l’État aux chocs externes et aux pressions géopolitiques.

La dégradation du secteur pétrolier, conséquence d’une gestion défaillante, de la corruption et des sanctions internationales, a réduit les recettes publiques, exacerbé les tensions sociales et amplifié l’instabilité politique. Le pétrole, loin d’être la seule cause de la crise, agit comme un catalyseur des fragilités structurelles et des convoitises internationales.

Une crise profondément institutionnelle

Au-delà des enjeux énergétiques, la crise vénézuélienne est avant tout institutionnelle. L’érosion progressive de l’État de droit, la polarisation politique extrême, l’effondrement des services publics et l’exode massif de la population ont affaibli le pays de l’intérieur. La transition actuelle, si elle traduit la nécessité de maintenir un semblant de continuité, reste fragile et exposée aux forces extérieures et aux dissensions internes.

La situation du Venezuela illustre une crise multidimensionnelle où s’entrecroisent instabilité politique, dépendance énergétique et recomposition des rapports de force internationaux. L’arrestation de l’ancien président et l’ouverture affichée envers Washington ne constituent ni une solution durable ni une rupture nette avec le passé, mais soulignent l’ampleur d’un déséquilibre structurel. Dans ce contexte, le pétrole n’est ni la cause première ni la clé unique de la crise, mais il en révèle les vulnérabilités et amplifie les enjeux de souveraineté et de légitimité.

Le Venezuela se trouve ainsi au centre d’une équation complexe, entre réalités internes fragiles et pressions externes déterminantes, offrant une illustration saisissante des limites de l’ordre international face aux crises contemporaines.

Celine Dou, pour la boussole-infos

« Il sera le prochain » : les menaces directes de Donald Trump contre le président colombien Gustavo Petro

Les tensions diplomatiques entre les États-Unis et la Colombie ont franchi un nouveau cap. Après plusieurs semaines de critiques réciproques, le président américain Donald Trump a adressé une mise en garde d’une rare agressivité à l’égard de son homologue colombien, Gustavo Petro. Ce dernier dénonce depuis des mois les frappes américaines contre des embarcations suspectées de transporter de la drogue dans les Caraïbes et le Pacifique.

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Décret Trump sur les Frères musulmans : enjeux géopolitiques et implications internationales

Le président des États-Unis d’Amérique, Donald J. Trump, a signé un décret visant à désigner certaines branches de la Fraternité musulmane comme « organisation terroriste étrangère ». L’annonce, intervenue le 24 novembre 2025, soulève des questions majeures sur la politique étrangère américaine, la gouvernance internationale et les relations avec plusieurs pays du Moyen-Orient.

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Loin d’être un simple geste symbolique, le décret reflète un choix stratégique de Washington et pourrait remodeler les équilibres diplomatiques régionaux, tout en posant des questions juridiques et sécuritaires à l’échelle mondiale.

1. Le contenu et la portée du décret

Le décret signé par Donald J. Trump n’entraîne pas une désignation globale de la Fraternité musulmane comme organisation terroriste. Il initie un processus ciblé, visant certaines « chapters » (branches) identifiées par le gouvernement des États-Unis d’Amérique comme liées à des activités violentes ou de soutien à des groupes tels que le Hamas.

  • Les secrétaires d’État et du Trésor disposent de 30 à 45 jours pour identifier les branches concernées et établir un rapport.
  • Les mesures incluront potentiellement le gel des actifs, l’interdiction de soutien matériel et des restrictions sur les déplacements des individus liés à ces branches.

Selon la Maison-Blanche, cette action répond à des préoccupations de sécurité nationale et s’inscrit dans une logique de lutte contre les transferts financiers et logistiques vers des groupes jugés terroristes.

2. Contexte géopolitique et diplomatique

Les pays ciblés par cette désignation Égypte, Jordanie, Liban représentent des espaces où la Fraternité musulmane est historiquement influente.

  • Égypte : le mouvement est interdit et considéré comme opposant politique radical.
  • Jordanie et Liban : certaines branches sont légalement actives et jouent un rôle dans la vie politique ou sociale.

Cette initiative américaine renforce le positionnement des alliés régionaux hostiles à la Fraternité, tout en compliquant les relations avec les pays où elle reste un acteur légal ou modéré.

La mesure pourrait également influencer le débat international sur la définition d’un mouvement politique comme terroriste, créant un précédent potentiellement contestable dans le droit international.

3. Implications stratégiques et sécuritaires

  • Pour les États-Unis d’Amérique : la désignation est présentée comme un outil de prévention et de protection de citoyens et intérêts américains.
  • Pour les pays du Moyen-Orient : cette démarche peut renforcer la pression sur certaines branches locales et modifier les alliances régionales.
  • Pour le mouvement lui-même : seule une fraction des branches est visée, ce qui pourrait fragmenter le réseau et accentuer les divisions internes.

Les conséquences réelles dépendront de la capacité des États-Unis d’Amérique à appliquer concrètement les sanctions et à maintenir une cohérence juridique dans la désignation, selon les indications officielles publiées par la Maison-Blanche et les services du gouvernement fédéral.

4. Enjeux internationaux et droit

Le décret met en lumière la complexité de classer un mouvement transnational dispersé comme organisation terroriste.

  • La Fraternité musulmane compte des entités légales et politiques dans plusieurs pays, ainsi que des branches clandestines.
  • L’action américaine soulève des questions sur la souveraineté nationale, les normes diplomatiques et la légalité des sanctions ciblées.

Ces enjeux font de ce décret un exemple concret de l’utilisation par un État d’instruments de politique étrangère pour influencer des acteurs non étatiques transnationaux.

Un geste symbolique mais stratégique

Au-delà de la communication politique, le décret Trump illustre la volonté des États-Unis d’Amérique de maîtriser l’espace géopolitique et sécuritaire du Moyen-Orient par des mesures ciblées.

Pour La Boussole – infos, l’importance réside moins dans l’effet immédiat sur la Fraternité musulmane que dans l’observation des conséquences diplomatiques, juridiques et stratégiques à moyen et long terme.

Cette démarche rappelle que, dans un monde globalisé, la sécurité, le droit et la diplomatie sont étroitement imbriqués, et que chaque action ciblée peut répercuter des effets bien au-delà du territoire américain.

Celine Dou