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Israël : Netanyahu ordonne le démantèlement d’avant-postes de colons en Cisjordanie sous la pression du gouvernement des États-Unis d’Amérique

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a ordonné le démantèlement d’avant-postes de colons établis sans autorisation officielle en Cisjordanie occupée. Le gouvernement des États-Unis d’Amérique demande depuis plusieurs jours aux autorités israéliennes d’agir contre les violences commises par des colons contre des Palestiniens. La décision provoque déjà l’opposition de Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances et l’un des principaux défenseurs de la colonisation.

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La décision de Benjamin Netanyahu porte sur des implantations de colons qui n’ont pas reçu d’autorisation officielle de l’État israélien. Deux sources informées du dossier citées par Reuters affirment que le Premier ministre a donné l’ordre de les démanteler. Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a confirmé dimanche 6 septembre qu’une instruction avait bien été donnée, tout en faisant savoir qu’il la désapprouvait.

La presse israélienne évoque environ 100 avant-postes susceptibles d’être concernés. Le nombre exact des sites qui seront effectivement évacués n’a toutefois pas été communiqué. Au 8 septembre, aucune date de début de l’opération n’a été annoncée publiquement par le gouvernement israélien ou par l’armée israélienne.

Il ne s’agit pas d’un ordre visant l’ensemble des colonies israéliennes de Cisjordanie. La mesure concerne des avant-postes construits sans autorisation officielle israélienne, une catégorie distincte des colonies reconnues par le gouvernement israélien.

Des implantations parfois régularisées après leur création

Les avant-postes sont généralement constitués de caravanes, de bâtiments préfabriqués ou de petites structures agricoles installés par des colons. Certains ont été détruits par les autorités israéliennes au cours des années précédentes. D’autres ont ensuite obtenu une reconnaissance officielle et ont pu bénéficier de financements publics.

Selon l’organisation israélienne Peace Now, la Cisjordanie compte actuellement environ 340 avant-postes et 146 colonies officiellement reconnues par le gouvernement israélien. La distinction entre ces deux catégories est donc importante pour comprendre la portée de la décision de Benjamin Netanyahu.

Bezalel Smotrich a indiqué que l’ordre du Premier ministre concernait notamment des implantations établies dans les zones A et B de la Cisjordanie. Ces deux secteurs sont placés, selon les arrangements issus des accords d’Oslo, sous des formes de contrôle palestinien ou partagé. La zone C, qui représente la plus grande partie de la Cisjordanie, reste sous contrôle israélien.

Bezalel Smotrich conteste l’ordre de Benjamin Netanyahu

La réaction du ministre israélien des Finances ne laisse guère de doute sur les tensions que cette décision peut provoquer au sein du gouvernement.

Bezalel Smotrich est lui-même un colon et l’un des responsables politiques israéliens les plus favorables à l’expansion des implantations. Il a supervisé des projets de logements dans les colonies et soutenu la régularisation de constructions qui ne disposaient pas initialement d’une autorisation officielle.

Dimanche à Jérusalem, il a reconnu que Benjamin Netanyahu avait donné l’ordre d’évacuer des sites construits dans les zones A et B. Il a également affirmé ne pas approuver cette décision. Dans le même temps, il s’est félicité des progrès réalisés par le gouvernement israélien dans le développement des colonies en zone C.

Cette position place le ministre des Finances face à une décision prise par le Premier ministre auquel il apporte son soutien au sein de la coalition gouvernementale.

Le gouvernement des États-Unis d’Amérique demande une action contre les colons violents

La décision de Benjamin Netanyahu est attribuée par plusieurs sources à la pression exercée par le gouvernement des États-Unis d’Amérique.

Depuis plusieurs jours, l’administration du président Donald Trump demande aux autorités israéliennes de prendre des mesures contre les violences commises par des colons contre des Palestiniens.

Mike Huckabee, ambassadeur des États-Unis d’Amérique en Israël, a publiquement durci le ton. Samedi 5 septembre, lors d’une visite à Turmus Ayya, en Cisjordanie, il a rencontré des Palestiniens disposant de la nationalité des États-Unis d’Amérique et confrontés à des attaques de colons.

L’ambassadeur a qualifié certains actes commis par des colons de crimes et d’actes de terrorisme. Il a également demandé que les responsables soient poursuivis et sanctionnés.

Cette prise de position est inhabituelle par son niveau de fermeté, compte tenu de l’étroitesse des relations entre le gouvernement des États-Unis d’Amérique et le gouvernement israélien.

La violence se poursuit en Cisjordanie

Les événements survenus lundi 7 septembre montrent que les tensions restent élevées.

Dans le village palestinien de Hajja, dans le nord de la Cisjordanie, des colons provenant d’un avant-poste voisin ont pénétré dans le village. Des affrontements ont éclaté avec des habitants palestiniens. Des soldats israéliens sont ensuite arrivés sur place et ont ouvert le feu.

Un Palestinien de 19 ans a été tué. Trois autres Palestiniens ont été blessés, selon Reuters.

Un autre affrontement s’est produit près de Qusra. Un Palestinien de 34 ans a attaqué au couteau un colon israélien âgé de 20 ans, qui a été grièvement blessé. Les forces israéliennes ont poursuivi l’assaillant et l’ont tué, selon l’armée israélienne.

Ces violences se sont produites alors que l’ordre attribué à Benjamin Netanyahu sur le démantèlement de certains avant-postes faisait déjà l’objet d’une forte attention en Israël et à l’étranger.

La Cour suprême israélienne ordonne aussi le retour de trois familles palestiniennes

Le même jour que l’annonce concernant les avant-postes, la Cour suprême israélienne a ordonné aux autorités chargées de la défense de permettre le retour en sécurité de trois familles palestiniennes dans leurs habitations du village de Jalud, en Cisjordanie.

Ces familles avaient été chassées de leurs maisons par des colons, selon les informations rapportées par Reuters.

La décision de la Cour suprême et l’ordre attribué à Benjamin Netanyahu concernent deux situations distinctes, mais elles portent toutes deux sur la présence et les activités des colons israéliens en Cisjordanie.

Une colonisation que le gouvernement israélien continue de soutenir

L’ordre de démantèlement ne signifie pas que Benjamin Netanyahu renonce à la politique de colonisation.

Son gouvernement a au contraire soutenu la création et la régularisation de nombreuses implantations au cours des dernières années. Des avant-postes initialement considérés comme non autorisés par les autorités israéliennes ont obtenu une reconnaissance officielle.

Benjamin Netanyahu reste également à la tête d’une coalition dans laquelle les partis favorables à l’expansion des colonies disposent d’un poids politique important. Bezalel Smotrich défend ouvertement le développement de la présence israélienne en Cisjordanie et l’annexion du territoire.

Le retrait de certains avant-postes ne constitue donc pas, à ce stade, un changement général de politique.

Une question de droit israélien et une autre de droit international

La situation comporte une autre distinction importante.

Pour les autorités israéliennes, certains avant-postes sont considérés comme illégaux parce qu’ils ont été construits sans autorisation de l’État. Le gouvernement peut donc décider de les démanteler ou, dans certains cas, de les régulariser.

Le droit international porte un jugement plus large sur les colonies israéliennes établies en Cisjordanie occupée. Les Nations unies et la majorité des gouvernements considèrent ces implantations comme illégales au regard du droit international. Israël conteste cette qualification et affirme que le statut de la Cisjordanie doit faire l’objet d’un règlement politique.

Cette différence explique pourquoi le démantèlement annoncé de certains avant-postes ne peut pas être présenté comme un retrait israélien de la Cisjordanie.

Une décision dont l’application reste incertaine

Au 8 septembre, la question principale reste celle de l’exécution de l’ordre donné par Benjamin Netanyahu.

Les autorités israéliennes n’ont pas annoncé de calendrier précis. Le bureau du Premier ministre et l’armée israélienne n’avaient pas confirmé publiquement les détails de l’opération au moment des dernières informations disponibles.

La décision devra également être suivie dans la durée : certains avant-postes déjà démantelés par le passé ont été reconstruits, tandis que d’autres ont fini par être régularisés par les autorités israéliennes.

Benjamin Netanyahu doit ainsi composer avec deux exigences contradictoires. Le gouvernement des États-Unis d’Amérique lui demande de lutter plus fermement contre les violences commises par des colons. Dans sa propre coalition, Bezalel Smotrich et les forces politiques favorables à l’expansion des colonies refusent toute politique susceptible de limiter durablement la présence israélienne en Cisjordanie.

Pour l’heure, le Premier ministre israélien a ordonné le démantèlement de certains avant-postes. Il reste à voir si cet ordre sera exécuté, combien de sites seront effectivement évacués et si cette mesure restera limitée à des implantations non autorisées ou si elle produira des effets plus larges sur la politique de colonisation israélienne.

Celine Dou