À Évian, où se déroule actuellement le sommet du G7, une séquence diplomatique a retenu l’attention bien au-delà des discussions officielles. Après plusieurs mois durant lesquels il avait laissé entendre qu’une issue négociée à la guerre en Ukraine constituait sa priorité, Donald Trump a affiché, à l’issue d’un entretien avec Volodymyr Zelensky, une position plus favorable au renforcement des capacités militaires ukrainiennes. Un signal qui interroge sur l’orientation réelle de la politique étatsunienne dans un conflit dont la fin reste hors de portée.
Lire la suite: États-Unis d’Amérique : Donald Trump change de ton sur l’Ukraine après un entretien avec Volodymyr Zelensky au G7Réunis en France, les dirigeants des États-Unis d’Amérique, du Canada, du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon, ainsi que les représentants de l’Union européenne, se retrouvent dans un contexte international particulièrement tendu. Entre les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, les rivalités stratégiques avec la Chine et les incertitudes économiques mondiales, le sommet d’Évian se déroule sous le signe de la sécurité internationale.
Invité par les dirigeants du G7, Volodymyr Zelensky est venu chercher ce que Kiev recherche depuis le début de l’invasion russe : des garanties de soutien politique, financier et militaire. Pour le président ukrainien, l’enjeu est d’autant plus important que la guerre est entrée dans une phase d’usure où ni Moscou ni Kiev ne semblent en mesure d’imposer une victoire décisive.
C’est dans ce contexte que s’est tenue la rencontre entre Donald Trump et son homologue ukrainien.
Selon les informations communiquées à l’issue de leurs échanges, le président étatsunien a soutenu le principe d’un renforcement des capacités de défense de l’Ukraine, notamment à travers des coopérations permettant la production locale de certains armements et systèmes militaires avancés.
L’annonce n’aurait sans doute pas suscité autant de réactions si elle n’était pas intervenue après des mois de déclarations parfois très différentes.
Durant sa campagne présidentielle puis depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump avait construit une part importante de son discours sur la promesse de mettre fin à la guerre. À plusieurs reprises, il avait affirmé qu’une solution politique demeurait possible et s’était montré réservé face à certaines initiatives susceptibles d’accroître l’implication occidentale dans le conflit.
Cette posture avait nourri l’idée d’une rupture avec la stratégie suivie par son prédécesseur. Beaucoup d’observateurs estimaient alors que Washington pourrait chercher à privilégier la négociation plutôt qu’un soutien militaire prolongé.
Le signal envoyé depuis Évian paraît aujourd’hui moins évident à interpréter.
Car une négociation repose toujours sur une lecture claire des intentions des différents acteurs. Or, lorsqu’un dirigeant alterne entre discours de médiation et soutien accru aux capacités militaires de l’une des parties, il introduit une part d’incertitude dans les calculs diplomatiques.
Pour l’Ukraine, les déclarations de Donald Trump peuvent être perçues comme la confirmation que le soutien occidental demeure solide malgré les débats qui traversent certaines capitales. Pour la Russie, elles risquent au contraire d’alimenter l’idée que les États-Unis d’Amérique restent engagés dans une logique de pression stratégique plutôt que dans une démarche de compromis.
Ce constat ne signifie pas qu’un renforcement des capacités ukrainiennes rende impossible toute perspective de paix. L’histoire montre que des négociations peuvent s’ouvrir alors même que les combats se poursuivent. Mais il souligne une contradiction qui accompagne depuis plusieurs mois la diplomatie de Donald Trump : vouloir apparaître comme l’artisan d’un règlement tout en multipliant des signaux parfois difficiles à concilier avec cet objectif.
Cette question dépasse d’ailleurs le seul cadre ukrainien.
Depuis son retour au pouvoir, le président étatsunien a fait de sa personnalité un instrument central de sa politique étrangère. Ses prises de position évoluent souvent rapidement, parfois au gré des interlocuteurs, des circonstances ou des rapports de force du moment. Certains y voient une forme de pragmatisme. D’autres considèrent que cette approche complique la tâche des partenaires comme des adversaires de Washington, contraints d’interpréter des orientations qui peuvent changer en quelques semaines.
Dans le cas de l’Ukraine, cette imprévisibilité constitue un facteur à part entière. Car la guerre ne se joue pas seulement sur les champs de bataille. Elle se joue également dans la perception que chaque camp se fait de la détermination de ses soutiens et de ses adversaires.
Plus de quatre ans après le début de l’invasion russe, le conflit continue pourtant de produire son lot quotidien de morts, de blessés et de déplacés. S’il occupe aujourd’hui moins d’espace dans l’actualité internationale, concurrencé par d’autres crises, il demeure l’une des tragédies humaines les plus lourdes du continent européen depuis la Seconde Guerre mondiale.
La rencontre d’Évian ne changera peut-être pas à elle seule le cours de la guerre. Elle rappelle néanmoins une réalité souvent oubliée : dans les conflits de longue durée, la constance d’une stratégie compte presque autant que la stratégie elle-même. Et lorsqu’une grande puissance envoie des messages contradictoires, l’incertitude peut devenir un obstacle supplémentaire sur le chemin déjà étroit de la paix.
Celine Dou, pour la Boussole-infos