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Corée du Sud : Washington réduit ses exercices militaires avec Séoul pour renouer avec Pyongyang, Pékin en profite pour avancer ses pions

La réduction de la participation états-unienne aux exercices militaires avec la Corée du Sud donne à Pékin une occasion de renforcer son dialogue avec Séoul. Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi est arrivé dans la capitale sud-coréenne le 19 août, pour une visite de deux jours, la première d’un chef de la diplomatie chinoise dans le pays depuis cinq ans. Son déplacement coïncide avec une décision de Donald Trump qui touche directement l’un des principaux éléments de la coopération militaire entre Washington et Séoul.

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L’exercice annuel Ulchi Freedom Shield, prévu du 17 au 27 août, a été raccourci et plusieurs entraînements de terrain ont été réduits. Donald Trump souhaite limiter le coût de ces manœuvres et préserver une possibilité de reprise du dialogue avec Kim Jong-un. Séoul, qui n’avait pas été informé à l’avance de la réduction états-unienne, cherche à maintenir son alliance militaire avec Washington tout en développant ses relations avec Pékin. La Chine entend conserver une place déterminante dans toute discussion concernant l’avenir de la péninsule coréenne.

Washington réduit les exercices avec Séoul

Les exercices conjoints entre les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud constituent depuis des années un élément central de la préparation militaire des deux alliés face à la Corée du Nord.

Cette année, leur format a changé. Ulchi Freedom Shield doit finalement s’achever le 21 août, au lieu du 27, tandis que certains entraînements de terrain ont été réduits. Donald Trump avait demandé une diminution importante de la participation états-unienne.

La décision a surpris Séoul. Le ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Cho Hyun, a reconnu que les autorités de son pays avaient été prises de court.

Donald Trump assume cette orientation. Il souhaite réduire les dépenses liées aux exercices militaires et conserver une possibilité de dialogue avec Kim Jong-un. Les deux dirigeants se sont rencontrés à trois reprises en 2018 et 2019, sans parvenir à régler la question du programme nucléaire nord-coréen.

La modification du programme ne signifie toutefois pas la fin de la coopération militaire entre Washington et Séoul. L’alliance demeure, mais l’ampleur des manœuvres est revue à la baisse.

Pyongyang reste méfiant

La Corée du Nord ne considère pas cette réduction comme une réponse suffisante à ses exigences.

Pyongyang dénonce depuis des années les exercices militaires conjoints, qu’il présente comme une préparation à une attaque contre son territoire. Le 20 août, l’armée nord-coréenne a tiré une dizaine de missiles balistiques de courte portée vers la mer.

Ces tirs ont eu lieu après le début des manœuvres et alors que Donald Trump avait renouvelé son souhait de rencontrer Kim Jong-un.

La réduction des exercices n’a donc pas entraîné de changement immédiat dans l’attitude militaire nord-coréenne. Pyongyang continue de réclamer une modification plus profonde de la politique militaire menée par Washington et Séoul.

Wang Yi arrive à Séoul au moment où les équilibres évoluent

Wang Yi n’est pas venu à Séoul pour parler uniquement des relations entre la Chine et la Corée du Sud.

Le ministre chinois des Affaires étrangères a rencontré son homologue Cho Hyun puis le président Lee Jae-myung. La situation de la péninsule coréenne figurait parmi les sujets abordés, avec les relations économiques entre Pékin et Séoul.

Le message chinois est précis : la Corée du Sud ne devrait pas avoir à choisir entre la Chine et les États-Unis d’Amérique.

Wang Yi appelle ainsi Séoul à préserver son autonomie stratégique et à éviter de se retrouver enfermé dans la rivalité entre Pékin et Washington.

Ce discours prend une importance particulière avec la réduction de la participation états-unienne aux exercices militaires et la volonté affichée de Donald Trump de renouer avec Kim Jong-un.

Lee Jae-myung ménage ses deux partenaires

Le président sud-coréen ne remet pas en cause l’alliance avec Washington. La coopération militaire avec les États-Unis d’Amérique demeure le principal élément de la stratégie de défense de Séoul face à Pyongyang.

Lee Jae-myung souhaite toutefois que son pays puisse prendre davantage de responsabilités dans sa propre défense. Il cherche également à améliorer les relations avec la Chine, partenaire économique majeur de la Corée du Sud et acteur important dans les relations avec Pyongyang.

Séoul tente ainsi de préserver deux relations dont les intérêts ne coïncident pas toujours : une alliance militaire étroite avec Washington et des liens économiques importants avec Pékin.

Pékin veut rester présent dans le dossier nord-coréen

Une éventuelle reprise du dialogue entre Washington et Pyongyang poserait directement la question de la place de la Chine.

Pékin partage une frontière avec la Corée du Nord et conserve des relations étroites avec le régime de Kim Jong-un. Son influence n’est cependant pas absolue. Pyongyang a également considérablement renforcé ses relations avec Moscou et poursuit son propre programme militaire.

La Chine ne peut donc pas décider à la place de la Corée du Nord. Elle peut en revanche chercher à éviter qu’une éventuelle négociation sur la péninsule se déroule sans elle.

C’est l’un des enjeux de la visite de Wang Yi. Pékin défend le dialogue, appelle à la stabilité et encourage Séoul à conserver une marge de manœuvre dans ses relations avec les deux grandes puissances.

Une nouvelle donne, mais pas de basculement

La réduction des exercices militaires ne signifie pas que Séoul se détourne de Washington. La visite de Wang Yi ne signifie pas davantage que la Corée du Sud s’apprête à rejoindre le camp chinois.

Les faits sont plus simples.

Washington cherche à réduire certaines activités militaires avec Séoul tout en ouvrant une nouvelle possibilité de dialogue avec Kim Jong-un. Pyongyang continue de développer son arsenal et vient encore de procéder à des tirs de missiles. Séoul veut préserver son alliance avec les États-Unis d’Amérique tout en améliorant ses relations avec la Chine. Pékin entend conserver une place dans les discussions sur l’avenir de la péninsule.

La véritable question est donc moins celle d’un changement d’alliance que celle du rapport de forces qui se dessine autour de la péninsule. Une réduction de la participation états-unienne donne à Pékin davantage d’espace diplomatique, sans pour autant remettre en cause la présence des États-Unis d’Amérique en Corée du Sud.

Si Donald Trump parvient à renouer avec Kim Jong-un, la Chine cherchera à être associée aux discussions. Si Pyongyang refuse le dialogue, la question militaire restera au premier plan. Dans les deux cas, Pékin entend conserver son rôle dans une région où Washington reste le principal allié militaire de Séoul.

Celine Dou

États Unis d’Amérique : Trump réduit la participation états-unienne aux exercices militaires avec la Corée du Sud pour ménager Pyongyang

À la veille des manœuvres annuelles entre les États Unis d’Amérique et la Corée du Sud, Donald Trump a demandé au Pentagone de réduire « considérablement » la participation des forces états-uniennes. Il juge ces exercices coûteux et estime qu’ils envoient à la Corée du Nord un signal « totalement inapproprié et hostile ». Il met aussi en avant sa « très bonne relation » avec Kim Jong-un.

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Les exercices Ulchi Freedom Shield ont pourtant commencé comme prévu ce lundi 17 août. Environ 18 000 militaires sud-coréens y participent jusqu’au 27 août. La décision de Donald Trump ne supprime donc pas les manœuvres : elle réduit l’engagement états-unien au moment où le président sud-coréen Lee Jae Myung cherche lui aussi à renouer le dialogue avec Pyongyang.

Donald Trump a choisi de parler de Kim Jong-un au moment même où ses forces doivent s’entraîner avec celles de la Corée du Sud.

Dimanche, le président états-unien a annoncé avoir demandé au Pentagone de réduire fortement la participation des États Unis d’Amérique aux exercices militaires conjoints. Il n’a pas demandé leur arrêt. Quelques heures plus tard, les manœuvres ont commencé comme prévu en Corée du Sud.

Pour justifier son choix, Donald Trump avance le coût des exercices et leur caractère, selon lui, inutilement provocateur. Mais son argument le plus politique concerne la Corée du Nord. Il affirme que Pyongyang s’est montré « non menaçant et respectueux » depuis son retour à la Maison-Blanche et rappelle sa « très bonne relation » avec Kim Jong-un.

La veille, Trump avait publié sur Truth Social une photographie de sa rencontre avec Kim Jong-un en 2019. Il voulait rappeler une relation personnelle qui avait marqué son premier mandat, lorsque les deux dirigeants s’étaient rencontrés à Singapour, à Hanoï puis à la frontière intercoréenne.

Le rapprochement de l’époque n’avait pourtant pas survécu au sommet de Hanoï, en février 2019. Les discussions sur le programme nucléaire nord-coréen avaient échoué et Washington comme Pyongyang avaient ensuite repris leurs positions de confrontation.

Une concession à Pyongyang, mais pas un retrait de Séoul

La décision de Trump répond à l’une des principales critiques de la Corée du Nord contre l’alliance entre Washington et Séoul. Pyongyang présente depuis des années les exercices conjoints comme des répétitions d’une invasion.

Avant le début des manœuvres, les autorités nord-coréennes avaient encore dénoncé leur caractère provocateur et menacé de renforcer leur dissuasion nucléaire.

Pour autant, Séoul n’a pas suspendu les exercices.

Le ministère sud-coréen de la Défense a confirmé lundi leur lancement conformément au calendrier prévu. Les deux armées continuent donc de s’entraîner ensemble, même si Washington doit réduire sa participation.

Cette distinction est importante. Donald Trump ne retire pas les forces états-uniennes de Corée du Sud et ne met pas fin à l’alliance militaire avec Séoul. Il réduit l’un de ses instruments d’entraînement commun au moment où il cherche à obtenir un nouveau contact avec Kim Jong-un.

Les exercices de cette année doivent notamment préparer les forces sud-coréennes et états-uniennes à des attaques de drones, des opérations informatiques et des perturbations des systèmes GPS. Les militaires tiennent aussi compte de ce que les conflits récents, notamment la guerre en Ukraine, ont changé dans la manière de combattre.

Séoul veut profiter du lien entre Trump et Kim

Le gouvernement sud-coréen ne ferme pas la porte à la démarche de Donald Trump.

La présidence de Lee Jae Myung a déclaré espérer que la relation entre les deux dirigeants puisse conduire à des discussions sérieuses entre Washington et Pyongyang. Lee avait lui-même appelé samedi à des négociations avec la Corée du Nord et à la recherche d’une coexistence pacifique.

Le président sud-coréen tente depuis son arrivée au pouvoir de réduire les tensions avec le Nord. Mais il doit en même temps préserver l’alliance militaire avec Washington.

C’est toute la difficulté pour Séoul : dialoguer avec Kim Jong-un sans donner l’impression d’affaiblir sa propre défense.

Pour Pyongyang, le geste de Trump est donc plus intéressant que les appels au dialogue venus de Séoul. Le président états-unien dispose d’un pouvoir que Lee Jae Myung n’a pas : celui de modifier directement la présence et les activités militaires des États Unis d’Amérique dans la péninsule.

Trump reproche aussi quelque chose à Séoul

Dans son message, Donald Trump ne s’est pas limité à la question nord-coréenne.

Il a également rappelé que Séoul avait refusé, selon lui, de participer aux efforts des États Unis d’Amérique concernant la dénucléarisation de l’Iran. Trump affirme avoir demandé à Lee Jae Myung si la Corée du Sud souhaitait se joindre à ces opérations et avoir reçu un « Non merci ! ».

Le président états-unien fait ainsi le lien entre son désaccord avec Séoul et la réduction des exercices militaires. Son message est clair : Washington attend davantage de ses alliés lorsque les États Unis d’Amérique leur demandent un soutien sur des dossiers militaires ou diplomatiques.

La Corée du Sud, elle, affirme continuer à discuter avec Washington de sa contribution aux efforts concernant l’Iran. Elle cherche donc à éviter que le désaccord ne déborde sur l’ensemble de l’alliance.

Kim Jong-un reste maître du calendrier

Il manque encore un élément essentiel à la stratégie de Donald Trump : la réponse de Kim Jong-un.

Pyongyang n’a pas annoncé de reprise des négociations avec Washington. La Corée du Nord continue de développer ses capacités militaires et a procédé récemment à de nouveaux tirs de missiles. Elle dispose aussi aujourd’hui d’une relation beaucoup plus étroite avec la Russie qu’en 2019.

Le calcul de Trump est donc différent de celui de son premier mandat. Il ne retrouve pas le même Kim Jong-un, ni la même Corée du Nord. Depuis l’échec de Hanoï, Pyongyang a renforcé son arsenal et resserré ses liens avec Moscou.

Le président états-unien parie malgré tout sur ce qu’il considère comme un avantage : son contact personnel avec Kim Jong-un.

La Corée du Nord n’a pas encore répondu. Si Kim accepte de reprendre les discussions, Trump pourra présenter la réduction des exercices comme le premier geste d’un nouvel échange. S’il reste silencieux, Washington aura fait une concession militaire sans obtenir de contrepartie.

Pour l’heure, les soldats sud-coréens et états-uniens continuent de s’entraîner ensemble. Mais Donald Trump vient de faire un choix politique qui ne passe pas inaperçu à Pyongyang : réduire l’engagement militaire états-unien tout en rappelant publiquement à Kim Jong-un que la porte du dialogue lui reste ouverte.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Russie : Putin libère un ancien Marine états-unien détenu depuis 2022, un geste adressé à Trump

Pendant plus de quatre ans, Robert Gilman n’était qu’un nom de plus sur la liste des citoyens états-uniens enfermés en Russie. Puis son état de santé s’est effondré. Lorsqu’il a finalement quitté le pays, le 11 août, ce n’est pas à la faveur d’un échange de prisonniers, comme cela s’était produit tant de fois entre Moscou et Washington. Putin l’avait gracié. Sans contrepartie annoncée. Après avoir parlé avec Donald Trump.

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Dans les relations entre la Russie et les États-Unis d’Amérique, les prisonniers ont souvent une valeur diplomatique. On les échange, on les négocie, on les garde parfois pendant des années avant de les remettre contre un ressortissant russe détenu à l’Ouest. Robert Gilman est rentré chez lui sans que Moscou réclame officiellement quoi que ce soit en retour. Cette singularité donne à sa libération une portée qui dépasse largement son cas personnel : elle dit quelque chose du canal direct que Trump et Putin ont choisi de maintenir, malgré la guerre en Ukraine et les tensions entre leurs deux pays.

Cette fois, il n’y a pas eu de marché

La Russie et les États-Unis d’Amérique connaissent bien la diplomatie des prisonniers. Ces dernières années, plusieurs ressortissants détenus de part et d’autre ont retrouvé la liberté après des négociations longues et souvent secrètes.

Robert Gilman n’a pas suivi ce chemin.

Aucun prisonnier russe n’a été remis à Washington. Aucune concession états-unienne n’a été annoncée. Les autorités des États-Unis d’Amérique parlent d’une libération pour raisons humanitaires et d’un « geste de bonne volonté ». Trump, lui, affirme que la décision a été prise après ses discussions avec Putin.

C’est ce détail qui distingue l’affaire Gilman des précédents dossiers.

Dans une relation où chaque geste est habituellement pesé, Moscou a accepté de rendre un détenu sans exiger publiquement de contrepartie.

Quatre ans derrière les barreaux

Robert Gilman avait été arrêté en janvier 2022 à Voronej. Ancien Marine âgé de 32 ans, il était alors en Russie lorsqu’un incident avec la police avait conduit à son arrestation. Les autorités russes l’ont accusé d’avoir agressé un policier alors qu’il était ivre.

Il a été condamné à quatre ans et demi de prison.

Puis les années de détention ont ajouté d’autres accusations. Des violences contre des membres du personnel pénitentiaire lui ont valu de nouvelles condamnations. Sa peine a fini par atteindre dix ans.

Sa famille conteste depuis longtemps la version russe des faits. Elle affirme que Gilman était malade au moment de son arrestation et que les accusations portées contre lui ne rendaient pas compte de ce qui s’était réellement passé. Les autorités états-uniennes ont, elles aussi, fini par le considérer comme injustement détenu.

Le prisonnier que l’on craignait de perdre

Au printemps, le dossier a pris une tournure dramatique.

La santé de Gilman s’est rapidement dégradée. Ses proches ont parlé d’un homme devenu presque incapable de bouger ou de communiquer. Il a été transféré dans un établissement psychiatrique après avoir passé plusieurs semaines dans un état décrit comme proche de la catatonie.

Sa famille craignait qu’il ne meure en Russie. Des organisations qui défendaient son dossier ont alerté les autorités états-uniennes sur l’urgence médicale.

C’est à ce moment que Washington a intensifié ses démarches auprès de Moscou.

Quelques semaines plus tard, Gilman était dans un avion à destination des États-Unis d’Amérique.

Trump met en scène la diplomatie personnelle

Donald Trump n’a pas laissé l’événement passer inaperçu.

Sur son réseau Truth Social, il a expliqué avoir parlé avec Putin et obtenu la libération de Gilman. Il a ensuite raconté avoir échangé quelques mots avec l’ancien Marine pendant son voyage de retour.

L’image a été soigneusement construite : un détenu amaigri, entouré de responsables états-uniens, puis la promesse d’un repas à son arrivée.

Trump aime les résultats visibles. Un citoyen qui rentre chez lui après quatre ans de prison en Russie en offre un, immédiatement compréhensible.

Mais derrière cette mise en scène se trouve une méthode diplomatique qu’il revendique depuis longtemps : privilégier les relations personnelles avec les dirigeants étrangers et chercher, par ce canal, à débloquer des dossiers que les administrations et les négociations classiques n’ont pas réussi à résoudre.

Ce que Moscou y gagne

Il serait naïf de considérer la décision russe comme un simple acte de compassion.

La situation médicale de Gilman rendait évidemment sa libération plus facile à justifier. Sa mort en détention aurait créé une affaire embarrassante pour Moscou.

Mais la décision intervient aussi alors que Putin continue de parler directement avec Trump, malgré les désaccords profonds entre les deux pays, notamment sur l’Ukraine.

Libérer Gilman sans échange permet au Kremlin de montrer qu’un dialogue reste possible avec la Maison-Blanche, sans rien céder sur les dossiers stratégiques.

Moscou ne modifie pas sa position sur la guerre. Elle ne retire aucune exigence. Elle accorde une grâce individuelle.

C’est un geste limité, mais lisible.

Une liberté qui ne change pas le rapport de force

La libération de Robert Gilman ne marque pas un rapprochement entre la Russie et les États-Unis d’Amérique.

Les tensions restent considérables. D’autres citoyens états-uniens sont toujours détenus en Russie. Marco Rubio a d’ailleurs demandé la libération de Stephen Hubbard et d’autres prisonniers que Washington considère comme injustement incarcérés.

Mais l’affaire Gilman montre qu’au milieu des grandes crises, les relations entre Moscou et Washington ne sont pas entièrement figées.

Il existe encore des dossiers sur lesquels les deux capitales peuvent parler. Et parfois, obtenir un résultat.

Robert Gilman a retrouvé sa famille parce que sa santé ne permettait plus d’attendre. Mais sa libération restera aussi comme un épisode diplomatique singulier : dans une relation où les prisonniers servent presque toujours de monnaie d’échange, Putin a choisi d’en rendre un sans réclamer publiquement son équivalent.

Pour Trump, c’est la preuve qu’un dialogue personnel avec le Kremlin peut produire des résultats.

Pour Moscou, c’est une manière de rappeler qu’elle peut faire un geste envers Washington sans rien abandonner de l’essentiel.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos

Cisjordanie : de Taybeh à Qusra, quand l’armée israélienne doit contenir les colons qui veulent imposer leur retour par la force

À Taybeh, l’armée israélienne a fermé un village chrétien pour le protéger des attaques de colons. À Qusra, elle a envoyé des soldats dans des maisons palestiniennes encerclées par des colons. Et à Washington, Mike Huckabee, ambassadeur des États Unis d’Amérique en Israël et pourtant partisan déclaré de la colonisation, a parlé d’un « acte de terreur ». Deux villages, deux situations différentes, mais une même question : que se passe-t-il lorsque la revendication d’un retour sur une terre historiquement juive se transforme en violence contre ceux qui y vivent aujourd’hui ?

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La réponse apportée ces derniers jours par l’État d’Israël est sans ambiguïté sur un point : les violences de certains colons ne constituent pas une politique que l’armée est chargée de laisser faire. À Taybeh, les militaires ont fermé le village pour empêcher de nouvelles attaques. À Qusra, ils ont démantelé des avant-postes et pris position autour des maisons assiégées. Cette réalité n’efface ni l’histoire des communautés juives chassées de plusieurs parties de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est en 1948, ni les controverses actuelles sur les implantations. Elle permet toutefois de distinguer une revendication historique, même radicale, de la décision de la faire respecter par la force.

À Taybeh, un village chrétien placé sous protection militaire

Taybeh n’est pas un village comme les autres.

Situé à l’est de Ramallah, il est considéré comme le dernier village entièrement chrétien de Cisjordanie. Environ 1 150 habitants y vivent encore. Depuis plusieurs mois, la population est confrontée à des attaques attribuées à des colons.

Le 23 juillet, l’armée israélienne a pris une mesure pour le moins singulière : elle a déclaré Taybeh zone militaire fermée afin d’empêcher de nouvelles incursions et de protéger ses habitants.

La protection a toutefois un goût amer. Les habitants doivent désormais composer avec les restrictions d’accès qui accompagnent le dispositif militaire, notamment pour rejoindre leurs terres agricoles.

Le père Bachar Fawadleh, curé de la paroisse latine, affirme que la situation demeure préoccupante. Le 10 août, des habitants bédouins auraient encore été agressés à proximité de l’entrée orientale du village, pourtant comprise dans la zone placée sous contrôle militaire.

Le prêtre redoute surtout que l’insécurité accélère un mouvement déjà engagé : le départ des familles.

Nadim Khoury, entrepreneur originaire de Taybeh, affirme que quinze familles ont quitté le village depuis octobre. Lui refuse de partir. Sa famille, explique-t-il, y est installée depuis environ six siècles.

Derrière ces chiffres se trouve une inquiétude qui dépasse largement la question sécuritaire : si les familles partent, qui restera pour faire vivre le village ?

À Qusra, des maisons encerclées

À quelques dizaines de kilomètres de là, le scénario est différent.

Dans le village de Qusra, au sud de Naplouse, des colons ont encerclé trois maisons palestiniennes. Des tentes ont été installées à proximité, les accès ont été bloqués et, selon les familles, l’eau et l’électricité ont été coupées.

Les occupants se sont retrouvés pratiquement prisonniers de leurs propres maisons.

L’une d’elles appartient à la famille d’un Palestinien possédant également la nationalité des États Unis d’Amérique. C’est notamment ce qui a donné à l’affaire une dimension diplomatique particulière.

Mike Huckabee a alors rompu avec la prudence habituelle du langage diplomatique.

L’ambassadeur a qualifié les agissements des colons d’« acte de terreur », dénonçant un « comportement de voyous ». Il a également confirmé que Washington avait demandé aux autorités israéliennes d’intervenir.

Le choix des mots est d’autant plus frappant que Mike Huckabee est loin d’être un adversaire des implantations israéliennes. Il en est au contraire l’un des soutiens les plus connus au sein de l’administration des États Unis d’Amérique.

Sa condamnation ne porte donc pas sur l’existence même des implantations. Elle porte sur la manière dont certains de leurs habitants cherchent à imposer leur volonté.

L’armée israélienne intervient contre ceux qui prétendent défendre les terres juives

C’est ici que l’affaire devient particulièrement révélatrice.

L’armée israélienne a envoyé des renforts à Qusra. Elle a démantelé deux avant-postes et procédé à une arrestation. Jeudi, des soldats ont pris position dans les maisons encerclées.

Mais l’intervention n’a pas été parfaitement linéaire.

Certaines familles affirment avoir reçu l’ordre de quitter temporairement leur maison. L’armée a ensuite expliqué qu’il ne s’agissait pas de les expulser et qu’elle cherchait à assurer leur sécurité. Des images montrant par ailleurs des soldats en compagnie de colons ont suscité de nouvelles critiques et entraîné des mesures disciplinaires.

Cette contradiction mérite d’être regardée en face.

L’armée israélienne intervient contre des colons violents, mais son comportement sur le terrain n’est pas à l’abri des critiques.

Il serait donc faux de transformer chaque soldat en complice des violences. Il serait tout aussi faux de présenter chaque intervention militaire comme une protection parfaitement exécutée.

La réalité est plus inconfortable : l’État israélien doit parfois contenir des citoyens israéliens qui estiment que leur droit à cette terre leur permet d’aller plus loin que ce que la loi autorise.

Pourquoi certains colons parlent-ils de « retour » ?

Pour comprendre cette conviction, il faut revenir beaucoup plus loin que 1967.

La présence juive dans cette partie de la région ne commence pas avec les implantations israéliennes apparues après la guerre des Six Jours.

Jérusalem comptait une importante population juive avant 1948. Les archives du ministère israélien de la Défense indiquent qu’à la veille de la guerre, la ville comptait environ 100 000 Juifs pour 65 000 Arabes. Plusieurs quartiers juifs étaient toutefois isolés au milieu de zones arabes. Le quartier juif de la Vieille Ville constituait l’un de ces espaces.

Il existait également des communautés juives à Hébron et dans le Goush Etzion, au sud de Jérusalem.

La guerre de 1948 a bouleversé cette présence.

Lorsque la Légion arabe jordanienne prit le contrôle de la Vieille Ville de Jérusalem, les habitants juifs du quartier furent évacués. Des documents diplomatiques américains de l’époque évoquent environ 2 000 femmes, enfants, personnes âgées et religieux évacués, tandis que des hommes furent faits prisonniers.

Dans le Goush Etzion, la chute des implantations juives fut particulièrement sanglante. Kfar Etzion tomba le 13 mai 1948. Des dizaines de ses défenseurs furent massacrés après la reddition, tandis que les survivants des autres implantations furent capturés et leurs villages détruits ou abandonnés.

Après la guerre, la Cisjordanie et Jérusalem-Est passèrent sous contrôle jordanien. La Jordanie annexa officiellement la Cisjordanie en 1950.

Les communautés juives qui y subsistaient avaient pratiquement disparu.

C’est dans cette histoire que certains habitants des implantations actuelles inscrivent leur propre revendication. Pour eux, 1967 ne représente pas le début d’une présence juive dans ces territoires, mais la possibilité d’y revenir après près de deux décennies d’absence forcée.

Cette mémoire n’est donc pas inventée.

Mais elle ne suffit pas à régler la question contemporaine.

Une terre peut avoir plusieurs mémoires

C’est là que le débat devient particulièrement difficile.

Pour un Israélien dont les ancêtres vivaient à Hébron, à Jérusalem-Est ou dans le Goush Etzion avant 1948, l’histoire peut être vécue comme celle d’une expulsion suivie d’un retour.

Pour une famille palestinienne installée depuis plusieurs générations dans le même secteur, l’histoire est évidemment racontée autrement.

Ces deux mémoires existent.

La difficulté commence lorsque l’une prétend supprimer l’autre.

Le droit de revendiquer une terre ne donne pas le droit de terroriser son voisin. Le souvenir d’une expulsion ne transforme pas automatiquement une propriété ancienne en titre de propriété actuel. Et l’existence d’une population palestinienne depuis plusieurs générations ne fait pas disparaître l’histoire juive de ces territoires.

C’est précisément parce que l’histoire est réelle des deux côtés que la violence ne peut pas devenir son arbitre.

Le cas de Taybeh montre où mène cette logique

Taybeh apporte un autre élément essentiel.

Les habitants du village ne sont pas seulement des Palestiniens vivant dans une zone disputée. Ils appartiennent à une communauté chrétienne ancienne, dont l’existence même est aujourd’hui fragilisée par les départs.

Lorsque l’armée ferme le village pour le protéger des colons, un paradoxe apparaît : une communauté chrétienne palestinienne doit être protégée par les forces israéliennes contre des Israéliens qui prétendent, eux aussi, défendre leur droit à vivre sur cette terre.

Ce paradoxe devrait empêcher toute lecture trop simple.

Il est possible de considérer que les Juifs ont des liens historiques profonds avec cette terre sans considérer que tous les moyens employés par certains colons pour s’y maintenir sont légitimes.

Il est possible de reconnaître l’histoire des expulsions juives de 1948 sans nier les droits et la sécurité des habitants palestiniens actuels.

Et il est possible de condamner les violences de certains colons sans transformer chaque Israélien vivant dans une implantation en auteur ou complice de ces violences.

Le précédent de Qusra dépasse le seul village

Qusra n’est pas un cas isolé.

Au cours des derniers mois, les violences commises par certains colons ont touché plusieurs villages et communautés rurales. Dans la vallée du Jourdain, par exemple, des familles bédouines ont quitté leurs habitations après des actes d’intimidation et des intrusions répétées attribués à des colons installés dans des avant-postes voisins. À Ras Ein el-Auja, plus de vingt familles ont ainsi quitté leur village au cours d’une période récente.

À Taybeh, des terres agricoles ont été incendiées en juin. Des habitants et des pompiers palestiniens ont affirmé que des colons avaient entravé les opérations visant à maîtriser le feu.

Ces exemples donnent une autre dimension au dossier.

Lorsqu’un groupe s’installe sur une terre avec l’ambition d’y rétablir une présence historique, il peut considérer les habitants voisins comme des obstacles à cette entreprise. Mais dès lors que l’intimidation, les destructions, le siège de maisons ou les agressions deviennent les instruments employés pour y parvenir, la revendication change de nature.

Elle ne se limite plus à une revendication territoriale.

Elle devient une question d’ordre public.

Une ligne rouge que Washington vient de nommer

C’est précisément ce qui explique la portée de la déclaration de Mike Huckabee.

Un ambassadeur américain connu pour son soutien aux implantations vient de qualifier les auteurs du siège de Qusra de « terroristes ». L’administration des États Unis d’Amérique a parallèlement demandé à Israël d’assurer la sécurité des familles prises au piège.

Ce n’est pas un détail.

Depuis plusieurs années, les violences de certains colons alimentent une critique internationale croissante. Mais la question est devenue plus embarrassante encore pour Israël lorsque ses propres forces doivent intervenir pour protéger des Palestiniens contre des citoyens israéliens.

À Qusra, l’armée a été appelée pour faire ce qu’une armée est censée faire : empêcher qu’un groupe impose sa volonté par la force.

À Taybeh, elle est allée plus loin encore en fermant tout un village afin de prévenir les attaques.

Cela ne signifie pas que le conflit territorial est réglé. Cela ne signifie pas non plus que toutes les critiques adressées à l’armée sont infondées. Les événements de Qusra montrent justement que les forces israéliennes peuvent à la fois intervenir contre des colons et être elles-mêmes accusées de comportements contestables.

Mais une chose apparaît clairement : les violences commises par certains colons ne peuvent pas être automatiquement présentées comme l’expression de la volonté de l’État d’Israël.

Le retour ne peut pas être confondu avec la conquête par la force

Il existe une différence fondamentale entre dire : « cette terre appartenait à ma famille et je veux y revenir » et dire : « parce que cette terre appartenait à mes ancêtres, je peux en chasser ceux qui y vivent aujourd’hui ».

La première affirmation relève de l’histoire, de la mémoire, parfois d’un droit de propriété qu’il faut établir au cas par cas.

La seconde relève de la force.

Et c’est précisément cette frontière que les événements de Taybeh et de Qusra viennent rappeler.

Les Juifs expulsés de Jérusalem-Est, d’Hébron ou du Goush Etzion en 1948 n’ont pas disparu de l’histoire parce qu’ils ont été contraints de partir. Leur mémoire, leurs propriétés et leur attachement à ces lieux restent des réalités.

Mais la mémoire d’une expulsion ne peut pas devenir une permission permanente d’expulser à son tour.

C’est aussi pourquoi la réaction de l’armée israélienne mérite d’être regardée dans toute sa complexité. Elle ne consiste pas simplement à « protéger les colons ». Dans ces deux affaires récentes, elle est précisément appelée à contenir certains d’entre eux.

À Taybeh, elle protège un village chrétien.

À Qusra, elle intervient dans des maisons encerclées.

Et à Washington, même un ambassadeur favorable aux implantations estime qu’une limite a été franchie.

La véritable question n’est donc plus de savoir qui peut revendiquer cette terre au nom de l’histoire. Elle est de savoir si cette histoire peut servir à justifier la violence contre ceux qui y vivent aujourd’hui.

C’est à cette frontière que se joue désormais une partie du destin de la Cisjordanie.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos

Israël rejette le plan états-unien pour Gaza et pose une condition : le désarmement total du Hamas avant tout retrait

Le projet de Donald Trump devait permettre de franchir un cap dans la guerre à Gaza. Il se heurte désormais au refus de Benyamin Nétanyahou. Alors que le Hamas a accepté la nouvelle feuille de route en quinze points, le Premier ministre israélien affirme qu’Israël ne retirera pas ses forces avant le désarmement complet du mouvement palestinien.

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Le désaccord porte sur une question qui conditionne toute la suite du processus : dans quel ordre doivent s’effectuer le désarmement du Hamas et le retrait israélien ? La feuille de route élaborée sous l’égide du Conseil de paix de Donald Trump prévoit un désarmement progressif et vérifié, accompagné de mesures israéliennes correspondantes. Nétanyahou refuse cette logique. Pour lui, les armes du Hamas doivent disparaître avant que l’armée israélienne ne quitte ses positions dans la bande de Gaza. Cette divergence menace directement la deuxième phase du plan.

Nétanyahou ferme la porte au retrait sans désarmement

Le 9 août, devant son cabinet, Benyamin Nétanyahou a rejeté le document en quinze points présenté par le Conseil de paix. Le Premier ministre israélien a déclaré qu’Israël ne procéderait à aucun retrait de ses forces tant que le Hamas ne serait pas « véritablement désarmé ».

La déclaration ne laisse guère de place à une interprétation. Pour le gouvernement israélien, un retrait qui précéderait la disparition de la capacité militaire du Hamas exposerait Israël à la possibilité d’une reprise des hostilités. Nétanyahou refuse donc que le retrait israélien serve de contrepartie préalable à un désarmement qui resterait à accomplir.

La position israélienne se heurte pourtant à la mécanique prévue par le nouveau texte. Le document établit un processus par étapes : les armes et infrastructures militaires doivent être démantelées sous contrôle international, tandis que les forces israéliennes doivent effectuer un retrait progressif en fonction des progrès vérifiés du désarmement. Une force internationale de stabilisation doit également accompagner la transition.

Le Hamas accepte le principe, mais pas nécessairement toutes les conditions

Le Hamas a donné son accord au principe de la feuille de route états-unienne. Mais son acceptation ne signifie pas qu’il adhère sans réserve à chacune des modalités du désarmement.

Selon les éléments rendus publics, le mouvement palestinien accepte la remise de ses armes dans le cadre du dispositif proposé, tout en contestant certaines exigences ajoutées au processus, notamment celles concernant les armes légères. De son côté, Israël réclame une disparition complète de la capacité militaire du Hamas avant tout retrait.

La nuance est importante. Présenter la situation comme une simple opposition entre un Hamas qui aurait accepté de se désarmer et un Israël qui refuserait la paix serait trompeur. Les deux parties ne donnent pas le même contenu au mot « désarmement », et surtout, elles ne veulent pas le placer au même moment du calendrier.

Le problème tient à l’ordre des étapes

C’est là que se trouve le principal verrou.

La feuille de route prévoit que le désarmement soit vérifié au fur et à mesure et que le retrait israélien accompagne les progrès accomplis. Elle prévoit aussi la mise en place d’une administration palestinienne technocratique chargée des affaires civiles et le déploiement d’une force internationale de stabilisation.

Nétanyahou veut une autre séquence : d’abord le désarmement complet du Hamas, ensuite le retrait.

La différence peut sembler limitée sur le papier. Elle est en réalité décisive. Si Israël attend la fin du désarmement pour se retirer et que le Hamas considère que le retrait doit commencer en parallèle pour rendre son propre désarmement acceptable, chaque camp peut bloquer l’autre.

C’est précisément ce qui menace aujourd’hui la deuxième phase du processus.

Washington doit maintenant convaincre son propre allié

Pour Donald Trump, le problème est embarrassant. Le président des États Unis d’Amérique veut faire de son Conseil de paix le cadre de la sortie de guerre et de la reconstruction de Gaza. Or son initiative se heurte à une opposition venue d’Israël, alors même que le Hamas en a accepté le principe.

La difficulté ne consiste donc plus seulement à obtenir un engagement du Hamas. Washington doit désormais convaincre le gouvernement israélien qu’un désarmement progressif, contrôlé et accompagné d’un retrait progressif peut répondre à ses exigences de sécurité.

L’Allemagne a déjà affiché une position favorable au projet. Son ministère des Affaires étrangères estime que la proposition de Donald Trump peut ouvrir une voie vers le désarmement du Hamas, malgré les désaccords qui subsistent.

Cette réaction européenne ne règle cependant rien. La décision déterminante reste entre les mains des acteurs directement engagés dans le processus.

Une force internationale au cœur de la transition

Le dispositif proposé ne repose pas uniquement sur un face-à-face entre Israël et le Hamas. La feuille de route prévoit une force internationale de stabilisation chargée notamment d’accompagner la transition, de contribuer au contrôle des armes et de protéger les opérations humanitaires. Le retrait israélien doit, lui, être effectué progressivement en fonction des progrès constatés dans le désarmement.

Ce mécanisme répond à une difficulté majeure : qui garantirait la sécurité de Gaza après le départ des forces israéliennes ?

Sans force extérieure capable de surveiller les engagements et sans autorité palestinienne en mesure d’administrer le territoire, un retrait israélien pourrait laisser un vide sécuritaire. Mais si Israël conserve durablement ses positions au nom du désarmement, la transition politique et la reconstruction risquent de rester suspendues.

Le plan de Trump face à son premier véritable test

Le rejet israélien ne signifie pas nécessairement la disparition de la feuille de route. Les discussions se poursuivent. Mais le rapport de force est désormais clair : le gouvernement de Nétanyahou ne veut pas que le calendrier de son retrait soit dicté par un texte négocié sous l’autorité du Conseil de paix.

Le président des États Unis d’Amérique doit donc résoudre une équation difficile. Il lui faut obtenir du Hamas un désarmement suffisamment concret pour satisfaire Israël, tout en donnant aux Palestiniens des garanties crédibles sur le retrait israélien et la fin de la présence militaire dans la bande de Gaza.

La paix ne bute donc plus seulement sur la question de savoir si le Hamas déposera les armes. Elle bute sur une question plus précise : qui doit bouger en premier ?

Tant qu’Israël exigera le désarmement complet avant tout retrait et que le Hamas considérera le retrait comme une condition essentielle de son propre désarmement, la feuille de route de Donald Trump restera suspendue à un compromis que Washington doit encore obtenir.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Venezuela : pouvoir et opposition entament des négociations sur la transition démocratique, sans la lauréate du prix Nobel de la paix Maria Corina Machado

Sept mois après la chute de Nicolás Maduro, le Venezuela ouvre une nouvelle page de son histoire politique. Sous la supervision des États Unis d’Amérique, représentants du pouvoir et de l’opposition se sont retrouvés jeudi à Caracas pour lancer des négociations destinées à préparer une transition démocratique. Une absence domine pourtant ces premiers échanges : celle de Maria Corina Machado, figure de proue de l’opposition et lauréate du prix Nobel de la paix, toujours contrainte à l’exil.

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Les discussions se sont ouvertes le 6 août au centre des conventions de la base militaire de La Carlota, à Caracas. L’accès au site a été strictement contrôlé. Seuls les photographes ont été autorisés à immortaliser la poignée de main entre les délégations avant le début de pourparlers qui ont démarré avec plusieurs heures de retard. Aucun responsable n’a pris la parole devant la presse.

Autour de la table, le pouvoir est représenté par Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale et frère de la présidente par intérim Delcy Rodríguez, qui dirige le pays depuis la capture de Nicolás Maduro par l’armée des États Unis d’Amérique en janvier dernier. Face à lui, l’opposition a désigné Dinorah Figuera, ancienne députée installée en exil depuis plusieurs années et ancienne présidente de l’Assemblée nationale élue en 2015.

Selon l’ordre du jour arrêté par les deux délégations, les négociations porteront sur trois dossiers majeurs : la réponse au double séisme du 24 juin, qui a coûté la vie à plus de 6 000 personnes, les garanties politiques nécessaires à une normalisation institutionnelle et les conditions d’une transition démocratique débouchant sur de nouvelles élections.

L’absence de Maria Corina Machado donne toutefois une dimension particulière à ces discussions. Devenue la personnalité la plus emblématique de l’opposition vénézuélienne, elle n’a pas pris place à la table des négociations. Son exil continue d’alimenter les interrogations sur la capacité du processus à représenter l’ensemble des forces opposées au chavisme.

Depuis l’étranger, la lauréate du prix Nobel de la paix n’a pas rejeté le dialogue. Elle a réaffirmé son soutien à une résolution adoptée au Sénat des États Unis d’Amérique en faveur de la tenue d’élections libres et équitables au Venezuela. Dans un message publié sur le réseau social X, elle a estimé qu’une transition démocratique permettrait au pays de retrouver sa liberté, sa prospérité et de redevenir un partenaire stable pour la région.

Washington, qui supervise directement les discussions, voit dans ces négociations une occasion de sortir le Venezuela de plusieurs années de crise politique. Le département d’État a salué l’ouverture du dialogue, affirmant que les États Unis d’Amérique demeurent engagés en faveur d’un processus susceptible de conduire à la stabilisation du pays, à sa reprise économique et à une réconciliation politique durable.

Cette implication américaine est également perçue comme une garantie par une partie de l’opposition. Juan Pablo Guanipa, proche de Maria Corina Machado, estime que la présence de Washington réduit le risque de voir le pouvoir revenir sur ses engagements. Il espère que les discussions permettront d’obtenir la libération de tous les prisonniers politiques, la reconstitution d’institutions indépendantes et la fixation d’un calendrier électoral incluant l’élection présidentielle.

La question des détenus politiques s’est d’ailleurs imposée dès cette première journée. À Caracas, des proches de prisonniers ont appelé les négociateurs de l’opposition à ne pas faire de leur libération une variable d’ajustement dans les discussions avec le pouvoir. Ils réclament des mesures immédiates plutôt qu’un engagement conditionné à l’issue des pourparlers.

Ces négociations ne détermineront pas seulement l’avenir institutionnel du Venezuela. Elles diront aussi si le dialogue peut réellement ouvrir la voie à une transition démocratique alors que la principale figure de l’opposition en est absente. Pour le pouvoir comme pour ses adversaires, l’enjeu dépasse la signature d’un accord : il s’agit de convaincre une population éprouvée par des années de crise que cette fois, les promesses de changement pourront se traduire en actes.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Brésil : Brasilia demande le départ de l’ambassadeur argentin et abaisse ses relations diplomatiques après les accusations de corruption de Javier Milei contre Lula

Les invectives de Javier Milei contre Luiz Inácio Lula da Silva n’ont plus seulement une portée politique. Elles produisent désormais des effets diplomatiques. En demandant le départ de l’ambassadeur argentin et en ramenant sa représentation à Buenos Aires au niveau de chargé d’affaires, le Brésil rompt avec une tradition de retenue qui a longtemps permis aux deux principales puissances du Mercosur de préserver leur dialogue malgré leurs divergences.

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Depuis son arrivée au pouvoir, Javier Milei a multiplié les attaques contre Luiz Inácio Lula da Silva, les présentant comme le prolongement de son combat contre la gauche latino-américaine. Cette fois, Brasilia a décidé de répondre autrement. En abaissant officiellement le niveau de ses relations diplomatiques avec Buenos Aires, le gouvernement brésilien transforme un affrontement idéologique en crise d’État. Derrière cette décision se joue bien davantage qu’une querelle entre deux présidents : c’est la stabilité du principal axe politique et économique d’Amérique du Sud qui se trouve fragilisée.

Le ministère argentin des Affaires étrangères a confirmé avoir été informé, mardi, de la décision des autorités brésiliennes. Convoqué au palais d’Itamaraty, l’ambassadeur Guillermo Daniel Raimondi s’est vu notifier que le Brésil souhaitait son retour en Argentine. Dans le même temps, Brasilia a annoncé que sa propre représentation à Buenos Aires serait désormais assurée par un chargé d’affaires, un rang diplomatique inférieur à celui d’ambassadeur. Cette mesure ne rompt pas les relations entre les deux pays, mais elle traduit une perte de confiance politique rarement affichée entre voisins aussi étroitement liés.

Cette décision est l’aboutissement d’une escalade engagée depuis plusieurs semaines. Fin juillet, Javier Milei avait déjà provoqué l’irritation du gouvernement brésilien en participant au lancement de la campagne présidentielle de Flávio Bolsonaro, principal adversaire de Lula, où il avait de nouveau attaqué le chef de l’État brésilien. Dimanche encore, sur une chaîne de télévision argentine, il l’a qualifié de « voleur », de « corrompu » et d’« ex-détenu », reprenant des accusations liées à l’affaire Lava Jato. Pourtant, les condamnations prononcées contre Lula ont été annulées par la justice brésilienne, qui a estimé que la procédure avait été entachée de graves irrégularités.

À Brasilia, ces déclarations sont perçues comme une remise en cause non seulement du président, mais aussi des institutions brésiliennes. Pour le gouvernement de Lula, la liberté de critique politique ne saurait justifier des accusations répétées contre un chef d’État dont les condamnations ont été annulées par la plus haute juridiction du pays. En choisissant une réponse diplomatique plutôt qu’une simple protestation verbale, le Brésil entend fixer une limite à ce qu’il considère comme des attaques incompatibles avec les usages entre États.

Buenos Aires adopte une lecture radicalement différente. Dans son communiqué, la chancellerie argentine regrette une décision « unilatérale » et estime que Brasilia laisse des considérations idéologiques dicter sa politique étrangère. Le gouvernement de Javier Milei affirme, pour sa part, n’avoir jamais répondu à un désaccord politique par des mesures institutionnelles et assure qu’il ne souhaite pas une rupture des relations bilatérales.

Au-delà des communiqués, cette crise est révélatrice d’un basculement plus profond. Depuis le retour à la démocratie dans les années 1980, le Brésil et l’Argentine ont construit une relation fondée sur la coopération, quelles que soient les alternances politiques. Les présidents se sont souvent opposés sur les orientations économiques ou idéologiques, sans que cela ne conduise à un tel abaissement du niveau des relations diplomatiques. Ce précédent montre que les affrontements personnels entre dirigeants prennent désormais le pas sur les réflexes de coopération qui avaient façonné le Mercosur.

Cette dégradation intervient en outre dans une période où chacun des deux dirigeants regarde vers les prochaines échéances électorales. Lula, candidat à un nouveau mandat, cherche à apparaître comme le défenseur des institutions brésiliennes face aux ingérences extérieures. Javier Milei, lui, poursuit sa stratégie de confrontation avec les gouvernements de gauche, un positionnement qui nourrit son image auprès de son électorat et de ses alliés conservateurs en Amérique latine. Dans ce contexte, aucun des deux hommes ne semble disposé à désamorcer rapidement la crise.

Reste une réalité que ni Brasilia ni Buenos Aires ne peuvent ignorer : le Brésil demeure le premier partenaire commercial de l’Argentine et les deux pays sont au cœur du fonctionnement du Mercosur. Les échanges industriels, notamment dans les secteurs automobile, énergétique et manufacturier, rendent une rupture diplomatique peu probable. Mais plus cette confrontation s’installe, plus elle risque de compliquer les arbitrages régionaux et de ralentir les projets communs dont dépend une partie de l’intégration sud-américaine.

La décision de Brasilia dépasse donc le simple rappel d’un ambassadeur. Elle marque la volonté du Brésil de répondre par les institutions à ce qu’il considère comme une dérive des relations politiques avec Buenos Aires. Reste à savoir si ce signal de fermeté ouvrira la voie à un rétablissement du dialogue ou s’il inaugurera une période de tensions durables entre deux pays dont les destins restent, malgré tout, étroitement liés.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Liban – Israël : les discussions de Rome sur le désarmement du Hezbollah se poursuivent sans le Hezbollah

À Rome, les délégations libanaise et israélienne tentent de donner une traduction concrète à un accord-cadre négocié sous médiation états-unienne. Au centre des échanges : le retrait progressif des forces israéliennes du sud du Liban, le déploiement de l’armée libanaise et le désarmement du Hezbollah. Mais le mouvement chiite, directement concerné par ce dernier point, refuse de reconnaître ce processus.

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La scène résume à elle seule la difficulté des discussions engagées à Rome : les acteurs chargés de négocier l’avenir sécuritaire du sud du Liban avancent sans la participation du mouvement dont les armes se trouvent au cœur du dossier. Entre exigences israéliennes, volonté de contrôle du territoire par Beyrouth et refus catégorique du Hezbollah, l’accord-cadre conclu fin juin cherche encore sa traduction sur le terrain.

À l’ambassade des États-Unis d’Amerique à Rome, les discussions se poursuivent autour d’une question qui concentre toutes les tensions : qui contrôlera les armes dans le sud du Liban ?

Depuis plusieurs mois, Israël et le Liban tentent de transformer une succession d’engagements politiques en mécanisme concret de sécurité. L’accord-cadre conclu fin juin prévoit notamment le retrait progressif des forces israéliennes de certaines zones du sud du pays, le déploiement de l’armée libanaise et le transfert des capacités armées sous l’autorité de l’État libanais.

Mais un acteur manque à la table des négociations : le Hezbollah.

Le mouvement, qui dispose de sa propre structure militaire, rejette l’accord et refuse toute discussion portant sur son désarmement. Son chef, Naim Qassem, a réaffirmé son opposition au processus engagé avec Israël et les États-Unis d’Amerique, estimant que le mouvement n’avait pas à renoncer à ses armes dans ces conditions.

Cette position place le gouvernement libanais face à une équation difficile. Beyrouth participe aux discussions et affirme vouloir renforcer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire, notamment dans le sud du pays. Le Premier ministre Nawaf Salam a accusé ceux qui ont entraîné le Liban dans des affrontements passés d’avoir donné des arguments à Israël pour agir contre le pays.

Pour Israël, la question est avant tout sécuritaire. Les autorités israéliennes considèrent que la présence d’un groupe armé indépendant à proximité de leur frontière représente une menace persistante. La délégation israélienne présente à Rome comprend d’ailleurs des responsables militaires chargés de suivre les aspects liés à la sécurité et au retrait progressif.

Washington tente, de son côté, de maintenir le dialogue entre deux positions difficilement conciliables. Les États-Unis d’Amerique présentent ces discussions comme un moyen de garantir la sécurité d’Israël tout en permettant à l’État libanais de reprendre pleinement le contrôle du sud du pays.

Sur le terrain, les désaccords restent visibles. Alors que Beyrouth attend un retrait israélien progressif, Israël affirme vouloir des garanties concrètes avant d’aller plus loin. Des tensions persistent également autour des opérations militaires menées dans certaines zones du sud libanais, malgré le processus diplomatique engagé.

Le problème central reste donc inchangé : le désarmement du Hezbollah est inscrit au cœur des discussions, mais le mouvement refuse d’en faire un sujet de négociation.

Les réunions de Rome ne constituent pas encore un accord final. Elles montrent surtout la difficulté de trouver un compromis entre trois exigences qui ne coïncident pas totalement : la volonté israélienne d’obtenir des garanties de sécurité, celle du gouvernement libanais de restaurer son autorité sur son territoire, et le refus du Hezbollah d’abandonner son arsenal.

Tant que ces positions resteront éloignées, l’avenir du sud du Liban continuera de se jouer autant dans les salles de négociations que sur le terrain.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Sénégal : l’incident de Bulock pousse Dakar et Banjul à solder un vieux dossier frontalier

Il aura suffi d’une clôture détruite dans un village frontalier méconnu pour remettre au premier plan une question que le Sénégal et la Gambie tentaient de régler depuis des années. L’incident survenu à Bulock n’a pas provoqué de rupture entre Dakar et Banjul. Il a, en revanche, accéléré un chantier longtemps repoussé : celui de la matérialisation de leur frontière commune.

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En annonçant la reprise des opérations de bornage après les tensions de Bulock, les autorités sénégalaises et gambiennes ne se contentent pas de répondre à un incident militaire. Elles cherchent à refermer une faille administrative héritée de l’époque coloniale avant qu’elle ne se transforme en véritable contentieux diplomatique. Derrière ce dossier technique se dessinent des enjeux de souveraineté, de sécurité et de stabilité régionale.

Pendant plusieurs jours, les versions de Dakar et de Banjul se sont opposées sans jamais rompre le fil du dialogue.

Le 16 juillet, des militaires sénégalais interviennent dans le secteur de Bulock, une localité située à proximité de la frontière entre les deux pays. Selon le gouvernement gambien, ils détruisent une partie de la clôture entourant un poste militaire implanté sur son territoire. Banjul dénonce une atteinte à sa souveraineté et convoque les mécanismes diplomatiques prévus entre les deux voisins.

Le Sénégal, de son côté, ne conteste pas l’intervention, mais en donne une lecture différente. Les autorités sénégalaises soutiennent que la zone concernée appartient à un secteur dont la matérialisation de la frontière demeure inachevée. Elles évoquent des installations réalisées dans un espace faisant encore l’objet de vérifications techniques, tout en réaffirmant leur attachement à une résolution concertée.

À première vue, l’affaire pourrait passer pour un différend frontalier de plus sur le continent africain. Pourtant, les faits racontent une autre histoire.

Ni Dakar ni Banjul ne remettent en cause le tracé juridique de leur frontière. Les deux États reconnaissent les limites héritées des accords conclus entre la France et le Royaume-Uni à la fin du XIXᵉ siècle, puis consacrées après les indépendances par le principe africain de l’intangibilité des frontières. Ce qui pose difficulté n’est donc pas la frontière elle-même, mais son inscription concrète sur le terrain.

Dans plusieurs secteurs, les bornes installées il y a plusieurs décennies ont disparu, se sont dégradées ou ne correspondent plus aux réalités du terrain. L’extension des villages, les activités agricoles, les mouvements des populations et les infrastructures de sécurité ont progressivement rendu certaines portions plus sensibles. Bulock appartient précisément à l’une de ces zones où les repères physiques ne permettent plus d’écarter toute ambiguïté.

L’incident a ainsi joué le rôle d’un révélateur.

Quelques jours seulement après les tensions, les deux gouvernements ont choisi de transformer un épisode potentiellement conflictuel en levier de coopération. Réunis dans le cadre des mécanismes bilatéraux existants, les responsables des deux pays se sont accordés sur une accélération des opérations de matérialisation de la frontière. Les travaux doivent reprendre par des vérifications conjointes, suivies de l’installation de nouvelles bornes dans les secteurs jugés sensibles.

Cette décision traduit une approche pragmatique. Plutôt que de laisser s’installer une confrontation politique autour de versions contradictoires, Dakar et Banjul cherchent à supprimer les zones d’incertitude qui favorisent ce type d’incident.

Cette prudence s’explique également par le caractère singulier des relations entre les deux pays.

La Gambie constitue une étroite bande de territoire qui s’enfonce au cœur du Sénégal en longeant le fleuve Gambie. Cette configuration géographique, héritée du partage colonial, fait de la frontière sénégalo-gambienne l’une des plus longues et des plus fréquentées d’Afrique de l’Ouest. Chaque jour, commerçants, transporteurs, familles et travailleurs la franchissent dans les deux sens, tandis que les forces de sécurité coopèrent étroitement pour lutter contre les trafics transfrontaliers et préserver la stabilité de la Casamance.

Dans un tel contexte, un incident local peut rapidement dépasser son cadre initial s’il n’est pas traité avec retenue.

C’est sans doute l’enseignement principal de l’affaire de Bulock. Les deux capitales ont défendu leurs positions respectives sans renoncer aux canaux diplomatiques. Aucune surenchère verbale, aucune démonstration de force, aucun gel de la coopération bilatérale n’est venu transformer un désaccord technique en crise politique.

Cette séquence contraste avec d’autres différends frontaliers observés sur le continent, où des incidents comparables ont parfois débouché sur des tensions durables. Ici, la réponse a consisté à renforcer les mécanismes de coopération plutôt qu’à les contourner.

Pour autant, le chantier qui s’ouvre ne se résume pas à la pose de nouvelles bornes.

La matérialisation de la frontière devra tenir compte des réalités humaines, économiques et sécuritaires qui caractérisent cette région. Les populations riveraines vivent souvent de part et d’autre de la limite internationale, entretiennent des liens familiaux anciens et partagent des espaces d’activité qui ignorent les découpages administratifs. Toute opération de bornage devra donc conjuguer précision technique et dialogue avec les communautés concernées.

L’épisode de Bulock rappelle enfin une évidence souvent reléguée au second plan : plus de soixante ans après les indépendances, les frontières africaines continuent de demander un travail patient d’entretien, de clarification et de coopération. Leur existence ne fait plus débat ; leur gestion, en revanche, demeure un exercice permanent.

En choisissant de relancer un dossier longtemps laissé en suspens plutôt que de s’enfermer dans une logique d’affrontement, le Sénégal et la Gambie ont privilégié une solution qui dépasse la seule question de Bulock. Le véritable enjeu n’était pas de savoir qui avait raison sur quelques mètres de terrain, mais d’empêcher qu’une incertitude cartographique ne fragilise une relation bilatérale essentielle à l’équilibre de cette partie de l’Afrique de l’Ouest.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

En annonçant la reprise des opérations de bornage après les tensions de Bulock, les autorités sénégalaises et gambiennes ne se contentent pas de répondre à un incident militaire. Elles cherchent à refermer une faille administrative héritée de l’époque coloniale avant qu’elle ne se transforme en véritable contentieux diplomatique. Derrière ce dossier technique se dessinent des enjeux de souveraineté, de sécurité et de stabilité régionale.

Pendant plusieurs jours, les versions de Dakar et de Banjul se sont opposées sans jamais rompre le fil du dialogue.

Le 16 juillet, des militaires sénégalais interviennent dans le secteur de Bulock, une localité située à proximité de la frontière entre les deux pays. Selon le gouvernement gambien, ils détruisent une partie de la clôture entourant un poste militaire implanté sur son territoire. Banjul dénonce une atteinte à sa souveraineté et convoque les mécanismes diplomatiques prévus entre les deux voisins.

Le Sénégal, de son côté, ne conteste pas l’intervention, mais en donne une lecture différente. Les autorités sénégalaises soutiennent que la zone concernée appartient à un secteur dont la matérialisation de la frontière demeure inachevée. Elles évoquent des installations réalisées dans un espace faisant encore l’objet de vérifications techniques, tout en réaffirmant leur attachement à une résolution concertée.

À première vue, l’affaire pourrait passer pour un différend frontalier de plus sur le continent africain. Pourtant, les faits racontent une autre histoire.

Ni Dakar ni Banjul ne remettent en cause le tracé juridique de leur frontière. Les deux États reconnaissent les limites héritées des accords conclus entre la France et le Royaume-Uni à la fin du XIXᵉ siècle, puis consacrées après les indépendances par le principe africain de l’intangibilité des frontières. Ce qui pose difficulté n’est donc pas la frontière elle-même, mais son inscription concrète sur le terrain.

Dans plusieurs secteurs, les bornes installées il y a plusieurs décennies ont disparu, se sont dégradées ou ne correspondent plus aux réalités du terrain. L’extension des villages, les activités agricoles, les mouvements des populations et les infrastructures de sécurité ont progressivement rendu certaines portions plus sensibles. Bulock appartient précisément à l’une de ces zones où les repères physiques ne permettent plus d’écarter toute ambiguïté.

L’incident a ainsi joué le rôle d’un révélateur.

Quelques jours seulement après les tensions, les deux gouvernements ont choisi de transformer un épisode potentiellement conflictuel en levier de coopération. Réunis dans le cadre des mécanismes bilatéraux existants, les responsables des deux pays se sont accordés sur une accélération des opérations de matérialisation de la frontière. Les travaux doivent reprendre par des vérifications conjointes, suivies de l’installation de nouvelles bornes dans les secteurs jugés sensibles.

Cette décision traduit une approche pragmatique. Plutôt que de laisser s’installer une confrontation politique autour de versions contradictoires, Dakar et Banjul cherchent à supprimer les zones d’incertitude qui favorisent ce type d’incident.

Cette prudence s’explique également par le caractère singulier des relations entre les deux pays.

La Gambie constitue une étroite bande de territoire qui s’enfonce au cœur du Sénégal en longeant le fleuve Gambie. Cette configuration géographique, héritée du partage colonial, fait de la frontière sénégalo-gambienne l’une des plus longues et des plus fréquentées d’Afrique de l’Ouest. Chaque jour, commerçants, transporteurs, familles et travailleurs la franchissent dans les deux sens, tandis que les forces de sécurité coopèrent étroitement pour lutter contre les trafics transfrontaliers et préserver la stabilité de la Casamance.

Dans un tel contexte, un incident local peut rapidement dépasser son cadre initial s’il n’est pas traité avec retenue.

C’est sans doute l’enseignement principal de l’affaire de Bulock. Les deux capitales ont défendu leurs positions respectives sans renoncer aux canaux diplomatiques. Aucune surenchère verbale, aucune démonstration de force, aucun gel de la coopération bilatérale n’est venu transformer un désaccord technique en crise politique.

Cette séquence contraste avec d’autres différends frontaliers observés sur le continent, où des incidents comparables ont parfois débouché sur des tensions durables. Ici, la réponse a consisté à renforcer les mécanismes de coopération plutôt qu’à les contourner.

Pour autant, le chantier qui s’ouvre ne se résume pas à la pose de nouvelles bornes.

La matérialisation de la frontière devra tenir compte des réalités humaines, économiques et sécuritaires qui caractérisent cette région. Les populations riveraines vivent souvent de part et d’autre de la limite internationale, entretiennent des liens familiaux anciens et partagent des espaces d’activité qui ignorent les découpages administratifs. Toute opération de bornage devra donc conjuguer précision technique et dialogue avec les communautés concernées.

L’épisode de Bulock rappelle enfin une évidence souvent reléguée au second plan : plus de soixante ans après les indépendances, les frontières africaines continuent de demander un travail patient d’entretien, de clarification et de coopération. Leur existence ne fait plus débat ; leur gestion, en revanche, demeure un exercice permanent.

En choisissant de relancer un dossier longtemps laissé en suspens plutôt que de s’enfermer dans une logique d’affrontement, le Sénégal et la Gambie ont privilégié une solution qui dépasse la seule question de Bulock. Le véritable enjeu n’était pas de savoir qui avait raison sur quelques mètres de terrain, mais d’empêcher qu’une incertitude cartographique ne fragilise une relation bilatérale essentielle à l’équilibre de cette partie de l’Afrique de l’Ouest.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Iran-Oman : dans le détroit d’Ormuz, Téhéran tente de transformer son verrou maritime en levier diplomatique

Pendant plusieurs semaines, une étroite bande d’eau entre l’Iran et Oman est devenue le point de tension où se croisent les intérêts des grandes puissances. Alors que Washington réclame une réouverture complète du détroit d’Ormuz, Téhéran affirme être sur le point de conclure avec Mascate un compromis qui lui permettrait de préserver son influence sur cette artère vitale du commerce énergétique mondial.

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Le détroit d’Ormuz n’est plus seulement une route maritime. Il est devenu une pièce maîtresse du bras de fer entre l’Iran et les États-Unis d’Amérique. En annonçant des discussions avancées avec Oman sur un nouveau mécanisme de circulation, Téhéran cherche à desserrer la pression internationale sans donner l’image d’un recul stratégique. Derrière ce possible accord technique se joue une question beaucoup plus large : qui aura le pouvoir de fixer les règles dans l’un des passages les plus surveillés de la planète ?

Dimanche, le ministère iranien des Affaires étrangères a annoncé que les discussions avec Oman étaient entrées dans leur phase finale. Selon Esmaïl Baghaï, porte-parole de la diplomatie iranienne, les deux pays seraient proches d’un arrangement autour d’une « route acceptable pour les deux parties », qui ne correspondrait ni à l’itinéraire revendiqué par l’Iran, ni à celui défendu par Oman.

Téhéran présente cet accord comme une solution permettant de respecter les intérêts souverains des deux pays riverains du détroit. Une formulation soigneusement choisie : l’Iran ne parle pas d’un abandon de contrôle, mais d’un mécanisme négocié entre voisins.

Cette nuance est essentielle. Depuis le début de la crise, le détroit d’Ormuz est devenu pour la République islamique un instrument de pression. En limitant la circulation maritime, même temporairement, Téhéran rappelle au monde une réalité géographique : une grande partie des exportations énergétiques du Golfe passe par cette voie étroite reliant le golfe Persique à l’océan Indien.

Avant la crise, environ un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures transitait par cette zone. Chaque menace sur Ormuz provoque donc une réaction immédiate des marchés, car une perturbation durable pourrait toucher les prix de l’énergie bien au-delà du Moyen-Orient.

Mais l’Iran refuse de présenter les discussions avec Oman comme une concession faite sous pression états-unienne. Les responsables iraniens insistent sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une négociation directe avec Washington et que la question d’Ormuz relève avant tout d’un arrangement régional.

Une position qui contraste avec le discours de Donald Trump. Le président des États-Unis d’Amérique affirme que la réouverture du détroit constitue l’une des conditions majeures d’un retour à l’apaisement et présente les avancées diplomatiques comme le résultat de la pression exercée sur Téhéran.

Deux lectures s’opposent donc. Pour Washington, Ormuz doit redevenir une voie ouverte au commerce international. Pour Téhéran, il demeure une zone stratégique où ses intérêts sécuritaires et sa souveraineté doivent être reconnus.

Le choix d’Oman comme interlocuteur n’est pas un hasard. Depuis des décennies, Mascate cultive une diplomatie différente de celle de ses voisins du Golfe : moins spectaculaire, plus discrète, mais souvent efficace. Le sultanat a déjà joué les intermédiaires dans plusieurs dossiers sensibles impliquant l’Iran et les puissances occidentales.

Cette fois encore, Oman se retrouve au centre d’un équilibre délicat. Il doit préserver ses relations avec Téhéran tout en rassurant les partenaires internationaux qui dépendent de la sécurité maritime dans le Golfe.

Pour l’Iran, l’enjeu dépasse largement la circulation des navires. Dans un contexte de sanctions et de confrontation avec Washington, le contrôle d’Ormuz représente l’un de ses rares moyens de rappeler sa capacité de nuisance économique. Renoncer totalement à ce levier reviendrait à perdre une carte stratégique majeure.

Mais maintenir durablement la pression comporte aussi un coût. Une fermeture prolongée du détroit pénaliserait d’abord les économies régionales, y compris celles des alliés de Téhéran, et risquerait d’accroître l’isolement iranien.

Le compromis recherché avec Oman ressemble donc à une équation difficile : permettre au commerce de reprendre sans donner le sentiment que l’Iran a cédé face aux pressions états-uniennes.

L’accord en préparation pourrait offrir une sortie temporaire à la crise d’Ormuz. Mais il ne règle pas la question centrale qui structure les tensions depuis des années : la place que l’Iran veut occuper dans l’ordre régional et la limite que les États-Unis d’Amérique sont prêts à accepter.

Car derrière les navires, les routes maritimes et les discussions diplomatiques, Ormuz reste avant tout une bataille pour l’influence.

Le détroit d’Ormuz est devenu bien plus qu’un passage énergétique. Il est aujourd’hui le théâtre d’un affrontement entre puissance militaire, souveraineté nationale et interdépendance économique mondiale.

L’éventuel compromis entre l’Iran et Oman pourrait calmer la crise immédiate. Mais il ne fait que déplacer une question essentielle : dans le nouveau rapport de force au Moyen-Orient, qui contrôle les points de passage contrôle aussi une partie du pouvoir.

Celine Dou, pour la Boussole-infos