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Iran : des plateformes de commerce proposent le paiement fractionné pour des produits alimentaires de bases

Lorsque des produits alimentaires courants peuvent être réglés en plusieurs échéances, ce n’est pas seulement une innovation commerciale. C’est le signe qu’un déséquilibre s’est installé dans le rapport entre revenus et prix. En Iran, cette pratique désormais observable sur certaines plateformes de vente en ligne éclaire l’état réel de l’économie.

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Dans un contexte d’inflation élevée et de dépréciation monétaire prolongée, des acteurs du commerce numérique en Iran ont introduit des solutions de paiement fractionné pour des biens alimentaires de base. Ce dispositif, courant dans d’autres secteurs de la consommation mondiale, prend ici une signification particulière. Il révèle l’érosion du pouvoir d’achat et les ajustements progressifs d’une économie soumise à des contraintes internes et internationales durables.

Depuis plusieurs années, l’économie iranienne évolue dans un environnement contraint. Le rétablissement des sanctions états-uniennes après le retrait des États-Unis d’Amérique de l’accord nucléaire en 2018 a restreint l’accès du pays aux circuits financiers internationaux et réduit ses capacités d’exportation pétrolière. Or les hydrocarbures constituent l’un des piliers des recettes en devises de l’État.

La monnaie nationale, le rial, s’est progressivement dépréciée face au dollar. Cette évolution renchérit les importations et alimente une inflation persistante, notamment dans l’alimentation. Les produits laitiers, les céréales ou encore la viande ont connu des hausses significatives sur plusieurs exercices budgétaires. Les ménages, en particulier dans les grandes agglomérations, voient leur capacité d’achat diminuer malgré les mécanismes de subvention et d’ajustement salarial mis en place par les autorités.

C’est dans ce contexte que certaines plateformes de commerce électronique ont commencé à proposer des solutions de paiement échelonné pour des produits alimentaires. Le principe est simple : le client règle son achat en plusieurs mensualités, parfois sans intérêt à court terme. Ce type d’offre, largement répandu pour les biens durables dans d’autres régions du monde, concerne ici des articles de consommation immédiate.

Pour les commerçants, l’objectif est de soutenir la demande dans un environnement de liquidité réduite. Pour les consommateurs, il s’agit de répartir une dépense devenue plus lourde dans le temps. L’initiative ne relève pas d’une mesure publique, mais d’un ajustement commercial face à une contraction progressive du pouvoir d’achat.

Le développement du paiement fractionné pour des biens alimentaires met en évidence trois dynamiques structurantes.

D’abord, un écart croissant entre revenus nominaux et prix réels. Lorsque l’inflation s’installe à un niveau élevé sur plusieurs années, l’adaptation des salaires peine à suivre. Le crédit à court terme devient alors un instrument de gestion quotidienne plutôt qu’un levier d’investissement ou d’anticipation de consommation.

Ensuite, une transformation des pratiques commerciales. Les entreprises, confrontées à un ralentissement de la demande, diversifient leurs modalités de paiement pour préserver leurs volumes de vente. Cette évolution traduit une économie en phase d’ajustement permanent, où la souplesse contractuelle compense partiellement la fragilité monétaire.

Enfin, la situation renvoie aux contraintes géopolitiques persistantes. Les sanctions limitent les marges budgétaires de l’État et compliquent la stabilisation du taux de change. L’Iran conserve des ressources énergétiques importantes et un tissu industriel non négligeable, mais l’accès restreint aux financements internationaux réduit sa capacité à absorber les chocs externes.

Il convient toutefois d’éviter toute lecture simplificatrice. Le paiement fractionné ne signifie pas effondrement généralisé. Il témoigne d’une adaptation à un environnement inflationniste prolongé. Des dispositifs comparables existent dans de nombreuses économies, y compris développées. La spécificité iranienne tient à l’extension de ces mécanismes à des biens de première nécessité et à la durée des contraintes macroéconomiques.

La question centrale demeure celle de la stabilisation à moyen terme. Une amélioration durable supposerait un environnement international moins restrictif ou une diversification plus poussée de l’économie nationale. La réduction de la dépendance aux hydrocarbures et le renforcement de la production locale pourraient atténuer la vulnérabilité aux fluctuations monétaires.

Par ailleurs, l’évolution des négociations diplomatiques autour du dossier nucléaire continuera d’influencer les perspectives économiques. Toute modification du régime de sanctions aurait un impact direct sur les flux de devises et la confiance des acteurs économiques.

L’extension du paiement fractionné aux produits alimentaires en Iran ne relève pas d’une simple innovation commerciale. Elle constitue un indicateur précis de la pression exercée par l’inflation et la dépréciation monétaire sur les ménages.

Au-delà du symbole, ce mécanisme révèle une économie qui s’adapte à des contraintes durables plutôt qu’une économie en rupture immédiate. Comprendre ce type d’évolution concrète permet d’appréhender, avec mesure, les équilibres fragiles d’un pays situé au croisement des tensions économiques et géopolitiques contemporaines.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Japon : croissance fragile, dette colossale et inflation persistante, une équation économique sous tension

Après des décennies de croissance atone et de déflation chronique, le Japon semblait amorcer un tournant. Mais le léger sursaut enregistré fin 2025 ne dissipe pas les fragilités structurelles d’une économie prise en étau entre dette publique massive, pressions inflationnistes et ajustement délicat de sa politique monétaire.

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La troisième économie mondiale fait face à une équation complexe : relancer durablement l’activité sans aggraver une dette publique dépassant 250 % du PIB, tout en maîtrisant une inflation redevenue sensible après des années de stagnation des prix. Entre impératifs budgétaires, crédibilité monétaire et contraintes démographiques, le Japon évolue sur une ligne de crête.

Un rebond technique qui ne masque pas la fragilité structurelle

Les dernières données conjoncturelles font état d’une croissance modeste du produit intérieur brut au quatrième trimestre 2025. Ce léger redressement intervient après plusieurs séquences de contraction ou de stagnation, alimentant l’idée d’une reprise progressive.

Cependant, la dynamique reste fragile. La consommation des ménages peine à retrouver son élan, pénalisée par l’érosion du pouvoir d’achat. Les exportations, moteur traditionnel de l’économie japonaise, subissent quant à elles les aléas de la conjoncture mondiale et le ralentissement de certains partenaires commerciaux asiatiques.

Le rebond observé relève davantage d’un ajustement conjoncturel que d’un véritable changement de cycle. Les fondamentaux structurels vieillissement accéléré de la population, faible progression de la productivité dans certains secteurs, dépendance énergétique continuent de peser sur le potentiel de croissance à long terme.

Une dette publique hors norme

Le Japon affiche le niveau d’endettement public le plus élevé parmi les grandes économies avancées, dépassant largement les 250 % du PIB. Cette accumulation s’explique par des décennies de politiques budgétaires expansionnistes destinées à compenser la faiblesse de la demande interne et à soutenir l’activité face aux chocs successifs : crise financière mondiale, catastrophes naturelles, pandémie.

Une particularité japonaise atténue toutefois le risque immédiat : la majeure partie de cette dette est détenue par des acteurs nationaux, notamment les institutions financières domestiques et la banque centrale. Cette configuration limite la dépendance aux marchés internationaux et réduit la probabilité d’une crise de financement soudaine.

Mais cette relative protection n’efface pas le problème de fond. La remontée progressive des taux d’intérêt renchérit mécaniquement le coût du service de la dette. À mesure que la politique monétaire se normalise, la charge budgétaire pourrait s’alourdir, réduisant les marges de manœuvre de l’État pour investir ou soutenir la croissance.

Le retour de l’inflation, un changement de paradigme

Pendant près de deux décennies, le Japon a lutté contre la déflation. Aujourd’hui, le pays doit composer avec une inflation supérieure à l’objectif de 2 % fixé par la Banque du Japon.

La hausse des prix a d’abord été alimentée par l’augmentation des coûts des importations énergétiques et alimentaires, sur fond de tensions géopolitiques et de dépréciation du yen. Mais l’enjeu central réside désormais dans la dynamique salariale. Si les hausses de salaires négociées ces derniers mois marquent une évolution notable, elles restent insuffisantes pour compenser durablement l’inflation.

Le risque est double : un affaiblissement prolongé du pouvoir d’achat des ménages et une consommation atone, ou, à l’inverse, une spirale prix-salaires si les revendications salariales s’intensifient. La banque centrale se trouve ainsi confrontée à un arbitrage délicat entre soutien à l’activité et ancrage des anticipations inflationnistes.

Une stratégie économique sous contrainte politique

Le gouvernement japonais doit concilier discipline budgétaire et impératif de soutien à la croissance. Les appels à de nouvelles mesures de relance coexistent avec les inquiétudes relatives à la soutenabilité des finances publiques.

Dans un contexte de vieillissement accéléré de la population, les dépenses sociales augmentent structurellement. La base fiscale, elle, progresse plus lentement. Toute politique de consolidation budgétaire trop rapide risquerait de freiner une reprise déjà fragile. À l’inverse, un relâchement excessif pourrait éroder la confiance des marchés et accroître la pression sur les taux.

Le Japon se retrouve ainsi dans une situation où chaque décision macroéconomique comporte un coût potentiel significatif.

Une économie en transition structurelle

Au-delà des chiffres conjoncturels, le cas japonais illustre les limites d’un modèle reposant durablement sur l’endettement public pour compenser une demande privée insuffisante. Le pays entre dans une phase de transition : normalisation monétaire, inflation plus présente, recomposition des chaînes d’approvisionnement mondiales.

La question centrale n’est plus seulement celle du rythme de la croissance, mais celle de sa qualité. L’enjeu est d’accroître la productivité, de stimuler l’innovation, d’encourager une participation accrue des femmes et des seniors au marché du travail, et de réformer certains secteurs protégés.

Sans transformation structurelle, le Japon risque de demeurer dans un équilibre précaire : croissance faible, dette élevée et inflation instable.

La trajectoire japonaise est scrutée avec attention par les autres économies avancées confrontées à des niveaux d’endettement élevés et à des transitions démographiques similaires. Ce qui se joue à Tokyo dépasse le cadre national : il s’agit d’un laboratoire des défis macroéconomiques des sociétés vieillissantes.

Le léger sursaut de croissance enregistré récemment ne suffit pas à dissiper les tensions qui traversent l’économie japonaise. Entre dette publique colossale, inflation persistante et contraintes démographiques, le Japon avance prudemment sur une ligne de crête. L’avenir dépendra de sa capacité à transformer ce moment d’ajustement en véritable mutation structurelle, condition indispensable pour sortir durablement de la stagnation.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Manifestations en Iran : au moins six morts et des dizaines de blessés dans un mouvement social contre la vie chère – comprendre la colère quotidienne des Iraniens

Depuis le 28 décembre 2025, des Iraniens manifestent dans plusieurs villes pour dénoncer la hausse des prix et l’inflation. Ce mouvement, initialement pacifique à Téhéran, a provoqué des affrontements meurtriers, révélant les tensions économiques et sociales profondes qui traversent la société iranienne, en particulier parmi les jeunes et les commerçants.

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Un mouvement qui se propage et devient meurtrier

Les rassemblements ont débuté dimanche dans les bazars de Téhéran, puis se sont étendus aux universités et à d’autres villes, notamment Lordegan, Azna, Kouhdasht et Fassa. Dans ces localités, des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont fait au moins six morts et une vingtaine de blessés.

Selon l’agence Fars, « le nombre de victimes à Lordegan aujourd’hui s’élève à deux », après des jets de pierres sur des bâtiments publics tels que le gouvernorat, la mosquée, la mairie et des banques. Plus tard dans la journée, trois autres personnes ont été tuées à Azna, toujours dans l’ouest du pays, lors d’un assaut contre un commissariat de police.

Les forces de sécurité, notamment le Bassidj, milice affiliée aux Gardiens de la Révolution, ont également subi des pertes : « Un membre du Bassidj de la ville de Kouhdasht, âgé de 21 ans, a été tué cette nuit par des émeutiers alors qu’il défendait l’ordre public », a déclaré le vice-gouverneur de la province du Lorestan, Saïd Pourali. Treize policiers et membres du Bassidj ont été blessés par des jets de pierres au cours de ces affrontements.

Par ailleurs, 30 personnes ont été arrêtées à Téhéran pour « troubles à l’ordre public », certaines accusées d’avoir tenté de transformer les manifestations en incidents violents, selon l’agence Tasnim.

Contexte socio-économique : la vie quotidienne sous pression

Le mouvement ne peut se comprendre sans replacer ces événements dans le contexte économique iranien. Le rial a perdu plus d’un tiers de sa valeur face au dollar en un an, et le pays connaît une inflation à deux chiffres, estimée à 52 % en décembre 2025.

Cette situation pèse particulièrement sur les jeunes, les étudiants et les commerçants, qui voient leur pouvoir d’achat s’effondrer. Les manifestations traduisent donc une frustration quotidienne face à l’incapacité du régime à répondre aux besoins économiques de la population, et la colère dépasse le simple mécontentement ponctuel pour toucher la vie réelle des Iraniens.

Témoignages et observations

Les médias locaux relatent des scènes de tension et de panique : jets de pierres, attaques de bâtiments publics et interventions des forces de l’ordre au gaz lacrymogène. Le procureur général iranien, Mohammad Movahedi-Azad, a reconnu « la légitimité des manifestations pacifiques », mais a averti que toute tentative de déstabilisation ou de destruction de biens publics serait réprimée fermement.

Un mouvement social révélateur de fractures profondes

Si ces rassemblements ne sont pas comparables en ampleur au mouvement de 2022 après la mort de Mahsa Amini, ils illustrent les tensions structurelles de la société iranienne. La contestation est davantage sociale et économique que politique, et reflète le désarroi des populations face à l’érosion du pouvoir d’achat et à l’insécurité économique.

La propagation du mouvement aux universités et à plusieurs villes montre que la jeunesse iranienne est particulièrement touchée, confrontée à un avenir incertain et à des choix imposés par une inflation galopante et une monnaie en forte dépréciation.

Comprendre et situer ces tensions

Au-delà de l’Iran, ces manifestations posent la question de la fragilité sociale dans les sociétés confrontées à une inflation élevée et à des déséquilibres économiques. Elles mettent en lumière les mécanismes de colère sociale et la nécessité pour les gouvernements de répondre aux besoins essentiels de leurs populations.

Pour La Boussole – infos, il s’agit de saisir la réalité vécue par les citoyens, non pas de prendre parti, mais de permettre aux lecteurs de comprendre les causes et les conséquences sociales de ce mouvement.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Musique – tournée française de Beyoncé : quand le « business parallèle » des commerçants freine le succès populaire

Le premier des trois concerts français de Beyoncé, dans le cadre de son « Cowboy Carter Tour 2025 », s’est tenu hier au Stade de France. Pourtant, l’événement n’a pas affiché complet, malgré l’immense popularité de l’artiste états-unienne et une demande initiale forte. Une situation paradoxale qui illustre un phénomène désormais bien identifié autour des grandes tournées internationales : le développement d’un juteux business local dont la spéculation finit parfois par desservir l’artiste lui-même.

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