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Thaïlande : à Nonthaburi, un ancien député abat un responsable local, trois jours après une fusillade dans un lycée

Lundi matin, Chalong Riewrang s’est présenté dans les locaux de l’administration provinciale de Nonthaburi avec une arme. Quelques minutes plus tard, le président de cette institution gisait à terre, mortellement touché. Trois jours plus tôt, à quelques kilomètres de là, un adolescent de 14 ans avait tué neuf personnes dans un lycée et à son domicile. Deux affaires sans lien établi, mais qui placent une nouvelle fois la circulation des armes sous les projecteurs en Thaïlande.

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Ancien député de Nonthaburi, Chalong Riewrang a reconnu avoir tiré sur Thongchai Yenprasert, président de l’administration provinciale, ainsi que sur son chauffeur. Le responsable local est mort à l’hôpital ; son chauffeur a été blessé. Le suspect affirme avoir voulu récupérer 11 millions de bahts qu’il dit avoir prêtés à la victime. La police examine cette version et dispose d’images de vidéosurveillance qui ne corroborent pas certains éléments avancés par l’ancien parlementaire.

À 11 heures, lundi 10 août, les bureaux de l’administration provinciale de Nonthaburi étaient loin de ressembler à une scène de fusillade. Chalong Riewrang était venu rencontrer Thongchai Yenprasert, un ancien colonel de police devenu président de l’administration provinciale.

La discussion a dégénéré.

Des coups de feu ont été tirés. Thongchai Yenprasert a été grièvement atteint. Son chauffeur a également été touché. Le président de l’administration provinciale a été transporté à l’hôpital Phranangklao, où il est mort des suites de ses blessures.

L’ancien député ne s’est pas enfui bien loin. Après les tirs, il a pris un taxi-moto pour se rendre à la police. Il avait auparavant téléphoné à une présentatrice de télévision alors qu’elle était en direct, lui annonçant qu’il venait de tirer sur Thongchai. La journaliste lui a demandé de déposer son arme et d’attendre la police.

Devant les enquêteurs, Chalong Riewrang a donné sa propre explication. Il affirme que Thongchai Yenprasert lui devait 11 millions de bahts, une somme qu’il aurait prêtée au responsable local en 2008 pour financer une campagne électorale. Il dit avoir longtemps renoncé à réclamer son argent avant de changer de position, notamment en raison de dépenses médicales importantes et d’une baisse de ses revenus.

L’ancien député soutient qu’il voulait simplement obtenir le remboursement de cette somme. Selon son récit, une dispute aurait éclaté dans les bureaux de l’administration provinciale. Thongchai aurait quitté la pièce et rejoint son véhicule. Chalong affirme l’avoir suivi pour poursuivre la discussion.

C’est à ce moment que sa version devient contestée.

Le suspect affirme que le chauffeur de Thongchai aurait sorti une arme, ce qui l’aurait conduit à tirer pour se défendre. La police dit ne pas avoir trouvé, dans les images de vidéosurveillance examinées, la preuve d’un tir du chauffeur. Les enquêteurs étudient néanmoins l’arme retrouvée dans le véhicule et interrogent les témoins afin de reconstituer précisément la scène.

La dette de 11 millions de bahts n’a pas non plus été établie par les enquêteurs comme mobile du meurtre. Pour l’heure, elle reste donc au rang des déclarations de Chalong Riewrang.

Le statut du suspect a rapidement attiré l’attention. Chalong Riewrang a été député de Nonthaburi à plusieurs reprises. Il a appartenu à plusieurs formations politiques et s’était présenté aux élections de 2023 sous les couleurs du Bhumjaithai, le parti auquel appartient le Premier ministre Anutin Charnvirakul, sans toutefois être élu.

Anutin a demandé que la procédure soit menée sans tenir compte du passé politique de l’accusé. Le chef du gouvernement a déclaré que son ancien statut ne pouvait lui accorder aucun traitement particulier. Chalong ne détient aujourd’hui aucune fonction au sein du Bhumjaithai, a précisé le Premier ministre.

La police retient notamment l’usage d’une arme à feu et examine les circonstances exactes des tirs. Les enquêteurs doivent confronter le récit du suspect aux images de vidéosurveillance, aux constatations balistiques et aux déclarations du chauffeur blessé.

L’affaire aurait pu rester celle d’un conflit entre deux hommes. Sa proximité avec une autre fusillade meurtrière lui donne toutefois un écho particulier.

Vendredi 7 août, un élève de 14 ans avait tué ses grands-parents à leur domicile avant de prendre un bus pour rejoindre le lycée Debsirin Nonthaburi. Il y avait ouvert le feu avec une arme de poing.

Trois enseignants et deux responsables de l’établissement ont été tués dans le lycée. Le bilan est ensuite monté à neuf morts après le décès d’une jeune fille de 12 ans. Vingt-trois personnes ont également été blessées. Le tireur est mort après avoir retourné l’arme contre lui.

Les deux affaires sont géographiquement proches. Elles se sont produites dans la même province, à quelques kilomètres l’une de l’autre. Aucun élément communiqué par les autorités ne permet cependant de les relier.

La différence entre les deux auteurs est aussi frappante que la proximité des lieux. Dans le premier cas, un adolescent s’est emparé de l’arme de son grand-père. Dans le second, un ancien parlementaire a utilisé une arme dans le cadre d’un conflit personnel allégué. Deux parcours, deux histoires, mais la même question de l’accès aux armes.

Après la tuerie du lycée, le gouvernement thaïlandais avait promis de renforcer la surveillance des armes. Mardi 11 août, Anutin Charnvirakul est passé aux premières mesures.

La délivrance de nouveaux permis d’achat d’armes a été suspendue. Les autorisations existantes doivent être réexaminées. Les autorités veulent également accélérer l’adoption d’une nouvelle législation, avec des contrôles plus stricts et des sanctions plus lourdes.

Le gouvernement entend aussi s’attaquer aux armes détenues illégalement. Une procédure permettant leur remise aux autorités est à l’étude. Les autorités rappellent par ailleurs que les armes enregistrées doivent rester au domicile de leur propriétaire et ne peuvent pas être portées librement dans l’espace public.

Le problème est de taille. Selon une estimation du Small Arms Survey datant de 2017, les civils thaïlandais détenaient alors environ 10,3 millions d’armes à feu, soit près de 15 armes pour 100 habitants. Il s’agit d’une estimation ancienne, mais elle demeure l’une des principales références disponibles sur le sujet.

La difficulté pour Bangkok n’est donc pas seulement d’écrire de nouvelles règles. Il faudra savoir ce que deviennent les armes déjà présentes dans les foyers, vérifier les autorisations délivrées et empêcher le port illégal d’armes dans l’espace public.

L’affaire Chalong Riewrang ajoute une autre difficulté au dossier. L’homme soupçonné d’avoir tué le président de l’administration provinciale n’est ni un inconnu des autorités ni un jeune sans antécédent politique. Il a été parlementaire et a évolué dans plusieurs formations politiques.

Pour Anutin Charnvirakul, le choix est désormais simple : laisser l’affaire suivre son cours judiciaire, sans intervention politique, tout en démontrant que les nouvelles mesures annoncées après la tuerie du lycée ne resteront pas au stade des déclarations.

À Nonthaburi, les enquêteurs cherchent encore à établir ce qui s’est réellement passé entre les deux hommes et pourquoi une dette alléguée de plusieurs millions de bahts a fini par se régler à coups de feu.

La justice devra trancher cette question. Le gouvernement, lui, doit répondre à une autre : comment empêcher que des armes déjà présentes dans la société thaïlandaise ne transforment d’autres conflits en drames mortels ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Japon : croissance fragile, dette colossale et inflation persistante, une équation économique sous tension

Après des décennies de croissance atone et de déflation chronique, le Japon semblait amorcer un tournant. Mais le léger sursaut enregistré fin 2025 ne dissipe pas les fragilités structurelles d’une économie prise en étau entre dette publique massive, pressions inflationnistes et ajustement délicat de sa politique monétaire.

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La troisième économie mondiale fait face à une équation complexe : relancer durablement l’activité sans aggraver une dette publique dépassant 250 % du PIB, tout en maîtrisant une inflation redevenue sensible après des années de stagnation des prix. Entre impératifs budgétaires, crédibilité monétaire et contraintes démographiques, le Japon évolue sur une ligne de crête.

Un rebond technique qui ne masque pas la fragilité structurelle

Les dernières données conjoncturelles font état d’une croissance modeste du produit intérieur brut au quatrième trimestre 2025. Ce léger redressement intervient après plusieurs séquences de contraction ou de stagnation, alimentant l’idée d’une reprise progressive.

Cependant, la dynamique reste fragile. La consommation des ménages peine à retrouver son élan, pénalisée par l’érosion du pouvoir d’achat. Les exportations, moteur traditionnel de l’économie japonaise, subissent quant à elles les aléas de la conjoncture mondiale et le ralentissement de certains partenaires commerciaux asiatiques.

Le rebond observé relève davantage d’un ajustement conjoncturel que d’un véritable changement de cycle. Les fondamentaux structurels vieillissement accéléré de la population, faible progression de la productivité dans certains secteurs, dépendance énergétique continuent de peser sur le potentiel de croissance à long terme.

Une dette publique hors norme

Le Japon affiche le niveau d’endettement public le plus élevé parmi les grandes économies avancées, dépassant largement les 250 % du PIB. Cette accumulation s’explique par des décennies de politiques budgétaires expansionnistes destinées à compenser la faiblesse de la demande interne et à soutenir l’activité face aux chocs successifs : crise financière mondiale, catastrophes naturelles, pandémie.

Une particularité japonaise atténue toutefois le risque immédiat : la majeure partie de cette dette est détenue par des acteurs nationaux, notamment les institutions financières domestiques et la banque centrale. Cette configuration limite la dépendance aux marchés internationaux et réduit la probabilité d’une crise de financement soudaine.

Mais cette relative protection n’efface pas le problème de fond. La remontée progressive des taux d’intérêt renchérit mécaniquement le coût du service de la dette. À mesure que la politique monétaire se normalise, la charge budgétaire pourrait s’alourdir, réduisant les marges de manœuvre de l’État pour investir ou soutenir la croissance.

Le retour de l’inflation, un changement de paradigme

Pendant près de deux décennies, le Japon a lutté contre la déflation. Aujourd’hui, le pays doit composer avec une inflation supérieure à l’objectif de 2 % fixé par la Banque du Japon.

La hausse des prix a d’abord été alimentée par l’augmentation des coûts des importations énergétiques et alimentaires, sur fond de tensions géopolitiques et de dépréciation du yen. Mais l’enjeu central réside désormais dans la dynamique salariale. Si les hausses de salaires négociées ces derniers mois marquent une évolution notable, elles restent insuffisantes pour compenser durablement l’inflation.

Le risque est double : un affaiblissement prolongé du pouvoir d’achat des ménages et une consommation atone, ou, à l’inverse, une spirale prix-salaires si les revendications salariales s’intensifient. La banque centrale se trouve ainsi confrontée à un arbitrage délicat entre soutien à l’activité et ancrage des anticipations inflationnistes.

Une stratégie économique sous contrainte politique

Le gouvernement japonais doit concilier discipline budgétaire et impératif de soutien à la croissance. Les appels à de nouvelles mesures de relance coexistent avec les inquiétudes relatives à la soutenabilité des finances publiques.

Dans un contexte de vieillissement accéléré de la population, les dépenses sociales augmentent structurellement. La base fiscale, elle, progresse plus lentement. Toute politique de consolidation budgétaire trop rapide risquerait de freiner une reprise déjà fragile. À l’inverse, un relâchement excessif pourrait éroder la confiance des marchés et accroître la pression sur les taux.

Le Japon se retrouve ainsi dans une situation où chaque décision macroéconomique comporte un coût potentiel significatif.

Une économie en transition structurelle

Au-delà des chiffres conjoncturels, le cas japonais illustre les limites d’un modèle reposant durablement sur l’endettement public pour compenser une demande privée insuffisante. Le pays entre dans une phase de transition : normalisation monétaire, inflation plus présente, recomposition des chaînes d’approvisionnement mondiales.

La question centrale n’est plus seulement celle du rythme de la croissance, mais celle de sa qualité. L’enjeu est d’accroître la productivité, de stimuler l’innovation, d’encourager une participation accrue des femmes et des seniors au marché du travail, et de réformer certains secteurs protégés.

Sans transformation structurelle, le Japon risque de demeurer dans un équilibre précaire : croissance faible, dette élevée et inflation instable.

La trajectoire japonaise est scrutée avec attention par les autres économies avancées confrontées à des niveaux d’endettement élevés et à des transitions démographiques similaires. Ce qui se joue à Tokyo dépasse le cadre national : il s’agit d’un laboratoire des défis macroéconomiques des sociétés vieillissantes.

Le léger sursaut de croissance enregistré récemment ne suffit pas à dissiper les tensions qui traversent l’économie japonaise. Entre dette publique colossale, inflation persistante et contraintes démographiques, le Japon avance prudemment sur une ligne de crête. L’avenir dépendra de sa capacité à transformer ce moment d’ajustement en véritable mutation structurelle, condition indispensable pour sortir durablement de la stagnation.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Rougeole : l’OMS confirme un recul mondial durable de la vaccination depuis la pandémie de COVID-19

L’Organisation mondiale de la Santé tire un signal d’alarme clair : la résurgence actuelle de la rougeole n’est pas un phénomène isolé. Elle s’inscrit dans la continuité directe de la pandémie de COVID-19, qui a interrompu la vaccination de millions d’enfants dans le monde. Cinq ans après le pic de la crise sanitaire, les niveaux de couverture n’ont toujours pas retrouvé leur niveau d’avant 2020, révélant les limites profondes des systèmes de santé et les fractures persistantes de la gouvernance sanitaire mondiale.

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La rougeole revient dans des régions où la maladie avait presque disparu. Cette évolution n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un déficit qui s’est accumulé pendant les années pandémiques et que le monde n’a pas encore résorbé. À travers cette résurgence, c’est toute l’architecture de la santé mondiale qui apparaît fragilisée.

Un retour en arrière qui s’explique avant tout par l’héritage du COVID-19

Avant la pandémie, la vaccination progressait régulièrement et plusieurs régions approchaient le seuil d’immunité collective. L’année 2019 représentait un point haut, avec une couverture qui se stabilisait à un niveau permettant de maintenir la rougeole sous contrôle. Cette dynamique s’est brutalement interrompue en 2020 lorsque les systèmes de santé ont réorienté leurs efforts vers la gestion de la crise COVID. Les campagnes de vaccination de routine ont été suspendues, les écoles souvent centres de vaccination ont fermé, et des millions d’enfants n’ont jamais reçu leurs doses. Aujourd’hui encore, cette interruption continue de produire ses effets : les enfants qui auraient dû être vaccinés en 2020, 2021 ou 2022 sont devenus une cohorte vulnérable, et cette vulnérabilité alimente les flambées actuelles.

Une reprise insuffisante pour combler les failles accumulées

Les chiffres récents montrent une remontée, mais celle-ci demeure trop lente pour rattraper trois années de perturbation. La première dose atteint 84 % en 2024, un niveau inférieur à celui de 2019, tandis que la seconde dose plafonne à 76 %, bien en-deçà des 95 % nécessaires pour interrompre la transmission du virus. La conséquence est visible : près de 11 millions de cas ont été recensés ou estimés en 2024, accompagnés d’environ 95 000 décès, en grande majorité chez les enfants les plus jeunes. Cinquante-neuf pays ont signalé des flambées d’ampleur inhabituelle, y compris dans des régions reconnues jusque-là comme bien protégées. À travers ces données, l’OMS décrit moins une “hausse” qu’un réajustement à la suite d’un choc systémique dont les effets persistent.

Une fragilité mondiale, mais des vulnérabilités très inégalement réparties

L’Afrique concentre plus de la moitié des enfants non vaccinés. Cette situation s’explique par la faiblesse chronique des systèmes de santé, les contraintes logistiques dans des territoires vastes ou enclavés, la dépendance aux financements extérieurs, ainsi que par l’impact cumulatif des crises sécuritaires. Mais le phénomène dépasse le cadre africain. En Europe et dans les Amériques, des flambées apparaissent dans des environnements pourtant dotés d’infrastructures solides. Ici, la question n’est plus logistique mais sociétale : la désinformation et la baisse de confiance envers les institutions sanitaires ont créé des poches de populations non immunisées. En Asie du Sud, la densité démographique et la reprise rapide des déplacements facilitent la circulation du virus. Le Moyen-Orient reste marqué par les déplacements de populations et l’instabilité de plusieurs États. La rougeole devient ainsi un révélateur de la diversité des fragilités contemporaines, qu’elles soient structurelles, politiques ou sociales.

Une rupture née en 2020 qui redessine aujourd’hui la carte sanitaire

L’année 2019 constituait un point d’équilibre relatif. La pandémie a fait basculer ce fragile équilibre. Entre 2020 et 2022, la vaccination de routine a reculé dans presque tous les continents. En 2023, la reprise des déplacements internationaux a permis au virus de circuler plus aisément dans un monde dont une partie des enfants n’était pas immunisée. En 2024, les flambées se sont multipliées, confirmant que les campagnes de rattrapage restaient insuffisantes. Et en 2025, l’OMS affirme explicitement que la couverture mondiale n’a toujours pas retrouvé son niveau pré-COVID. Cette chronologie montre que nous ne sommes plus face à un déficit ponctuel, mais à une réorganisation durable de la vulnérabilité sanitaire mondiale.

Au-delà du virus : ce que révèle la rougeole de la gouvernance sanitaire internationale

La résurgence actuelle souligne plusieurs tendances de fond. D’abord, la pandémie a démontré que beaucoup de systèmes de santé ne sont pas capables de maintenir leurs services essentiels en période de crise prolongée. Ensuite, la dépendance de dizaines de pays à l’aide internationale fragilise les programmes de vaccination lorsque les priorités globales se déplacent. De plus, l’érosion de la confiance publique, observée dans plusieurs pays à haut revenu, montre que la performance sanitaire ne repose pas uniquement sur la technique ou les infrastructures, mais également sur la cohésion sociale. Enfin, la vaccination devient un enjeu géopolitique : elle engage les alliances, les financements et la capacité des États à mener des politiques de santé indépendantes.

La rougeole redevient un marqueur de l’état réel des systèmes de santé, de leur capacité à absorber les crises et à maintenir des priorités cohérentes dans la durée. La pandémie de COVID-19 a créé une rupture dont le monde n’a toujours pas surmonté les effets, et la hausse des cas n’est que la conséquence visible d’un déséquilibre plus profond. Revenir aux niveaux pré-pandémie ne suffirait pas : les failles accumulées exigent une approche renforcée, durable et structurée, capable de consolider les systèmes les plus fragiles et de restaurer la confiance là où elle s’est effritée. L’OMS ne décrit pas seulement une menace sanitaire, mais un défi global qui engage l’avenir même de la prévention.

Celine Dou — La Boussole-infos

Attaques et persécutions contre les minorités chrétiennes : un phénomène global en expansion

Les attaques contre les chrétiens ne sont pas de simples faits divers isolés. Du meurtre d’Ashur Sarnaya à Lyon aux massacres dans des villages du Nigéria, en passant par les pressions institutionnelles en Asie et au Moyen‑Orient, les minorités chrétiennes subissent une persécution structurée et mondiale. Comprendre ce phénomène nécessite de croiser violences physiques, radicalisation idéologique et vulnérabilité des communautés pour analyser ses causes et ses conséquences sur le plan humanitaire et géopolitique.

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En Europe, le meurtre d’Ashur Sarnaya, réfugié chrétien irakien en fauteuil roulant, poignardé à Lyon en septembre 2025, a mis en lumière la vulnérabilité des minorités religieuses même dans des sociétés démocratiques. L’enquête, confiée au parquet national antiterroriste, confirme que ce crime s’inscrit dans une logique djihadiste ciblant les chrétiens comme symbole idéologique. La note récente de la DGSI souligne que cette vulnérabilité n’est pas marginale : les communautés chrétiennes constituent une cible régulière des groupes extrémistes, non seulement en France mais dans plusieurs pays occidentaux.

En Afrique, la persécution est souvent plus visible et meurtrière. Dans le Nigéria, des attaques de villages chrétiens ont provoqué des centaines de morts et le déplacement forcé de milliers de personnes. Les violences contre les églises, écoles confessionnelles et communautés rurales témoignent de la combinaison entre instabilité politique, présence de groupes armés et radicalisation religieuse. Cette situation révèle que la foi chrétienne reste extrêmement vulnérable là où l’État peine à assurer la sécurité et l’ordre public.

Le Moyen‑Orient et l’Asie centrale illustrent une autre facette de la persécution : ici, elle prend la forme de restrictions légales, d’intimidations, et de pressions institutionnelles. Des pays comme le Kazakhstan, le Tadjikistan ou certains États du Moyen‑Orient limitent la liberté religieuse, interdisent les rassemblements et criminalisent certaines pratiques chrétiennes. Ces mesures, souvent moins visibles que les attaques physiques, contribuent à marginaliser les minorités et à favoriser l’exil ou la clandestinité religieuse.

Les causes de cette persécution sont multiformes. La radicalisation idéologique, la violence organisée, la faiblesse des institutions étatiques et les discriminations légales se combinent pour créer un environnement où les chrétiens sont ciblés pour leur foi. L’idéologie djihadiste utilise le christianisme comme symbole à attaquer, tandis que les États fragiles ou autoritaires appliquent des lois restrictives qui accentuent la vulnérabilité des minorités. Les réfugiés et migrants chrétiens deviennent particulièrement exposés, car ils cumulent isolement social et faible protection institutionnelle.

L’analyse globale des données montre que la persécution des chrétiens est à la fois idéologique et structurelle, touchant environ 380 millions de fidèles dans le monde, selon l’index 2025 de l’ONG Portes Ouvertes. Elle prend différentes formes selon les régions : massacres et déplacements forcés en Afrique, restrictions légales et intimidations au Moyen‑Orient et en Asie, attaques sporadiques mais symboliques en Europe. Ces phénomènes sont reliés par un fil conducteur : la vulnérabilité des minorités face à des acteurs qui instrumentalisent la religion pour atteindre des objectifs politiques ou idéologiques.

Les conséquences sont profondes : exil massif, fragilité sociale et économique, perte du patrimoine culturel et religieux, et traumatisme psychologique durable. Ces enjeux dépassent la sphère sécuritaire et relèvent d’une problématique humanitaire et civilisationnelle, nécessitant des réponses coordonnées des États, des ONG et de la communauté internationale. La documentation reste partielle, mais les tendances observées indiquent une intensification de la pression sur les communautés chrétiennes dans le monde.

En conclusion, la persécution des minorités chrétiennes illustre une crise globale qui traverse continents et régimes politiques. L’Europe, l’Afrique, le Moyen‑Orient et l’Asie sont touchés, mais sous des formes différentes. Comprendre cette dynamique avec rigueur, précision et contextualisation est indispensable pour protéger les minorités, prévenir la radicalisation et défendre les droits fondamentaux. L’information, la prévention et l’accompagnement humanitaire sont des outils essentiels pour réduire cette vulnérabilité et soutenir les populations touchées.

Celine Dou

Sanae Takaichi « Trump du Pacifique » : La nationaliste qui veut réarmer le Japon et rompre avec l’héritage pacifiste

Elle est sur le point d’entrer dans l’histoire comme la première femme à diriger le Japon. Mais derrière ce symbole, Sanae Takaichi porte une ambition bien plus radicale : réarmer le pays, revisiter son histoire et affirmer une puissance japonaise affranchie du pacifisme imposé depuis 1945. Une orientation qui inquiète autant qu’elle fascine, au sein d’une Asie déjà sous haute tension.

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À 64 ans, Sanae Takaichi incarne un paradoxe : première femme à pouvoir accéder au poste de Première ministre du Japon, mais issue de l’aile la plus conservatrice du Parti libéral-démocrate (PLD). Fille d’un épicier de Nara, elle a gravi les échelons d’un monde politique longtemps fermé aux femmes, portée par une ténacité qu’elle revendique comme son principal atout.

Élue présidente du PLD en octobre 2025, Takaichi s’est imposée comme la figure la plus en vue de la droite dure japonaise. Admiratrice revendiquée de Shinzo Abe, dont elle se veut l’héritière, elle prône un Japon fort, décomplexé, maître de son destin militaire et historique.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Japon vit sous le régime de la Constitution pacifiste de 1947, qui interdit à l’armée tout rôle offensif. Pour Takaichi, ce cadre est devenu obsolète face à la montée en puissance de la Chine et aux provocations nord-coréennes.

Elle veut doter le Japon de capacités de frappe à longue portée, moderniser ses missiles, et réviser l’article 9 de la Constitution pour reconnaître officiellement le droit à la défense préventive. Son discours séduit une partie de l’opinion, lassée de voir le pays dépendre du parapluie sécuritaire des États-Unis d’Amérique, mais suscite aussi des craintes dans la région.

Pékin y voit un glissement vers le militarisme, Séoul dénonce une remise en cause de l’histoire, et les centristes japonais redoutent une dérive nationaliste qui isolerait Tokyo sur la scène asiatique.

L’un des aspects les plus controversés de Sanae Takaichi réside dans sa gestion de la mémoire. Elle se rend régulièrement au sanctuaire Yasukuni, où sont honorés des criminels de guerre de l’ère impériale, un geste perçu comme une provocation par les voisins asiatiques.

Sur les sujets de société, elle défend une vision conservatrice : opposition au mariage homosexuel, refus de l’égalité du nom de famille pour les couples mariés, hostilité à une politique migratoire ouverte. Ces positions, combinées à sa rhétorique nationaliste, lui valent le surnom médiatique de « Trump du Pacifique » une formule qu’elle ne rejette pas totalement.

Malgré sa victoire interne, Takaichi ne dispose pas encore d’une majorité stable pour gouverner. Le Komeito, parti centriste et allié traditionnel du PLD, a annoncé son retrait de la coalition, jugeant sa ligne trop radicale. Le PLD, affaibli par les élections récentes, ne détient plus la majorité absolue au Parlement.

Cette fragilité pourrait limiter sa marge de manœuvre, notamment sur la réforme constitutionnelle, qui exige une large majorité. Son défi immédiat sera donc de concilier un discours de fermeté nationale avec les impératifs de coalition dans un système politique marqué par le compromis.

Si Sanae Takaichi accède à la tête du gouvernement, le Japon pourrait connaître une inflexion majeure de sa politique étrangère. Son objectif est clair : restaurer la fierté nationale et rompre avec l’autocensure diplomatique héritée de l’après-guerre.

Mais cette ambition se heurte à plusieurs réalités : une population vieillissante, une dette publique colossale, une dépendance énergétique extérieure et une société encore prudente face au militarisme. Les défis économiques et sociaux pourraient vite rattraper les rêves de grandeur.

Le Japon se trouve à la croisée des chemins. Entre déclin démographique, dépendance technologique et montée des tensions régionales, la tentation du réarmement traduit une inquiétude existentielle : celle d’un pays longtemps pacifié, désormais rattrapé par la logique des blocs.

Sanae Takaichi symbolise cette mutation. Pour la première fois depuis 1945, une dirigeante japonaise revendique une puissance militaire et un récit national affranchi des tutelles.
Reste à savoir si le Japon saura conjuguer affirmation stratégique et prudence historique, ou s’il s’engagera sur la voie d’un nationalisme dont les cicatrices sont encore vives dans la mémoire asiatique.

Celine Dou

L’Australie et l’Indonésie annoncent un nouvel accord de défense

Le mardi 20 août, l’Australie et l’Indonésie ont révélé un nouvel accord de défense qui marque un renforcement de leur coopération. Cette annonce a été faite lors de la visite à Canberra de Prabowo Subianto, le ministre indonésien de la Défense et futur président.

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