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Les bûchers ne sont que la partie émergée de l’iceberg; Trois siècles de chasses aux sorcières : quand la peur s’institutionnalise

Au-delà des images spectaculaires des bûchers, les archives révèlent que la chasse aux sorcières en Europe et dans certaines colonies s’est étendue sur plus de trois siècles, mobilisant tribunaux, clergé et populations locales. Femmes, marginaux et minorités furent les cibles principales d’un système judiciaire et social où la peur collective se transformait en persécution normalisée. Comprendre cette histoire, c’est dépasser les clichés pour saisir les mécanismes de stigmatisation et de violence institutionnalisée qui ont marqué plusieurs générations.

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Lorsque l’on évoque la chasse aux sorcières, les bûchers viennent immédiatement à l’esprit. Pourtant, ces flammes spectaculaires ne révèlent qu’une fraction des persécutions. Derrière l’image dramatique des exécutions se cache un monde complexe : procès, tortures, bannissements et confiscations se sont succédé pendant des siècles, orchestrés par des institutions religieuses et judiciaires qui légitimaient la peur et l’accusation arbitraire. L’histoire de ces trois siècles nous invite à réfléchir sur les mécanismes sociaux et politiques qui transforment la peur en violence collective.

Un phénomène étendu dans le temps et l’espace

Les premières poursuites pour sorcellerie apparaissent au XIVᵉ siècle, mais c’est à partir du XVe siècle que la chasse prend une forme structurée, portée par des textes théologiques et juridiques, comme la bulle papale Summis desiderantes affectibus (1484) ou le Malleus maleficarum (1487). Ces documents codifient l’association de la sorcellerie au diable, offrant un cadre légitime aux persécutions.

Le XVIᵉ et le début du XVIIᵉ siècle constituent l’apogée de ce phénomène : dans certaines régions, des dizaines voire des centaines de procès ont lieu chaque année. La torture, la dénonciation sociale et l’accusation arbitraire deviennent des instruments de contrôle social, et ce sont surtout les femmes, veuves, célibataires ou marginales qui sont ciblées.

Au‑delà du spectacle : des victimes multiples et invisibles

Les bûchers, bien que spectaculaires, ne représentent qu’une minorité des cas d’abus. De nombreuses victimes furent emprisonnées, torturées, bannies ou dépossédées de leurs biens sans jamais être exécutées. Les archives écossaises et allemandes montrent que les procès ont été innombrables, révélant une persécution systémique où la peur était institutionnalisée et prolongée sur des décennies.

Cette réalité contredit les représentations simplistes et met en évidence un mécanisme social de stigmatisation et de contrôle, qui s’est inscrit durablement dans les mentalités et les pratiques judiciaires de l’époque.

Le rôle des institutions et des doctrines

L’étude des documents historiques révèle que la persécution ne fut pas uniquement le fruit de superstitions populaires. Les tribunaux, le clergé et les autorités locales ont structuré et validé ces chasses, transformant la peur en outil de légitimation sociale et judiciaire. Le recours à la torture et aux confessions extorquées illustre l’artificialité des preuves et la violence institutionnalisée, qui dépasse largement le cadre des bûchers visibles.

Une transition vers la raison et la modernité

À partir du XVIIᵉ siècle, la fréquence des procès diminue, portée par l’influence de la raison, des Lumières et des réformes judiciaires. La critique du recours à la torture et la mise en place de normes probatoires plus strictes ont contribué à freiner les excès. La dernière exécution connue pour sorcellerie en Europe remonte à 1782 en Suisse, mettant un terme à des siècles de persécution.

Cette transition souligne un point essentiel : les sociétés peuvent corriger des excès de peur et d’injustice si la raison et la critique institutionnelle l’emportent sur la superstition et le pouvoir arbitraire.

Les bûchers ne sont que la partie visible d’un iceberg de persécutions qui a perduré sur trois siècles, touchant des milliers de victimes et mobilisant institutions et sociétés entières. Comprendre cette histoire, c’est saisir comment la peur, lorsqu’elle est institutionnalisée et légitimée, peut engendrer des violences systématiques et durables. Aujourd’hui, cette mémoire doit nous servir de leçon : la vigilance contre la stigmatisation, l’injustice et l’abus institutionnel reste un impératif universel.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Smarty lance « Chacun sa vie » à Paris : le rap burkinabè en majesté au Casino de Paris

Ce 1er juin, la scène du Casino de Paris accueillera l’un des rappeurs les plus respectés du continent africain : Smarty. L’artiste burkinabè, figure majeure du hip-hop ouest-africain, y présentera son nouvel album « Chacun sa vie », dans ce qui s’annonce comme un moment fort de la saison musicale africaine à l’international.

De Ouagadougou à Paris : un parcours tissé d’engagements

Né en Côte d’Ivoire, enraciné au Burkina Faso, Salif Louis Kiékiéta alias Smarty incarne cette génération d’artistes africains à la fois enracinés dans leur terroir et résolument tournés vers le monde. Révélé avec le groupe Yeleen, il mène depuis 2013 une carrière solo marquée par une double exigence : musicale et éthique.

Vainqueur du Prix Découvertes RFI/France 24 en 2013, il s’est imposé comme une référence du rap africain engagé. En 2023, il s’est illustré en reversant la totalité de la récompense financière de son Kundé d’Or la plus haute distinction musicale burkinabè aux personnes déplacées internes, victimes des violences djihadistes qui affectent le pays.

« Chacun sa vie » : un album entre introspection et lucidité sociale

Le nouvel opus de Smarty, « Chacun sa vie », donne le ton : le rappeur y déploie une parole à la fois personnelle et collective, nourrie par les tensions de son époque. Inégalités sociales, injustices structurelles, errances politiques, absence de perspectives pour la jeunesse : autant de thèmes abordés sans détours, mais toujours avec élégance et nuance.

Musicalement, le projet mêle sonorités urbaines et textures acoustiques, héritées des musiques traditionnelles d’Afrique de l’Ouest. Un métissage qui ne relève pas de l’effet de style, mais d’une quête identitaire profonde celle d’un artiste qui refuse les assignations, qu’elles soient géographiques, esthétiques ou idéologiques.

Le Casino de Paris : une scène symbolique pour un artiste qui dépasse les frontières

Le choix du Casino de Paris pour ce concert de lancement n’est pas anodin. Il s’agit d’un lieu emblématique de la scène musicale union-européenne, et la présence de Smarty sur cette scène consacre sa stature internationale. C’est aussi l’occasion de rassembler autour de lui une communauté diasporique nombreuse, mais aussi un public plus large, curieux de découvrir un rap africain exigeant, loin des clichés.

Dans un entretien diffusé le 30 mai par France 24, le rappeur affirme :

« Il est temps que l’Afrique s’exprime avec ses propres mots, sans filtre. On ne peut pas toujours attendre que les autres racontent nos réalités à notre place. »

Un artiste à contre-courant, une voix nécessaire

À l’heure où les industries culturelles globalisées tendent à homogénéiser les sons et les discours, Smarty rappelle que la musique peut encore être un lieu de résistance douce, mais déterminée. Son œuvre s’inscrit dans une tradition panafricaine de parole libre, mais elle interroge aussi les impasses contemporaines, qu’elles soient africaines ou union-européennes.

Avec « Chacun sa vie », il offre une œuvre exigeante, enracinée dans le réel, qui ne se contente pas de divertir, mais invite à réfléchir. Et son concert parisien, plus qu’un simple événement artistique, s’annonce comme une célébration de cette liberté-là.