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Pour la Génération Z, retourner vivre chez ses parents n’est plus une honte : analyse d’un basculement social et économique profond

Pendant longtemps, quitter le domicile parental a constitué l’un des marqueurs les plus visibles de l’entrée dans l’âge adulte. Revenir y vivre, passé un certain âge, relevait de l’échec personnel ou de la disgrâce sociale. Ce schéma, longtemps présenté comme universel, est aujourd’hui ouvertement remis en question par une génération confrontée à des contraintes inédites.

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Chez les jeunes adultes de la Génération Z, retourner vivre chez ses parents n’est plus nécessairement perçu comme une régression. Ce choix, de plus en plus fréquent dans de nombreuses sociétés occidentales, s’inscrit dans un contexte de tensions économiques durables, de mutation du marché du travail et de redéfinition des normes sociales liées à l’autonomie.

Un phénomène désormais assumé

Dans plusieurs pays industrialisés, une proportion croissante de jeunes adultes vit ou revient vivre au domicile parental après une première expérience d’indépendance. Cette réalité concerne particulièrement la Génération Z, née à la charnière des années 1990 et 2000, dont l’entrée dans l’âge adulte s’effectue dans un environnement économique contraint.

Contrairement aux générations précédentes, ce retour n’est plus systématiquement dissimulé ni justifié comme provisoire. Il est souvent présenté comme un choix rationnel, assumé et parfois revendiqué. Dans les discours recueillis, la honte cède la place à une lecture pragmatique de la situation.

Des contraintes structurelles durables

Ce basculement ne peut être compris sans analyser les transformations profondes du cadre économique. La hausse continue des loyers, la raréfaction des logements accessibles, la précarisation de l’emploi des jeunes diplômés et le coût global de la vie rendent l’autonomie résidentielle de plus en plus difficile à atteindre.

À ces facteurs s’ajoute un marché du travail marqué par l’instabilité : contrats courts, périodes d’inactivité, reconversions fréquentes. Pour de nombreux jeunes adultes, vivre chez leurs parents devient une stratégie de stabilisation financière, permettant de réduire les dépenses contraintes, d’épargner ou simplement d’éviter un endettement précoce.

Dans ce contexte, l’indépendance n’est plus définie uniquement par le lieu d’habitation, mais par la capacité à construire une trajectoire viable à moyen terme.

La fin d’un modèle unique de l’âge adulte

Le recul de la stigmatisation sociale traduit une transformation plus profonde des normes collectives. Le modèle linéaire études, emploi stable, logement autonome qui structurait l’imaginaire de l’âge adulte au cours du XXᵉ siècle ne correspond plus aux réalités contemporaines.

La Génération Z évolue dans un monde où les transitions sont plus longues, plus fragmentées et moins prévisibles. Dans ce cadre, le retour au domicile parental n’est plus interprété comme un échec individuel, mais comme l’une des nombreuses configurations possibles de l’entrée dans l’âge adulte.

Cette évolution interroge également la responsabilité collective. Si le retour chez les parents devient la norme, ce n’est pas seulement par choix culturel, mais parce que les structures économiques et sociales rendent l’autonomie plus coûteuse et plus incertaine qu’auparavant.

Un révélateur des transformations sociales contemporaines

Au-delà de la Génération Z, cette tendance invite à repenser la place de la famille dans les sociétés contemporaines. La cohabitation intergénérationnelle, longtemps considérée comme transitoire ou marginale dans certaines sociétés occidentales, redevient un espace central de solidarité économique et sociale.

Ce mouvement pose aussi la question des politiques publiques : logement, emploi des jeunes, protection sociale. Le débat ne porte plus uniquement sur les choix individuels, mais sur les conditions collectives qui les rendent nécessaires.

Le retour des jeunes adultes au domicile parental ne relève ni d’un renoncement ni d’un refus de l’autonomie. Il constitue l’adaptation rationnelle d’une génération confrontée à des contraintes structurelles durables. En cessant d’y voir une honte, la Génération Z met en lumière une réalité plus large : celle d’un modèle social qui peine à garantir l’indépendance matérielle comme horizon accessible à tous.

Comprendre ce phénomène, c’est reconnaître que les trajectoires individuelles sont indissociables des conditions économiques et sociales dans lesquelles elles s’inscrivent.

Celine Dou, pour La Boussole – infos

L’Iran fait face à une grave pénurie d’eau : au-delà de la sécheresse, une question de gestion et d’institutions

L’Iran traverse une crise hydrique majeure qui touche des millions de citoyens. Les rivières s’assèchent, les nappes phréatiques s’épuisent et certaines régions subissent des restrictions sévères sur l’eau potable. Si la sécheresse naturelle est un facteur, cette pénurie révèle surtout des insuffisances de gouvernance et des choix politiques qui aggravent la situation.

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En Iran, plusieurs provinces connaissent actuellement des pénuries d’eau qui perturbent la vie quotidienne des habitants. L’accès à l’eau potable devient limité, les systèmes d’irrigation sont insuffisants et certaines zones rurales et urbaines doivent rationner la consommation. Cette situation, souvent présentée comme une conséquence directe de la sécheresse, est en réalité le reflet de dysfonctionnements structurels dans la gestion des ressources hydriques.

L’épuisement des nappes phréatiques et la surexploitation des rivières par des pratiques agricoles intensives et parfois illégales aggravent le stress hydrique. Des infrastructures anciennes et mal entretenues contribuent à des pertes importantes, tandis que l’urbanisation rapide de villes comme Téhéran accentue la demande en eau. Cette combinaison de facteurs montre que le problème dépasse largement le climat : il s’agit d’un défi de gouvernance et de politique publique.

L’impact social et politique de cette crise est significatif. Les restrictions d’eau et les inégalités d’accès provoquent des tensions entre provinces et entre populations rurales et urbaines. Dans certaines zones, la frustration croissante des citoyens a conduit à des manifestations locales, traduisant une perception de gestion injuste des ressources. La crise met en lumière comment la politique de l’eau, lorsqu’elle est déficiente ou clientéliste, peut devenir un facteur d’instabilité sociale.

L’analyse des pratiques agricoles montre que l’eau est utilisée de manière disproportionnée et souvent inefficace. L’irrigation traditionnelle inondante et la culture de plantes très consommatrices entraînent un gaspillage massif, sans générer de valeur économique suffisante pour compenser ce déséquilibre. L’urbanisation et le manque de planification des infrastructures hydriques amplifient ce problème, rendant la population vulnérable face à des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents.

La crise en Iran illustre également les limites des politiques publiques dans un contexte où les intérêts politiques et économiques peuvent influencer la distribution et l’accès à l’eau. Des experts internationaux recommandent une réforme profonde des institutions responsables de la gestion de l’eau, combinée à des investissements dans la modernisation des infrastructures et le contrôle strict des usages agricoles. Ces mesures sont jugées essentielles pour garantir l’équité, la durabilité et la résilience face aux aléas climatiques.

En conclusion, la pénurie d’eau en Iran ne peut pas être réduite à la sécheresse naturelle. Elle est le résultat de choix institutionnels et politiques, d’une planification insuffisante et de pratiques de gestion des ressources hydriques inadaptées. Comprendre cette crise nécessite donc de dépasser l’évidence météorologique pour analyser les structures de gouvernance et les décisions publiques qui déterminent l’accès à une ressource vitale pour des millions de personnes.

Celine Dou

Royaume-Uni : les Neets, ces millions de jeunes qui abandonnent études et travail ; une crise silencieuse ou une génération perdue ?

Au Royaume-Uni, près d’un million de jeunes âgés de 16 à 24 ans se trouvent aujourd’hui ni en études, ni en emploi, ni en formation. Ce chiffre, en hausse de 200 000 en seulement deux ans, révèle une crise structurelle dont l’ampleur dépasse largement la sphère éducative ou économique. La génération Z britannique, souvent perçue comme connectée, formée et ambitieuse, semble paradoxalement se détourner du système, un paradoxe que les chiffres ne suffisent plus à expliquer.

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Ce désengagement n’est pas un simple choix individuel. Selon un rapport de PwC, 40 % des jeunes de cette tranche d’âge préfèrent démissionner et vivre d’allocations plutôt que de rester dans un emploi jugé insatisfaisant. Les témoignages recueillis par The Telegraph illustrent un malaise profond : isolement, mal-être, sentiment d’inadéquation et manque de repères. Jordan Cocker, 18 ans, raconte son retrait après une expérience de travail chez McDonald’s : « Je ne voulais rien faire. Je restais juste à la maison. Je me sentais horrible. » Floyd Smith, lui, se confine dans sa chambre et se réfugie dans les jeux vidéo pour échapper à la pression sociale.

Ces récits traduisent une déconnexion croissante entre la jeunesse et les institutions, qu’elles soient éducatives ou économiques. Le système scolaire britannique, trop centré sur la théorie et la mémoire, ne prépare pas suffisamment aux réalités du marché du travail. L’apprentissage reste difficile à intégrer pour les jeunes qui n’ont jamais été accompagnés dans leur transition vers l’emploi. Le recours à des programmes alternatifs comme le SCL Education and Training Group ne constitue qu’une réponse partielle et locale à un problème national.

Le gouvernement britannique a tenté de répondre en relevant le salaire minimum de 16,3 % pour les 18-20 ans, mais ce geste, s’il est nécessaire, reste symbolique face à l’ampleur du phénomène. Keir Starmer qualifie la situation de « question morale », mais les politiques publiques peinent à traiter ses causes profondes : inégalités sociales, fragilité du soutien familial, santé mentale, pression psychologique et perte de sens du travail.

La crise britannique résonne également au-delà de ses frontières. En France, 1,4 million de jeunes de 15 à 29 ans sont aujourd’hui hors études, emploi ou formation. Partout, les sociétés modernes font face à la même interrogation : la jeunesse se détourne-t-elle du travail et de l’école par choix ou par impossibilité ? Le phénomène des Neets met en lumière des fragilités structurelles communes : systèmes éducatifs inadaptés, marché du travail saturé ou déconnecté, et absence de parcours alternatifs pour ceux qui ne s’insèrent pas dans les modèles traditionnels.

Pour l’Afrique, le signal d’alarme est tout aussi pertinent. Le chômage des jeunes dépasse souvent 60 % dans certaines zones urbaines, et la question des compétences, de la formation et de l’insertion reste largement insuffisante face à la croissance démographique et aux mutations économiques. Les exemples britanniques et français offrent des leçons claires : ne pas anticiper les transitions éducatives et professionnelles peut produire des générations marginalisées, avec des conséquences économiques, sociales et politiques lourdes.

Le phénomène des Neets n’est donc pas seulement statistique. Il interroge le sens du travail, la pertinence des systèmes éducatifs et le rôle des politiques publiques dans la construction d’une société capable d’intégrer sa jeunesse. La question qui se pose est celle de l’avenir : ces jeunes représentent-ils une génération perdue, ou le signe avant-coureur d’un nouveau rapport à l’éducation, au travail et à la société, qui exige des réponses structurelles et innovantes ?

Celine Dou