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Japon : ils avaient évacué le centre commercial après le séisme, puis l’explosion a transformé le refuge en piège

Ils avaient fait ce qu’il fallait. Après la violente secousse qui venait de frapper Kumamoto, les clients de l’Aeon Mall ont quitté le centre commercial et gagné le parking. Environ 3 000 personnes ont ainsi pu être évacuées. Puis, un peu plus d’une heure après le séisme, une explosion a dévasté une partie du bâtiment. Ceux qui étaient encore à l’intérieur se sont retrouvés pris au piège sous les décombres.

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Le Japon vient de connaître l’un de ces séismes auxquels il s’est préparé pendant des décennies. La secousse, de magnitude 7,1, a frappé mardi 28 juillet la préfecture de Kumamoto, dans le sud-ouest de l’archipel. Le bilan s’élève désormais à au moins 18 morts et 62 blessés. Mais l’histoire la plus saisissante s’est jouée dans un centre commercial qui venait tout juste de renaître après le séisme meurtrier de 2016. Une explosion, vraisemblablement liée à une fuite de gaz, a transformé en piège un bâtiment dont les occupants avaient pourtant commencé à évacuer.

Le séisme, puis le silence avant l’explosion

Il était 16 h 27 mardi lorsque la terre a violemment tremblé dans la région de Kumamoto. La secousse a atteint une magnitude de 7,1 et une intensité maximale de 7 sur l’échelle japonaise, le niveau le plus élevé. Les autorités ont rapidement appelé les habitants des zones touchées à gagner des lieux sûrs.

À l’Aeon Mall de Kashima, la première réaction a été l’évacuation. Des milliers de clients se trouvaient dans le complexe. Ils sont sortis et ont rejoint le parking.

C’est ensuite que la situation a basculé.

Une explosion a retenti dans le centre commercial. Une partie du bâtiment s’est effondrée. Les secours ont découvert des personnes prisonnières des ruines et ont commencé à dégager les survivants. Huit personnes ont été sorties des décombres ; trois d’entre elles sont mortes. Quatre décès sont désormais associés au site du centre commercial selon les informations de l’Associated Press, tandis que trois employés restent recherchés.

L’origine exacte de l’explosion doit encore être établie. Les autorités privilégient cependant la piste d’une fuite de gaz. L’enquête devra déterminer comment les installations ont été endommagées et pourquoi l’explosion s’est produite après l’évacuation du public.

Ce détail change la lecture de la catastrophe. Le danger n’est pas venu uniquement de la secousse. Il a continué à produire ses effets après elle.

Un centre commercial qui venait de rouvrir

Le destin de l’Aeon Mall donne au drame une dimension particulière.

Le complexe avait déjà été durement touché par le séisme de Kumamoto de 2016. Dix ans plus tard, il venait de rouvrir après plusieurs années de travaux. La rénovation avait notamment intégré des renforcements antisismiques et des dispositifs destinés à améliorer la sécurité du bâtiment. Le centre comptait environ 200 commerces et un cinéma et était devenu l’un des grands pôles commerciaux de la région.

Sa réouverture, en juin 2026, devait marquer le retour à une vie normale après une décennie de reconstruction.

À peine quelques semaines plus tard, la terre a de nouveau frappé.

Le contraste est brutal. Un lieu reconstruit pour effacer les traces d’une catastrophe passée se retrouve au cœur d’une nouvelle tragédie.

Quand la prévention ne suffit plus à contenir le risque

Le Japon n’est pas un pays qui découvre les séismes. Il a construit une partie de sa législation, de son architecture et de sa culture collective autour de cette menace.

Les bâtiments doivent respecter des normes parasismiques strictes. Les populations sont régulièrement informées des comportements à adopter. Les autorités disposent de systèmes d’alerte et de moyens de secours considérables. La catastrophe de Kumamoto montre pourtant qu’une politique de prévention ne peut pas tout prévoir.

La question n’est plus seulement de savoir si un bâtiment résiste à la secousse.

Il faut aussi regarder ce que celle-ci peut provoquer après coup.

Une canalisation peut céder. Une installation électrique peut être endommagée. Une conduite de gaz peut fuir. Un incendie peut se déclarer. Un élément qui semblait tenir peut s’effondrer plusieurs minutes plus tard.

À l’Aeon Mall, c’est précisément cette succession qui intéresse désormais les enquêteurs : le bâtiment avait été évacué, mais le danger n’était pas terminé.

Il faudra donc déterminer si les dispositifs de sécurité ont fonctionné comme prévu et, surtout, si la fuite de gaz soupçonnée est bien la conséquence de la secousse.

Kumamoto replonge dans le souvenir de 2016

Pour les habitants de la région, cette nouvelle catastrophe fait remonter des souvenirs encore récents.

En avril 2016, Kumamoto avait subi une série de puissants séismes, dont deux avaient atteint le niveau 7 sur l’échelle japonaise. La catastrophe avait finalement fait 275 morts, en comptant notamment les décès indirects.

Les années suivantes avaient été consacrées à reconstruire, réparer et renforcer.

Le séisme du 28 juillet rappelle avec une violence particulière que la reconstruction ne signifie pas la fin du risque.

La terre, elle, ne tient aucun compte des calendriers de réouverture.

Une région économique également frappée

Les dégâts ne se limitent pas aux habitations et au centre commercial.

Des routes et des ponts ont été endommagés, des bâtiments se sont effondrés et des milliers de foyers ont été privés d’électricité. Les autorités ont également dû faire face à des perturbations dans les transports et dans les activités industrielles.

Kumamoto est devenue ces dernières années un important centre de production de semi-conducteurs. La présence de grandes entreprises comme Sony, Toyota, Honda, Renesas et TSMC donne à la catastrophe une dimension économique qui dépasse largement la seule préfecture.

Plusieurs groupes ont suspendu temporairement certaines activités afin d’inspecter leurs installations et de vérifier l’état de leurs équipements. La reconstruction devra donc concerner les logements, les infrastructures publiques et les commerces, mais aussi une région devenue stratégique pour l’industrie japonaise.

Les secours face à une course contre le temps

Mercredi, les sauveteurs continuaient de travailler dans les bâtiments endommagés.

Environ 4 500 militaires ont été mobilisés aux côtés des pompiers et des autres équipes de secours. La chaleur complique leur travail et augmente les risques pour les personnes qui pourraient encore se trouver sous les décombres. Les autorités japonaises restent également attentives aux nombreuses répliques qui suivent le séisme.

Dans le centre commercial, chaque minute compte.

Les sauveteurs doivent avancer dans une structure fragilisée tout en évitant de provoquer un nouvel effondrement. Ils travaillent avec l’espoir de retrouver des survivants, mais aussi avec la certitude que les conditions peuvent changer à tout moment.

Le véritable enseignement de Kumamoto

Il serait facile de regarder les images de l’Aeon Mall et de conclure que les normes japonaises ont échoué. Ce serait aller trop vite.

Le Japon reste l’un des pays les mieux préparés aux séismes. L’évacuation rapide des milliers de clients du centre commercial en est d’ailleurs une illustration. Ce qui s’est passé ensuite pose une question différente.

Comment protéger une population contre les conséquences d’un séisme lorsque celles-ci ne se manifestent pas toutes au même moment ?

C’est probablement là que se trouve la principale leçon de Kumamoto.

La prévention sismique ne peut pas se limiter à empêcher les immeubles de tomber. Elle doit aussi considérer la chaîne des événements qui peut suivre la secousse : réseaux de gaz, électricité, incendies, équipements industriels, infrastructures de transport et bâtiments déjà fragilisés.

Le Japon le sait mieux que beaucoup d’autres pays. Mais chaque catastrophe apporte ses propres questions.

Celle de Kumamoto en ajoute une particulièrement difficile : peut-on réellement parler de sécurité lorsque les survivants de la première catastrophe doivent encore affronter la seconde ?

L’enquête sur l’Aeon Mall sera donc suivie bien au-delà de Kumamoto. Si la fuite de gaz est confirmée et si un lien est établi avec le séisme, les autorités japonaises devront examiner à nouveau la sécurité des installations comparables.

Il ne s’agira pas de savoir seulement pourquoi un bâtiment s’est effondré.

Il faudra comprendre pourquoi le danger a continué après l’évacuation, et ce qui pourrait être fait pour éviter qu’une situation semblable ne se reproduise.

À Kumamoto, mardi après-midi, des milliers de personnes ont échappé à la première secousse en quittant le centre commercial. Quelques dizaines de minutes plus tard, une explosion a changé le destin de ceux qui étaient encore à l’intérieur.

Le bilan humain continuera peut-être encore de s’alourdir. Les recherches ne sont pas terminées et l’enquête sur l’explosion ne fait que commencer.

Mais une chose est déjà certaine : le séisme du 28 juillet ne raconte pas seulement l’histoire d’une terre qui tremble.

Il raconte celle d’un pays qui sait depuis longtemps comment affronter la secousse, mais auquel Kumamoto vient rappeler une vérité plus difficile : une catastrophe peut continuer longtemps après que la terre a cessé de bouger.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Pollution plastique : au fond du lac Malawi, une alerte écologique qui dépasse les opérations de nettoyage

Au Malawi, une ONG locale mobilise des plongeurs pour extraire les déchets plastiques accumulés au fond du lac Malawi, joyau écologique classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Si l’initiative répond à une urgence environnementale visible, elle révèle surtout les limites structurelles des politiques de gestion des déchets dans de nombreux pays africains et interroge la capacité des États à protéger durablement leurs écosystèmes.

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À plusieurs mètres sous la surface du lac Malawi, les déchets plastiques racontent une autre histoire que celle des cartes postales touristiques. Bouteilles, sachets, emballages alimentaires : autant de résidus d’une économie du jetable qui s’infiltre silencieusement dans l’un des écosystèmes d’eau douce les plus riches au monde.

Un lac stratégique, menacé par une pollution diffuse

Le lac Malawi n’est pas un simple plan d’eau. Il constitue une réserve majeure de biodiversité, abritant des centaines d’espèces de poissons endémiques, et représente une ressource économique vitale pour des millions de personnes vivant de la pêche, du tourisme et de l’agriculture riveraine.

Pourtant, cette richesse naturelle est fragilisée par une pollution plastique croissante, alimentée par l’urbanisation, l’absence d’infrastructures de traitement des déchets et la forte dépendance aux plastiques à usage unique. Contrairement aux pollutions industrielles spectaculaires, celle-ci est progressive, cumulative et largement invisible, jusqu’à ce qu’elle atteigne un seuil critique.

L’action de l’ONG : une réponse concrète mais limitée

Face à cette dégradation, l’ONG HEEED (Health, Education, Environment and Economic Development) a mis en place, depuis 2023, une initiative singulière : des plongeurs chargés de retirer les déchets directement au fond du lac. Soutenue par des partenaires internationaux, cette action permet de dégager certaines zones sensibles, notamment touristiques et écologiquement stratégiques.

Mais cette réponse, aussi spectaculaire soit-elle, reste fondamentalement curative. Elle traite les conséquences visibles d’un problème systémique, sans pouvoir en endiguer les causes profondes. À l’échelle d’un lac long de plus de 500 kilomètres, l’impact de ces opérations demeure symbolique.

Pollution plastique : un problème de gouvernance avant d’être environnemental

L’accumulation de plastiques dans le lac Malawi met en lumière une réalité plus large : la défaillance des systèmes publics de gestion des déchets. Le Malawi, comme de nombreux pays africains, produit des dizaines de milliers de tonnes de plastique chaque année, sans disposer de filières publiques de recyclage efficaces.

Dans ce contexte, la pollution des milieux naturels devient presque mécanique. Les plastiques jetés à terre, emportés par les pluies, finissent dans les cours d’eau, puis dans les lacs et les océans. La responsabilité ne peut donc être imputée uniquement aux comportements individuels, mais renvoie à des choix structurels, économiques et politiques.

Un enjeu sanitaire et alimentaire sous-estimé

Au-delà de l’environnement, la pollution plastique du lac Malawi pose une question de santé publique. Les microplastiques ingérés par les poissons entrent progressivement dans la chaîne alimentaire humaine. Dans des pays où le poisson constitue une source majeure de protéines, cette contamination silencieuse soulève des inquiétudes encore peu documentées.

Là encore, le problème dépasse le cadre local. Il illustre la manière dont les crises environnementales contemporaines se transforment en risques sanitaires différés, touchant en priorité les populations les plus dépendantes des ressources naturelles.

Comparaisons régionales : des choix politiques possibles

Certains pays voisins, comme le Kenya ou la Tanzanie, ont pris des mesures plus strictes contre les plastiques à usage unique. Ces décisions, souvent impopulaires à court terme, montrent toutefois qu’une volonté politique forte peut infléchir les pratiques et réduire la pression sur les écosystèmes.

Le cas du Malawi pose donc une question centrale : jusqu’où les États africains sont-ils prêts à arbitrer entre impératifs économiques immédiats et protection de long terme de leurs ressources naturelles ?

Quand les ONG pallient les absences de l’État

L’initiative de HEEED illustre une tendance récurrente en Afrique : la prise en charge de missions d’intérêt public par des acteurs non étatiques. Si ces actions sont essentielles, elles révèlent aussi une fragilité institutionnelle. La protection de patrimoines naturels d’importance mondiale ne peut reposer durablement sur des ONG et des financements extérieurs.

Le risque est double : une dépendance chronique à l’aide internationale et une fragmentation des réponses, sans stratégie nationale cohérente.

La pollution plastique du lac Malawi n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une crise environnementale globale où les pays du Sud subissent souvent les conséquences les plus lourdes d’un modèle de consommation mondialisé. À terme, la question n’est plus seulement de nettoyer les fonds du lac, mais de repenser les politiques de production, de consommation et de gestion des déchets.

Au fond du lac Malawi, les plongeurs de HEEED ne remontent pas seulement des déchets plastiques. Ils font émerger une réalité plus profonde : celle d’un déséquilibre entre développement économique, gouvernance publique et protection de l’environnement. Sans réformes structurelles, les opérations de nettoyage risquent de devenir un éternel recommencement, incapable d’enrayer une pollution qui, elle, continue de s’accumuler.

Celine Dou, pour la boussole-infos

L’Iran fait face à une grave pénurie d’eau : au-delà de la sécheresse, une question de gestion et d’institutions

L’Iran traverse une crise hydrique majeure qui touche des millions de citoyens. Les rivières s’assèchent, les nappes phréatiques s’épuisent et certaines régions subissent des restrictions sévères sur l’eau potable. Si la sécheresse naturelle est un facteur, cette pénurie révèle surtout des insuffisances de gouvernance et des choix politiques qui aggravent la situation.

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En Iran, plusieurs provinces connaissent actuellement des pénuries d’eau qui perturbent la vie quotidienne des habitants. L’accès à l’eau potable devient limité, les systèmes d’irrigation sont insuffisants et certaines zones rurales et urbaines doivent rationner la consommation. Cette situation, souvent présentée comme une conséquence directe de la sécheresse, est en réalité le reflet de dysfonctionnements structurels dans la gestion des ressources hydriques.

L’épuisement des nappes phréatiques et la surexploitation des rivières par des pratiques agricoles intensives et parfois illégales aggravent le stress hydrique. Des infrastructures anciennes et mal entretenues contribuent à des pertes importantes, tandis que l’urbanisation rapide de villes comme Téhéran accentue la demande en eau. Cette combinaison de facteurs montre que le problème dépasse largement le climat : il s’agit d’un défi de gouvernance et de politique publique.

L’impact social et politique de cette crise est significatif. Les restrictions d’eau et les inégalités d’accès provoquent des tensions entre provinces et entre populations rurales et urbaines. Dans certaines zones, la frustration croissante des citoyens a conduit à des manifestations locales, traduisant une perception de gestion injuste des ressources. La crise met en lumière comment la politique de l’eau, lorsqu’elle est déficiente ou clientéliste, peut devenir un facteur d’instabilité sociale.

L’analyse des pratiques agricoles montre que l’eau est utilisée de manière disproportionnée et souvent inefficace. L’irrigation traditionnelle inondante et la culture de plantes très consommatrices entraînent un gaspillage massif, sans générer de valeur économique suffisante pour compenser ce déséquilibre. L’urbanisation et le manque de planification des infrastructures hydriques amplifient ce problème, rendant la population vulnérable face à des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents.

La crise en Iran illustre également les limites des politiques publiques dans un contexte où les intérêts politiques et économiques peuvent influencer la distribution et l’accès à l’eau. Des experts internationaux recommandent une réforme profonde des institutions responsables de la gestion de l’eau, combinée à des investissements dans la modernisation des infrastructures et le contrôle strict des usages agricoles. Ces mesures sont jugées essentielles pour garantir l’équité, la durabilité et la résilience face aux aléas climatiques.

En conclusion, la pénurie d’eau en Iran ne peut pas être réduite à la sécheresse naturelle. Elle est le résultat de choix institutionnels et politiques, d’une planification insuffisante et de pratiques de gestion des ressources hydriques inadaptées. Comprendre cette crise nécessite donc de dépasser l’évidence météorologique pour analyser les structures de gouvernance et les décisions publiques qui déterminent l’accès à une ressource vitale pour des millions de personnes.

Celine Dou

Zimbabwe : panne d’électricité en plein SONA, révélateur des fragilités structurelles du pays

Le 28 octobre 2025, le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa prononçait devant le Parlement son discours annuel sur l’état de la nation (State of the Nation Address – SONA), moment solennel de présentation des orientations et priorités gouvernementales. Mais au milieu de son allocution, une coupure d’électricité a plongé la salle dans l’obscurité. Sans se départir de son calme, le chef de l’État a poursuivi la lecture de son discours à la lumière d’une torche tenue par un aide de camp.

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Cet incident, relayé par les médias locaux et internationaux, a rapidement circulé sur les réseaux sociaux et a été interprété par beaucoup comme un symbole des fragilités structurelles du pays.

Des infrastructures énergétiques en difficulté

Le Zimbabwe est confronté depuis plusieurs années à une crise énergétique persistante. La production électrique repose principalement sur le barrage de Kariba, partagé avec la Zambie, ainsi que sur des centrales thermiques vieillissantes. Les niveaux d’eau insuffisants dans le barrage et le manque d’entretien du réseau ont entraîné des coupures fréquentes, affectant à la fois les ménages, les entreprises et les institutions publiques.

Selon la Zimbabwe Electricity Supply Authority (ZESA), les délestages peuvent durer jusqu’à 10 heures par jour dans certaines régions. La situation reflète un déficit chronique d’investissements dans les infrastructures, combiné à la gestion parfois opaque du secteur énergétique.

L’événement en détail

Le SONA 2025 devait être l’occasion pour Mnangagwa de présenter les priorités économiques et sociales pour l’année à venir. La panne, survenue à mi-discours, a entraîné un moment de confusion parmi les députés et le personnel parlementaire.

Malgré l’obscurité, le président a poursuivi son allocution avec une torche comme unique source de lumière, démontrant un certain sang-froid et une volonté de maintenir le rituel institutionnel. L’incident a été couvert par plusieurs chaînes locales et internationales, qui ont souligné à la fois l’aspect spectaculaire et l’ampleur symbolique de la situation.

Analyse politique et symbolique

Au-delà de l’anecdote, cette panne d’électricité met en lumière les limites de la gouvernance au Zimbabwe. Elle souligne la difficulté du gouvernement à moderniser les infrastructures essentielles et à assurer la continuité des services publics dans un contexte économique fragile.

L’image du président lisant son discours dans le noir peut être interprétée comme une allégorie de la distance entre les promesses politiques et la réalité quotidienne des Zimbabwéens. Ce paradoxe entre communication politique et infrastructures défaillantes renforce la perception d’un État en difficulté, confronté à la fois à des défis techniques et à des attentes sociales croissantes.

Réactions et implications

Officiellement, la ZANU-PF a minimisé l’incident, évoquant un problème technique isolé, tandis que certains parlementaires du parti au pouvoir ont évoqué la possibilité d’un sabotage. L’opposition et la société civile, elles, dénoncent un symbole de l’incapacité gouvernementale à garantir des services essentiels.

L’événement a également des implications pour l’image internationale du Zimbabwe. Les investisseurs et partenaires étrangers observent avec attention la capacité du pays à fournir des infrastructures fiables, condition essentielle pour relancer l’économie et restaurer la confiance dans le secteur public.

Un incident symptomatique

La panne d’électricité lors du SONA 2025 dépasse le simple fait divers. Elle illustre les défis structurels persistants du Zimbabwe : modernisation des infrastructures, gestion énergétique, crédibilité gouvernementale et gouvernance politique.

Elle rappelle que la stabilité d’un État ne peut reposer uniquement sur le maintien du pouvoir, mais exige la capacité à fournir des services fondamentaux et à répondre aux besoins de la population. Dans ce contexte, le symbole d’un président lisant son discours à la torche pourrait devenir un avertissement sur la fragilité persistante des institutions zimbabwéennes.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Afrique du Sud : 26 milliards de dollars engagés pour une transition énergétique sous haute surveillance

L’Afrique du Sud concentre aujourd’hui les regards de la communauté internationale en matière de transition énergétique. Avec plus de 26 milliards de dollars de financements mobilisés depuis 2021, le pays se trouve au cœur d’une expérience inédite visant à accompagner un basculement progressif vers des énergies plus propres, tout en préservant sa stabilité économique et sociale. Cette transition s’annonce toutefois longue, complexe et semée de nombreux défis.

L’Afrique du Sud figure parmi les plus gros producteurs mondiaux de charbon. Encore aujourd’hui, près de 80 % de son électricité est produite à partir de cette ressource. Cette dépendance énergétique, héritée d’une politique industrielle construite sur l’abondance de ressources fossiles, place le pays dans une situation délicate à l’heure des engagements internationaux contre le changement climatique.

En parallèle, le vieillissement des infrastructures, les difficultés de gestion du géant public Eskom et les fréquentes coupures d’électricité (« load-shedding ») ont exposé les limites du modèle énergétique sud-africain. Face à ces difficultés, la nécessité d’une transition devient à la fois un impératif environnemental et un enjeu de survie économique.

En novembre 2021, lors de la COP26 à Glasgow, l’Afrique du Sud a signé avec cinq partenaires internationaux un accord baptisé Just Energy Transition Partnership (JETP). Ce programme inédit regroupe les États-Unis d’Amérique, l’Union européenne, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, autour d’un engagement initial de 8,5 milliards de dollars, depuis porté à 9,3 milliards par l’arrivée de nouveaux partenaires.

L’objectif affiché du JETP est double :

  • Réduire les émissions sud-africaines de CO₂, parmi les plus élevées par habitant dans le monde ;
  • Garantir une transition « juste », c’est-à-dire socialement acceptable, en particulier pour les centaines de milliers de travailleurs dépendants de l’industrie charbonnière.

Outre les financements bilatéraux, d’autres institutions multilatérales ont renforcé leur soutien. En juin 2025, la Banque mondiale a accordé un prêt de 1,5 milliard de dollars destiné à financer des réformes structurelles d’Eskom, la modernisation du réseau électrique et le développement des énergies renouvelables.

L’Union européenne, de son côté, via son programme Global Gateway, a annoncé en mars 2025 un nouveau financement de 4,4 milliards d’euros (environ 4,8 milliards de dollars), visant notamment le développement du solaire, de l’éolien et de l’hydrogène vert.

L’Agence française de développement (AFD) a également octroyé un prêt de 400 millions d’euros, spécifiquement orienté vers le volet social de la transition, en soutenant les formations professionnelles et la reconversion des travailleurs affectés par la fermeture des mines et centrales à charbon.

Malgré ces engagements massifs, la transformation reste lente et semée d’embûches. Les difficultés structurelles d’Eskom endetté à hauteur de 20 milliards de dollars et l’état vétuste des centrales électriques compliquent la sécurisation de la fourniture électrique. L’Afrique du Sud continue de connaître des coupures d’électricité quasi quotidiennes, aggravant le mécontentement social.

Paradoxalement, ces difficultés ont amené les autorités à prolonger temporairement l’activité de certaines centrales à charbon, au grand dam des défenseurs de l’environnement. La question de la coordination des fonds internationaux, de leur bonne gestion et de la transparence des projets financés reste aussi un sujet d’inquiétude croissant au sein de la société civile sud-africaine.

Au-delà des aspects techniques et économiques, la transition énergétique sud-africaine s’inscrit dans un contexte politique délicat. Les élections générales de mai 2024 ont vu l’ANC, parti au pouvoir depuis 1994, enregistrer une perte historique de sa majorité absolue. Le gouvernement de coalition dirigé par Cyril Ramaphosa doit composer avec une société de plus en plus polarisée, où les inégalités sociales alimentent la défiance envers les projets perçus comme imposés par des intérêts étrangers.

Le succès ou l’échec de la transition énergétique pourrait ainsi peser lourd dans les équilibres politiques à moyen terme. D’autant plus que les populations des bassins miniers, notamment dans la région du Mpumalanga, craignent des pertes massives d’emploi, malgré les promesses de reconversion et de formation.

L’Afrique du Sud est aujourd’hui un laboratoire observé bien au-delà de ses frontières. Son expérience pourrait servir de modèle (ou de contre-exemple) pour d’autres économies émergentes confrontées aux mêmes dilemmes : sortir des énergies fossiles sans provoquer de fractures sociales insurmontables.

Les institutions financières internationales, de la Banque mondiale à la Banque africaine de développement, suivent de près l’avancement des projets. La réussite de cette transition conditionne en partie la crédibilité des dispositifs globaux de soutien à la décarbonation des pays du Sud, dans un contexte où les fractures entre Nord et Sud sur le climat restent vives.

En définitive, l’Afrique du Sud ne manque ni de soutiens financiers, ni de volonté politique affichée. Mais la réussite de sa transition énergétique dépendra de sa capacité à :

  • Moderniser rapidement ses infrastructures électriques ;
  • Soutenir effectivement les travailleurs affectés ;
  • Assurer une gestion transparente des fonds internationaux ;
  • Préserver sa stabilité sociale et politique.

Le pari sud-africain est à haut risque. Il pourrait néanmoins, s’il réussit, préfigurer les futures trajectoires énergétiques de nombreuses économies émergentes confrontées au même dilemme.