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Royaume‑Uni : plus de 100 000 signatures pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans soulèvent un débat sur protection des jeunes et régulation numérique

Au Royaume‑Uni, plus de 127 000 personnes ont signé une pétition adressée aux députés pour demander une interdiction légale de l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 16 ans. Dépassant le seuil requis pour un examen parlementaire obligatoire, cette initiative citoyenne cristallise un débat national sur la sécurité des enfants, la régulation des plateformes numériques et la responsabilité de l’État dans la protection des adolescents.

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Alors que l’usage des réseaux sociaux par les jeunes atteint des niveaux inédits, la pétition met en lumière des inquiétudes largement partagées : cyberharcèlement, exposition à des contenus inappropriés, dépendance numérique et impacts sur la santé mentale. Selon les signataires, les mécanismes actuels des plateformes pour vérifier l’âge des utilisateurs sont insuffisants et facilement contournables, laissant les adolescents vulnérables.

Une mobilisation citoyenne qui interpelle le Parlement

La pétition, déposée sur le portail officiel du Parlement, dépasse largement le seuil de 100 000 signatures, ce qui oblige les députés à examiner la question et à en débattre publiquement. Cette démarche s’inscrit dans un contexte politique où le gouvernement britannique discute du Children’s Wellbeing and Schools Bill, qui pourrait inclure des mesures similaires visant à encadrer strictement l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs.

Le Premier ministre Sir Keir Starmer s’est déclaré ouvert à des mesures inspirées du modèle australien, où une interdiction légale comparable est déjà en vigueur depuis décembre 2025. Plusieurs syndicats d’enseignants et députés conservateurs soutiennent également cette initiative, invoquant la protection de la jeunesse face aux effets potentiellement néfastes des plateformes numériques.

Un dilemme entre protection et liberté

Le débat ne se limite pas à la sécurité des enfants. Il soulève des questions plus larges sur l’équilibre entre protection et autonomie numérique. Interdire formellement les réseaux sociaux avant 16 ans peut limiter l’exposition à des risques avérés, mais peut aussi restreindre l’accès à la socialisation et à l’information dans un univers numérique qui fait partie intégrante du quotidien des adolescents états‑unien et britannique.

Les experts soulignent également les limites pratiques de cette approche : la vérification de l’âge réel nécessite des mesures intrusives ou complexes et pourrait déplacer les jeunes vers des espaces numériques moins régulés, où les risques sont encore plus difficiles à contrôler.

Une tendance internationale à observer

Le Royaume‑Uni n’est pas isolé dans cette démarche. L’Australie a déjà instauré une interdiction similaire, et plusieurs pays européens explorent des régulations comparables, avec des variantes selon les contextes législatifs et culturels. Cette dynamique montre que la protection des mineurs face aux réseaux sociaux est devenue un enjeu transnational, nécessitant une réflexion sur les droits des enfants, la responsabilité des plateformes et l’impact sociétal des technologies numériques.

Pour La Boussole‑infos, ce sujet dépasse la simple polémique médiatique : il illustre la complexité des politiques publiques à l’ère du numérique, où la sécurité, l’éducation et la liberté d’expression doivent être conciliées dans un cadre institutionnel clair et rigoureux.

Celine Dou, pour la Boussole‑infos

En Grèce, des unités de santé locale tentent de réduire les inégalités d’accès aux soins

Face à des décennies de fragilisation de son système de santé, la Grèce développe un modèle d’unités de santé locales destinées à rapprocher des soins primaires des populations vulnérables. Cette initiative, soutenue au niveau européen, permet d’entrevoir une stratégie pragmatique et réplicable pour réduire les inégalités d’accès aux services médicaux dans l’Union européenne.

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Les unités de santé locales (TOMY) centres de soins primaires implantés au plus près des citoyens sont présentées comme une réponse concrète aux difficultés d’accès aux soins en Grèce, notamment dans les zones rurales ou pour les populations fragiles. Leur développement s’inscrit dans une volonté européenne de pallier les carences des systèmes de santé nationaux et de favoriser une couverture sanitaire équitable pour tous.

Des TOMY pour désengorger les hôpitaux et rapprocher les soins

En Grèce, le modèle des unités de santé locales appelées Topikes Monades Ygias (TOMY) constitue une tentative de remédier à des lacunes structurelles de l’accès aux soins. À Giannouli, près de Larissa, une unité TOMY offre à des patients vulnérables, comme ceux souffrant de maladies chroniques, un lieu de soins primaires, de prévention et d’orientation vers des spécialistes, tout en allégeant la pression sur les services hospitaliers spécialisés.

Financées en partie par des fonds européens (notamment 202,5 millions d’euros du Fonds social européen+), ces 127 unités tentent de répondre à un triple défi : réduire la distance géographique aux soins, garantir des services médicaux essentiels et proposer un accompagnement psychosocial dans un contexte où les hôpitaux sont souvent saturés ou difficiles d’accès.

Un système de santé encore fragile, malgré les réformes

Le recours à ces unités locales ne doit pas masquer la fragilité persistante du système de santé grec. Plusieurs rapports indépendants ont souligné des déficiences structurelles profondes : sous‑financement public, pénuries de personnel, équipement insuffisant et inégalités géographiques d’accès aux services spécialisés.

Dans les régions montagneuses ou insulaires, par exemple, de nombreux citoyens doivent encore parcourir des centaines de kilomètres pour atteindre un spécialiste ou des services diagnostiques. Ces contraintes s’accompagnent de coûts financiers et psychologiques élevés pour les patients, contribuant à accroître les disparités de santé.

Soins primaires : une clé pour l’équité sanitaire

Le modèle des TOMY s’inscrit dans une philosophie promue par l’Organisation mondiale de la santé : les soins primaires doivent être le pilier de tout système de santé équitable, car ils permettent de répondre rapidement aux besoins de santé les plus fréquents, tout en favorisant prévention et continuité des soins.

Ces unités locales réunissent des équipes multidisciplinaires médecins généralistes, infirmiers, travailleurs sociaux qui peuvent assurer une prise en charge globale du patient, notamment pour les maladies chroniques ou les besoins en santé mentale, domaines historiquement sous‑servis dans de nombreux systèmes européens.

Un modèle pertinent au‑delà des frontières grecques

L’intérêt suscité par les TOMY ne tient pas seulement à leur capacité à réduire l’engorgement hospitalier. Elles permettent aussi d’incarner une approche pragmatique et décentralisée de la santé publique, susceptible d’être adaptée ailleurs dans l’Union européenne. À une époque où les systèmes de santé européens sont confrontés à des défis similaires vieillissement démographique, accès inégal aux services spécialisés, pénuries de personnel cette stratégie montre qu’une réorganisation ciblée des soins primaires peut produire des gains d’équité tangibles.

Les unités de santé locales grecques modèles ancrés dans une pratique de soins primaires de proximité offrent une réponse structurée à l’inégalité d’accès aux soins qui caractérise encore de nombreux systèmes européens. Elles rappellent que la santé universelle ne se décrète pas uniquement par des financements nationaux ou européens, mais aussi par une organisation réfléchie des services de santé autour des besoins réels des populations. En ce sens, les leçons tirées de l’expérience grecque méritent une attention attentive des décideurs européens et des praticiens des politiques de santé publics.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Déni parental face aux difficultés de l’enfant : un mécanisme de protection plus qu’un refus volontaire

Le déni de certains parents face aux difficultés de leur enfant n’est pas un rejet volontaire. Il s’agit le plus souvent d’un mécanisme psychologique de protection, activé face à une réalité difficile à accepter. Comprendre ce phénomène est essentiel pour accompagner efficacement l’enfant et sa famille.

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Recevoir un diagnostic concernant le développement ou la santé mentale d’un enfant constitue un moment chargé d’émotions. Stress, peur et culpabilité peuvent déclencher chez les parents un déni temporaire, réaction naturelle mais souvent mal comprise. Identifier ses causes permet de dépasser les malentendus et de favoriser une prise en charge adaptée.

Les racines du déni parental

Selon la neuropsychologue Alexcia Raymand, auteure du compte Neuropsy Lifestyle, le déni se fonde sur plusieurs facteurs étroitement liés. Un choc émotionnel initial est fréquent : l’annonce d’un diagnostic peut bouleverser l’équilibre familial et générer un stress intense. Certains parents ont besoin de temps pour intégrer l’information avant de reconnaître les difficultés de leur enfant.

À ces facteurs s’ajoutent des représentations erronées des troubles. Des conditions comme le TDAH, le TSA ou le TDI restent encore mal comprises et sont parfois associées à des stéréotypes. Il n’est pas rare que certains parents interprètent les signes comme un simple retard transitoire, croyant que l’enfant “s’en sortira avec le temps”.

Un décalage culturel peut également jouer un rôle. Ce qui est considéré comme un signe d’alerte dans une approche occidentale du développement peut être perçu comme normal dans d’autres contextes culturels, renforçant la tendance à minimiser certaines difficultés.

Les dimensions émotionnelles et sociales

Au‑delà des facteurs cognitifs et culturels, le déni est souvent lié à des enjeux émotionnels et sociaux. La culpabilité parentale conduit certains à rejeter le diagnostic pour éviter de se sentir responsables des difficultés de leur enfant. De plus, la pression sociale et familiale peut accentuer cette réaction : la peur du jugement, le refus de “étiqueter” l’enfant ou la minimisation des difficultés par l’entourage sont autant de facteurs qui retardent l’acceptation.

Le rôle des professionnels et du réseau familial

Lorsque le déni persiste et freine la prise en charge de l’enfant, un accompagnement multi-professionnel s’avère déterminant. Enseignants, pédiatres, orthophonistes, psychomotriciens ou ergothérapeutes peuvent fournir des observations complémentaires, renforçant la crédibilité des besoins identifiés. Alexcia Raymand souligne : « Lorsque l’information vient de plusieurs sources, certains parents finissent par l’accepter plus facilement. »

Cette approche démontre que le déni n’est pas un blocage définitif, mais une étape d’un processus de reconnaissance progressive et d’adaptation familiale.

Une réaction humaine à la complexité du réel

Le déni parental illustre une dynamique complexe, mêlant émotion, culture et perception sociale. Il ne s’agit pas d’un refus de responsabilité, mais d’une réaction humaine face à une réalité difficile à intégrer, qui peut évoluer avec le soutien et l’accompagnement adaptés.

Adopter une lecture analytique du déni permet de transformer ce qui pourrait être perçu comme une inertie en opportunité de dialogue et d’action constructive, favorisant une prise en charge plus précoce et plus efficace de l’enfant.

À l’heure où la santé mentale et le développement de l’enfant deviennent des enjeux centraux des politiques éducatives et sociales, le déni parental rappelle que l’acceptation des difficultés est un processus, parfois long et fragile. Les dispositifs d’accompagnement doivent tenir compte de cette dimension psychologique pour garantir un soutien réellement efficace aux familles.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Psychiatrie : un socle génétique commun à plusieurs troubles mentaux révélé par une étude mondiale

Une étude internationale de grande envergure révèle que de nombreux troubles psychiatriques, dont la dépression, l’anxiété, la schizophrénie ou le trouble bipolaire, partagent des composantes génétiques communes. Cette découverte bouleverse la compréhension des maladies mentales et invite à repenser prévention, traitement et sensibilisation à l’échelle mondiale, y compris en Afrique.

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Pendant longtemps, chaque trouble mental a été considéré comme une entité distincte. Aujourd’hui, la science révèle un lien invisible mais puissant : un socle génétique partagé, qui explique en partie pourquoi certains troubles apparaissent souvent ensemble et pourquoi la santé mentale ne peut être réduite à des choix ou à des comportements.

L’étude, publiée dans une revue scientifique de référence et menée sur plus d’un million de personnes à travers le monde, a identifié cinq grands groupes génétiques transversaux : troubles compulsifs, troubles internalisés, troubles neurodéveloppementaux, troubles liés à l’usage de substances et troubles psychotiques ou de l’humeur.

Ces résultats mettent en lumière des mécanismes biologiques communs, suggérant que la plupart des influences génétiques ne sont pas spécifiques à un trouble isolé. Par exemple, un gène appelé GRIN2A a été identifié comme pouvant directement conduire à certaines affections psychiatriques lorsqu’il est muté, montrant que certains risques sont plus directs que ce que l’on pensait.

Cette avancée scientifique a des répercussions concrètes : elle permet une meilleure compréhension des interactions entre différents troubles et ouvre la voie à des stratégies de dépistage et de traitement plus ciblées.

Pour le Cameroun et l’Afrique, cette découverte est un signal fort : il est urgent de repenser la perception des maladies mentales. Trop souvent stigmatisées, elles doivent être abordées avec empathie et connaissance scientifique. Les familles et les institutions pourraient tirer parti de ces données pour prévenir, détecter tôt et accompagner efficacement les personnes à risque, tout en insistant sur le rôle indispensable de l’environnement et du soutien social.

Par ailleurs, l’étude souligne un défi majeur pour les systèmes de santé locaux : la nécessité d’investir dans la recherche en génétique psychiatrique et dans des services adaptés, afin de réduire l’impact socio-économique des troubles mentaux.

Cette avancée scientifique ouvre également le débat sur la responsabilité citoyenne et publique : comment intégrer ces connaissances dans l’éducation, la prévention et la santé publique au Cameroun et en Afrique ? Comment sensibiliser la société pour qu’elle voie la santé mentale non comme une fatalité, mais comme une question de compréhension, de prévention et de soins accessibles ?

La découverte d’un socle génétique commun aux troubles mentaux ne réduit pas la complexité des maladies psychiatriques, mais elle offre une nouvelle perspective pour agir, en combinant science, prévention et accompagnement humain. Elle rappelle que comprendre la santé mentale, c’est protéger la société tout entière.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Influenceurs fitness et idéologie : quand la salle de sport devient un champ de bataille politique; Entre manipulation et primauté de l’apparence

Les réseaux sociaux sont devenus le théâtre d’un phénomène inédit : des influenceurs fitness de gauche, connus sous le nom de « Leftist gym influencers », cherchent à séduire les jeunes hommes traditionnellement captifs des figures masculinistes pro-Trump. Au-delà de la confrontation politique, cette évolution illustre des mutations profondes de la société, entre dépendance à l’influence médiatique et valorisation excessive de l’apparence physique.

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Il ne s’agit plus seulement de soulever des haltères ou de sculpter son corps. Dans les vidéos et posts de ces influenceurs, la salle de sport se transforme en une arène idéologique où se jouent des enjeux de pouvoir, de persuasion et de modèle social. La question dépasse le simple divertissement pour toucher aux mécanismes de formation de l’opinion et aux valeurs culturelles contemporaines.

Depuis quelques années, les « gyms bros » occupent une place dominante sur les réseaux sociaux, incarnant une masculinité traditionnelle et virile. Leurs contenus, souvent empreints de provocation et de testostérone, séduisent des millions de jeunes hommes qui voient dans ces figures des modèles à imiter. Ce phénomène s’inscrit dans un contexte politique américain où l’adhésion à ces modèles a des implications électorales concrètes, comme l’ont démontré les dernières élections présidentielles.

Face à cette influence, des démocrates ont tenté d’investir le même espace avec des « Leftist gym influencers », des créateurs de contenu qui reprennent les codes esthétiques du fitness mais y ajoutent des messages progressistes : droits des minorités, cohésion sociale, couverture santé universelle. Certains de ces influenceurs ont été rémunérés pour produire du contenu explicitement politique, révélant un usage stratégique des réseaux sociaux comme outil de mobilisation idéologique.

Au-delà de l’affrontement politique, ce phénomène soulève deux questions de fond. D’une part, il illustre une humanité de plus en plus dépendante de modèles préfabriqués pour orienter ses choix et sa pensée. L’influence massive de figures médiatiques sur les comportements et opinions traduit une érosion de la capacité de réflexion autonome. Les jeunes hommes, notamment, se trouvent exposés à des narratifs idéologiques intégrés dans des pratiques de loisirs et de développement personnel, ce qui rend la frontière entre choix libre et persuasion subtile de plus en plus floue.

D’autre part, la primauté accordée à l’apparence physique reflète un renversement des valeurs culturelles : la performance esthétique, souvent atteinte par des moyens artificiels comme la chirurgie ou le remodelage corporel, devient un critère central de reconnaissance sociale. La pratique du sport elle-même est conditionnée par des normes extérieures, où le trajet motorisé vers la salle de sport prévaut sur l’exercice naturel, soulignant la tension entre performance visuelle et santé réelle. L’exception des femmes, contraintes de privilégier la sécurité dans l’espace public, rappelle cependant que ces dynamiques sociales sont fortement différenciées selon le genre.

Le succès ou l’échec des Leftist gym influencers ne se mesurera pas seulement en nombre d’abonnés, mais dans leur capacité à influencer des modes de pensée et des valeurs profondes. La confrontation entre virilité traditionnelle et masculinité progressiste dans l’espace numérique pose la question plus large des mécanismes d’influence et des priorités culturelles dans une société qui valorise l’apparence autant que la réflexion.

L’arène de la salle de sport, désormais investie par des débats idéologiques et des stratégies de persuasion, symbolise une mutation majeure de notre rapport à l’information et au corps. Entre fascination pour la performance physique et exposition aux influences médiatiques, la jeunesse contemporaine se trouve confrontée à des choix qui ne sont plus seulement esthétiques, mais profondément culturels et politiques. Comprendre ces dynamiques est essentiel pour saisir l’évolution de nos sociétés numériques et la manière dont elles façonnent la pensée et les valeurs humaines.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Jeunes et écrans : une exposition massive devenue un enjeu politique et éducatif

L’usage intensif des écrans par les enfants et les adolescents s’impose aujourd’hui comme un fait social majeur. Longtemps traité sous l’angle de la responsabilité parentale ou de la prévention sanitaire, le phénomène révèle en réalité un déséquilibre plus profond : celui d’une société qui a laissé se structurer un environnement numérique puissant sans en définir clairement les règles, les limites et les finalités éducatives.

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Les alertes se succèdent, les études s’accumulent, les constats convergent. Troubles de l’attention, dégradation du sommeil, fragilisation psychique, difficultés scolaires : les effets d’une exposition prolongée aux écrans chez les jeunes ne relèvent plus de l’hypothèse. Pourtant, malgré l’ampleur du phénomène, la réponse collective demeure fragmentaire, hésitante, souvent réduite à des injonctions individuelles.

Un phénomène désormais documenté

Dans la plupart des pays développés, les enfants et les adolescents passent plusieurs heures par jour devant des écrans, qu’il s’agisse de téléphones, de tablettes, d’ordinateurs ou de consoles. Cette exposition commence de plus en plus tôt et s’inscrit dans la durée.

Les travaux scientifiques disponibles établissent des corrélations solides entre usage excessif des écrans et divers troubles : baisse de la capacité de concentration, perturbation des rythmes biologiques, altération de la qualité du sommeil, augmentation de l’anxiété et repli social chez certains profils. Le constat est aujourd’hui suffisamment étayé pour ne plus être contesté sérieusement.

Dans le débat public, cette réalité est fréquemment présentée comme un problème de comportements individuels : celui des jeunes eux-mêmes, ou celui des parents supposés défaillants. Cette lecture, si elle n’est pas totalement infondée, reste largement insuffisante pour saisir la portée réelle du phénomène.

Du mauvais usage individuel à l’échec collectif

L’erreur d’analyse la plus répandue consiste à considérer l’écran comme un simple outil dont l’usage serait librement maîtrisé par l’individu. Or, le numérique contemporain ne se limite plus à un support technique : il constitue désormais un environnement structurant, organisé autour de logiques économiques précises.

Les plateformes numériques fonctionnent sur des mécanismes d’optimisation de l’attention : stimulation permanente, gratification immédiate, hiérarchisation algorithmique des contenus. Ces dispositifs ne sont ni neutres ni accidentels. Ils sont conçus pour prolonger l’exposition et rendre l’usage difficilement interrompable.

Face à cet environnement, les jeunes se trouvent dans une position de vulnérabilité structurelle. Leur capacité d’autorégulation, encore en construction, se heurte à des systèmes pensés pour capter durablement leur attention. Parler d’addiction ou d’excès individuel sans interroger ces mécanismes revient à déplacer la responsabilité et à masquer les causes profondes.

L’école et les institutions face à leurs contradictions

L’institution scolaire illustre particulièrement ce malaise collectif. D’un côté, elle interdit ponctuellement l’usage des téléphones ; de l’autre, elle promeut la numérisation des apprentissages sans fournir de cadre critique solide. Entre ces deux positions, une dimension essentielle fait défaut : la formation structurée au rapport aux écrans.

Les élèves apprennent à utiliser des outils puissants sans être formés à leur fonctionnement, à leurs logiques économiques ou à leurs effets cognitifs. En l’absence de cette transmission, ce sont les plateformes elles-mêmes qui façonnent les usages, les références culturelles et, parfois, les normes sociales.

Ce renoncement éducatif ne relève pas d’un oubli, mais d’un retard persistant à reconnaître le numérique comme un objet politique et culturel à part entière.

Une régulation politique en retrait

Sur le plan politique, la situation est tout aussi révélatrice. Les États reconnaissent l’existence du problème, mais peinent à imposer des régulations contraignantes à des acteurs numériques transnationaux dont le modèle économique repose précisément sur l’intensification de l’usage.

Cette difficulté nourrit une forme de défaussement : les pouvoirs publics appellent à la vigilance parentale tout en laissant intact un écosystème conçu pour contourner cette vigilance. La responsabilité est ainsi renvoyée vers l’individu, alors même que les leviers d’action sont largement structurels.

Un révélateur des fragilités contemporaines

Au-delà de la question des écrans, ce débat révèle des fragilités plus larges : raréfaction du temps éducatif, affaiblissement des espaces collectifs non marchands, difficulté croissante à poser des limites dans des sociétés sous tension permanente.

L’écran devient alors un substitut : pour occuper, apaiser, détourner l’attention. Non par désinvolture, mais parce que les cadres traditionnels de socialisation peinent à remplir pleinement leur rôle.

L’exposition massive des jeunes aux écrans n’est ni une dérive marginale ni une fatalité technologique. Elle est le produit de choix collectifs, d’arbitrages politiques et d’un encadrement insuffisant face à des outils puissants.

Tant que la question sera abordée sous l’angle de la morale individuelle ou de la simple prévention sanitaire, elle restera mal posée. C’est en assumant pleinement sa dimension éducative, politique et culturelle que la société pourra espérer reprendre la maîtrise d’un environnement numérique qui façonne déjà, silencieusement, les générations à venir.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Génération Z face aux compétences de vie : comprendre les défis de l’autonomie dans un monde en mutation

La génération Z, née entre 1996 et 2010, affiche une aisance numérique remarquable mais rencontre des difficultés dans certaines compétences pratiques du quotidien, comme la gestion financière, la cuisine ou l’entretien d’un logement. Face à ce constat, des initiatives éducatives émergent pour combler ce déficit, soulignant un enjeu sociétal majeur : préparer les jeunes à vivre et travailler dans un monde en mutation.

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« Je sais coder, mais je ne sais pas changer un pneu. » Ce constat, partagé par plusieurs jeunes adultes, illustre une réalité qui inquiète enseignants, parents et institutions : malgré des acquis technologiques indéniables, certains jeunes peinent à maîtriser les compétences de vie essentielles à l’autonomie.

Plusieurs enquêtes internationales révèlent qu’une proportion significative de jeunes adultes éprouve des difficultés à gérer des tâches de la vie quotidienne. Selon une étude canadienne, près de 80 % des étudiants déclarent se sentir mal préparés pour gérer un budget, cuisiner ou entretenir un logement.

Ce phénomène n’est pas limité au Canada. Des initiatives similaires ont été observées aux États-Unis, où certaines universités proposent désormais des cours d’« adulting », visant à enseigner les compétences pratiques que les programmes scolaires traditionnels négligent.

La génération Z est la première à avoir grandi dans un monde entièrement numérique, caractérisé par une exposition précoce à internet et aux technologies. Cette immersion a favorisé une maîtrise remarquable des outils numériques, mais a aussi limité l’apprentissage pratique dans des contextes réels.

Par ailleurs, la pandémie de COVID‑19 a réduit les interactions sociales et les expériences pratiques, accentuant ce déficit. L’essor des applications pour tout faire (livraison, gestion financière automatisée, services à domicile) a également contribué à diminuer l’exposition des jeunes à certaines tâches quotidiennes.

Il serait réducteur de qualifier cette génération d’« incapable ». Les recherches montrent que le déficit de compétences pratiques résulte d’un écart entre les compétences valorisées par l’éducation formelle et celles requises pour l’autonomie quotidienne.

L’autonomie ne se limite pas à la capacité technique. Les dimensions psychosociales, telles que la confiance en soi, la santé mentale et la gestion du stress, jouent un rôle central dans la capacité des jeunes à s’organiser et à prendre des décisions de manière indépendante.

Les initiatives éducatives, comme les cours « Adulting 101 », traduisent une prise de conscience institutionnelle : préparer la génération Z à un monde en mutation ne se limite pas à l’enseignement académique, mais implique l’acquisition de compétences pratiques, sociales et émotionnelles.

Le déficit de compétences pratiques chez la génération Z doit être replacé dans un contexte historique et sociétal. Comparée aux générations précédentes, cette génération évolue dans un environnement plus complexe : marché du travail instable, digitalisation accélérée, contraintes économiques et mutations sociales.

Il est également important de reconnaître que la génération Z développe d’autres compétences stratégiques : pensée critique, créativité, adaptation rapide, compétences numériques et collaboration à distance. Ces aptitudes reflètent une évolution des compétences nécessaires plutôt qu’un manque de capacité.

Les difficultés de la génération Z à acquérir certaines compétences de vie traduisent une transformation sociétale et éducative, plutôt qu’un défaut intrinsèque. Les initiatives émergentes pour développer l’autonomie pratique constituent une réponse structurée à un besoin réel, et offrent une piste pour préparer les jeunes adultes à naviguer dans un monde de plus en plus complexe et numérisé.

Ce constat appelle à une réflexion globale sur l’éducation et la formation, pour que chaque génération puisse s’adapter aux exigences d’un monde en perpétuelle mutation.

Celine Dou, pour la boussole-infos

L’ère post-réseaux sociaux : l’essor des intelligences artificielles conversationnelles et ses implications

Les grandes plateformes sociales traditionnelles connaissent un ralentissement de leur fréquentation et une saturation de leurs modèles économiques. Dans le même temps, les intelligences artificielles conversationnelles se développent rapidement, proposant des interactions personnalisées qui modifient déjà les pratiques numériques et la manière dont les individus communiquent et appréhendent la socialisation.

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Depuis plusieurs années, l’usage des plateformes telles que Facebook, Instagram, X ou Snapchat montre des signes de stagnation, avec une diminution de l’engagement et de la participation active. Ce phénomène résulte de la fatigue des utilisateurs, de la multiplication des contenus publicitaires et de la nature même des modèles économiques basés sur la collecte et l’exploitation des données personnelles. L’expérience offerte par ces plateformes ne répond plus de manière satisfaisante aux besoins sociaux et cognitifs des utilisateurs, tandis que les effets négatifs : polarisation de l’opinion, pression sociale et dépendance à l’attention deviennent plus visibles.

Parallèlement, les intelligences artificielles conversationnelles se positionnent comme de nouveaux acteurs majeurs du numérique. Les chatbots avancés et les assistants conversationnels offrent désormais la possibilité de tenir des échanges complexes, de s’adapter aux préférences et aux émotions des utilisateurs, et de fournir un accompagnement personnalisé. Ces outils, conçus pour compléter ou prolonger l’expérience sociale numérique, créent une forme de médiation artificielle dans les interactions humaines.

Cette transition technologique présente des avantages tangibles. Les intelligences artificielles conversationnelles peuvent apporter un soutien à des individus isolés, faciliter l’accès à des informations ou services personnalisés et permettre un accompagnement dans des contextes éducatifs ou professionnels. Cependant, les risques sont également importants. L’usage intensif de ces systèmes peut réduire la qualité des interactions humaines réelles, contribuer à l’isolement social et renforcer une dépendance aux dispositifs numériques. Les algorithmes, par nature propriétaires et opaques, soulèvent des questions sur la protection des données, la manipulation des comportements et la préservation de la liberté individuelle.

L’émergence de cette ère post-réseaux sociaux modifie profondément la structure des interactions numériques. Les plateformes traditionnelles avaient déjà transformé l’accès à l’information et les échanges sociaux ; les intelligences artificielles conversationnelles introduisent désormais une médiation directe, pouvant remplacer certaines relations humaines par des interactions artificielles. Cette évolution pose des enjeux majeurs pour la cohésion sociale, l’éducation, la santé mentale et la dynamique des échanges professionnels.

L’évolution future dépendra de la régulation, de l’éthique et de l’acceptation sociale. La législation devra encadrer l’usage de ces technologies et garantir la transparence des algorithmes, tandis que les concepteurs devront assumer la responsabilité de leurs outils face aux risques de dépendance et d’isolement. Enfin, la manière dont ces dispositifs seront intégrés dans le quotidien déterminera s’ils compléteront ou substitueront les interactions humaines traditionnelles.

Observer et analyser ces transformations avec rigueur est essentiel. La transition vers les intelligences artificielles conversationnelles n’est pas un simple changement technique : elle constitue un tournant sociétal, susceptible de redéfinir la communication, la socialisation et l’organisation des interactions humaines dans le monde numérique.

Celine Dou

Corée du Sud : une génération qui décroche du travail / Mauvais salaires, pression hiérarchique, désillusion : pourquoi des centaines de milliers de jeunes choisissent volontairement l’inactivité

En Corée du Sud, l’une des économies les plus avancées du monde, un phénomène social majeur inquiète les autorités : un nombre croissant de jeunes, pourtant diplômés, quittent volontairement leur emploi ou renoncent à chercher du travail. Leur décision n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe d’un marché du travail devenu, selon eux, toxique, sous-rémunéré et incompatible avec un mode de vie équilibré**. Au-delà d’un fait divers social, c’est un *signal d’alarme* sur les limites d’un modèle économique bâti sur la performance et la pression hiérarchique.

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Un phénomène massif et durable

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, près de 700 000 jeunes Sud-Coréens de 15 à 39 ans sont classés dans la catégorie “resting”, c’est-à-dire ni en emploi, ni en recherche active. Un niveau jamais atteint auparavant.
Plus frappant encore : plus de 80 % de ces jeunes ont déjà travaillé, parfois plusieurs années, mais ont démissionné ou mis fin à leur recherche faute de conditions jugées acceptables.

Cette réalité est d’autant plus préoccupante qu’elle intervient alors que la démographie sud-coréenne s’effondre : la population jeune diminue, mais la part des jeunes inactifs par choix continue, elle, de croître.

Mauvais salaires et explosion du coût de la vie

Le premier motif évoqué par ces jeunes est l’inadéquation entre les salaires proposés et le coût réel de la vie.
Dans les grandes villes comme Séoul, les loyers ont bondi, les frais de transport et de restauration ont augmenté, et les emplois d’entrée de carrière souvent précaires ne permettent plus de vivre décemment.

La réalité sud-coréenne contraste avec l’image d’un pays prospère : pour de nombreux jeunes, travailler ne garantit plus de pouvoir vivre, ni d’épargner, ni de progresser socialement.

Pression hiérarchique et culture du travail oppressante

La Corée du Sud est réputée pour sa culture professionnelle stricte :

  • longues heures de travail non payées,
  • hiérarchie rigide,
  • faible reconnaissance,
  • pression émotionnelle,
  • compétition interne permanente.

Plusieurs témoignages montrent des jeunes épuisés par un modèle où l’obéissance prime sur la créativité, où l’on attend des employés qu’ils fassent preuve de loyauté indéfectible, et où la critique est peu tolérée.
Cette pression constante conduit à un burn-out massif, souvent identifié comme l’une des raisons majeures de la démission volontaire.

Un paradoxe : des jeunes très diplômés… mais sans perspective

La Corée du Sud possède l’un des taux de diplômés universitaires les plus élevés au monde. Pourtant, ces jeunes peinent à trouver un emploi qui corresponde :

  • à leurs compétences,
  • à leurs attentes salariales,
  • à leur niveau d’études,
  • et à leurs aspirations personnelles.

Ils dénoncent un marché du travail où les postes qualifiés sont rares, monopolés par les grandes entreprises, tandis que la majorité des offres concerne des emplois temporaires, peu rémunérés ou peu attractifs.

Ainsi se crée un profond mismatch entre les études et la réalité professionnelle, menant à la frustration, puis au désengagement.

Conséquences psychologiques : fatigue, isolement, perte d’espérance

La vague de désengagement s’accompagne d’effets psychologiques marqués :

  • anxiété,
  • perte d’estime de soi,
  • isolement social,
  • sentiment d’échec malgré les diplômes,
  • impression d’être piégé dans un système injuste.

De nombreux jeunes affirment ressentir un défaut d’avenir dans une société où les efforts scolaires colossaux ne sont plus récompensés par une ascension sociale tangible.

Une inquiétude nationale face aux risques démographiques et économiques

Les autorités sud-coréennes s’inquiètent :

  • Le retrait massif des jeunes pèse sur la productivité nationale.
  • L’inactivité prolongée menace la stabilité économique du pays.
  • Le malaise social alimente la crise de natalité, déjà l’une des plus graves du monde.
  • À long terme, il risque de provoquer une rare “génération perdue” dans un pays développé.

Malgré des programmes de soutien à l’emploi, les réponses restent insuffisantes tant que la qualité des emplois ne s’améliore pas et que la culture du travail demeure inchangée.

Lecture géopolitique et mondiale

Ce qui se joue en Corée du Sud dépasse ses frontières.
Ce phénomène interroge les modèles de croissance basés sur :

  • la compétition extrême,
  • l’hyper-productivité,
  • la pression sociale comme moteur de performance.

Il révèle aussi une tendance mondiale : les jeunes générations de l’Asie à l’Europe, jusqu’à l’Amérique refusent de plus en plus les emplois jugés indignes, mal payés ou dévalorisants, même si cela signifie rester sans emploi.

La situation sud-coréenne est ainsi un miroir grossissant de questions globales :
➡️ quelle place accorder au bien-être dans le travail ?
➡️ comment garantir des emplois valorisants et équitables ?
➡️ que devient la “méritocratie” quand le travail ne garantit plus la mobilité sociale ?

Un pays face à un choix de société

La Corée du Sud est aujourd’hui confrontée à un défi historique : réinventer son marché du travail pour ne pas perdre les forces vives de sa jeunesse.
Le malaise actuel n’est pas une simple crise du chômage, mais une crise de sens et une remise en cause profonde d’un modèle de réussite fondé sur l’endurance et le sacrifice.

À travers cette génération qui “arrête de travailler”, c’est toute la société sud-coréenne qui envoie un message :
la dignité, la santé mentale et la qualité de vie ne peuvent plus être sacrifiées sur l’autel de la performance.

Celine Dou

Journée mondiale du diabète 2025 : bien-être, égalité des droits et justice sociale

Chaque 14 novembre, la Journée mondiale du diabète attire l’attention sur une maladie qui affecte plus de 500 millions de personnes dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé. L’édition 2025, sous le thème « Bien-être et diabète », invite à dépasser la simple sensibilisation médicale pour interroger les enjeux de santé publique, de bien-être et de droits fondamentaux des personnes vivant avec cette maladie chronique.

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Le diabète n’est pas seulement un défi individuel, mais un enjeu collectif majeur. La prévalence de la maladie a augmenté de façon exponentielle depuis 1990, touchant désormais toutes les tranches d’âge et tous les continents. Selon la Fédération internationale du diabète, près de 80 % des diabétiques vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, où l’accès aux soins reste limité. Cette situation souligne la nécessité d’actions publiques coordonnées, allant du dépistage précoce à l’accès universel à l’insuline et aux dispositifs de surveillance. Le diabète comporte des risques graves pour la santé : maladies cardiovasculaires, complications rénales et oculaires, amputations. Mais au-delà de la santé physique, il entraîne une charge psychosociale considérable. L’anxiété, la dépression et le stress liés à la gestion quotidienne de la maladie sont documentés dans de nombreuses études, en France comme à l’international. L’OMS et la FID soulignent que la prise en charge du diabète doit intégrer le bien-être mental et social, et pas seulement le contrôle de la glycémie.

Le thème 2025 met en lumière un principe fondamental : la reconnaissance des droits des personnes diabétiques. Dans ce contexte, le mot “inclusion” est utilisé, mais il ne doit pas être interprété comme un privilège : il traduit la nécessité de garantir l’égalité réelle d’accès aux soins et à un environnement favorable, que ce soit à l’école, au travail ou dans la société. Concrètement, cette égalité des droits implique l’accès universel aux traitements essentiels, y compris l’insuline et les dispositifs de suivi, la protection contre la discrimination dans les milieux professionnels et éducatifs, ainsi que la prise en charge psychosociale, incluant soutien psychologique et programmes d’éducation à l’auto-gestion. Dans de nombreux pays africains et latino-américains, ces droits restent partiellement respectés, l’accès aux soins est souvent limité, les systèmes de santé insuffisamment préparés et les ressources financières inadéquates. La Journée mondiale du diabète met ainsi en lumière les inégalités persistantes et la nécessité d’une action politique et sociale déterminée.

Certains pays ont développé des stratégies intégrées pour améliorer la qualité de vie des diabétiques. La Finlande et le Japon ont mis en place des programmes communautaires combinant prévention, éducation et suivi personnalisé, tandis que la France a développé des initiatives locales visant le bien-être psychologique et l’accompagnement des diabétiques dans leur vie professionnelle. Ces comparaisons internationales montrent que la lutte contre le diabète ne se réduit pas à la sphère médicale : elle relève également d’une justice sociale et d’une responsabilité collective, pour que chaque individu puisse exercer pleinement ses droits fondamentaux.

Malgré ces avancées, plusieurs défis persistent. Dans de nombreux pays à ressources limitées, l’accès aux traitements reste insuffisant, le diagnostic et le suivi continu ne sont pas garantis pour tous, et la prise en charge psychologique demeure largement sous-évaluée. Les pistes d’action incluent le renforcement des politiques nationales de santé avec une approche “life-course”, la couverture universelle des soins incluant médicaments, dispositifs et soutien psychologique, ainsi que la sensibilisation et l’éducation pour réduire la stigmatisation. Le développement de programmes de pair-aidance et la mobilisation internationale sont également essentiels pour soutenir les pays confrontés à ces défis.

La Journée mondiale du diabète 2025 ne se limite donc pas à une campagne de sensibilisation. Elle rappelle que santé publique, bien-être et égalité des droits sont intrinsèquement liés. Garantir un accès universel aux soins et un environnement social favorable ne relève pas de l’inclusion en tant que privilège, mais d’un devoir de justice et d’égalité fondamentale. Cette journée constitue un appel à la responsabilité des États, des institutions et de la société civile pour faire du droit à la santé un principe concret et effectif, afin que chaque personne diabétique puisse vivre avec dignité, autonomie et sécurité à toutes les étapes de sa vie.

Celine Dou