SOUDAN : KHARTOUM LÈVE L’ÉTAT D’URGENCE, MAIS LA GUERRE SE DÉPLACE VERS LE KORDOFAN

Après plus de deux ans de couvre-feu, les habitants de la capitale soudanaise peuvent désormais circuler et travailler à toute heure. La mesure traduit le retour progressif de l’administration et de la vie civile dans une ville reprise par l’armée, mais elle ne signifie pas la fin de la guerre. À plusieurs centaines de kilomètres, les combats continuent de faire des victimes et de provoquer de nouveaux déplacements.

Lire la suite: SOUDAN : KHARTOUM LÈVE L’ÉTAT D’URGENCE, MAIS LA GUERRE SE DÉPLACE VERS LE KORDOFAN

À Khartoum, les habitants peuvent de nouveau circuler librement la nuit. Le Comité de sécurité de l’État a annoncé le 27 août la levée de l’état d’urgence et l’abrogation de l’ordre d’urgence n° 3 de 2024, mettant également fin au couvre-feu instauré dans la capitale.

La décision autorise désormais les habitants à se déplacer et à travailler à toute heure. Elle reste toutefois assortie de restrictions. Les patrouilles et les points de contrôle sont maintenus, et les autorités demandent aux habitants de conserver leurs documents d’identité sur eux. L’entrée dans la capitale demeure par ailleurs réglementée pour les étrangers arrivant par bus, train ou véhicule privé.

Cette décision intervient plusieurs mois après la reprise de Khartoum par l’armée soudanaise. Le gouvernement, qui avait transféré ses activités à Port-Soudan pendant les combats, est revenu dans la capitale en janvier 2026. L’aéroport a également repris ses activités et les organisations humanitaires recommencent progressivement à y travailler.

Une liberté retrouvée dans une capitale encore meurtrie

La levée du couvre-feu donne à Khartoum les apparences d’une ville qui reprend son activité. Mais la réalité quotidienne reste difficile.

Les infrastructures ont été lourdement endommagées pendant les combats. Les coupures d’électricité demeurent particulièrement longues dans plusieurs secteurs contrôlés par l’armée. À Omdurman, notamment, les pannes perturbent les activités professionnelles et contraignent des familles à renoncer à certains usages domestiques faute de pouvoir conserver leurs aliments ou faire fonctionner leurs équipements.

Le retour des habitants ne suffit donc pas à rétablir une vie normale. Il faut encore reconstruire les réseaux électriques, les routes, les logements et les services publics détruits pendant les combats.

La sécurité elle-même demeure fragile. La levée de l’état d’urgence ne s’accompagne pas d’un retrait des forces de sécurité : les patrouilles et les contrôles restent présents dans la capitale. Des risques liés aux drones et aux munitions non explosées subsistent également pour les personnes qui regagnent les zones touchées par la guerre.

Le front s’est déplacé

Le contraste est frappant. Alors que Khartoum cherche à retrouver un rythme de vie ordinaire, le conflit continue de s’intensifier dans d’autres régions.

Le Kordofan est devenu l’un des principaux théâtres de la guerre entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide. Les deux camps y cherchent à consolider leurs positions et leurs voies d’approvisionnement, faisant de cette région un espace stratégique entre les territoires contrôlés par l’armée à l’est et ceux dominés par les FSR à l’ouest.

Les violences ont encore fait des victimes ces derniers jours. Des frappes de drones ont tué huit civils dans le Kordofan du Nord, selon l’organisation Emergency Lawyers, qui demande une enquête indépendante. Une première attaque a visé des civils dans la ville de Sowdari, avant qu’une seconde frappe ne touche des personnes venues porter secours aux blessés.

Le recours aux drones est devenu l’une des caractéristiques du conflit soudanais. Les Nations unies estiment qu’ils ont représenté une part majeure des décès de civils enregistrés au cours des premiers mois de 2026.

Une crise humanitaire toujours immense

Depuis le déclenchement de la guerre, le 15 avril 2023, le Soudan reste confronté à l’une des crises humanitaires les plus graves au monde. Les estimations internationales évoquent au moins 59 000 morts et environ 13 millions de personnes déplacées, tandis que plusieurs régions sont confrontées à la famine.

Les déplacements de population se poursuivent. Dans le Kordofan, les combats poussent encore des familles à fuir. À El-Obeid et dans les camps qui entourent la ville, l’arrivée massive de nouveaux déplacés exerce une pression croissante sur l’eau, la nourriture, les soins et les installations sanitaires. Plus de 15 000 familles seraient arrivées depuis la mi-juillet, selon les données rapportées par les acteurs humanitaires.

La fin de l’état d’urgence à Khartoum doit donc être lue pour ce qu’elle est : une mesure administrative et sécuritaire destinée à rétablir progressivement la vie civile dans une capitale contrôlée par l’armée, pas un signe de fin du conflit soudanais.

Khartoum peut désormais vivre sans couvre-feu. Mais à mesure que la capitale tente de se relever de ses ruines, la guerre continue de faire rage dans le centre et l’ouest du pays. Le véritable retour à la normale dépendra moins de la disparition des restrictions dans la capitale que de l’issue du conflit qui déchire encore le Soudan.

Celine Dou

Laisser un commentaire