Archives pour la catégorie Environnement

Un indigène Guarani Kaiowá tué lors d’une attaque armée dans le Mato Grosso do Sul, Brésil

Un homme de 36 ans, membre du peuple autochtone Guarani Kaiowá, a été assassiné dimanche lors d’une attaque armée dans une réserve indigène du Mato Grosso do Sul. L’événement met en lumière la persistance des conflits fonciers au Brésil et le rôle crucial des peuples indigènes dans la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique, alors que le pays accueille la COP30.

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Un groupe d’une vingtaine d’hommes lourdement armés a attaqué dimanche une réserve indigène, tuant un Guarani Kaiowá de 36 ans et blessant quatre autres membres de la communauté.

La ministre brésilienne des Peuples indigènes, Sonia Guajajara, a déclaré que l’homme est mort « en défendant son territoire ». L’attaque survient alors que la COP30 se tient à Belém, où les questions de protection des peuples autochtones et des forêts brésiliennes sont au cœur des débats sur le climat.

La région est régulièrement le théâtre de conflits fonciers opposant les populations indigènes à des exploitants agricoles, trafiquants de bois ou orpailleurs illégaux. Le Conseil indigéniste missionnaire (CIMI) précise que la victime a été tuée d’une balle dans la tête et rappelle qu’un groupe de travail a été créé le 3 novembre pour la médiation des conflits fonciers dans l’État.

Les réserves indigènes brésiliennes constituent un rempart contre la déforestation et jouent un rôle clé dans l’absorption du carbone. Selon le CIMI, 211 indigènes ont été assassinés en 2024, la majorité dans le cadre de conflits fonciers, soulignant la persistance de violences ciblées contre les défenseurs du territoire et de l’environnement.

Mme Guajajara a dénoncé ce meurtre comme un rappel que « la persécution des défenseurs du climat ne connaît pas de trêve », alors que la communauté internationale se mobilise sur les enjeux environnementaux au Brésil.

Celine Dou

L’Iran fait face à une grave pénurie d’eau : au-delà de la sécheresse, une question de gestion et d’institutions

L’Iran traverse une crise hydrique majeure qui touche des millions de citoyens. Les rivières s’assèchent, les nappes phréatiques s’épuisent et certaines régions subissent des restrictions sévères sur l’eau potable. Si la sécheresse naturelle est un facteur, cette pénurie révèle surtout des insuffisances de gouvernance et des choix politiques qui aggravent la situation.

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En Iran, plusieurs provinces connaissent actuellement des pénuries d’eau qui perturbent la vie quotidienne des habitants. L’accès à l’eau potable devient limité, les systèmes d’irrigation sont insuffisants et certaines zones rurales et urbaines doivent rationner la consommation. Cette situation, souvent présentée comme une conséquence directe de la sécheresse, est en réalité le reflet de dysfonctionnements structurels dans la gestion des ressources hydriques.

L’épuisement des nappes phréatiques et la surexploitation des rivières par des pratiques agricoles intensives et parfois illégales aggravent le stress hydrique. Des infrastructures anciennes et mal entretenues contribuent à des pertes importantes, tandis que l’urbanisation rapide de villes comme Téhéran accentue la demande en eau. Cette combinaison de facteurs montre que le problème dépasse largement le climat : il s’agit d’un défi de gouvernance et de politique publique.

L’impact social et politique de cette crise est significatif. Les restrictions d’eau et les inégalités d’accès provoquent des tensions entre provinces et entre populations rurales et urbaines. Dans certaines zones, la frustration croissante des citoyens a conduit à des manifestations locales, traduisant une perception de gestion injuste des ressources. La crise met en lumière comment la politique de l’eau, lorsqu’elle est déficiente ou clientéliste, peut devenir un facteur d’instabilité sociale.

L’analyse des pratiques agricoles montre que l’eau est utilisée de manière disproportionnée et souvent inefficace. L’irrigation traditionnelle inondante et la culture de plantes très consommatrices entraînent un gaspillage massif, sans générer de valeur économique suffisante pour compenser ce déséquilibre. L’urbanisation et le manque de planification des infrastructures hydriques amplifient ce problème, rendant la population vulnérable face à des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents.

La crise en Iran illustre également les limites des politiques publiques dans un contexte où les intérêts politiques et économiques peuvent influencer la distribution et l’accès à l’eau. Des experts internationaux recommandent une réforme profonde des institutions responsables de la gestion de l’eau, combinée à des investissements dans la modernisation des infrastructures et le contrôle strict des usages agricoles. Ces mesures sont jugées essentielles pour garantir l’équité, la durabilité et la résilience face aux aléas climatiques.

En conclusion, la pénurie d’eau en Iran ne peut pas être réduite à la sécheresse naturelle. Elle est le résultat de choix institutionnels et politiques, d’une planification insuffisante et de pratiques de gestion des ressources hydriques inadaptées. Comprendre cette crise nécessite donc de dépasser l’évidence météorologique pour analyser les structures de gouvernance et les décisions publiques qui déterminent l’accès à une ressource vitale pour des millions de personnes.

Celine Dou

La COP30 ou la persistance d’un déséquilibre structurel entre discours climatiques mondiaux et réalités foncières des peuples du Sud

La Conférence des Parties sur le climat (COP30), ouverte à Belém, au Brésil, s’annonçait comme celle de la « justice climatique ». En inscrivant au cœur de ses discussions la reconnaissance des terres communautaires et la participation des peuples autochtones, elle entendait conjuguer écologie et équité sociale.
Mais au-delà des déclarations d’intention, cette 30ᵉ édition illustre la difficulté persistante à traduire les principes de justice climatique en mécanismes concrets, équitables et durables.

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Un engagement chiffré, mais symbolique

L’annonce d’un financement de 1,8 milliard de dollars et la promesse de reconnaître 160 millions d’hectares de terres communautaires d’ici 2030 marquent un tournant discursif : la lutte climatique reconnaît désormais explicitement la dimension foncière du problème.
Cependant, l’efficacité de ces mesures dépendra de leur mise en œuvre concrète et systématique sur le terrain.
Dans de nombreux pays, les terres communautaires restent fragiles sur le plan juridique, exposées à la pression croissante des industries extractives et des politiques de développement à court terme qui privilégient souvent l’exploitation des ressources au détriment des communautés locales.
Le risque est de transformer un engagement de protection, qui pourrait offrir des bénéfices significatifs pour la biodiversité et les droits humains, en un simple instrument de communication diplomatique, sans véritable impact sur la réalité vécue par les populations concernées.
Il est donc essentiel que les gouvernements et les organisations internationales s’assurent que ces financements se traduisent par des actions concrètes qui respectent et protègent les droits des communautés autochtones et locales.

Le foncier, pilier négligé de la gouvernance climatique

Le lien entre climat et foncier dépasse le seul enjeu environnemental. Il touche à la souveraineté, à la sécurité alimentaire, et à la stabilité sociale.
Les territoires détenus par les communautés locales sont souvent les mieux préservés, mais aussi les moins reconnus par les cadres institutionnels nationaux et internationaux.
Tant que les politiques climatiques continueront de privilégier les mécanismes financiers crédits carbone, compensations, partenariats publics-privés au détriment de la sécurité foncière, la lutte contre le dérèglement climatique restera déséquilibrée.

Ce déséquilibre n’est pas seulement économique ; il est structurel. Les peuples concernés demeurent acteurs de terrain mais rarement décisionnaires, soumis à des logiques administratives conçues loin de leurs réalités.

Une gouvernance mondiale encore centralisée

La justice climatique suppose une redistribution du pouvoir de décision. Or, la gouvernance actuelle reste dominée par un petit nombre d’États et d’organisations qui fixent l’agenda, orientent les priorités et conditionnent l’accès aux fonds.
Les pays du Sud, souvent les plus exposés aux dérèglements climatiques, disposent de marges de manœuvre limitées.
Cette situation entretient une forme de dépendance institutionnelle, où les politiques climatiques deviennent tributaires d’intérêts extérieurs.

La solidarité climatique, pour être crédible, doit s’appuyer sur une architecture mondiale plus inclusive, fondée sur la reconnaissance des savoirs locaux et la coresponsabilité des décisions.

Entre rhétorique et réalisme

Depuis plusieurs années, la notion de « justice climatique » s’impose dans les forums internationaux.
Mais elle tend parfois à se vider de sa substance, utilisée comme un mot d’ordre consensuel plutôt qu’un levier de transformation.
L’écart entre la parole et l’action demeure considérable :

  • les financements promis tardent à être débloqués ;
  • les engagements pris ne sont pas contraignants ;
  • la gouvernance reste verticale.

À Belém, la COP30 apparaît donc comme une étape charnière : elle révèle l’ambivalence d’un système qui reconnaît la nécessité d’un changement profond, tout en préservant les rapports de pouvoir existants.

Vers un nouvel équilibre ?

La véritable justice climatique ne se mesure pas à la quantité d’argent promis, mais à la qualité de la gouvernance mise en place.
Reconnaître les droits fonciers des communautés locales, c’est accepter que la transition écologique ne soit plus pilotée uniquement par des institutions internationales ou des gouvernements centraux.
C’est aussi admettre que la durabilité repose sur la confiance, la transparence et la participation directe des populations concernées.

Tant que cette approche ne sera pas pleinement intégrée, la justice climatique restera une idée politique, non une réalité vécue.

La COP30 rappelle que la justice climatique est avant tout un défi de gouvernance mondiale.
Les promesses financières et les initiatives foncières ne produiront leurs effets que si elles s’accompagnent d’un rééquilibrage profond des rapports entre Nord et Sud, entre institutions et communautés.
Le climat n’est pas seulement une question de température : il est devenu un symptôme de l’inégalité des pouvoirs.
Y répondre, c’est repenser la manière dont le monde organise ses priorités, ses territoires et sa responsabilité collective.

Celine Dou

IA générative : l’intelligence artificielle a-t-elle un coût climatique trop lourd ?

Entre fascination technologique et dérive énergétique, la promesse de l’IA générative soulève une question dérangeante : à quel prix faisons-nous fonctionner nos machines pensantes ?

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L’intelligence artificielle générative, célébrée comme le symbole du progrès technologique, cache une face moins glorieuse : sa voracité énergétique. Selon une estimation reprise par L’Humanité, l’usage quotidien des outils d’IA générative consommerait autant d’énergie que 1,5 million de foyers.
Une donnée spectaculaire, certes, mais surtout révélatrice d’un paradoxe majeur : la transition numérique mondiale est en train de freiner la transition écologique.

Une explosion énergétique silencieuse

Derrière chaque requête adressée à ChatGPT, Gemini ou Claude, se cache une opération coûteuse en électricité et en eau.
Les immenses data centers nécessaires à l’entraînement et à l’exécution de ces modèles mobilisent des infrastructures énergivores, souvent alimentées par des sources non renouvelables.

Jusqu’ici, c’était l’entraînement des modèles qui concentrait les inquiétudes. Mais aujourd’hui, l’usage quotidien ou “inférence” devient le principal moteur de la consommation.
Des milliards de requêtes sont envoyées chaque jour aux serveurs, multipliant la dépense énergétique dans des proportions que même les concepteurs peinent à mesurer.

Selon des projections citées par Polytechnique Insights, la consommation électrique mondiale de l’IA générative pourrait atteindre 134 TWh par an d’ici 2027, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’un pays comme l’Argentine.

Le paradoxe du progrès

Cette consommation démesurée contredit la promesse d’un numérique « vert ». Les géants du secteur vantent des initiatives de compensation carbone ou d’optimisation énergétique, mais la réalité reste opaque : peu d’entre eux publient des chiffres vérifiables.
Dans les faits, plus l’IA se démocratise, plus elle alourdit son empreinte écologique.

Ce paradoxe souligne une tension fondamentale : nous utilisons l’intelligence artificielle pour optimiser le monde, mais nous ne l’optimisons pas elle-même.
Et alors que les grandes puissances se disputent la suprématie technologique, le coût climatique de cette course reste largement absent des débats publics.

L’Afrique à la croisée des tensions numériques

Pour le continent africain, ce défi prend une dimension particulière.
Alors que les data centers se multiplient au Maroc, au Nigeria, au Kenya ou en Afrique du Sud, la question énergétique devient cruciale.
Dans des pays où les réseaux électriques sont déjà sous pression, l’implantation d’infrastructures gourmandes en électricité pose un dilemme : faut-il sacrifier une part de souveraineté énergétique au profit du développement numérique ?

L’Afrique, qui ne contribue qu’à une faible part des émissions mondiales, subit pourtant de plein fouet les effets du dérèglement climatique.
Le risque est donc double : devenir le terrain d’expansion d’une technologie qui aggrave un problème que le continent ne crée pas.

Penser une intelligence durable

La question n’est pas de diaboliser l’IA, mais de redéfinir les conditions de son développement.
Des pistes émergent :

  • IA frugale, privilégiant des architectures légères et moins consommatrices ;
  • Hébergement décentralisé, limitant les transferts massifs de données ;
  • Régulations éthiques imposant transparence énergétique et traçabilité carbone.

Ces solutions, encore marginales, traduisent une prise de conscience : le génie numérique doit apprendre la sobriété.

Car dans un monde où l’énergie devient le nerf de toutes les transitions, le véritable progrès ne se mesurera pas à la puissance de calcul, mais à la capacité d’intelligence écologique.

L’IA générative, miroir de nos ambitions, révèle aussi nos contradictions.
Elle promet un avenir plus efficace, mais exige des ressources que la planète ne peut plus offrir sans coût.
Face à cela, le rôle des médias, des chercheurs et des décideurs est clair : dépasser la fascination pour interroger la finalité.

Et si, au fond, le défi n’était plus de rendre les machines intelligentes…
mais de rendre l’humanité plus lucide ?

Celine Dou

Une faille géante se creuse en Afrique : ce que révèle vraiment la formation d’un futur océan

Un phénomène géologique avéré, mais instrumentalisé par le sensationnalisme médiatique

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Une faille de plusieurs dizaines de kilomètres continue de s’ouvrir dans la région d’Afar, au nord-est de l’Éthiopie. Ce phénomène, observé depuis plus d’une décennie, est confirmé par une étude publiée en décembre 2024 dans la revue Nature Geoscience. Les chercheurs y décrivent une activité mantellique intense, sous la forme de remontées pulsées de magma, qui fragilisent la croûte terrestre.
Selon les mesures GPS et sismiques, les plaques africaine, somalienne et arabique s’écartent à une vitesse moyenne de 2 à 5 centimètres par an, un rythme comparable à celui observé entre l’Afrique et l’Amérique du Sud avant la formation de l’Atlantique.

Ce processus, connu sous le nom de rift est-africain, marque le stade précoce d’une désintégration continentale. À terme, il pourrait donner naissance à un nouvel océan, séparant la Corne de l’Afrique du reste du continent.
Mais contrairement à ce qu’avancent plusieurs titres de presse occidentaux, la transformation complète se compte en millions d’années, non en décennies.

Une déformation lente, mais décisive

Les travaux dirigés par la géophysicienne britannique Emma Watts (Université d’Oxford) confirment que la région d’Afar est soumise à un étirement progressif et à des injections répétées de magma. Ces “pulsations” du manteau profond provoquent des fissures, des séismes localisés et un volcanisme diffus.

« Le processus de rifting est bien en cours, mais il s’agit d’une évolution géologique lente. L’expression “plus vite que prévu” ne veut pas dire “imminente”, elle signifie simplement que nous comprenons mieux les dynamiques internes qui l’accélèrent localement », précise la chercheuse.

À court terme, les risques concernent surtout les populations installées à proximité des zones volcaniques : émissions de gaz, affaissements de terrain et micro-séismes fréquents.
Des programmes de surveillance géophysique sont déjà en place, notamment autour des volcans Dabbahu et Erta Ale, en Éthiopie.

Entre fascination et désinformation

L’annonce d’un “nouvel océan africain” a été largement relayée par des médias généralistes, souvent sans précision scientifique.
La confusion vient d’une traduction hâtive des données géologiques. Parler d’un océan “en formation” est exact au sens géologique, mais erroné dans sa portée temporelle.
L’article d’Ouest-France du 27 décembre 2024 illustre cette dérive : la découverte est authentique, mais la formulation “plus vite que prévu” donne l’impression d’un bouleversement soudain, voire imminent.
Or, les études sismiques situent la transition complète vers une croûte océanique entre 1 et 10 millions d’années, selon l’évolution des flux magmatiques et des contraintes tectoniques.

Cette confusion pose question sur la responsabilité des médias dans la vulgarisation scientifique. En privilégiant l’émotion à la rigueur, une partie de la presse alimente des perceptions fausses du changement naturel, et détourne l’attention des enjeux concrets : la surveillance des zones à risque, la sécurité des habitants et la recherche géothermique durable.

Un enjeu scientifique, humain et environnemental

La région du rift n’est pas un désert scientifique. C’est un territoire habité, traversé par des routes, des villages et des activités minières et géothermiques.
Pour les populations locales, l’enjeu n’est pas l’apparition d’un océan hypothétique, mais la gestion du risque volcanique et sismique.
Selon le Centre de recherche géologique d’Addis-Abeba, plus de 6 000 personnes ont dû être déplacées depuis 2010 à cause d’effondrements ou d’éruptions mineures.
L’autre enjeu, plus stratégique, réside dans l’exploitation énergétique : la chaleur géothermique issue de ce rift constitue un potentiel majeur pour la production d’électricité propre.
Plusieurs consortiums internationaux, dont KenGen (Kenya) et Reykjavik Geothermal (Islande), ont déjà investi dans la région.

Au-delà des aspects scientifiques et économiques, la faille est-africaine interroge notre rapport au temps et à la planète.
Loin d’une catastrophe, elle illustre la dynamique permanente de la Terre : un continent qui se transforme, lentement mais sûrement.

Lecture critique : ce que révèle ce débat

L’épisode médiatique de la “faille africaine” met en lumière un déséquilibre persistant dans la manière dont l’Afrique est racontée.
Souvent décrite sous le prisme du spectaculaire catastrophes, crises, mystères naturels, elle reste rarement présentée comme acteur scientifique de sa propre histoire géologique.
Pourtant, les universités éthiopiennes, kényanes et érythréennes participent activement aux recherches de terrain.
Il serait juste que leurs voix, leurs données et leurs interprétations trouvent la même place dans la narration globale.

La faille d’Afar n’annonce pas la fin d’un continent, mais la continuité de son évolution.
Les faits sont établis : un processus de rifting actif, une croûte qui s’amincit, et une transformation lente qui s’inscrit dans le temps long.
Ce que l’on observe aujourd’hui est moins un événement qu’une leçon : celle de la précision scientifique face au sensationnalisme médiatique.

Informer, c’est choisir de dire le vrai rythme du monde, même lorsqu’il échappe à l’immédiateté.

Celine Dou

Neuf morts au Népal : le tourisme occidental, première cause des tragédies himalayennes

Neuf personnes ont perdu la vie au Mont Yalung Ri, dont un Français, à la suite d’une avalanche et d’une tempête de neige. Au-delà du drame immédiat, il apparaît clairement que la cause première n’est pas la montagne elle-même mais le tourisme occidental de masse, technologique et centré sur l’ego, qui transforme les sommets himalayens en terrain de performance et contribue à la destruction de leur environnement fragile.

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Les conditions extrêmes du Mont Yalung Ri ont frappé une expédition composée en partie de touristes occidentaux. Ces derniers n’étaient plus confrontés à la montagne comme les pionniers de l’Everest il y a plus de soixante-dix ans, mais bénéficiaient d’un soutien technique massif : hélicoptères, oxygène artificiel et guides spécialisés. Cette assistance donne l’illusion d’une maîtrise totale et d’une sécurité absolue, mais elle masque la vulnérabilité intrinsèque de l’altitude et de la neige instable. L’accident montre que le recours à la technologie pour atteindre des sommets extrêmes ne protège pas de la tragédie et que la confiance excessive dans ces moyens modernes peut être fatale.

Le drame du Népal illustre également une autre réalité : la logique de performance et l’obsession de l’image priment souvent sur la vie humaine. Des influenceurs et touristes extrêmes, pour qui l’ascension n’est pas seulement un exploit mais un contenu à partager, mettent en danger non seulement eux-mêmes mais aussi ceux qui les accompagnent. L’égo et la recherche de visibilité sur les réseaux sociaux, ou les gains financiers liés à la popularité, deviennent des facteurs de risque, conduisant à des situations où l’aide à une personne en détresse est négligée au nom du défi ou de la célébrité.

La montagne paie un prix encore plus lourd que les individus. Les sentiers et camps d’altitude sont fortement dégradés par le passage répété des touristes et de leurs équipements. La faune et la flore locales, déjà fragiles, sont menacées et certaines espèces sont désormais en danger. Le tourisme occidental transforme des écosystèmes uniques en décors à consommer pour alimenter l’ego et le spectacle visuel, au lieu de respecter la vie et la nature.

L’avalanche qui a causé la mort de neuf personnes est donc un symptôme, et non la cause première du drame. Ce qui est en cause, c’est un modèle touristique qui ignore les limites humaines et naturelles, un ethnocentrisme technique qui impose des standards occidentaux à un environnement qui n’a jamais été conçu pour supporter une telle intensité de fréquentation. La montagne est ici un révélateur des excès contemporains, un miroir des pratiques occidentales qui confondent maîtrise et domination, performance et respect.

Ce drame impose une réflexion urgente sur la responsabilité collective. Les agences de voyage, les guides et les touristes doivent repenser leur rapport à la montagne, à la vie humaine et à la nature. Il ne s’agit pas de condamner les victimes mais de mettre en lumière les causes structurelles qui rendent ces tragédies prévisibles. Informer sur ces événements, c’est rappeler que la maîtrise technique ne remplace pas la prudence et que le respect de l’humain et de l’environnement doit primer sur l’ego et le spectacle.

Neuf morts au Mont Yalung Ri rappellent que les montagnes himalayennes ne sont pas des terrains de loisirs ni des scènes de défi. La véritable tragédie n’est pas l’avalanche mais un système touristique occidental qui, par autosuffisance technique et obsession de la performance, met en danger la vie humaine et détruit la nature pour satisfaire un égo ou un appareil photographique. C’est cette logique qu’il faut interroger et changer avant que d’autres vies ne soient sacrifiées.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Ouragan Mélissa : les Caraïbes face aux vulnérabilités révélées par la catastrophe

L’ouragan Mélissa, qui a traversé les Caraïbes fin octobre 2025, a frappé avec une intensité exceptionnelle la Jamaïque et Cuba, tandis que Haïti subissait les conséquences indirectes de pluies diluviennes et d’inondations. Au-delà du bilan humain et matériel, cet événement expose les fragilités structurelles et sociales de ces États, ainsi que les limites de leur préparation face aux catastrophes naturelles.

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Formé au large des îles du Cap-Vert le 13 octobre, Mélissa a rapidement gagné en intensité pour atteindre la catégorie 5 au moment où il a touché le sud-ouest de la Jamaïque le 28 octobre. Les vents dépassant les 295 km/h ont provoqué des destructions massives, arasant des quartiers entiers et privant la majorité de la population d’électricité. Les routes et infrastructures de communication ont été lourdement endommagées, tandis que le secteur touristique, pilier de l’économie jamaïcaine, se trouve désormais confronté à un choc sans précédent.

En Haïti, où l’œil de l’ouragan n’est pas passé directement, les fortes précipitations ont provoqué des inondations et des glissements de terrain dans les départements du Sud et de l’Ouest. À Petit-Goâve, plusieurs dizaines de maisons ont été détruites et au moins vingt-cinq personnes ont trouvé la mort, dont de nombreux enfants. Ces pertes viennent s’ajouter à une vulnérabilité structurelle déjà chronique : infrastructures fragiles, accès limité aux services essentiels, précarité économique et insécurité alimentaire persistante. Mélissa révèle à nouveau combien les catastrophes naturelles exacerbent les inégalités et fragilisent les populations déjà vulnérables.

Cuba, pour sa part, a anticipé le passage de l’ouragan et procédé à l’évacuation de plus de 735 000 personnes dans la région orientale. Cette préparation a permis de limiter les pertes humaines, mais les dégâts matériels restent importants. Les cultures de banane et de café ont été endommagées, les réseaux électriques et de communication sont perturbés, et les infrastructures rurales sont lourdement affectées. La reprise économique et la remise en état des services publics s’annoncent longues et coûteuses.

Au-delà des conséquences immédiates, Mélissa met en lumière des vulnérabilités structurelles communes aux trois pays : l’insuffisance des infrastructures face à des phénomènes climatiques extrêmes, la dépendance à des économies locales fragiles, la concentration des populations dans des zones exposées et la difficulté à mobiliser rapidement des moyens de secours adéquats. Les enfants et autres groupes vulnérables sont particulièrement affectés, avec des perturbations dans l’accès à l’éducation, à l’eau potable et aux soins.

L’ouragan s’inscrit également dans une dynamique climatique préoccupante. Le réchauffement des eaux de l’Atlantique favorise l’intensification des cyclones tropicaux et augmente la fréquence des phénomènes extrêmes. Pour des pays aux moyens limités, cette intensification climatique transforme chaque tempête majeure en une catastrophe disproportionnée. Mélissa illustre ainsi la convergence entre risques naturels, vulnérabilité sociale et insuffisance structurelle, soulignant la nécessité d’une approche globale pour la gestion des catastrophes.

Enfin, les implications économiques et géopolitiques seront durables. La reconstruction nécessitera des financements importants, souvent dépendants de l’aide internationale et régionale. Les économies touristiques et agricoles seront affectées sur le moyen terme, tandis que la coordination de l’aide humanitaire reste un défi pour Haïti et la Jamaïque. Cet ouragan rappelle que les États les plus exposés, malgré des préparations parfois efficaces, restent profondément vulnérables face à des catastrophes d’ampleur exceptionnelle.

L’ouragan Mélissa n’est pas seulement un événement météorologique. Il constitue un révélateur des fragilités sociales, économiques et institutionnelles des pays touchés et souligne l’urgence de stratégies de prévention, de renforcement des infrastructures et de soutien international face aux conséquences croissantes du changement climatique.

Celine Dou

Corse du Sud (France) : face à la sécheresse, des habitants soumis à des mesures radicales

Le sud de la Corse traverse un épisode de sécheresse exceptionnel. Les réserves d’eau des communes littorales comme Bonifacio, Porto‑Vecchio ou Figari sont à des niveaux historiquement bas, obligeant les autorités à imposer des restrictions strictes sur l’usage domestique et touristique de l’eau.

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Inde : la pluie artificielle à New Delhi, un pari scientifique pour conjurer une crise environnementale durable

L’Inde vient de franchir une étape symbolique et controversée dans la lutte contre la pollution atmosphérique : le 24 octobre, les autorités de New Delhi ont procédé à un premier essai de pluie artificielle, en ensemençant les nuages afin de dissiper le brouillard toxique qui étouffe la capitale depuis plusieurs jours. L’expérience, menée en collaboration avec l’Institut indien de technologie de Kanpur, mobilise un avion Cessna équipé de fusées d’iodure d’argent pour provoquer des précipitations censées « nettoyer » l’air.

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Cette tentative traduit moins un triomphe scientifique qu’un aveu d’impuissance collective face à une crise environnementale désormais chronique. Chaque hiver, la mégapole de plus de trente millions d’habitants figure parmi les villes les plus polluées du monde : les particules fines y atteignent parfois soixante fois le seuil recommandé par l’Organisation mondiale de la santé. Entre émissions industrielles, trafic automobile et brûlis agricoles, la capitale indienne s’enferme dans un smog persistant que ni les interdictions de feux d’artifice ni les restrictions de circulation ne parviennent à endiguer.

Une fuite en avant technologique

Inventée dans les années 1940, la technique d’ensemencement des nuages consiste à introduire dans l’atmosphère des substances comme l’iodure d’argent ou le chlorure de sodium afin de favoriser la condensation de la vapeur d’eau. Elle a déjà été utilisée en Chine, aux Émirats arabes unis ou encore aux États-Unis d’Amérique, pour stimuler la pluie, réduire la grêle ou limiter les incendies. Mais son efficacité demeure incertaine et variable selon les conditions météorologiques, et son impact écologique n’est pas neutre.

En recourant à cette méthode, l’Inde s’inscrit dans un mouvement plus large de géo-ingénierie climatique, où la technologie prétend compenser les dérèglements qu’elle a souvent contribué à engendrer. Ces initiatives traduisent une volonté d’agir vite, mais elles posent des questions fondamentales : jusqu’où l’humanité peut-elle « corriger » les déséquilibres qu’elle a provoqués ? Et à quel coût environnemental, social et éthique ?

Un miroir des contradictions du développement

La pluie artificielle révèle les paradoxes des puissances émergentes. L’Inde, qui ambitionne de devenir la troisième économie mondiale, reste prisonnière d’un modèle de croissance intensif en énergie fossile, tandis que des millions d’Indiens subissent directement les conséquences sanitaires de cette pollution : affections respiratoires, maladies cardiovasculaires, baisse de l’espérance de vie.

Cette situation illustre le dilemme des pays du Sud : comment concilier essor économique et survie écologique, dans un système mondial encore dominé par les logiques productivistes héritées du Nord ? New Delhi, en cherchant à “faire pleuvoir” pour respirer, incarne cette tension entre modernité et fragilité.

Une réponse de court terme à un problème structurel

Les spécialistes de l’environnement s’accordent : seule une transformation profonde du modèle énergétique et urbain permettra de réduire durablement la pollution. La pluie artificielle, aussi spectaculaire soit-elle, ne traite pas la source du mal. Elle disperse un symptôme sans guérir la maladie.

Derrière le geste scientifique, se dessine ainsi une interrogation plus vaste : la technologie peut-elle vraiment réparer ce que l’homme dérègle ? Ou n’est-elle qu’un palliatif provisoire à une crise que seule une conversion écologique mondiale pourrait résoudre ?

Celine Dou

Réchauffement climatique et biodiversité : l’Islande découvre ses premiers moustiques

Pour la première fois, des moustiques ont été observés en Islande, un territoire jusque-là exempt de ces insectes. Ce phénomène inédit illustre la rapidité du réchauffement climatique et ses effets inattendus sur la biodiversité des régions jusqu’ici préservées.

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1. Un phénomène inédit

Début octobre 2025, dans la vallée glaciaire de Kjós, à une trentaine de kilomètres au nord de Reykjavik, trois moustiques ont été capturés : deux femelles et un mâle. Ils ont été identifiés comme appartenant à l’espèce Culiseta annulata, connue pour sa capacité à résister à des températures basses. Cette observation, confirmée par l’Institut islandais d’histoire naturelle le 20 octobre 2025, marque un tournant pour un territoire jusque-là considéré comme l’un des rares bastions mondiaux sans moustiques.

Jusqu’à présent, le climat rigoureux et l’absence de zones propices à la reproduction rendaient l’Islande inhospitalière pour ces insectes. L’arrivée de Culiseta annulata est donc un signal fort des transformations environnementales en cours.

2. Réchauffement climatique : moteur du changement

L’Islande se réchauffe à un rythme quatre fois supérieur à la moyenne mondiale, selon les données climatiques récentes. Cette accélération entraîne la fonte des glaciers et l’apparition de nouvelles zones humides qui offrent désormais des habitats favorables à certaines espèces jusque-là absentes.

Les scientifiques soulignent que ce phénomène n’est pas isolé : il s’inscrit dans un contexte global de migration d’espèces vers des latitudes et altitudes plus élevées. L’apparition des moustiques en Islande constitue ainsi un indicateur avancé des impacts du réchauffement climatique.

3. Impact sur la biodiversité et les écosystèmes

Culiseta annulata possède une remarquable capacité d’adaptation : elle peut survivre pendant l’hiver dans des structures telles que les granges et se reproduire dès le retour des températures plus clémentes. Cette faculté pourrait lui permettre de s’établir durablement en Islande.

L’introduction d’une nouvelle espèce peut perturber les chaînes alimentaires locales, affecter la faune indigène et modifier la biodiversité de l’île. Les chercheurs islandais observent déjà les premiers impacts potentiels sur les écosystèmes aquatiques et terrestres.

4. Santé publique et risques potentiels

Pour l’instant, Culiseta annulata n’est pas connue pour transmettre de maladies graves. Néanmoins, l’apparition de moustiques dans une région jusque-là exempte d’insectes piqueurs pose de nouveaux défis pour la santé publique et la gestion environnementale.

L’évolution de la situation nécessitera un suivi attentif, afin d’anticiper l’impact éventuel sur la population humaine et sur les pratiques agricoles locales.

5. Perspective internationale

Ce phénomène islandais s’inscrit dans une tendance observée dans d’autres régions nordiques ou subarctiques, comme l’Alaska ou certaines parties de la Scandinavie, où le réchauffement climatique favorise la migration et l’adaptation d’espèces jusque-là confinées à des climats plus tempérés.

Il illustre également la rapidité avec laquelle les écosystèmes peuvent se transformer et rappelle que les effets du changement climatique ne se limitent pas aux événements extrêmes, mais touchent également la biodiversité et la répartition des espèces.

L’arrivée des moustiques en Islande symbolise la fragilité des derniers bastions naturels face au réchauffement climatique. Ce phénomène inédit incite à observer de près l’évolution de la faune et de la flore dans les régions arctiques, et souligne la nécessité d’anticiper les transformations écologiques à l’échelle globale.

Celine Dou