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Venezuela : un chef indigène enlevé près de la frontière colombienne retrouvé mort, les groupes armés gagnent du terrain dans les zones minières

Julio Rodríguez, chef de la communauté Jivi Ekunay, dans l’État de Bolívar, a été retrouvé mort après huit jours de disparition. Selon l’ONG vénézuélienne Provea, il avait été enlevé le 2 août par des hommes armés présentés comme des membres présumés de dissidences des Farc.

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Le meurtre de Julio Rodríguez met une nouvelle fois en cause l’emprise de groupes armés sur certaines communautés indigènes du sud du Venezuela. Dans le territoire ancestral Mapoyo, où vivent notamment des populations Jivi, la pression est aussi liée à l’exploitation minière illégale. Les communautés dénoncent une présence armée qui réduit leur capacité à contrôler leurs propres territoires.

Huit jours entre le rapt et la mort

Julio Rodríguez avait été emmené de force dans la nuit du 2 août, dans la communauté Jivi Ekunay, à Los Pijiguaos, dans l’État de Bolívar. Sa disparition avait été signalée par les autorités indigènes locales.

Deux jours après son enlèvement, des responsables et de jeunes membres de la communauté partis à sa recherche ont été pris dans une embuscade dans le secteur de Vincler. Selon Provea, des drones ont survolé le groupe et largué des engins explosifs. Un homme âgé, Alirio Rodríguez, a été grièvement blessé.

Le 11 août, Provea a confirmé la mort de Julio Rodríguez, qui était porté disparu depuis huit jours. L’organisation a demandé une enquête et des sanctions contre les responsables, ainsi que des mesures pour protéger les populations et les territoires indigènes.

Les circonstances exactes de sa mort restent à établir. La responsabilité des dissidences des Farc repose, à ce stade, sur les accusations des autorités et organisations indigènes relayées par Provea.

Dans les territoires miniers, les groupes armés imposent leur présence

L’affaire dépasse le sort d’un seul chef communautaire. Los Pijiguaos se trouve dans une région riche en ressources minières, notamment en or, en coltán et en terres rares. L’exploitation clandestine y attire des groupes armés qui cherchent à contrôler les sites, les routes et les circuits de commercialisation.

Provea et d’autres organisations de défense des droits humains dénoncent depuis plusieurs années la présence de groupes armés colombiens dans certaines zones minières vénézuéliennes. Le phénomène concerne notamment l’ELN et des dissidences des Farc. Des enquêtes ont également documenté les liens entre exploitation minière, groupes criminels et acteurs des forces de sécurité dans le sud du pays.

Le territoire ancestral Mapoyo se trouve précisément au milieu de cette pression. Les communautés y font face à l’exploitation illégale de plusieurs minerais et à la présence d’hommes armés. La disparition puis l’assassinat de Julio Rodríguez montrent jusqu’où cette situation peut aller : un responsable indigène peut être enlevé au sein même de sa communauté, tandis que ceux qui partent à sa recherche sont eux-mêmes attaqués.

Un problème qui dépasse la frontière

La présence de guérilleros colombiens au Venezuela n’est pas nouvelle. Des groupes comme l’ELN ont développé des implantations dans plusieurs secteurs du pays, particulièrement dans les zones frontalières et les régions riches en ressources. Leur présence s’appuie notamment sur les revenus tirés des activités minières et d’autres trafics.

La frontière entre la Colombie et le Venezuela constitue ainsi un espace où se croisent plusieurs enjeux : circulation des groupes armés, exploitation clandestine des minerais, contrôle des territoires et faiblesse de la protection des populations isolées.

Pour les peuples indigènes, le problème est aussi territorial. Le territoire Mapoyo est officiellement délimité, mais la reconnaissance juridique ne suffit pas à garantir son contrôle lorsque des groupes armés peuvent y imposer leurs propres règles.

La mort de Julio Rodríguez rappelle brutalement cette contradiction : un territoire peut être reconnu par l’État et rester, dans les faits, soumis à d’autres rapports de force.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Au Brésil, des peuples indigènes replantent leur forêt détruite : une renaissance écologique née d’un abandon politique

La scène pourrait être lue comme un récit d’espoir écologique : au cœur du Brésil, un peuple indigène entreprend de replanter une forêt méthodiquement détruite au fil des décennies. Les arbres repoussent, l’ombre revient, et avec elle la promesse du retour de la faune. Pourtant, derrière cette image de renaissance se cache une réalité plus grave, plus politique, et profondément révélatrice des impasses contemporaines de la gouvernance environnementale mondiale.

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Ce que ces communautés entreprennent aujourd’hui n’est pas un projet écologique volontaire, encore moins un geste symbolique. Il s’agit d’une réponse directe à un effondrement : celui d’un territoire confisqué, ravagé par l’agro-industrie, l’exploitation illégale du bois et l’indifférence prolongée des autorités publiques. La reforestation devient alors un acte de survie, presque une réparation imposée à ceux-là mêmes qui n’ont jamais été responsables de la destruction initiale.

Depuis des générations, ces peuples vivaient en interaction étroite avec leur environnement forestier, non par idéalisme écologique, mais parce que leur existence matérielle, sociale et spirituelle en dépendait. La disparition progressive de la forêt a signifié bien plus qu’une perte paysagère : elle a entraîné la raréfaction du gibier, la dégradation des sols, l’effondrement des équilibres hydriques et, plus largement, la fragilisation de leur autonomie. Replanter les arbres revient donc à reconstruire un monde rendu inhabitable par des logiques économiques extérieures.

Cette initiative met en lumière un paradoxe désormais central dans les politiques environnementales contemporaines. Les peuples indigènes sont aujourd’hui célébrés comme des acteurs clés de la préservation écologique, parfois même érigés en modèles universels. Pourtant, cette reconnaissance demeure largement symbolique. Les mêmes structures étatiques et économiques qui ont permis la destruction des forêts continuent d’exister, souvent intactes, pendant que la charge de la réparation repose sur les communautés les plus marginalisées.

L’exemple brésilien révèle ainsi une écologie profondément asymétrique. Les décisions se prennent loin des territoires, dans des sphères politiques et économiques déconnectées des réalités locales, tandis que les conséquences sont assumées sur le terrain par ceux dont la voix reste marginale dans les instances de pouvoir. La reforestation indigène apparaît alors moins comme un succès de la transition écologique que comme le symptôme d’un abandon politique prolongé.

Ce déséquilibre interroge la sincérité des engagements environnementaux globaux. Peut-on réellement parler de transition lorsque la réparation écologique n’est pas accompagnée d’une restitution pleine et entière des droits territoriaux ? Peut-on célébrer la résilience sans interroger les causes structurelles qui la rendent nécessaire ? En valorisant ces initiatives sans remettre en cause le modèle extractiviste qui a rendu leur action indispensable, le risque est grand de transformer les peuples indigènes en simples instruments d’une écologie de façade.

Au-delà du Brésil, ce cas résonne avec de nombreuses situations observées en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Partout, les populations locales se retrouvent à réparer les dégâts d’un système économique globalisé dont elles n’ont ni conçu les règles ni tiré les principaux bénéfices. La forêt qui repousse devient alors un avertissement silencieux : la nature peut se régénérer, mais elle ne pourra durablement le faire dans un cadre politique qui perpétue la dépossession et l’injustice.

Loin d’être un simple récit environnemental, cette reforestation indigène pose une question fondamentale à l’échelle mondiale : qui doit réparer, et au nom de quel modèle de développement ? Tant que cette interrogation restera sans réponse structurelle, les arbres pourront repousser, les animaux revenir, mais les causes profondes de la destruction, elles, demeureront intactes.

Celine Dou, pour La Boussole-infos

Un indigène Guarani Kaiowá tué lors d’une attaque armée dans le Mato Grosso do Sul, Brésil

Un homme de 36 ans, membre du peuple autochtone Guarani Kaiowá, a été assassiné dimanche lors d’une attaque armée dans une réserve indigène du Mato Grosso do Sul. L’événement met en lumière la persistance des conflits fonciers au Brésil et le rôle crucial des peuples indigènes dans la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique, alors que le pays accueille la COP30.

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Un groupe d’une vingtaine d’hommes lourdement armés a attaqué dimanche une réserve indigène, tuant un Guarani Kaiowá de 36 ans et blessant quatre autres membres de la communauté.

La ministre brésilienne des Peuples indigènes, Sonia Guajajara, a déclaré que l’homme est mort « en défendant son territoire ». L’attaque survient alors que la COP30 se tient à Belém, où les questions de protection des peuples autochtones et des forêts brésiliennes sont au cœur des débats sur le climat.

La région est régulièrement le théâtre de conflits fonciers opposant les populations indigènes à des exploitants agricoles, trafiquants de bois ou orpailleurs illégaux. Le Conseil indigéniste missionnaire (CIMI) précise que la victime a été tuée d’une balle dans la tête et rappelle qu’un groupe de travail a été créé le 3 novembre pour la médiation des conflits fonciers dans l’État.

Les réserves indigènes brésiliennes constituent un rempart contre la déforestation et jouent un rôle clé dans l’absorption du carbone. Selon le CIMI, 211 indigènes ont été assassinés en 2024, la majorité dans le cadre de conflits fonciers, soulignant la persistance de violences ciblées contre les défenseurs du territoire et de l’environnement.

Mme Guajajara a dénoncé ce meurtre comme un rappel que « la persécution des défenseurs du climat ne connaît pas de trêve », alors que la communauté internationale se mobilise sur les enjeux environnementaux au Brésil.

Celine Dou