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Tchad : le « Génie mathématicien » Mahamat Alhabib Idriss refuse une offre de plus de 100 millions de F CFA pour son compte TikTok, quand le savoir vaut plus que l’argent

Au Tchad, un jeune homme a refusé ce que beaucoup auraient considéré comme une fortune.
Mahamat Alhabib Idriss, surnommé le « Génie mathématicien », a décliné une offre de plus de 100 millions de francs CFA (environ 150 000 euros) proposée par des investisseurs états-uniens pour le rachat de son compte TikTok, suivi par plus de 3,5 millions d’abonnés.
Derrière ce choix se cache bien plus qu’un simple attachement à un compte : c’est une affirmation de valeurs, un refus de la marchandisation du savoir et un signal fort envoyé à une génération.

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Fondateur de l’Académie des Sciences, Mahamat Alhabib Idriss s’est donné pour mission de démystifier les mathématiques à travers des vidéos simples, ludiques et pédagogiques.
Là où beaucoup exploitent les réseaux sociaux pour le divertissement, lui en a fait un outil d’éducation populaire.
Ses publications, filmées sans artifice, montrent comment aborder des équations complexes ou des démonstrations logiques avec des méthodes accessibles à tous.

En quelques années, il est devenu une référence africaine de la vulgarisation scientifique, réunissant une audience massive bien au-delà du Tchad.

L’offre qu’il a reçue provenant, selon ses proches, de promoteurs états-uniens spécialisés dans la valorisation de comptes à forte audience illustre un phénomène mondial :
celui de la monétisation de l’attention.
Dans cette économie, les abonnés, les clics et les vues deviennent des actifs financiers.
Les comptes de créateurs sont achetés, rebaptisés, reprogrammés à des fins commerciales, parfois sans lien avec leur contenu d’origine.

En refusant de vendre, Mahamat Alhabib Idriss a implicitement posé une question essentielle :

« Le savoir, peut-il être vendu comme un simple produit ? »

Ce geste, en apparence anecdotique, a une portée symbolique rare.
Il traduit la volonté d’une partie de la jeunesse africaine de conserver la maîtrise de sa production intellectuelle et de refuser la dilution culturelle imposée par le capitalisme numérique globalisé.

Dans un continent souvent dépeint comme dépendant technologiquement, le Génie mathématicien incarne une autre voie : celle d’une autonomie par le savoir.
Son refus n’est pas seulement économique, il est philosophique celui d’un homme qui croit encore que l’enseignement et la transmission ne doivent pas se monnayer au prix du renoncement à soi.

L’affaire révèle aussi un basculement de fond :
l’Afrique n’est plus uniquement un espace de consommation de contenus, mais devient un foyer de création intellectuelle numérique.
Des enseignants, scientifiques et vulgarisateurs utilisent TikTok, YouTube ou Instagram pour rendre les savoirs accessibles à des millions d’apprenants, souvent dans des contextes éducatifs précaires.

Face à cela, les grandes plateformes et certains investisseurs étrangers tentent d’absorber ces nouveaux pôles d’influence.
Mais la résistance de figures comme Mahamat Alhabib Idriss marque une prise de conscience :
la connaissance produite sur le continent doit appartenir à ceux qui la créent.

À l’heure où l’Occident débat de l’intelligence artificielle et du contrôle des données, le geste du jeune tchadien a la simplicité d’un rappel moral :
le numérique peut être un espace de liberté, à condition qu’il reste au service de l’humain, et non du profit.

Son attitude rejoint celle d’une génération africaine qui choisit le savoir plutôt que le buzz, la transmission plutôt que la spéculation.
C’est peut-être là la plus belle des résistances dans un monde saturé de chiffres :
celle d’un esprit libre, fidèle à sa mission éducative.

Le parcours de Mahamat Alhabib Idriss n’est pas celui d’un influenceur ordinaire.
Il incarne une renaissance silencieuse de l’Afrique intellectuelle, une jeunesse qui refuse d’être achetée et qui entend prouver que la vraie richesse est celle de l’esprit.

À travers ce refus, le Tchadien nous rappelle que le combat pour la souveraineté ne se mène pas seulement sur le terrain politique ou économique, mais aussi sur le terrain du savoir.

Celine Dou

Sora 2 et le spectre du pillage numérique : quand le Japon s’érige en défenseur des créateurs

Le Japon tire la sonnette d’alarme. Face à la montée fulgurante de Sora 2, le système de génération de vidéos conçu par la société états-unienne OpenAI, Tokyo s’inquiète du viol des droits d’auteur à grande échelle que ce logiciel pourrait entraîner. Ce qui est en jeu dépasse la simple question de propriété intellectuelle : c’est la survie même de la création humaine à l’ère des algorithmes imitateurs.

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Quand le logiciel se prend pour un créateur

Il faut rappeler une vérité élémentaire que le marketing technologique tend à occulter : l’intelligence artificielle n’est pas une intelligence, mais un logiciel informatique, conçu pour reproduire des schémas et imiter des productions humaines à partir de gigantesques bases de données. Derrière la fascination pour les images et les voix « générées », il n’y a ni émotion, ni intention, ni conscience seulement des calculs statistiques.

Or, ces calculs ne surgissent pas du néant : ils s’alimentent des œuvres existantes. Sora 2 apprend à produire des vidéos à partir de milliers de films, mangas, musiques ou photographies, dont la plupart sont protégées par le droit d’auteur. En d’autres termes, l’outil est formé sur le travail des artistes humains, sans leur consentement et sans rémunération. Ce mécanisme transforme l’inspiration en pillage, et l’automatisation en usurpation.

La riposte japonaise : défendre les trésors de l’esprit

Le Japon, conscient du rôle central de son industrie culturelle (manga, animation, musique, cinéma), a demandé à OpenAI de modifier en profondeur le fonctionnement de Sora 2. Actuellement, l’entreprise procède selon un modèle dit opt-out : les titulaires de droits doivent expressément demander le retrait de leurs œuvres pour qu’elles ne soient pas utilisées par le logiciel. Le gouvernement nippon réclame au contraire un système opt-in : aucune œuvre ne devrait être exploitée sans l’autorisation préalable de son auteur.

Le ministre du numérique, Masaaki Taira, a qualifié les productions culturelles japonaises de « trésors irremplaçables » et exigé d’OpenAI une transparence totale sur les contenus utilisés pour entraîner Sora 2. Ce positionnement rejoint les inquiétudes d’artistes, de studios et d’agences du monde entier, qui dénoncent une appropriation déguisée de la création humaine par les géants de la technologie.

Le mirage de la créativité artificielle

Cette polémique met à nu une illusion entretenue par l’industrie numérique : celle d’une « intelligence créative ». En réalité, le logiciel ne crée rien ; il compile, assemble, et reproduit. Ce processus mécanique ne connaît ni le doute ni le génie, et pourtant il revendique désormais le statut d’auteur. Une prétention absurde qui menace d’effacer la frontière entre invention humaine et imitation logicielle.

La question n’est pas seulement juridique, elle est philosophique. Si l’on permet à des algorithmes d’exploiter librement les œuvres humaines, la création cessera d’être un acte de liberté pour devenir une ressource à exploiter, comme un minerai de données. La valeur du geste artistique cette part d’âme qui habite l’œuvre se trouvera réduite à un simple matériau d’entraînement pour machines.

Vers un nouvel équilibre entre innovation et droit

Le Japon n’est pas seul à vouloir rétablir cet équilibre. En Europe, plusieurs débats portent déjà sur la transparence des données d’entraînement des logiciels génératifs, tandis qu’aux États-Unis d’Amérique, de nombreux artistes intentent des procès contre les entreprises d’IA pour violation du droit d’auteur. Partout, la même question s’impose : jusqu’où laisserons-nous les algorithmes exploiter le travail humain sans contrepartie ni contrôle ?

Car derrière la prouesse technologique, c’est une économie entière de la création qui vacille. Si les images, musiques et textes produits par des logiciels se répandent sans régulation, les auteurs humains verront leur travail dilué, leurs revenus effacés, et leur singularité absorbée dans le flux anonyme du numérique.

L’avenir de la création humaine

L’enjeu dépasse le Japon et concerne l’humanité tout entière. Protéger les auteurs, ce n’est pas freiner le progrès ; c’est refuser qu’il se fasse contre ceux qui donnent sens à notre monde. La technologie n’est qu’un outil un puissant outil, certes mais elle doit demeurer au service de l’esprit humain, non l’inverse.

Sora 2, derrière son apparente virtuosité, rappelle une évidence : sans l’homme, il n’y a pas d’art. Et sans respect des droits des auteurs, il n’y a plus de civilisation créatrice, mais seulement une machinerie qui recycle indéfiniment les fruits de notre passé.

Celine Dou

Journée mondiale des réseaux sociaux : quand chacun prétend dire vrai et accuse l’autre de désinformation

Ce 30 juin, Journée mondiale des réseaux sociaux, les appels à une utilisation plus responsable se multiplient. Mais derrière les mots d’ordre sur la lutte contre la désinformation et la vérification des sources, une autre réalité s’impose : dans un monde polarisé, chaque camp prétend incarner la vérité et accuse l’autre de manipuler les faits. Les réseaux deviennent le reflet d’un monde qui se parle de moins en moins.

Ce 30 juin, la planète célèbre la Journée mondiale des réseaux sociaux. L’événement, instauré en 2010 pour valoriser le rôle des plateformes numériques dans la communication humaine, donne chaque année lieu à une pluie d’initiatives : publications de bonnes pratiques, campagnes de sensibilisation, témoignages sur les usages positifs du numérique. Les mots-clés dominants sont connus : vérifier les sources, favoriser l’empathie, bannir la désinformation. Une injonction apparemment simple, mais dont l’application se heurte à une réalité plus trouble.

À l’heure où 4,9 milliards d’êtres humains utilisent les réseaux sociaux, ces derniers ne sont plus seulement des outils d’interaction. Ils sont devenus des espaces de confrontation idéologique permanente, où chaque camp affirme détenir la vérité et rejette celle de l’adversaire comme fake news.

Des guerres aux élections, des débats sur les vaccins, des politiques migratoires ou des modèles économiques, chaque courant idéologique qu’il soit gouvernemental, militant, religieux, libéral, souverainiste ou technocratique dispose de ses propres récits, ses sources, ses chiffres, ses experts. Et affirme que les autres mentent. La désinformation devient alors un mot-valise, un outil polémique davantage qu’un critère rigoureux.

Dans ce climat, la parole partagée s’efface. Jadis, les sociétés reposaient sur quelques piliers d’information considérés comme légitimes : grands journaux, institutions scientifiques, voix modérées. Aujourd’hui, la parole éclatée remplace la parole commune. Des micro-communautés se forment autour de certitudes, validées par des algorithmes qui favorisent la polarisation et l’émotion.

Le doute devient suspect, la nuance soupçonnée de compromission. Le réseau social, censé relier, fragmente. Et le citoyen devient de plus en plus un consommateur de récits partisans.

Les grandes plateformes comme Facebook, X (anciennement Twitter), Instagram ou TikTok ont certes mis en place des mécanismes de signalement, des « labels de fiabilité », voire des coopérations avec des agences de vérification. Mais dans les faits, elles continuent de privilégier ce qui provoque, divise ou scandalise, car ces contenus génèrent plus d’engagement donc de revenus.

L’architecture des réseaux favorise mécaniquement la diffusion de messages courts, simplistes, souvent binaires, là où les enjeux du monde réel exigent du temps, de la complexité et du recul. Cette tension structurelle rend illusoire toute régulation purement technique de la « vérité ».

La réponse ne peut venir uniquement des usagers. S’il est juste d’encourager l’esprit critique, il faut aussi interroger les logiques de pouvoir, de profit et d’influence qui façonnent l’espace numérique mondial. Qui décide de ce qui est acceptable ? Sur quelles bases ? Selon quels intérêts ?

De Washington à Pékin, de Paris à Téhéran, les États eux-mêmes font des réseaux sociaux des instruments de guerre culturelle et politique. La désinformation, loin d’être un accident, est parfois un outil stratégique.

En ce 30 juin, Journée mondiale des réseaux sociaux, il est salutaire de rappeler l’importance d’un usage plus réfléchi, plus respectueux, plus humain de ces outils. Mais il faut aussi refuser les illusions confortables. Dire que l’on va « bannir la désinformation » n’a de sens que si l’on accepte de remettre en cause les logiques globales de propagande, de manipulation et de simplification qui traversent nos sociétés.

Pour La Boussole – infos, il ne s’agit pas de choisir un camp, mais de refuser les certitudes faciles, d’éclairer sans imposer, et de défendre une information contextualisée, documentée et rigoureuse. Parce qu’un réseau social sans vérité commune ne relie rien. Il isole, il oppose, et il affaiblit notre capacité à comprendre ensemble.

Quand ChatGPT ampute la pensée : inquiétudes sur la santé cognitive de la jeunesse

Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) vient de publier une étude qui ravive un débat fondamental : l’impact des intelligences artificielles génératives, telles que ChatGPT, sur nos capacités cognitives. Les chercheurs mettent en lumière une possible baisse d’activité neuronale et de mémoire profonde chez les utilisateurs intensifs. Loin des promesses souvent dithyrambiques sur les bienfaits des IA dans la productivité et l’éducation, les conclusions soulèvent des interrogations sérieuses, en particulier pour les jeunes générations.

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Gouvernance numérique : entre justice globale et surveillance états-unienne

Alors qu’un nombre croissant d’acteurs internationaux plaident en faveur d’une gouvernance numérique plus équitable, l’administration des États-Unis d’Amérique durcit paradoxalement ses exigences de surveillance des étrangers sur les réseaux sociaux. Ce contraste met en lumière les tensions fondamentales qui traversent aujourd’hui les débats sur la justice numérique mondiale.

Réunies à Genève, des dizaines d’organisations de la société civile, des universitaires, des représentants étatiques et des experts technologiques participent cette semaine au Global Digital Justice Forum
. Objectif : repenser collectivement les principes d’une gouvernance numérique fondée sur l’inclusion, l’équité et la protection des droits fondamentaux.

Au cœur des discussions : la concentration des infrastructures numériques mondiales dans les mains d’un nombre restreint d’acteurs privés occidentaux ; les inégalités d’accès à la donnée et à l’intelligence artificielle ; les vulnérabilités sécuritaires des pays du Sud face aux cyberpuissances ; et la nécessité de préserver les libertés individuelles à l’ère des plateformes globales.

Plusieurs participants ont notamment dénoncé les logiques de double standard en matière de liberté d’expression et de protection de la vie privée, observables entre les citoyens des puissances dominantes et ceux des pays tiers. Des initiatives africaines ont souligné le besoin d’une souveraineté numérique accrue du continent, tant au niveau des infrastructures de données que de la gouvernance éthique de l’intelligence artificielle.

Dans le même temps, à des milliers de kilomètres de Genève, l’administration des États-Unis d’Amérique annonce un nouveau tour de vis sécuritaire concernant les demandes de visas étudiants. Désormais, les candidats étrangers devront rendre publics leurs profils sur les réseaux sociaux afin de permettre aux services d’immigration des vérifications approfondies de leurs opinions, de leurs fréquentations et de leurs publications.

Cette mesure s’ajoute à une longue série de dispositifs de filtrage numérique déjà mis en place au cours des dernières années. Officiellement justifiée par des impératifs de sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme, cette pratique soulève de vives inquiétudes chez de nombreuses organisations de défense des libertés civiles, qui y voient une intrusion croissante de l’État états-unien dans la sphère privée des ressortissants étrangers.

Pour nombre d’observateurs internationaux, cette exigence pose un précédent dangereux : l’extension du contrôle sécuritaire au champ numérique, avec des critères d’analyse souvent opaques et potentiellement arbitraires, accentue les asymétries de pouvoir entre les États-Unis d’Amérique et les étudiants des pays du Sud.

Ce télescopage entre le discours international en faveur d’une « justice numérique » et le renforcement des pratiques unilatérales de surveillance met en lumière les rapports de force sous-jacents à la gouvernance d’Internet. Les États-Unis d’Amérique, acteurs centraux des infrastructures et des plateformes globales, demeurent largement en position de définir les normes d’accès et de contrôle des flux numériques.

Cette dynamique nourrit un malaise croissant parmi de nombreux pays émergents et organisations internationales, qui appellent à une démocratisation effective de la gouvernance d’Internet, sur le modèle multilatéral. La maîtrise des données personnelles, la protection des libertés fondamentales et la souveraineté des nations sur leur patrimoine numérique deviennent des enjeux diplomatiques de premier ordre dans le nouvel ordre international en construction.

À l’heure où l’intelligence artificielle, les algorithmes prédictifs et les mégadonnées façonnent de plus en plus nos sociétés, la tension entre logique sécuritaire et respect des droits humains s’intensifie, révélant un déséquilibre structurel dans la gouvernance globale du numérique.

Derrière les intentions affichées de justice numérique globale, se dessine une bataille géopolitique majeure pour le contrôle des flux d’information et des libertés individuelles dans un monde toujours plus interconnecté et asymétrique.

Hommage ou simulacre ? Disney reprogramme la mémoire de Walt, sa petite-fille s’indigne

Pour célébrer les 70 ans de Disneyland, la Walt Disney Company prépare une attraction inédite : un robot animatronique grandeur nature de Walt Disney, capable de parler et d’interagir avec le public. Ce projet ambitieux suscite une vive controverse, notamment au sein même de la famille Disney. Joanna Miller, petite-fille du créateur, dénonce une « déshumanisation » et une « instrumentalisation » de la mémoire de son grand-père, rappelant que la mémoire d’un homme ne saurait être réduite à un simple automate.

En juillet 2025, le parc Disneyland d’Anaheim, Californie, dévoilera une figure animée de Walt Disney, conçue pour reproduire ses expressions, sa voix et ses gestes. Présentée comme un hommage à la légende fondatrice, cette initiative technologique repose sur une intelligence artificielle avancée et un savoir-faire de pointe dans le domaine des animatroniques.

Pour la multinationale, il s’agit de transmettre l’héritage de Walt Disney aux nouvelles générations par un moyen innovant, mêlant spectacle et pédagogie. Mais cette démarche soulève des questions éthiques profondes, alimentées par l’opposition de Joanna Miller, qui s’est publiquement élevée contre ce qu’elle perçoit comme une usurpation.

Dans un message relayé sur les réseaux sociaux, Joanna Miller s’est dite bouleversée par la représentation robotique de son grand-père. Invitée à découvrir l’animatronique en avant-première, elle confie : « Ce n’est pas lui, c’est une coquille vide. Walt n’a jamais voulu être figé ainsi. » Elle souligne que la volonté intime de Walt Disney, selon les témoignages familiaux, était de ne pas laisser d’image posthume figée et artificielle.

Cette position contraste avec celle d’autres membres de la famille, qui soutiennent le projet et y voient un moyen de faire vivre la mémoire de Walt Disney auprès du public, dans un format adapté à notre époque. Ce désaccord met en lumière une fracture plus large : faut-il privilégier une mémoire incarnée, fragile et humaine, ou une mémoire scénarisée, numérisée et accessible ?

Au-delà du cas Disney, ce projet s’inscrit dans une tendance globale des industries culturelles, en particulier aux États-Unis d’Amérique, à recréer numériquement des figures historiques et artistiques disparues. Hologrammes de chanteurs, clones vocaux par intelligence artificielle, avatars digitaux dans des films : les possibilités technologiques de « ressusciter » les icônes sont aujourd’hui à portée de main.

Cette évolution soulève de nombreuses interrogations. Peut-on réellement capturer l’essence d’un être humain à travers une simulation ? Quel est le respect dû à la mémoire et à la volonté des défunts ? Et surtout, la mémoire ainsi médiatisée ne risque-t-elle pas de devenir un produit calibré, édulcoré, destiné avant tout à divertir et à générer du profit ?

L’animatronique de Walt Disney, qui sera installé dans le Main Street Opera House, illustre cette marchandisation de la mémoire. Derrière l’hommage se cache une stratégie commerciale qui vise à renforcer le lien affectif entre la marque Disney et ses visiteurs, tout en exploitant une nostalgie lucrative.

Joanna Miller alerte contre ce qu’elle considère comme une appropriation industrielle de la mémoire familiale, une mémoire qui devrait, selon elle, rester un lieu d’intimité et de respect, non un spectacle figé et commercialisé.

La controverse suscitée par le robot Walt Disney est bien plus qu’un simple différend familial. Elle interroge la place de la technologie dans la transmission de la mémoire, dans un monde où le numérique prétend aujourd’hui « faire revivre » les morts. Joanna Miller rappelle à juste titre que la mémoire humaine ne se réduit pas à une reproduction mécanique : elle est faite d’émotions, d’ombres et de silences. Face à l’essor des simulacres numériques, ce rappel devient un enjeu culturel majeur pour notre époque.

La Corée du Nord souffre d’une panne d’Internet généralisée, selon les experts, en raison de problèmes internes

Dans la nuit de vendredi 7 à samedi 8 juin, entre 02h00 et 03h00 du matin (heure locale de Pyongyang), la Corée du Nord a connu une panne d’internet d’envergure, affectant plusieurs de ses sites web majeurs. L’accès a été coupé pendant environ neuf heures, un événement rare dans ce pays connu pour être l’un des plus opaques au monde.

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Cybersécurité et souveraineté numérique au Bénin : une stratégie africaine à l’épreuve des cybermenaces mondiales

Alors que la révolution numérique bouleverse les équilibres économiques, politiques et sociétaux à l’échelle mondiale, le Bénin s’illustre comme l’un des fers de lance de la digitalisation sur le continent africain. À la veille du Cyber Africa Forum (CAF) 2025, prévu du 17 au 18 juin à Abidjan, Cotonou entend affirmer sa vision d’une souveraineté numérique africaine fondée sur l’efficience des services publics et la maîtrise des infrastructures critiques.

Avec plus de 70 % de ses services administratifs numérisés, le Bénin se distingue par une politique volontariste entamée depuis 2016, portée par l’Agence des Services et Systèmes d’Information (ASSI) et consolidée par la mise en œuvre du programme e-Bénin. Ce virage numérique a notamment permis une simplification des démarches pour les citoyens, un renforcement de la transparence administrative et une amélioration de la collecte des données publiques.

Mais cette avancée technologique a un revers : l’exposition croissante aux cybermenaces. En Afrique comme ailleurs, les cyberattaques se multiplient, ciblant aussi bien les États que les entreprises. Selon l’Union africaine, le continent aurait subi en 2023 des pertes estimées à plus de 4 milliards de dollars liées aux cybercrimes, dans un contexte de vulnérabilité persistante des infrastructures numériques.

Face à cet enjeu, le gouvernement béninois met désormais l’accent sur la sécurité des données et la résilience des systèmes d’information. Le pays s’est doté d’un CERT (Computer Emergency Response Team) national et a adopté une stratégie de cybersécurité axée sur la sensibilisation, la coopération internationale et le développement des compétences locales. Cette dernière dimension est cruciale, car la pénurie de spécialistes africains en cybersécurité reste un frein majeur à l’autonomie technologique.

La question de la souveraineté numérique, thème central du prochain CAF 2025, dépasse toutefois les seules considérations techniques. Elle engage des enjeux de gouvernance, de contrôle des données stratégiques et de dépendance aux acteurs étrangers qu’il s’agisse des infrastructures cloud ou des logiciels de gestion. Or, aujourd’hui, la majorité des données africaines transitent par des serveurs hébergés hors du continent, dans des juridictions souvent peu alignées sur les priorités des pays africains.

Dans ce contexte, le Bénin ambitionne d’inspirer une approche coordonnée au niveau continental, en faveur d’un écosystème numérique africain interconnecté mais souverain. Cette démarche rejoint les orientations de l’Union africaine, qui plaide pour la création d’un marché unique du numérique à l’horizon 2030, capable de rivaliser avec les puissances technologiques globales tout en protégeant les intérêts africains.

En somme, le positionnement du Bénin dans ce domaine ne saurait être lu comme un simple progrès administratif : il participe d’une réaffirmation géopolitique, à l’heure où les nouvelles frontières de la puissance passent aussi par le cyberespace. Reste à savoir si cet élan pourra être partagé à l’échelle du continent, et soutenu par des partenariats équilibrés, loin des logiques néocoloniales souvent reprochées aux géants technologiques étrangers.

Le Royaume-Uni envisage un couvre-feu numérique pour les adolescents : vers une régulation plus stricte des usages en ligne

Santé mentale, temps d’écran, et protection de la jeunesse : une initiative britannique qui interroge les démocraties numériques contemporaines.

Le Royaume-Uni pourrait franchir un nouveau cap dans la régulation numérique : le gouvernement réfléchit à l’instauration d’un couvre-feu numérique pour les adolescents. L’objectif affiché est de limiter l’exposition des mineurs aux écrans durant la nuit, afin de préserver leur santé mentale et de répondre à des inquiétudes croissantes sur les effets délétères des réseaux sociaux. Si cette mesure venait à entrer en vigueur, elle placerait le pays parmi les pionniers d’une régulation active de l’attention numérique des jeunes dans les démocraties libérales.

Cette annonce s’inscrit dans le sillage de l’Online Safety Act, entrée en vigueur au Royaume-Uni à l’été 2025, qui impose déjà aux plateformes des contrôles d’âge renforcés et une modération accrue des contenus destinés aux mineurs. Le secrétaire d’État au numérique, Peter Kyle, entend aller plus loin : des restrictions horaires, notamment après 22h, pourraient être imposées aux adolescents sur les plateformes sociales. L’idée d’un « couvre-feu numérique » fait écho à une régulation déjà expérimentée, comme celle de TikTok, qui limite l’utilisation de ses services pour les moins de 16 ans en soirée.

La démarche s’appuie sur des constats préoccupants : selon les données publiées récemment par la presse britannique, certains enfants passeraient jusqu’à 8 heures par jour devant un écran, un chiffre en forte hausse par rapport à la moyenne de 12,5 heures par semaine en 2014. Ce phénomène s’est accentué avec le télétravail des parents, les écrans devenant un « substitut de présence » après l’école.

Une étude du British Standards Institution révèle que près de la moitié des jeunes de 16 à 21 ans préféreraient un monde sans Internet. Plus frappant encore, 70 % déclarent se sentir moins bien après avoir utilisé les réseaux sociaux. À l’heure où les troubles anxieux et dépressifs sont en nette augmentation chez les adolescents dans les pays industrialisés, ces chiffres résonnent comme un avertissement.

Un soutien notable émerge parmi les jeunes eux-mêmes : 50 % d’entre eux seraient favorables à un couvre-feu numérique à partir de 22h, preuve d’une lucidité sur les effets addictifs des technologies.

Avec cette proposition, le Royaume-Uni poursuit sa stratégie d’encadrement de l’environnement numérique, en rupture progressive avec l’idéologie d’autorégulation qui a prévalu dans les années 2010. Le régulateur britannique Ofcom prépare d’ailleurs un corpus réglementaire qui se veut plus strict encore que celui en vigueur dans l’Union européenne, notamment concernant l’interdiction des algorithmes de recommandation ciblés pour les mineurs.

Derrière ces mesures se dessine un enjeu plus large : celui de la souveraineté numérique des États face à des plateformes transnationales, dont les intérêts commerciaux entrent en collision avec la protection des publics vulnérables. Ce mouvement réglementaire n’est pas isolé. En France, plusieurs députés ont appelé à des initiatives similaires, tandis que la Californie a récemment renforcé son California Age-Appropriate Design Code Act.

Toutefois, l’idée d’un couvre-feu numérique ne fait pas l’unanimité. Les critiques s’inquiètent d’un glissement vers une société de surveillance numérique et d’une délégation excessive du rôle éducatif à l’État, là où l’éducation parentale et scolaire devrait primer. D’autres voix pointent le risque de fracture sociale : comment garantir une application équitable de telles restrictions, dans un contexte où les outils de contrôle numérique sont inégalement accessibles ?

Au fond, cette initiative relance une interrogation essentielle : quel modèle de société numérique voulons-nous construire ? Le Royaume-Uni propose ici une approche volontariste, mêlant régulation étatique, responsabilisation des plateformes, et implication des familles. Une tentative de tracer une ligne de crête entre liberté d’expression, protection de l’enfance, et démocratie numérique.

À l’heure où les jeunes générations grandissent immergées dans un monde connecté, la question du temps d’écran ne saurait se réduire à une affaire domestique. Elle touche à la fabrique même du lien social, du rapport au réel et de la citoyenneté numérique. En cela, le débat britannique dépasse largement les frontières de l’île et interpelle l’ensemble des démocraties modernes.

Des milliards perdus à cause des cookies : l’impasse réglementaire de l’Union européenne

14,3 milliards d’euros par an. C’est le coût économique estimé des bannières de cookies imposées aux internautes résidant dans l’Union européenne. À force de vouloir encadrer la vie privée numérique, les institutions union-européennes ont semble-t-il généré une nouvelle forme de nuisance : le clic obligatoire, chronophage, répétitif, qui ralentit le travail et dilue le sens même du consentement.

Selon une étude publiée par Legiscope, les Européens passeraient collectivement 575 millions d’heures par an à cliquer sur ces fenêtres de consentement, soit près d’1h30 par utilisateur chaque année. Ce chiffre, au-delà de sa charge symbolique, traduit une situation de perte sèche de productivité pour les particuliers comme pour les entreprises.

À l’origine, les bannières de cookies sont nées d’une ambition louable : redonner aux utilisateurs le contrôle de leurs données personnelles, conformément au Règlement général sur la protection des données (RGPD) entré en vigueur en mai 2018. Mais six ans après, la pratique s’est banalisée au point de s’industrialiser dans l’inefficacité.

Une majorité d’usagers cliquent sur « Accepter » sans lire les détails. Selon plusieurs analyses indépendantes, notamment relayées par Phonandroid, plus de 90 % des sites ne respecteraient pas fidèlement les choix des utilisateurs, soit par design manipulateur, soit par inaction technique. Le « privacy washing » est devenu la norme.

Le coût direct pour les utilisateurs est estimé à 14,375 milliards d’euros par an, selon les extrapolations faites sur la base du PIB horaire moyen. À cela s’ajoutent 1,8 milliard d’euros par an pour les entreprises, en frais de conformité (outils, prestataires, gestion juridique).

Au total, ce système, qui devait rétablir un équilibre dans le numérique européen, engendre un surcoût annuel équivalant à 0,10 % du PIB de l’Union européenne. Pour une politique publique, le ratio coût/bénéfice mérite donc réévaluation.

Dans un contexte de ralentissement économique et de tensions géopolitiques, l’Union européenne cherche à promouvoir une « souveraineté numérique ». Mais peut-elle se permettre de sacrifier autant de temps et de ressources à une mécanique inefficace ?

Certaines pistes de réforme sont évoquées : bannière unique centralisée, consentement par défaut dans les navigateurs, renforcement des sanctions contre les abus. Mais aucun consensus n’émerge, tant le terrain juridique est miné par les intérêts divergents entre éditeurs, régulateurs et acteurs de la publicité ciblée.

Ce cas union-européen mérite d’être analysé au-delà du continent. Il illustre les limites d’une approche technocratique du numérique, qui, en voulant tout encadrer, finit par asphyxier l’expérience utilisateur et l’efficacité économique. Les autres ensembles géopolitiques qu’il s’agisse de l’Afrique, des États-Unis d’Amérique ou de l’Asie orientale devront tirer les leçons de cette impasse réglementaire.

La protection de la vie privée ne doit pas se transformer en rituel bureaucratique. Elle suppose une technologie compréhensible, une réelle transparence, et une exigence d’efficacité. Faute de quoi, c’est la confiance elle-même qui s’effrite, et avec elle, l’un des piliers du numérique de demain.