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Cryptomonnaies : l’augmentation des ventes à perte met à nu un déséquilibre financier mondial

Depuis plusieurs semaines, les marchés des cryptomonnaies sont traversés par un phénomène discret mais lourd de sens : un nombre croissant d’investisseurs revendent leurs actifs à un prix inférieur à celui de leur acquisition. Derrière ces opérations individuelles se dessine une réalité plus large, celle d’un système financier fondé sur une promesse de valeur dont les fondements apparaissent aujourd’hui fragiles.

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La progression des ventes à perte chez les investisseurs à court terme révèle la nature profondément spéculative des cryptomonnaies. Cette évolution soulève des interrogations majeures, notamment pour les États du Sud global qui ont vu dans les monnaies numériques une réponse possible à leurs difficultés économiques.

Les données récentes issues de l’observation des transactions montrent que de nombreux détenteurs de cryptomonnaies, entrés sur le marché au cours des derniers mois, choisissent désormais de liquider leurs positions malgré des pertes financières avérées. Ce mouvement concerne en priorité les investisseurs dits « à court terme », plus sensibles aux variations rapides de prix et aux retournements de tendance.

Ce comportement n’est pas marginal. Il traduit une modification du rapport au risque, alimentée par une baisse prolongée des cours et par l’effritement de l’optimisme qui avait accompagné les phases d’expansion précédentes. Lorsque la perspective de gains rapides disparaît, la conservation de ces actifs perd une partie de sa justification économique.

Contrairement aux monnaies émises par les États ou aux actifs adossés à une production réelle, les cryptomonnaies ne reposent sur aucun mécanisme institutionnel de stabilisation. Leur valeur est le produit d’un consensus mouvant, dépendant à la fois de la confiance collective et de l’anticipation de comportements futurs. Dans un tel cadre, la volatilité n’est pas une anomalie : elle constitue la norme.

La multiplication des ventes à perte ne peut être comprise indépendamment de la structure même du marché des cryptomonnaies. Celui-ci repose sur une asymétrie fondamentale entre ses acteurs. Les concepteurs des protocoles, les investisseurs initiaux et certaines plateformes bénéficient d’un avantage décisif : ils interviennent à un stade où le risque est limité et la valorisation encore faible.

À mesure que le marché s’élargit, ce risque est progressivement transféré vers les nouveaux entrants, souvent attirés par des récits de réussite et par l’illusion d’un accès démocratisé à la richesse financière. Lorsque la dynamique s’inverse, ce sont ces mêmes acteurs qui supportent l’essentiel des pertes.

Cette logique évoque les grandes phases spéculatives qui ont jalonné l’histoire économique moderne. Dans chaque cas, l’innovation réelle ou supposée a servi de vecteur à une revalorisation rapide des actifs, avant que la réalité des usages et des rendements ne rattrape les anticipations.

Pour les pays du Sud global, l’enjeu est particulièrement sensible. Certains gouvernements ont vu dans les monnaies numériques un instrument de contournement des contraintes monétaires internationales ou un moyen d’attirer des capitaux. Or, l’instabilité actuelle montre que l’exposition à ces actifs peut fragiliser davantage des économies déjà vulnérables, en transférant vers les populations des risques difficilement maîtrisables.

Face à ces constats, la question de la régulation s’impose avec une acuité renouvelée. Les cryptomonnaies posent un défi inédit aux autorités publiques : celui d’encadrer des instruments transnationaux, largement détachés des souverainetés nationales, sans pour autant étouffer l’innovation technologique qu’ils prétendent incarner.

Pour les États aux marges du système financier mondial, le choix n’est pas seulement technique. Il est politique et stratégique : s’agit-il de s’émanciper d’un ordre monétaire jugé contraignant, ou de s’exposer à une nouvelle forme de dépendance, fondée sur des marchés instables et des acteurs privés peu redevables ?

L’augmentation des ventes à perte sur les marchés des cryptomonnaies ne constitue pas un simple épisode de correction. Elle révèle un déséquilibre plus profond, lié à la nature même de ces actifs et à la manière dont ils redistribuent le risque. À l’heure où certains continuent d’y voir une solution universelle aux dysfonctionnements économiques, les faits invitent à une lecture plus mesurée : sans cadre institutionnel solide, la promesse de rupture peut rapidement céder la place à une désillusion collective.

Celine Dou, pour la boussole-infosde

Israël bloque 4 milliards de dollars de recettes palestiniennes : vers l’asphyxie budgétaire de l’Autorité palestinienne

L’Autorité palestinienne a réclamé à Israël le déblocage d’environ 4 milliards de dollars de recettes fiscales retenues. Cette situation dépasse le simple enjeu comptable et révèle les tensions structurelles entre Israël et les institutions palestiniennes, avec des implications économiques, institutionnelles et diplomatiques significatives.

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Plus qu’une question financière, ce blocage expose la vulnérabilité de l’Autorité palestinienne, sa dépendance aux recettes fiscales collectées par un État tiers et les répercussions sur la stabilité sociale et politique en Cisjordanie.

1. Une demande financière critique pour la survie institutionnelle

Lors d’une réunion du « Palestine Donor Group » à Bruxelles, le ministre palestinien de la Planification et de la Coopération internationale a demandé à Israël de transférer près de 4 milliards de dollars de taxes collectées pour le compte de l’Autorité palestinienne.

Ces recettes appelées clearance revenues proviennent principalement des droits de douane, de la TVA et des taxes sur les marchandises transitant par Israël. Elles représentent 68 % du budget palestinien, rendant le fonctionnement des institutions extrêmement dépendant du transfert régulier de ces fonds.

2. Le gel des recettes : un levier de pression politique

Depuis plusieurs années, Israël a retenu une partie de ces recettes, invoquant notamment le financement des pensions pour familles de prisonniers ou la couverture de coûts liés à la sécurité. L’Autorité palestinienne dénonce ces retenues comme un « prélèvement unilatéral », en violation des accords d’Oslo.

Le contrôle fiscal apparaît ainsi comme un outil stratégique dans les relations asymétriques entre Israël et les Palestiniens, où chaque flux d’argent peut devenir un levier de négociation.

3. Fragilité économique et dépendance internationale

Les conséquences pour l’Autorité palestinienne sont immédiates :

  • Retard ou impossibilité de payer les salaires des fonctionnaires.
  • Réduction des services publics essentiels (santé, éducation, infrastructures).
  • Accroissement de la dépendance à l’aide internationale, insuffisante pour compenser les fonds gelés.

L’Union européenne a annoncé 82 millions d’euros de soutien, mais cette contribution ne remplace pas le transfert structurel des recettes fiscales, maintenant l’Autorité dans une situation de vulnérabilité extrême.

4. Enjeux diplomatiques et géopolitiques

Le blocage des recettes expose une asymétrie de pouvoir. La Palestine tente de mobiliser les donateurs internationaux, en particulier l’Union européenne, pour exercer une pression sur Israël. Cette dynamique illustre un point clé : la fiscalité, dans ce contexte, dépasse la comptabilité et devient un outil de pouvoir géopolitique.

5. Risques et perspectives

Si le blocage persiste :

  • L’Autorité palestinienne risque un effondrement administratif partiel, en Cisjordanie et potentiellement dans les territoires sous son contrôle.
  • La dépendance aux aides extérieures s’accentuera, limitant la souveraineté économique et politique.
  • Le risque d’instabilité sociale pourrait augmenter, accentuant la tension dans une région déjà fragile.

Un enjeu financier révélateur d’un rapport de force

Ce blocage de 4 milliards de dollars illustre comment l’économie et la fiscalité deviennent des instruments de domination dans un conflit asymétrique.

Il ne s’agit pas seulement d’argent gelé, mais d’un levier stratégique qui met en lumière les fragilités institutionnelles palestiniennes, la dépendance à l’aide internationale et l’influence géopolitique d’Israël. Dans ce contexte, la question des recettes fiscales est un révélateur clé des tensions structurelles au Moyen-Orient.

Celine Dou