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Violences sexuelles en milieu scolaire : le retour du « jeu de l’olive », symptôme d’une crise du consentement chez les adolescents

Présenté comme une plaisanterie anodine, le « jeu de l’olive » réapparaît dans plusieurs établissements scolaires français. Derrière cette appellation trompeuse se dissimule pourtant une pratique à caractère sexuel non consenti, révélatrice d’un brouillage inquiétant des repères entre jeu, humiliation et agression. Au-delà des faits, ce phénomène interroge la compréhension du consentement, le rôle des réseaux sociaux et la capacité de l’institution scolaire à nommer et encadrer les violences entre pairs.

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Il y a, dans certains mots, une puissance d’euphémisation qui anesthésie la conscience collective. En qualifiant de « jeu » un geste qui porte atteinte à l’intimité corporelle d’autrui, la société scolaire se trouve confrontée à une question fondamentale : à quel moment la transgression cesse-t-elle d’être perçue comme telle ? Le retour du « jeu de l’olive » dans les cours de récréation n’est pas un simple fait divers. Il agit comme un révélateur brutal d’un désordre plus profond, où la notion même de consentement semble vaciller chez une partie de la jeunesse.

Un phénomène ancien remis au goût du jour

Le « jeu de l’olive » désigne une pratique consistant à toucher de manière intrusive la région anale d’un camarade, par surprise et sans son accord, généralement par-dessus les vêtements. L’acte, souvent commis en public, est fréquemment justifié par ses auteurs comme une plaisanterie ou un défi ludique. S’il n’est pas nouveau, le phénomène connaît depuis plusieurs mois une recrudescence signalée dans certains établissements scolaires, notamment en France.

Cette réapparition s’inscrit dans un contexte particulier : celui d’une circulation massive de contenus sur les réseaux sociaux, où des gestes transgressifs sont mis en scène, banalisés, parfois valorisés par la viralité. Le passage de l’écran à la cour de récréation s’opère alors sans filtre, sans médiation adulte, sans réflexion sur la portée réelle des actes reproduits.

Derrière le « jeu », une violence sexuelle objectivement caractérisée

Sur le plan juridique comme sur le plan éthique, la qualification du geste ne souffre guère d’ambiguïté. Un attouchement imposé, ciblant une zone intime, réalisé sans consentement et souvent sous l’effet de la surprise, relève de la violence sexuelle. La qualification pénale peut varier selon les circonstances, l’âge des protagonistes et la répétition des faits, mais le caractère sexuel de l’atteinte demeure.

L’usage du terme « jeu » agit ici comme un écran de fumée. Il permet de neutraliser la gravité de l’acte, de diluer la responsabilité individuelle et de déplacer la charge du malaise vers la victime, sommée implicitement de « ne pas exagérer ». Cette banalisation lexicale constitue en elle-même un problème majeur : ne pas nommer la violence, c’est contribuer à sa normalisation.

Une banalisation inquiétante des violences sexuelles entre pairs

Le phénomène du « jeu de l’olive » s’inscrit dans une dynamique particulière : celle des violences sexuelles entre adolescents, souvent reléguées à l’arrière-plan du débat public. Parce qu’elles ne correspondent pas aux schémas classiques de domination adulte-enfant, elles sont plus facilement minimisées.

Or, ce type de pratiques repose sur des mécanismes bien identifiés : rapport de force, humiliation publique, recherche de reconnaissance au sein du groupe. La sexualité n’y est pas vécue comme relation, mais comme instrument de domination symbolique. Le corps de l’autre devient un support de mise en scène, un objet de dérision, parfois un trophée social.

Cette logique est d’autant plus préoccupante qu’elle s’installe à des âges où les repères identitaires et relationnels sont encore en construction. L’absence de réaction claire des adultes peut alors être interprétée comme une validation tacite.

Une crise manifeste de la notion de consentement

Au cœur de cette problématique se trouve une incompréhension profonde de ce qu’est le consentement. Beaucoup d’adolescents semblent associer l’agression à la violence physique manifeste, à la contrainte explicite ou à l’intention sexuelle assumée. Tout ce qui échappe à ces critères est relégué dans la catégorie du « pas si grave ».

Cette perception erronée révèle un déficit éducatif préoccupant. Le consentement n’est ni l’absence de refus, ni la tolérance contrainte, ni le rire nerveux d’une victime humiliée. Il suppose une adhésion libre, éclairée et réversible. En l’absence de cette compréhension, les comportements transgressifs trouvent un terrain favorable à leur reproduction.

Les réseaux sociaux comme amplificateurs, non comme causes uniques

Il serait réducteur d’attribuer la responsabilité exclusive de ce phénomène aux réseaux sociaux. Toutefois, leur rôle d’amplification est indéniable. En transformant des gestes transgressifs en contenus viraux, ils contribuent à déplacer les normes, à valoriser la provocation et à brouiller la frontière entre fiction, défi et réalité.

La logique algorithmique favorise l’imitation rapide, la surenchère et la déresponsabilisation collective. L’acte n’est plus seulement commis : il est rejoué, commenté, parfois célébré. Cette exposition renforce la pression du groupe et rend plus difficile l’émergence d’une parole dissidente, notamment celle des victimes.

Le malaise institutionnel face à la nomination des faits

L’un des aspects les plus sensibles de cette affaire réside dans la difficulté de l’institution scolaire à nommer clairement ces pratiques. Par crainte de la stigmatisation, de la judiciarisation ou du scandale médiatique, les faits sont parfois requalifiés en « gestes déplacés » ou en « comportements inadaptés ».

Ce choix lexical n’est pas neutre. Il prive les victimes d’une reconnaissance symbolique essentielle et empêche la mise en place de réponses éducatives et disciplinaires à la hauteur des enjeux. En refusant de qualifier, on entretient le flou ; en entretenant le flou, on laisse prospérer la répétition.

Un enjeu éducatif et sociétal majeur

Le retour du « jeu de l’olive » ne doit pas être abordé comme une dérive marginale, mais comme un signal d’alarme. Il interroge la manière dont la société transmet ou échoue à transmettre les notions fondamentales de respect du corps, de limites et de responsabilité collective.

L’école ne peut porter seule cette charge. Familles, institutions, plateformes numériques et pouvoirs publics sont conjointement concernés. L’enjeu n’est pas de punir pour punir, mais de reconstruire un cadre de compréhension partagé, où la dignité corporelle n’est ni négociable ni sujette à l’humour.

En apparence anodin, le « jeu de l’olive » révèle une fracture profonde dans la perception des violences sexuelles chez les adolescents. Il met en lumière une crise du consentement, une banalisation de l’humiliation et une difficulté institutionnelle à nommer l’inacceptable. Refuser de regarder ce phénomène en face, c’est accepter que la transgression s’installe durablement dans les normes scolaires. À l’inverse, l’analyser avec rigueur et lucidité constitue un premier pas indispensable vers une réponse éducative à la hauteur des enjeux contemporains.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Non-consentement et viol : l’Assemblée nationale adopte le texte intégrant cette notion dans le Code pénal

Le 23 octobre 2025, l’Assemblée nationale a adopté définitivement une proposition de loi visant à inscrire le non-consentement dans la définition pénale du viol et des agressions sexuelles. Le vote a enregistré 155 voix pour, 31 contre et 5 abstentions. La proposition de loi doit encore être examinée par le Sénat, probablement la semaine suivante.

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Jusqu’à présent, le Code pénal français définissait le viol comme « tout acte de pénétration sexuelle commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise ». La notion de consentement n’y figurait pas explicitement, ce qui avait conduit à des interprétations variées par la jurisprudence.

La réforme intervient après le procès des viols de Mazan, où le consentement des victimes avait été un élément central des débats judiciaires et médiatiques.

Le texte adopté précise que toute agression sexuelle constitue « tout acte sexuel non consenti ». Il définit le consentement comme libre, éclairé, spécifique, préalable et révocable, et indique qu’il ne peut être déduit du seul silence ou de l’absence de réaction de la victime.

Un point clé du texte concerne l’appréciation du non-consentement. Initialement, le Sénat souhaitait qu’il soit évalué au regard du « contexte », tandis que l’Assemblée proposait la formulation « circonstances environnantes ». Le compromis final retient la notion de « circonstances » au pluriel, afin de permettre une prise en compte plus large des éléments entourant l’acte et de la vulnérabilité de la victime.

La proposition de loi a été portée par les députées Véronique Riotton (Renaissance) et Marie-Charlotte Garin (Écologiste), avec le soutien de la ministre à l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé.

Lors de la commission mixte paritaire (CMP) réunissant députés et sénateurs, seules deux élues du Rassemblement national ont voté contre le texte de compromis. Le consensus a été facilité par la proximité des rédactions de l’Assemblée et du Sénat, malgré un léger désaccord initial sur l’évaluation du non-consentement par le juge.

Si le Sénat adopte le texte, le Code pénal sera modifié pour intégrer cette nouvelle définition. Cette évolution s’inscrit dans le cadre des obligations internationales de la France, notamment la Convention d’Istanbul, qui vise à prévenir et sanctionner les violences sexuelles.

La formulation retenue, centrée sur le consentement explicite et l’évaluation des circonstances entourant l’acte, permet une harmonisation avec certaines pratiques juridiques en Europe, tout en restant spécifique au droit français.

L’adoption par l’Assemblée nationale constitue une étape du processus législatif visant à intégrer la notion de non-consentement dans le droit pénal français. Le texte sera examiné par le Sénat avant sa promulgation. Les discussions parlementaires et les compromis sur la formulation montrent l’attention portée à la précision juridique et à la prise en compte des circonstances entourant les actes.

Celine Dou

Allemagne : quand la lutte contre le harcèlement infantilise le réel

À Büren, une campagne municipale contre le harcèlement en piscine provoque un malaise profond. Loin de représenter la réalité, elle révèle la dérive symbolique de certaines institutions occidentales, plus soucieuses d’éviter les stéréotypes que de dire les faits.

Il s’agissait d’une initiative locale, bien intentionnée. Une affiche placardée à Büren, petite ville d’Allemagne, montrait une femme blanche se penchant de manière intrusive vers un enfant noir en fauteuil roulant, accompagnée d’un message de prévention contre les comportements inappropriés dans les piscines publiques. Mais en quelques jours, cette campagne a provoqué un tollé national. Pourquoi ? Parce qu’elle donne à voir un monde inversé, plus soucieux d’équilibre symbolique que de vérité observable.

La polémique soulevée en Allemagne n’est pas qu’une affaire d’image. Elle cristallise un débat plus large, propre aux sociétés occidentales : comment lutter contre les violences, sans mentir sur leur nature ? Peut-on prévenir sans représenter fidèlement ? Et surtout : que devient la démocratie lorsque ses institutions renoncent à nommer les faits pour des raisons idéologiques ou morales ?

L’affiche incriminée s’inscrit dans une série de visuels visant à sensibiliser les jeunes à la question du harcèlement dans les lieux publics. Selon les concepteurs, l’objectif était de briser les stéréotypes : montrer que tout le monde peut être victime, tout le monde peut être auteur. Une intention louable. Mais cette généralisation égalitaire s’est heurtée à une réalité moins symétrique.

En Allemagne, comme dans plusieurs pays d’Europe occidentale, les incidents en piscine liés à des agressions sexuelles ont fait l’objet de signalements répétés ces dernières années. De nombreux rapports y compris émis par les autorités elles-mêmes indiquent que les agresseurs identifiés sont majoritairement de sexe masculin, souvent jeunes, parfois issus de l’immigration récente. Ce sont là des faits. Ils ne sont ni des accusations globalisantes, ni des jugements de valeur, mais des constats documentés.

Or l’image promue à Büren semble précisément vouloir ignorer cette réalité. En inversant les rôles de manière artificielle, elle donne l’impression d’un discours institutionnel qui ne cherche plus à décrire le réel, mais à le réécrire. Et ce choix soulève des questions lourdes : peut-on protéger les plus vulnérables si l’on refuse de regarder qui les menace réellement ?

Ce cas n’est pas isolé. Depuis plusieurs années, nombre de campagnes de sensibilisation dans l’espace occidental s’inscrivent dans une logique de déconstruction des stéréotypes, même si cela implique de détourner ou d’inverser les tendances observées. Le raisonnement est le suivant : pour éviter de stigmatiser certains groupes, mieux vaut brouiller les représentations, quitte à produire un message déconnecté de la réalité.

Cette approche, qui se veut inclusive, produit cependant un effet paradoxal. En niant les asymétries, elle remplace l’analyse par l’égalisation abstraite. Et ce faisant, elle décrédibilise la parole publique. Car dans une démocratie, la pédagogie ne peut se substituer à la vérité. Dès lors que l’institution ne reflète plus fidèlement les faits, elle cesse d’être perçue comme protectrice. Elle devient suspecte.

Ce malaise ne concerne pas seulement la ville de Büren. Il s’inscrit dans une crise plus profonde : celle du rapport occidental au réel, à la responsabilité, et à la représentation. À trop vouloir ménager les perceptions, les institutions perdent le fil du réel. Et à force de chercher à ne choquer personne, elles finissent par choquer tout le monde.

Car la population, elle, continue d’observer ce qui se passe. Elle connaît les déséquilibres, les tensions, les situations concrètes. Lorsque l’image officielle contredit de manière flagrante ce que chacun constate, un soupçon naît : celui que l’on ne dit plus ce qui est, mais ce que l’on voudrait faire croire. Et dans ce vide, se glissent alors les récits extrémistes, les récupérations idéologiques, ou pire : la défiance totale.

C’est là l’un des risques les plus graves pour les sociétés démocratiques. Car il ne peut y avoir de confiance sans vérité. Et il ne peut y avoir de justice sans lucidité.

Ce n’est pas l’image d’un enfant noir qui choque. C’est son instrumentalisation au nom d’une prétendue symétrie des rôles. C’est l’effacement des réalités concrètes au profit d’une fiction morale. Car oui, il arrive que des femmes harcèlent. Il arrive que des enfants blancs soient victimes. Mais est-ce, dans les piscines publiques d’Allemagne, la configuration la plus fréquente ? Non. Et c’est bien ce décalage entre le message affiché et le réel observé qui a suscité l’incompréhension.

Prévenir le harcèlement, protéger les mineurs, lutter contre les violences sexuelles : ces objectifs sont essentiels. Mais leur mise en œuvre exige rigueur, courage et fidélité aux faits. Non pas pour pointer du doigt, mais pour cibler les actions. Car on ne soigne pas une société en masquant ses symptômes.

Cette campagne n’est pas seulement maladroite. Elle est symptomatique d’une évolution dangereuse : celle qui place la correction morale au-dessus de la véracité, qui préfère la cohérence idéologique à la lucidité, et qui croit que la forme peut guérir le fond.

Or la démocratie n’est pas un théâtre d’ombres. Elle suppose une confrontation permanente avec la réalité, même lorsque celle-ci dérange. Et si les institutions publiques veulent encore inspirer confiance, elles doivent refuser de confondre inclusion et confusion.

La prévention des violences ne gagnera rien à être désincarnée. Au contraire, elle perdra en efficacité, en crédibilité, et en justice.

Procès Harvey Weinstein : coupable de viol à Los Angeles, acquitté à New York, un nouveau procès s’ouvre sur fond de controverses judiciaires

L’affaire Harvey Weinstein, emblème planétaire de la chute des puissants prédateurs sexuels, rebondit une fois de plus dans les arcanes judiciaires états-uniennes. L’ancien magnat de Hollywood, aujourd’hui âgé de 72 ans, a vu l’une de ses condamnations annulée à New York, tandis que la peine pour viol prononcée à Los Angeles reste maintenue. Un nouveau procès s’ouvrira à Manhattan, soulignant les ambivalences d’un système judiciaire parfois indulgent envers les puissants.

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