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Russie : le parti de Vladimir Putin décroche un record de 355 sièges à la Douma, 49 vétérans de la guerre en Ukraine élus

Russie Unie sort renforcé des législatives russes des 18 au 20 septembre. Selon les résultats préliminaires, le parti de Vladimir Putin obtient 355 des 450 sièges de la Douma, son meilleur résultat depuis sa création. Parmi ses nouveaux députés, 49 sont des participants à la guerre en Ukraine.

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Le scrutin était le premier renouvellement de la Douma depuis le début de l’offensive russe à grande échelle contre l’Ukraine en 2022. Russie Unie conserve largement la majorité des deux tiers, tandis que la principale formation russe ouvertement opposée à la guerre n’a pas pu présenter de liste nationale.

Une majorité encore plus large

Avec plus de 95 % des bulletins dépouillés, Russie Unie recueille 57,83 % des voix sur les listes fédérales, contre 49,8 % en 2021. Ses candidats sont également arrivés en tête dans 208 des 225 circonscriptions uninominales.

Le Parti communiste de la Fédération de Russie obtient 40 sièges, le LDPR 25 et Novye Liudi 20, selon la répartition provisoire. Russie Unie dépasse ainsi largement les 301 députés nécessaires pour disposer seule d’une majorité des deux tiers.

Le Kremlin y voit une confirmation de la cohésion du pays autour de Vladimir Putin. Dmitri Medvedev, président de Russie Unie, a pour sa part promis de poursuivre la ligne fixée par le chef de l’État.

49 anciens combattants à la Douma

L’un des faits nouveaux de cette législature est l’arrivée annoncée de 49 participants à la guerre en Ukraine parmi les élus de Russie Unie.

Le chiffre a fait l’objet d’une confusion au cours de la journée. Le parti avait d’abord évoqué 86 vétérans avant de retirer cette annonce. Vladimir Yakushev, secrétaire du Conseil général de Russie Unie, a ensuite confirmé le nombre de 49.

Cette arrivée prolonge une politique menée depuis plusieurs mois par le pouvoir russe pour favoriser l’entrée d’anciens combattants dans la vie publique. Le programme « Temps des héros » a notamment été créé pour préparer certains d’entre eux à des fonctions administratives et politiques.

La prochaine Douma comptera donc davantage de responsables dont le parcours est directement lié à la guerre.

Une opposition anti-guerre absente du scrutin national

Le résultat doit aussi être regardé à travers les conditions de la compétition électorale.

Iabloko, formation libérale qui s’oppose ouvertement à la guerre en Ukraine, n’a pas été autorisée à présenter une liste fédérale. Le parti a toutefois conservé des candidats dans certaines circonscriptions individuelles.

Les autres formations ayant obtenu des sièges à la Douma n’ont pas fait de l’opposition à la guerre leur ligne nationale. Le Parti communiste, le LDPR et Novye Liudi restent ainsi les principales forces parlementaires situées derrière Russie Unie.

L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe n’a, par ailleurs, pas déployé de mission d’observation électorale.

Un scrutin sous tension

La Commission électorale centrale annonce une participation de 59,3 %, présentée par sa présidente Ella Pamfilova comme un record pour des législatives de ce niveau.

Le vote s’est déroulé pendant trois jours et a également eu recours au vote électronique. Les autorités russes défendent la régularité du scrutin, tandis que des opposants et plusieurs gouvernements étrangers contestent les conditions dans lesquelles il s’est déroulé.

La Russie a en outre organisé des opérations de vote dans les territoires ukrainiens qu’elle contrôle et revendique. L’Union européenne conteste la légalité de ces opérations et a annoncé envisager des sanctions contre les personnes impliquées.

Une Douma profondément alignée sur le pouvoir

Au terme du dépouillement, le rapport de force parlementaire reste donc très largement favorable à Vladimir Putin. Mais le résultat ne se limite pas au nombre de sièges.

La nouvelle Douma sera marquée par deux évolutions : une majorité encore plus importante pour Russie Unie et l’entrée d’un nombre significatif de participants à la guerre en Ukraine.

Les résultats définitifs doivent encore être proclamés. Ils permettront de préciser la composition de cette nouvelle assemblée et la place exacte qu’y occuperont les anciens combattants.

Celine Dou

Union européenne : face aux tensions commerciales, aux incertitudes sécuritaires et aux nouvelles dépendances, que cherche réellement à faire Ursula von der Leyen de cette rentrée européenne ?

Le 16 septembre 2026, Ursula von der Leyen n’est pas venue devant le Parlement européen à Strasbourg pour présenter une simple liste de mesures. Pendant près de 73 minutes, la présidente de la Commission européenne a parlé de Chine, de Canada, de défense, d’Ukraine, d’intelligence artificielle, d’énergie, de climat, de migration et même de l’usage des réseaux sociaux par les enfants. À première vue, les sujets semblent dispersés. Ils répondent pourtant à une même question : comment permettre à l’Union européenne de dépendre moins des autres puissances au moment où les anciennes certitudes commerciales, énergétiques et sécuritaires se fissurent ?

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Cette logique n’est pas entièrement nouvelle. En septembre 2025, Ursula von der Leyen avait déjà placé son premier discours sur l’état de l’Union de son second mandat sous le signe de « l’indépendance » européenne, avec la défense, l’énergie, les technologies et la compétitivité au cœur de son programme. Un an plus tard, le vocabulaire change peu, mais le périmètre s’élargit : l’objectif n’est plus seulement de renforcer les capacités internes de l’Union. Il s’agit aussi de réorganiser ses partenariats extérieurs, de sécuriser ses approvisionnements et de construire des instruments communs face aux crises.

D’un marché ouvert à une Europe qui veut choisir ses dépendances

Pour comprendre le discours du 16 septembre, il faut revenir quelques années en arrière.

L’Union européenne s’est construite autour d’un principe puissant : mettre en commun une partie des souverainetés nationales afin de créer un vaste marché capable de peser dans le monde. Cette stratégie a longtemps reposé sur une économie très ouverte, des chaînes d’approvisionnement mondialisées et des échanges importants avec les grandes puissances commerciales.

Or, plusieurs crises ont progressivement montré les limites de ce modèle.

La pandémie de Covid-19 a exposé la dépendance européenne à certaines chaînes de production asiatiques. La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine a brutalement rappelé le risque d’une dépendance énergétique. Les tensions commerciales avec les États-Unis d’Amérique ont ensuite montré que même les partenaires traditionnels pouvaient utiliser le commerce comme instrument de pression. La montée en puissance industrielle de la Chine ajoute une autre difficulté : l’Europe vend beaucoup au marché chinois, mais elle importe aussi massivement de Chine des produits et des matières indispensables à ses propres industries.

C’est précisément sur cette dernière relation que Ursula von der Leyen a concentré une partie de son discours.

Le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine atteint désormais environ un milliard d’euros par jour, selon les chiffres avancés par la présidente de la Commission européenne. Elle a également rappelé que l’Union dépend de la Chine à plus de 80 % pour plusieurs matières premières critiques et jusqu’à 90 % pour certaines terres rares. Son intention affichée est de rééquilibrer la relation commerciale tout en constituant des réserves européennes de matières premières stratégiques.

La comparaison avec le discours de 2025 est instructive. L’an dernier, Ursula von der Leyen parlait déjà de réduire les dépendances européennes. Cette année, elle propose davantage d’outils concrets : accélération du marché unique, modernisation des réseaux électriques, stockage de l’énergie et création d’une structure européenne destinée à acheter et stocker certaines matières premières critiques.

Le raisonnement est donc moins celui d’un retrait du commerce mondial que celui d’une diversification des risques. L’Union ne cherche pas à ne plus dépendre de personne. Elle cherche à éviter qu’une dépendance unique puisse devenir une vulnérabilité stratégique.

Le paradoxe chinois : commercer davantage tout en dépendant moins

Cette orientation contient toutefois une contradiction apparente.

La Chine reste un partenaire économique majeur de l’Union européenne. Ursula von der Leyen n’a d’ailleurs pas annoncé une rupture commerciale. Elle a parlé de dialogue et de rééquilibrage, en estimant que les intérêts économiques des deux parties rendaient encore possible une coopération.

Mais le discours est devenu plus ferme qu’à l’époque où la mondialisation était principalement présentée comme une source d’efficacité économique.

L’Europe veut continuer à vendre en Chine, tout en évitant que ses propres industries deviennent trop dépendantes des importations chinoises. Elle veut également conserver l’accès aux technologies et aux matières premières indispensables aux batteries, aux semi-conducteurs, aux véhicules électriques, aux technologies propres et à la défense.

Cette évolution rapproche progressivement la politique commerciale européenne de la politique de sécurité. Une matière première, un composant électronique ou une capacité industrielle ne sont plus seulement considérés comme des questions économiques lorsqu’ils peuvent manquer au moment d’une crise.

C’est l’un des fils conducteurs du discours du 16 septembre.

Le Canada : plus qu’un partenaire commercial, un nouvel ancrage stratégique

C’est dans cette logique qu’il faut comprendre la place accordée au Canada.

La proposition d’Ursula von der Leyen d’ouvrir la voie à un statut de « membre associé » pour le Canada constitue l’annonce la plus inhabituelle de son discours. Un tel statut n’existe pas actuellement dans les traités de l’Union européenne. La présidente de la Commission a donc proposé une formule nouvelle, dont les modalités restent à définir et qui nécessiterait l’accord des États membres.

Le choix du Canada n’est pas seulement symbolique.

L’Union européenne et le Canada disposent déjà d’un accord commercial, le CETA, appliqué provisoirement depuis 2017. Entre 2016 et 2025, leurs échanges de biens ont augmenté de plus de 76 %, pour atteindre 81,5 milliards d’euros. Le commerce des biens et services a atteint environ 130 milliards d’euros en 2025.

Mais Ursula von der Leyen veut désormais aller au-delà du commerce.

Elle propose une coopération sur les minerais critiques, les batteries, l’énergie, l’intelligence artificielle, l’informatique quantique, la cybersécurité, l’industrie de défense et l’Arctique. Elle parle également d’une « Alliance pour l’avenir » entre l’Union européenne et le Canada.

Le contexte donne à cette proposition une portée particulière.

Le Canada cherche lui-même à diversifier ses relations commerciales alors que ses relations avec les États-Unis d’Amérique se sont fortement tendues. Mark Carney, Premier ministre du Canada, était présent à Strasbourg pour le discours. Son gouvernement a confirmé vouloir approfondir le partenariat avec l’Europe, sans reprendre à son compte, à ce stade, la formule de « membre associé ».

L’Europe cherche donc à transformer une relation commerciale déjà existante en partenariat stratégique plus large.

Ce n’est pas une adhésion du Canada à l’Union européenne. Le Canada ne deviendrait pas un État membre au même titre que la France, l’Allemagne ou l’Espagne. Il s’agirait d’inventer une nouvelle catégorie de relation avec un pays extérieur au continent européen.

Le choix est d’autant plus significatif qu’Ursula von der Leyen avait consacré son discours de 2025 à l’idée que l’Europe devait pouvoir choisir ses partenaires et renforcer sa capacité à agir seule. En 2026, cette autonomie passe aussi par la construction de réseaux avec des puissances considérées comme compatibles avec les intérêts européens.

De la défense européenne à une architecture de sécurité plus large

La même logique apparaît dans le domaine militaire.

Depuis le début de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, l’Union européenne a progressivement renforcé son rôle dans la défense, un domaine longtemps dominé par les États membres et l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord.

Le discours de 2026 pousse cette évolution un peu plus loin.

Ursula von der Leyen a proposé la création d’un Conseil européen de sécurité réunissant les États membres de l’Union et plusieurs partenaires, dont le Royaume-Uni, la Norvège, l’Ukraine et le Canada. Elle a également proposé un mécanisme d’urgence permettant aux États membres de se consulter rapidement lorsqu’une crise sécuritaire survient.

Il faut cependant distinguer cette ambition de la réalité institutionnelle.

La Commission européenne peut proposer des textes et mobiliser certains instruments communautaires, mais elle ne commande pas les armées européennes. Les décisions militaires restent largement entre les mains des États membres, tandis que l’OTAN demeure l’organisation centrale pour la défense collective de nombreux pays européens.

La nouveauté réside donc moins dans la création d’une « armée européenne » que dans la volonté de mieux coordonner les capacités industrielles, technologiques et militaires européennes.

L’Ukraine occupe une place centrale dans cette réflexion. Ursula von der Leyen a promis un soutien renforcé avant l’hiver, notamment dans la défense antiaérienne, l’énergie et le chauffage. La sécurité européenne est ainsi présentée non plus comme une question séparée de l’économie, mais comme un ensemble allant des drones aux satellites, des réseaux électriques aux matières premières.

L’énergie : produire davantage pour importer moins

La question énergétique constitue le troisième volet de cette stratégie.

L’Europe avait déjà engagé sa diversification énergétique après la réduction brutale de sa dépendance au gaz russe. Mais Ursula von der Leyen veut désormais aller plus loin en accélérant l’électrification de l’économie.

Son objectif annoncé est de doubler la part de l’électricité dans la consommation énergétique européenne d’ici 2040. Selon ses estimations, cela pourrait réduire la facture d’importation de combustibles fossiles de 260 milliards d’euros par an. Le problème reste toutefois celui des infrastructures : une importante capacité renouvelable installée en Europe attend encore son raccordement aux réseaux électriques.

La comparaison avec la période précédant la guerre en Ukraine est importante.

L’énergie était alors principalement traitée sous l’angle du prix, de la compétitivité et du climat. Elle est désormais également considérée comme une question de sécurité économique. Produire davantage d’électricité en Europe, développer les réseaux et stocker l’énergie doit donc permettre à la fois de réduire les émissions, de soutenir l’industrie et de limiter certaines dépendances extérieures.

C’est cette convergence entre climat, industrie et sécurité qui traverse une grande partie du discours.

Le climat n’est plus seulement une question de réduction des émissions

La même évolution apparaît dans la politique climatique.

Après un été marqué par des vagues de chaleur et de nombreux incendies, Ursula von der Leyen a annoncé un plan européen contre les vagues de chaleur, une initiative sur l’eau, une alliance européenne pour l’assurance contre les catastrophes et, à terme, une flotte européenne de lutte contre les incendies. Elle a également souligné qu’environ 25 % seulement des pertes liées aux catastrophes en Europe sont actuellement couvertes par une assurance privée.

Le changement de perspective est notable.

Pendant des années, le débat climatique européen a surtout porté sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la transformation du système énergétique. Le discours de 2026 insiste davantage sur l’adaptation : comment protéger les populations, les infrastructures, les agriculteurs et les économies européennes lorsque les phénomènes climatiques extrêmes deviennent plus coûteux ?

La politique climatique devient ainsi aussi une politique de prévention des risques.

L’intelligence artificielle et les réseaux sociaux : protéger la société tout en restant compétitif

L’autre grande contradiction du discours concerne la technologie.

L’Union européenne veut développer ses propres capacités en matière d’intelligence artificielle afin de ne pas rester dépendante des grandes entreprises technologiques étrangères. Mais elle veut simultanément renforcer les règles encadrant les technologies numériques.

Ursula von der Leyen a notamment évoqué la nécessité de ralentir certains développements des modèles d’intelligence artificielle les plus avancés lorsque les risques de cybersécurité deviennent trop importants. Elle souhaite également renforcer les coopérations avec le Royaume-Uni et le Canada.

Sur les réseaux sociaux, la Commission européenne doit proposer un cadre visant à empêcher l’accès aux plateformes sociales aux enfants de moins de 13 ans, tandis que les adolescents de 13 et 14 ans pourraient disposer de comptes supervisés par leurs parents, avec des fonctionnalités limitées.

L’objectif est donc double : ne pas laisser l’Europe devenir technologiquement dépendante tout en refusant de considérer l’innovation comme une zone sans règles.

Une Commission plus ambitieuse que les divisions européennes ne le permettent parfois

C’est ici que se trouve probablement la principale difficulté du programme présenté à Strasbourg.

La Commission européenne peut proposer, négocier et mettre en œuvre une partie importante des politiques européennes. Mais elle ne dispose pas seule de tous les moyens nécessaires pour transformer ses annonces en décisions.

Le commerce, la défense, les budgets nationaux, l’énergie ou encore la politique étrangère impliquent souvent les États membres et le Conseil de l’Union européenne. Le Parlement européen intervient également dans l’adoption d’une grande partie des textes législatifs.

Les réactions qui ont suivi le discours montrent d’ailleurs que le Parlement européen est loin d’être unanime.

Certains groupes ont salué l’accent mis sur l’intelligence artificielle, la protection des enfants et la compétitivité. D’autres ont reproché à Ursula von der Leyen de ne pas répondre suffisamment aux difficultés industrielles, au coût de l’énergie, au chômage des jeunes, à la situation à Gaza ou à certaines questions migratoires. Ces critiques viennent de familles politiques différentes et ne portent pas toutes sur les mêmes sujets.

Cette diversité rappelle une réalité souvent oubliée dans la présentation du discours : l’Union européenne n’est pas un État national. Sa présidente de Commission ne peut pas décider seule de la trajectoire des 27 pays.

Ursula von der Leyen cherche surtout à changer le rapport de l’Europe au monde

Pris séparément, le Canada, la Chine, les réseaux électriques, les drones, les enfants sur les réseaux sociaux ou les incendies semblent appartenir à des dossiers complètement différents.

Pris ensemble, ils dessinent une même politique.

L’Union européenne cherche à passer d’une puissance principalement économique et réglementaire à une puissance davantage capable de protéger ses intérêts matériels : son énergie, ses industries, ses chaînes d’approvisionnement, ses technologies, ses frontières et ses capacités de défense.

C’est un déplacement important.

Le projet européen avait été pensé dans une période où l’interdépendance économique était largement perçue comme un facteur de stabilité. Le monde dans lequel Ursula von der Leyen prononce son discours est différent : guerre aux frontières de l’Union, rivalité industrielle avec la Chine, tensions commerciales avec les États-Unis d’Amérique, compétition technologique, dépendance aux matières premières et multiplication des risques climatiques.

La réponse proposée n’est pas le repli.

Elle consiste plutôt à choisir davantage ses dépendances, à diversifier ses partenaires et à renforcer les capacités européennes là où une rupture extérieure pourrait avoir des conséquences immédiates.

Le Canada prend alors une place particulière. Il fournit un exemple de ce que pourrait devenir la diplomatie économique européenne : moins centrée sur les seuls accords commerciaux et davantage tournée vers les minerais, l’énergie, la technologie, la défense et les chaînes d’approvisionnement.

Mais cette ambition comporte aussi une question non résolue : l’Europe peut-elle multiplier les instruments communs sans disposer d’une unité politique équivalente ?

C’est toute la différence entre annoncer une orientation et construire une puissance.

Le véritable test commence après le discours

Le discours du 16 septembre marque donc moins une rupture qu’une accélération.

En 2025, Ursula von der Leyen parlait d’un « moment d’indépendance » pour l’Europe. En 2026, elle tente de donner un contenu plus large à cette indépendance : moins de dépendance énergétique, davantage de capacités industrielles, sécurisation des matières premières, rapprochement avec le Canada, coordination de défense, développement technologique et adaptation climatique.

Reste désormais à savoir ce qui deviendra réellement du statut proposé au Canada, du futur Conseil européen de sécurité, des projets industriels, des nouvelles infrastructures énergétiques et des mesures climatiques et numériques annoncées.

Car le précédent européen invite à distinguer les annonces de leur mise en œuvre. Les discours sur l’état de l’Union donnent la direction politique de la Commission ; ils ne remplacent ni les négociations entre les 27 États membres, ni le vote des institutions européennes, ni les financements nécessaires.

La rentrée européenne de 2026 commence donc avec une ambition clairement affichée : rendre l’Union moins vulnérable dans un monde où l’interdépendance est devenue une source de puissance, mais aussi de pression.

La question des prochains mois sera beaucoup plus concrète : jusqu’où les États membres accepteront-ils de mettre en commun les moyens nécessaires pour atteindre cette autonomie que Ursula von der Leyen appelle désormais de ses vœux ?

Celine Dou

Turquie : traque des militants LGBT ou opération judiciaire contre l’obscénité et la prostitution au nom de la protection de la famille ? La Boussole-Infos fait le point

Depuis le 12 septembre, la police et la justice turques ont multiplié les perquisitions, interpellations et procédures visant des militants, des associations, des établissements et des personnes liées à la communauté LGBT. Le ministre turc de la Justice, Akın Gürlek, présente ces opérations comme une action judiciaire destinée à protéger les enfants, la famille et l’ordre public. Des organisations de défense des droits humains y voient, au contraire, une offensive beaucoup plus large contre l’organisation militante LGBT et les libertés publiques.

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Baptisée « Ma famille est en sécurité » (Ailem Güvende), l’opération concerne officiellement 162 suspects, neuf associations et 13 établissements répartis dans 15 provinces, selon le ministre turc de la Justice. Les autorités évoquent notamment des soupçons d’obscénité, de prostitution, de stupéfiants, de criminalité organisée et de financements provenant de l’étranger. Mais plusieurs responsables d’associations LGBT ont été placés en détention provisoire, des sites internet et comptes sur les réseaux sociaux ont été bloqués et des journalistes ont également été interpellés. L’affaire pose donc une question plus large : où s’arrête une opération judiciaire contre des infractions déterminées et où commence une restriction de l’activité associative, médiatique et militante ?

Une opération judiciaire dont l’ampleur dépasse les seuls établissements visés

Les premières opérations coordonnées ont été menées le 12 septembre dans plusieurs grandes villes turques, notamment Istanbul, Ankara, Izmir, Aydın et Mersin. Des policiers ont perquisitionné des locaux associatifs, des domiciles et des établissements fréquentés par des personnes LGBT.

Le ministre de la Justice Akın Gürlek a ensuite annoncé que les procureurs avaient engagé des procédures judiciaires contre 162 personnes, neuf associations et 13 établissements. Il a précisé que les opérations étaient conduites sous la coordination des parquets d’Istanbul, d’Ankara, d’Izmir, d’Aydın et de Mersin, avec la participation des forces de police et de gendarmerie.

Le ministre affirme que les enquêteurs ont utilisé des techniques de surveillance, des témoignages, l’examen de données numériques et des enregistrements vidéo. Il évoque également la saisie de stupéfiants et de matériel numérique. Sur le volet financier, Akın Gürlek affirme que des associations ont reçu des financements importants provenant d’organismes publics étrangers ou d’organisations internationales.

Ces éléments constituent la version officielle du dossier. Ils ne signifient pas que les 162 personnes font toutes l’objet des mêmes accusations, ni qu’elles ont toutes été arrêtées. Le chiffre annoncé par le ministre correspond aux personnes faisant l’objet de procédures judiciaires, distinction importante dans une affaire où plusieurs catégories de personnes sont concernées.

Ce que reprochent précisément les autorités turques

Les qualifications pénales citées dans les différentes procédures comprennent notamment l’« obscénité », l’incitation ou l’aide à la prostitution, ainsi que, selon les dossiers, des infractions liées aux stupéfiants, au financement ou à l’organisation d’activités illégales.

Le cas de la journaliste Tuğba Tekerek permet de mesurer la portée de certaines qualifications. Elle a été interpellée le 13 septembre puis transférée à Ankara pour être interrogée au sujet d’un article publié en 2024 sur le mouvement LGBT en Géorgie, sur le site Kaos GL. Les autorités lui reprochent une infraction d’« obscénité » prévue par l’article 226 du Code pénal turc.

Chez Kaos GL, l’une des plus anciennes organisations LGBT de Turquie, plusieurs responsables ont également été placés en détention provisoire. Selon Reuters, huit membres de l’organisation ont été incarcérés dans l’attente de leur procès, tandis que sept autres personnes, dont une journaliste, ont été libérées sous contrôle judiciaire. Les procureurs leur reprochent notamment la diffusion de contenus considérés comme obscènes et s’appuient sur leurs activités associatives et leurs publications numériques.

La nature exacte des preuves et leur appréciation par les tribunaux seront donc déterminantes. À ce stade, les accusations formulées par les autorités ne doivent pas être confondues avec des condamnations.

Une particularité juridique essentielle : l’homosexualité n’est pas interdite en Turquie

C’est un élément indispensable pour comprendre l’affaire.

L’homosexualité n’est pas, en elle-même, une infraction pénale en Turquie. Les procédures engagées en septembre ne sont donc pas officiellement fondées sur le simple fait d’être homosexuel ou de défendre les personnes LGBT.

C’est précisément là que se situe le débat.

Pour le ministère turc de la Justice, les poursuites portent sur des comportements ou activités considérés comme illégaux : obscénité, prostitution, stupéfiants, financement ou autres infractions. Le ministre Akın Gürlek rattache cette action à la responsabilité constitutionnelle de l’État de protéger les enfants, la famille et l’ordre social.

Pour Human Rights Watch, la multiplication des arrestations de responsables associatifs LGBT, le blocage de comptes et de sites internet ainsi que les poursuites visant des personnes en raison de leurs activités militantes constituent au contraire une attaque plus large contre les libertés d’association et d’expression. L’organisation affirme qu’au moins 112 personnes ont été arrêtées entre le 12 et le 14 septembre, dont 82 étaient encore détenues sur décision judiciaire au moment de son bilan du 18 septembre. Elle affirme également qu’au moins 24 des personnes détenues sont des militants LGBT, fondateurs ou responsables d’organisations ciblées.

Ces deux lectures ne portent donc pas sur le même niveau de la question : les autorités parlent d’infractions pénales précises ; les organisations de défense des droits contestent surtout l’usage de ces qualifications contre un ensemble d’acteurs et d’associations identifiés à la cause LGBT.

Pourquoi la famille occupe une place centrale dans le discours officiel

Le choix du nom « Ma famille est en sécurité » n’est pas anodin.

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a lancé une politique baptisée « Décennie de la famille et de la population 2026-2035 ». Le ministre Akın Gürlek présente les opérations de septembre comme relevant de cette politique et de la responsabilité de l’État envers les enfants, les jeunes et la famille.

Cette orientation politique ne date cependant pas des opérations de septembre. Recep Tayyip Erdoğan critique régulièrement les organisations et manifestations LGBT et défend une conception de la famille centrée sur les couples hétérosexuels et la natalité.

La nouveauté de septembre tient davantage à l’ampleur du dispositif judiciaire déployé contre des associations, leurs responsables, certains établissements et des personnes liées à leurs activités.

Le gouvernement turc établit ainsi un lien entre protection de la famille, protection des mineurs, lutte contre certains contenus et répression d’activités qu’il considère comme illégales. Les organisations LGBT et plusieurs associations de défense des droits contestent précisément ce rapprochement lorsqu’il conduit, selon elles, à restreindre leur activité associative ou leur expression publique.

Les journalistes et les manifestants entrent à leur tour dans le dossier

L’affaire ne s’est pas limitée aux personnes directement visées par les premières perquisitions.

Le 15 septembre, des personnes se sont rassemblées devant le palais de justice de Çağlayan, à Istanbul, pour protester contre les arrestations. La police turque a interpellé plus d’une centaine de manifestants. Human Rights Watch évoque plus de 100 personnes maintenues en garde à vue pendant plus de 24 heures.

Deux journalistes qui couvraient le rassemblement, Sarya Toprak, du quotidien BirGün, et Şener Azak, de la chaîne ARD, ont également été interpellés. Sarya Toprak a ensuite été libérée avec d’autres manifestants. Les organisations internationales de défense de la liberté de la presse ont dénoncé ces arrestations.

Des restrictions ont également été imposées à plusieurs comptes sur les réseaux sociaux et à des sites internet appartenant à des associations LGBT, à des organisations de défense des droits humains et à certains médias. Human Rights Watch affirme notamment que les comptes turcs d’Amnesty International, du quotidien Evrensel, de la Media and Law Studies Association et de Hak İnisiyatifi ont été bloqués.

Le dossier dépasse ainsi progressivement la seule question des bars ou des associations visées par les premières perquisitions : il touche aussi à la liberté de la presse, à l’expression numérique et au droit de manifester.

Le véritable débat porte sur l’étendue de l’outil judiciaire

Réduire cette affaire à une opposition entre « défense de la famille » et « défense des LGBT » ferait perdre l’essentiel du dossier.

La première question est juridique : les personnes poursuivies ont-elles commis les infractions qui leur sont reprochées ? Les éléments saisis, les témoignages, les données numériques et les éventuels liens financiers devront être examinés par la justice. Une enquête ou une détention provisoire ne constitue pas une condamnation.

La deuxième question est institutionnelle : les qualifications pénales utilisées servent-elles uniquement à poursuivre des actes précis, ou permettent-elles également de viser l’activité associative, les publications et les prises de position de personnes LGBT ?

C’est sur ce deuxième point que les versions divergent fortement.

Le ministère turc de la Justice affirme agir contre des infractions et des réseaux qu’il considère comme dangereux pour les enfants, les familles et l’ordre public. Human Rights Watch, la Fédération européenne des journalistes et d’autres organisations estiment que les opérations vont au-delà de la recherche d’infractions individuelles et touchent l’exercice de libertés fondamentales.

La réponse ne pourra donc pas venir uniquement des déclarations politiques des uns ou des dénonciations des autres. Elle dépendra aussi des décisions des tribunaux, de la nature des charges finalement retenues, des preuves produites et du sort réservé aux associations et aux journalistes concernés.

C’est également ce qui explique les réactions européennes. Le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, a contesté l’utilisation de références à la « protection de la famille » ou des enfants pour justifier des restrictions aux droits fondamentaux.

Une affaire à suivre au-delà des premières arrestations

Les prochains développements judiciaires seront plus révélateurs que les chiffres des premières interpellations.

Il faudra notamment suivre le sort des responsables associatifs placés en détention provisoire, les procédures engagées contre les associations, les éventuelles décisions de fermeture, ainsi que les poursuites visant les journalistes et les manifestants.

La question centrale sera alors moins celle du nombre d’arrestations que celle de la base juridique exacte de chaque procédure et de la manière dont les tribunaux turcs apprécieront les preuves présentées par les enquêteurs.

La Turquie ne vient pas de criminaliser officiellement l’homosexualité. Les opérations de septembre reposent juridiquement sur d’autres qualifications pénales, que les autorités turques disent utiliser pour lutter contre l’obscénité, la prostitution, les stupéfiants, certains financements et des activités qu’elles considèrent comme dangereuses pour les enfants et la famille.

Mais l’ampleur des opérations, le nombre de responsables associatifs concernés, les restrictions numériques et l’interpellation de journalistes et de manifestants donnent à l’affaire une dimension qui dépasse les seuls établissements perquisitionnés.

Entre la justification officielle du gouvernement turc et l’accusation d’une offensive plus large portée par les organisations de défense des droits, le dossier reste donc à trancher sur le terrain essentiel : celui des faits établis, des preuves et du droit.

Celine Dou

Zimbabwe : le report des élections à 2030 ouvre une confrontation institutionnelle

Au Zimbabwe, la réforme constitutionnelle portée par le président Emmerson Mnangagwa continue de provoquer une vive contestation. Promulgué le 7 juillet, le texte modifie en profondeur l’organisation des institutions et repousse de deux ans les prochaines élections générales. Alors que le pouvoir présente cette révision comme un gage de stabilité, l’opposition y voit une remise en cause de l’ordre constitutionnel établi en 2013.

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Adoptée par un Parlement largement dominé par la ZANU-PF, la réforme prolonge de cinq à sept ans la durée des mandats du président de la République et des députés. Les élections générales, attendues en 2028, sont désormais prévues pour 2030. Le gouvernement affirme que cet allongement permettra d’assurer une meilleure continuité de l’action publique, de réduire le coût des consultations électorales et d’offrir davantage de visibilité aux politiques de développement.

Ces explications peinent toutefois à convaincre les opposants. Pour eux, le report du scrutin prive les électeurs de leur droit de se prononcer à la date prévue par la Constitution. Plusieurs partis politiques, rejoints par des avocats et des organisations de la société civile, ont saisi la Cour constitutionnelle. Ils soutiennent que des dispositions touchant à la durée des mandats et au fonctionnement des institutions ne pouvaient être modifiées sans consultation populaire.

Le débat dépasse désormais le seul affrontement entre majorité et opposition. Des juristes rappellent que la Constitution de 2013 avait été élaborée à l’issue d’un long processus de négociation destiné à renforcer les contre-pouvoirs après des décennies de concentration de l’autorité présidentielle. À leurs yeux, la réforme rompt avec cet équilibre en modifiant des dispositions considérées comme structurantes pour la vie démocratique du pays.

Le malaise gagne également certains anciens soutiens du chef de l’État. Des vétérans de la guerre de libération, longtemps proches de la ZANU-PF, ont publiquement exprimé leur désaccord. Leur prise de position traduit des fractures inhabituelles au sein du camp présidentiel, où plusieurs voix s’interrogent sur les conséquences politiques d’un nouveau changement des règles institutionnelles.

Cette séquence intervient dans un contexte économique toujours difficile. Malgré une relative stabilisation monétaire, le Zimbabwe reste confronté à une forte pression sur le pouvoir d’achat, à un chômage important et à une faible confiance des investisseurs. Pour de nombreux analystes, ces difficultés alimentent une défiance qui dépasse le seul contenu de la réforme constitutionnelle.

Les partenaires internationaux suivent également l’évolution de la situation. Les organisations de défense des droits humains appellent les autorités à garantir le libre fonctionnement de la justice et à préserver les libertés publiques durant l’examen des recours. Jusqu’à présent, ni la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ni l’Union africaine n’ont pris de position ferme sur le fond de la réforme, privilégiant une observation prudente des développements politiques.

Le Zimbabwe rejoint ainsi la liste des pays africains où les règles constitutionnelles relatives à l’exercice du pouvoir font l’objet de profondes modifications. Ces révisions nourrissent un débat récurrent entre les partisans d’une stabilité institutionnelle accrue et ceux qui considèrent que la régularité des élections demeure le principal garant de l’alternance démocratique.

La décision de la Cour constitutionnelle sera déterminante. Si la réforme est validée, le calendrier politique du Zimbabwe sera durablement redessiné jusqu’en 2030. Dans le cas contraire, le pays pourrait s’engager dans une nouvelle phase d’incertitude institutionnelle, avec des répercussions qui dépasseront largement ses frontières.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Hongrie : Péter Magyar demande la démission du président Tamás Sulyok après un entretien à Budapest

À Budapest, la rencontre entre le président de la République Tamás Sulyok et le chef du parti Tisza, Péter Magyar, se termine par une prise de position immédiate. Péter Magyar demande la démission du chef de l’État.

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L’entretien a lieu mercredi 15 avril 2026. À la sortie, le dirigeant du parti Tisza affirme que le président ne peut plus occuper ses fonctions dans la situation politique actuelle. La demande arrive quelques jours après la victoire électorale de son camp et le basculement de majorité au Parlement.

Péter Magyar est reçu au palais présidentiel de Budapest par Tamás Sulyok. Le contenu précis des échanges ne fait pas l’objet d’une communication publique. À l’issue de la rencontre, Péter Magyar prend la parole et réclame la démission du président de la République.

Le chef de l’État ne réagit pas publiquement dans l’immédiat.

Les élections législatives donnent la majorité au parti Tisza. Depuis l’annonce des résultats, les nouvelles autorités politiques enchaînent les déclarations sur le fonctionnement des institutions.

La présidence de la République, occupée par Tamás Sulyok, se retrouve au centre des premières tensions entre les nouveaux responsables politiques et les structures en place. La fonction présidentielle reste distincte du pouvoir exécutif, mais elle conserve un rôle dans l’équilibre institutionnel et certaines nominations.

La demande de démission s’ajoute à une série de prises de position visant à redéfinir le fonctionnement de l’État après le changement de majorité.

Le système politique hongrois repose sur une séparation entre gouvernement et présidence. Le gouvernement émane directement des élections législatives. La présidence occupe une fonction d’arbitrage institutionnel.

La déclaration de Péter Magyar place directement la présidence dans le champ des rapports de force ouverts après les élections. Elle survient dès les premiers jours de la nouvelle majorité.

Aucune procédure officielle de destitution n’est engagée à ce stade. Le président conserve l’ensemble de ses prérogatives constitutionnelles.

La suite dépendra des décisions prises entre la majorité parlementaire et la présidence. Les prochaines semaines diront si ce premier affrontement reste isolé ou s’inscrit dans une confrontation plus durable.

La Hongrie entre dans une phase de recomposition politique rapide. La demande de démission du président formulée par le nouveau chef de la majorité marque le premier point de tension explicite entre le pouvoir issu des élections et l’institution présidentielle.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France : Nicolas Sarkozy devra purger six mois de prison ferme dans l’affaire Bygmalion après le rejet de sa demande de confusion des peines

La justice française a rejeté la demande de Nicolas Sarkozy visant à fusionner plusieurs condamnations pénales prononcées à son encontre. Cette décision oblige l’ancien président de la République à exécuter la peine de prison ferme prononcée dans l’affaire Bygmalion, liée au financement de sa campagne présidentielle de 2012.

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La décision du tribunal judiciaire de Paris marque une nouvelle étape dans le parcours judiciaire de l’ancien chef de l’État. En refusant la « confusion des peines », les magistrats ont confirmé que la condamnation prononcée dans l’affaire Bygmalion devra être exécutée indépendamment d’autres sanctions déjà purgées. Ce dossier, emblématique des dérives du financement politique en France, continue d’alimenter un débat plus large sur la responsabilité pénale des dirigeants publics et le rôle de la justice dans la régulation de la vie politique.

Le tribunal judiciaire de Paris a refusé la demande de Nicolas Sarkozy visant à obtenir la confusion de plusieurs peines prononcées contre lui dans différentes affaires. Cette procédure juridique permet, dans certains cas, de fusionner plusieurs condamnations afin qu’elles soient exécutées simultanément.

En rejetant cette requête, la justice a confirmé que l’ancien président devra purger la peine prononcée dans l’affaire Bygmalion. Dans ce dossier, la cour d’appel de Paris avait condamné Nicolas Sarkozy à un an de prison, dont six mois ferme, pour financement illégal de campagne électorale lors de l’élection présidentielle de 2012.

L’affaire trouve son origine dans l’organisation de nombreux meetings durant cette campagne. Les dépenses engagées auraient largement dépassé le plafond légal fixé par la législation française. Pour masquer ce dépassement, un système de fausses factures aurait été mis en place. Une partie des coûts liés à l’organisation des événements politiques aurait été imputée à la société de communication Bygmalion et au parti soutenant le candidat, plutôt qu’à la campagne elle-même.

Selon les décisions de justice rendues dans ce dossier, ce mécanisme aurait permis de dissimuler un dépassement important du plafond des dépenses électorales. La Cour de cassation ayant rejeté le pourvoi de l’ancien président en 2025, la condamnation est devenue définitive.

La peine de prison ferme prononcée dans ce dossier reste toutefois aménageable. Dans le droit pénal français, les condamnations de courte durée peuvent être exécutées sous surveillance électronique ou sous d’autres formes d’aménagement décidées par le juge de l’application des peines.

L’affaire Bygmalion dépasse la seule question du financement d’une campagne électorale. Elle s’inscrit dans une évolution plus large du fonctionnement institutionnel français, marquée par un renforcement des mécanismes de contrôle de la vie politique.

Depuis les années 1990, la France a progressivement mis en place un cadre juridique plus strict pour encadrer le financement des partis et des campagnes électorales. L’objectif est de limiter les déséquilibres financiers entre candidats et de prévenir les dérives liées à l’influence de l’argent dans la compétition politique.

Dans ce contexte, les autorités de contrôle et les juridictions jouent un rôle croissant. Les responsables politiques peuvent être poursuivis et condamnés pour des infractions liées à la gestion de leurs campagnes ou à l’exercice de leurs fonctions.

La condamnation d’un ancien président de la République illustre cette évolution. Elle témoigne d’un changement progressif dans le rapport entre pouvoir politique et justice, dans lequel les dirigeants publics peuvent être appelés à répondre pénalement de leurs décisions ou de leurs actions.

La situation judiciaire de Nicolas Sarkozy ne se limite pas à l’affaire Bygmalion. L’ancien chef de l’État reste impliqué dans plusieurs procédures, dont certaines concernent le financement présumé de sa campagne présidentielle de 2007.

Ces affaires prolongent une séquence judiciaire qui accompagne depuis plusieurs années la fin de sa carrière politique. Elles témoignent également d’un phénomène plus large de judiciarisation de la vie publique, observable dans plusieurs démocraties contemporaines.

En confirmant l’exécution de la peine prononcée dans l’affaire Bygmalion, la justice française rappelle la place centrale qu’occupent désormais les institutions judiciaires dans le contrôle de la vie politique. La responsabilité pénale des dirigeants publics, y compris au plus haut niveau de l’État, s’impose progressivement comme un principe structurant du fonctionnement démocratique.

Au-delà du cas de Nicolas Sarkozy, cette évolution interroge l’équilibre entre responsabilité politique, contrôle judiciaire et fonctionnement des institutions dans les démocraties modernes.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Retour aux 90 km/h dans l’Eure : entre pragmatisme local et contestation de l’idéologie du 80 km/h

Le département de l’Eure a décidé de rétablir la limitation de vitesse à 90 km/h sur ses routes départementales, une mesure qui sonne comme un retour à la raison après plusieurs années de débats autour de la réduction généralisée à 80 km/h initiée en 2018.

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Si la baisse à 80 km/h avait été présentée par ses promoteurs principalement issus des partis écologistes (EELV) et de certaines formations de gauche ou d’extrême‑centre comme un moyen de réduire les accidents et de limiter l’impact écologique, les données locales et nationales montrent que ses effets ont été faiblement probants sur le plan sécuritaire et quasi négligeables sur le plan environnemental. La décision de l’Eure illustre un retour au pragmatisme et à l’adaptation du droit de circulation aux réalités locales.

Une mesure contestée depuis sa mise en œuvre

La limitation générale à 80 km/h sur les routes bidirectionnelles hors agglomération a été imposée sous l’argument de la sécurité routière et, dans une moindre mesure, de la réduction des émissions de CO₂. Les années qui ont suivi ont montré que, si la mortalité routière a légèrement diminué à l’échelle nationale, le lien direct avec la baisse de 10 km/h reste contesté par de nombreux experts.

Dans l’Eure, les statistiques locales ont été décisives. Les services départementaux ont observé que la mortalité et les accidents graves ne diminuaient pas de manière significative depuis l’application du 80 km/h. Cette constatation a conduit le département à décider de revenir à 90 km/h, afin de simplifier la lisibilité des limitations et de s’adapter aux conditions locales du réseau, caractérisé par des routes dégagées, peu accidentogènes et très utilisées par des usagers réguliers.

L’idéologie derrière le 80 km/h

Le 80 km/h a été largement promu comme un symbole d’une approche écologique et sécuritaire portée par certaines forces politiques. Cependant, de nombreux observateurs et responsables locaux soulignent que la mesure était plus idéologique que scientifique : elle ne reposait pas sur des études locales solides et uniformes, mais sur des projections nationales et un objectif politique de réduction des émissions et de la vitesse, souvent indépendamment des conditions spécifiques des territoires.

Cette dimension idéologique a suscité un ressentiment dans les zones rurales, où les conducteurs se sont sentis punis sans justification tangible. La limitation a été perçue comme un exemple de politique imposée par le centre, en particulier par des partis écologistes et progressistes, sans tenir compte des réalités locales.

Sécurité, lisibilité et pragmatisme

Au-delà du débat idéologique, le retour à 90 km/h dans l’Eure repose sur une logique pragmatique. Les autorités locales insistent sur la lisibilité des limitations, un facteur crucial pour la sécurité : des changements fréquents de vitesses (50, 70, 80 km/h) sur des tronçons successifs compliquent la compréhension et augmentent le risque d’infractions involontaires.

Le raisonnement du département souligne que la sécurité dépend davantage du comportement des conducteurs, de la qualité du réseau et des infrastructures, que de la limitation standardisée imposée par l’État.

La décision du département de l’Eure de revenir à 90 km/h illustre un rééquilibrage entre idéologie et pragmatisme. Elle souligne les limites d’une approche uniforme et centralisée, souvent dictée par des considérations politiques ou écologiques, et met en lumière la nécessité d’adapter les règles de circulation aux réalités locales. Cette affaire pose également la question plus large du rôle de l’État face aux territoires ruraux et de l’importance de mesures flexibles et contextualisées pour concilier sécurité, efficacité et acceptabilité sociale.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France : le procès de Tariq Ramadan s’ouvre à Paris en son absence, le parquet requiert un mandat d’arrêt international

Un procès attendu depuis près de dix ans commence sans l’accusé.

Le procès de Tariq Ramadan pour des viols présumés commis entre 2009 et 2016 s’est ouvert le 2 mars 2026 devant la cour criminelle départementale de Paris. L’accusé, hospitalisé en Suisse selon ses avocats en raison d’une sclérose en plaques, n’a pas comparu. Le parquet général a requis un mandat d’arrêt international, estimant que cette absence pourrait contrevenir aux obligations de son contrôle judiciaire. La cour doit décider si le procès est renvoyé ou poursuivi.

Trois femmes accusent Tariq Ramadan de les avoir violées à Lyon et à Paris. Les faits reprochés s’étalent sur plusieurs années. L’une des plaignantes, Henda Ayari, avait saisi la justice en 2017, déclenchant une procédure qui a profondément marqué le débat public en France.

Depuis, l’instruction a connu de nombreux rebondissements. Des mises en examen, des expertises, des débats sur le consentement et sur la nature des relations entretenues avec les plaignantes. Ramadan conteste l’ensemble des accusations et affirme que les relations évoquées étaient consenties.

En parallèle, il a été condamné en 2024 en Suisse pour un viol remontant à 2008. Il conteste également cette décision.

L’ouverture du procès parisien devait permettre un examen au fond des faits français. Mais dès la première audience, l’absence de l’accusé a déplacé le centre de gravité du débat.

Une question de procédure devenue centrale

Ses avocats ont produit des documents médicaux attestant d’une hospitalisation à Genève. Ils invoquent une pathologie neurologique évolutive et soutiennent qu’il n’est pas en état de comparaître.

La cour a ordonné une expertise médicale afin d’évaluer sa capacité réelle à assister à son procès. Cette décision traduit une exigence élémentaire : juger suppose que l’accusé puisse se défendre.

Dans le même temps, le parquet général a requis un mandat d’arrêt international. L’argument avancé est simple : Tariq Ramadan est soumis à un contrôle judiciaire l’obligeant à résider en France et à signaler tout déplacement. Sa présence en Suisse interroge donc le respect de ces obligations.

La juridiction doit désormais arbitrer entre deux impératifs : garantir les droits de la défense et assurer l’effectivité de la procédure.

Ce que révèle cette situation

Au-delà de la personnalité de l’accusé, l’affaire met en lumière un point sensible du droit pénal : la comparution.

En matière criminelle, la présence de l’accusé est un principe fort. Elle permet la contradiction, l’examen des témoignages, la confrontation directe. Juger en l’absence d’une personne poursuivie pour des faits aussi graves n’est pas anodin.

Mais la justice ne peut pas non plus rester indéfiniment suspendue. Les plaignantes attendent que le procès se tienne. Les faits remontent pour certains à plus de quinze ans.

La question posée n’est donc pas théorique. Elle est concrète : à partir de quel moment une impossibilité médicale devient-elle un empêchement légitime ? Et à partir de quand peut-elle être perçue comme une entrave à la justice ?

Un dossier au croisement du judiciaire et du sociétal

L’affaire Ramadan a émergé dans le sillage du mouvement de libération de la parole des femmes sur les violences sexuelles. Elle a aussi concerné une figure publique connue, théologien et intellectuel médiatisé, ce qui a amplifié son retentissement.

Ce contexte explique l’attention particulière portée à ce procès.

Pour la justice française, l’enjeu est de maintenir une ligne claire : traiter ce dossier comme n’importe quel autre, sans céder ni à la pression médiatique ni à l’émotion collective.

Le tribunal doit désormais décider si le procès peut se tenir dans ces conditions ou s’il doit être reporté.

Cette décision ne préjugera pas de la culpabilité ou de l’innocence de l’accusé. Elle dira en revanche quelque chose du fonctionnement concret de la justice pénale face à une situation où s’entremêlent maladie, obligations judiciaires et attente des parties civiles.

Dans une démocratie, la solidité d’une institution se mesure souvent dans ces moments précis : lorsque la règle de droit doit s’appliquer sans simplification ni spectaculaire.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Des documents judiciaires évoquent des démarches de Jeffrey Epstein pour établir des contacts politiques en Afrique de l’Ouest

De nouveaux éléments issus de procédures judiciaires aux États-Unis d’Amérique suggèrent que le financier Jeffrey Epstein a cherché à nouer des relations avec des cercles politiques au-delà des espaces occidentaux.

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Loin de se limiter à une affaire pénale nationale, les archives rendues publiques mentionnent des interactions potentielles avec des acteurs politiques en Afrique de l’Ouest. Si ces références ne constituent ni des accusations ni des mises en cause judiciaires, elles soulèvent des questions sur les modes contemporains d’accès aux sphères de décision par des acteurs privés.

Les documents judiciaires liés aux activités de Jeffrey Epstein révèlent des tentatives de prise de contact avec des personnalités appartenant à des environnements politiques en Afrique de l’Ouest.

Parmi les noms cités dans certaines correspondances figurent notamment Karim Wade, acteur politique sénégalais, ainsi que Nina Keita, membre de l’entourage familial du président ivoirien Alassane Ouattara.

Les éléments évoquent des démarches visant à établir des relations, à organiser des rencontres ou à explorer des perspectives de coopération économique ou technologique. À ce stade, aucune implication dans des activités illégales n’est établie concernant les personnes mentionnées.

Ces informations suggèrent néanmoins l’existence d’initiatives destinées à accéder à des réseaux décisionnels nationaux.

Ces révélations prennent sens dans une évolution plus large du système international.

Depuis plusieurs décennies, les relations entre États ne constituent plus l’unique cadre de circulation de l’influence. Des acteurs privés dotés de ressources financières et relationnelles importantes cherchent à établir des liens directs avec les sphères publiques.

Dans ce contexte, l’accès aux élites politiques peut devenir un levier stratégique, non pas uniquement pour des projets économiques, mais aussi pour renforcer des positions d’influence.

L’intérêt de l’affaire réside ainsi moins dans l’identification des personnalités mentionnées que dans la méthode qu’elle laisse entrevoir : celle d’une insertion progressive dans des réseaux institutionnels par des voies informelles.

Cette dynamique n’est pas propre à l’Afrique de l’Ouest. Elle s’observe dans différentes régions du monde où les interactions entre acteurs privés et décideurs publics se multiplient, dans un environnement marqué par la concurrence économique et la diversification des partenariats internationaux.

Elle pose, de manière transversale, la question de la capacité des institutions à encadrer ces relations tout en maintenant leur ouverture aux coopérations extérieures.

Au-delà de sa dimension judiciaire, l’affaire Epstein met en lumière une transformation plus large des mécanismes d’influence à l’échelle internationale. Elle rappelle que les rapports de pouvoir contemporains ne se jouent plus uniquement dans le cadre formel de la diplomatie, mais également dans des espaces relationnels plus discrets.

Comprendre ces évolutions apparaît essentiel pour saisir les recompositions actuelles du pouvoir mondial.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Afghanistan : un nouveau code pénal encadre les violences domestiques et redéfinit l’ordre juridique

Un texte de loi ne se contente jamais d’organiser des sanctions. Il dit ce qu’un pouvoir considère comme tolérable, condamnable ou secondaire. En Afghanistan, l’adoption d’un nouveau code pénal par les autorités talibanes marque une étape décisive dans la restructuration du système juridique du pays.

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Promulgué sans processus parlementaire ni consultation publique, le nouveau code pénal afghan précise le traitement des violences domestiques et redéfinit plusieurs infractions liées au comportement familial et social. Ses dispositions, qui prévoient des seuils restrictifs pour caractériser certaines violences et fixent des peines limitées, suscitent des réactions internationales. Au-delà de la controverse, le texte révèle une recomposition institutionnelle plus large du droit afghan depuis le retour au pouvoir des talibans en 2021.

Depuis la prise de Kaboul par les talibans en août 2021, l’Afghanistan a engagé une transformation progressive de son architecture juridique. Les textes adoptés sous la République islamique soutenue par la communauté internationale ont été progressivement remplacés ou amendés afin d’aligner la législation sur l’interprétation du droit islamique défendue par les nouvelles autorités.

Le nouveau code pénal, entré en application au début de l’année 2026, constitue la première codification d’ensemble depuis ce changement de régime. Il rassemble et formalise des règles auparavant appliquées de manière disparate par les juridictions religieuses.

Concernant les violences domestiques, le texte précise les conditions dans lesquelles une agression peut être poursuivie. Selon les dispositions rendues publiques, la qualification pénale dépend notamment de la preuve de blessures constatables et documentées. Les peines prévues demeurent limitées dans leur durée. Par ailleurs, d’autres articles encadrent strictement la mobilité et l’autonomie des femmes dans l’espace familial, prévoyant des sanctions en cas de non-respect de certaines obligations définies par le code.

Le texte n’a pas été soumis à un débat public national. Les tribunaux l’appliquent désormais dans un contexte institutionnel profondément remanié, où les magistrats religieux disposent d’une large marge d’interprétation.

L’enjeu dépasse la seule question des violences conjugales. Il concerne la nature même du système juridique afghan.

Premièrement, le nouveau code pénal traduit une centralisation normative. Là où, depuis 2001, coexistait un droit d’inspiration civile et des références religieuses, le pouvoir taliban opère une clarification idéologique : la norme religieuse devient la source principale de légitimité juridique. Le droit n’est plus conçu comme un compromis entre traditions, standards internationaux et institutions modernes, mais comme l’expression d’un ordre moral défini par l’autorité en place.

Deuxièmement, le traitement des violences domestiques révèle une hiérarchie des priorités pénales. En fixant des seuils précis et des peines limitées, le code délimite le champ de l’intervention judiciaire dans la sphère familiale. Cette approche s’inscrit dans une conception où la famille constitue une unité régie prioritairement par l’autorité masculine, et où l’État intervient de manière restreinte.

Troisièmement, cette évolution juridique a une portée diplomatique. L’Afghanistan demeure largement isolé sur la scène internationale. Les Nations unies et plusieurs organisations non gouvernementales ont exprimé leurs préoccupations quant à la protection des droits fondamentaux. Or la reconnaissance internationale du régime taliban reste conditionnée, pour de nombreux États, à des garanties minimales en matière de droits des femmes et d’accès à la justice.

Enfin, il convient de replacer cette réforme dans une perspective comparative. Plusieurs pays à majorité musulmane appliquent des systèmes juridiques combinant droit civil et droit religieux. La spécificité afghane tient à l’absence actuelle de contre-pouvoirs institutionnels et à la concentration de l’autorité normative entre les mains du pouvoir exécutif et religieux.

La trajectoire juridique de l’Afghanistan soulève une question centrale : un État peut-il durablement s’inscrire dans les circuits diplomatiques et économiques internationaux tout en assumant une rupture aussi nette avec les standards contemporains de protection des droits fondamentaux ?

La réponse dépendra autant de l’évolution interne du régime que des choix des puissances régionales et des bailleurs internationaux. Entre isolement prolongé et recherche pragmatique de reconnaissance, Kaboul devra arbitrer.

Le nouveau code pénal afghan ne se limite pas à un ajustement technique du droit. Il formalise une vision politique et sociale de l’ordre public, dans laquelle la régulation des relations familiales occupe une place déterminante.

En encadrant strictement la qualification et la sanction des violences domestiques, le texte offre une lecture précise des priorités du pouvoir taliban. Comprendre cette réforme, c’est mesurer la profondeur de la transformation institutionnelle engagée depuis 2021 et ses implications pour l’avenir juridique et diplomatique du pays.

Celine Dou, pour la Boussole-infos