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France : primaire de la gauche, après la querelle Royal-Glucksmann, les cinq candidats face à leurs divergences sur LFI, l’Ukraine et Gaza

Le rappel à l’ordre adressé à Ségolène Royal par la commission d’organisation de la primaire sociale-démocrate aurait pu rester une simple péripétie de campagne. Il prend une autre dimension depuis que la même commission a expliqué que les règles du débat entre candidats de la primaire ne pouvaient être exactement les mêmes que celles du débat avec la droite et « l’extrême droite ». Deux jours plus tard, le premier débat télévisé entre les cinq prétendants a déplacé les échanges vers les sujets qui pourraient réellement déterminer la suite : alliances électorales, Ukraine, Gaza, pouvoir d’achat et dette.

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Ségolène Royal avait déclenché la séquence en s’en prenant directement à Raphaël Glucksmann, dont elle mettait en doute l’expérience politique. La commission d’organisation, présidée par Patrick Mennucci, lui a demandé de revenir à une attitude respectueuse, au nom de la charte signée par les candidats et de « l’esprit de camaraderie » attendu pendant la primaire. Mais son communiqué contenait aussi une précision politique : selon elle, la nature du débat interne à cette primaire n’est pas la même que celle du débat avec la droite et « l’extrême droite ». Le 23 septembre, les cinq candidats se sont retrouvés sur le même plateau. La querelle de personnes a laissé place à des désaccords plus profonds sur la stratégie que la gauche pourrait défendre pour 2027.

Une remontrance qui en dit plus que les seules attaques de Ségolène Royal

La séquence commence avec une formule de Ségolène Royal dans une interview accordée à Libération. Pour distinguer sa candidature de celle de Raphaël Glucksmann, l’ancienne ministre socialiste a mis en avant son expérience et estimé qu’on ne pouvait pas « mettre un stagiaire à la tête d’une entreprise » lorsqu’il s’agit de diriger un pays.

Raphaël Glucksmann, député européen et candidat soutenu par Place publique, lui a répondu en mettant à son tour en cause son parcours politique. L’échange aurait pu rester dans le registre classique de la campagne électorale. La commission d’organisation de la primaire a choisi d’intervenir.

Présidée par Patrick Mennucci, elle a rappelé que les candidats avaient signé une charte leur imposant notamment un comportement éthique et l’interdiction des attaques personnelles. Elle a demandé à Ségolène Royal de revenir à une attitude respectueuse à l’égard du processus démocratique et a appelé les candidats à se conformer à un « esprit de camaraderie ».

Jusque-là, le principe paraît simple : une primaire doit permettre à plusieurs candidats appartenant au même espace politique de se confronter sans transformer la compétition en règlement de comptes.

Mais le communiqué de la commission contient une phrase qui mérite davantage d’attention. L’instance précise que « la nature du débat politique de la primaire n’est pas le même que dans le débat face à la droite et l’extrême droite ».

Cette distinction n’est pas anodine. Elle signifie que la commission ne considère pas le débat interne et l’affrontement avec les adversaires extérieurs au même espace politique comme deux exercices identiques. À l’intérieur de la primaire, la confrontation doit préserver les conditions d’un rassemblement après le scrutin. Face aux autres familles politiques, les règles du débat peuvent donc être différentes selon cette conception.

La question mérite d’être posée sans confondre les catégories politiques. La droite n’est pas synonyme d’« extrême droite », et la droite nationaliste ne constitue pas automatiquement une catégorie identique à celle que les formations de gauche désignent comme « extrême droite ». Ces appellations ont une histoire, des usages politiques et des définitions variables selon les acteurs qui les emploient.

Le point intéressant, pour autant, n’est pas de trancher ici la querelle des étiquettes. Il est de constater que la commission introduit elle-même une différence entre la manière de traiter un désaccord au sein de la gauche et celle de combattre les formations placées hors de son périmètre politique.

Cette distinction renvoie à une question plus large du débat français : jusqu’où peut aller la confrontation politique lorsqu’il s’agit d’un adversaire considéré comme extérieur à son propre camp, et à partir de quel moment la dénonciation d’une idéologie devient-elle une manière de disqualifier politiquement ceux qui la portent ?

La commission, elle, n’apporte pas de réponse générale à cette question. Elle parle du fonctionnement particulier de cette primaire et de la nécessité, pour les candidats, de pouvoir se rassembler après le vote.

Le débat du 23 septembre change la nature de la campagne

Deux jours après ce rappel à l’ordre, les cinq candidats se sont retrouvés face à face sur LCI : Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel.

Cette fois, les attaques personnelles n’ont pas occupé le centre de la soirée. Les échanges ont porté sur les choix que chacun entend défendre pour la France et, surtout, sur les forces politiques avec lesquelles une éventuelle majorité pourrait être construite.

La question de La France insoumise a constitué l’un des principaux points de désaccord.

Raphaël Glucksmann a affirmé qu’il n’y aurait pas d’accord avec La France insoumise, y compris pour les élections législatives. Jérôme Guedj défend également cette ligne. Olivier Faure privilégie, lui, la recherche d’un rassemblement plus large de la gauche et insiste sur la réalité des coopérations parlementaires entre socialistes et députés de La France insoumise.

Ségolène Royal a contesté ce qu’elle considère comme une focalisation excessive sur cette formation. Selon elle, la question doit être replacée dans une réflexion plus large sur la reconstruction de la gauche, qui doit également prendre en compte les écologistes et les communistes. Emmanuel Maurel défend lui aussi l’idée d’une coalition à gauche.

Derrière cette querelle sur les alliances se trouve une question électorale très concrète : avec qui gouverner si le candidat issu de la primaire accède à la présidentielle puis, éventuellement, aux élections législatives ?

La réponse n’est pas secondaire. Elle permet de distinguer une candidature conçue comme l’affirmation d’une ligne politique autonome d’une autre qui privilégierait le rassemblement le plus large possible afin de constituer une majorité.

Ukraine : même soutien, réponses différentes

La guerre en Ukraine a offert un autre exemple de divergences qui ne se résument pas à une opposition entre gauche et droite.

Les cinq candidats se sont accordés sur le principe d’un soutien à l’Ukraine, mais leurs propositions diffèrent sur les moyens à employer et sur la place à donner à la négociation.

Raphaël Glucksmann défend une aide militaire renforcée à l’Ukraine et une politique européenne plus déterminée face à la Russie. Ségolène Royal insiste davantage sur la négociation et la recherche d’une issue diplomatique. Jérôme Guedj a notamment interrogé les conséquences d’une éventuelle protection aérienne de l’espace ukrainien, qui pourrait accroître le risque de confrontation directe avec les forces russes.

Ce débat montre une réalité importante : partager un même diagnostic sur une menace ne signifie pas nécessairement partager la même stratégie.

La différence porte ici sur la frontière entre soutien militaire, dissuasion, négociation et risque d’escalade. Pour une future candidature présidentielle, ce ne sont pas des nuances secondaires : elles déterminent la conception de la politique étrangère, de la défense française et du rôle de la France en Europe.

Gaza, le vocabulaire et les limites du débat

La situation à Gaza a provoqué un autre échange tendu.

Olivier Faure et Ségolène Royal ont employé le terme de « génocide » pour qualifier la situation. Raphaël Glucksmann ne reprend pas cette qualification. La discussion a également porté sur la distinction entre la critique du gouvernement de Benyamin Netanyahou et la lutte contre l’antisémitisme en France.

Jérôme Guedj a contesté certains propos de Ségolène Royal sur la nécessité de faire davantage entendre des voix israéliennes et juives dénonçant la situation à Gaza. Le débat a alors porté non seulement sur le conflit au Proche-Orient, mais aussi sur la manière de parler des Juifs de France lorsqu’on critique la politique du gouvernement israélien.

Là encore, les désaccords portent autant sur les mots que sur les conséquences politiques à tirer des événements.

Cette dimension est importante dans une primaire qui cherche à construire une candidature commune. Une formation politique peut partager certains objectifs cessez-le-feu, aide humanitaire, pression diplomatique ou respect du droit international tout en divergeant profondément sur la qualification des événements et sur les moyens d’action.

Du pouvoir d’achat à la dette, les différences deviennent économiques

Le débat a également permis aux candidats de préciser leurs propositions économiques.

Sur le prix des carburants, Ségolène Royal a défendu une baisse à 1,70 euro le litre jusqu’à la fin de l’année. Raphaël Glucksmann et Olivier Faure privilégient davantage des aides ciblées vers les ménages qui en ont le plus besoin. Emmanuel Maurel propose notamment un emprunt national citoyen destiné à financer l’électrification, tandis que Jérôme Guedj défend une fiscalité prenant davantage en compte les enjeux climatiques.

Les différences apparaissent également sur les revenus et la fiscalité. Olivier Faure défend notamment un salaire minimum à 1 700 euros net. Raphaël Glucksmann propose de modifier la fiscalité successorale afin de financer une baisse de la contribution sociale généralisée pour les salariés.

La dette publique complète ce tableau. Aucun des cinq candidats ne propose de simplement effacer la dette. Les divergences portent plutôt sur les recettes supplémentaires, les dépenses publiques, les économies possibles et les investissements nécessaires à la réindustrialisation.

La primaire ne se résume donc plus à la question de savoir qui peut incarner la gauche. Elle oblige chacun à préciser quelle politique économique il entend mener et comment il compte la financer.

Une primaire qui doit encore définir son propre périmètre

Le premier débat a ainsi fait apparaître un paradoxe.

La commission d’organisation demande aux candidats de préserver la camaraderie parce que le vainqueur aura besoin du soutien des autres. Mais les échanges du 23 septembre montrent que le rassemblement ne pourra pas être obtenu uniquement par une discipline de campagne.

Les désaccords sont réels : ils concernent les alliances, la relation à La France insoumise, la politique étrangère, l’Ukraine, Gaza, la fiscalité, les carburants, les retraites et le financement des politiques publiques.

La question centrale devient alors celle du périmètre politique de cette primaire. Elle rassemble le Parti socialiste, Place publique et la Gauche républicaine et socialiste, mais ne réunit pas toutes les formations de gauche. Elle doit donc déterminer non seulement son candidat, mais aussi les limites du rassemblement qu’il cherchera ensuite à construire.

Le rappel à l’ordre de Ségolène Royal prend ici un autre sens. La commission a voulu protéger le cadre d’une compétition dont le principe repose sur une idée simple : plusieurs candidats peuvent se combattre pour obtenir le même mandat, puis accepter le résultat et soutenir celui qui l’emporte.

Reste une question plus délicate, que le débat français dépasse largement cette primaire : la défense de la démocratie peut-elle conduire à considérer que certaines formes de confrontation sont acceptables contre des adversaires politiques extérieurs, alors qu’elles deviennent inadmissibles entre membres d’une même famille politique ?

La commission a, de fait, posé cette distinction dans son communiqué. La campagne permettra désormais de voir jusqu’où cette conception du débat peut être tenue lorsque les enjeux deviendront plus directement électoraux.

Deux autres débats sont prévus avant le vote, les 1er et 4 octobre. Le premier tour de la primaire aura lieu les 9 et 10 octobre, avec un second tour prévu les 16 et 17 octobre si aucun candidat ne l’emporte au premier.

La querelle entre Ségolène Royal et Raphaël Glucksmann aura donc servi de point de départ. Mais désormais, le véritable enjeu est ailleurs : les cinq candidats doivent démontrer que leur conception de la gauche peut survivre à la compétition interne et, surtout, définir avec qui et sur quelles bases elle entend gouverner.

Celine Dou

France : l’AGRIF porte plainte contre Jean-Luc Mélenchon et Imane Hamel pour des propos qu’elle qualifie d’injures à caractère racial envers les Blancs

L’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne (AGRIF) a engagé, à Paris, deux procédures judiciaires contre des figures de La France insoumise. L’une vise Jean-Luc Mélenchon pour une déclaration prononcée le 18 mars 2026 lors d’une conférence consacrée à sa conception de la « nouvelle France ». L’autre concerne Imane Hamel, co-animatrice d’un groupe thématique de La France insoumise consacré à l’antiracisme, pour des propos tenus en octobre 2025 à Clichy-sous-Bois. L’association estime que ces déclarations sont susceptibles de constituer des injures publiques envers un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une race.

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Les deux plaintes avec constitution de partie civile ont été déposées le samedi 5 septembre 2026 devant le doyen des juges d’instruction du tribunal judiciaire de Paris. Elles ont été introduites par l’intermédiaire de Me Jérôme Triomphe. Pour Jean-Luc Mélenchon, l’AGRIF conteste une formule prononcée alors que le fondateur de La France insoumise développait son idée de « nouvelle France » et évoquait les origines africaines de l’humanité. Pour Imane Hamel, l’association s’appuie sur une déclaration faite lors d’une réunion de La France insoumise à Clichy-sous-Bois.

Deux procédures déposées le même jour

La procédure visant Jean-Luc Mélenchon porte sur une intervention publique du 18 mars 2026, retransmise en direct sur YouTube. Au cours de cette conférence, le responsable de La France insoumise développait sa conception de la « nouvelle France » et abordait notamment l’histoire du peuplement humain et l’origine africaine de l’humanité.

Il déclarait notamment : « Je veux dire, il a quand même bien fallu qu’il y en ait un jour un ou une qui se mette debout sur ses pattes à l’autre bout du continent africain pour qu’à la fin vous soyez en train de faire les malins tout blancs, tout moches que vous êtes ».

C’est cette formulation, et particulièrement l’association entre la référence à la couleur de peau et le qualificatif « moches », que l’AGRIF porte devant la justice. L’association estime que les propos peuvent relever de l’infraction d’« injures publiques envers un groupe de personnes en raison de l’appartenance à la race ».

La plainte ne porte donc pas sur une simple divergence d’interprétation politique de la notion de « nouvelle France ». Elle vise une séquence précise, une déclaration précise et une qualification pénale précise avancée par l’association plaignante.

Imane Hamel visée pour une déclaration faite en 2025

La seconde procédure concerne Imane Hamel. Les faits remontent au 16 octobre 2025, lors d’une réunion de La France insoumise organisée à Clichy-sous-Bois.

Co-animatrice d’un groupe thématique du mouvement consacré à l’antiracisme, elle avait déclaré : « Par une réécriture de l’histoire, le peuple français est réduit à une lignée de sang à la culture sclérosée », avant d’ajouter : « nous ne sommes pas moins français que celui dont la seule gloire malheureuse est d’être né blanc ».

L’AGRIF considère également cette déclaration comme susceptible de constituer une injure publique envers un groupe de personnes en raison de l’appartenance à une race. Elle a donc engagé une procédure contre Imane Hamel sur le même fondement que celle visant Jean-Luc Mélenchon.

Les deux affaires présentent ainsi une particularité commune : l’association ne conteste pas seulement des positions politiques défendues par La France insoumise sur l’histoire, l’immigration ou l’antiracisme. Elle demande à la justice d’examiner pénalement des formulations dans lesquelles elle estime reconnaître une atteinte visant les personnes blanches en raison de leur appartenance raciale.

L’AGRIF revendique une stratégie judiciaire ancienne

Présidée par Yann Baly, l’AGRIF se présente comme une association engagée dans la lutte contre le racisme et dans la défense de l’identité française et chrétienne. Elle affirme depuis plusieurs années vouloir porter devant les tribunaux ce qu’elle considère comme des manifestations de racisme visant notamment les Français et les personnes blanches.

Dans son communiqué consacré aux deux plaintes, Yann Baly affirme que l’association ne souhaite désormais « plus rien laisser passer » et établit un lien entre les propos qu’elle poursuit et ce qu’elle décrit comme un climat de tensions autour des questions raciales et identitaires.

Cette stratégie explique également la multiplication des procédures engagées par l’association dans des affaires politiquement sensibles. L’une des prochaines audiences qu’elle met en avant concerne le procès de Majid Messaoudene, prévu le 11 septembre 2026 devant le tribunal judiciaire de Paris. L’AGRIF le poursuit notamment à la suite d’une publication datant de juin 2020 dans laquelle il écrivait : « Nous sommes antiracistes contre tous les racismes », avant d’ajouter une exception concernant le racisme anti-Blanc.

Le précédent de Crépol, un dossier encore juridiquement disputé

L’AGRIF invoque également l’affaire du meurtre de Thomas Perotto à Crépol, dans la Drôme, pour inscrire ces nouvelles plaintes dans une bataille judiciaire plus large autour de la reconnaissance du racisme visant les personnes blanches.

Mais le dossier de Crépol impose une nuance importante.

Le 23 juillet 2026, les juges d’instruction avaient retenu une circonstance aggravante de racisme dans leur ordonnance concernant les personnes mises en examen. Quelques semaines plus tard, dans son réquisitoire définitif complémentaire daté du 17 août, le parquet de Valence a demandé que cette circonstance aggravante ne soit pas retenue, estimant que les éléments recueillis ne caractérisaient pas suffisamment les faits de racisme.

Il existe donc, à ce stade, une divergence entre les magistrats instructeurs et le ministère public. La qualification n’est pas définitivement tranchée. Présenter l’affaire de Crépol comme une reconnaissance judiciaire définitive du « racisme anti-Blanc » serait donc juridiquement inexact.

Cette distinction est importante pour comprendre la portée des plaintes visant Jean-Luc Mélenchon et Imane Hamel : dans ces deux dossiers également, l’existence d’une plainte et la qualification avancée par l’association ne préjugent pas de la décision qui pourra être prise par la justice.

Une procédure judiciaire dans une année présidentielle

La plainte visant Jean-Luc Mélenchon intervient par ailleurs alors que le fondateur de La France insoumise s’est engagé dans la préparation de l’élection présidentielle de 2027. Sa conférence du 18 mars s’inscrivait déjà dans une réflexion politique autour de ce qu’il appelle la « nouvelle France ».

La procédure judiciaire ajoute désormais une dimension pénale à une séquence politique qui avait déjà suscité des réactions sur la manière dont Jean-Luc Mélenchon parle de l’histoire de France, de l’immigration et de la composition de la société française.

Pour autant, il convient de distinguer les différents niveaux du dossier. Une déclaration peut être politiquement contestée sans être pénalement répréhensible. À l’inverse, la liberté d’expression n’exclut pas, en droit français, l’existence d’infractions relatives notamment aux injures publiques commises en raison de l’appartenance réelle ou supposée à un groupe défini par son origine ou sa race.

C’est précisément cette frontière que l’AGRIF demande aux magistrats d’examiner.

La justice devra établir la qualification des propos

À ce stade, aucun jugement ne permet d’affirmer que Jean-Luc Mélenchon ou Imane Hamel ont été condamnés pour des injures à caractère racial. Les deux procédures résultent de plaintes déposées avec constitution de partie civile par l’AGRIF. La qualification pénale invoquée appartient désormais au débat judiciaire.

Pour Jean-Luc Mélenchon, le cœur du dossier réside dans la phrase prononcée le 18 mars 2026 et dans le sens qu’il convient de lui donner au regard de l’ensemble de son intervention. Pour Imane Hamel, les magistrats devront examiner les propos prononcés à Clichy-sous-Bois le 16 octobre 2025 ainsi que leur contexte.

La question posée par ces deux plaintes dépasse ainsi la seule personne des deux responsables de La France insoumise : elle porte sur les limites de la liberté d’expression lorsqu’un discours associe explicitement une caractéristique raciale à une appréciation dévalorisante, et sur la manière dont le droit français traite les propos visant un groupe défini par la race.

Le 5 septembre 2026, l’AGRIF a saisi la justice parisienne de deux affaires distinctes, mais fondées sur la même qualification pénale : des injures publiques qu’elle estime dirigées contre un groupe de personnes en raison de leur appartenance raciale. Jean-Luc Mélenchon est poursuivi pour une déclaration prononcée en mars 2026 lors d’une conférence sur la « nouvelle France » ; Imane Hamel l’est pour une intervention faite à Clichy-sous-Bois en octobre 2025.

Le débat est désormais judiciaire. Ni la qualification avancée par l’AGRIF, ni les réactions politiques suscitées par ces propos ne valent condamnation. Il appartiendra aux magistrats de déterminer si les déclarations visées dépassent le cadre de la liberté d’expression et répondent effectivement aux éléments constitutifs de l’infraction invoquée.

Celine Dou

FRANCE : SÉBASTIEN DELOGU, DÉJÀ CONVOQUÉ EN JUSTICE APRÈS SON ALTERCATION AVEC DES POLICIERS, VISÉ PAR UNE PLAINTE DE SON EX-ÉPOUSE RÉVÉLÉE PAR LE JOURNAL DU DIMANCHE

Le député de La France insoumise fait l’objet d’une plainte déposée par son ex-épouse autour du 22 juillet, selon les informations du Journal du dimanche. Le dossier concerne un différend familial autour de leur fils et des pensions alimentaires que la plaignante affirme ne pas avoir reçues. L’existence de cette procédure était restée publique inconnue jusqu’à sa révélation, le 29 août.

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Sébastien Delogu fait l’objet d’une plainte dont l’existence n’avait pas été rendue publique jusqu’ici. Le Journal du dimanche rapporte que son ex-épouse a saisi la police aux alentours du 22 juillet, après un épisode conflictuel concernant leur fils.

Selon le récit rapporté par le quotidien, le député aurait voulu récupérer ses enfants avant de repartir avec son fils. Son ex-épouse aurait ensuite gagné un commissariat pour déposer plainte. L’enfant aurait finalement été ramené dans la nuit.

La plaignante aurait également signalé des pensions alimentaires qu’elle affirme ne pas avoir reçues. Le Journal du dimanche indique que Sébastien Delogu avait été convoqué au commissariat le 11 août dans cette affaire et qu’il ne s’y serait pas présenté. Une nouvelle convocation lui aurait ensuite été adressée pour le 26 août.

Ces informations décrivent les faits tels qu’ils sont rapportés par le Journal du dimanche et les déclarations attribuées à l’ex-épouse. Elles ne constituent pas une décision de justice. Les suites judiciaires de cette plainte ne sont pas connues.

La révélation survient après une garde à vue

Le nom de Sébastien Delogu est déjà au centre d’une autre procédure judiciaire.

Le 24 août, trois policiers en civil se sont rendus dans l’immeuble marseillais où réside le député. Ils recherchaient un homme soupçonné d’avoir volé une montre. Une altercation a opposé les fonctionnaires à l’élu.

Les policiers affirment que le député s’est opposé à leur intervention et leur a adressé des insultes. Sébastien Delogu conteste leur récit. Il affirme notamment que les policiers ne lui auraient pas immédiatement indiqué leur qualité et soutient avoir lui-même subi des violences physiques et verbales. Les trois fonctionnaires ont porté plainte ; le député a également saisi la justice.

Le 27 août, Sébastien Delogu s’est présenté au commissariat central de Marseille avec son avocat. Il a été placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête ouverte pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique. Après plus de huit heures, il a été libéré.

La justice lui a fixé une prochaine échéance au 13 novembre 2026. Le député doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Marseille pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique.

Au lendemain de sa garde à vue, Sébastien Delogu a donné sa version des événements. Il affirme avoir été « injurié et agressé » et conteste avoir voulu empêcher les policiers d’effectuer leur intervention.

Une plainte familiale déposée avant l’affaire des policiers

La chronologie permet de comprendre la portée de l’information révélée par le Journal du dimanche.

La plainte de l’ex-épouse aurait été déposée autour du 22 juillet, soit plus d’un mois avant l’altercation survenue dans l’immeuble du député, le 24 août. Elle n’est donc pas la conséquence de cette affaire et ne constitue pas une procédure ouverte à la suite de sa garde à vue.

Ce que le Journal du dimanche rend public le 29 août, c’est l’existence de cette procédure familiale, alors que Sébastien Delogu vient de passer plusieurs heures en garde à vue et qu’il doit désormais répondre devant le tribunal correctionnel de Marseille des faits d’outrage qui lui sont reprochés.

Les deux dossiers suivent leurs propres chemins judiciaires. Dans l’affaire familiale, les accusations rapportées contre le député restent celles de la plaignante et devront être examinées par les autorités compétentes. Dans l’affaire marseillaise, Sébastien Delogu conteste les faits qui lui sont reprochés et affirme avoir lui-même été victime des policiers.

Pour l’heure, aucune condamnation n’a été prononcée dans l’une ou l’autre de ces affaires.

Celine Dou

France – Présidentielle 2027 : jugeant les Écologistes incapables de gagner seuls, Yannick Jadot rallie Raphaël Glucksmann

Yannick Jadot apporte son soutien à Raphaël Glucksmann au lendemain de l’annonce de sa candidature à la présidentielle de 2027. Le sénateur écologiste estime que son camp ne dispose pas, à lui seul, des moyens politiques pour remporter l’élection. Il participera à la préparation des 100 premiers jours d’une éventuelle présidence Glucksmann, avec un projet d’« état d’urgence écologique ».

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Yannick Jadot a choisi Raphaël Glucksmann. L’ancien candidat écologiste à la présidentielle de 2022 a annoncé son soutien lundi 24 août sur France Inter, quelques heures après l’officialisation de la candidature de Glucksmann.

Pour justifier son choix, le sénateur écologiste ne s’est pas contenté d’invoquer une proximité politique. Il a reconnu les limites de sa propre famille politique dans la course présidentielle. Selon lui, « l’écologie politique pour cette élection présidentielle n’est pas en capacité de rassembler et de jouer la gagne ».

Jadot considère Raphaël Glucksmann comme le candidat le mieux placé pour réunir plusieurs électorats autour de la justice sociale, de l’écologie, de la démocratie et de l’Europe. Il estime également que le député européen dispose d’une possibilité réelle de victoire.

Une candidature Glucksmann à peine officialisée

Raphaël Glucksmann a annoncé sa candidature dimanche 23 août. Le député européen de Place publique participera à la primaire sociale-démocrate prévue en octobre avec le Parti socialiste et son propre mouvement.

Cette primaire doit départager plusieurs personnalités de la gauche sociale-démocrate avant le premier tour de la présidentielle. Glucksmann cherche ainsi à construire une candidature capable de dépasser les seuls rangs de Place publique.

Le soutien de Jadot lui apporte une figure connue de l’écologie politique. En 2022, l’ancien candidat écologiste avait obtenu 4,6 % des suffrages au premier tour de la présidentielle.

Jadot ne rejoint toutefois pas Glucksmann uniquement pour soutenir sa candidature. Il doit également travailler sur le programme écologique du futur candidat.

Jadot chargé des 100 premiers jours

En cas de victoire de Raphaël Glucksmann, Yannick Jadot devra préparer les mesures des 100 premiers jours consacrées à l’écologie. Il a notamment évoqué la création d’un « état d’urgence écologique ».

Le dispositif doit porter sur plusieurs priorités : renforcer les moyens des pompiers, protéger les populations les plus vulnérables face aux conséquences du changement climatique et adapter les territoires.

Le choix de Jadot donne donc une place importante à l’écologie dans le projet de Glucksmann. Il ne signifie pas pour autant que les deux hommes partagent toutes les mêmes positions.

La question de l’énergie reste notamment sensible. Glucksmann est favorable au développement de nouveaux réacteurs nucléaires, tandis que Jadot défend depuis longtemps une position beaucoup plus critique à l’égard du nucléaire. Leur rapprochement repose donc sur des convergences politiques, sans effacer leurs divergences.

Les Écologistes face à un choix stratégique

La décision de Yannick Jadot intervient aussi dans une famille écologiste qui doit encore déterminer sa stratégie pour 2027.

Marine Tondelier défend l’existence d’un courant écologiste autonome. D’autres responsables écologistes souhaitent travailler avec La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon. Jadot, lui, choisit désormais le camp de la social-démocratie représenté par Glucksmann.

La différence entre ces orientations dépasse la seule question du candidat. Elle porte sur la conception même du rassemblement de la gauche.

Jean-Luc Mélenchon veut construire une candidature autour de La France insoumise et de son propre projet politique. Raphaël Glucksmann défend une autre ligne : une gauche sociale-démocrate, écologiste et attachée à la construction européenne. Le Parti socialiste et Place publique doivent précisément tenter de donner une forme électorale à cette seconde orientation à travers la primaire annoncée pour octobre.

Pour les Écologistes, le choix sera donc déterminant. Une candidature autonome permettrait au mouvement de défendre directement son programme, mais risquerait de disperser davantage les voix de gauche. Un rapprochement avec Glucksmann offrirait une autre possibilité : peser sur une candidature plus large et obtenir des garanties sur la place de l’écologie dans son programme.

Glucksmann veut élargir son électorat

Le soutien de Jadot apporte à Raphaël Glucksmann un appui politique qui dépasse le cadre de Place publique. Le candidat cherche à réunir des électeurs sociaux-démocrates, écologistes et pro-européens autour d’une même candidature.

Son résultat aux élections européennes de 2024 constitue l’un de ses principaux points d’appui. La liste commune de Place publique et du Parti socialiste avait obtenu 13,83 % des suffrages et terminé devant celle de La France insoumise.

Mais une présidentielle impose une autre échelle. Glucksmann doit désormais transformer cette base électorale en candidature nationale, obtenir les parrainages nécessaires et convaincre une gauche qui reste divisée sur son candidat et sur sa stratégie.

Le soutien de Jadot ne règle aucune de ces difficultés. Il apporte cependant à Glucksmann un relais supplémentaire auprès d’un électorat écologiste qui sera particulièrement disputé dans les mois à venir.

Une gauche toujours sans candidat commun

À ce stade, aucune des principales composantes de la gauche n’a réussi à imposer une candidature commune pour 2027.

La France insoumise avance avec Jean-Luc Mélenchon. Le Parti socialiste et Place publique préparent leur primaire sociale-démocrate. Les Écologistes doivent encore arrêter leur stratégie définitive.

Le choix de Yannick Jadot constitue donc un positionnement clair : plutôt que de défendre une candidature écologiste autonome, il préfère soutenir un candidat qui, selon lui, peut réunir davantage de Français et atteindre le second tour.

Cette décision pourrait alimenter les discussions au sein des Écologistes dans les prochains mois. Elle pose une question simple à la famille écologiste : faut-il chercher à gagner la présidentielle avec un candidat issu de l’écologie politique ou utiliser une candidature plus large pour imposer ses priorités au futur pouvoir ?

Yannick Jadot a choisi sa réponse. Raphaël Glucksmann devra maintenant démontrer qu’il peut transformer ce soutien en force électorale.

Celine Dou

France : une plainte vise le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko, soupçonné d’avoir cumulé un emploi à la RATP et plusieurs mandats publics

Pendant plusieurs années, Bally Bagayoko aurait cumulé un poste de cadre à la Régie autonome des transports parisiens (RATP) avec plusieurs mandats électifs. Aujourd’hui, cette situation est examinée par la justice après une plainte déposée auprès du Parquet national financier. L’association AC!! Anti-Corruption demande de vérifier si les règles encadrant le cumul d’activités publiques ont été respectées et si les rémunérations perçues correspondaient bien à un travail effectivement exercé.

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L’affaire a commencé avec une enquête du Canard enchaîné. L’hebdomadaire affirme que Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis et membre de La France insoumise, formation politique française classée à gauche, aurait conservé un poste de cadre à la RATP alors qu’il exerçait parallèlement plusieurs responsabilités électives.

Selon les informations publiées par le journal satirique, l’élu aurait été recruté par la régie publique des transports franciliens en 2000 dans des conditions particulières, sans concours ni entretien. L’enquête évoque également des horaires de travail qualifiés d’« élastiques » et une rémunération qui aurait ensuite dépassé 6 000 euros mensuels, en incluant les primes et le treizième mois.

Au fil des années, Bally Bagayoko a occupé plusieurs fonctions politiques : adjoint au maire de Saint-Denis, vice-président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, puis maire de la commune en 2026. C’est l’association de ces responsabilités électives avec son activité professionnelle au sein d’une entreprise publique qui se trouve aujourd’hui au centre des interrogations.

Une question au cœur de la plainte : le travail était-il réellement exercé ?

La plainte déposée par AC!! Anti-Corruption ne demande pas à la justice de trancher une controverse politique, mais de vérifier des éléments précis. L’association souhaite notamment savoir si une autorisation de cumul avait été délivrée par la RATP ou par les autorités compétentes, et si l’activité professionnelle exercée pendant les différents mandats correspondait aux obligations prévues par son contrat.

En France, le cumul de plusieurs emplois publics à temps complet est encadré par la loi. Lorsqu’une personne perçoit une rémunération provenant d’une entreprise publique, la réalité du travail fourni et le respect des règles administratives doivent pouvoir être établis.

Pour AC!! Anti-Corruption, si des rémunérations avaient été versées pour un emploi qui n’était pas effectivement occupé selon les conditions prévues, les faits pourraient relever d’une utilisation indue de fonds publics. L’association a donc demandé au Parquet national financier, juridiction spécialisée dans les affaires de corruption et d’atteinte à la probité, d’examiner la situation.

Des précédents qui ont marqué la vie publique française

Cette affaire rappelle d’autres dossiers qui ont alimenté le débat sur l’utilisation des fonds publics et la réalité des fonctions rémunérées.

Les affaires d’emplois présumés fictifs ont régulièrement conduit la justice française à s’interroger sur une même question : une rémunération publique correspond-elle à un travail réellement effectué ? Le dossier concernant François Fillon et les emplois de collaboratrice parlementaire attribués à son épouse avait notamment placé cette problématique au centre du débat national.

Le cas de Bally Bagayoko est toutefois différent. Il ne concerne pas une collaboratrice parlementaire, mais un possible cumul entre un emploi dans une entreprise publique et des responsabilités politiques locales. La question posée est donc celle de la compatibilité entre une fonction professionnelle rémunérée et l’exercice simultané de mandats électifs.

Au-delà des situations individuelles, le sujet renvoie à un débat plus large en France : celui de la frontière entre engagement politique et avantages liés à une fonction publique. Les réformes successives sur la transparence de la vie publique ont cherché à renforcer les obligations des responsables politiques afin d’éviter les conflits d’intérêts et de garantir une utilisation rigoureuse de l’argent public.

La justice devra établir les faits

Éric Halphen, ancien juge et président d’honneur d’AC!! Anti-Corruption, affirme que l’association joue son rôle de lanceur d’alerte en transmettant à la justice des éléments qui lui paraissent nécessiter une vérification. Il précise que cette démarche vaut quelle que soit l’appartenance politique des personnes concernées.

Contacté par l’Agence France-Presse, Bally Bagayoko n’a pas souhaité réagir. La RATP indique, pour sa part, qu’elle se tient à la disposition de la justice et qu’elle fournira les documents nécessaires si une enquête est ouverte.

À ce stade, aucune procédure judiciaire n’a été engagée contre le maire de Saint-Denis et aucune infraction n’est établie. Le Parquet national financier devra désormais examiner les éléments transmis et décider des suites à donner.

Cette affaire ne se résume pas au cas personnel de Bally Bagayoko. Elle pose une question centrale de la vie publique française : lorsqu’un élu perçoit une rémunération issue d’une entreprise publique tout en exerçant des responsabilités politiques, comment garantir que chaque fonction est réellement exercée et que chaque euro public est justifié ? La réponse appartient désormais à la justice.

Celine Dou, pour la Boussole-infos