Tous les articles par Celine Dou

Rédactrice passionnée et engagée au service de la bonne information

France : Hausse du prix du tabac et interdiction de fumer dans les lieux publics extérieurs, une politique sanitaire ambitieuse aux multiples défis

À partir du 1er juillet 2025, la France durcit encore sa politique anti-tabac en interdisant de fumer dans de nombreux espaces publics extérieurs. Cette mesure s’accompagne d’une nouvelle hausse du prix du paquet de cigarettes, désormais à 10,95 euros pour les marques les plus vendues, inscrivant le pays dans une trajectoire vers un paquet à 13 euros d’ici 2027.

Ces initiatives illustrent une volonté politique claire : lutter contre la première cause de mortalité évitable dans l’Hexagone, responsable chaque année de près de 75 000 décès. Mais cette politique, saluée par les professionnels de santé, se confronte aussi à des enjeux sociaux complexes et à des risques économiques non négligeables.

Dès le 1er juillet, fumer sera prohibé sur les plages bordant les zones de baignade, dans les parcs et jardins publics, aux abris de bus, et surtout aux abords des écoles, collèges, lycées et autres établissements accueillant des mineurs. Les installations sportives telles que stades et piscines entrent également dans le périmètre de la nouvelle réglementation.

Cette mesure vise en priorité à réduire l’exposition des enfants et adolescents au tabagisme passif, en créant des environnements sans fumée dans des lieux fréquentés par les jeunes. La ministre de la Santé, Catherine Vautrin, l’a résumé sans détour : « Là où il y a des enfants, le tabac doit disparaître ».

Une période de sensibilisation accompagnera la mise en œuvre, avant l’application des amendes de 135 euros en cas de non-respect. Pour l’heure, les terrasses des cafés et restaurants ne sont pas concernées, mais l’extension à ces espaces reste envisagée.

Parallèlement, le prix du paquet continue sa montée progressive. Cette hausse, justifiée par des études montrant que l’augmentation tarifaire réduit la consommation, vise particulièrement à dissuader les jeunes et les populations précaires.

Les professionnels de santé applaudissent cette mesure, rappelant que la politique tarifaire est l’un des outils les plus efficaces pour réduire le tabagisme. Le Conseil national des médecins généralistes souligne aussi le renforcement des campagnes de prévention et des dispositifs d’aide au sevrage.

Cependant, cette trajectoire n’est pas sans controverses. Pour de nombreux fumeurs issus de milieux modestes, le tabac représente déjà une dépense contrainte. La hausse des prix risque de renforcer leur pression économique, sans garantir un accès facile aux aides nécessaires pour arrêter. Certains acteurs associatifs dénoncent un effet potentiellement stigmatisant, soulignant les inégalités territoriales en matière d’accompagnement au sevrage.

Un autre enjeu majeur réside dans le risque accru de développement du marché noir du tabac. Avec plus de 8 % de la consommation européenne détournée par la contrebande, la France, comme d’autres États membres, doit composer avec des trafics qui fragilisent à la fois la santé publique et les recettes fiscales.

Les autorités françaises appellent à une harmonisation des taxes au sein de l’Union européenne, espérant une réforme prochaine de la directive européenne sur la taxation du tabac. Quinze États membres soutiennent cette démarche, consciente que seule une action coordonnée peut limiter les distorsions de marché et les trafics illicites.

Depuis l’instauration du paquet neutre en 2017 et les hausses tarifaires successives, la France a enregistré une baisse notable du nombre de fumeurs. Pourtant, la question centrale demeure : comment concilier efficacité sanitaire et équité sociale ?

Le prix dissuade, mais il ne guérit pas. Une politique publique durable doit impérativement intégrer un soutien renforcé aux parcours de sevrage, une écoute attentive des besoins, et une réduction des inégalités d’accès aux soins.

Alors que les inégalités sociales de santé se creusent, la lutte contre le tabac incarne un défi de société qui va bien au-delà des simples mesures tarifaires ou d’interdiction. C’est un combat pour le droit à la santé, au bien-être, et à la dignité.

La stratégie du gouvernement, portée notamment par Emmanuel Macron, vise à faire émerger une génération « sans tabac », où fumer serait dénormalisé, voire anachronique. L’interdiction de fumer dans les espaces publics extérieurs s’inscrit dans cette vision.

Mais le chemin reste semé d’embûches. Il faudra veiller à ne pas transformer une politique de prévention en facteur d’exclusion sociale. La vigilance reste de mise dans les mois et années à venir, d’autant que la fiscalité du tabac pourrait encore évoluer dans le cadre européen, modifiant les équilibres et les modalités de lutte contre ce fléau.

Lire la suite France : Hausse du prix du tabac et interdiction de fumer dans les lieux publics extérieurs, une politique sanitaire ambitieuse aux multiples défis

Smarty lance « Chacun sa vie » à Paris : le rap burkinabè en majesté au Casino de Paris

Ce 1er juin, la scène du Casino de Paris accueillera l’un des rappeurs les plus respectés du continent africain : Smarty. L’artiste burkinabè, figure majeure du hip-hop ouest-africain, y présentera son nouvel album « Chacun sa vie », dans ce qui s’annonce comme un moment fort de la saison musicale africaine à l’international.

De Ouagadougou à Paris : un parcours tissé d’engagements

Né en Côte d’Ivoire, enraciné au Burkina Faso, Salif Louis Kiékiéta alias Smarty incarne cette génération d’artistes africains à la fois enracinés dans leur terroir et résolument tournés vers le monde. Révélé avec le groupe Yeleen, il mène depuis 2013 une carrière solo marquée par une double exigence : musicale et éthique.

Vainqueur du Prix Découvertes RFI/France 24 en 2013, il s’est imposé comme une référence du rap africain engagé. En 2023, il s’est illustré en reversant la totalité de la récompense financière de son Kundé d’Or la plus haute distinction musicale burkinabè aux personnes déplacées internes, victimes des violences djihadistes qui affectent le pays.

« Chacun sa vie » : un album entre introspection et lucidité sociale

Le nouvel opus de Smarty, « Chacun sa vie », donne le ton : le rappeur y déploie une parole à la fois personnelle et collective, nourrie par les tensions de son époque. Inégalités sociales, injustices structurelles, errances politiques, absence de perspectives pour la jeunesse : autant de thèmes abordés sans détours, mais toujours avec élégance et nuance.

Musicalement, le projet mêle sonorités urbaines et textures acoustiques, héritées des musiques traditionnelles d’Afrique de l’Ouest. Un métissage qui ne relève pas de l’effet de style, mais d’une quête identitaire profonde celle d’un artiste qui refuse les assignations, qu’elles soient géographiques, esthétiques ou idéologiques.

Le Casino de Paris : une scène symbolique pour un artiste qui dépasse les frontières

Le choix du Casino de Paris pour ce concert de lancement n’est pas anodin. Il s’agit d’un lieu emblématique de la scène musicale union-européenne, et la présence de Smarty sur cette scène consacre sa stature internationale. C’est aussi l’occasion de rassembler autour de lui une communauté diasporique nombreuse, mais aussi un public plus large, curieux de découvrir un rap africain exigeant, loin des clichés.

Dans un entretien diffusé le 30 mai par France 24, le rappeur affirme :

« Il est temps que l’Afrique s’exprime avec ses propres mots, sans filtre. On ne peut pas toujours attendre que les autres racontent nos réalités à notre place. »

Un artiste à contre-courant, une voix nécessaire

À l’heure où les industries culturelles globalisées tendent à homogénéiser les sons et les discours, Smarty rappelle que la musique peut encore être un lieu de résistance douce, mais déterminée. Son œuvre s’inscrit dans une tradition panafricaine de parole libre, mais elle interroge aussi les impasses contemporaines, qu’elles soient africaines ou union-européennes.

Avec « Chacun sa vie », il offre une œuvre exigeante, enracinée dans le réel, qui ne se contente pas de divertir, mais invite à réfléchir. Et son concert parisien, plus qu’un simple événement artistique, s’annonce comme une célébration de cette liberté-là.

Football : Ernesto Pellegrini, ancien président de l’Inter Milan, s’éteint à quelques heures d’une finale historique

Le monde du football est en deuil. À quelques heures du coup d’envoi de la finale de la Ligue des champions UEFA entre l’Inter Milan et le Paris Saint-Germain, l’Italie a perdu l’un de ses grands noms du sport et de l’entreprise : Ernesto Pellegrini, ancien président de l’Inter Milan, est décédé ce samedi à l’âge de 84 ans.

Sa disparition, survenue le jour même d’une rencontre européenne majeure pour le club lombard, résonne comme un signal fort, mêlant émotion collective et mémoire historique.

Lire la suite Football : Ernesto Pellegrini, ancien président de l’Inter Milan, s’éteint à quelques heures d’une finale historique

Loretta Swit, icône de la télévision états-unienne pour les séries « M.A.S.H. » et « Cagney & Lacey », également militante infatigable, s’éteint à 87 ans

Loretta Swit, l’actrice états-unienne mondialement connue pour son rôle de la Major Margaret « Hot Lips » Houlihan dans la série télévisée MASH, est décédée le 30 mai 2025 à son domicile de New York, à l’âge de 87 ans, de causes naturelles.

Lire la suite Loretta Swit, icône de la télévision états-unienne pour les séries « M.A.S.H. » et « Cagney & Lacey », également militante infatigable, s’éteint à 87 ans

Des milliards perdus à cause des cookies : l’impasse réglementaire de l’Union européenne

14,3 milliards d’euros par an. C’est le coût économique estimé des bannières de cookies imposées aux internautes résidant dans l’Union européenne. À force de vouloir encadrer la vie privée numérique, les institutions union-européennes ont semble-t-il généré une nouvelle forme de nuisance : le clic obligatoire, chronophage, répétitif, qui ralentit le travail et dilue le sens même du consentement.

Selon une étude publiée par Legiscope, les Européens passeraient collectivement 575 millions d’heures par an à cliquer sur ces fenêtres de consentement, soit près d’1h30 par utilisateur chaque année. Ce chiffre, au-delà de sa charge symbolique, traduit une situation de perte sèche de productivité pour les particuliers comme pour les entreprises.

À l’origine, les bannières de cookies sont nées d’une ambition louable : redonner aux utilisateurs le contrôle de leurs données personnelles, conformément au Règlement général sur la protection des données (RGPD) entré en vigueur en mai 2018. Mais six ans après, la pratique s’est banalisée au point de s’industrialiser dans l’inefficacité.

Une majorité d’usagers cliquent sur « Accepter » sans lire les détails. Selon plusieurs analyses indépendantes, notamment relayées par Phonandroid, plus de 90 % des sites ne respecteraient pas fidèlement les choix des utilisateurs, soit par design manipulateur, soit par inaction technique. Le « privacy washing » est devenu la norme.

Le coût direct pour les utilisateurs est estimé à 14,375 milliards d’euros par an, selon les extrapolations faites sur la base du PIB horaire moyen. À cela s’ajoutent 1,8 milliard d’euros par an pour les entreprises, en frais de conformité (outils, prestataires, gestion juridique).

Au total, ce système, qui devait rétablir un équilibre dans le numérique européen, engendre un surcoût annuel équivalant à 0,10 % du PIB de l’Union européenne. Pour une politique publique, le ratio coût/bénéfice mérite donc réévaluation.

Dans un contexte de ralentissement économique et de tensions géopolitiques, l’Union européenne cherche à promouvoir une « souveraineté numérique ». Mais peut-elle se permettre de sacrifier autant de temps et de ressources à une mécanique inefficace ?

Certaines pistes de réforme sont évoquées : bannière unique centralisée, consentement par défaut dans les navigateurs, renforcement des sanctions contre les abus. Mais aucun consensus n’émerge, tant le terrain juridique est miné par les intérêts divergents entre éditeurs, régulateurs et acteurs de la publicité ciblée.

Ce cas union-européen mérite d’être analysé au-delà du continent. Il illustre les limites d’une approche technocratique du numérique, qui, en voulant tout encadrer, finit par asphyxier l’expérience utilisateur et l’efficacité économique. Les autres ensembles géopolitiques qu’il s’agisse de l’Afrique, des États-Unis d’Amérique ou de l’Asie orientale devront tirer les leçons de cette impasse réglementaire.

La protection de la vie privée ne doit pas se transformer en rituel bureaucratique. Elle suppose une technologie compréhensible, une réelle transparence, et une exigence d’efficacité. Faute de quoi, c’est la confiance elle-même qui s’effrite, et avec elle, l’un des piliers du numérique de demain.

Ukraine : le tourisme de guerre se structure à l’ombre des combats

Dans un pays en guerre, une autre bataille se joue : celle du récit. Et l’Ukraine semble décidée à y impliquer les visiteurs étrangers. Deux ans après le déclenchement de l’invasion russe, des agences touristiques locales organisent des circuits dans les zones touchées par les combats. Irpin, Boutcha, Hostomel, Kharkiv : noms associés aux destructions de la guerre, devenus étapes d’un parcours guidé. À première vue, l’initiative peut sembler macabre. Mais en Ukraine, elle s’inscrit dans une stratégie politique et économique de plus long terme.

Un tourisme en temps de guerre : initiative isolée ou politique assumée ?

Les agences War Tours ou Capital Tours Kiev proposent aux voyageurs occidentaux principalement états-uniens et union-européens de découvrir les conséquences directes de la guerre. Ces excursions sont proposées entre 150 et 250 euros, casques de protection compris. Certains guides sont d’anciens soldats. La visite devient ainsi un récit incarné, à la première personne.

Ces entreprises privées affirment reverser une part des bénéfices à l’armée ukrainienne. Mais au-delà du geste solidaire, ces circuits semblent surtout répondre à une logique géopolitique : informer, convaincre, rallier l’opinion internationale. Le visiteur devient témoin volontaire, relais narratif sur les réseaux sociaux, multiplicateur de perception. L’Ukraine ne vend pas la guerre, elle vend le témoignage de la guerre, dans un contexte où l’image pèse autant que l’armement.

Mémoire ou instrumentalisation ? Un clivage éthique sous tension

Des figures locales, comme Mykhaïlyna Skoryk-Chkarivska, élue d’Irpin, reconnaissent que cette pratique suscite des réactions partagées. Certains habitants voient une opportunité de faire connaître leur histoire. D’autres dénoncent une exposition prématurée de leur douleur.

La démarche interroge d’autant plus que les combats ne sont pas terminés. Contrairement aux sites historiques du « dark tourism » classique (Auschwitz, Hiroshima, Rwanda…), l’Ukraine n’attend pas la fin des hostilités pour structurer cette mémoire. Ce tourisme s’inscrit dans un présent instable, ce qui en modifie profondément la nature.

Une logique de marché mondialisée

Le tourisme de guerre s’inscrit dans une tendance mondiale : le marché du « dark tourism » est évalué à 30 milliards de dollars, avec une croissance attendue de 20 % d’ici 2036. Des plateformes comme Airbnb ou Expedia collaborent déjà avec les autorités ukrainiennes pour préparer l’après-guerre : circuits de mémoire, infrastructures d’accueil, labels de sécurité.

Il ne s’agit pas simplement de survie économique, mais d’une stratégie de communication intégrée. L’Ukraine cherche à inscrire son récit national dans le champ émotionnel mondial. Cette manœuvre s’inscrit dans une double contrainte : résister militairement à la Fédération de Russie, mais aussi imposer son récit à une opinion internationale parfois lassée, parfois divisée.

Un révélateur des fractures du monde contemporain

Le développement de ce tourisme soulève une autre question : pourquoi ce besoin croissant, dans les sociétés occidentales, de « voir » la guerre ? Qu’est-ce que cela dit de notre rapport contemporain à la violence ?
On ne voyage plus seulement pour se détendre, mais parfois pour se heurter au réel, au plus près du danger à condition, bien sûr, de pouvoir ensuite revenir chez soi.

En cela, le tourisme de guerre ukrainien agit comme un révélateur. Il met à nu les fractures d’un monde où la guerre devient un spectacle à portée de main, dans une époque où l’information circule plus vite que la réflexion.

Entre résilience et dérive

En structurant un tourisme de guerre en pleine période de conflit, l’Ukraine engage une réflexion cruciale : à quelles conditions peut-on faire mémoire d’un événement qui n’est pas terminé ? Ce choix stratégique pourrait, à terme, lui permettre de financer sa reconstruction, tout en imposant une lecture univoque du conflit.

Mais il fait aussi émerger un débat universel : comment préserver la dignité des victimes quand l’économie mondiale s’approprie leur histoire ?

La Boussole – infos continuera à observer, dans les mois à venir, comment ce phénomène évolue, tant du point de vue ukrainien qu’en fonction de ses répercussions géopolitiques.

Quand l’inceste se pare de rhétorique panafricaniste : une dangereuse dérive idéologique

Le 27 mai 2025, l’artiste camerounais Saint Désir Atango a publié sur les réseaux sociaux un message dans lequel il reconnaît avoir entretenu des relations sexuelles avec ses deux filles biologiques, qualifiant ces actes d’« unions consenties », et les justifiant par une démarche qu’il présente comme spirituelle et politique. L’homme affirme agir au nom de la « libération de l’Afrique » contre les « dogmes religieux impérialistes » et en appelle à une réforme des lois relatives à l’inceste.

Lire la suite Quand l’inceste se pare de rhétorique panafricaniste : une dangereuse dérive idéologique

Cinéma : Disney ressuscite « Avatar : La Voie de l’eau » en salles, avant la déferlante d’ Avatar 3 : « Fire and Ash »

À quelques mois de la sortie très attendue d’Avatar 3 : Fire and Ash, les studios Disney ont annoncé la ressortie en salles, le 1er octobre 2025, du deuxième opus de la franchise, Avatar : La Voie de l’eau. Une manœuvre stratégique à la croisée du marketing et de la diplomatie culturelle, destinée à raviver l’élan d’un univers devenu emblématique de l’industrie cinématographique états-unienne.

Lire la suite Cinéma : Disney ressuscite « Avatar : La Voie de l’eau » en salles, avant la déferlante d’ Avatar 3 : « Fire and Ash »

Soins infirmiers : une professionnelle ghanéenne récompensée à l’échelle mondiale

L’infirmière ghanéenne Naomi Oyoe Ohene Oti a remporté le prix Aster Guardians Global Nursing 2025, qui désigne chaque année le meilleur infirmier ou la meilleure infirmière au monde. Cette distinction, décernée le 27 mai à Dubaï, vient saluer son engagement dans le traitement des patients atteints de cancer, ainsi que ses contributions concrètes à l’amélioration des pratiques cliniques dans son pays.

Lire la suite Soins infirmiers : une professionnelle ghanéenne récompensée à l’échelle mondiale

Cannes, entre paillettes et hypocrisie climatique : les jets privés des vedettes suscitent l’indignation

Le Festival de Cannes s’est refermé sur son tapis rouge, ses récompenses et ses controverses. Parmi celles-ci, une indignation persistante : le recours massif aux jets privés et yachts de luxe par certaines figures médiatiques, en contradiction flagrante avec leurs discours publics sur la justice climatique.

La 78e édition du Festival de Cannes a, comme chaque année, attiré son lot de célébrités, de créateurs, de financiers et de figures du monde du divertissement. Mais cette fois, le faste habituel a laissé place à une colère froide dans certains cercles de la société civile et chez de nombreux citoyens : la manière dont les invités les plus médiatisés sont arrivés à Cannes en jet privé pour les uns, en yacht de 127 mètres pour d’autres suscite une vague d’indignation.

Parmi les cas les plus commentés : Lauren Sánchez, fiancée du milliardaire états-unien Jeff Bezos, a accosté en Méditerranée à bord du Koru, le yacht personnel du fondateur d’Amazon, pour recevoir un prix célébrant son « engagement pour la justice climatique ». Ce geste, à lui seul, a cristallisé une contradiction de plus en plus insupportable aux yeux de l’opinion : comment dénoncer l’inaction écologique tout en incarnant, dans les faits, un modèle de consommation ultracarbonée ?

Le phénomène n’est pas nouveau. Depuis plusieurs années, de nombreuses personnalités engagées dans la cause environnementale continuent d’user de moyens de transport extrêmement polluants pour se rendre à des événements où elles appellent à la sobriété. Mais cette édition du festival semble avoir marqué un tournant dans la perception publique.

Selon des données compilées par plusieurs ONG environnementales, plusieurs dizaines de jets privés ont atterri à l’aéroport de Nice pendant la durée du festival. À cela s’ajoutent les nombreuses traversées en hélicoptère et en yacht autant de symboles d’une déconnexion croissante entre certaines élites culturelles et les contraintes climatiques vécues par la majorité des populations.

Au-delà de la seule question environnementale, cette polémique renvoie à un débat plus vaste : celui de la cohérence entre les discours moraux et les pratiques sociales des classes dirigeantes ou influentes. Ce décalage n’est pas propre à Cannes, ni au monde du cinéma, mais s’inscrit dans une dynamique plus globale, où les appels à « changer le monde » cohabitent avec des modes de vie ostentatoires et énergivores.

Pour certains observateurs, ce double langage alimente un clivage de crédibilité, minant la portée des plaidoyers pour la transition écologique. À mesure que les populations du Sud global y compris en Afrique subissent de plein fouet les conséquences du dérèglement climatique, le spectacle des privilèges occidentaux en haute définition devient de plus en plus difficile à tolérer.

Cette controverse révèle aussi l’échec partiel de ce que l’on pourrait appeler la « diplomatie culturelle verte » : l’idée que l’art, le cinéma ou la musique pourraient être des vecteurs de transformation sociale tout en s’extirpant des logiques d’opulence. Or, sans exemplarité dans les pratiques, les messages portés par ces sphères sont fragilisés, voire disqualifiés.

La question dépasse donc le simple cadre du Festival de Cannes. Elle interpelle sur la capacité des élites médiatiques, économiques et culturelles qu’elles soient états-uniennes, union-européennes ou africaines à s’aligner, concrètement, avec les engagements qu’elles revendiquent. Autrement dit : peut-on défendre la planète sans remettre en cause ses propres privilèges ?