Archives pour la catégorie Société

Jeunes et consommation : l’alcool délaissé au profit du cannabis, un choix à hauts risques

En France et dans plusieurs pays européens, une évolution notable s’observe dans les habitudes de consommation des jeunes : ils troquent progressivement l’alcool pour le cannabis. Si cette tendance peut s’inscrire dans une volonté de recherche d’alternatives perçues comme moins nocives, elle n’est pas sans conséquences pour la santé publique, surtout dans une tranche d’âge où le cerveau est en pleine maturation.

Des études récentes montrent une baisse régulière de la consommation d’alcool chez les adolescents et jeunes adultes, accompagnée d’une hausse de l’usage du cannabis, qu’ils considèrent parfois comme une substance « plus douce » ou plus « naturelle » (Santé publique France, 2024).

Cette substitution apparente masque toutefois une réalité complexe : le cannabis reste une drogue psychoactive dont l’impact sur le développement neurologique et psychique est particulièrement préoccupant chez les jeunes. En outre, cette tendance se fait dans un contexte où l’accès à des produits de cannabis de plus en plus puissants s’est développé, avec une concentration accrue en THC.

Le cerveau humain poursuit sa maturation jusqu’à l’âge de 25 ans environ, période durant laquelle les connexions neuronales se restructurent et se spécialisent. Une consommation régulière de cannabis à l’adolescence peut perturber ce processus, affectant notamment la mémoire, l’attention et les fonctions exécutives.

Des recherches scientifiques ont documenté que les jeunes consommateurs fréquents de cannabis présentent des troubles cognitifs persistants, une diminution des performances scolaires, et une vulnérabilité accrue aux troubles psychiatriques, dont certains peuvent s’avérer chroniques ([Institut national de santé publique du Québec, 2023).

La consommation précoce et régulière de cannabis est associée à une augmentation du risque de psychoses, dont la schizophrénie, surtout chez les individus génétiquement prédisposés. Par ailleurs, des troubles anxieux et dépressifs sont plus fréquents chez les usagers réguliers.

Sur le plan physique, les effets respiratoires, notamment bronchiques, ne sont pas négligeables, sans compter les risques accrus d’accidents liés à la conduite sous influence.

La consommation simultanée d’alcool et de cannabis, dite polyconsommation, est fréquente chez les jeunes et pose des risques aggravés. L’association des deux substances peut majorer les effets psychoactifs, altérer le jugement, et accroître la probabilité d’accidents ou de comportements à risque.

L’environnement festif et social joue un rôle déterminant dans ces usages. La banalisation du cannabis dans certains milieux et la perception erronée d’un risque faible conduisent à une moindre vigilance.

Face à cette évolution, les autorités de santé publique déploient des campagnes de sensibilisation ciblées, notamment via des initiatives comme « C’est la base », qui vise à informer les jeunes sur les dangers réels liés à la consommation de substances psychoactives et à promouvoir des comportements responsables.

L’enjeu est aussi sociétal : il s’agit d’accompagner les jeunes dans leurs choix, de lutter contre la stigmatisation tout en éclairant sur les risques, pour éviter que la substitution à une substance ne devienne un piège aux conséquences lourdes.

Cette mutation des comportements de consommation illustre une transformation culturelle plus large, où la jeunesse réinterroge ses rapports à l’alcool, souvent perçu comme un facteur de violence ou de perte de contrôle, au profit du cannabis, présenté à tort comme une alternative inoffensive.

Pour autant, la vigilance reste de mise. L’impact sur la santé mentale, les parcours scolaires et l’insertion sociale est réel et documenté. Les politiques publiques devront conjuguer information, prévention, mais aussi soutien thérapeutique, afin d’enrayer cette tendance aux effets potentiellement dévastateurs.

Séduire ou s’effacer : la crise de la masculinité à l’origine de la dérive incel

Alors que la France vient de déjouer un projet d’attentat fomenté par un jeune homme de 18 ans se revendiquant de la mouvance “incel”, la justice antiterroriste s’est saisie du dossier. C’est une première. Mais au-delà du choc sécuritaire, cette affaire révèle un malaise plus profond, où la solitude masculine, la mutation des rapports entre les sexes et les dérives idéologiques se conjuguent dans un climat social fragmenté.

Le 27 juin 2025, un adolescent a été interpellé dans la région de Saint-Étienne alors qu’il s’apprêtait, selon les autorités, à attaquer des femmes à l’arme blanche. Il se revendiquait de la communauté “incel” (involuntary celibate, célibataire involontaire), et nourrissait une haine manifeste à l’égard des femmes. Le Parquet national antiterroriste a pris l’affaire en main, marquant un tournant dans le traitement judiciaire de cette mouvance. C’est la première fois que le “terrorisme misogyne” entre ainsi dans le champ d’action du droit antiterroriste en France.

Le phénomène “incel” est né à la fin des années 1990 dans des forums anglophones comme un espace de parole pour des hommes (et à l’origine, aussi des femmes) en détresse affective et sexuelle. Mais au fil des années, et surtout depuis les années 2010, ces communautés ont glissé vers une radicalisation idéologique, teintée de misogynie, de ressentiment social, et parfois de suprémacisme.

La figure la plus connue est celle d’Elliot Rodger, auteur d’un attentat meurtrier en Californie en 2014, qui laissa derrière lui un manifeste rempli de haine envers les femmes. Depuis, plusieurs attaques violentes au Canada, aux États-Unis d’Amérique et en Europe ont été commises par des individus se revendiquant du même univers mental.

Le succès de ces discours ne tombe pas du ciel. Il s’ancre dans un malaise réel : l’isolement croissant d’une partie de la jeunesse masculine, notamment dans les sociétés occidentales. Les mutations économiques, les transformations du modèle familial, la fragilisation de la transmission intergénérationnelle et l’essor d’une culture numérique centrée sur l’apparence ont contribué à déstabiliser de nombreux jeunes hommes.

Des études sur les sites de rencontres montrent en effet que la majorité des femmes se concentrent sur une minorité d’hommes jugés attirants selon les standards contemporains : beauté physique, succès professionnel, statut social. Ce mécanisme, observé notamment aux États-Unis et en Europe, crée une compétition exacerbée où beaucoup d’hommes se sentent “invisibles” ou rejetés.

Dans cet univers, les réseaux sociaux jouent un rôle central. Ils imposent une norme esthétique très élevée, souvent inatteignable, tant pour les hommes que pour les femmes. Pour les jeunes hommes, cela alimente un sentiment d’exclusion, doublé d’un discours selon lequel ils ne seraient plus autorisés à aborder les femmes, au risque d’être accusés de harcèlement sexuel.

Si certaines lois comme en France encadrent désormais le harcèlement de rue, la drague ordinaire n’est en aucun cas pénalisée par la loi lorsqu’elle est respectueuse et ponctuelle. Cependant, dans la perception sociale, un flou s’est installé, que certains mouvements idéologiques exploitent pour alimenter la rancœur.

C’est là que la dérive s’opère. La souffrance intime, au lieu d’être accompagnée ou sublimée, est canalisée dans des discours violents. Sur des forums comme 4chan, Reddit, ou Telegram, on retrouve des récits d’humiliation, des tableaux de hiérarchisation des sexes, une hostilité de plus en plus explicite envers les femmes, accusées d’hypergamie et de superficialité.

Certains vont plus loin : ils réclament la fin de l’égalité, l’instauration d’un marché sexuel régulé, ou même l’accès garanti à la pornographie et à la prostitution subventionnées, afin de “calmer” les hommes frustrés. Ce type de propositions, bien que marginal, circule dans des milieux numériques radicaux. Elles reflètent un désespoir social habillé en programme politique, avec des conséquences potentiellement meurtrières.

Le dossier incel échappe aux catégories habituelles : ni simple fait divers, ni idéologie politique structurée, ni pathologie psychiatrique au sens classique. Il s’agit d’un croisement explosif entre solitude affective, virilité blessée, anomie sociale et emprise algorithmique. Une bombe à retardement pour les sociétés qui n’offrent plus de rites d’entrée dans l’âge adulte, ni de repères stables pour construire son identité.

Les États, pour l’heure, oscillent entre surveillance sécuritaire et silence institutionnel. Peu de dispositifs éducatifs, psychologiques ou sociaux s’adressent aux garçons en souffrance. Cette absence nourrit un cercle vicieux : plus les institutions ignorent ce malaise, plus les idéologies extrêmes gagnent du terrain.

La réponse ne peut être seulement sécuritaire. Elle passe par une reconstruction du lien social, une meilleure éducation à la relation (des deux côtés), et une visibilisation du mal-être masculin sans tomber dans la haine antiféministe.

Le féminisme, dans sa forme humaniste, peut être un partenaire de cette transformation, à condition qu’il n’exclue pas la parole masculine légitime sur la solitude, l’échec affectif ou l’anxiété sexuelle. Il faut distinguer entre la critique des excès idéologiques et le rejet des femmes en tant que groupe, ce que le mouvement incel ne sait plus faire.

Le passage à l’acte du jeune homme de Saint-Étienne n’est pas un épiphénomène. Il est le reflet d’un échec collectif : celui de sociétés qui valorisent l’individualisme et la performance, mais laissent sur le bord de la route ceux qui ne répondent pas aux normes dominantes.

L’affaire incel ne doit pas devenir une simple affaire de police. C’est un signal faible d’un déséquilibre profond, à la croisée de la culture numérique, des inégalités affectives, du vide spirituel et de l’atomisation du lien social. Pour éviter que la frustration ne devienne haine, il faudra autre chose que des arrestations : une véritable refondation du vivre-ensemble.

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal condamné en appel à cinq ans de prison en Algérie

Un tribunal en Algérie a condamné en appel, mardi 1er juillet, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal à cinq ans prison, soit la même peine qu’en première instance. L’auteur, en détention depuis novembre, est au cœur d’un bras de fer entre Paris et Alger, alors que les relations diplomatiques entre les deux capitales sont au plus bas. Paris dit espérer « des mesures de grâce ».

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Bob Vylan au cœur d’une controverse mondiale : liberté d’expression, discours de haine et diplomatie culturelle

Le groupe britannique de punk-rap Bob Vylan, après ses chants controversés lors du festival de Glastonbury, se retrouve dans la tourmente : enquête policière au Royaume-Uni, critiques politiques, et révocation de leurs visas américains. Une affaire qui interroge sur les frontières entre expression artistique, engagement politique et conséquences diplomatiques.

Le 28 juin 2025, lors de leur performance sur la scène West Holts du festival de Glastonbury, le duo britannique Bob Vylan a lancé dans la foule des slogans dénonçant la politique israélienne : « Death, death to the IDF » (« Mort, mort à l’armée israélienne ») et « From the river to the sea, Palestine must be free » (« Du fleuve à la mer, la Palestine doit être libre »). Ces propos, diffusés en direct par la BBC, ont rapidement suscité une vive polémique au Royaume-Uni, ainsi qu’à l’international.

Les chants de Bob Vylan ont été perçus par certains comme un appel à la violence et qualifiés d’antisémites par plusieurs responsables politiques britanniques. Le Premier ministre Keir Starmer a dénoncé un « discours de haine » et remis en cause la responsabilité de la BBC pour avoir diffusé ces images en direct.

La police d’Avon & Somerset a ouvert une enquête pour « incident d’ordre public », visant à déterminer si les paroles relèvent du délit de discours de haine. Parallèlement, la BBC a exprimé ses regrets, annonçant qu’elle ne rediffuserait plus la séquence.

Au-delà des frontières britanniques, les États-Unis sont intervenus rapidement. Le département d’État américain, par la voix de l’ambassadeur Christopher Landau, a annoncé la révocation des visas des membres du groupe, ce qui compromet leur tournée prévue outre-Atlantique. Cette décision témoigne d’une prise de position ferme du gouvernement états-unien, soulignant la sensibilité internationale du message porté.

Sur les réseaux sociaux, Bob Vylan a défendu sa performance, insistant sur le fait que leurs chants ciblaient la « justice militaire » israélienne, non le peuple juif. Le groupe a présenté son engagement comme un acte de soutien à la cause palestinienne et comme une forme d’éducation politique destinée notamment à sa fille et à la jeunesse.

Cette affaire illustre avec acuité la difficile conciliation entre liberté d’expression artistique et exigences légales ou éthiques sur le contenu diffusé. Elle interroge aussi le rôle des médias, notamment en direct, face à des messages susceptibles de provoquer des tensions sociales ou politiques.

Le cas Bob Vylan dépasse largement le simple fait divers musical. Il met en lumière la complexité des enjeux liés à la liberté d’expression dans un monde globalisé, où les paroles peuvent avoir des répercussions politiques, juridiques et diplomatiques majeures. Dans un contexte international tendu sur la question israélo-palestinienne, le rôle des artistes comme porte-voix de revendications politiques reste au centre d’un débat essentiel.

Opposition en Turquie: plus de 120 personnes arrêtées à Izmir, après l’interpellation la veille de quatre figures d’un journal satirique

Plus de 120 membres de la municipalité d’Izmir, bastion de l’opposition dans l’ouest de la Turquie ont été arrêtés mardi pour  » corruption ». Une opération qui intervient après l’interpellation lundi de quatre figures d’un journal satirique,  signe d’un durcissement de la répression dans le pays.

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1er juillet : journée mondiale du bandeau blanc, un appel renouvelé contre la pauvreté

Chaque année, le 1er juillet est consacré à la journée mondiale du bandeau blanc, un symbole international d’engagement pour dénoncer la pauvreté et mobiliser les consciences face à ses multiples manifestations. Cette date invite à une réflexion globale sur les mécanismes qui perpétuent les inégalités économiques et sociales, ainsi que sur les politiques publiques et les initiatives citoyennes destinées à y répondre.

La pauvreté dépasse le simple seuil de revenu. Si la Banque mondiale estime à environ 700 millions le nombre de personnes vivant avec moins de 2,15 dollars par jour, le phénomène inclut aussi des privations en termes d’accès à l’éducation, aux soins de santé, à l’eau potable, à un logement décent et à la participation sociale.

Cette dimension multidimensionnelle impose une approche globale et contextualisée pour évaluer et combattre la pauvreté, adaptée aux réalités spécifiques des différentes régions du monde.

Les régions d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud concentrent la majorité des personnes en situation de pauvreté extrême. Ces territoires cumulent des défis démographiques, des instabilités politiques, des crises économiques récurrentes et les effets croissants du changement climatique.

Dans les pays dits développés, la pauvreté prend des formes plus subtiles : précarité énergétique, exclusion sociale, insécurité du logement. Ces nouvelles facettes témoignent de fractures sociales profondes, malgré des systèmes de protection sociale relativement robustes.

Les crises sanitaires, notamment la pandémie de Covid-19, ont mis en lumière la vulnérabilité des populations déjà précaires, exacerbant les inégalités existantes et fragilisant davantage les économies mondiales.

Au niveau international, les Objectifs de développement durable (ODD) fixés par l’Organisation des Nations unies placent la réduction de la pauvreté au cœur des priorités. Les stratégies mises en œuvre insistent sur une croissance économique inclusive, des investissements dans les secteurs clés de l’éducation et de la santé, ainsi que sur le renforcement des systèmes de protection sociale.

Les organisations non gouvernementales et les mouvements citoyens, à travers des campagnes symboliques comme le port du bandeau blanc, jouent un rôle essentiel dans la sensibilisation et la pression pour une action politique accrue.

La réduction durable de la pauvreté exige une approche intégrée, prenant en compte les liens entre justice sociale, gestion environnementale et stabilité politique. La bonne gouvernance, la transparence et la participation citoyenne apparaissent comme des leviers indispensables.

La communauté internationale est confrontée à la nécessité d’adapter ses politiques aux réalités locales, tout en assurant une coordination efficace et un soutien accru aux pays les plus vulnérables.

La journée mondiale du bandeau blanc rappelle ainsi que, malgré les progrès enregistrés, la pauvreté reste une réalité urgente qui appelle une mobilisation collective constante et renouvelée, à la fois politique, économique et sociale.

Journée mondiale des réseaux sociaux : quand chacun prétend dire vrai et accuse l’autre de désinformation

Ce 30 juin, Journée mondiale des réseaux sociaux, les appels à une utilisation plus responsable se multiplient. Mais derrière les mots d’ordre sur la lutte contre la désinformation et la vérification des sources, une autre réalité s’impose : dans un monde polarisé, chaque camp prétend incarner la vérité et accuse l’autre de manipuler les faits. Les réseaux deviennent le reflet d’un monde qui se parle de moins en moins.

Ce 30 juin, la planète célèbre la Journée mondiale des réseaux sociaux. L’événement, instauré en 2010 pour valoriser le rôle des plateformes numériques dans la communication humaine, donne chaque année lieu à une pluie d’initiatives : publications de bonnes pratiques, campagnes de sensibilisation, témoignages sur les usages positifs du numérique. Les mots-clés dominants sont connus : vérifier les sources, favoriser l’empathie, bannir la désinformation. Une injonction apparemment simple, mais dont l’application se heurte à une réalité plus trouble.

À l’heure où 4,9 milliards d’êtres humains utilisent les réseaux sociaux, ces derniers ne sont plus seulement des outils d’interaction. Ils sont devenus des espaces de confrontation idéologique permanente, où chaque camp affirme détenir la vérité et rejette celle de l’adversaire comme fake news.

Des guerres aux élections, des débats sur les vaccins, des politiques migratoires ou des modèles économiques, chaque courant idéologique qu’il soit gouvernemental, militant, religieux, libéral, souverainiste ou technocratique dispose de ses propres récits, ses sources, ses chiffres, ses experts. Et affirme que les autres mentent. La désinformation devient alors un mot-valise, un outil polémique davantage qu’un critère rigoureux.

Dans ce climat, la parole partagée s’efface. Jadis, les sociétés reposaient sur quelques piliers d’information considérés comme légitimes : grands journaux, institutions scientifiques, voix modérées. Aujourd’hui, la parole éclatée remplace la parole commune. Des micro-communautés se forment autour de certitudes, validées par des algorithmes qui favorisent la polarisation et l’émotion.

Le doute devient suspect, la nuance soupçonnée de compromission. Le réseau social, censé relier, fragmente. Et le citoyen devient de plus en plus un consommateur de récits partisans.

Les grandes plateformes comme Facebook, X (anciennement Twitter), Instagram ou TikTok ont certes mis en place des mécanismes de signalement, des « labels de fiabilité », voire des coopérations avec des agences de vérification. Mais dans les faits, elles continuent de privilégier ce qui provoque, divise ou scandalise, car ces contenus génèrent plus d’engagement donc de revenus.

L’architecture des réseaux favorise mécaniquement la diffusion de messages courts, simplistes, souvent binaires, là où les enjeux du monde réel exigent du temps, de la complexité et du recul. Cette tension structurelle rend illusoire toute régulation purement technique de la « vérité ».

La réponse ne peut venir uniquement des usagers. S’il est juste d’encourager l’esprit critique, il faut aussi interroger les logiques de pouvoir, de profit et d’influence qui façonnent l’espace numérique mondial. Qui décide de ce qui est acceptable ? Sur quelles bases ? Selon quels intérêts ?

De Washington à Pékin, de Paris à Téhéran, les États eux-mêmes font des réseaux sociaux des instruments de guerre culturelle et politique. La désinformation, loin d’être un accident, est parfois un outil stratégique.

En ce 30 juin, Journée mondiale des réseaux sociaux, il est salutaire de rappeler l’importance d’un usage plus réfléchi, plus respectueux, plus humain de ces outils. Mais il faut aussi refuser les illusions confortables. Dire que l’on va « bannir la désinformation » n’a de sens que si l’on accepte de remettre en cause les logiques globales de propagande, de manipulation et de simplification qui traversent nos sociétés.

Pour La Boussole – infos, il ne s’agit pas de choisir un camp, mais de refuser les certitudes faciles, d’éclairer sans imposer, et de défendre une information contextualisée, documentée et rigoureuse. Parce qu’un réseau social sans vérité commune ne relie rien. Il isole, il oppose, et il affaiblit notre capacité à comprendre ensemble.

Irlande du Nord : tensions racistes et violences ciblent la communauté rom

Des violences à caractère raciste ont éclaté ces derniers jours dans plusieurs villes d’Irlande du Nord, visant des familles roms installées localement. Ces émeutes rappellent la fragilité du vivre-ensemble dans une région marquée par une histoire de conflits communautaires.

Des barricades érigées dans la nuit, des cocktails Molotov jetés contre des habitations, des familles contraintes de fuir sous la menace : Ballymena, Belfast et Londonderry, trois villes d’Irlande du Nord, ont été récemment le théâtre d’épisodes de violence ciblée contre la communauté rom. Si les incidents ne sont pas massifs, leur caractère répétitif et clairement raciste inquiète les autorités locales comme les organisations de défense des droits humains.

La minorité rom d’Irlande du Nord principalement originaire d’Europe de l’Est vit dans une précarité structurelle, souvent reléguée en périphérie des villes. Déjà confrontée à la stigmatisation, elle est désormais visée par des attaques directes, notamment à Ballymena, où plusieurs familles ont été contraintes de quitter leur logement. Des vidéos montrent des jeunes cagoulés ériger des barricades et proférer des menaces, tandis que d’autres s’attaquent à des véhicules appartenant à des résidents roms.

Les incidents survenus à Belfast et Londonderry suivent un schéma similaire. À chaque fois, les autorités tardent à intervenir, et les victimes expriment un sentiment d’abandon. Ce climat d’intimidation résonne comme un avertissement : la xénophobie, loin d’être un phénomène marginal, s’inscrit désormais dans une logique de violence organisée.

Si l’Irlande du Nord a connu une paix relative depuis les accords du Vendredi saint en 1998, les tensions intercommunautaires entre loyalistes unionistes (majoritairement protestants) et républicains nationalistes (majoritairement catholiques) continuent d’imprégner le tissu social. Le rejet de l’Autre y trouve un écho, y compris contre des populations extérieures au conflit historique.

Dans certaines zones urbaines, des groupes paramilitaires issus de ces deux camps continuent d’exister sous des formes diffuses. Ils instrumentalisent parfois la colère sociale, le chômage et les inégalités pour relancer une dynamique de bouc-émissaire. Dans ce contexte, les Roms, perçus comme étrangers, pauvres et sans défense, deviennent des cibles faciles.

La police nord-irlandaise (PSNI) a dénoncé ces attaques et lancé des enquêtes, sans annoncer pour l’instant de mise en accusation formelle. Le Conseil des droits de l’homme d’Irlande du Nord, ainsi que plusieurs associations comme PPR (Participation and the Practice of Rights), ont rappelé les obligations légales du gouvernement britannique en matière de protection des minorités.

Mais pour les observateurs, ces réponses restent insuffisantes. « Il ne suffit pas de condamner. Il faut agir en profondeur contre les discours de haine, et garantir une vraie intégration », résume un rapport de The Detail, média local d’investigation.

Au-delà de la haine ethnique, ces violences révèlent aussi une crise sociale plus large. Le Royaume-Uni, et l’Irlande du Nord en particulier, font face à une inflation persistante, à une crise du logement et à une désindustrialisation ancienne qui touche les milieux populaires. Dans ce paysage tendu, la présence de populations perçues comme bénéficiaires d’aides ou de logements sociaux suscite des réactions de rejet, souvent attisées par des rumeurs ou des campagnes de désinformation en ligne.

Alors que l’Union européenne s’est dotée d’un plan d’inclusion des Roms pour la décennie 2020–2030, la situation en Irlande du Nord montre les limites de son application dans les territoires post-Brexit. L’absence de cadre contraignant, l’affaiblissement des mécanismes de coopération judiciaire et sociale entre Bruxelles et Londres rendent plus difficile la lutte coordonnée contre les discriminations.

Les émeutes racistes contre les familles roms en Irlande du Nord ne sont pas un fait divers isolé. Elles s’inscrivent dans un climat de tensions identitaires, d’insécurité sociale et de relents nationalistes, alimentés parfois par des groupes extrémistes agissant en toute impunité. Ces événements rappellent que la paix ne suffit pas à garantir le vivre-ensemble. Elle doit s’accompagner d’une vigilance constante contre toutes les formes d’exclusion.

Willy Chavarría crée la controverse à la semaine de la mode de Paris en mettant en scène les détenus du Salvador

Un défilé du créateur Willy Chavarría, présenté lors de la semaine de la mode à Paris, a provoqué une vive réaction du gouvernement salvadorien. Mettant en scène des mannequins inspirés des détenus d’une prison de haute sécurité du Salvador, l’événement est accusé de « glorifier » des criminels responsables de décennies de violence. L’affaire illustre les tensions entre expression artistique, mémoire collective et justice pénale.

La mode, espace de création par excellence, peut-elle tout dire, tout représenter ? C’est la question soulevée par le défilé du styliste américano-mexicain Willy Chavarría, organisé à Paris lors de la semaine de la mode printemps-été 2026. Le créateur y a mis en scène une collection radicalement politique : des mannequins au crâne rasé, vêtus de tenues blanches, agenouillés ou marchant en file, évoquant visiblement les images marquantes du Centro de Confinamiento del Terrorismo (CECOT), la prison de haute sécurité construite par le gouvernement salvadorien pour y enfermer des membres présumés de gangs. Ce choix esthétique a immédiatement suscité la colère des autorités de San Salvador.

Willy Chavarría, dont le travail interroge depuis plusieurs années les stéréotypes liés à la masculinité, à l’identité et à la marginalité, a revendiqué un message clair : dénoncer la déshumanisation des migrants originaires d’Amérique centrale, fréquemment accusés d’appartenir à des gangs et expulsés des États-Unis d’Amérique sans procédure équitable. Le styliste a expliqué s’être inspiré de la manière dont ces jeunes sont arrêtés, enfermés, parfois exhibés comme des trophées dans les prisons de masse de leur pays d’origine.

Mais dans ce jeu de représentation, la frontière entre dénonciation et provocation s’est révélée particulièrement fine.

C’est sur X (ex-Twitter) que Nayib Bukele, président du Salvador, a d’abord réagi. Moqueur, il a proposé d’« envoyer ces criminels en France » si le gouvernement français était prêt à les accueillir. Au-delà de la formule sarcastique, l’exécutif salvadorien accuse la semaine de la mode parisienne d’avoir « glorifié des individus responsables d’innombrables morts, disparitions, extorsions et destructions de familles entières ». Le porte-parole du gouvernement a évoqué une insulte à la mémoire des victimes des gangs salvadoriens.

Cette dénonciation ne se comprend pleinement qu’en replaçant l’événement dans le contexte politique du pays : depuis mars 2022, Nayib Bukele mène une politique de sécurité extrêmement offensive. Sous un régime d’exception renouvelé depuis plus de deux ans, plus de 86 000 personnes ont été arrêtées, souvent sur simple soupçon d’appartenance à un gang. Si le taux d’homicide a fortement chuté, les organisations de défense des droits humains dénoncent des arrestations arbitraires, des décès en détention et une justice d’exception. Le Cecot, la prison évoquée dans le défilé, est le symbole même de cette lutte à la fois saluée pour son efficacité et critiquée pour ses dérives.

Le cas Chavarría met en lumière un dilemme profond : comment concilier engagement artistique et respect des sensibilités collectives ? Si l’intention du créateur était de dénoncer l’inhumanité de certaines politiques migratoires, la forme adoptée très proche de l’imagerie carcérale officielle salvadorienne a suscité un effet inverse. Elle a ravivé chez certains Salvadoriens le traumatisme des années de violence, où les gangs faisaient régner la terreur dans les quartiers populaires.

Ce malaise souligne l’ambiguïté d’une scène artistique mondialisée qui, parfois, instrumentalise des souffrances locales sans véritable ancrage dans leur complexité historique. Le paradoxe est d’autant plus flagrant que le défilé, présenté à Paris devant un public international, s’est tenu sans consultation ni dialogue avec les sociétés directement concernées.

Au-delà du Salvador, cette controverse met en lumière les failles d’une mondialisation culturelle où l’esthétique des périphéries est souvent recyclée sans considération pour son enracinement politique. Alors que la mode contemporaine se veut de plus en plus consciente, éthique et engagée, elle court aussi le risque d’une superficialité militante, où la provocation prend le pas sur l’intelligence du réel.

En cela, le défilé de Willy Chavarría, et les réactions qu’il a suscitées, posent une question cruciale : peut-on dénoncer la violence sans la représenter au risque de la magnifier ? Et qui a légitimité à parler, au nom de qui et de quoi ?

Encadré – CECOT, la prison aux deux visages

  • Inauguré en 2023, le Centro de Confinamiento del Terrorisme est présenté comme la plus grande prison d’Amérique latine.
  • Construit pour accueillir jusqu’à 40 000 détenus, il symbolise la stratégie de tolérance zéro menée par Bukele contre les maras.
  • Les images de prisonniers en slip, alignés au sol, les mains sur la nuque, ont circulé largement sur les réseaux sociaux et dans la presse mondiale.
  • Ce dispositif, encensé par une partie de la population salvadorienne épuisée par l’insécurité, est aussi critiqué pour son opacité et les violations des droits fondamentaux.

Solitude, fléau silencieux mondial : l’OMS alerte sur une crise de santé publique sous-estimée

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié ce 30 juin un rapport inédit sur les conséquences sanitaires, sociales et économiques de la solitude et de l’isolement social. Loin d’un simple malaise affectif, cette réalité toucherait une personne sur six dans le monde et serait associée à un risque accru de décès prématuré, de troubles mentaux et de pathologies chroniques. En chiffres, ce fléau serait impliqué dans plus de 871 000 décès chaque année, toutes causes confondues.

À travers cette alerte, l’OMS appelle les États et les institutions internationales à reconnaître la connexion sociale comme un déterminant de santé à part entière, et à structurer des politiques publiques visant à reconstruire les liens humains.

Contrairement à d’autres fléaux plus médiatisés, la solitude n’est ni spectaculaire ni bruyante. Elle ronge en silence. Selon les données compilées dans le rapport, elle n’épargne aucun continent, bien qu’elle prenne des formes variées. Dans les sociétés dites « développées », elle frappe massivement les personnes âgées, mais aussi les jeunes adultes, particulièrement depuis la pandémie de COVID-19. Dans les pays du Sud, l’exode rural, la précarisation des liens communautaires et la digitalisation rapide contribuent à un isolement social croissant, souvent invisible dans les indicateurs de santé.

L’OMS distingue deux formes de solitude : celle qui résulte d’un isolement social objectif (manque de contacts), et celle qui provient d’un sentiment subjectif d’abandon ou de déconnexion. Les deux sont pathogènes. Elles augmentent les risques de dépression, de maladies cardiovasculaires, de démence et affaiblissent l’immunité. Le risque de décès prématuré chez une personne socialement isolée est comparable à celui encouru par un fumeur régulier.

Le rapport souligne que la solitude n’est pas uniquement une affaire de psychologie individuelle. Elle reflète une évolution profonde des sociétés humaines : atomisation des structures familiales, mobilité professionnelle accrue, substitution des interactions physiques par les connexions numériques. Le repli sur soi devient une norme tolérée, parfois encouragée, au nom de l’autonomie ou de la performance.

Dans ce cadre, l’OMS insiste sur la nécessité de réintégrer la dimension relationnelle dans les politiques publiques. Les États sont appelés à reconnaître la « santé relationnelle » comme un bien commun, au même titre que l’environnement ou l’accès aux soins. Elle plaide pour des investissements ciblés dans les infrastructures communautaires, les dispositifs intergénérationnels, les politiques culturelles ou encore les technologies favorisant les interactions humaines plutôt que l’isolement.

L’OMS invite à dépasser la logique de responsabilisation individuelle. La lutte contre la solitude ne peut être laissée aux seules initiatives personnelles ou à la bonne volonté des familles. Elle exige une stratégie collective, fondée sur une compréhension fine des dynamiques sociales contemporaines. Il s’agit, selon le rapport, de bâtir une « architecture sociale du lien », à rebours des tendances à l’ultra-individualisme et à l’hyperconnectivité déshumanisée.

Certaines initiatives sont citées en exemple : au Japon, des municipalités rémunèrent des « agents de lien social » pour accompagner les personnes âgées ; en Uruguay, des programmes publics intègrent la sociabilité dans les protocoles de santé mentale ; au Rwanda, des rituels communautaires traditionnels sont réinvestis pour renforcer les liens intergénérationnels.

L’appel de l’OMS n’est pas seulement humanitaire : il est stratégique. Dans un monde polarisé, où les sociétés sont fragilisées par les crises économiques, climatiques et identitaires, la déliaison sociale constitue une menace à la fois sanitaire, démocratique et sécuritaire. La solitude massive nourrit la défiance, la radicalisation et la perte de sens.

Ainsi, ce rapport pourrait marquer un tournant si les décideurs s’en saisissent réellement. En reconnaissant la solitude comme un enjeu mondial de santé publique, l’OMS met en lumière une crise civilisationnelle, que la technologie seule ne pourra résoudre.

En somme, la solitude n’est plus seulement une affaire de cœurs blessés. Elle est désormais une question de santé mondiale, de cohésion sociale et d’équilibre des sociétés humaines. Si elle continue à être ignorée, elle s’imposera comme l’un des grands défis invisibles du XXIe siècle.

Sources principales :

  • Rapport OMS 30 juin 2025
  • Synthèse par The Guardian – 30/06/2025
  • Étude The Lancet sur les effets de l’isolement – 2023