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Norvège : Oslo veut maintenir sa production de pétrole et de gaz jusqu’en 2035 et poursuivra les forages en mer de Barents malgré l’Union européenne

La Norvège ne prépare pas sa sortie des hydrocarbures. Elle prépare leur prolongation. Alors que l’Union européenne soutient un moratoire sur les nouveaux forages pétroliers et gaziers dans l’Arctique, Oslo entend continuer à exploiter la mer de Barents et maintenir sa production de pétrole et de gaz à des niveaux proches de ceux d’aujourd’hui jusqu’en 2035 au moins. Le gouvernement norvégien assume désormais une ligne qui place la sécurité énergétique parmi ses priorités, sans renoncer à ses objectifs de transition énergétique.

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Le ministre norvégien de l’Énergie, Terje Aasland, l’a affirmé à Reuters le 24 août, à la veille de l’ouverture de la conférence ONS à Stavanger : la Norvège poursuivra le développement de ses ressources en mer de Barents, quelle que soit la position de l’Union européenne. Pour le gouvernement norvégien, ces gisements ne représentent pas seulement une réserve de pétrole et de gaz. Ils doivent contribuer à maintenir la place de la Norvège parmi les principaux fournisseurs énergétiques de l’Europe au moment où sa production actuelle devrait commencer à décliner après 2030.

L’Europe s’est éloignée du gaz russe, pas de ses besoins énergétiques

La décision norvégienne ne peut pas être comprise sans revenir à 2022.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a bouleversé le marché européen de l’énergie. La réduction des livraisons russes a obligé les pays européens à chercher d’autres fournisseurs. La Norvège s’est retrouvée en première ligne.

Elle fournit désormais environ 30 % de la demande en gaz naturel de l’Union européenne et du Royaume-Uni. Sa production gazière est restée proche de niveaux records en 2025 et sa production pétrolière a atteint son niveau le plus élevé depuis 2009.

Cette position pourrait toutefois devenir plus difficile à tenir. Les prévisions officielles norvégiennes annoncent une baisse sensible de la production après 2030 si de nouvelles ressources ne sont pas découvertes puis développées.

C’est là que la mer de Barents entre dans l’équation.

Pour Terje Aasland, continuer à y développer les ressources pétrolières et gazières répond donc à un intérêt national, mais aussi à celui de l’Europe. Selon lui, dans la situation géopolitique et sécuritaire actuelle, le maintien des activités dans cette région sert les intérêts des deux parties.

Le raisonnement du gouvernement norvégien est simple : si l’Europe veut continuer à disposer d’un approvisionnement énergétique sûr, elle ne peut pas demander simultanément à son principal fournisseur de gaz de renoncer aux ressources susceptibles de prolonger cette offre.

Oslo ne conditionne plus ses projets à l’acceptation européenne

Le désaccord avec l’Union européenne est pourtant réel.

L’Union européenne soutient actuellement un moratoire sur les nouveaux forages pétroliers et gaziers dans l’Arctique au nom de la protection de l’environnement. La Norvège considère pour sa part que les zones de la mer de Barents actuellement ouvertes à l’exploitation sont différentes des secteurs arctiques les plus exposés aux conditions extrêmes.

Le gouvernement norvégien avance notamment que ces zones sont libres de glace, comme certaines parties de la mer du Nord, et que leur exploitation contribue à maintenir l’activité économique et l’emploi dans le nord du pays, à proximité de la frontière russe.

Mais l’argument le plus important est ailleurs : la Norvège considère que la décision d’exploiter ses ressources relève de sa souveraineté.

Terje Aasland ne cache pas que l’Union européenne pourrait décider de ne pas acheter les hydrocarbures produits dans l’Arctique. Mais cette éventualité ne conduirait pas nécessairement la Norvège à fermer les gisements.

Le pétrole pourrait être vendu sur les marchés internationaux. Le gaz pourrait être transformé en gaz naturel liquéfié à l’usine de Melkøya, près de Hammerfest, puis expédié vers d’autres marchés.

La Norvège ne veut donc pas que son industrie pétrolière et gazière soit dépendante d’une seule décision européenne.

Le directeur général d’Equinor, Anders Opedal, tient le même raisonnement. Si l’Union européenne refusait le pétrole et le gaz de la mer de Barents, les ressources pourraient trouver d’autres débouchés. Selon lui, la conséquence première d’une telle décision serait surtout de réduire la sécurité énergétique européenne.

La Norvège abandonne aussi l’image de « batterie verte » de l’Europe

Le changement de ton ne concerne pas uniquement les hydrocarbures.

Pendant des années, la Norvège a été présentée comme une pièce maîtresse de la transition énergétique européenne. Grâce à son abondante production hydroélectrique, elle exporte de l’électricité vers plusieurs pays européens et s’est progressivement retrouvée intégrée au système électrique continental.

L’expression de « batterie verte de l’Europe » résumait cette ambition.

Terje Aasland ne veut plus de cette formule.

À ses yeux, elle donne à la Norvège un rôle qu’elle ne peut pas assumer seule : celui de régulateur du marché électrique européen. Les interconnexions avec plusieurs pays européens et avec le Royaume-Uni ont aussi exposé les consommateurs norvégiens aux mouvements des prix européens, alimentant les critiques dans le pays.

La Norvège ne prévoit donc pas de nouvelles interconnexions électriques, tout en maintenant sa coopération avec les pays européens.

Le ministre norvégien estime surtout que les États européens doivent renforcer leurs propres capacités de production stables. La fermeture de centrales au charbon et au nucléaire, combinée à des investissements jugés insuffisants dans certaines capacités, a selon lui fragilisé le système.

La Norvège accepte de rester intégrée au marché européen. Elle ne veut plus être présentée comme celle qui doit, à elle seule, en assurer l’équilibre.

Le gouvernement norvégien doit aussi défendre ses champs devant la justice

La bataille énergétique du gouvernement norvégien ne se joue pas seulement avec l’Union européenne. Elle se déroule également devant les tribunaux norvégiens.

Le gouvernement demandera à la Cour suprême d’annuler une décision de juridictions inférieures ayant invalidé les autorisations de développement de trois champs pétroliers : Breidablikk, exploité par Equinor, ainsi que Tyrving et Yggdrasil, exploités par Aker BP.

L’affaire oppose l’État et les compagnies pétrolières à des organisations environnementales, qui contestent notamment la prise en compte des conséquences climatiques de ces exploitations.

Le point de désaccord porte sur les émissions dites de « Scope 3 », celles qui interviennent lorsque le pétrole et le gaz extraits sont finalement consommés.

Pour les défenseurs de l’environnement, une autorisation d’exploitation ne peut pas ignorer les émissions générées en aval par les hydrocarbures produits. Le gouvernement norvégien conteste cette remise en cause de sa politique énergétique.

L’audience devant la Cour suprême doit durer quatre jours. La décision est attendue plus tard cette année.

Le jugement sera donc particulièrement observé. Il pourrait confirmer la stratégie actuelle du gouvernement norvégien ou imposer de nouvelles contraintes à l’exploitation des ressources pétrolières et gazières du pays.

Le paradoxe norvégien devient un problème européen

La Norvège se retrouve aujourd’hui dans une position singulière.

Elle est l’un des pays européens les plus avancés dans les énergies renouvelables, dispose d’une électricité largement issue de l’hydroélectricité et revendique une politique climatique ambitieuse. Dans le même temps, son économie énergétique repose encore largement sur l’exploitation et l’exportation des hydrocarbures.

L’Union européenne se trouve dans une situation tout aussi inconfortable.

Elle veut réduire sa dépendance aux énergies fossiles, mais elle a besoin du gaz norvégien pour compenser en partie la disparition du gaz russe. Elle souhaite limiter les nouveaux projets arctiques, mais ne peut ignorer le poids de la Norvège dans son approvisionnement énergétique.

La décision du gouvernement norvégien met donc face à face deux impératifs qui ne coïncident pas toujours : accélérer la transition énergétique et garantir suffisamment d’énergie pour faire fonctionner les économies européennes.

La Norvège, elle, a choisi de ne pas attendre que cette contradiction soit résolue au niveau de l’Union européenne.

Elle entend continuer à forer en mer de Barents, maintenir ses niveaux de production jusqu’en 2035 au moins et conserver la liberté de vendre ses hydrocarbures au marché européen ou ailleurs.

Le débat ne porte donc plus seulement sur quelques gisements situés au nord de l’Europe. Il porte sur la place que les hydrocarbures occuperont encore dans le système énergétique européen au cours de la prochaine décennie.

Et sur une question à laquelle les institutions de l’Union européenne devront répondre : peut-on demander à la Norvège de contribuer davantage à la sécurité énergétique de l’Europe tout en lui demandant de réduire les ressources qui permettent précisément de l’assurer ?

Celine Dou

Iran-Oman : dans le détroit d’Ormuz, Téhéran tente de transformer son verrou maritime en levier diplomatique

Pendant plusieurs semaines, une étroite bande d’eau entre l’Iran et Oman est devenue le point de tension où se croisent les intérêts des grandes puissances. Alors que Washington réclame une réouverture complète du détroit d’Ormuz, Téhéran affirme être sur le point de conclure avec Mascate un compromis qui lui permettrait de préserver son influence sur cette artère vitale du commerce énergétique mondial.

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Le détroit d’Ormuz n’est plus seulement une route maritime. Il est devenu une pièce maîtresse du bras de fer entre l’Iran et les États-Unis d’Amérique. En annonçant des discussions avancées avec Oman sur un nouveau mécanisme de circulation, Téhéran cherche à desserrer la pression internationale sans donner l’image d’un recul stratégique. Derrière ce possible accord technique se joue une question beaucoup plus large : qui aura le pouvoir de fixer les règles dans l’un des passages les plus surveillés de la planète ?

Dimanche, le ministère iranien des Affaires étrangères a annoncé que les discussions avec Oman étaient entrées dans leur phase finale. Selon Esmaïl Baghaï, porte-parole de la diplomatie iranienne, les deux pays seraient proches d’un arrangement autour d’une « route acceptable pour les deux parties », qui ne correspondrait ni à l’itinéraire revendiqué par l’Iran, ni à celui défendu par Oman.

Téhéran présente cet accord comme une solution permettant de respecter les intérêts souverains des deux pays riverains du détroit. Une formulation soigneusement choisie : l’Iran ne parle pas d’un abandon de contrôle, mais d’un mécanisme négocié entre voisins.

Cette nuance est essentielle. Depuis le début de la crise, le détroit d’Ormuz est devenu pour la République islamique un instrument de pression. En limitant la circulation maritime, même temporairement, Téhéran rappelle au monde une réalité géographique : une grande partie des exportations énergétiques du Golfe passe par cette voie étroite reliant le golfe Persique à l’océan Indien.

Avant la crise, environ un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures transitait par cette zone. Chaque menace sur Ormuz provoque donc une réaction immédiate des marchés, car une perturbation durable pourrait toucher les prix de l’énergie bien au-delà du Moyen-Orient.

Mais l’Iran refuse de présenter les discussions avec Oman comme une concession faite sous pression états-unienne. Les responsables iraniens insistent sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une négociation directe avec Washington et que la question d’Ormuz relève avant tout d’un arrangement régional.

Une position qui contraste avec le discours de Donald Trump. Le président des États-Unis d’Amérique affirme que la réouverture du détroit constitue l’une des conditions majeures d’un retour à l’apaisement et présente les avancées diplomatiques comme le résultat de la pression exercée sur Téhéran.

Deux lectures s’opposent donc. Pour Washington, Ormuz doit redevenir une voie ouverte au commerce international. Pour Téhéran, il demeure une zone stratégique où ses intérêts sécuritaires et sa souveraineté doivent être reconnus.

Le choix d’Oman comme interlocuteur n’est pas un hasard. Depuis des décennies, Mascate cultive une diplomatie différente de celle de ses voisins du Golfe : moins spectaculaire, plus discrète, mais souvent efficace. Le sultanat a déjà joué les intermédiaires dans plusieurs dossiers sensibles impliquant l’Iran et les puissances occidentales.

Cette fois encore, Oman se retrouve au centre d’un équilibre délicat. Il doit préserver ses relations avec Téhéran tout en rassurant les partenaires internationaux qui dépendent de la sécurité maritime dans le Golfe.

Pour l’Iran, l’enjeu dépasse largement la circulation des navires. Dans un contexte de sanctions et de confrontation avec Washington, le contrôle d’Ormuz représente l’un de ses rares moyens de rappeler sa capacité de nuisance économique. Renoncer totalement à ce levier reviendrait à perdre une carte stratégique majeure.

Mais maintenir durablement la pression comporte aussi un coût. Une fermeture prolongée du détroit pénaliserait d’abord les économies régionales, y compris celles des alliés de Téhéran, et risquerait d’accroître l’isolement iranien.

Le compromis recherché avec Oman ressemble donc à une équation difficile : permettre au commerce de reprendre sans donner le sentiment que l’Iran a cédé face aux pressions états-uniennes.

L’accord en préparation pourrait offrir une sortie temporaire à la crise d’Ormuz. Mais il ne règle pas la question centrale qui structure les tensions depuis des années : la place que l’Iran veut occuper dans l’ordre régional et la limite que les États-Unis d’Amérique sont prêts à accepter.

Car derrière les navires, les routes maritimes et les discussions diplomatiques, Ormuz reste avant tout une bataille pour l’influence.

Le détroit d’Ormuz est devenu bien plus qu’un passage énergétique. Il est aujourd’hui le théâtre d’un affrontement entre puissance militaire, souveraineté nationale et interdépendance économique mondiale.

L’éventuel compromis entre l’Iran et Oman pourrait calmer la crise immédiate. Mais il ne fait que déplacer une question essentielle : dans le nouveau rapport de force au Moyen-Orient, qui contrôle les points de passage contrôle aussi une partie du pouvoir.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Moyen-Orient : l’effondrement de l’accord de juin replonge les États-Unis d’Amérique et l’Iran dans une confrontation ouverte

Moins d’un mois après avoir tenté de contenir l’escalade militaire par un accord de désescalade, Washington et Téhéran se retrouvent à nouveau engagés dans une logique de confrontation directe. Les attaques contre des navires marchpands dans le détroit d’Ormuz, suivies d’une campagne de plus de 80 frappes états-uniennes sur le territoire iranien puis d’une riposte de Téhéran contre des bases militaires des États-Unis d’Amérique au Koweït et à Bahreïn, illustrent l’échec d’un compromis qui n’aura résisté ni à la méfiance réciproque ni aux réalités stratégiques du Golfe.

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La rupture du mémorandum conclu en juin ne constitue pas seulement un revers diplomatique. Elle marque un changement de nature dans les rapports entre les deux puissances, qui semblent désormais assumer un affrontement plus direct. Derrière les opérations militaires se joue une bataille d’influence dont les conséquences dépassent largement le Moyen-Orient, en raison du rôle central du détroit d’Ormuz dans les échanges énergétiques mondiaux.

Les négociations de juin avaient suscité un prudent optimisme. Sans mettre fin à des décennies d’hostilité, elles visaient à instaurer une désescalade progressive. Le texte prévoyait notamment la sécurisation de la navigation dans le détroit d’Ormuz et un assouplissement limité de certaines sanctions visant les exportations pétrolières iraniennes. L’objectif était clair : éviter qu’une succession d’incidents militaires ne dégénère en affrontement ouvert.

Mais cet équilibre demeurait fragile. Les deux capitales avaient accepté de suspendre certaines mesures sans jamais lever leurs profondes divergences stratégiques. L’accord reposait davantage sur un rapport de forces temporairement stabilisé que sur une véritable convergence politique.

Cette fragilité est apparue au grand jour lorsque plusieurs navires commerciaux ont été pris pour cible dans le détroit d’Ormuz. Les autorités des États-Unis d’Amérique attribuent ces attaques aux Gardiens de la Révolution, estimant qu’elles constituent une violation directe des engagements pris par Téhéran. Les autorités iraniennes rejettent cette lecture des événements et soutiennent, au contraire, que Washington a rompu le premier le mémorandum en rétablissant certaines sanctions économiques promises à être allégées.

Au-delà de cette bataille des récits, un constat s’impose : la confiance, déjà limitée, s’est totalement évaporée.

La réaction de Washington a été immédiate. Plus de 80 frappes ont visé des infrastructures militaires iraniennes, parmi lesquelles des batteries de défense aérienne, des sites de lancement de missiles, des installations navales et des positions attribuées aux Gardiens de la Révolution. L’administration de Donald Trump présente cette opération comme une action préventive destinée à protéger la liberté de navigation dans le Golfe et à empêcher de nouvelles attaques contre les intérêts états-uniens.

Téhéran a répondu quelques heures plus tard en revendiquant des frappes contre plusieurs installations militaires des États-Unis d’Amérique au Koweït et à Bahreïn. Même si les bilans matériels restent limités à ce stade, cette riposte traduit une évolution majeure : l’Iran ne privilégie plus exclusivement l’action de ses alliés régionaux, mais revendique désormais des opérations dirigées contre des positions militaires états-uniennes.

Cette évolution constitue sans doute le changement le plus significatif de la crise actuelle. Pendant de nombreuses années, les deux puissances se sont affrontées principalement par acteurs interposés, au Liban, en Irak, en Syrie ou au Yémen. Les affrontements directs demeuraient rares et soigneusement calibrés afin d’éviter un embrasement régional.

Aujourd’hui, cette ligne de retenue paraît de plus en plus ténue.

L’autre dimension essentielle de cette crise est économique. Le détroit d’Ormuz demeure l’un des principaux points de passage du commerce énergétique mondial. Une part considérable des exportations de pétrole des monarchies du Golfe ainsi qu’une grande partie du gaz naturel liquéfié qatari transitent par ce corridor maritime. Chaque incident de sécurité dans cette zone provoque immédiatement une réaction des marchés, renchérit les coûts du transport maritime et alimente les inquiétudes sur l’approvisionnement énergétique mondial.

Pour les pays africains fortement dépendants des importations d’hydrocarbures, les répercussions pourraient être rapides. Une hausse durable des cours du pétrole se traduirait par une augmentation des coûts du transport, des importations et, à terme, des pressions inflationnistes déjà sensibles dans plusieurs économies du continent.

Sur le plan diplomatique, cette séquence révèle également les limites des mécanismes de désescalade lorsqu’ils ne s’accompagnent pas d’un règlement des différends de fond. Le mémorandum de juin avait suspendu les tensions sans les résoudre. Les questions liées aux sanctions, au programme balistique iranien, à la sécurité maritime et à la présence militaire des États-Unis d’Amérique dans le Golfe demeuraient entières. Les événements des derniers jours montrent qu’il a suffi de quelques heures pour faire voler en éclats un équilibre construit pendant plusieurs semaines de négociations.

La crise actuelle dépasse ainsi le seul cadre des relations entre Washington et Téhéran. Elle pose une question plus large : jusqu’où les deux capitales sont-elles prêtes à pousser leur confrontation sans provoquer un conflit régional aux conséquences difficilement maîtrisables ? Les appels à la désescalade lancés par plusieurs partenaires européens et par des États du Golfe traduisent une même inquiétude : celle de voir une succession d’opérations militaires localisées déboucher sur une crise dont les effets se feraient sentir bien au-delà du Moyen-Orient.

À ce stade, l’accord de juin apparaît moins comme une parenthèse de stabilité que comme un rappel de la difficulté à instaurer une paix durable dans une région où les impératifs militaires, les rivalités stratégiques et les intérêts énergétiques continuent de l’emporter sur les engagements diplomatiques.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos