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Maroc : la Génération Z à la recherche d’un nouvel horizon social

Alors que plusieurs villes du royaume ont été le théâtre, ces deux dernières semaines, de troubles marqués par des violences et la mort de plusieurs personnes, la question de la jeunesse marocaine s’impose avec acuité. Ces événements tragiques rappellent combien il est urgent de comprendre les tenants et les motivations profondes du mouvement de la « Génération Z » marocaine cette jeunesse connectée, éduquée, mais en quête de sens et de justice sociale.

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Face à la précarité, à la défiance politique et aux fractures sociales persistantes, la jeunesse marocaine, héritière d’un pays en mutation rapide, réclame un nouveau pacte entre l’État et les citoyens. Connectée au monde mais enracinée dans ses réalités, elle incarne à la fois l’espoir et l’impatience d’un continent jeune qui veut être entendu.

Les places publiques du Maroc bruissent d’une colère contenue. Dans les rues de Rabat, Casablanca ou Fès, de jeunes Marocains manifestent pacifiquement, exigeant une réforme en profondeur du modèle social. Emploi, santé, éducation, justice : leurs revendications dessinent les contours d’un malaise global, qui dépasse les frontières nationales.

Née à l’ère du numérique et des comparaisons internationales, cette « Génération Z » marocaine observe un monde ouvert, mais se heurte à un horizon souvent fermé. Le diplôme ne garantit plus l’emploi ; la méritocratie semble s’être dissoute dans les inégalités structurelles. Beaucoup aspirent à partir, faute d’un avenir stable dans leur propre pays.

Depuis deux décennies, le Maroc s’est engagé dans d’importantes réformes économiques et institutionnelles. La modernisation du pays, saluée par les bailleurs internationaux, a permis de consolider les infrastructures, d’attirer les investissements et d’élargir l’accès à l’éducation.
Mais ces progrès, réels, n’ont pas suffi à réduire les écarts.

Le chômage des jeunes urbains reste supérieur à 35 %, selon le Haut-Commissariat au Plan. Dans les zones rurales, la pauvreté structurelle, le manque d’opportunités et la précarité scolaire entretiennent un sentiment d’abandon. La montée du coût de la vie, particulièrement dans les grandes villes, renforce la fracture sociale.

Plus encore que les difficultés matérielles, c’est la crise de confiance qui frappe : beaucoup estiment que le système politique ne traduit plus les aspirations de la jeunesse. Les mécanismes de représentation traditionnels paraissent déconnectés d’une génération qui valorise la transparence, la participation et la mobilité.

Cette jeunesse marocaine partage avec ses homologues d’Afrique, d’Europe ou du Moyen-Orient une même quête de sens. Elle rejette les hiérarchies figées, interroge la légitimité des élites et se saisit des outils numériques comme espace d’expression.

Mais elle n’est pas seulement protestataire : elle invente. On la retrouve dans les start-up sociales, les collectifs culturels, les projets écologiques et citoyens. Elle expérimente, parfois en marge des institutions, un modèle de société fondé sur la créativité, l’équité et la solidarité.

À travers ses mobilisations, c’est moins la contestation du pouvoir qui s’exprime que la volonté d’un renouvellement du contrat social, adapté à une société marocaine plus éduquée, plus urbaine et plus consciente de ses droits.

Le Maroc n’est pas isolé dans ce mouvement de fond. En Tunisie, en Algérie ou en Égypte, les jeunes expriment la même lassitude face à des systèmes économiques bloqués et à des transitions politiques inachevées.
Partout en Afrique du Nord, le poids démographique de la jeunesse plus de 60 % de la population fait de cette catégorie un acteur central du devenir collectif.

Pour le royaume chérifien, cette pression générationnelle est aussi une opportunité. En investissant davantage dans la formation, l’innovation et la participation civique, le pays pourrait transformer ce potentiel en moteur de développement. À l’inverse, ignorer cette soif de reconnaissance risquerait d’alimenter le désengagement et l’émigration des jeunes talents.

La « Génération Z » marocaine ne rejette pas son pays : elle l’interpelle.
Ses attentes ne relèvent pas de l’utopie, mais d’un besoin de justice et de dignité. Elle souhaite participer aux décisions, non en spectatrice mais en actrice d’un futur plus équitable.

Redéfinir le contrat social suppose donc un double effort :
– du côté de l’État, une écoute réelle et des réformes concrètes ;
– du côté de la jeunesse, la construction d’un engagement citoyen structuré et durable.

L’enjeu dépasse le Maroc : il touche à la capacité de toute l’Afrique à offrir à sa jeunesse autre chose qu’un horizon d’exil.

Le cri de la jeunesse marocaine n’est pas celui de la rupture, mais de la refondation. Il exprime la volonté d’un dialogue entre générations, d’un pays qui assume son évolution sociale et sa modernité.
Dans ce Maroc en mouvement, la Génération Z se révèle non pas comme un problème à gérer, mais comme une force de renouvellement le visage d’un avenir encore possible, si la société accepte de l’écouter.

Celine Dou, pour La Boussole – infos

Conférence mondiale de Pékin 2025 : les femmes réclament la moitié du pouvoir, pas la moitié des promesses

Trente ans après la Déclaration de Pékin, la Conférence mondiale de 2025 rassemble dirigeantes, diplomates et militantes autour d’un constat partagé : la gouvernance mondiale reste majoritairement masculine. Entre promesses institutionnelles et réalités politiques, la question de la parité est plus que jamais un enjeu central pour la crédibilité démocratique du XXIᵉ siècle.

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La première Conférence mondiale sur les femmes, tenue à Pékin en 1995, avait fixé un programme global pour l’égalité. Trois décennies plus tard, la ville accueille à nouveau les délégations internationales pour évaluer les progrès.

Les statistiques sont parlantes : les femmes représentent 28 % des parlementaires mondiaux et moins de 15 % des chefs d’État ou de gouvernement. Malgré les discours, le pouvoir reste largement masculin.

Le président chinois, Xi Jinping, a appelé à une « représentation accrue et concrète » des femmes dans les instances de décision. Mais le constat reste clair : de nombreux pays peinent à traduire les promesses en mesures effectives.

Sur le continent africain, certaines avancées sont notables. Le Rwanda affiche 61 % de femmes au Parlement, tandis que le Sénégal atteint 46 %. Ces exemples illustrent des choix politiques volontaristes et assumés.

Mais la situation reste inégale dans de nombreux États, où traditions, freins financiers et violences politiques ralentissent la participation féminine.

Les dirigeantes africaines présentes à Pékin ont insisté sur un point : la parité ne doit pas être une simple visibilité symbolique, mais un levier de transformation des politiques publiques, touchant à la santé, l’éducation, la justice sociale ou la protection de l’environnement.

En Asie, les disparités persistent :

  • Chine : moins de 25 % de femmes au Parlement, malgré le rôle de l’hôte.
  • Inde : adoption récente d’une loi réservant 33 % des sièges dans les assemblées locales aux femmes.
  • Japon : obstacles culturels et économiques persistent, freinant la participation politique des femmes.

Dans les pays occidentaux, la moyenne de représentation féminine est plus élevée : 34 % en Union européenne, 29 % au Congrès des États-Unis d’Amérique. Mais cette présence ne se traduit pas toujours par une influence réelle sur le pouvoir exécutif ou économique.

L’enjeu est donc qualitatif : comment faire en sorte que la présence des femmes aux instances de décision se traduise par un impact tangible sur les politiques publiques ?

Les débats de la conférence ont rappelé que la parité n’est pas un privilège, mais un marqueur de démocratie efficace.
Les pays intégrant davantage de femmes dans les instances décisionnelles tendent à produire des politiques plus inclusives et stables.

Mais des freins subsistent : stéréotypes, violence politique, manque de financement pour les campagnes féminines, et harcèlement institutionnel.
L’objectif dépasse la simple égalité numérique : il s’agit de changer la culture du pouvoir et de transformer les modes de gouvernance.

Au-delà des résolutions, la conférence a mis en avant la volonté de bâtir des coalitions féminines transcontinentales.
Des initiatives émergent pour créer des fonds dédiés à la formation et à la protection des femmes dans la vie publique.

Le message central est limpide : les promesses ne suffisent plus. Pour que la gouvernance mondiale devienne réellement inclusive, les femmes doivent disposer de vraie responsabilité et influence dans tous les domaines de décision.

Trente ans après Pékin, les femmes ne demandent plus seulement reconnaissance ou quotas : elles exigent la co-responsabilité.
Elles ne réclament pas la moitié des promesses, mais la moitié du pouvoir.
Le XXIᵉ siècle ne pourra se dire démocratique que s’il apprend à gouverner au féminin non pas contre les hommes, mais avec elles, pour une gouvernance plus juste et durable.

Celine Dou

Mozambique : Décapitations, églises brûlées… Les islamistes font la chasse aux chrétiens – déjà plus de 22 000 personnes obligées de fuir à Cabo Delgado »

La province de Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique, connaît une nouvelle flambée de violence d’une brutalité extrême. Décapitations, villages incendiés, églises réduites en cendres : les insurgés islamistes affiliés à Daesh multiplient les attaques contre les populations chrétiennes, provoquant l’exode de plus de 22 000 personnes en une seule semaine.

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Génération menacée : la hausse alarmante de la mortalité des jeunes dans le monde

Une étude mondiale publiée le 13 octobre 2025 par The Lancet dans le cadre du programme Global Burden of Disease tire la sonnette d’alarme : après des décennies de progrès, la mortalité des jeunes repart à la hausse. Addictions, suicides, violences et maladies évitables forment les causes principales d’une crise planétaire qui révèle un échec collectif : celui de protéger la génération censée incarner l’avenir.

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Ils ont entre 10 et 24 ans, et devraient être la promesse d’un monde en construction. Pourtant, selon la dernière étude Global Burden of Disease, publiée en octobre 2025, plus d’1,5 million de jeunes meurent chaque année de causes évitables.
Un chiffre en hausse de près de 12 % en quinze ans, qui brise la tendance historique à la baisse observée depuis les années 1990.

Les chercheurs y voient une crise silencieuse, masquée par les grands débats économiques ou climatiques, mais dont les conséquences humaines sont considérables. Car derrière les statistiques, il y a une réalité implacable : le monde échoue à protéger ses jeunes.

L’étude couvre plus de 200 pays et révèle une tendance universelle, bien que différenciée selon les régions.
En Afrique subsaharienne, la mortalité des jeunes reste la plus élevée du monde, dominée par les maladies infectieuses, les accidents et les conflits armés.
En Amérique latine, la violence urbaine et les homicides sont les premières causes de décès des 15–24 ans.
Quant aux pays industrialisés, ils connaissent une flambée de suicides, d’overdoses et de troubles mentaux liés à la solitude et à la pression sociale.

Selon les auteurs, « aucune région du monde ne peut se dire à l’abri ».
L’espérance de vie des jeunes a cessé de progresser, signe d’un épuisement des modèles de santé et d’éducation.

Les causes principales de cette hausse sont désormais psychosociales plutôt que purement sanitaires.
Les suicides représentent la troisième cause de mortalité chez les 15–24 ans dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé.
Les overdoses liées à la consommation de drogues de synthèse et de médicaments détournés explosent, notamment aux États-Unis d’Amérique, au Canada et dans certaines capitales européennes.

En parallèle, les violences communautaires et familiales continuent de faucher des vies en Afrique et en Amérique du Sud, où les armes prolifèrent et les structures sociales s’effritent.
La pandémie de Covid-19 a par ailleurs aggravé l’isolement, l’anxiété et le décrochage scolaire, laissant des millions de jeunes sans repère ni accompagnement psychologique.

« Nous assistons à une désagrégation lente du lien social et éducatif », alerte la sociologue indienne Meera Dasgupta.
« Les jeunes sont surconnectés mais profondément seuls. »

Au-delà des symptômes, l’étude met en évidence des causes systémiques.
Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, la pauvreté reste le premier facteur de mortalité juvénile : malnutrition, accès limité à l’eau potable et aux soins, absence de couverture vaccinale.
Mais dans les pays développés aussi, la précarité s’installe sous d’autres formes : emploi instable, isolement, anxiété de performance.

Les chercheurs évoquent une « crise de sens » qui traverse la jeunesse mondiale.
Entre désillusion politique, peur de l’avenir climatique et fatigue numérique, beaucoup de jeunes déclarent ne plus croire au progrès.

L’éducation, pourtant levier central, ne parvient plus à jouer son rôle d’ascenseur social ni de rempart psychologique.
Plus de 240 millions d’enfants et adolescents restent non scolarisés selon l’UNESCO, tandis que la déscolarisation post-pandémie continue d’augmenter dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie.

Sur le continent africain, où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans, cette tendance prend une tournure stratégique.
Les maladies évitables (paludisme, infections respiratoires, diarrhées) restent les premières causes de décès des jeunes, mais la santé mentale et les violences prennent une place croissante.

Dans les mégapoles en expansion, le chômage massif et la précarité urbaine favorisent les conduites à risque : alcool, drogues, insécurité routière, ou enrôlement dans des groupes armés.
Sans politiques publiques adaptées, ce dividende démographique tant vanté pourrait se transformer en crise générationnelle.

« Investir dans la jeunesse n’est pas un luxe, c’est une urgence de survie », martèle le chercheur sénégalais Ibrahima Sow, spécialiste des politiques sociales africaines.
« L’Afrique ne pourra se développer qu’en protégeant sa jeunesse. »

Les auteurs du rapport appellent à une mobilisation internationale urgente, articulée autour de trois priorités :

  1. Renforcer la santé mentale et la prévention des addictions, en intégrant le dépistage et l’accompagnement psychologique dans les écoles et universités.
  2. Réduire les inégalités d’accès à la santé, notamment en Afrique et en Asie du Sud.
  3. Repenser les modèles éducatifs, pour redonner du sens, de la cohésion et de l’espérance.

Mais ces mesures exigent des choix politiques courageux, loin des logiques électorales ou économiques immédiates.
Car si la jeunesse meurt davantage aujourd’hui qu’hier, c’est aussi le signe d’un monde fatigué de lui-même, où le futur a cessé de se construire.

La hausse de la mortalité juvénile n’est pas un simple indicateur sanitaire : elle mesure le degré d’attention qu’une société porte à sa propre humanité.
Chaque jeune perdu est un fragment d’avenir brisé.
Si les États ne parviennent pas à inverser cette tendance, c’est toute la promesse du XXIᵉ siècle qui s’effondre avant d’avoir commencé.

Celine Dou

Présidentielle au Cameroun : le dépouillement a commencé, le pays retient son souffle

Les bureaux de vote ont fermé dimanche 12 octobre pour l’élection présidentielle au Cameroun, marquant la fin d’une journée électorale décisive pour l’avenir du pays. Paul Biya, 92 ans, plus vieux chef d’État et dictateur, par la même occasion, en exercice au monde, brigue un huitième mandat après quarante-trois ans de pouvoir sans partage.

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Changement climatique : Amnesty International demande à la Nouvelle-Zélande un visa humanitaire pour les populations du Pacifique

L’organisation Amnesty International a appelé le gouvernement néo-zélandais à créer un visa humanitaire destiné aux habitants des îles du Pacifique menacées par les effets du changement climatique. Dans un communiqué publié le 9 octobre, l’ONG critique la politique migratoire actuelle du pays, qu’elle juge insuffisante face à la gravité des défis environnementaux dans la région.

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Moldavie : Moscou met en garde après l’adoption d’une stratégie militaire tournée vers l’Ouest

Le Kremlin a réagi négativement à la nouvelle stratégie militaire adoptée par la Moldavie, qui désigne la Russie comme la principale menace pour la sécurité nationale. Cette décision marque une évolution importante de la politique de défense moldave dans un contexte régional marqué par la guerre en Ukraine et les tensions croissantes entre Moscou et les pays voisins.

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Afghanistan, crise climatique prolongée : la sécheresse de 2018 encore meurtrière en 2025

Sept ans après la sécheresse la plus grave qu’ait connue l’Afghanistan depuis des décennies, le pays peine toujours à s’en remettre. Pénurie d’eau, insécurité alimentaire, déplacements massifs : les cicatrices de 2018 demeurent béantes. Une tragédie climatique, mais aussi humaine et politique, qui illustre la fragilité d’un pays pris au piège entre guerre, pauvreté et dérèglement climatique.

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En 2018, l’Afghanistan connaissait sa pire sécheresse depuis quarante ans. Les terres craquelées du nord et de l’ouest voyaient disparaître les récoltes, le bétail mourait faute de pâturages, et des centaines de milliers de familles fuyaient leurs villages pour chercher de l’eau.
Sept ans plus tard, le pays reste enlisé dans une crise humanitaire et environnementale que ni les changements politiques, ni l’aide internationale, n’ont permis de surmonter. Les effets combinés du réchauffement climatique, de l’insécurité et de la misère ont fait de cette sécheresse un tournant durable dans la survie du pays.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), plus de 22 des 34 provinces afghanes avaient été frappées par la sécheresse de 2018.
Les régions de Badghis, Herat et Ghor furent les plus touchées : les pluies avaient chuté de plus de 70 %, et les récoltes de blé, principale ressource vivrière, s’étaient effondrées.

Au total, plus de 3 millions d’Afghans furent directement affectés, et plus de 250 000 déplacés internes durent rejoindre des camps improvisés autour des grandes villes, notamment à Herat.
L’eau potable devint un bien rare, les prix des denrées explosèrent et les enfants furent parmi les premières victimes de la malnutrition.

« La sécheresse a tué notre terre avant de tuer notre bétail », témoignait en 2018 Gul Bibi, agricultrice de la province de Badghis.
« Nous avons marché des jours avec nos enfants pour trouver de l’eau. »

La sécheresse de 2018 n’est pas née d’un hasard climatique : elle a frappé un pays déjà meurtri par quarante années de guerre, où les infrastructures hydrauliques et agricoles étaient délabrées.
Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), l’insécurité et la pauvreté structurelle ont empêché la mise en place de politiques d’adaptation durables.

En 2025, plus de 23 millions d’Afghans soit plus de la moitié de la population dépendent toujours de l’aide humanitaire pour se nourrir.
La combinaison des effets du changement climatique et du repli économique après le retour des talibans au pouvoir en 2021 a aggravé la vulnérabilité des populations rurales.

Les femmes, en particulier, paient le plus lourd tribut. Privées d’accès à la terre et à l’emploi, elles subissent de plein fouet la raréfaction de l’eau et la dégradation des conditions de vie.
« Quand les ressources se font rares, les inégalités s’accentuent », résume une représentante du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) à Kaboul.

La crise née en 2018 a eu des effets en cascade : exode rural, perte des savoirs agricoles, dépendance accrue à l’aide extérieure.
Des zones entières naguère cultivées sont désormais stériles, tandis que les nappes phréatiques s’épuisent.

L’ONU estime que l’Afghanistan a perdu 40 % de ses terres arables en une décennie.
Les agriculteurs tentent de s’adapter, en recourant à des cultures moins gourmandes en eau, mais les moyens techniques manquent.
Parallèlement, la disparition des pâturages a accéléré l’appauvrissement des éleveurs nomades, pilier de l’économie rurale.

Cette sécheresse prolongée s’inscrit dans un contexte mondial où le réchauffement climatique exacerbe les tensions locales. L’Afghanistan illustre la situation des pays du Sud, souvent les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre, mais les premiers à en subir les conséquences.

Sept ans après, la situation reste critique. Les rapports conjoints du PAM et de la FAO en 2025 indiquent que près de 15 millions d’Afghans souffrent toujours d’insécurité alimentaire sévère.
Les régions de l’ouest connaissent une recrudescence de la malnutrition infantile, tandis que les réserves d’eau souterraine atteignent des niveaux historiquement bas.

Les projections climatiques sont sombres : selon la Banque mondiale, les températures moyennes du pays pourraient augmenter de 2,5 °C d’ici 2050, réduisant encore le débit des rivières.
Les experts appellent à un plan de reconstruction écologique centré sur la gestion communautaire de l’eau, la reforestation et la diversification agricole.

Mais dans un pays où les priorités immédiates sont la survie, la paix et la sécurité, la question environnementale reste reléguée au second plan.

Au-delà du cas afghan, la crise révèle l’incapacité du système international à répondre durablement aux chocs climatiques.
Les aides d’urgence affluent après les catastrophes, mais les programmes de prévention, de gestion des ressources et d’adaptation demeurent sous-financés.

L’Afghanistan, symbole tragique d’un pays piégé entre pauvreté et climat, pose une question fondamentale :
comment bâtir une résilience véritable sans stabilité politique, ni infrastructures de base ?

L’avenir du pays dépendra autant de sa capacité à restaurer la paix que de celle à réapprendre à vivre avec une nature transformée.

La sécheresse afghane n’est pas un simple souvenir de 2018. Elle demeure le symbole d’une humanité incapable d’anticiper les effets d’un dérèglement qu’elle a pourtant provoqué.
Ce drame silencieux rappelle que la crise climatique n’a pas de frontières, mais que ses premières victimes sont toujours les plus vulnérables.

Dans les plaines de Badghis comme ailleurs, l’eau est devenue plus qu’une ressource : une ligne de vie, un enjeu de paix, un test moral pour l’humanité.

Celine Dou

Expulsions de migrants : l’Allemagne finalise un accord avec les talibans pour renvoyer des demandeurs d’asile afghans

Berlin prépare la reprise régulière des vols d’expulsion vers l’Afghanistan, malgré les critiques sur la sécurité et la légitimité du régime taliban.

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Les États-Unis menacent de sanctionner les pays favorables à une taxe carbone sur le transport maritime

Washington dénonce une mesure « néocoloniale » à la veille d’un vote crucial à l’Organisation maritime internationale (OMI).

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