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Algérie-Maroc : 33 Marocains remis à la frontière, mais derrière eux, plus de 800 dossiers suivis par l’AMSV

Trente-trois ressortissants marocains, dont une femme, ont été remis aux autorités de leur pays par l’Algérie au poste-frontière de Zouj Bghal. L’information, annoncée par l’Association marocaine d’aide aux migrants en situation vulnérable (AMSV), pourrait n’être qu’une nouvelle séquence de rapatriement. Elle prend une autre dimension lorsqu’elle est rapprochée des centaines de dossiers que l’association affirme suivre en Algérie.

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La remise de ce groupe constitue la deuxième du mois de septembre selon l’AMSV. Depuis plusieurs mois, le même poste-frontière est ponctuellement ouvert pour permettre le retour de ressortissants marocains détenus, retenus ou bloqués en Algérie après des parcours migratoires irréguliers. En août, l’association évoquait plus de 800 dossiers de Marocains dans différentes situations. Ce chiffre ne correspond pas à 800 personnes actuellement détenues : il englobe notamment des détenus, des personnes en rétention administrative, des personnes en cours de rapatriement et des disparus.

Le transfert s’est effectué au poste de Zouj Bghal, à la frontière entre l’Algérie et le Maroc. Les 33 personnes sont originaires de plusieurs villes marocaines, parmi lesquelles Nador, Safi, Meknès, Oujda, Fès, Berkane, Salé, Taounate, Khémisset, Ksar El Kébir, Zagora, Madagh et Tissa. Selon l’AMSV, plusieurs ont retrouvé leurs familles après leur arrivée au Maroc.

Cette remise n’est pas un épisode isolé. Le 30 avril, 56 ressortissants marocains avaient déjà été transférés par le même point de passage. Le 25 mai, 21 autres avaient regagné le Maroc. En août, deux groupes avaient encore été remis aux autorités marocaines : dix personnes le 12 août, puis 49 le 19 août. À eux seuls, ces groupes représentent 169 personnes depuis le début de l’année, sans compter d’autres éventuels transferts qui ne figurent pas dans cette série de chiffres.

Le chiffre est d’autant plus significatif que le poste de Zouj Bghal ne constitue pas un passage frontalier ordinaire. La frontière terrestre entre les deux pays est fermée depuis 1994. Les ouvertures observées dans le cadre de ces rapatriements sont donc ponctuelles et répondent à des situations particulières.

Plus de 800 dossiers, mais des situations différentes

En août, l’AMSV indiquait suivre environ 800 dossiers de Marocains bloqués en Algérie après des tentatives de migration irrégulière. Le président de l’association, Hassan Ammari, précisait que ces dossiers concernaient plus de 600 personnes incarcérées dans des prisons algériennes, environ 100 ressortissants faisant encore l’objet d’enquêtes, ainsi que 113 personnes en cours de rapatriement ou maintenues en rétention administrative après avoir terminé leur peine.

Ces catégories ne doivent pas être confondues. Un Marocain condamné et incarcéré en Algérie ne se trouve pas dans la même situation qu’une personne ayant terminé sa peine mais attendant encore son éloignement. De même, un dossier de disparition ne signifie pas que la personne est nécessairement détenue.

Cette distinction est importante parce que le nombre de 800 pourrait facilement être compris comme celui de personnes actuellement emprisonnées. Il s’agit du volume de dossiers suivis par l’AMSV, selon les informations communiquées par l’association à Hespress. Les autorités algériennes n’ont pas publié, dans les sources consultées, un chiffre équivalent permettant de confirmer indépendamment ce décompte.

Une frontière fermée qui sert pourtant aux rapatriements

Le paradoxe est difficile à ignorer. Alger et Rabat n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 2021 et leur frontière terrestre reste fermée depuis plus de trois décennies. Pourtant, lorsqu’il s’agit de permettre à des ressortissants marocains de regagner leur pays, le poste de Zouj Bghal peut être rouvert temporairement.

Ce mécanisme ne constitue pas pour autant une réouverture de la frontière ni un signe suffisant d’apaisement entre les deux États. Il s’agit d’arrangements ponctuels autour de situations individuelles.

La comparaison avec une frontière normalement ouverte est donc trompeuse. Dans un passage frontalier classique, les mouvements de personnes relèvent de procédures régulières. À Zouj Bghal, ces ouvertures permettent plutôt de résoudre, au cas par cas, des situations qui peuvent avoir commencé plusieurs mois auparavant : arrestation, condamnation, fin de peine, identification, démarches consulaires, puis transfert.

Le précédent du mois d’avril permet de mesurer cette lourdeur administrative. Pour les 56 personnes remises à cette période, l’AMSV avait assuré pendant environ deux mois le suivi nécessaire à la transmission des documents d’identité et à leur prise en charge. Pour les 21 personnes transférées en mai, l’association évoquait un travail de coordination ayant duré trois mois.

Derrière les retours, des familles qui cherchent leurs proches

Le travail de l’AMSV ne se limite donc pas au transport des personnes jusqu’à la frontière. L’association affirme accompagner des familles à la recherche de proches disparus, suivre des procédures judiciaires et réunir les documents nécessaires à l’identification des personnes et à l’établissement de leur lien de parenté. Elle a récemment lancé un programme baptisé « Accompagnement et soutien » consacré notamment aux disparus, aux détenus et aux personnes placées en détention provisoire.

Le dossier dépasse d’ailleurs les frontières algériennes. En septembre, l’association a également signalé des demandes concernant des Marocains détenus ou placés en détention provisoire en Libye, sans avancer de chiffre précis.

Au Maroc, la question a également gagné le terrain institutionnel. Une question écrite adressée fin août au ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, demandait notamment quelles démarches étaient engagées pour accélérer le retour de ressortissants marocains bloqués en Algérie, alors que le chiffre de plus de 800 dossiers suivis par une association était avancé.

Une séquence migratoire plus large

Les parcours de ces jeunes ne peuvent pas être réduits à un simple trajet entre le Maroc et l’Algérie. Pour certains, le territoire algérien constitue une étape sur une route vers l’Europe ; pour d’autres, le parcours s’arrête après une arrestation ou une condamnation. Dans les deux cas, le passage par l’Algérie peut transformer une tentative de migration en une longue succession de procédures.

Les chiffres disponibles montrent surtout une continuité. En avril, mai et août, puis à nouveau en septembre, des groupes successifs ont été transférés par le même poste. Le nombre de 33 personnes annoncé cette semaine n’est donc pas seulement une nouvelle donnée à additionner : il constitue un épisode supplémentaire d’un dossier migratoire et consulaire qui dure depuis des mois.

Et derrière chaque groupe se trouvent des situations différentes : une personne qui rentre après une détention, une autre qui attend encore son transfert, une famille qui cherche un proche dont elle est sans nouvelles, ou encore des proches mobilisés pour fournir les documents nécessaires à une identification.

La répétition des remises pose désormais une question plus large : combien de temps faut-il pour transformer une arrestation liée à une migration irrégulière en un retour effectif au pays d’origine lorsque les relations entre les deux États sont dégradées et que leur frontière terrestre reste fermée ?

Les transferts de Zouj Bghal apportent une réponse partielle : les deux administrations peuvent encore régler certains dossiers individuels, malgré l’absence de relations diplomatiques normales. Mais le volume des dossiers évoqué par l’AMSV montre aussi que ces mécanismes ponctuels ne suffisent pas à eux seuls à résorber l’ensemble des situations signalées.

Les 33 Marocains remis en septembre sont donc la partie visible d’un dossier beaucoup plus vaste. Leur retour marque l’aboutissement d’une procédure pour chacun d’eux ; il ne clôt pas pour autant le problème.

Selon l’AMSV, plus de 800 dossiers restent suivis en Algérie. Derrière ce nombre, il y a des détenus, des personnes en attente de rapatriement, des familles à la recherche de leurs proches et des procédures qui peuvent durer plusieurs mois.

À Zouj Bghal, la frontière s’ouvre ponctuellement pour permettre des retours. Le dossier migratoire, lui, reste largement ouvert.

Celine Dou