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France : trois morts dans la Manche alors que les traversées vers le Royaume-Uni reculent de 42 %

Un enfant de 10 ans et deux femmes sont morts lundi 28 septembre dans la Manche, à bord d’une embarcation qui transportait 105 personnes. Le drame porte à 22 le nombre de morts enregistrés depuis le début de l’année sur cette route migratoire. Pourtant, le nombre de personnes arrivées au Royaume-Uni par petites embarcations a chuté de 42 % sur un an. Derrière cette baisse, une autre évolution inquiète les autorités : les canots sont de plus en plus chargés.

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L’embarcation était partie de la côte du Pas-de-Calais dans la matinée. Lorsque ses occupants ont demandé de l’aide, elle se trouvait à environ six kilomètres au large. Les secours français ont récupéré les 105 passagers. Trois d’entre eux étaient déjà morts : deux femmes d’une trentaine d’années et un garçon de 10 ans, probablement originaire d’Érythrée. Selon les premiers éléments communiqués par le préfet du Pas-de-Calais, les victimes auraient été écrasées dans la cohue provoquée par la surcharge du bateau, et non noyées.

Une traversée qui ne ressemble plus seulement à un naufrage

Le terme de « naufrage » ne suffit pas à raconter ce qui s’est passé lundi. L’embarcation n’a pas coulé. La plupart des passagers ont pu être secourus après avoir eux-mêmes appelé les secours. Le problème s’est produit à bord, dans un espace saturé de personnes.

Cette situation correspond à une méthode utilisée depuis plusieurs mois sur le littoral du Pas-de-Calais : le « taxi-boat ». Des embarcations arrivent par la mer au plus près du rivage, prennent des passagers dans une zone peu profonde, puis repartent vers le large. Cette organisation permet aux réseaux de passeurs de réduire le temps passé sur les plages, où les forces françaises surveillent les départs. Mais elle rend aussi les embarquements particulièrement désordonnés. Trois corps avaient déjà été retrouvés la semaine précédente dans le Pas-de-Calais après des départs de ce type.

Le 28 septembre, la préfecture maritime a dû mobiliser plusieurs moyens de secours : le navire Ridens, l’Abeille Normandie, le patrouilleur Pluvier et un hélicoptère de la Marine nationale transportant une équipe du SMUR maritime. Sur les 105 personnes récupérées, plusieurs nécessitaient des soins, tandis que les trois victimes n’ont pu être réanimées.

Moins d’arrivées au Royaume-Uni, mais des bateaux plus remplis

Au 27 septembre, 19 135 personnes avaient atteint le Royaume-Uni par petites embarcations depuis le début de l’année. Elles étaient 33 083 à la même date en 2025, soit une baisse de 42 %. Les données du Home Office restent provisoires et peuvent être révisées.

La diminution est donc réelle. Elle ne signifie cependant pas que les départs ont disparu ni que les traversées sont devenues moins dangereuses.

Au contraire, la capacité des embarcations utilisées par les réseaux de passeurs a fortement augmenté. Entre septembre 2025 et septembre 2026, les bateaux arrivés au Royaume-Uni transportaient en moyenne 67 personnes, contre beaucoup moins les premières années du phénomène. En août, une embarcation avait même transporté 230 personnes, un niveau qui avait attiré l’attention des autorités britanniques.

Le calcul est simple : moins de bateaux peuvent suffire à transporter un nombre important de personnes lorsqu’ils sont davantage remplis. Pour ceux qui montent à bord, cette concentration augmente mécaniquement les risques liés à la stabilité du bateau, aux mouvements de foule et aux incidents pendant la traversée.

Le drame de lundi en donne une illustration particulièrement brutale : les trois victimes ne seraient pas mortes après le naufrage du canot, mais dans la cohue à bord.

Paris et Londres ont pourtant renforcé leur dispositif

Cette évolution intervient alors que la France et le Royaume-Uni ont considérablement renforcé leur coopération.

Le partenariat conclu en 2026 prévoit une augmentation de 53 % des effectifs français financés dans le cadre du dispositif, de 907 personnes sur la période précédente à 1 392 pour la période 2026-2029. Londres doit également consacrer jusqu’à 500 millions de livres, soit environ 580 millions d’euros, au renforcement du contrôle du littoral du nord de la France, auxquels peuvent s’ajouter 161 millions de livres destinés à de nouvelles actions évaluées selon leur efficacité.

Le dispositif vise notamment les départs depuis les plages, les embarcations utilisées par les passeurs et les réseaux criminels qui organisent les traversées. La France et le Royaume-Uni cherchent donc moins à gérer les arrivées une fois les personnes débarquées qu’à empêcher le départ et à atteindre les organisateurs.

Les autorités françaises ont aussi renforcé la surveillance des zones où les passeurs utilisent des « taxi-boats ». Mais la géographie du littoral et la rapidité des embarquements compliquent le travail des forces de l’ordre.

Pourquoi la baisse des traversées ne règle pas la question

La baisse de 42 % constitue un changement important, mais elle ne permet pas, à elle seule, de mesurer l’efficacité de chacune des mesures prises par Paris et Londres.

Les chiffres dépendent aussi de la météo, des stratégies des passeurs, du nombre de départs empêchés en France et de l’évolution des routes empruntées. Le 23 septembre, la préfecture maritime indiquait ainsi avoir secouru 129 personnes en trois jours lors de plusieurs opérations distinctes. Une personne était morte dans la même période.

Le phénomène reste donc actif, même lorsque les conditions empêchent momentanément les départs. Et lorsque les réseaux disposent de fenêtres météorologiques favorables, ils peuvent tenter de faire partir un nombre très important de personnes en peu de temps.

Le 23 septembre, 781 personnes étaient arrivées au Royaume-Uni en une seule journée, un record pour 2026, alors même que le bilan annuel demeurait nettement inférieur à celui de 2025.

Cette combinaison, moins d’arrivées sur l’ensemble de l’année, mais des opérations ponctuelles très massives complique la lecture du phénomène.

Une route moins fréquentée, mais toujours meurtrière

Les trois décès du 28 septembre portent à 22 le nombre de personnes mortes cette année en tentant de rejoindre le Royaume-Uni par la Manche, selon le décompte de l’AFP établi à partir des données françaises et britanniques. En 2025, 29 morts avaient été recensés sur l’ensemble de l’année.

Le chiffre de 2026 n’est donc pas encore celui de l’année précédente, mais il rappelle que la diminution des arrivées ne suit pas nécessairement la même courbe que le risque mortel.

Le calendrier joue aussi. La préfecture maritime rappelle que la Manche est l’une des zones maritimes les plus fréquentées au monde, avec des courants puissants, des bancs de sable et des conditions susceptibles de changer rapidement. Fin septembre, les coefficients de marée atteignaient 101 les 28 et 29 septembre.

Pour les passeurs, ces contraintes sont aussi une raison de profiter des périodes jugées favorables. Pour les personnes embarquées, elles rendent chaque départ incertain.

La France et le Royaume-Uni peuvent donc se prévaloir d’une baisse nette des arrivées en 2026. Mais le drame de lundi pose une question différente : combien de personnes faut-il encore entasser dans des embarcations précaires avant qu’une baisse statistique cesse d’être synonyme de vies toujours exposées ?

La réponse ne dépendra pas uniquement du nombre de patrouilles sur les plages. Elle dépendra aussi de la capacité des deux pays à démanteler les réseaux qui organisent les départs, à maintenir la pression sur leurs activités et à proposer, lorsqu’elles existent, des voies légales suffisamment accessibles pour modifier les choix des personnes qui prennent aujourd’hui la mer.

Sur le papier, la tendance de 2026 est favorable à Paris et Londres : les arrivées au Royaume-Uni par petites embarcations ont diminué de 42 % en un an.

Sur le littoral du Pas-de-Calais, la réalité est plus dure. Lundi, 105 personnes ont embarqué sur un même canot. Trois sont mortes, dont un enfant de 10 ans. Et 22 personnes ont déjà perdu la vie cette année sur cette route.

La baisse des chiffres n’a donc pas fait disparaître le problème. Elle en a changé les proportions. Moins de personnes traversent, mais les embarcations restent surchargées et les réseaux de passeurs continuent d’exploiter chaque fenêtre possible.

Celine Dou

À Londres, plus de 250 policiers déployés après l’incendie antisémite d’ambulances d’une association juive

Quatre ambulances destinées aux secours d’urgence ont été détruites par un incendie volontaire dans le nord de la capitale britannique. La police parle d’une attaque antisémite et a immédiatement renforcé la sécurité autour des lieux fréquentés par la communauté juive.

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Dans la nuit du 22 au 23 mars, des véhicules appartenant à un service d’ambulances communautaire ont été incendiés dans le quartier de Golders Green, au nord de Londres. Les autorités ont déployé plus de 250 policiers supplémentaires pour sécuriser la zone et protéger les institutions juives.

Les véhicules détruits appartenaient à la Jewish Community Ambulance Service, organisation bénévole qui intervient en complément des secours publics, notamment lors d’urgences médicales au sein de la communauté juive londonienne. L’attaque n’a fait aucun blessé, mais elle a réduit la capacité d’intervention de l’association.

La Metropolitan Police Service a ouvert une enquête pour incendie criminel aggravé par un mobile antisémite. Les premières constatations laissent penser à une action ciblée. Des patrouilles ont été déployées autour des synagogues, écoles et centres communautaires dans plusieurs quartiers du nord de la ville.

Les autorités britanniques ont condamné l’attaque et assuré vouloir garantir la sécurité des institutions juives. Le renforcement policier décidé dans les heures suivant l’incendie témoigne de la sensibilité du sujet au Royaume-Uni, où la protection des minorités religieuses fait l’objet d’un suivi régulier.

Le choix de cibler un service d’ambulances a marqué les responsables politiques. Il ne s’agit pas d’un bâtiment symbolique ou d’un lieu de culte, mais d’un dispositif d’aide médicale destiné à intervenir en situation d’urgence. La portée de l’acte dépasse donc la seule dimension communautaire.

Les organisations britanniques chargées de suivre les crimes de haine signalent depuis plusieurs mois une hausse des actes antisémites. Cette progression s’inscrit dans un climat international tendu, où les crises géopolitiques nourrissent des répercussions directes dans les sociétés européennes.

Au Royaume-Uni, les institutions juives vivent depuis plusieurs années sous protection policière renforcée. L’attaque contre des ambulances ajoute une dimension nouvelle : elle vise un service qui participe à la chaîne des secours, et non seulement des lieux identitaires.

Le déploiement massif de policiers répond à une urgence immédiate : prévenir tout risque d’acte similaire et rassurer les habitants concernés. Mais la multiplication de ces dispositifs souligne une réalité plus durable. La sécurisation des lieux de culte et des institutions communautaires est devenue une mission permanente dans plusieurs grandes villes européennes.

Cette évolution pose une question de fond pour les démocraties occidentales : comment garantir la protection des minorités sans installer un climat de vigilance permanente autour d’elles.

L’incendie criminel de Golders Green a détruit des véhicules de secours et provoqué une réaction sécuritaire d’ampleur. L’enquête devra établir les responsabilités et les motivations précises. L’événement rappelle surtout que la lutte contre les crimes de haine reste un enjeu central pour les autorités britanniques, entre impératif de sécurité immédiate et défi plus large de cohésion sociale.

Celine Dou, pour la Boussole-infos