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Ukraine : l’ancien chef de l’armée Zaloujny affirme que Kiev n’entrera « jamais » dans l’OTAN, après 12 ans à préparer son armée à l’Alliance et face aux nouvelles réalités de la guerre

Pendant près de douze ans, Valeri Zaloujny a travaillé au rapprochement de l’armée ukrainienne avec l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Aujourd’hui ambassadeur d’Ukraine au Royaume-Uni et ancien commandant en chef des forces armées, il estime pourtant que son pays n’intégrera jamais l’Alliance. Une déclaration qui prend un relief particulier alors que Kiev continue officiellement de revendiquer cette adhésion et que la guerre a profondément changé les rapports de force militaires en Europe.

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« Malheureusement, nous n’y adhérerons jamais. » La formule de Valeri Zaloujny, rapportée début août par la presse ukrainienne, ne constitue pas une décision officielle de Kiev ni de l’OTAN. Elle traduit le constat personnel d’un ancien chef militaire qui connaît de l’intérieur le long processus de rapprochement entre l’Ukraine et l’Alliance. Pour lui, la guerre a fait apparaître un paradoxe : l’armée ukrainienne a acquis une expérience dans certaines formes de combat que les armées de l’OTAN cherchent désormais à intégrer, tandis que l’adhésion politique de Kiev reste suspendue à l’accord de tous les membres de l’Alliance.

Douze années de rapprochement avec l’OTAN

Zaloujny n’est pas un observateur extérieur du dossier. Avant de devenir ambassadeur à Londres, il a dirigé les forces armées ukrainiennes de juillet 2021 à février 2024, notamment durant les deux premières années de l’invasion russe à grande échelle.

Il affirme avoir consacré près de douze ans à l’adoption des normes de l’OTAN. Pendant cette période, l’armée ukrainienne a progressivement cherché à rapprocher ses structures, ses procédures et son fonctionnement de ceux des forces alliées.

Cette trajectoire devait conduire, à terme, à l’intégration de l’Ukraine dans l’Alliance. Mais la promesse politique s’est révélée beaucoup plus difficile à concrétiser que la transformation militaire.

Au sommet de Washington, en juillet 2024, les Alliés avaient réaffirmé que l’avenir de l’Ukraine était dans l’OTAN et que sa trajectoire vers l’adhésion était « irréversible ». Cette formulation demeure toutefois encadrée par une condition essentielle : l’invitation ne pourra intervenir que lorsque les Alliés seront d’accord et que les conditions seront réunies.

C’est précisément là que se trouve l’un des obstacles majeurs.

Une adhésion toujours souhaitée, mais sans consensus

L’Ukraine continue de considérer son entrée dans l’OTAN comme un objectif stratégique. Pourtant, l’Alliance ne dispose toujours pas de l’unanimité nécessaire pour franchir cette étape.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, l’a reconnu en juin 2026 : les Alliés ne sont pas actuellement tous favorables à l’adhésion de l’Ukraine.

La nuance est importante. L’OTAN n’a pas déclaré que Kiev ne deviendrait jamais membre. La perspective demeure inscrite dans les décisions politiques de l’Alliance. Mais entre une perspective officiellement maintenue et une adhésion effectivement réalisable, l’écart reste considérable.

Pour Zaloujny, cet écart semble désormais suffisant pour considérer l’adhésion comme hors de portée.

La guerre a changé la donne militaire

Son jugement ne repose toutefois pas uniquement sur la politique.

Depuis février 2022, l’armée ukrainienne combat dans des conditions qui ont accéléré la transformation de la guerre terrestre. L’emploi massif des drones, la guerre électronique, l’adaptation rapide des équipements et la recherche permanente de solutions moins coûteuses ont bouleversé les méthodes de combat.

Zaloujny estime que cette expérience place désormais l’Ukraine dans une position singulière face aux armées de l’OTAN. Selon lui, certaines doctrines de l’Alliance restent marquées par des conceptions qui ne correspondent plus entièrement aux réalités du champ de bataille contemporain.

La critique est sévère, mais elle ne signifie pas que l’Ukraine serait militairement supérieure à l’ensemble des pays de l’OTAN. Zaloujny vise certaines doctrines et certaines capacités, notamment celles liées à la guerre technologique qui s’est développée sur le front ukrainien.

Le paradoxe est ailleurs : l’Ukraine, qui a longtemps cherché à apprendre des armées de l’Alliance, dispose désormais d’une expérience opérationnelle dont plusieurs membres de l’OTAN cherchent eux-mêmes à tirer des enseignements.

Une dépendance qui demeure

Cette évolution ne signifie pas pour autant que Kiev pourrait se passer de ses partenaires occidentaux.

L’ancien commandant en chef le reconnaît lui-même. L’Ukraine reste dépendante de technologies dont disposent les pays de l’OTAN, notamment pour la défense aérienne et l’interception des missiles balistiques.

La guerre a ainsi produit une relation à double sens. L’Ukraine apporte une expérience de combat que les armées occidentales n’avaient pas acquise à cette échelle, mais elle a toujours besoin de systèmes militaires de haute technologie que ses partenaires sont capables de fournir.

C’est l’une des contradictions fondamentales de la situation actuelle.

Zaloujny ne rejette pas l’OTAN

Sa déclaration ne doit donc pas être interprétée comme une rupture avec l’Alliance.

En juillet, dans une tribune publiée au Royaume-Uni, Zaloujny avait déjà estimé que la guerre en Ukraine soulevait des interrogations sur la capacité de l’OTAN à répondre aux conflits du XXIe siècle. Il reconnaissait parallèlement le soutien apporté à Kiev par les pays membres de l’Alliance.

Son propos actuel s’inscrit dans cette continuité : il ne conteste pas l’utilité de la coopération avec l’OTAN. Il met en cause l’idée selon laquelle l’adhésion de l’Ukraine constituerait encore une perspective réaliste dans les conditions actuelles.

Cette distinction est essentielle pour comprendre sa position.

Vers une autre architecture de sécurité ?

Si l’adhésion à l’OTAN reste bloquée, une autre question s’impose à Kiev et à ses partenaires : comment garantir la sécurité de l’Ukraine sans lui offrir, dans l’immédiat, la protection collective prévue par l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord ?

Depuis plusieurs mois, plusieurs pays européens travaillent à cette question. La France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Ukraine ont notamment poursuivi leurs discussions sur des garanties de sécurité et sur les modalités d’un soutien militaire européen à Kiev après un éventuel cessez-le-feu.

Cette démarche ne remplace pas juridiquement l’OTAN. Elle cherche plutôt à construire une protection intermédiaire autour de l’Ukraine, dans l’attente d’une éventuelle évolution politique.

La question de l’adhésion pourrait ainsi cesser d’être le seul horizon de la sécurité ukrainienne.

Un constat qui dépasse Zaloujny

La déclaration de l’ancien chef de l’armée intervient donc à un moment où les deux trajectoires qui semblaient devoir converger se sont éloignées.

Sur le plan militaire, l’Ukraine s’est rapprochée des armées occidentales et a développé, au fil de la guerre, des compétences que celles-ci cherchent désormais à acquérir.

Sur le plan politique, son adhésion demeure souhaitée par Kiev et officiellement inscrite dans la perspective de l’OTAN, mais l’unanimité nécessaire à son admission n’existe pas.

C’est dans cet espace entre les deux réalités que s’inscrit le constat de Zaloujny.

L’ancien commandant en chef ukrainien ne dit donc pas que l’Ukraine abandonne l’Occident. Il dit, en substance, qu’après douze années consacrées à préparer son armée à rejoindre l’Alliance, il ne croit plus que cette dernière étape puisse être franchie.

Et le paradoxe demeure entier : au moment où l’Ukraine semble militairement plus proche que jamais des armées de l’OTAN, son adhésion politique à l’Alliance paraît, elle, toujours aussi lointaine.

Celine Dou

Côte d’Ivoire : après une altercation à Yamoussoukro, un douanier retrouvé mort dans un lac, le parquet enquête sur les circonstances de la noyade

Le sergent-chef des Douanes Aimé Lamtou Coulibaly a été retrouvé mort le 4 août dans un lac de Yamoussoukro, au lendemain d’une altercation survenue après un accident de la circulation. Selon les premiers éléments communiqués par le parquet de Toumodi, le médecin requis a conclu à une mort par noyade. Une enquête est en cours pour déterminer dans quelles circonstances le douanier s’est retrouvé dans l’eau.

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La veille, le 3 août, Aimé Lamtou Coulibaly aurait été impliqué dans un accident de la voie publique. Une altercation aurait ensuite éclaté avec un groupe d’individus, au cours de laquelle le fonctionnaire aurait reçu des coups. Les sapeurs-pompiers l’avaient alors transporté à l’hôpital Saint Joseph Moscati, avec une passagère de l’autre véhicule impliqué dans l’accident. Le douanier aurait toutefois quitté l’établissement avant d’avoir reçu les soins.

Le lendemain, vers 11 heures, il aurait été aperçu au commissariat du 2ᵉ arrondissement de Yamoussoukro, accompagné d’un ami pour une démarche administrative. Quelques heures plus tard, vers 17 heures, les forces de l’ordre étaient alertées de la découverte de son corps dans un lac situé près de la station Afriquiya.

La Brigade de recherche et d’investigation de la Police nationale, avec l’appui de la police scientifique, mène les investigations. Le parquet n’établit pour l’heure aucun lien définitif entre les coups reçus lors de l’altercation et la mort du douanier. Les enquêteurs cherchent notamment à reconstituer ses dernières heures et à déterminer comment il s’est retrouvé dans le lac.

L’affaire avait suscité de nombreuses réactions après la diffusion d’images de l’altercation sur les réseaux sociaux. Des accusations avaient rapidement circulé autour de certains acteurs du transport. Le parquet appelle toutefois à la prudence et met en garde contre les conclusions tirées avant la fin des investigations.

À ce stade, la noyade constitue donc la cause médicale du décès communiquée par le parquet, tandis que les circonstances dans lesquelles Aimé Lamtou Coulibaly a rejoint le plan d’eau restent à établir. L’enquête se poursuit.

Celine Dou

Niger : l’Algérie offre quatre hélicoptères militaires à Niamey et renforce son alliance militaire avec son voisin

Deux Mi-24V et deux Mi-171 ont quitté le sud de l’Algérie le 9 août pour rejoindre Niamey. Alger a également fourni des pièces de rechange et du matériel de maintenance. Pour l’armée nigérienne, ce don apporte quatre appareils supplémentaires, destinés à des missions de combat, de transport et de soutien.

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Le Niger reçoit quatre hélicoptères militaires offerts par l’Algérie. Le ministère algérien de la Défense nationale a annoncé le 9 août que deux Mi-24V et deux Mi-171 avaient été acheminés vers Niamey depuis In Guezzam, dans l’extrême sud du pays. Des équipements et accessoires militaires ont accompagné les appareils, tandis qu’une partie du matériel a été transportée séparément par un avion des Forces aériennes algériennes. Le don a été effectué sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, dans le cadre du renforcement de la coopération entre Alger et Niamey.

Deux Mi-24V pour le combat, deux Mi-171 pour le transport

Les quatre hélicoptères n’ont pas le même emploi.

Le Mi-24V est un appareil d’attaque conçu pour appuyer les forces terrestres. Armé, protégé et capable d’emporter des troupes dans certaines configurations, il a été développé pour accompagner les unités engagées au sol.

Le Mi-171 appartient à une autre catégorie. Dérivé de la famille Mi-8/Mi-17, il est principalement utilisé pour transporter des soldats, du matériel et du ravitaillement. Il peut également remplir différentes missions de soutien.

Pour Niamey, le choix de ces deux modèles apporte donc deux capacités complémentaires. Les Mi-24V peuvent renforcer l’appui aérien des unités au sol. Les Mi-171 peuvent faciliter le déplacement des militaires et du matériel sur un territoire où les distances compliquent les opérations terrestres.

Le don ne s’arrête pas aux quatre appareils. Alger a fourni des équipements et accessoires militaires ainsi que du matériel destiné à leur exploitation. Une partie des fournitures a été acheminée par un avion de transport militaire algérien.

Le ministère algérien de la Défense nationale précise que l’opération a été réalisée sur instruction de Abdelmadjid Tebboune. Les appareils ont quitté In Guezzam, à proximité de la frontière nigérienne, avant leur arrivée à Niamey.

Un renfort pour une armée engagée sur plusieurs fronts

Les nouveaux appareils arrivent dans un pays confronté depuis plusieurs années à des attaques de groupes armés. Dans le nord-ouest, l’ouest et le sud-est du Niger, les forces gouvernementales doivent couvrir de vastes zones et répondre rapidement aux mouvements des groupes djihadistes.

La capacité aérienne joue dans ce contexte un rôle particulier. Elle permet de surveiller des zones difficiles d’accès, de transporter des soldats et du matériel, mais aussi d’apporter un appui aux unités terrestres.

Les moyens aériens nigériens ont eux-mêmes été pris pour cible. Le 18 juin, des assaillants ont attaqué l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey. Onze militaires nigériens et deux civils ont été tués, selon l’Associated Press. L’attaque a également visé les installations militaires présentes sur le site. En janvier, une autre attaque avait déjà touché l’aéroport et avait été revendiquée par l’État islamique au Sahel.

Ces événements montrent les risques auxquels sont exposées les infrastructures et les moyens aériens du Niger. Ils ne permettent toutefois pas d’affirmer que la livraison algérienne a été décidée en réaction à ces attaques. Alger présente officiellement le don comme une mesure destinée à renforcer la coopération avec Niamey.

Alger transforme ses engagements en aide concrète

La livraison des hélicoptères prend davantage de relief lorsqu’elle est replacée dans l’évolution récente des relations entre les deux pays.

Depuis plusieurs mois, Alger et Niamey cherchent à accélérer la mise en œuvre de leurs accords bilatéraux. La coopération touche la défense et la sécurité, mais aussi l’énergie, les transports, les infrastructures et les échanges économiques.

Le 12 juillet, Abdelmadjid Tebboune a chargé son ministre d’État et ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, de superviser une commission consacrée au suivi des projets de coopération avec le Niger et le Tchad. La présidence algérienne voulait ainsi accélérer la réalisation des engagements pris avec les deux pays.

Quelques semaines plus tard, l’Algérie fournit quatre hélicoptères aux forces nigériennes.

Le rapprochement ne reste donc pas au niveau des déclarations. Alger apporte désormais des moyens militaires directement utilisables par l’armée de son voisin.

Pourquoi l’Algérie mise sur le Niger

L’Algérie et le Niger partagent une frontière saharienne de près de 950 kilomètres. Les deux pays ont donc un intérêt commun à surveiller cette vaste zone et à limiter la progression des groupes armés qui évoluent dans l’espace sahélien.

Pour Alger, le Niger occupe aussi une position particulière dans une région dont les équilibres ont profondément changé depuis 2023. Le retrait progressif des forces occidentales du Sahel, la création de l’Alliance des États du Sahel par le Mali, le Burkina Faso et le Niger et la recherche de nouveaux partenaires militaires ont modifié les rapports entre les capitales de la région.

L’Algérie n’appartient pas à l’Alliance des États du Sahel. Elle conserve toutefois une frontière directe avec le Niger et entend maintenir un dialogue étroit avec les autorités de Niamey.

Le don de quatre hélicoptères donne un contenu militaire à cette proximité.

Pour le Niger, l’intérêt est également concret. Le pays peut compter sur un voisin disposant d’une industrie et d’une expérience militaire importantes, notamment dans l’utilisation d’appareils de conception russe. Les Mi-24 et Mi-171 font depuis longtemps partie de l’environnement aérien algérien. Le choix de ces modèles peut faciliter leur intégration au sein des forces nigériennes, même si leur disponibilité dépendra ensuite de la maintenance, des pièces et de la formation des équipages.

Quatre hélicoptères ne changent pas à eux seuls la guerre au Sahel

Il faut garder la mesure de ce que représente le don.

Quatre appareils constituent un renfort, mais ils ne peuvent pas, à eux seuls, modifier le rapport de forces entre l’armée nigérienne et les groupes armés. Leur utilité dépendra de la capacité de Niamey à les maintenir en état de vol, à disposer d’équipages formés et à les intégrer efficacement dans ses opérations.

Le matériel de maintenance fourni par Alger mérite donc autant d’attention que les hélicoptères eux-mêmes. Sans pièces de rechange et sans soutien technique, une flotte militaire peut rapidement perdre une partie de sa valeur opérationnelle.

Le choix de fournir à la fois des appareils d’attaque et des appareils de transport est aussi révélateur des besoins auxquels Niamey doit répondre. La guerre contre les groupes armés ne se limite pas aux combats. Elle exige de déplacer des hommes, d’acheminer du ravitaillement, d’évacuer des blessés et de soutenir des unités éloignées des grands centres urbains.

Un rapprochement désormais visible

Avec ces quatre hélicoptères, la coopération militaire entre l’Algérie et le Niger prend une forme très concrète.

Alger fournit du matériel à l’armée nigérienne au moment où les deux pays cherchent à accélérer leurs projets communs. Niamey obtient des moyens supplémentaires pour ses forces aériennes. Pour l’Algérie, le geste permet de consolider sa relation avec un voisin stratégique sans déployer directement ses propres forces au Niger.

La portée du don dépasse donc la valeur de quatre appareils. Il montre surtout que le rapprochement entre Alger et Niamey ne repose plus seulement sur des rencontres diplomatiques et des accords. Il commence à se traduire par des moyens militaires livrés sur le terrain.

Dans un Sahel où les alliances se recomposent, l’Algérie choisit ainsi de renforcer sa relation avec le Niger par une coopération dont les effets sont désormais visibles.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Libye : à Benghazi, le chef du renseignement de Haftar assassiné dans une attaque soupçonnée d’être jihadiste

Le général Fauzi al-Mansouri, chef des services de renseignement militaire de l’Est libyen, a été tué lundi 11 août à Benghazi par l’explosion de son véhicule. Les autorités du camp Haftar soupçonnent une attaque jihadiste. La mort de cet officier, ancien acteur de la guerre contre les groupes armés à Benghazi, frappe l’appareil sécuritaire du maréchal au moment où celui-ci cherche à consolider son pouvoir au-delà de l’Est.

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La voiture de Fauzi al-Mansouri a explosé alors qu’il quittait une mosquée après la prière du soir, dans un quartier résidentiel de Benghazi. Le général de brigade, âgé d’une cinquantaine d’années, a été tué sur le coup. L’Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par Khalifa Haftar, a dénoncé un « acte lâche et criminel ».

Un haut responsable militaire de l’Est cité par l’Agence France-Presse (AFP), agence de presse internationale française, a indiqué que les autorités soupçonnaient une attaque jihadiste, tout en attendant les conclusions de l’enquête. Khaled Haftar, fils du maréchal et l’un des principaux responsables de l’ANL, a lui aussi parlé d’une attaque « terroriste ».

Les autorités de l’Est ont annoncé, par ailleurs, l’arrestation à Benghazi d’une cellule qualifiée de « terroriste », qui aurait préparé des actes de sabotage. Elles n’ont pas établi publiquement de lien entre cette cellule et l’assassinat du général.

L’homme qui traquait les jihadistes

Le choix de la cible donne un relief particulier à l’affaire. Fauzi al-Mansouri dirigeait le renseignement militaire de l’ANL. Entre 2014 et 2017, il avait participé aux opérations conduites par les forces de Haftar contre les groupes jihadistes qui avaient pris pied à Benghazi.

À cette époque, la ville était devenue l’un des principaux champs de bataille de la guerre libyenne. Ansar al-Charia et l’organisation État islamique y affrontaient les forces de Haftar. Après plusieurs années de combats, l’ANL avait repris le contrôle de Benghazi en 2017.

Depuis, le camp Haftar présente la ville comme l’un des symboles de la stabilité retrouvée dans l’Est. Le général al-Mansouri vient pourtant d’y être tué dans une attaque à l’explosif.

Si la piste jihadiste se confirme, le message serait difficile à ignorer : les réseaux combattus par Haftar ne seraient pas complètement éliminés et conserveraient une capacité à atteindre un haut responsable militaire dans le principal bastion du maréchal.

Une faille dans le dispositif de Haftar

L’assassinat soulève aussi une question plus immédiate : comment un responsable placé à la tête du renseignement militaire a-t-il pu être pris pour cible dans une ville aussi étroitement contrôlée par les forces de Haftar ?

Pour Hamish Kinnear, analyste du cabinet Verisk Maplecroft cité par l’AFP, la sophistication de l’attaque et son déroulement à Benghazi constituent un sérieux revers pour le dispositif de sécurité du camp Haftar.

La difficulté est aussi politique. Le pouvoir de l’Est s’appuie fortement sur les structures militaires contrôlées par la famille Haftar. Khaled Haftar occupe une place centrale dans le commandement de l’ANL et son frère Saddam, vice-commandant, est considéré comme l’un des principaux successeurs possibles de leur père.

Les deux hommes ont assisté aux funérailles de Fauzi al-Mansouri à Benghazi.

Washington veut rapprocher l’Est et Tripoli

L’assassinat survient à un moment délicat pour la Libye. Le pays reste partagé entre le gouvernement installé à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah, et le pouvoir de l’Est soutenu militairement par Haftar.

Les États Unis d’Amérique cherchent actuellement à rapprocher les deux camps. Leur émissaire Massad Boulos défend un projet de réunification des institutions libyennes. Selon les éléments rapportés par plusieurs médias, ce projet prévoit notamment une nouvelle organisation du pouvoir autour de Syrte, avec Saddam Haftar appelé à jouer un rôle central dans le futur exécutif.

Cette stratégie repose en partie sur la capacité du clan Haftar à garantir la sécurité de la zone qu’il contrôle.

L’attentat de Benghazi complique cette démonstration. Il ne frappe pas seulement un homme : il touche l’appareil chargé précisément d’empêcher ce type d’attaque.

Pour Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye au Royal United Services Institute, la mort d’al-Mansouri risque de perturber le projet porté par Massad Boulos. L’un de ses postulats était que Benghazi offrait une sécurité suffisamment solide et que les responsables militaires proches de Haftar pouvaient y être protégés.

La question qui se pose désormais au clan Haftar est donc simple : peut-il continuer à présenter l’Est comme la partie la plus sûre et la mieux contrôlée de la Libye si un responsable aussi important de son appareil sécuritaire peut être assassiné au cœur de Benghazi ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Thaïlande : à Nonthaburi, un ancien député abat un responsable local, trois jours après une fusillade dans un lycée

Lundi matin, Chalong Riewrang s’est présenté dans les locaux de l’administration provinciale de Nonthaburi avec une arme. Quelques minutes plus tard, le président de cette institution gisait à terre, mortellement touché. Trois jours plus tôt, à quelques kilomètres de là, un adolescent de 14 ans avait tué neuf personnes dans un lycée et à son domicile. Deux affaires sans lien établi, mais qui placent une nouvelle fois la circulation des armes sous les projecteurs en Thaïlande.

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Ancien député de Nonthaburi, Chalong Riewrang a reconnu avoir tiré sur Thongchai Yenprasert, président de l’administration provinciale, ainsi que sur son chauffeur. Le responsable local est mort à l’hôpital ; son chauffeur a été blessé. Le suspect affirme avoir voulu récupérer 11 millions de bahts qu’il dit avoir prêtés à la victime. La police examine cette version et dispose d’images de vidéosurveillance qui ne corroborent pas certains éléments avancés par l’ancien parlementaire.

À 11 heures, lundi 10 août, les bureaux de l’administration provinciale de Nonthaburi étaient loin de ressembler à une scène de fusillade. Chalong Riewrang était venu rencontrer Thongchai Yenprasert, un ancien colonel de police devenu président de l’administration provinciale.

La discussion a dégénéré.

Des coups de feu ont été tirés. Thongchai Yenprasert a été grièvement atteint. Son chauffeur a également été touché. Le président de l’administration provinciale a été transporté à l’hôpital Phranangklao, où il est mort des suites de ses blessures.

L’ancien député ne s’est pas enfui bien loin. Après les tirs, il a pris un taxi-moto pour se rendre à la police. Il avait auparavant téléphoné à une présentatrice de télévision alors qu’elle était en direct, lui annonçant qu’il venait de tirer sur Thongchai. La journaliste lui a demandé de déposer son arme et d’attendre la police.

Devant les enquêteurs, Chalong Riewrang a donné sa propre explication. Il affirme que Thongchai Yenprasert lui devait 11 millions de bahts, une somme qu’il aurait prêtée au responsable local en 2008 pour financer une campagne électorale. Il dit avoir longtemps renoncé à réclamer son argent avant de changer de position, notamment en raison de dépenses médicales importantes et d’une baisse de ses revenus.

L’ancien député soutient qu’il voulait simplement obtenir le remboursement de cette somme. Selon son récit, une dispute aurait éclaté dans les bureaux de l’administration provinciale. Thongchai aurait quitté la pièce et rejoint son véhicule. Chalong affirme l’avoir suivi pour poursuivre la discussion.

C’est à ce moment que sa version devient contestée.

Le suspect affirme que le chauffeur de Thongchai aurait sorti une arme, ce qui l’aurait conduit à tirer pour se défendre. La police dit ne pas avoir trouvé, dans les images de vidéosurveillance examinées, la preuve d’un tir du chauffeur. Les enquêteurs étudient néanmoins l’arme retrouvée dans le véhicule et interrogent les témoins afin de reconstituer précisément la scène.

La dette de 11 millions de bahts n’a pas non plus été établie par les enquêteurs comme mobile du meurtre. Pour l’heure, elle reste donc au rang des déclarations de Chalong Riewrang.

Le statut du suspect a rapidement attiré l’attention. Chalong Riewrang a été député de Nonthaburi à plusieurs reprises. Il a appartenu à plusieurs formations politiques et s’était présenté aux élections de 2023 sous les couleurs du Bhumjaithai, le parti auquel appartient le Premier ministre Anutin Charnvirakul, sans toutefois être élu.

Anutin a demandé que la procédure soit menée sans tenir compte du passé politique de l’accusé. Le chef du gouvernement a déclaré que son ancien statut ne pouvait lui accorder aucun traitement particulier. Chalong ne détient aujourd’hui aucune fonction au sein du Bhumjaithai, a précisé le Premier ministre.

La police retient notamment l’usage d’une arme à feu et examine les circonstances exactes des tirs. Les enquêteurs doivent confronter le récit du suspect aux images de vidéosurveillance, aux constatations balistiques et aux déclarations du chauffeur blessé.

L’affaire aurait pu rester celle d’un conflit entre deux hommes. Sa proximité avec une autre fusillade meurtrière lui donne toutefois un écho particulier.

Vendredi 7 août, un élève de 14 ans avait tué ses grands-parents à leur domicile avant de prendre un bus pour rejoindre le lycée Debsirin Nonthaburi. Il y avait ouvert le feu avec une arme de poing.

Trois enseignants et deux responsables de l’établissement ont été tués dans le lycée. Le bilan est ensuite monté à neuf morts après le décès d’une jeune fille de 12 ans. Vingt-trois personnes ont également été blessées. Le tireur est mort après avoir retourné l’arme contre lui.

Les deux affaires sont géographiquement proches. Elles se sont produites dans la même province, à quelques kilomètres l’une de l’autre. Aucun élément communiqué par les autorités ne permet cependant de les relier.

La différence entre les deux auteurs est aussi frappante que la proximité des lieux. Dans le premier cas, un adolescent s’est emparé de l’arme de son grand-père. Dans le second, un ancien parlementaire a utilisé une arme dans le cadre d’un conflit personnel allégué. Deux parcours, deux histoires, mais la même question de l’accès aux armes.

Après la tuerie du lycée, le gouvernement thaïlandais avait promis de renforcer la surveillance des armes. Mardi 11 août, Anutin Charnvirakul est passé aux premières mesures.

La délivrance de nouveaux permis d’achat d’armes a été suspendue. Les autorisations existantes doivent être réexaminées. Les autorités veulent également accélérer l’adoption d’une nouvelle législation, avec des contrôles plus stricts et des sanctions plus lourdes.

Le gouvernement entend aussi s’attaquer aux armes détenues illégalement. Une procédure permettant leur remise aux autorités est à l’étude. Les autorités rappellent par ailleurs que les armes enregistrées doivent rester au domicile de leur propriétaire et ne peuvent pas être portées librement dans l’espace public.

Le problème est de taille. Selon une estimation du Small Arms Survey datant de 2017, les civils thaïlandais détenaient alors environ 10,3 millions d’armes à feu, soit près de 15 armes pour 100 habitants. Il s’agit d’une estimation ancienne, mais elle demeure l’une des principales références disponibles sur le sujet.

La difficulté pour Bangkok n’est donc pas seulement d’écrire de nouvelles règles. Il faudra savoir ce que deviennent les armes déjà présentes dans les foyers, vérifier les autorisations délivrées et empêcher le port illégal d’armes dans l’espace public.

L’affaire Chalong Riewrang ajoute une autre difficulté au dossier. L’homme soupçonné d’avoir tué le président de l’administration provinciale n’est ni un inconnu des autorités ni un jeune sans antécédent politique. Il a été parlementaire et a évolué dans plusieurs formations politiques.

Pour Anutin Charnvirakul, le choix est désormais simple : laisser l’affaire suivre son cours judiciaire, sans intervention politique, tout en démontrant que les nouvelles mesures annoncées après la tuerie du lycée ne resteront pas au stade des déclarations.

À Nonthaburi, les enquêteurs cherchent encore à établir ce qui s’est réellement passé entre les deux hommes et pourquoi une dette alléguée de plusieurs millions de bahts a fini par se régler à coups de feu.

La justice devra trancher cette question. Le gouvernement, lui, doit répondre à une autre : comment empêcher que des armes déjà présentes dans la société thaïlandaise ne transforment d’autres conflits en drames mortels ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Japon : Pékin et Moscou font le tour du pays avec leurs navires de guerre et adressent un avertissement à Tokyo et à Washington

Pendant près de deux semaines, des bâtiments de guerre chinois et russes ont contourné le Japon. Le parcours est inédit par son ampleur. Pour Tokyo, il ne s’agit pas d’une simple patrouille navale, mais d’une démonstration de force menée à quelques encablures de son territoire. Pour Pékin et Moscou, l’objectif est clair : montrer que leurs marines peuvent désormais évoluer ensemble autour du Japon et franchir sans difficulté la première chaîne d’îles, longtemps considérée comme l’un des principaux verrous stratégiques de la région.

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Le ministère japonais de la Défense a suivi chaque étape de cette opération. Le 16 juillet, des bâtiments de guerre chinois et russes ont franchi le détroit de Miyako, au sud d’Okinawa. Ils ont ensuite poursuivi leur route au large des îles Ogasawara avant de longer les eaux situées au sud puis à l’est du Japon. Le 27 juillet, ils ont atteint le détroit de La Pérouse, entre Hokkaido et l’île russe de Sakhaline. Quelques jours plus tard, le 3 août, trois autres navires chinois – deux destroyers lance-missiles de type 055 et 052D ainsi qu’un navire de soutien de type 903 – ont traversé le détroit de Corée, prolongeant cette présence navale autour du Japon.

Face à ces mouvements, les Forces maritimes d’autodéfense japonaises ont déployé des bâtiments et des avions de patrouille pour suivre les navires chinois et russes et recueillir des renseignements sur leurs activités. Les autorités japonaises ont également rendu publique une carte retraçant leur itinéraire, soulignant le caractère exceptionnel de cette navigation.

Pour Tokyo, le message ne prête pas à confusion. Le ministère japonais de la Défense considère que cette série d’opérations constitue une démonstration de force dirigée contre le Japon et une source de vive préoccupation pour la sécurité nationale. Ce n’est pas le passage d’un détroit qui retient l’attention des responsables japonais, mais l’ensemble de la manœuvre : des bâtiments chinois et russes naviguant de concert tout autour du pays.

Cette opération confirme le resserrement du partenariat stratégique entre Pékin et Moscou. Depuis plusieurs années, les deux puissances multiplient les exercices militaires conjoints. Les manœuvres navales « Joint Sea », organisées chaque année depuis 2012, ont progressivement changé d’échelle. Les zones d’entraînement se sont élargies, les déploiements se sont allongés et les scénarios sont devenus plus complexes. La coopération militaire entre les deux pays ne se limite plus à des exercices symboliques ; elle traduit une volonté d’agir ensemble sur les principaux théâtres maritimes de la région.

Pour Stephen Nagy, professeur de relations internationales à l’Université chrétienne internationale de Tokyo, cette patrouille poursuit un objectif politique autant que militaire. Pékin et Moscou veulent rappeler au Japon, mais aussi aux États Unis d’Amérique, qu’ils sont capables de coordonner leurs forces dans une zone où Washington demeure le principal garant de la sécurité japonaise. Selon lui, la Chine cherche également à accroître la pression sur les autorités japonaises en démontrant que sa marine peut évoluer librement dans des espaces qui limitaient autrefois son accès au Pacifique.

Cette démonstration vise aussi Taïwan. En parcourant les détroits qui jalonnent la première chaîne d’îles, Pékin cherche à montrer que cette barrière géographique ne constitue plus un obstacle à ses ambitions navales. Pour les stratèges chinois, la capacité à franchir cette ligne est un élément essentiel dans l’hypothèse d’une crise autour de Taïwan. La présence de bâtiments russes aux côtés de la marine chinoise renforce encore la portée politique de cette opération.

Benjamin Blandin, chercheur au Conseil de Yokosuka sur les études Asie-Pacifique, estime que les patrouilles conjointes sino-russes sont devenues plus longues, plus étendues et plus affirmées qu’auparavant. Selon lui, l’inquiétude de Tokyo ne tient pas uniquement à cette navigation autour du Japon. Elle résulte de l’accumulation d’exercices, de déploiements et de démonstrations militaires qui, année après année, modifient les équilibres de sécurité en Asie orientale.

Ce tour du Japon n’était pas une simple navigation. C’était un message. À Tokyo d’abord, à qui Pékin et Moscou montrent qu’ils peuvent évoluer ensemble tout autour du pays. À Washington ensuite, pour rappeler que la première chaîne d’îles n’est plus le verrou qu’elle représentait autrefois pour la marine chinoise. Derrière les bâtiments de guerre, c’est donc un nouveau rapport de force qui se dessine dans l’Indo-Pacifique.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Liban – Israël : les discussions de Rome sur le désarmement du Hezbollah se poursuivent sans le Hezbollah

À Rome, les délégations libanaise et israélienne tentent de donner une traduction concrète à un accord-cadre négocié sous médiation états-unienne. Au centre des échanges : le retrait progressif des forces israéliennes du sud du Liban, le déploiement de l’armée libanaise et le désarmement du Hezbollah. Mais le mouvement chiite, directement concerné par ce dernier point, refuse de reconnaître ce processus.

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La scène résume à elle seule la difficulté des discussions engagées à Rome : les acteurs chargés de négocier l’avenir sécuritaire du sud du Liban avancent sans la participation du mouvement dont les armes se trouvent au cœur du dossier. Entre exigences israéliennes, volonté de contrôle du territoire par Beyrouth et refus catégorique du Hezbollah, l’accord-cadre conclu fin juin cherche encore sa traduction sur le terrain.

À l’ambassade des États-Unis d’Amerique à Rome, les discussions se poursuivent autour d’une question qui concentre toutes les tensions : qui contrôlera les armes dans le sud du Liban ?

Depuis plusieurs mois, Israël et le Liban tentent de transformer une succession d’engagements politiques en mécanisme concret de sécurité. L’accord-cadre conclu fin juin prévoit notamment le retrait progressif des forces israéliennes de certaines zones du sud du pays, le déploiement de l’armée libanaise et le transfert des capacités armées sous l’autorité de l’État libanais.

Mais un acteur manque à la table des négociations : le Hezbollah.

Le mouvement, qui dispose de sa propre structure militaire, rejette l’accord et refuse toute discussion portant sur son désarmement. Son chef, Naim Qassem, a réaffirmé son opposition au processus engagé avec Israël et les États-Unis d’Amerique, estimant que le mouvement n’avait pas à renoncer à ses armes dans ces conditions.

Cette position place le gouvernement libanais face à une équation difficile. Beyrouth participe aux discussions et affirme vouloir renforcer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire, notamment dans le sud du pays. Le Premier ministre Nawaf Salam a accusé ceux qui ont entraîné le Liban dans des affrontements passés d’avoir donné des arguments à Israël pour agir contre le pays.

Pour Israël, la question est avant tout sécuritaire. Les autorités israéliennes considèrent que la présence d’un groupe armé indépendant à proximité de leur frontière représente une menace persistante. La délégation israélienne présente à Rome comprend d’ailleurs des responsables militaires chargés de suivre les aspects liés à la sécurité et au retrait progressif.

Washington tente, de son côté, de maintenir le dialogue entre deux positions difficilement conciliables. Les États-Unis d’Amerique présentent ces discussions comme un moyen de garantir la sécurité d’Israël tout en permettant à l’État libanais de reprendre pleinement le contrôle du sud du pays.

Sur le terrain, les désaccords restent visibles. Alors que Beyrouth attend un retrait israélien progressif, Israël affirme vouloir des garanties concrètes avant d’aller plus loin. Des tensions persistent également autour des opérations militaires menées dans certaines zones du sud libanais, malgré le processus diplomatique engagé.

Le problème central reste donc inchangé : le désarmement du Hezbollah est inscrit au cœur des discussions, mais le mouvement refuse d’en faire un sujet de négociation.

Les réunions de Rome ne constituent pas encore un accord final. Elles montrent surtout la difficulté de trouver un compromis entre trois exigences qui ne coïncident pas totalement : la volonté israélienne d’obtenir des garanties de sécurité, celle du gouvernement libanais de restaurer son autorité sur son territoire, et le refus du Hezbollah d’abandonner son arsenal.

Tant que ces positions resteront éloignées, l’avenir du sud du Liban continuera de se jouer autant dans les salles de négociations que sur le terrain.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Russie/Moscou : un attentat vise un haut gradé de l’armée, la guerre clandestine menée par Kiev franchit un nouveau cap depuis 2022

Une explosion en plein Moscou. Trois morts. Un haut responsable militaire russe pris pour cible. En quelques secondes, l’attentat a rappelé une réalité que le Kremlin tente de contenir depuis le début de la guerre en Ukraine : le conflit ne se limite plus aux tranchées. Il se joue aussi dans les capitales, dans les réseaux clandestins et contre des figures considérées comme stratégiques.

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Depuis 2022, plusieurs responsables militaires, sécuritaires ou proches de l’appareil d’État russe ont été visés dans des opérations attribuées aux services ukrainiens. L’attentat qui a frappé Moscou et ciblé un haut gradé de l’armée russe s’inscrit dans cette évolution : celle d’une guerre où les hommes deviennent des objectifs, où l’arrière n’est plus totalement protégé et où les opérations clandestines cherchent désormais à dépasser les frontières russes.

À Moscou, la guerre est entrée par une porte que le pouvoir russe voulait maintenir fermée.

L’explosion qui a fait trois morts dans la capitale russe n’a pas seulement frappé un lieu public. Elle a touché une figure de l’appareil militaire russe. Selon les informations disponibles, la cible était Alexandre Tchaïko, ancien commandant des forces russes en Syrie et haut responsable de l’armée.

L’attaque intervient dans un contexte particulier : depuis le début de l’offensive russe en Ukraine, les responsables liés à l’appareil militaire et sécuritaire russe sont progressivement devenus des cibles privilégiées.

Le champ de bataille ne se limite plus aux régions ukrainiennes bombardées ou aux lignes de front. Il s’est déplacé vers les centres de décision, les symboles du pouvoir militaire et les réseaux qui soutiennent l’effort de guerre.

Le passage d’une guerre territoriale à une guerre de cibles

Au début du conflit, l’affrontement semblait obéir aux règles classiques d’une guerre conventionnelle : conquérir du terrain, détruire des capacités militaires, affaiblir l’adversaire sur le front.

Mais une autre bataille s’est installée parallèlement.

Depuis 2022, plusieurs personnalités russes liées à l’armée, aux services de sécurité ou aux institutions chargées de soutenir la guerre ont été éliminées ou visées dans des opérations attribuées à Kiev.

L’objectif dépasse la neutralisation d’un individu. Il s’agit de créer une pression permanente sur l’appareil russe, de montrer que ses responsables ne bénéficient plus d’une protection absolue et de faire entrer l’incertitude au cœur même du système militaire.

Cette stratégie repose sur une idée simple : atteindre les responsables qui organisent, commandent ou incarnent la guerre peut avoir un effet psychologique supérieur à une frappe classique.

La Russie possède une puissance militaire considérable. Mais comme toutes les grandes armées, elle dépend aussi d’hommes, de structures et de chaînes de commandement.

C’est cette architecture que les opérations clandestines cherchent à fragiliser.

Moscou n’est plus un sanctuaire

Pendant longtemps, la capitale russe est restée largement éloignée des conséquences directes du conflit. Les combats se déroulaient en Ukraine, tandis que la majorité de la population russe vivait la guerre à distance.

Cette séparation est devenue plus fragile.

Les attaques contre des personnalités liées au pouvoir ou à l’appareil militaire ont progressivement modifié la perception du conflit. Elles montrent que la profondeur territoriale russe n’offre plus la même garantie de sécurité qu’auparavant.

Pour le Kremlin, cette évolution représente un défi politique majeur. La Russie veut apparaître comme une puissance capable de contrôler son territoire et de protéger ses dirigeants. Chaque attaque réussie fragilise cette image.

Pour Kiev, ces opérations répondent à une logique stratégique : démontrer que la Russie n’est pas hors d’atteinte et que la guerre peut atteindre ceux qui la dirigent.

Quand la guerre sort du territoire russe

L’autre évolution majeure concerne la géographie des opérations.

La confrontation ne se limite plus aux frontières russes ou ukrainiennes. Elle touche désormais d’autres espaces européens, où les services de renseignement, les réseaux clandestins et les acteurs liés au conflit s’affrontent dans l’ombre.

L’affaire de Monaco illustre cette nouvelle dimension.

Une femme soupçonnée d’avoir participé à une tentative d’assassinat à l’explosif contre un homme d’affaires ukrainien avait été identifiée par les autorités monégasques avant d’être retrouvée morte en Ukraine. Les autorités ukrainiennes ont ensuite annoncé l’arrestation de deux suspects dans cette affaire, dont un homme présenté comme appartenant au renseignement militaire ukrainien.

Cet épisode a renforcé les interrogations autour de l’expansion des opérations clandestines liées à la guerre.

Le conflit ne se contente plus de produire des combats. Il génère une confrontation parallèle entre services, réseaux et acteurs qui opèrent parfois loin des zones de guerre.

Une guerre invisible aux conséquences bien réelles

Les opérations clandestines offrent un avantage évident : elles permettent de frapper l’adversaire sans mobiliser de grandes forces militaires.

Mais elles ouvrent aussi une période plus instable.

Chaque attaque ciblée crée un risque de représailles. Chaque opération réussie encourage l’autre camp à chercher de nouvelles méthodes. La logique devient celle d’une confrontation permanente où les frontières entre renseignement, sabotage et action militaire deviennent de plus en plus floues.

Cette évolution inquiète également les pays européens. Car lorsque les opérations liées à une guerre se déplacent hors de son théâtre principal, les États voisins deviennent eux aussi concernés.

L’Europe découvre ainsi une nouvelle facette du conflit ukrainien : une guerre qui ne se joue pas seulement avec des chars et des missiles, mais aussi avec des réseaux, des informations et des opérations secrètes.

L’attentat de Moscou marque une nouvelle étape dans une transformation déjà visible depuis 2022.

La guerre russo-ukrainienne n’est plus uniquement une confrontation entre deux armées. Elle est devenue une bataille où les responsables militaires, les structures de pouvoir et les réseaux stratégiques sont eux-mêmes des cibles.

Le front reste en Ukraine. Mais la guerre, elle, a changé de dimension.

Elle se joue désormais partout où les deux camps pensent pouvoir atteindre l’autre.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Japon : ils avaient évacué le centre commercial après le séisme, puis l’explosion a transformé le refuge en piège

Ils avaient fait ce qu’il fallait. Après la violente secousse qui venait de frapper Kumamoto, les clients de l’Aeon Mall ont quitté le centre commercial et gagné le parking. Environ 3 000 personnes ont ainsi pu être évacuées. Puis, un peu plus d’une heure après le séisme, une explosion a dévasté une partie du bâtiment. Ceux qui étaient encore à l’intérieur se sont retrouvés pris au piège sous les décombres.

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Le Japon vient de connaître l’un de ces séismes auxquels il s’est préparé pendant des décennies. La secousse, de magnitude 7,1, a frappé mardi 28 juillet la préfecture de Kumamoto, dans le sud-ouest de l’archipel. Le bilan s’élève désormais à au moins 18 morts et 62 blessés. Mais l’histoire la plus saisissante s’est jouée dans un centre commercial qui venait tout juste de renaître après le séisme meurtrier de 2016. Une explosion, vraisemblablement liée à une fuite de gaz, a transformé en piège un bâtiment dont les occupants avaient pourtant commencé à évacuer.

Le séisme, puis le silence avant l’explosion

Il était 16 h 27 mardi lorsque la terre a violemment tremblé dans la région de Kumamoto. La secousse a atteint une magnitude de 7,1 et une intensité maximale de 7 sur l’échelle japonaise, le niveau le plus élevé. Les autorités ont rapidement appelé les habitants des zones touchées à gagner des lieux sûrs.

À l’Aeon Mall de Kashima, la première réaction a été l’évacuation. Des milliers de clients se trouvaient dans le complexe. Ils sont sortis et ont rejoint le parking.

C’est ensuite que la situation a basculé.

Une explosion a retenti dans le centre commercial. Une partie du bâtiment s’est effondrée. Les secours ont découvert des personnes prisonnières des ruines et ont commencé à dégager les survivants. Huit personnes ont été sorties des décombres ; trois d’entre elles sont mortes. Quatre décès sont désormais associés au site du centre commercial selon les informations de l’Associated Press, tandis que trois employés restent recherchés.

L’origine exacte de l’explosion doit encore être établie. Les autorités privilégient cependant la piste d’une fuite de gaz. L’enquête devra déterminer comment les installations ont été endommagées et pourquoi l’explosion s’est produite après l’évacuation du public.

Ce détail change la lecture de la catastrophe. Le danger n’est pas venu uniquement de la secousse. Il a continué à produire ses effets après elle.

Un centre commercial qui venait de rouvrir

Le destin de l’Aeon Mall donne au drame une dimension particulière.

Le complexe avait déjà été durement touché par le séisme de Kumamoto de 2016. Dix ans plus tard, il venait de rouvrir après plusieurs années de travaux. La rénovation avait notamment intégré des renforcements antisismiques et des dispositifs destinés à améliorer la sécurité du bâtiment. Le centre comptait environ 200 commerces et un cinéma et était devenu l’un des grands pôles commerciaux de la région.

Sa réouverture, en juin 2026, devait marquer le retour à une vie normale après une décennie de reconstruction.

À peine quelques semaines plus tard, la terre a de nouveau frappé.

Le contraste est brutal. Un lieu reconstruit pour effacer les traces d’une catastrophe passée se retrouve au cœur d’une nouvelle tragédie.

Quand la prévention ne suffit plus à contenir le risque

Le Japon n’est pas un pays qui découvre les séismes. Il a construit une partie de sa législation, de son architecture et de sa culture collective autour de cette menace.

Les bâtiments doivent respecter des normes parasismiques strictes. Les populations sont régulièrement informées des comportements à adopter. Les autorités disposent de systèmes d’alerte et de moyens de secours considérables. La catastrophe de Kumamoto montre pourtant qu’une politique de prévention ne peut pas tout prévoir.

La question n’est plus seulement de savoir si un bâtiment résiste à la secousse.

Il faut aussi regarder ce que celle-ci peut provoquer après coup.

Une canalisation peut céder. Une installation électrique peut être endommagée. Une conduite de gaz peut fuir. Un incendie peut se déclarer. Un élément qui semblait tenir peut s’effondrer plusieurs minutes plus tard.

À l’Aeon Mall, c’est précisément cette succession qui intéresse désormais les enquêteurs : le bâtiment avait été évacué, mais le danger n’était pas terminé.

Il faudra donc déterminer si les dispositifs de sécurité ont fonctionné comme prévu et, surtout, si la fuite de gaz soupçonnée est bien la conséquence de la secousse.

Kumamoto replonge dans le souvenir de 2016

Pour les habitants de la région, cette nouvelle catastrophe fait remonter des souvenirs encore récents.

En avril 2016, Kumamoto avait subi une série de puissants séismes, dont deux avaient atteint le niveau 7 sur l’échelle japonaise. La catastrophe avait finalement fait 275 morts, en comptant notamment les décès indirects.

Les années suivantes avaient été consacrées à reconstruire, réparer et renforcer.

Le séisme du 28 juillet rappelle avec une violence particulière que la reconstruction ne signifie pas la fin du risque.

La terre, elle, ne tient aucun compte des calendriers de réouverture.

Une région économique également frappée

Les dégâts ne se limitent pas aux habitations et au centre commercial.

Des routes et des ponts ont été endommagés, des bâtiments se sont effondrés et des milliers de foyers ont été privés d’électricité. Les autorités ont également dû faire face à des perturbations dans les transports et dans les activités industrielles.

Kumamoto est devenue ces dernières années un important centre de production de semi-conducteurs. La présence de grandes entreprises comme Sony, Toyota, Honda, Renesas et TSMC donne à la catastrophe une dimension économique qui dépasse largement la seule préfecture.

Plusieurs groupes ont suspendu temporairement certaines activités afin d’inspecter leurs installations et de vérifier l’état de leurs équipements. La reconstruction devra donc concerner les logements, les infrastructures publiques et les commerces, mais aussi une région devenue stratégique pour l’industrie japonaise.

Les secours face à une course contre le temps

Mercredi, les sauveteurs continuaient de travailler dans les bâtiments endommagés.

Environ 4 500 militaires ont été mobilisés aux côtés des pompiers et des autres équipes de secours. La chaleur complique leur travail et augmente les risques pour les personnes qui pourraient encore se trouver sous les décombres. Les autorités japonaises restent également attentives aux nombreuses répliques qui suivent le séisme.

Dans le centre commercial, chaque minute compte.

Les sauveteurs doivent avancer dans une structure fragilisée tout en évitant de provoquer un nouvel effondrement. Ils travaillent avec l’espoir de retrouver des survivants, mais aussi avec la certitude que les conditions peuvent changer à tout moment.

Le véritable enseignement de Kumamoto

Il serait facile de regarder les images de l’Aeon Mall et de conclure que les normes japonaises ont échoué. Ce serait aller trop vite.

Le Japon reste l’un des pays les mieux préparés aux séismes. L’évacuation rapide des milliers de clients du centre commercial en est d’ailleurs une illustration. Ce qui s’est passé ensuite pose une question différente.

Comment protéger une population contre les conséquences d’un séisme lorsque celles-ci ne se manifestent pas toutes au même moment ?

C’est probablement là que se trouve la principale leçon de Kumamoto.

La prévention sismique ne peut pas se limiter à empêcher les immeubles de tomber. Elle doit aussi considérer la chaîne des événements qui peut suivre la secousse : réseaux de gaz, électricité, incendies, équipements industriels, infrastructures de transport et bâtiments déjà fragilisés.

Le Japon le sait mieux que beaucoup d’autres pays. Mais chaque catastrophe apporte ses propres questions.

Celle de Kumamoto en ajoute une particulièrement difficile : peut-on réellement parler de sécurité lorsque les survivants de la première catastrophe doivent encore affronter la seconde ?

L’enquête sur l’Aeon Mall sera donc suivie bien au-delà de Kumamoto. Si la fuite de gaz est confirmée et si un lien est établi avec le séisme, les autorités japonaises devront examiner à nouveau la sécurité des installations comparables.

Il ne s’agira pas de savoir seulement pourquoi un bâtiment s’est effondré.

Il faudra comprendre pourquoi le danger a continué après l’évacuation, et ce qui pourrait être fait pour éviter qu’une situation semblable ne se reproduise.

À Kumamoto, mardi après-midi, des milliers de personnes ont échappé à la première secousse en quittant le centre commercial. Quelques dizaines de minutes plus tard, une explosion a changé le destin de ceux qui étaient encore à l’intérieur.

Le bilan humain continuera peut-être encore de s’alourdir. Les recherches ne sont pas terminées et l’enquête sur l’explosion ne fait que commencer.

Mais une chose est déjà certaine : le séisme du 28 juillet ne raconte pas seulement l’histoire d’une terre qui tremble.

Il raconte celle d’un pays qui sait depuis longtemps comment affronter la secousse, mais auquel Kumamoto vient rappeler une vérité plus difficile : une catastrophe peut continuer longtemps après que la terre a cessé de bouger.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Mali : les soldats exécutés par le JNIM après l’embuscade de Tabrichat fragilisent la promesse sécuritaire de la junte

L’embuscade tendue le 18 juillet contre un convoi des Forces armées maliennes (FAMa) entre Anéfis et Gao, suivie de l’exécution présumée de soldats capturés, compte parmi les épisodes les plus marquants de ces derniers mois au Mali. Au-delà du bilan humain, cette attaque remet au premier plan une question qui accompagne le pays depuis les coups d’État de 2020 et 2021 : la stratégie adoptée par les autorités de transition est-elle en mesure d’inverser durablement le rapport de force face aux groupes armés ?

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Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et le Front de libération de l’Azawad (FLA) revendiquent conjointement l’embuscade contre un convoi militaire dans la région de Gao. L’armée malienne confirme l’attaque mais ne communique aucun bilan détaillé. Des sources sécuritaires évoquent plusieurs dizaines de soldats tués ainsi que des militaires faits prisonniers, dont certains auraient ensuite été exécutés. Si ces faits étaient établis, ils constitueraient des crimes de guerre. L’épisode intervient alors que les autorités maliennes poursuivent une politique de reconquête du territoire engagée après leur arrivée au pouvoir.

Le convoi avait quitté Anéfis en direction de Gao lorsqu’il est tombé dans une embuscade dans la zone de Tabrichat. Le JNIM et le FLA affirment avoir participé à l’opération. Les autorités maliennes indiquent que des frappes aériennes ont permis au convoi de poursuivre sa route, sans préciser le nombre de victimes ni celui des soldats portés disparus.

Quelques jours plus tard, des vidéos diffusées par le JNIM montrent des hommes en uniforme, désarmés, recevant des tirs à bout portant. Plusieurs sources sécuritaires citées par RFI estiment qu’il s’agit de militaires maliens capturés au cours de l’embuscade. L’authenticité des images n’a pas été confirmée par une expertise indépendante, mais leur diffusion a provoqué une vive émotion. En droit international humanitaire, un combattant capturé cesse d’être une cible légitime. Son exécution constitue un crime de guerre.

Le Front de libération de l’Azawad adopte une position différente. Le mouvement affirme avoir combattu le même convoi, tout en soutenant que les prisonniers exécutés relevaient du JNIM. Ses responsables assurent détenir d’autres soldats maliens et disent être disposés à permettre à des organisations internationales de vérifier leurs conditions de détention. Cette distinction n’est pas anodine. Depuis plusieurs mois, le FLA cherche à se présenter comme un acteur politique engagé dans un conflit territorial, et non comme une organisation djihadiste.

Cette coopération entre le FLA et le JNIM mérite une attention particulière. Les deux mouvements poursuivent des objectifs distincts. Le premier défend les revendications politiques de plusieurs composantes touarègues du nord du Mali. Le second appartient à la mouvance d’Al-Qaïda et entend étendre son influence au Sahel. Leur rapprochement répond avant tout à des considérations militaires. Tous deux considèrent l’armée malienne comme leur adversaire immédiat. Cette convergence suffit aujourd’hui à coordonner certaines opérations.

L’embuscade de Tabrichat montre également que les groupes armés restent capables de frapper sur des axes considérés comme essentiels pour les mouvements de troupes entre Gao et les positions avancées du nord. Les convois militaires constituent des cibles privilégiées. Les neutraliser ralentit les ravitaillements, complique les rotations des unités et affaiblit la présence de l’État dans des secteurs déjà disputés.

Lorsque les militaires renversent le président Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020, ils justifient leur intervention par l’aggravation de la crise sécuritaire. Quelques mois plus tard, un second coup d’État porte définitivement le colonel Assimi Goïta à la tête de la transition. Le message est alors simple : reprendre le contrôle du territoire et restaurer l’autorité de l’État.

Cette orientation entraîne une transformation profonde des partenariats militaires du Mali. Les autorités mettent fin à la coopération avec la France, obtiennent le départ de l’opération Barkhane puis celui de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). La coopération avec la Russie devient l’un des piliers de la nouvelle stratégie sécuritaire. Les mercenaires du groupe Wagner, puis les éléments de l’Africa Corps, participent désormais aux opérations menées aux côtés des FAMa.

Ces choix ont permis à Bamako de reprendre certaines positions et de démontrer une plus grande liberté d’action. Ils n’ont cependant pas modifié l’équation de fond. Les groupes armés conservent leur mobilité, connaissent parfaitement le terrain et disposent de relais locaux qui compliquent les opérations militaires. Dans le nord comme dans le centre du pays, les affrontements ne se limitent plus à une confrontation entre l’État et des organisations djihadistes. Ils mêlent rivalités communautaires, contrôle des routes, économie des trafics et compétition pour l’influence locale.

L’embuscade du 18 juillet rappelle aussi qu’une victoire militaire ne se mesure pas uniquement au contrôle d’une ville ou d’une base. Elle dépend de la capacité à sécuriser durablement les axes de circulation, à protéger les populations civiles et à empêcher les groupes armés de reconstituer leurs forces. Sur ces différents plans, les résultats demeurent contrastés.

Les exécutions présumées de prisonniers ajoutent une autre dimension au conflit. Elles rappellent que la guerre au Mali ne se joue pas seulement sur le terrain militaire. Elle engage également le respect du droit international humanitaire. Les violations commises par les groupes armés alimentent un climat de peur, tandis que plusieurs organisations de défense des droits humains ont également documenté des exactions attribuées à des forces régulières et à leurs partenaires étrangers. Dans ce type de conflit, chaque abus nourrit les rancœurs qui prolongent la violence.

Le Mali n’est pas le seul pays confronté à cette réalité. Le Burkina Faso et le Niger, également dirigés par des autorités militaires, poursuivent une stratégie fondée sur la reconquête militaire du territoire. Malgré des contextes nationaux différents, les trois États continuent de faire face à des attaques de grande ampleur. Cette situation alimente un débat qui dépasse désormais les frontières maliennes : la réponse militaire, à elle seule, peut-elle mettre fin à une crise dont les causes sont aussi politiques, économiques et sociales ?

L’embuscade de Tabrichat ne résume pas à elle seule la guerre au Mali. Elle rappelle cependant une réalité que les autorités, les groupes armés et les partenaires du pays ne peuvent ignorer : six ans après les coups d’État qui avaient placé la sécurité au premier rang des priorités nationales, le conflit demeure loin d’être maîtrisé. Les opérations militaires continuent de rythmer le quotidien du nord malien, tandis que les populations civiles restent prises entre des acteurs dont aucun ne semble aujourd’hui en mesure d’imposer une paix durable.

Celine Dou, pour la Boussole-infos