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France : trois morts dans la Manche alors que les traversées vers le Royaume-Uni reculent de 42 %

Un enfant de 10 ans et deux femmes sont morts lundi 28 septembre dans la Manche, à bord d’une embarcation qui transportait 105 personnes. Le drame porte à 22 le nombre de morts enregistrés depuis le début de l’année sur cette route migratoire. Pourtant, le nombre de personnes arrivées au Royaume-Uni par petites embarcations a chuté de 42 % sur un an. Derrière cette baisse, une autre évolution inquiète les autorités : les canots sont de plus en plus chargés.

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L’embarcation était partie de la côte du Pas-de-Calais dans la matinée. Lorsque ses occupants ont demandé de l’aide, elle se trouvait à environ six kilomètres au large. Les secours français ont récupéré les 105 passagers. Trois d’entre eux étaient déjà morts : deux femmes d’une trentaine d’années et un garçon de 10 ans, probablement originaire d’Érythrée. Selon les premiers éléments communiqués par le préfet du Pas-de-Calais, les victimes auraient été écrasées dans la cohue provoquée par la surcharge du bateau, et non noyées.

Une traversée qui ne ressemble plus seulement à un naufrage

Le terme de « naufrage » ne suffit pas à raconter ce qui s’est passé lundi. L’embarcation n’a pas coulé. La plupart des passagers ont pu être secourus après avoir eux-mêmes appelé les secours. Le problème s’est produit à bord, dans un espace saturé de personnes.

Cette situation correspond à une méthode utilisée depuis plusieurs mois sur le littoral du Pas-de-Calais : le « taxi-boat ». Des embarcations arrivent par la mer au plus près du rivage, prennent des passagers dans une zone peu profonde, puis repartent vers le large. Cette organisation permet aux réseaux de passeurs de réduire le temps passé sur les plages, où les forces françaises surveillent les départs. Mais elle rend aussi les embarquements particulièrement désordonnés. Trois corps avaient déjà été retrouvés la semaine précédente dans le Pas-de-Calais après des départs de ce type.

Le 28 septembre, la préfecture maritime a dû mobiliser plusieurs moyens de secours : le navire Ridens, l’Abeille Normandie, le patrouilleur Pluvier et un hélicoptère de la Marine nationale transportant une équipe du SMUR maritime. Sur les 105 personnes récupérées, plusieurs nécessitaient des soins, tandis que les trois victimes n’ont pu être réanimées.

Moins d’arrivées au Royaume-Uni, mais des bateaux plus remplis

Au 27 septembre, 19 135 personnes avaient atteint le Royaume-Uni par petites embarcations depuis le début de l’année. Elles étaient 33 083 à la même date en 2025, soit une baisse de 42 %. Les données du Home Office restent provisoires et peuvent être révisées.

La diminution est donc réelle. Elle ne signifie cependant pas que les départs ont disparu ni que les traversées sont devenues moins dangereuses.

Au contraire, la capacité des embarcations utilisées par les réseaux de passeurs a fortement augmenté. Entre septembre 2025 et septembre 2026, les bateaux arrivés au Royaume-Uni transportaient en moyenne 67 personnes, contre beaucoup moins les premières années du phénomène. En août, une embarcation avait même transporté 230 personnes, un niveau qui avait attiré l’attention des autorités britanniques.

Le calcul est simple : moins de bateaux peuvent suffire à transporter un nombre important de personnes lorsqu’ils sont davantage remplis. Pour ceux qui montent à bord, cette concentration augmente mécaniquement les risques liés à la stabilité du bateau, aux mouvements de foule et aux incidents pendant la traversée.

Le drame de lundi en donne une illustration particulièrement brutale : les trois victimes ne seraient pas mortes après le naufrage du canot, mais dans la cohue à bord.

Paris et Londres ont pourtant renforcé leur dispositif

Cette évolution intervient alors que la France et le Royaume-Uni ont considérablement renforcé leur coopération.

Le partenariat conclu en 2026 prévoit une augmentation de 53 % des effectifs français financés dans le cadre du dispositif, de 907 personnes sur la période précédente à 1 392 pour la période 2026-2029. Londres doit également consacrer jusqu’à 500 millions de livres, soit environ 580 millions d’euros, au renforcement du contrôle du littoral du nord de la France, auxquels peuvent s’ajouter 161 millions de livres destinés à de nouvelles actions évaluées selon leur efficacité.

Le dispositif vise notamment les départs depuis les plages, les embarcations utilisées par les passeurs et les réseaux criminels qui organisent les traversées. La France et le Royaume-Uni cherchent donc moins à gérer les arrivées une fois les personnes débarquées qu’à empêcher le départ et à atteindre les organisateurs.

Les autorités françaises ont aussi renforcé la surveillance des zones où les passeurs utilisent des « taxi-boats ». Mais la géographie du littoral et la rapidité des embarquements compliquent le travail des forces de l’ordre.

Pourquoi la baisse des traversées ne règle pas la question

La baisse de 42 % constitue un changement important, mais elle ne permet pas, à elle seule, de mesurer l’efficacité de chacune des mesures prises par Paris et Londres.

Les chiffres dépendent aussi de la météo, des stratégies des passeurs, du nombre de départs empêchés en France et de l’évolution des routes empruntées. Le 23 septembre, la préfecture maritime indiquait ainsi avoir secouru 129 personnes en trois jours lors de plusieurs opérations distinctes. Une personne était morte dans la même période.

Le phénomène reste donc actif, même lorsque les conditions empêchent momentanément les départs. Et lorsque les réseaux disposent de fenêtres météorologiques favorables, ils peuvent tenter de faire partir un nombre très important de personnes en peu de temps.

Le 23 septembre, 781 personnes étaient arrivées au Royaume-Uni en une seule journée, un record pour 2026, alors même que le bilan annuel demeurait nettement inférieur à celui de 2025.

Cette combinaison, moins d’arrivées sur l’ensemble de l’année, mais des opérations ponctuelles très massives complique la lecture du phénomène.

Une route moins fréquentée, mais toujours meurtrière

Les trois décès du 28 septembre portent à 22 le nombre de personnes mortes cette année en tentant de rejoindre le Royaume-Uni par la Manche, selon le décompte de l’AFP établi à partir des données françaises et britanniques. En 2025, 29 morts avaient été recensés sur l’ensemble de l’année.

Le chiffre de 2026 n’est donc pas encore celui de l’année précédente, mais il rappelle que la diminution des arrivées ne suit pas nécessairement la même courbe que le risque mortel.

Le calendrier joue aussi. La préfecture maritime rappelle que la Manche est l’une des zones maritimes les plus fréquentées au monde, avec des courants puissants, des bancs de sable et des conditions susceptibles de changer rapidement. Fin septembre, les coefficients de marée atteignaient 101 les 28 et 29 septembre.

Pour les passeurs, ces contraintes sont aussi une raison de profiter des périodes jugées favorables. Pour les personnes embarquées, elles rendent chaque départ incertain.

La France et le Royaume-Uni peuvent donc se prévaloir d’une baisse nette des arrivées en 2026. Mais le drame de lundi pose une question différente : combien de personnes faut-il encore entasser dans des embarcations précaires avant qu’une baisse statistique cesse d’être synonyme de vies toujours exposées ?

La réponse ne dépendra pas uniquement du nombre de patrouilles sur les plages. Elle dépendra aussi de la capacité des deux pays à démanteler les réseaux qui organisent les départs, à maintenir la pression sur leurs activités et à proposer, lorsqu’elles existent, des voies légales suffisamment accessibles pour modifier les choix des personnes qui prennent aujourd’hui la mer.

Sur le papier, la tendance de 2026 est favorable à Paris et Londres : les arrivées au Royaume-Uni par petites embarcations ont diminué de 42 % en un an.

Sur le littoral du Pas-de-Calais, la réalité est plus dure. Lundi, 105 personnes ont embarqué sur un même canot. Trois sont mortes, dont un enfant de 10 ans. Et 22 personnes ont déjà perdu la vie cette année sur cette route.

La baisse des chiffres n’a donc pas fait disparaître le problème. Elle en a changé les proportions. Moins de personnes traversent, mais les embarcations restent surchargées et les réseaux de passeurs continuent d’exploiter chaque fenêtre possible.

Celine Dou

France : primaire de la gauche, après la querelle Royal-Glucksmann, les cinq candidats face à leurs divergences sur LFI, l’Ukraine et Gaza

Le rappel à l’ordre adressé à Ségolène Royal par la commission d’organisation de la primaire sociale-démocrate aurait pu rester une simple péripétie de campagne. Il prend une autre dimension depuis que la même commission a expliqué que les règles du débat entre candidats de la primaire ne pouvaient être exactement les mêmes que celles du débat avec la droite et « l’extrême droite ». Deux jours plus tard, le premier débat télévisé entre les cinq prétendants a déplacé les échanges vers les sujets qui pourraient réellement déterminer la suite : alliances électorales, Ukraine, Gaza, pouvoir d’achat et dette.

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Ségolène Royal avait déclenché la séquence en s’en prenant directement à Raphaël Glucksmann, dont elle mettait en doute l’expérience politique. La commission d’organisation, présidée par Patrick Mennucci, lui a demandé de revenir à une attitude respectueuse, au nom de la charte signée par les candidats et de « l’esprit de camaraderie » attendu pendant la primaire. Mais son communiqué contenait aussi une précision politique : selon elle, la nature du débat interne à cette primaire n’est pas la même que celle du débat avec la droite et « l’extrême droite ». Le 23 septembre, les cinq candidats se sont retrouvés sur le même plateau. La querelle de personnes a laissé place à des désaccords plus profonds sur la stratégie que la gauche pourrait défendre pour 2027.

Une remontrance qui en dit plus que les seules attaques de Ségolène Royal

La séquence commence avec une formule de Ségolène Royal dans une interview accordée à Libération. Pour distinguer sa candidature de celle de Raphaël Glucksmann, l’ancienne ministre socialiste a mis en avant son expérience et estimé qu’on ne pouvait pas « mettre un stagiaire à la tête d’une entreprise » lorsqu’il s’agit de diriger un pays.

Raphaël Glucksmann, député européen et candidat soutenu par Place publique, lui a répondu en mettant à son tour en cause son parcours politique. L’échange aurait pu rester dans le registre classique de la campagne électorale. La commission d’organisation de la primaire a choisi d’intervenir.

Présidée par Patrick Mennucci, elle a rappelé que les candidats avaient signé une charte leur imposant notamment un comportement éthique et l’interdiction des attaques personnelles. Elle a demandé à Ségolène Royal de revenir à une attitude respectueuse à l’égard du processus démocratique et a appelé les candidats à se conformer à un « esprit de camaraderie ».

Jusque-là, le principe paraît simple : une primaire doit permettre à plusieurs candidats appartenant au même espace politique de se confronter sans transformer la compétition en règlement de comptes.

Mais le communiqué de la commission contient une phrase qui mérite davantage d’attention. L’instance précise que « la nature du débat politique de la primaire n’est pas le même que dans le débat face à la droite et l’extrême droite ».

Cette distinction n’est pas anodine. Elle signifie que la commission ne considère pas le débat interne et l’affrontement avec les adversaires extérieurs au même espace politique comme deux exercices identiques. À l’intérieur de la primaire, la confrontation doit préserver les conditions d’un rassemblement après le scrutin. Face aux autres familles politiques, les règles du débat peuvent donc être différentes selon cette conception.

La question mérite d’être posée sans confondre les catégories politiques. La droite n’est pas synonyme d’« extrême droite », et la droite nationaliste ne constitue pas automatiquement une catégorie identique à celle que les formations de gauche désignent comme « extrême droite ». Ces appellations ont une histoire, des usages politiques et des définitions variables selon les acteurs qui les emploient.

Le point intéressant, pour autant, n’est pas de trancher ici la querelle des étiquettes. Il est de constater que la commission introduit elle-même une différence entre la manière de traiter un désaccord au sein de la gauche et celle de combattre les formations placées hors de son périmètre politique.

Cette distinction renvoie à une question plus large du débat français : jusqu’où peut aller la confrontation politique lorsqu’il s’agit d’un adversaire considéré comme extérieur à son propre camp, et à partir de quel moment la dénonciation d’une idéologie devient-elle une manière de disqualifier politiquement ceux qui la portent ?

La commission, elle, n’apporte pas de réponse générale à cette question. Elle parle du fonctionnement particulier de cette primaire et de la nécessité, pour les candidats, de pouvoir se rassembler après le vote.

Le débat du 23 septembre change la nature de la campagne

Deux jours après ce rappel à l’ordre, les cinq candidats se sont retrouvés face à face sur LCI : Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel.

Cette fois, les attaques personnelles n’ont pas occupé le centre de la soirée. Les échanges ont porté sur les choix que chacun entend défendre pour la France et, surtout, sur les forces politiques avec lesquelles une éventuelle majorité pourrait être construite.

La question de La France insoumise a constitué l’un des principaux points de désaccord.

Raphaël Glucksmann a affirmé qu’il n’y aurait pas d’accord avec La France insoumise, y compris pour les élections législatives. Jérôme Guedj défend également cette ligne. Olivier Faure privilégie, lui, la recherche d’un rassemblement plus large de la gauche et insiste sur la réalité des coopérations parlementaires entre socialistes et députés de La France insoumise.

Ségolène Royal a contesté ce qu’elle considère comme une focalisation excessive sur cette formation. Selon elle, la question doit être replacée dans une réflexion plus large sur la reconstruction de la gauche, qui doit également prendre en compte les écologistes et les communistes. Emmanuel Maurel défend lui aussi l’idée d’une coalition à gauche.

Derrière cette querelle sur les alliances se trouve une question électorale très concrète : avec qui gouverner si le candidat issu de la primaire accède à la présidentielle puis, éventuellement, aux élections législatives ?

La réponse n’est pas secondaire. Elle permet de distinguer une candidature conçue comme l’affirmation d’une ligne politique autonome d’une autre qui privilégierait le rassemblement le plus large possible afin de constituer une majorité.

Ukraine : même soutien, réponses différentes

La guerre en Ukraine a offert un autre exemple de divergences qui ne se résument pas à une opposition entre gauche et droite.

Les cinq candidats se sont accordés sur le principe d’un soutien à l’Ukraine, mais leurs propositions diffèrent sur les moyens à employer et sur la place à donner à la négociation.

Raphaël Glucksmann défend une aide militaire renforcée à l’Ukraine et une politique européenne plus déterminée face à la Russie. Ségolène Royal insiste davantage sur la négociation et la recherche d’une issue diplomatique. Jérôme Guedj a notamment interrogé les conséquences d’une éventuelle protection aérienne de l’espace ukrainien, qui pourrait accroître le risque de confrontation directe avec les forces russes.

Ce débat montre une réalité importante : partager un même diagnostic sur une menace ne signifie pas nécessairement partager la même stratégie.

La différence porte ici sur la frontière entre soutien militaire, dissuasion, négociation et risque d’escalade. Pour une future candidature présidentielle, ce ne sont pas des nuances secondaires : elles déterminent la conception de la politique étrangère, de la défense française et du rôle de la France en Europe.

Gaza, le vocabulaire et les limites du débat

La situation à Gaza a provoqué un autre échange tendu.

Olivier Faure et Ségolène Royal ont employé le terme de « génocide » pour qualifier la situation. Raphaël Glucksmann ne reprend pas cette qualification. La discussion a également porté sur la distinction entre la critique du gouvernement de Benyamin Netanyahou et la lutte contre l’antisémitisme en France.

Jérôme Guedj a contesté certains propos de Ségolène Royal sur la nécessité de faire davantage entendre des voix israéliennes et juives dénonçant la situation à Gaza. Le débat a alors porté non seulement sur le conflit au Proche-Orient, mais aussi sur la manière de parler des Juifs de France lorsqu’on critique la politique du gouvernement israélien.

Là encore, les désaccords portent autant sur les mots que sur les conséquences politiques à tirer des événements.

Cette dimension est importante dans une primaire qui cherche à construire une candidature commune. Une formation politique peut partager certains objectifs cessez-le-feu, aide humanitaire, pression diplomatique ou respect du droit international tout en divergeant profondément sur la qualification des événements et sur les moyens d’action.

Du pouvoir d’achat à la dette, les différences deviennent économiques

Le débat a également permis aux candidats de préciser leurs propositions économiques.

Sur le prix des carburants, Ségolène Royal a défendu une baisse à 1,70 euro le litre jusqu’à la fin de l’année. Raphaël Glucksmann et Olivier Faure privilégient davantage des aides ciblées vers les ménages qui en ont le plus besoin. Emmanuel Maurel propose notamment un emprunt national citoyen destiné à financer l’électrification, tandis que Jérôme Guedj défend une fiscalité prenant davantage en compte les enjeux climatiques.

Les différences apparaissent également sur les revenus et la fiscalité. Olivier Faure défend notamment un salaire minimum à 1 700 euros net. Raphaël Glucksmann propose de modifier la fiscalité successorale afin de financer une baisse de la contribution sociale généralisée pour les salariés.

La dette publique complète ce tableau. Aucun des cinq candidats ne propose de simplement effacer la dette. Les divergences portent plutôt sur les recettes supplémentaires, les dépenses publiques, les économies possibles et les investissements nécessaires à la réindustrialisation.

La primaire ne se résume donc plus à la question de savoir qui peut incarner la gauche. Elle oblige chacun à préciser quelle politique économique il entend mener et comment il compte la financer.

Une primaire qui doit encore définir son propre périmètre

Le premier débat a ainsi fait apparaître un paradoxe.

La commission d’organisation demande aux candidats de préserver la camaraderie parce que le vainqueur aura besoin du soutien des autres. Mais les échanges du 23 septembre montrent que le rassemblement ne pourra pas être obtenu uniquement par une discipline de campagne.

Les désaccords sont réels : ils concernent les alliances, la relation à La France insoumise, la politique étrangère, l’Ukraine, Gaza, la fiscalité, les carburants, les retraites et le financement des politiques publiques.

La question centrale devient alors celle du périmètre politique de cette primaire. Elle rassemble le Parti socialiste, Place publique et la Gauche républicaine et socialiste, mais ne réunit pas toutes les formations de gauche. Elle doit donc déterminer non seulement son candidat, mais aussi les limites du rassemblement qu’il cherchera ensuite à construire.

Le rappel à l’ordre de Ségolène Royal prend ici un autre sens. La commission a voulu protéger le cadre d’une compétition dont le principe repose sur une idée simple : plusieurs candidats peuvent se combattre pour obtenir le même mandat, puis accepter le résultat et soutenir celui qui l’emporte.

Reste une question plus délicate, que le débat français dépasse largement cette primaire : la défense de la démocratie peut-elle conduire à considérer que certaines formes de confrontation sont acceptables contre des adversaires politiques extérieurs, alors qu’elles deviennent inadmissibles entre membres d’une même famille politique ?

La commission a, de fait, posé cette distinction dans son communiqué. La campagne permettra désormais de voir jusqu’où cette conception du débat peut être tenue lorsque les enjeux deviendront plus directement électoraux.

Deux autres débats sont prévus avant le vote, les 1er et 4 octobre. Le premier tour de la primaire aura lieu les 9 et 10 octobre, avec un second tour prévu les 16 et 17 octobre si aucun candidat ne l’emporte au premier.

La querelle entre Ségolène Royal et Raphaël Glucksmann aura donc servi de point de départ. Mais désormais, le véritable enjeu est ailleurs : les cinq candidats doivent démontrer que leur conception de la gauche peut survivre à la compétition interne et, surtout, définir avec qui et sur quelles bases elle entend gouverner.

Celine Dou

France : avec des taux d’emprunt au-dessus de 4 %, la dette devient une charge croissante pour l’État

La France emprunte désormais à des taux qui n’ont plus rien à voir avec ceux des années où l’argent était presque gratuit. Le rendement de l’obligation française à dix ans a atteint 4,21 % le 3 septembre. Le même jour, l’État a levé près de 13,5 milliards d’euros sur les marchés, avec des taux allant jusqu’à 4,74 % selon les titres vendus.

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Pour un pays qui doit chaque année emprunter des centaines de milliards d’euros, cette remontée n’est pas anodine. Elle signifie que les nouveaux emprunts coûteront davantage. Et, avec le temps, une partie de cette hausse se retrouvera dans la facture payée par l’État pour financer sa dette.

Une dette de 3 536 milliards d’euros

La France part déjà avec un endettement considérable. À la fin du premier trimestre 2026, la dette publique atteignait 3 536,1 milliards d’euros, soit 117,5 % du produit intérieur brut. Elle représentait 115,7 % du produit intérieur brut trois mois plus tôt.

Cette somme ne doit pas être remboursée d’un seul coup. L’État emprunte régulièrement pour financer son déficit et pour remplacer les obligations arrivées à échéance.

C’est ce renouvellement qui rend la hausse des taux préoccupante.

Une obligation émise il y a plusieurs années à un taux faible continue de coûter ce taux jusqu’à son échéance. Lorsqu’elle est remplacée par une nouvelle obligation, le taux du moment s’applique. Si les taux sont plus élevés, le nouvel emprunt coûte plus cher.

La hausse ne frappe donc pas toute la dette française en même temps. Elle se diffuse progressivement à mesure que les anciens emprunts arrivent à échéance.

Les marchés demandent davantage pour prêter à la France

Le rendement à dix ans est devenu l’un des indicateurs les plus suivis.

Le 3 septembre, il dépassait 4 %. Ce niveau ne signifie pas que la France ne trouve plus d’acheteurs pour ses obligations. L’adjudication organisée ce jour-là montre au contraire que les investisseurs continuent de financer l’État français.

Mais ils demandent une rémunération plus importante.

Cette différence compte beaucoup pour un État qui prévoit 310 milliards d’euros d’émissions nettes à moyen et long terme en 2026.

Plus les nouveaux titres sont chers, plus la facture augmente lorsque les anciennes obligations sont remplacées.

Les intérêts prennent davantage de place dans les dépenses publiques

Le coût de la dette est déjà devenu une dépense importante du budget de l’État.

Selon les documents budgétaires, la charge de la dette de l’État était estimée à 52,4 milliards d’euros en 2025. Les projections pour les années suivantes montrent une poursuite de la hausse.

Cette progression réduit la liberté dont dispose le gouvernement pour financer les autres politiques publiques.

Une hausse des intérêts ne crée aucune école, ne recrute aucun fonctionnaire et ne construit aucune infrastructure. Elle sert à payer les créanciers de l’État.

Plus cette dépense augmente, plus il faut trouver ailleurs les moyens de financer les autres engagements budgétaires.

Le déficit complique encore la situation

La France doit déjà réduire un déficit public qui reste très élevé.

Le déficit public s’est établi à 5,1 % du produit intérieur brut en 2025. Les prévisions pour 2026 restent autour de 5 %, bien au-dessus de la limite de 3 % fixée par les règles européennes.

Le gouvernement doit donc trouver un équilibre difficile : réduire le déficit sans casser davantage une croissance déjà faible, tout en continuant à financer les dépenses publiques et à supporter une dette devenue plus coûteuse.

Les taux d’intérêt rendent cette tâche plus difficile.

Chaque année où les emprunts restent chers augmente le coût des nouvelles obligations. Et chaque obligation ancienne refinancée à un taux supérieur ajoute progressivement une nouvelle dépense au budget.

La France n’est pas au bord du défaut

La situation mérite d’être surveillée, mais elle ne correspond pas à une crise de financement comparable à celles qu’ont connues certains pays européens.

La France continue d’emprunter sur les marchés. Ses émissions trouvent preneur et les agences de notation ne la considèrent pas comme un État proche du défaut.

Le problème est ailleurs : le prix auquel elle se finance augmente alors que son besoin de financement reste très important.

C’est cette combinaison qui pèse sur les finances publiques.

Une dette supérieure à 3 500 milliards d’euros peut rester gérable tant que l’État dispose de revenus suffisants, que la croissance soutient l’économie et que les intérêts restent maîtrisés.

Lorsque les taux montent durablement, le calcul change.

Le risque se joue dans la durée

Il n’y aura pas, du jour au lendemain, une facture de plusieurs milliers de milliards d’euros à payer au nouveau taux. La dette française est composée d’emprunts conclus à des dates et à des taux différents.

Mais chaque année, une partie arrive à échéance et doit être remplacée.

Si les conditions actuelles persistent, les nouveaux titres coûteront donc plus cher que ceux qu’ils remplacent.

C’est ainsi que la hausse des taux finit par se transformer en hausse de la charge de la dette.

Pour la France, le véritable enjeu des prochains mois ne sera donc pas seulement de trouver des investisseurs pour financer ses déficits. Il faudra aussi convaincre les marchés que ses comptes publics peuvent retrouver une trajectoire plus soutenable.

Car tant que le déficit restera élevé et que les taux resteront au-dessus de 4 %, la dette prendra progressivement une place plus importante dans le budget de l’État.

Celine Dou

FRANCE : l’interdiction du téléphone portable arrive dans les lycées, mais tous les établissements ne pourront pas l’appliquer dès la rentrée

À partir du 1er septembre 2026, l’usage du téléphone portable est interdit dans les lycées français. La mesure, déjà appliquée dans les écoles et les collèges, s’étend désormais aux établissements du second cycle. Sur le papier, le calendrier est fixé. Dans les lycées, en revanche, les modalités d’application restent encore à organiser.

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La rentrée scolaire ne se fera donc pas partout avec les mêmes règles. Le texte national interdit désormais aux élèves d’utiliser leur téléphone dans l’enceinte du lycée et lors des activités scolaires organisées à l’extérieur. Mais chaque établissement doit encore inscrire cette nouvelle obligation dans son règlement intérieur et définir les conditions de sa mise en œuvre. À quelques heures de la rentrée, certains proviseurs disposent déjà d’un dispositif, tandis que d’autres doivent encore achever les procédures nécessaires.

Une interdiction qui entre en vigueur le 1er septembre

La nouvelle règle résulte de la loi adoptée au mois d’août 2026. Elle étend aux lycées l’interdiction d’utilisation des téléphones portables et, plus largement, des équipements terminaux de communications électroniques par les élèves.

Le principe est national et s’applique à compter de la rentrée 2026-2027.

L’interdiction ne concerne toutefois pas tous les usages dans les mêmes conditions. Le cadre fixé par le ministère permet notamment de prévoir certaines exceptions lorsque l’utilisation de l’appareil répond à un besoin pédagogique, médical ou à une nécessité liée à la vie de l’établissement.

Les conditions précises doivent être inscrites dans le règlement intérieur. Celui-ci fixe également les règles relatives à la confiscation et à la restitution d’un appareil lorsqu’un élève ne respecte pas les dispositions prévues.

Les proviseurs doivent encore adapter leur règlement intérieur

C’est cette étape qui complique l’application immédiate de la mesure dans certains établissements.

Un proviseur ne peut pas modifier seul le règlement intérieur. La procédure implique la communauté éducative et doit aboutir à une adoption par le conseil d’administration du lycée.

La nouvelle réglementation ayant été publiée tardivement avant la rentrée, les chefs d’établissement disposent de peu de temps pour achever cette procédure lorsqu’elle n’a pas été anticipée.

Des représentants des personnels de direction ont d’ailleurs prévenu que tous les établissements ne seraient pas en mesure d’appliquer la nouvelle règle de façon identique dès le premier jour. Le délai laissé entre la publication du texte et la rentrée est notamment mis en cause.

Certains lycées avaient cependant commencé à travailler sur le sujet avant les vacances. Ils pourront donc accueillir les élèves avec des règles déjà arrêtées.

Que deviennent les téléphones pendant la journée ?

La loi fixe le principe, mais ne demande pas à tous les établissements de choisir le même système.

Un lycée peut demander aux élèves de conserver leur téléphone éteint et rangé dans leur sac. Un autre peut mettre en place des espaces de dépôt ou des pochettes individuelles. Le choix dépend notamment de l’organisation de l’établissement et des dispositions adoptées dans son règlement intérieur.

Le ministère recommande aux établissements d’organiser matériellement cette mise à l’écart lorsque cela est nécessaire. Les solutions peuvent aller des casiers individuels à des dispositifs de rangement collectif.

Cette organisation représente également une dépense. Dans les établissements qui choisissent les pochettes individuelles, il faut acheter le matériel, assurer son attribution et organiser sa restitution quotidienne.

La gestion des téléphones saisis en cas d’infraction constitue une autre question. L’établissement doit pouvoir conserver les appareils dans des conditions suffisamment sûres et déterminer précisément quand et à qui ils seront rendus.

Des exceptions restent possibles

L’interdiction n’est pas absolue.

Le règlement intérieur peut autoriser certains usages lorsqu’ils sont nécessaires aux apprentissages ou répondent à des situations particulières. Des dispositions spécifiques peuvent également concerner les élèves présentant un handicap ou un trouble de santé nécessitant l’utilisation d’un équipement électronique.

Le ministère prévoit par ailleurs des adaptations pour certains lieux ou moments de la vie scolaire, notamment lorsque le téléphone peut être nécessaire à une activité pédagogique.

Cette possibilité d’adaptation explique en partie pourquoi les règles pourront différer d’un lycée à l’autre.

Une mesure qui prolonge celle appliquée au collège

Le gouvernement présente l’extension aux lycées comme la suite logique de la politique engagée dans les établissements scolaires depuis plusieurs années.

L’objectif affiché est de limiter les distractions liées aux écrans, de favoriser les apprentissages et les échanges directs entre élèves et de mieux protéger les adolescents contre certains usages problématiques du numérique.

L’expérience des collèges constitue à ce titre un précédent important. Mais le lycée présente une difficulté supplémentaire : les élèves y sont plus âgés et disposent généralement d’une autonomie beaucoup plus importante dans leur vie quotidienne.

Le téléphone sert aussi à de nombreux usages pratiques. Les établissements doivent donc distinguer ce qui relève d’un usage interdit de ce qui peut être autorisé dans le cadre scolaire.

Une règle commune, des applications différentes

La France se retrouve ainsi avec un principe désormais commun à tous les lycées, mais avec des modalités susceptibles de varier selon les établissements.

Un élève pourra devoir déposer son téléphone à son arrivée dans un lycée, tandis qu’un autre devra simplement le maintenir éteint et rangé. Les horaires, les lieux concernés, les exceptions et les procédures de confiscation pourront également différer.

Cette souplesse permet de tenir compte des réalités locales. Elle risque aussi de rendre la nouvelle règle moins lisible pour les familles qui auront plusieurs enfants scolarisés dans des établissements différents.

Le ministère assume cette adaptation locale : l’objectif est d’imposer un cadre national tout en laissant aux établissements la possibilité de déterminer les modalités correspondant à leur fonctionnement.

Une rentrée sous surveillance

L’entrée en vigueur de la mesure ne devrait donc pas produire une situation uniforme dès le 1er septembre.

Dans les lycées qui ont anticipé la réforme, les élèves découvriront immédiatement le nouveau dispositif. Dans ceux qui n’ont pas encore achevé leur procédure interne ou leur organisation matérielle, la mise en œuvre pourra prendre davantage de temps.

Le principe, lui, ne fait plus débat sur le plan juridique : à compter de cette rentrée, l’utilisation du téléphone portable par les élèves est interdite dans les lycées, sous réserve des exceptions prévues par les textes et le règlement intérieur.

Reste à voir comment cette règle sera vécue au quotidien par les élèves, les enseignants et les personnels de direction. Car entre une interdiction inscrite dans la loi et une règle respectée dans plusieurs milliers de salles de classe, il y a toute une organisation à mettre en place.

Celine Dou

France : condamné définitivement dans l’affaire des emplois de son épouse, François Fillon suspendu dix ans de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite

Près de dix ans après l’éclatement de l’affaire qui avait fait dérailler sa campagne présidentielle, François Fillon voit désormais ses distinctions nationales frappées par une sanction disciplinaire. Deux décrets signés le 19 août 2026 et publiés au Journal officiel le 20 août suspendent pour dix ans l’exercice des droits et prérogatives attachés à ses grades dans la Légion d’honneur et l’ordre national du Mérite.

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L’ancien Premier ministre est grand officier de la Légion d’honneur et grand’croix de l’ordre national du Mérite. La mesure ne constitue pas une nouvelle peine prononcée par un tribunal et ne signifie pas qu’il est définitivement radié de ces deux ordres. Elle est la conséquence disciplinaire d’une condamnation pénale devenue définitive en février 2026, après son désistement de son pourvoi en cassation dans l’affaire des emplois de son épouse, Penelope Fillon.

Une sanction qui trouve son origine dans l’affaire des emplois de Penelope Fillon

Pour comprendre la décision publiée cette semaine, il faut revenir à janvier 2017.

Alors candidat de la droite à l’élection présidentielle, François Fillon est accusé d’avoir rémunéré son épouse comme assistante parlementaire alors que la réalité de son travail fait l’objet de sérieuses contestations. L’affaire prend rapidement une ampleur nationale et devient l’un des éléments déterminants de sa campagne.

La justice finit par retenir sa responsabilité pénale. La Cour de cassation avait confirmé en avril 2024 sa culpabilité pour détournement de fonds publics. Elle avait toutefois renvoyé la question des peines devant une nouvelle formation de la cour d’appel de Paris. Autrement dit, la culpabilité était déjà définitive ; seul le volet concernant la peine devait encore être rejugé.

Le 17 juin 2025, la cour d’appel de Paris fixe finalement cette peine à quatre ans d’emprisonnement avec sursis, 375 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité.

François Fillon forme alors un pourvoi en cassation. Mais le 16 février 2026, il se désiste de ce recours. Sa peine devient donc définitive.

C’est cette dernière étape qui complète le puzzle.

Pourquoi une condamnation pénale entraîne-t-elle une sanction dans la Légion d’honneur ?

La Légion d’honneur n’est pas seulement une décoration que l’on conserve indépendamment de son comportement ultérieur. Le code qui régit l’ordre prévoit une discipline propre à ses membres.

Trois sanctions disciplinaires sont prévues : la censure, la suspension totale ou partielle des droits et prérogatives attachés à la qualité de membre, et l’exclusion de l’ordre.

Le code prévoit notamment que les droits et prérogatives d’un membre peuvent être suspendus en cas de condamnation à une peine correctionnelle. Il prévoit également qu’une personne condamnée pour un crime ou à une peine d’emprisonnement ferme d’au moins un an est exclue de l’ordre.

Dans le cas de François Fillon, la condamnation prononcée en 2025 est une peine correctionnelle entièrement assortie du sursis. Il ne se trouve donc pas dans le cas d’une exclusion automatique correspondant à une peine d’emprisonnement ferme d’au moins un an.

Le droit permet en revanche une suspension des droits et prérogatives. C’est précisément la mesure retenue.

Dix ans de suspension, mais pas une radiation définitive

C’est une distinction importante.

Dire que François Fillon est « suspendu de la Légion d’honneur » ne signifie pas qu’il a définitivement perdu sa distinction.

Pendant dix ans, il est privé de l’exercice des droits et prérogatives attachés à son grade de grand officier de la Légion d’honneur. La suspension touche également son grade de grand’croix de l’ordre national du Mérite.

La différence avec une exclusion est prévue noir sur blanc par le code : l’exclusion retire définitivement la qualité de membre de l’ordre, tandis que la suspension prive le décoré, pendant la durée fixée, des droits et prérogatives attachés à cette qualité.

La mesure a néanmoins une portée concrète : durant la suspension, le droit de porter les insignes des décorations relevant de la grande chancellerie est lui aussi suspendu.

Une procédure distincte du procès pénal

La sanction disciplinaire n’est donc pas prononcée par la cour d’appel de Paris.

Les deux procédures ne se confondent pas.

Le procès pénal a établi la responsabilité de François Fillon dans l’affaire des emplois de son épouse et fixé une peine. La procédure disciplinaire relève, elle, du régime propre aux ordres nationaux.

Le code prévoit que les décisions judiciaires concernant les membres de la Légion d’honneur sont transmises au grand chancelier. L’intéressé doit ensuite pouvoir prendre connaissance du dossier et présenter ses explications et sa défense. Le conseil de l’ordre émet un avis sur la sanction à prendre.

Depuis une modification réglementaire entrée en vigueur en 2025, lorsque les conseils de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite sont saisis du même dossier et rendent des avis différents, le grand chancelier intervient pour formuler une proposition dans le cadre prévu par le code.

La décision finale de suspension est ensuite prononcée par décret du président de la République dans le cadre prévu par le code. Les décisions de suspension et d’exclusion sont publiées au Journal officiel.

Pourquoi l’ordre national du Mérite est-il également concerné ?

François Fillon ne détenait pas seulement la Légion d’honneur.

L’ancien Premier ministre est également grand’croix de l’ordre national du Mérite, une dignité particulièrement élevée.

Les deux ordres sont distincts, mais ils sont administrés par le même grand chancelier. Surtout, le code prévoit que les sanctions et la procédure disciplinaires applicables à la Légion d’honneur s’appliquent également aux membres de l’ordre national du Mérite, sous réserve de certaines dispositions particulières.

La suspension prononcée contre François Fillon concerne donc les deux distinctions.

Une conséquence qui arrive après neuf années de procédures

Le calendrier permet de mesurer la portée de la décision.

L’affaire éclate en 2017, au moment où François Fillon est candidat à l’élection présidentielle et figure parmi les principaux prétendants à l’Élysée. Sa campagne est profondément affectée par les révélations.

La procédure judiciaire se poursuit pendant plusieurs années. La culpabilité devient définitive en 2024. La cour d’appel fixe ensuite la peine en juin 2025. François Fillon se désiste finalement de son pourvoi en février 2026, rendant cette peine définitive.

Six mois plus tard, les conséquences disciplinaires concernant ses distinctions nationales sont officialisées.

Ce décalage explique pourquoi une affaire politique vieille de près d’une décennie revient aujourd’hui dans l’actualité : la justice pénale avait terminé son travail, mais les conséquences attachées au statut de décoré devaient encore suivre leur propre procédure.

Ce que cette décision dit réellement

Il serait donc réducteur de présenter la décision comme une simple « perte de la Légion d’honneur ».

François Fillon n’est pas radié définitivement de l’ordre. Il est suspendu pendant dix ans de l’exercice des droits et prérogatives liés à ses deux dignités nationales.

La décision constitue néanmoins une sanction institutionnelle significative. Elle vient ajouter une conséquence disciplinaire à une condamnation pénale devenue définitive, après une affaire qui avait déjà mis fin à ses ambitions présidentielles en 2017.

Le parcours de François Fillon connaît ainsi un nouvel épisode judiciaire et institutionnel : après la condamnation, puis la fin des recours, c’est désormais le statut de décoré de la République qui est directement touché.

Celine Dou

France : condamnée pour détournement de fonds publics européens, Marine Le Pen pourra néanmoins se présenter à l’élection présidentielle de 2027

La décision était attendue comme un moment décisif pour l’avenir politique de Marine Le Pen. Condamnée dans l’affaire des assistants parlementaires européens, la dirigeante du Rassemblement national conserve finalement la possibilité de briguer l’Élysée en 2027. La cour d’appel de Paris a confirmé sa responsabilité pénale, tout en réduisant la portée de la sanction qui menaçait son avenir électoral.

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Marine Le Pen reste condamnée, mais elle reste en mesure de se présenter à la prochaine élection présidentielle française. La décision de la cour d’appel, qui maintient la culpabilité de la responsable du Rassemblement national tout en réduisant sa peine d’inéligibilité, ouvre une nouvelle séquence politique. Elle intervient alors que l’opinion publique française semble partagée entre le rejet d’une candidature portée par une responsable condamnée et l’attachement d’une partie de l’électorat à sa présence dans le paysage politique.

L’affaire trouve son origine dans l’utilisation des crédits européens destinés aux assistants des députés du Parlement européen. La justice reprochait au Front national, devenu Rassemblement national, d’avoir rémunéré avec ces fonds des collaborateurs dont l’activité aurait principalement servi les intérêts du parti en France.

Après plusieurs années d’enquête et un procès, Marine Le Pen a été reconnue coupable. La cour d’appel a confirmé que le système mis en place constituait un détournement de fonds publics européens. Mais elle a également revu la durée de la peine d’inéligibilité, permettant à la dirigeante du RN de conserver la possibilité de participer à l’élection présidentielle de 2027.

Pour le Rassemblement national, cette décision constitue un soulagement politique majeur. Le parti avait préparé l’hypothèse d’une candidature de Jordan Bardella dans le cas où Marine Le Pen aurait été empêchée de concourir. Désormais, la stratégie présidentielle reste centrée autour de celle qui a déjà porté trois fois les couleurs du mouvement à l’élection présidentielle.

Ses adversaires politiques soulignent toutefois que la justice a confirmé une condamnation liée à l’utilisation de fonds publics européens. Pour eux, la possibilité de se présenter ne change pas la nature des faits retenus par les magistrats.

Mais l’affaire Marine Le Pen ne se limite plus à son seul parcours judiciaire. Elle s’inscrit dans une série de procédures concernant les assistants parlementaires européens, qui ont impliqué d’autres figures majeures de la politique française.

Le cas de François Bayrou constitue un premier point de comparaison. Dans l’affaire concernant le Mouvement démocrate, plusieurs cadres du parti ont été condamnés. François Bayrou, lui, a été relaxé en première instance, les juges estimant que sa responsabilité personnelle n’était pas suffisamment établie.

Le dossier de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise présente une autre trajectoire. L’enquête ouverte sur les assistants parlementaires européens a donné lieu à plusieurs années d’investigations, notamment après les perquisitions de 2018. Elle s’est finalement achevée sans mise en examen du dirigeant insoumis, qui n’a donc pas comparu devant un tribunal dans cette affaire.

Ces trois affaires ont un point commun : elles concernent l’utilisation de moyens financiers européens destinés aux assistants parlementaires. Mais elles ont connu des issues différentes, en fonction des responsabilités individuelles retenues par les magistrats et des éléments réunis dans chaque dossier.

C’est précisément cette différence d’issue judiciaire qui continue d’alimenter les discussions politiques. Les soutiens de Marine Le Pen dénoncent une justice qu’ils jugent plus sévère envers leur camp et mettent en avant l’écart entre une condamnation confirmée et l’absence de poursuites abouties dans d’autres affaires comparables.

Les défenseurs de l’indépendance judiciaire rappellent, eux, qu’une justice démocratique ne peut fonctionner selon une logique de comparaison politique. Une procédure pénale repose sur des faits précis, des preuves et une responsabilité personnelle établie, et non sur l’appartenance à un parti ou la position occupée dans le paysage politique.

Une candidature possible, mais une opinion publique loin d’être acquise

Si la décision de la cour d’appel ouvre juridiquement la voie à une candidature de Marine Le Pen en 2027, elle ne signifie pas pour autant que cette perspective est largement acceptée par les Français.

Selon un sondage Elabe réalisé pour BFMTV, près de 60 % des Français désapprouvent le choix de Marine Le Pen de maintenir sa candidature à l’élection présidentielle malgré sa condamnation. Ce résultat traduit un malaise d’une partie de l’opinion face à la perspective de voir une personnalité politique condamnée solliciter à nouveau le suffrage des électeurs.

Cette défiance ne se traduit cependant pas par un effondrement de son poids politique. La dirigeante du Rassemblement national conserve un électorat fidèle et demeure l’une des figures centrales de la prochaine présidentielle. Le contraste est donc saisissant : une partie importante des Français critique sa candidature sur le plan moral et politique, tandis qu’une autre partie continue de la considérer comme une candidate crédible à l’accession au pouvoir.

C’est toute la singularité de la situation actuelle. Marine Le Pen bénéficie d’un droit de candidature confirmé par la justice, mais elle devra mener une bataille d’opinion pour convaincre au-delà de son socle traditionnel.

La présidentielle de 2027 pourrait ainsi se jouer autour d’une question majeure : les électeurs jugeront-ils davantage la condamnation judiciaire de Marine Le Pen ou sa capacité à incarner une alternative politique ?

Dans cette confrontation entre jugement judiciaire et choix démocratique, l’affaire des assistants parlementaires européens continuera d’occuper une place centrale dans le débat public français.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France : à l’approche d’une nouvelle canicule, où vont les plus de 3 milliards d’euros générés chaque année par la journée de solidarité ?

Une nouvelle vague de chaleur doit toucher la France à partir de ce vendredi. Dans plusieurs régions, les températures pourraient grimper jusqu’à 35 ou 36 °C dès le début de la semaine prochaine. Ce nouvel épisode remet en lumière un dispositif né dans le sillage de la canicule de 2003 : la journée de solidarité. Plus de vingt ans après sa création, elle rapporte chaque année plus de 3 milliards d’euros. Mais comment cet argent est-il utilisé ?

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Le retour de températures exceptionnellement élevées ravive le souvenir de l’été 2003, au cours duquel près de 15 000 personnes avaient perdu la vie en France. Cette tragédie avait conduit les pouvoirs publics à repenser la prise en charge des personnes les plus vulnérables et à instaurer un mécanisme de financement inédit. Aujourd’hui encore, son efficacité continue d’alimenter le débat.

Créée en 2004, la journée de solidarité repose sur un principe simple : les salariés effectuent une journée de travail supplémentaire, sans rémunération additionnelle, tandis que les employeurs versent une contribution dédiée au financement des politiques en faveur des personnes âgées en perte d’autonomie et des personnes en situation de handicap.

Au fil des années, cette contribution est devenue une ressource majeure. Elle génère désormais plus de 3 milliards d’euros par an, soit plusieurs dizaines de milliards d’euros collectés depuis sa mise en place.

Ces recettes sont versées à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), qui les répartit entre différents dispositifs. Elles contribuent notamment au financement des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des services d’aide à domicile, de l’accompagnement des personnes en situation de handicap ainsi que d’autres politiques publiques liées à la perte d’autonomie.

Sur le papier, le dispositif constitue un levier essentiel du financement de la dépendance. Dans les faits, son fonctionnement continue toutefois de susciter des interrogations.

À chaque épisode de fortes chaleurs, les critiques refont surface. Des associations, des représentants du secteur médico-social ainsi que plusieurs responsables politiques estiment que les établissements accueillant des personnes âgées demeurent confrontés à des difficultés persistantes. Manque de personnel, locaux parfois mal adaptés aux températures extrêmes, équipements de rafraîchissement insuffisants : autant de limites qui nourrissent le sentiment d’un décalage entre les sommes collectées et la réalité observée sur le terrain.

Les pouvoirs publics rappellent, pour leur part, que la journée de solidarité n’a jamais eu vocation à financer uniquement les mesures destinées à faire face aux canicules. Les recettes alimentent un ensemble plus vaste de politiques consacrées à l’autonomie. Depuis plusieurs années, elles sont intégrées au budget global de la CNSA avant d’être redistribuées selon les priorités définies par l’État.

Cette architecture budgétaire ne convainc toutefois pas tout le monde. À chaque nouvel épisode caniculaire, des voix s’élèvent pour réclamer davantage de transparence sur l’utilisation des recettes issues de la journée de solidarité. Pour leurs détracteurs, il reste difficile d’apprécier concrètement l’impact de cette contribution sur l’amélioration des conditions de prise en charge des personnes les plus fragiles.

Au-delà de la question budgétaire, le débat s’inscrit dans un contexte plus large. Les épisodes de chaleur extrême se multiplient en France sous l’effet du changement climatique, tandis que le vieillissement de la population accentue les besoins en matière d’accompagnement et de prévention.

La France dispose aujourd’hui de dispositifs d’alerte plus efficaces qu’en 2003 et la coordination entre les services sanitaires, les collectivités et les établissements médico-sociaux s’est renforcée. Mais chaque nouvelle canicule rappelle que la protection des personnes les plus vulnérables demeure un défi permanent.

Alors qu’une nouvelle vague de chaleur s’apprête à traverser le pays, la journée de solidarité retrouve toute son actualité. Plus de vingt ans après sa création, le débat ne porte plus seulement sur les milliards d’euros qu’elle génère chaque année, mais sur leur capacité à répondre à un enjeu devenu durable : adapter la société française à des canicules désormais appelées à se répéter.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France – Affaire des assistants parlementaires du FN : le gouvernement écarte, à ce stade, tout risque avéré d’ingérence américaine

À quelques jours de l’ouverture du procès en appel dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national (FN, devenu Rassemblement national), le gouvernement français a estimé que les soupçons d’ingérence américaine évoqués dans certains médias ne reposaient sur aucun élément tangible à ce stade. Cette prise de position intervient dans un contexte judiciaire et politique particulièrement sensible, alors que l’issue de la procédure pourrait avoir des conséquences majeures sur l’avenir politique de Marine Le Pen.

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2026 s’annonce sombre pour la France selon 77 % des sondés français

Un climat social marqué par l’inquiétude.Un sondage réalisé par l’institut CSA pour Europe 1, CNews et Le Journal du Dimanche révèle qu’une large majorité des Français (77 %) se disent pessimistes quant à l’avenir de la France pour l’année 2026, quelques jours seulement après le début de la nouvelle année. Ce niveau de pessimisme pour le pays contraste avec un optimisme plus prononcé lorsqu’il s’agit de la situation personnelle des sondés.

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Nicolas Sarkozy : la justice se prononce sur la demande de mise en liberté de l’ancien président incarcéré dans l’affaire du financement libyen

L’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, âgé de 70 ans, pourrait prochainement sortir de prison. Incarcéré depuis le 21 octobre à la prison de la Santé à Paris, il a vu son sort réexaminé ce lundi matin par la cour d’appel de Paris, chargée d’examiner sa demande de mise en liberté. Le parquet général a requis sa libération sous contrôle judiciaire, estimant que les risques de pressions ou de concertation frauduleuse pouvaient être prévenus sans maintien en détention. La décision de la cour est attendue à 13 h 30.

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