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Niger : après la tentative de coup d’État, pourquoi l’Algérie envoie quatre avions de chasse à Niamey

Trois semaines après avoir remis quatre hélicoptères militaires au Niger, l’Algérie vient de franchir un nouveau seuil dans son rapprochement avec Niamey. Quatre chasseurs Soukhoï Su-30 ont atterri à Niamey le 30 août, accompagnés d’un avion de transport Iliouchine Il-76 et d’un avion ravitailleur Iliouchine Il-78. Officiellement, Alger répond à une demande de soutien formulée par les autorités nigériennes après la tentative de renversement du pouvoir survenue dans la capitale les 28 et 29 août. Mais derrière ces appareils se dessine une évolution plus large de la relation entre les deux pays et de la posture militaire algérienne au Sahel.

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Dans la nuit du 28 au 29 août, un groupe de militaires, principalement issus des forces spéciales, a tenté de prendre le contrôle de plusieurs positions stratégiques à Niamey, dont la base aérienne 101, l’aéroport international Diori-Hamani, le secteur du palais présidentiel et la télévision nationale. Les forces restées loyales au général Abdourahamane Tiani ont finalement repris le contrôle des sites occupés, avec un appui déterminant d’éléments russes de l’Africa Corps. Quelques heures plus tard, l’Algérie a décidé de répondre à l’appel de Niamey. Le déploiement de ses Su-30 constitue une première dans la relation militaire entre les deux pays, mais aussi un signal important de l’évolution de la doctrine d’Alger.

Une nuit qui a fragilisé le pouvoir de Niamey

Le général Abdourahamane Tiani est lui-même arrivé au pouvoir par un coup d’État, en juillet 2023. Trois ans plus tard, son régime a été confronté à une tentative de mutinerie venue de l’intérieur de l’appareil militaire.

Dans la nuit du 28 au 29 août, des militaires ont attaqué la base aérienne 101, située dans l’enceinte de l’aéroport international de Niamey, tout en tentant de s’approcher du palais présidentiel et de prendre le contrôle de la télévision nationale. Pendant plusieurs heures, l’issue de l’affrontement est restée incertaine.

Les forces loyalistes ont finalement repris la base aérienne. Le rôle joué par les militaires russes de l’Africa Corps a été confirmé par l’ambassadeur de Russie au Niger. Selon les informations disponibles, environ 200 éléments russes présents sur la base ont participé à la reprise du site.

Cette intervention russe est un élément essentiel pour comprendre la suite des événements. Depuis sa rupture avec plusieurs partenaires occidentaux, Niamey s’est progressivement rapprochée de Moscou. La tentative de mutinerie a ainsi donné une illustration concrète de cette nouvelle architecture sécuritaire.

Mais la Russie n’est pas le seul partenaire vers lequel le pouvoir nigérien s’est tourné.

Alger répond à l’appel de Niamey

Le 30 août, le ministère algérien de la Défense nationale a annoncé l’envoi de quatre chasseurs Soukhoï Su-30 au Niger, sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune et à la demande des autorités nigériennes.

Les quatre appareils ont rejoint Niamey avec un Iliouchine Il-78 destiné au ravitaillement en vol et un Iliouchine Il-76 de transport. Des images diffusées par le ministère algérien de la Défense nationale montrent les appareils sur le tarmac de l’aéroport international de Niamey, où ils ont été accueillis par les autorités nigériennes.

Alger présente cette opération comme une mission de soutien à l’armée nigérienne destinée à contribuer à faire face à la tentative de déstabilisation du pays. Le vocabulaire employé est important : il ne s’agit pas, à ce stade, d’une annonce de transfert de propriété des chasseurs aux forces nigériennes.

Les quatre Su-30 sont donc à considérer comme un détachement militaire algérien déployé au Niger, et non comme quatre appareils livrés à l’armée nigérienne.

Cette distinction est d’autant plus importante que l’Algérie avait déjà fourni au Niger, au début du mois d’août, quatre hélicoptères militaires, deux Mi-24 et deux Mi-171. Dans ce cas, il s’agissait bien d’un transfert destiné aux forces nigériennes.

Pourquoi quatre chasseurs maintenant ?

Le calendrier donne une partie de la réponse.

Le Niger et l’Algérie ont considérablement rapproché leurs relations au cours des derniers mois. Le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, Abdourahamane Tiani, s’est rendu en Algérie en février 2026, dans le cadre d’un rapprochement politique affiché avec Abdelmadjid Tebboune.

La coopération militaire a ensuite pris une dimension plus concrète. Le don des quatre hélicoptères en août a été suivi, quelques semaines plus tard, par le déploiement des Su-30.

Cette succession n’est pas anodine : Alger n’en est plus seulement au registre de la coopération diplomatique ou de la fourniture d’équipements. Elle accepte désormais de projeter des moyens militaires sur le territoire nigérien.

Janes relève qu’il s’agit de la première annonce d’un déploiement d’appareils de combat algériens dans un État voisin.

C’est ce qui donne à l’événement une portée qui dépasse largement la seule tentative de mutinerie.

Une nouvelle posture pour l’Algérie

Pendant des décennies, l’Algérie a été attachée au principe de non-ingérence et à une doctrine militaire privilégiant la défense de son territoire.

La révision constitutionnelle de 2020 a toutefois ouvert la possibilité pour l’Armée nationale populaire de participer à des opérations militaires au-delà des frontières, sous certaines conditions.

Le déploiement de Su-30 au Niger constitue ainsi un cas concret de cette évolution. Le Monde souligne, dans une analyse publiée le 3 septembre, que cette opération pose notamment la question de la nouvelle doctrine militaire algérienne et de ses implications au Sahel.

Il serait cependant prématuré d’en déduire qu’Alger abandonne définitivement sa doctrine traditionnelle. Une mission ponctuelle effectuée à la demande d’un État voisin ne signifie pas encore que l’Algérie entend intervenir militairement dans toutes les crises de son environnement régional.

Mais le précédent est désormais créé.

Le Niger, entre Russie, Algérie et Alliance des États du Sahel

La configuration dans laquelle intervient cette opération est également révélatrice.

Le Niger a quitté le partenariat militaire occidental qui structurait auparavant une partie de sa politique de sécurité. Il s’est rapproché de la Russie et a renforcé ses liens avec le Mali et le Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel.

Or, lors de la tentative de mutinerie d’août, le soutien décisif est venu principalement des forces russes présentes à Niamey. Les partenaires de l’Alliance des États du Sahel n’ont pas joué le même rôle dans la reprise de la base aérienne 101.

L’arrivée des avions algériens ajoute donc une nouvelle pièce au dispositif.

Il ne faut toutefois pas présenter Alger et Moscou comme agissant de manière coordonnée dans cette opération. Aucun élément disponible ne permet d’affirmer que le déploiement algérien résulte d’une action conjointe entre les deux pays.

Il s’agit plutôt, à ce stade, de deux soutiens distincts apportés au même pouvoir nigérien.

Un soutien qui intervient après plusieurs attaques

La tentative de coup d’État ne peut pas non plus être isolée de la dégradation de la situation sécuritaire du Niger.

Le pays reste confronté à des attaques de groupes djihadistes, particulièrement dans la région de Tillabéri, frontalière du Mali et du Burkina Faso. Plusieurs attaques meurtrières ont frappé les forces nigériennes ces derniers mois.

L’aéroport de Niamey lui-même avait déjà été visé à deux reprises en 2026, notamment en janvier et en juin. La base aérienne 101, devenue le point de départ de la tentative de mutinerie d’août, concentre donc une importance militaire particulière.

Le pouvoir du général Tiani doit ainsi faire face à une double vulnérabilité : la pression des groupes armés à l’extérieur et les tensions au sein même de l’appareil militaire.

C’est dans cet environnement que le soutien extérieur prend toute son importance.

Alger cherche-t-elle aussi à retrouver une place au Sahel ?

C’est probablement la question de fond posée par l’arrivée des Su-30.

Le Niger est un voisin stratégique de l’Algérie. Les deux pays partagent une longue frontière et des intérêts sécuritaires communs. Mais la relation algéro-nigérienne s’inscrit également dans un contexte régional plus tendu, marqué par la recomposition des alliances au Sahel.

En apportant un soutien militaire direct à Niamey, Alger affirme son intérêt pour la stabilité de son voisin méridional. Elle montre également qu’elle entend conserver une capacité d’action dans une région où son influence a été mise à l’épreuve par les transformations politiques intervenues au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

L’enjeu dépasse donc les quatre chasseurs stationnés à Niamey.

Pour Alger, la question est désormais de savoir jusqu’où peut aller cette nouvelle capacité d’engagement sans remettre en cause les principes qui ont longtemps encadré sa politique de défense.

Pour Niamey, la question est différente : après avoir sollicité l’appui russe lors de la tentative de mutinerie, le pouvoir nigérien vient de faire appel à l’Algérie. Cela traduit à la fois la diversification de ses soutiens et les difficultés auxquelles il demeure confronté.

Et maintenant ?

Le déploiement annoncé par Alger est présenté comme une mission de soutien. Les sources disponibles ne permettent pas, au 3 septembre, d’établir la durée exacte de la présence des appareils ni un éventuel transfert ultérieur aux forces nigériennes.

L’essentiel est ailleurs : en quelques semaines, la coopération militaire entre Alger et Niamey est passée d’un soutien matériel à une présence aérienne directe.

La tentative de coup d’État aura donc produit un effet inattendu : elle a révélé les fragilités internes du pouvoir nigérien, confirmé le rôle sécuritaire croissant de la Russie auprès de Niamey et donné à l’Algérie l’occasion de tester, dans les faits, une capacité d’engagement militaire au-delà de ses frontières.

Les quatre Su-30 ne racontent ainsi qu’une partie de l’histoire.

Derrière leur arrivée à Niamey se joue une question plus vaste : qui entend désormais peser sur la sécurité du Sahel, et jusqu’où ?

Celine Dou