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Kate Winslet quitte la série « The Spot » : une décision artistique qui révèle les tensions de l’industrie du prestige télévisuel

À 49 ans, la comédienne oscarisée a claqué la porte de la série ambitieuse produite par A24 et Hulu. Son départ, pour divergences créatives, illustre les fractures croissantes entre vision artistique et logique de production dans les fictions télévisées haut de gamme.

Elle avait accepté de porter le projet sur ses épaules, à la fois comme actrice principale et productrice exécutive. Mais l’aventure aura tourné court. L’actrice britannique Kate Winslet, récompensée aux Oscars et saluée pour ses rôles télévisés exigeants (Mildred Pierce, Mare of Easttown), a annoncé son retrait du projet de série The Spot, développé par les studios A24, Hulu et 20th Television.

Selon plusieurs médias spécialisés (Variety, Deadline, TheWrap), ce départ survenu fin juin 2025 s’explique par des divergences créatives entre l’actrice et l’équipe en charge du développement artistique. Le tournage, prévu pour début 2026, est désormais suspendu en attendant le remplacement de l’actrice principale.

The Spot se présentait comme un projet phare du paysage des séries « prestige » : un thriller psychologique contemporain, centré sur une brillante chirurgienne rattrapée par un événement mystérieux du passé. Créé par le scénariste Ed Solomon (connu pour Men in Black, No Sudden Move), le projet bénéficiait du savoir-faire d’A24 studio prisé pour ses choix audacieux et de la renommée de Winslet, garante de qualité et d’exigence.

Le retrait de l’actrice ne s’explique ni par un conflit d’agenda, ni par un désintérêt pour le rôle, mais bien par une incompatibilité artistique avec l’évolution du scénario et du personnage. Kate Winslet, connue pour son implication rigoureuse et son souci du détail, aurait désapprouvé certains choix créatifs qui, selon elle, nuiraient à la cohérence du récit.

Ce type de rupture n’est pas isolé. Ces dernières années, plusieurs comédiennes de premier plan ont quitté des projets en cours de développement : Kate McKinnon a abandonné la série The Dropout, et Margaret Qualley s’est retirée d’un projet sur Amanda Knox. Ces départs traduisent une évolution du rapport de force dans l’industrie télévisuelle : les stars, souvent sollicitées comme garanties de qualité et de notoriété, entendent garder un pouvoir réel sur la direction artistique, au risque de fragiliser les calendriers de production.

Dans le cas présent, les studios ont exprimé leur volonté de maintenir le projet en vie, en cherchant une nouvelle actrice « A-list » capable d’endosser ce rôle complexe. Mais la perte d’une figure aussi emblématique que Kate Winslet, particulièrement respectée pour ses choix artistiques sélectifs, pourrait porter un coup à la crédibilité du projet.

Révélée au grand public dès les années 1990 grâce à Titanic, Kate Winslet s’est progressivement imposée comme une actrice rigoureuse, refusant les rôles faciles. Loin d’enchaîner les productions commerciales, elle a construit une carrière marquée par l’intensité dramatique (The Reader, Revolutionary Road), les défis émotionnels (Ammonite, Mare of Easttown), et l’exploration de la complexité humaine.

En télévision, elle a notamment contribué à redéfinir la place des femmes de plus de 40 ans dans les récits contemporains. Sa série Mare of Easttown (HBO), diffusée en 2021, a été saluée pour son réalisme cru, son refus de l’esthétisation et son regard empathique sur la douleur ordinaire. En quittant The Spot, elle semble fidèle à cette éthique : ne pas se contenter d’un rôle de façade, mais rechercher la profondeur narrative et psychologique.

Le départ de Kate Winslet n’est pas qu’un fait divers du monde du divertissement. Il révèle une fracture plus large entre logique industrielle qui exige vitesse, rentabilité, “bingeabilité” et ambition artistique qui suppose lenteur, audace, et parfois confrontation.

Dans une époque marquée par l’inflation des séries à gros budget et la domination de quelques plateformes états-uniennes sur la production mondiale, les désaccords de ce type témoignent d’un besoin de rééquilibrage. L’actrice, en refusant de plier à une logique qui ne lui convient pas, incarne un rare exemple de résistance au formatage narratif de plus en plus répandu.

En quittant The Spot, Kate Winslet rappelle que, dans l’univers saturé des séries haut de gamme, l’exigence artistique n’est pas toujours soluble dans les logiques de production. Ce geste, loin d’être anecdotique, invite à interroger les conditions dans lesquelles sont fabriqués les récits que nous consommons massivement. Et si derrière l’abandon d’un rôle se cachait, en réalité, un acte de résistance culturelle ?

Grand Prix de la Francophonie 2025 : l’Académie française honore Akira Mizubayashi, écrivain japonais de langue française

L’Académie française a décerné, jeudi 27 juin 2025, son Grand Prix de la Francophonie à Akira Mizubayashi. Cette distinction consacre une œuvre rare : celle d’un écrivain japonais ayant choisi d’écrire en français, et dont les romans méditent la guerre, la mémoire et la musique.

Le Grand Prix de la Francophonie 2025 a été attribué à un écrivain peu ordinaire : Akira Mizubayashi. Japonais de naissance, francophone par amour de la langue, l’auteur est désormais une figure littéraire respectée dans l’espace éditorial français. Ce prix vient souligner une fidélité durable à la langue française, mais aussi une œuvre qui, sans jamais céder à l’exotisme de façade, propose un regard intérieur sur les blessures du XXᵉ siècle, l’héritage culturel européen et la complexité des identités.

Né en 1951 à Sakata, au nord du Japon, Akira Mizubayashi découvre le français à l’adolescence. Il étudie à Montpellier, puis à l’École normale supérieure (rue d’Ulm), avant de retourner enseigner au Japon, où il deviendra professeur de français à Tokyo. Il ne publiera cependant en français qu’à partir de 2011, avec Une langue venue d’ailleurs (Gallimard), un récit autobiographique dans lequel il raconte son lien charnel avec la langue française. Ce premier ouvrage lui vaut déjà, cette année-là, le Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises, décerné par l’Académie française.

Ce choix de ne pas simplement apprendre le français mais de s’y installer littérairement constitue une forme d’engagement. Pour Mizubayashi, « habiter une langue », c’est plus que la maîtriser : c’est y inscrire sa pensée, ses blessures, son art. En cela, son œuvre n’est pas un simple hommage à la francophonie : elle en est une réinvention intime, patiente, obstinée.

L’univers de Mizubayashi est traversé par la musique occidentale (Mozart, Bach, Beethoven), qu’il fait dialoguer avec la mémoire du Japon en guerre. Dans Âme brisée (2019, Prix des libraires 2020), il évoquait un enfant japonais dont le père violoniste est arrêté par l’armée impériale en pleine répétition. Ce roman a ouvert une trilogie autour des fantômes de la guerre, complétée par Reine de cœur (2022) et Suite inoubliable (2023).

Son prochain roman, La Forêt de flammes et d’ombres, paraîtra en août 2025, toujours chez Gallimard. Il s’ancre dans le Japon de 1944, à Tokyo, et suit un jeune homme envoyé sur le front mandchou, entre amour contrarié, effondrement militaire et reconstruction intérieure par l’art.

Le choix de l’Académie française de distinguer un écrivain non francophone de naissance s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’une francophonie qui ne se réduit pas aux anciennes sphères coloniales, ni aux périmètres institutionnels de l’Organisation internationale de la francophonie. Elle devient un espace mouvant, multilingue, où des auteurs comme Akira Mizubayashi, Alain Mabanckou, Scholastique Mukasonga ou encore Alice Kaplan (également primée cette année) redessinent les contours d’une littérature mondiale de langue française.

En consacrant Mizubayashi, l’Académie française reconnaît une œuvre qui, bien qu’exempte de militantisme, interroge profondément l’histoire culturelle de l’Europe et de l’Asie, l’héritage de la guerre, la violence idéologique et le pouvoir réparateur de la langue et de la musique.

Ce prix est aussi un rappel salutaire : la francophonie littéraire n’est pas qu’affaire de quotas, de diversité de façade ou de vitrine éditoriale. Elle suppose une exigence linguistique et une sincérité artistique. Mizubayashi n’a pas emprunté le français pour séduire un lectorat européen ; il l’a choisi comme un pays intérieur, comme l’espace où sa pensée trouve sa pleine forme.

Procès de P. Diddy : des chefs d’accusation abandonnés dans une stratégie de recentrage judiciaire

Alors que le procès fédéral de Sean Combs, plus connu sous le nom de P. Diddy, entre dans sa phase finale à New York, le ministère public a annoncé, le 25 juin 2025, l’abandon d’une partie des chefs d’inculpation initialement retenus contre l’homme d’affaires et producteur états-unien. Cette décision, loin de constituer un revirement ou une exonération implicite, s’inscrit dans une logique stratégique visant à concentrer l’action judiciaire sur les infractions les plus solidement étayées.

Le parquet fédéral de Manhattan a formellement renoncé à plusieurs chefs secondaires, dont la tentative d’enlèvement, l’incendie criminel présumé, ainsi que certaines accusations connexes de trafic sexuel. L’objectif de cette démarche est de clarifier les instructions destinées au jury et de renforcer la cohérence de l’accusation en écartant les éléments dont la démonstration juridique apparaissait plus incertaine, voire redondante.

Contrairement à certains récits médiatiques sensationnalistes qui évoquent un « abandon soudain des poursuites », cette évolution procède d’un usage relativement courant dans les procès complexes : prioriser les chefs d’inculpation susceptibles d’aboutir à une condamnation effective, sur la base des preuves les plus robustes.

L’accusé demeure poursuivi pour des faits graves. Les charges principales maintenues contre Sean Combs incluent :

  • Traite sexuelle,
  • Racket (notamment pour avoir dirigé un système de coercition au sein de son réseau professionnel),
  • Transport en vue de prostitution, à travers plusieurs États.

Ces chefs d’inculpation relèvent du droit fédéral et s’accompagnent, en cas de condamnation, de peines significatives. Le maintien de ces poursuites traduit la conviction des procureurs quant à la solidité du dossier, malgré la nature parfois ancienne des faits rapportés.

La défense a, pour sa part, adopté une posture minimaliste mais assumée. Le 25 juin, les avocats de Sean Combs ont annoncé avoir reposé leur dossier en une trentaine de minutes, sans faire comparaître de témoin, et sans que l’accusé lui-même ne témoigne. Cette attitude témoigne d’une stratégie de défense classique dans les affaires sensibles, misant sur l’insuffisance de la preuve ou les failles dans l’argumentaire de l’accusation.

Les plaidoiries finales ont débuté le 26 juin. Le jury devra ensuite se prononcer sur les chefs restants, à l’issue de plusieurs semaines d’audiences.

Ce procès s’inscrit dans un contexte juridique et culturel marqué par la recrudescence des plaintes contre des figures influentes de l’industrie du divertissement, souvent pour des faits remontant à plusieurs années, voire décennies. Comme dans d’autres affaires récentes, il met en tension les impératifs de justice pour les victimes alléguées, le respect des droits de la défense et l’exigence d’un traitement équitable dans l’espace médiatique.

Il ne s’agit donc pas d’un désengagement du parquet mais bien d’une rationalisation procédurale face à un faisceau d’allégations complexes, où la gravité des faits toujours poursuivis rappelle que l’enjeu judiciaire demeure considérable.

Léa Massari, disparition d’une icône franco-italienne du cinéma d’auteur

Léa Massari, l’une des plus grandes comédiennes du cinéma européen d’après-guerre, s’est éteinte à Paris à l’âge de 91 ans. Actrice italienne de naissance mais profondément enracinée dans la culture française, elle laisse derrière elle une œuvre rare, exigeante et marquée par la modernité cinématographique des années 1960 et 1970

Née à Rome en 1933 sous le nom d’Anna Maria Massetani, elle avait adopté très tôt le pseudonyme de « Léa Massari » en hommage à un amour disparu. D’abord étudiante en architecture à Lausanne, elle bifurque vers le cinéma au tournant des années 1950. Sa trajectoire artistique prendra rapidement une dimension continentale.

Sa percée internationale survient en 1960 avec L’Avventura de Michelangelo Antonioni, où elle incarne Anna, dont la disparition soudaine au cours d’une croisière méditerranéenne sert de point de départ à une méditation esthétique sur l’absence, le désir et le vide affectif. Ce rôle la fixe dans l’imaginaire du public comme une figure du mystère, alliant beauté grave et modernité émotionnelle.

Si elle tourne avec de grands noms du cinéma italien (Francesco Rosi, Mauro Bolognini, Luigi Comencini), c’est en Franche que Léa Massari trouve une reconnaissance profonde. Elle incarne la mère dans Les choses de la vie (1970) de Claude Sautet, face à Michel Piccoli et Romy Schneider un rôle qui restera parmi les plus marquants de sa carrière.

On la retrouvera aussi dans Clair de femme (1979) de Costa-Gavras, ou encore dans La menace (1977) d’Alain Corneau. Réputée pour son exigence dans le choix des rôles, elle refuse les compromissions commerciales et privilégie les films d’auteur et les réalisateurs à la recherche d’une langue cinématographique neuve.

Discrète, peu encline aux apparitions médiatiques, Léa Massari incarne un type de célébrité aujourd’hui en voie de disparition : celle fondée non sur l’exposition permanente, mais sur la force d’un regard, la profondeur d’un silence, l’authenticité d’un jeu. Elle n’a jamais cherché à être une star au sens populaire du terme. Son art était intérieur, tendu vers le tragique du réel.

Elle recevra la Légion d’honneur en 2003, reconnaissance française de son apport artistique. Elle vivait à Paris depuis les années 1970, et avait fait du français une langue d’expression aussi naturelle que sa langue maternelle.

Dans un paysage culturel aujourd’hui saturé de flux rapides et d’émotions simplifiées, la filmographie de Léa Massari demeure un repère pour ceux qui cherchent un cinéma de profondeur, de lenteur et d’ambiguïté. Ses choix artistiques, marqués par une fidélité aux valeurs de rigueur et d’intégrité, résonnent encore dans les œuvres de nombreux cinéastes contemporains.

Avec la disparition de Léa Massari, le cinéma européen perd une figure de la transition entre le classicisme d’après-guerre et la modernité radicale des années 1960-70. Mais son image, entre douleur contenue et élégance lumineuse, continue d’habiter les mémoires de celles et ceux qui refusent de voir dans l’art une simple distraction.

Iran | Golshifteh Farahani, une actrice en exil qui parle au nom d’un peuple réduit au silence

L’actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani a récemment livré un discours bouleversant en soutien au peuple iranien. Entre poésie, mémoire et engagement, sa parole résonne comme une alerte : celle d’un peuple qui tend la main au monde libre pour ne pas sombrer dans l’oubli

Récemment invitée à s’exprimer publiquement en France, Golshifteh Farahani a choisi un mode d’expression rare mais puissant : la poésie. En lisant un extrait de « La Conscience » de Victor Hugo, elle a donné une résonance universelle à l’oppression que subissent des millions d’Iraniens. « C’est la mort de la conscience humaine », a-t-elle déclaré, la voix tremblante mais l’émotion parfaitement maîtrisée. À travers ce geste artistique et politique, elle a redonné souffle à la parole étouffée d’un peuple privé de liberté.

« Le peuple iranien vous tend la main. Il n’a plus peur. Il crie pour vivre. Il crie pour exister. » Ces mots, simples et directs, sont devenus le fil rouge de son intervention. Un cri digne, adressé à la communauté internationale.

Golshifteh Farahani n’est pas une figure de l’opposition politique au sens strict. Elle incarne quelque chose de plus intime et de plus fort : la possibilité de dire non, par l’art, à un système qui mutile les corps et les esprits. Depuis qu’elle a quitté l’Iran en 2008 après avoir joué sans voile dans un film étranger, elle est devenue une voix majeure de la diaspora iranienne.

Installée en France, elle n’a jamais cessé de porter la cause de celles et ceux qui, en Iran, vivent sous surveillance, sous censure, sous menace. Déjà, en 2023, elle avait ému lors de la cérémonie des César, en évoquant Mahsa Amini, morte sous les coups de la police des mœurs, et en appelant à la solidarité avec les femmes iraniennes.

Son discours de 2025, plus intime, plus poétique, s’inscrit dans cette continuité. Il refuse le ton accusateur, lui préférant celui de la dignité. Et c’est précisément cette retenue qui frappe.

Depuis l’automne 2022, la société iranienne vit une séquence particulièrement brutale. Le soulèvement populaire qui a suivi la mort de Mahsa Amini a donné naissance au mouvement Femmes, Vie, Liberté. Cette révolte, largement portée par les femmes et les jeunes, a été écrasée dans le sang. Arrestations massives, disparitions forcées, procès expéditifs, exécutions : les témoignages documentés par des ONG dressent un tableau d’une extrême violence.

Dans ce climat de répression, la parole des exilés iraniens est devenue une ressource précieuse. Elle permet de maintenir une mémoire vivante, d’informer au-delà des censures, et de rappeler que l’opinion publique mondiale ne peut se permettre de détourner le regard.

Farahani le dit à sa manière : « L’Histoire regarde. » Et à travers elle, c’est toute une génération d’Iraniens qui espère que leur combat ne sera pas oublié

À la croisée de la culture et de l’engagement, Golshifteh Farahani appartient à cette catégorie rare d’artistes capables de faire entendre une cause au-delà des frontières idéologiques. Ses rôles au cinéma, sa parole dans les médias, ses gestes publics, tout chez elle participe à une diplomatie du sensible. Elle ne prétend pas représenter une opposition organisée. Elle porte, au contraire, une voix singulière : celle de l’exil sans rupture, de la fidélité douloureuse à un pays qu’on a quitté mais jamais abandonné.

Ce discours s’adresse aussi, implicitement, aux sociétés occidentales. La cause iranienne peine parfois à mobiliser l’attention, alors que d’autres crises monopolisent les regards. Pourtant, les principes que défendent les manifestants iraniens liberté, égalité, dignité sont ceux-là mêmes qui fondent les démocraties libérales.

Le message de Farahani pose une question directe à l’opinion publique : Que valent nos principes s’ils n’inspirent pas notre solidarité ? Elle tend la main, au nom de son peuple, mais aussi en tant que citoyenne d’un monde qui ne peut pas se résigner à la hiérarchie des luttes.

Le discours de Golshifteh Farahani n’est ni un manifeste politique, ni une plainte personnelle. C’est un acte de résistance. Une forme d’alerte douce mais intransigeante. En convoquant Victor Hugo, elle relie le combat du peuple iranien à une mémoire universelle : celle des luttes pour la justice, partout où elle a été bafouée.

Et si l’art ne renverse pas les régimes, il empêche qu’on s’habitue à l’inacceptable.

Musique – tournée française de Beyoncé : quand le « business parallèle » des commerçants freine le succès populaire

Le premier des trois concerts français de Beyoncé, dans le cadre de son « Cowboy Carter Tour 2025 », s’est tenu hier au Stade de France. Pourtant, l’événement n’a pas affiché complet, malgré l’immense popularité de l’artiste états-unienne et une demande initiale forte. Une situation paradoxale qui illustre un phénomène désormais bien identifié autour des grandes tournées internationales : le développement d’un juteux business local dont la spéculation finit parfois par desservir l’artiste lui-même.

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Royaume-Uni : le rappeur nord-irlandais Mo Chara poursuivi pour soutien présumé au Hezbollah

Le rappeur nord-irlandais Liam Óg Ó hAnnaidh, plus connu sous le nom de scène Mo Chara, membre du groupe de hip-hop militant Kneecap, a comparu ce mercredi 18 juin devant le tribunal de Westminster à Londres. Il est poursuivi pour avoir, selon l’accusation, manifesté un soutien public à une organisation classée terroriste au Royaume-Uni : le Hezbollah.

L’affaire trouve son origine dans un concert donné par le groupe le 21 novembre 2024 à Londres. Lors de la prestation, Mo Chara aurait agité un drapeau du Hezbollah et scandé des slogans évoquant le Hezbollah et le Hamas. Ces faits, enregistrés sur des vidéos ultérieurement diffusées, ont conduit la police britannique à ouvrir une enquête en avril dernier.

Depuis 2019, le Hezbollah figure sur la liste officielle des organisations terroristes au Royaume-Uni. La législation antiterroriste britannique interdit toute démonstration publique de soutien à de telles organisations. L’accusation repose sur les dispositions du Terrorism Act 2000, particulièrement strict en matière de signalements et de manifestations de sympathie envers des groupes proscrits.

Lors de cette première comparution, Mo Chara a été libéré sous caution sans condition. La prochaine audience a été fixée au 20 août 2025. D’ici là, la défense entend soulever des arguments juridiques portant notamment sur la recevabilité des poursuites, évoquant un éventuel dépassement du délai légal de six mois applicable à certains chefs d’accusation.

En marge de l’audience, plusieurs centaines de sympathisants se sont rassemblés devant le tribunal londonien, agitant drapeaux irlandais et palestiniens. Le rassemblement s’est déroulé dans le calme, mais a mis en lumière l’intérêt que suscite cette affaire au-delà des cercles judiciaires, sur fond de débats politiques et culturels.

Formé en 2017, Kneecap s’est fait connaître pour ses textes mêlant anglais et gaélique, ainsi que pour ses prises de position politiques affirmées en faveur de la réunification de l’Irlande et d’un soutien revendiqué à la cause palestinienne.

Le groupe conteste toute intention de soutenir des organisations terroristes. Selon les déclarations de ses membres, le drapeau du Hezbollah aurait été lancé sur scène par un spectateur et certains slogans auraient été sortis de leur contexte. Mo Chara et ses collègues ont toutefois présenté des excuses publiques à des familles de victimes d’attentats politiques au Royaume-Uni, tout en critiquant ce qu’ils qualifient de traitement médiatique partial.

Interrogé sur l’affaire, le Taoiseach (Premier ministre) irlandais Micheál Martin a rappelé que toute expression de soutien au Hezbollah est inacceptable, en référence notamment à des précédents historiques impliquant l’organisation au Liban. Toutefois, le gouvernement irlandais n’a pas souhaité commenter le fond du dossier en cours d’instruction.

Au-delà de la procédure judiciaire, cette affaire soulève des interrogations plus larges sur les limites de la liberté d’expression artistique face aux exigences sécuritaires. Dans plusieurs pays européens, et notamment au Royaume-Uni, les prises de parole publiques sur des conflits sensibles comme celui du Proche-Orient font l’objet d’une vigilance accrue, sur fond de tensions internationales.

Le procès prévu en août devrait permettre de clarifier l’appréciation des faits au regard de la loi, tout en ravivant le débat plus global sur l’équilibre entre lutte contre le terrorisme et protection des libertés publiques dans les sociétés démocratiques.

Nota rédactionnel : conformément à sa ligne éditoriale, La Boussole – infos présente les faits avec rigueur, contextualisation et impartialité, sans commenter les procédures judiciaires en cours.

Sly Stone est mort : le funk perd l’un de ses architectes les plus radicaux

Le 9 juin 2025, Sylvester Stewart alias Sly Stone s’est éteint à Los Angeles à l’âge de 82 ans. Derrière les paillettes psychédéliques et les grooves effervescents, ce pionnier états-unien du funk laisse une empreinte culturelle et politique d’une rare densité.

Il fut l’un des artistes les plus novateurs du XXe siècle. Fondateur du groupe Sly and the Family Stone, Sly Stone a profondément transformé le paysage musical mondial, au croisement du funk, de la soul, du rock et de la contre-culture. Le musicien est décédé des suites d’une maladie pulmonaire chronique, entouré de ses proches. Si la nouvelle de son décès bouleverse la scène musicale mondiale, elle offre aussi une occasion de revisiter un legs artistique qui déborde largement du champ du divertissement.

Né au Texas en 1943 et élevé en Californie dans une famille religieuse, Sly Stone se forme très tôt à la musique gospel. Multi-instrumentiste surdoué, il devient producteur et animateur radio avant de fonder, en 1966, un groupe qui ne ressemble à aucun autre : Sly and the Family Stone. Un collectif mixte, tant sur le plan racial que genré fait rare, voire révolutionnaire à l’époque, où Noirs et Blancs, hommes et femmes, partagent la scène et la création. Le choix est hautement politique, en plein contexte de luttes pour les droits civiques aux États-Unis d’Amérique.

À travers des titres comme Everyday People, Family Affair ou Thank You (Falettinme Be Mice Elf Agin), le groupe impose une esthétique nouvelle. Le groove est tendu, syncopé, électrisant. Le message est clair : la musique est un vecteur de transformation sociale. Si James Brown a codifié le funk, Sly Stone en a démultiplié les possibilités harmoniques, narratives et spirituelles. Le genre devient un moyen de résistance, d’affirmation identitaire et d’utopie collective.

Au tournant des années 1970, le succès du groupe est fulgurant. There’s a Riot Goin’ On (1971) marque un virage plus sombre, lucide sur la désillusion post-hippie et la violence raciale persistante. L’album anticipe, par son ton grave et son tempo ralenti, l’émergence d’un funk introspectif, quasi crépusculaire. Prince, George Clinton, D’Angelo, Dr. Dre ou encore Public Enemy y puiseront une large part de leur inspiration.

Mais la trajectoire personnelle de Sly Stone bascule. Reclus, en proie à des addictions, il sombre progressivement dans l’oubli. Des décennies durant, l’architecte du funk moderne disparaît de la scène, au point de devenir une figure quasi mythique, entre errance et culte underground. Ce n’est qu’en 2023 qu’il refait surface avec la parution de ses mémoires, Thank You (Falettinme Be Mice Elf Agin), saluées pour leur sincérité et leur intelligence narrative. Le documentaire Sly Lives!, produit par Questlove, en a récemment ravivé l’éclat.

Le décès de Sly Stone suscite une vague d’hommages à travers le monde. Au-delà de la nostalgie, c’est une œuvre profondément actuelle que redécouvre le public. L’insistance sur l’unité dans la diversité, la critique des hiérarchies raciales, la valorisation des identités collectives et hybrides, autant de thèmes qui résonnent fortement avec les débats contemporains.

Dans un contexte international marqué par la montée des crispations identitaires et les fractures sociales, la musique de Sly Stone apparaît comme un antidote. Son funk ne prônait pas le repli, mais la fusion. Sa vision, à la fois exigeante et joyeuse, s’adressait à une humanité plurielle.

Sly Stone ne fut jamais un simple amuseur. Il fut un expérimentateur, un passeur, un prophète musical. Son influence traverse les frontières culturelles et géographiques, bien au-delà des États-Unis d’Amérique. Elle rappelle que la musique peut servir à autre chose qu’au divertissement : elle peut inventer des futurs désirables.

En 2025, dans un monde où la quête de sens se confronte à des mutations accélérées, cette disparition n’est pas une fin. C’est un rappel. Celui que certaines œuvres, et certains artistes, continuent à vivre dans la mémoire collective comme autant de repères dans la tempête.

Malia Obama devient Malia Ann : identité choisie, héritage assumé ?

En décidant de signer ses projets artistiques sous le nom de Malia Ann, la fille aînée de l’ancien président des États-Unis d’Amérique Barack Obama s’extrait volontairement, mais discrètement, de l’ombre de l’un des patronymes les plus puissants de la planète. Ce choix, présenté comme artistique, a pourtant toutes les apparences d’un acte profondément politique. Il raconte quelque chose de plus vaste : une époque où les enfants d’icônes mondiales cherchent à se réinventer dans un monde qu’ils n’ont pas choisi, mais dont ils héritent avec tout le poids symbolique que cela implique.

C’est au festival de Deauville en septembre 2024 que le grand public découvre officiellement Malia Ann, réalisatrice d’un court-métrage intime et poétique intitulé The Heart, récompensé par le prix « Young Spirit ». Mais c’est à Sundance, quelques mois plus tôt, que cette mue identitaire s’opère. En signant ses œuvres de son deuxième prénom « Ann », hérité de sa grand-mère maternelle, Malia Obama trace une ligne de démarcation. Non pas une rupture violente, mais une volonté de se définir autrement.

La démarche n’a rien d’un simple caprice de célébrité. Elle traduit un besoin fondamental d’émancipation : celui de ne pas être assignée à un rôle d’héritière éternelle, ou de figure secondaire dans le récit politique d’un père devenu mythe. Dans une Amérique où les noms résonnent comme des slogans, se rebaptiser, c’est revendiquer le droit de se nommer soi-même.

Michelle Obama, interrogée lors d’un podcast récemment, a salué la décision de sa fille comme une marque de « conscience personnelle » et « d’authenticité ». « Elle veut que ses idées soient jugées sur leur valeur, pas sur son nom de famille », a-t-elle confié. Barack Obama, lui, a rapporté une anecdote éclairante : lorsqu’il dit à sa fille que les gens sauront de toute façon qui elle est, celle-ci lui aurait répondu : « Je veux qu’ils découvrent le film avant de me reconnaître. »

Cette quête d’invisibilité volontaire pourrait paraître paradoxale, venant d’une jeune femme qui a grandi sous les projecteurs. Mais c’est précisément pour cela que sa démarche est saluée comme lucide. Elle n’efface pas son origine ; elle en redéfinit le sens.

Le cas de Malia Obama ne saurait être réduit à une anecdote familiale. Il illustre les nouvelles modalités de transmission symbolique dans les démocraties occidentales : le pouvoir se perpétue désormais non seulement par les urnes, mais aussi par l’image, la culture, la narration.

En devenant Malia Ann, la jeune femme ne fuit pas le politique elle le reformule. Elle quitte les sphères institutionnelles pour investir le champ de la création, de l’émotion, de l’intime. Et ce faisant, elle perpétue, malgré elle peut-être, un certain soft power états-unien : celui qui passe désormais par les séries, les films indépendants, les récits personnels universalisables. L’héritière de l’homme le plus puissant du monde ne devient pas présidente ; elle devient conteuse.

La démarche de Malia Obama rejoint celle d’une génération qui refuse l’assignation. Dans les milieux de la culture comme dans ceux du militantisme, nombre de jeunes héritiers de dynasties politiques ou économiques cherchent à se redéfinir hors de la ligne officielle. Certains empruntent des pseudonymes, d’autres se font discrets, d’autres encore contestent l’héritage parental ouvertement.

Mais tous ont en commun un malaise face à une société où les noms sont devenus des marques, et où les marques écrasent les individus. Le changement de nom de Malia Ann est donc aussi une critique silencieuse de la société du spectacle politique. Elle refuse que son nom devienne une étiquette, une caution, ou une vitrine.

Reste la question : peut-on vraiment échapper à un nom comme « Obama » ? Dans un monde hyperconnecté, où l’identité numérique précède souvent la personne, le choix de Malia Ann semble avant tout symbolique. Car les spectateurs savent. Les médias rappellent. Les cercles de production restent conscients de qui elle est.

Mais ce n’est peut-être pas un échec. Le simple fait d’avoir posé ce geste, d’avoir dit « je veux exister autrement », est déjà un acte fondateur. Un refus de l’évidence. Un signal d’indépendance.

En choisissant de devenir Malia Ann, la fille de Barack et Michelle Obama n’efface pas son passé ; elle écrit un présent différent. Un présent où l’héritage n’est pas un destin. Un présent où l’on peut naître dans un palais présidentiel et décider de raconter des histoires dans l’ombre d’un projecteur, plutôt qu’à la tribune d’un congrès.

Et si c’était cela, désormais, le vrai pouvoir : celui de se réécrire ?