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Peine de mort : hausse record des exécutions en Iran et en Arabie Saoudite en 2025

L’année 2025 est marquée par une augmentation significative des exécutions capitales dans plusieurs pays, notamment en Iran et en Arabie saoudite. Des niveaux historiques sont atteints, révélant une intensification du recours à la peine de mort dans des contextes politiques, économiques et sociaux sous tension.

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Alors que la peine capitale recule dans une majorité d’États à travers le monde, certains pays en font à nouveau un instrument central de leur politique intérieure.

Des chiffres sans précédent

En Iran, plus de 1 500 condamnés à mort auraient été exécutés depuis le début de l’année 2025, selon des organisations de suivi indépendantes. Ce chiffre représente le niveau annuel le plus élevé enregistré depuis plus de trois décennies. La progression est continue : de quelques centaines d’exécutions au début des années 2020, le pays est passé à des seuils jamais atteints depuis la fin des années 1980.

L’Arabie saoudite enregistre également un record. Selon les données officielles compilées par plusieurs observateurs internationaux, 356 personnes ont été exécutées en 2025, dépassant le précédent record établi en 2024. Une large part de ces condamnations concerne des affaires liées au trafic de stupéfiants, après la levée d’un moratoire informel observé durant plusieurs années.

Ces deux pays figurent désormais parmi ceux qui appliquent le plus fréquemment la peine de mort au niveau mondial.

La peine capitale comme outil de gouvernance

Au-delà des chiffres, la recrudescence des exécutions s’inscrit dans des logiques politiques distinctes mais comparables.
En Iran, l’augmentation des condamnations à mort intervient dans un climat de contestation sociale persistante, alimentée par la dégradation de la situation économique, l’inflation et les conséquences durables des mouvements de protestation des années précédentes. La peine capitale apparaît alors comme un outil de dissuasion, destiné à prévenir l’élargissement de la contestation et à réaffirmer l’autorité de l’État.

En Arabie saoudite, le recours accru aux exécutions s’inscrit davantage dans une stratégie sécuritaire. La lutte contre le narcotrafic, présentée comme une priorité nationale, justifie un durcissement judiciaire spectaculaire. Cette politique coexiste cependant avec un discours officiel axé sur la modernisation, les réformes économiques et l’ouverture internationale, créant une tension entre image réformatrice et pratiques pénales rigoureuses.

Dans les deux cas, la peine de mort devient moins une réponse strictement judiciaire qu’un signal politique : elle manifeste la capacité de l’État à imposer l’ordre dans des contextes perçus comme instables ou menacés.

Une tendance à contre-courant de l’évolution mondiale

Cette intensification contraste avec l’évolution globale observée depuis plusieurs décennies. Une majorité de pays ont aboli la peine capitale en droit ou cessé de l’appliquer. Le nombre d’États procédant effectivement à des exécutions demeure limité, mais ceux qui y recourent concentrent désormais l’essentiel des mises à mort recensées.

Ce contraste souligne une fracture internationale : d’un côté, des systèmes judiciaires cherchant à limiter l’irréversibilité des sanctions pénales ; de l’autre, des régimes pour lesquels la peine de mort conserve une fonction stratégique dans la gestion de l’ordre intérieur.

La recrudescence des exécutions pose une question centrale : la peine capitale est-elle le signe d’un État fort et souverain, ou au contraire l’indicateur d’institutions confrontées à des fragilités économiques, sociales et politiques qu’elles peinent à contenir autrement ?

En 2025, l’Iran et l’Arabie saoudite illustrent un retour assumé de la peine de mort comme instrument de gouvernance. Derrière les records chiffrés, se dessine une même réalité : lorsque les tensions internes s’accumulent, certains États privilégient la démonstration de force judiciaire à la recherche de réponses structurelles. Une stratégie qui interroge, à long terme, sur son efficacité réelle face aux causes profondes de l’instabilité.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Au Royaume‑Uni, des entreprises reculent sur la diversité et l’inclusion : un signal politique et économique fort

Au Royaume‑Uni, plusieurs grandes entreprises abandonnent ou révisent leurs politiques de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI), sous l’effet d’un contexte politique international marqué par la montée de critiques à l’encontre des “politiques wokistes”. Ce mouvement suggère un recul de l’engagement corporate en matière de pluralisme et de justice sociale; un recul qui ne se limite pas à la sphère britannique, mais traduit des recompositions idéologiques et économiques à l’échelle transatlantique.

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Quand la réussite financière prime sur les engagements éthiques, la diversité devient un luxe. Au Royaume‑Uni, des entreprises de premier plan choisissent de mettre fin à des politiques DEI qu’elles jugent désormais coûteuses, polémiqueuses ou dangereuses pour leur image. Le phénomène, observé dans un contexte global de rejet croissant du wokisme, révèle l’impact tangible des dynamiques idéologiques sur les pratiques managériales.

Recul des politiques DEI : un constat d’après enquête

Selon une étude conduite par le cabinet d’avocats britannique (comme rapporté par la presse), plus de la moitié des grandes entreprises britanniques se disent en train de revoir leurs politiques DEI, certaines allant jusqu’à les abandonner complètement. Parmi les entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions de livres sterling, une proportion significative affirme avoir modifié ou supprimé des initiatives d’équité, diversité ou inclusion. Pour certaines, les critiques venues des États‑Unis d’Amérique accusant les politiques “woke” de favoriser des “privilèges identitaires” ont joué un rôle déterminant dans ce revirement.

À titre d’exemple, un grand opérateur de télécommunications a supprimé tout lien entre ses politiques DEI et son système de primes pour cadres intermédiaires, tout en affirmant préserver une “attache” aux valeurs de diversité. Ce type d’annonce illustre la tension entre communication, image publique, et décisions internes réellement contraignantes.

Ces chiffres et décisions dessinent une tendance nette : un nombre non négligeable d’entreprises britanniques considère désormais que les politiques DEI sont non seulement contestables sur le plan idéologique, mais aussi potentiellement en opposition avec les objectifs de rentabilité ou de “neutralité” perçue.

Contexte international : le reflux des politiques “woke” et l’impact des pressions idéologiques

Ce recul ne se comprend qu’à la lumière d’un contexte global marqué par la montée des critiques contre les politiques identitaires en particulier dans le monde anglo-saxon. Aux États‑Unis d’Amérique, l’administration en place et certains acteurs politiques ont ouvertement dénoncé le “wokisme” comme source de division, de discrimination “inversée” ou de favoritisme sociopolitique. Ces discours, relayés médiatiquement, trouvent un écho chez des dirigeants d’entreprises au Royaume‑Uni, soucieux d’éviter toute controverse ou accusation de “politisation” de l’entreprise.

De surcroît, le contexte économique, incertitudes post‑pandémie, crise du coût de la vie, inflation pèse sur les arbitrages des entreprises : les moyens (financiers, humains, organisationnels) consacrés à la DEI peuvent apparaître comme des postes “non essentiels” lorsque les priorités se resserrent. Dans ce contexte, l’argument du profit contre l’éthique redevient sérieux.

Ainsi, loin d’être un phénomène strictement britannique, ce mouvement s’inscrit dans un glissement idéologique et économique global : la recomposition des priorités, l’érosion de certaines avancées sociétales, la montée du conservatisme identitaire autant de dynamiques qui pèsent sur les décisions privées.

Enjeux et risques : ce qui est en jeu quand on abandonne la DEI

Abandonner ou affaiblir les politiques de diversité et d’inclusion n’est pas une simple décision interne à une entreprise c’est un choix qui peut avoir des conséquences profondes et durables.

D’abord, cela fragilise les efforts d’équité sociale : pour les minorités ethniques, les femmes, les personnes issues de milieux défavorisés ou marginalisés, la DEI représentait une porte d’accès certes imparfaite à l’égalité des chances. Le recul de ces politiques risque de rétablir des barrières structurelles invisibles, creuser des inégalités latentes, et réduire la mixité sociale et ethnique des élites économiques.

Ensuite, c’est la culture d’entreprise et le climat social au travail qui peuvent être affectés. Sans politique consciente de diversité, les biais qu’ils soient liés au genre, à l’origine, à l’âge, ou au statut socio‑économique risquent de reprendre le pas, sans contrôle ni remise en question.

Enfin, à l’échelle sociétale, ce recul envoie un message idéologique : celui que l’égalité sociale, l’équité et l’inclusion seraient des choix “optionnels”, dépendant des sensibilités du moment et des pressions extérieures. Cela pourrait alimenter la division, renforcer les inégalités structurelles, et nourrir le sentiment pour les populations concernées d’être renvoyées au second plan.

« Une question plus large : recul progressif ou simple retournement tactique ?

Il convient d’interroger la nature de ce recul. S’agit-il d’un simple ajustement tactique une réponse ponctuelle à des pressions idéologiques et à des contextes économiques difficiles ou observe‑t‑on un changement de paradigme, un glissement durable dans la manière dont les sociétés envisagent la diversité ?

Si beaucoup d’entreprises justifient leurs reculs par des impératifs économiques ou la volonté de “ne pas s’immiscer dans le débat sociétal”, le résultat effectif reste le même : un affaiblissement des mécanismes de promotion de l’égalité. À long terme, cette tendance pourrait marquer un tournant : celui d’un retour discret mais systémique vers des modèles de gestion corporative centrés sur le “mérite” traditionnel, sans aucune garantie d’équité réelle.

Ce renversement, s’il se confirme, modifie aussi la donne pour les mobilisations sociales, les engagements des associations et la législation : la pression sur les États et les régulateurs pourrait s’intensifier pour compenser un retrait privé.

Le recul des entreprises britanniques sur les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion ne peut être vu comme un simple phénomène de mode ou une réaction ponctuelle. Il s’agit d’un signal fort d’un tournant idéologique et économique, avec des conséquences profondes pour l’équité sociale, la justice dans l’emploi et la cohésion sociétale.

Dans un contexte international de montée des discours anti‑wokes, de crise économique et de recomposition des priorités corporatives, ce mouvement appelle à une vigilance renouvelée. Si la diversité et l’inclusion sont laissées au bon vouloir des entreprises, sans cadre robuste ni régulation, les progrès sociaux acquis ces dernières décennies risquent de s’éroder.

Pour la société, pour les salariés, pour les générations à venir il reste essentiel de maintenir la question de l’équité et de l’inclusion à l’agenda public, parce que derrière les chiffres et les bilans, ce sont des vies, des parcours, des chances concrètes qui se jouent.

Celine Dou

Pras Michel condamné à 14 ans de prison : quand la finance internationale rattrape la scène musicale

Le rappeur états-unien Prakazrel « Pras » Michel, membre fondateur des Fugees, a été condamné à 14 ans de prison pour son implication dans le financement illégal de la campagne présidentielle américaine de 2012. Cette affaire, directement liée au scandale malaisien 1MDB, révèle les liens complexes entre célébrité, argent et politique et soulève des questions sur la régulation des flux financiers internationaux.

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Bien au-delà d’un simple fait divers judiciaire, la condamnation de Pras Michel met en lumière les vulnérabilités des institutions démocratiques face aux financements étrangers et l’influence croissante des réseaux transnationaux sur les campagnes électorales.

Un procès révélateur des enjeux globaux

Reconnu coupable de dix chefs d’accusation, incluant complot, faux enregistrement et activité en tant qu’agent non déclaré d’un gouvernement étranger, Pras Michel est accusé d’avoir orchestré le transfert de dizaines de millions de dollars de l’homme d’affaires malaisien Low Taek Jho vers la campagne de réélection de Barack Obama en 2012. Ces fonds, détournés dans le cadre du scandale 1MDB, ont déclenché des enquêtes dans plusieurs juridictions à travers le monde, mettant en lumière les réseaux financiers opaques reliant acteurs privés et sphère politique.

La juge Colleen Kollar-Kotelly, en prononçant la peine, a souligné la planification méthodique et l’ampleur des opérations, tout en laissant ouverte la possibilité d’un recours en appel. Les procureurs ont insisté sur le caractère exceptionnellement grave de l’atteinte aux institutions américaines et sur la nécessité de sanctionner toute tentative d’ingérence étrangère dans le processus électoral.

Finance, influence et intégrité démocratique

Au-delà du cas individuel, cette affaire souligne la fragilité des mécanismes démocratiques face à des flux financiers internationaux non régulés. L’implication d’une figure culturelle majeure démontre comment la célébrité peut servir d’interface entre acteurs politiques et financiers, amplifiant le risque d’influence extérieure sur des scrutins nationaux.

On peut établir des parallèles avec d’autres enquêtes sur l’ingérence électorale à l’étranger, où des financements clandestins ont cherché à orienter des résultats politiques dans diverses démocraties occidentales. Dans tous ces cas, le problème central reste identique : la protection de la transparence électorale et la limitation des influences étrangères sur le choix des citoyens.

Conséquences sociétales et culturelles

Pour les Fugees, ce procès affecte l’image historique d’un groupe emblématique de la scène hip-hop mondiale. Mais la portée de l’affaire dépasse la sphère musicale : elle met en lumière la responsabilité des personnalités publiques et des acteurs influents face à la loi et à l’éthique, dans un monde où argent, célébrité et pouvoir politique s’entremêlent.

Un signal pour la régulation globale

La condamnation de Pras Michel constitue un avertissement clair : aucune notoriété ne dispense de responsabilités juridiques, et la transparence financière est essentielle pour préserver l’intégrité des processus démocratiques. L’affaire invite à une réflexion globale sur les mécanismes de contrôle des financements internationaux et sur les mesures à prendre pour protéger les institutions contre les interférences extérieures, dans un contexte où la mondialisation rend chaque flux financier potentiellement stratégique.

Celine Dou

États-Unis d’Amérique : Trump valide la publication des dossiers Epstein, un geste de transparence aux contours incertains

Le président américain Donald Trump a promulgué l’Epstein Files Transparency Act, une loi fédérale qui impose au ministère de la Justice de publier les documents non classifiés liés à l’affaire Jeffrey Epstein. Le texte, largement soutenu par les deux chambres du Congrès, ouvre la voie à une mise à disposition partielle des archives judiciaires. Mais la portée réelle de cette transparence dépendra des exceptions prévues par la loi et des arbitrages qui seront faits dans les semaines à venir.

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Un consensus rare sur un dossier sensible

La Chambre des représentants a adopté la loi à 427 voix contre 1, une quasi-unanimité notable dans un contexte institutionnel marqué par des tensions partisanes récurrentes. Le Sénat a validé le texte par consentement unanime, confirmant un large accord sur la nécessité de rendre publiques des informations longtemps conservées sous scellés.

Le dispositif légal donne au Department of Justice un délai d’environ 30 jours pour publier les documents non classifiés relatifs à Jeffrey Epstein, à Ghislaine Maxwell et aux investigations associées.

Un cadre légal qui ouvre la publication mais maintient des limites

La loi impose la mise en ligne de l’ensemble des documents non classifiés, mais prévoit plusieurs exceptions encadrées :

  • Protection des victimes : les identités des personnes mineures ou vulnérables resteront dissimulées.
  • Enquêtes en cours : tout élément susceptible de compromettre des procédures judiciaires pourra être retenu.
  • Sécurité nationale : certains dossiers pourront demeurer confidentiels pour des raisons stratégiques.

Le texte interdit toutefois que des documents soient bloqués pour des motifs liés à « l’embarras potentiel » de personnalités publiques. Cette disposition vise à éviter que des considérations politiques ne limitent la publication.

Un changement de posture présidentiel

Donald Trump avait jusqu’ici exprimé des réticences sur la divulgation immédiate des archives, dénonçant un risque de manipulation politique autour de l’affaire. Son ralliement à la loi représente donc un revirement, interprété à Washington comme une manière de reprendre l’initiative sur un sujet hautement sensible.

La séquence traduit deux éléments :

  1. La pression croissante du Congrès, où élus républicains et démocrates réclamaient davantage d’ouverture.
  2. La volonté politique du président d’apparaître comme favorable à la transparence, dans un contexte où le sujet mobilise une large partie de l’opinion américaine.

Portée internationale et enjeux juridiques

1. Dimension transnationale

L’affaire Epstein dépasse le cadre américain : elle implique des déplacements internationaux, des réseaux d’influence transfrontaliers et parfois des personnalités étrangères. La publication des documents pourrait donc avoir des effets diplomatiques, en fonction du contenu effectivement déclassifié.

2. Conséquences judiciaires

Si la diffusion des archives met au jour des informations nouvelles, certaines enquêtes pourraient être réactivées ou complétées. À l’inverse, une publication très expurgée limiterait l’impact juridique du texte.

3. Impact sur le débat public

L’affaire reste un point de tension dans la société américaine. Une publication partielle ou fortement caviardée pourrait alimenter des interprétations contradictoires. Une publication substantielle pourrait, au contraire, stabiliser le débat en clarifiant les responsabilités.

Un geste politique dont la portée dépendra de l’exécution

Au-delà de l’annonce, l’enjeu central réside dans l’application de la loi. Le caviardage (redaction) demeure un outil légal qui pourrait limiter l’accès à certaines informations sensibles. Ainsi, le degré réel de transparence dépendra des arbitrages du ministère de la Justice et de la rigueur des critères invoqués pour retenir ou expurger des passages.

La séquence révèle également une dynamique plus large : malgré des divisions politiques profondes, le Congrès peut encore produire un consensus lorsqu’un dossier touche à la confiance publique et à la responsabilité institutionnelle.

Celine Dou

Selena Gomez et les dérives de la chirurgie esthétique : enjeux de santé, société et éthique professionnelle

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Le visage transformé de Selena Gomez, observé par le public à l’occasion de la sortie de son dernier clip In The Dark, illustre les pressions sociales autour de l’apparence, l’influence de l’idéologie du « jeunisme », ainsi que les questions éthiques et médicales liées à la chirurgie esthétique. Au-delà des critiques sur les réseaux sociaux, ce cas met en lumière des enjeux sociétaux et sanitaires qui dépassent la sphère personnelle de l’artiste.

Selena Gomez, chanteuse et actrice américaine, a récemment fait l’objet de commentaires intenses concernant son apparence faciale. Les internautes ont évoqué un visage « méconnaissable », suspectant des interventions esthétiques excessives. Ces réactions révèlent non seulement les attentes irréalistes imposées aux célébrités, mais elles soulignent également l’absence de compréhension du rôle des traitements médicaux dans l’évolution physique de l’artiste, notamment en lien avec le lupus, maladie auto-immune chronique qu’elle a publiquement déclarée.

Le lupus et ses traitements : impacts physiques et malentendus sociaux

Le lupus systémique est une maladie auto-immune qui affecte différents organes et entraîne fréquemment des manifestations visibles, telles que des gonflements du visage (moon face) liés à la prise de corticoïdes. Ces traitements, essentiels pour limiter l’inflammation et prévenir les complications, modifient la morphologie faciale et peuvent être interprétés à tort comme des effets de chirurgie esthétique.

Cette méconnaissance médicale est révélatrice d’une tendance sociale plus large : la propension à juger l’apparence corporelle sans contextualisation scientifique. Dans le cas de Selena Gomez, les critiques se focalisent sur des transformations naturelles et médicalement nécessaires, confondant santé et esthétique.

Pression sociale et idéologie du « jeunisme »

Au-delà des aspects médicaux, le phénomène observé autour de Selena Gomez illustre l’idéologie du « jeunisme », qui valorise la jeunesse et la conformité aux standards contemporains de beauté. Cette pression sociale pousse certaines personnes à recourir à des interventions esthétiques pour se conformer à des normes de l’époque, au détriment de leur santé et de leur bien-être psychologique.

Le cas de l’artiste met en lumière l’écart entre l’image médiatique imposée aux célébrités et la réalité biologique, rappelant l’importance de considérer l’âge et les transformations naturelles comme des éléments normaux et acceptables de la vie humaine.

Ethique professionnelle et dérives de la chirurgie esthétique

L’exemple de Selena Gomez soulève également des questions sur la pratique médicale. Certains chirurgiens privilégient des interventions à visée purement esthétique sur des individus en bonne santé, motivés par le gain financier plutôt que par la nécessité réparatrice. Cette orientation remet en cause l’éthique professionnelle dans le secteur de la chirurgie esthétique et illustre le dilemme entre liberté individuelle, pression sociale et responsabilité médicale.

Des études comparatives internationales montrent que la commercialisation de la chirurgie esthétique peut entraîner des excès et des risques sanitaires, accentués par la banalisation des procédures et la culture de l’apparence.

Le débat suscité par le visage de Selena Gomez dépasse le cadre des critiques superficiales sur les réseaux sociaux. Il illustre des enjeux plus larges : l’influence des standards esthétiques, les conséquences médicales et psychologiques des traitements et interventions, et la responsabilité éthique des professionnels de santé. Cette situation invite à une réflexion sur l’acceptation de soi, la valorisation de l’âge et la nécessaire distinction entre choix esthétiques et impératifs médicaux, tout en questionnant la culture contemporaine du « jeunisme ».

Celine Dou

Hommage ou simulacre ? Disney reprogramme la mémoire de Walt, sa petite-fille s’indigne

Pour célébrer les 70 ans de Disneyland, la Walt Disney Company prépare une attraction inédite : un robot animatronique grandeur nature de Walt Disney, capable de parler et d’interagir avec le public. Ce projet ambitieux suscite une vive controverse, notamment au sein même de la famille Disney. Joanna Miller, petite-fille du créateur, dénonce une « déshumanisation » et une « instrumentalisation » de la mémoire de son grand-père, rappelant que la mémoire d’un homme ne saurait être réduite à un simple automate.

En juillet 2025, le parc Disneyland d’Anaheim, Californie, dévoilera une figure animée de Walt Disney, conçue pour reproduire ses expressions, sa voix et ses gestes. Présentée comme un hommage à la légende fondatrice, cette initiative technologique repose sur une intelligence artificielle avancée et un savoir-faire de pointe dans le domaine des animatroniques.

Pour la multinationale, il s’agit de transmettre l’héritage de Walt Disney aux nouvelles générations par un moyen innovant, mêlant spectacle et pédagogie. Mais cette démarche soulève des questions éthiques profondes, alimentées par l’opposition de Joanna Miller, qui s’est publiquement élevée contre ce qu’elle perçoit comme une usurpation.

Dans un message relayé sur les réseaux sociaux, Joanna Miller s’est dite bouleversée par la représentation robotique de son grand-père. Invitée à découvrir l’animatronique en avant-première, elle confie : « Ce n’est pas lui, c’est une coquille vide. Walt n’a jamais voulu être figé ainsi. » Elle souligne que la volonté intime de Walt Disney, selon les témoignages familiaux, était de ne pas laisser d’image posthume figée et artificielle.

Cette position contraste avec celle d’autres membres de la famille, qui soutiennent le projet et y voient un moyen de faire vivre la mémoire de Walt Disney auprès du public, dans un format adapté à notre époque. Ce désaccord met en lumière une fracture plus large : faut-il privilégier une mémoire incarnée, fragile et humaine, ou une mémoire scénarisée, numérisée et accessible ?

Au-delà du cas Disney, ce projet s’inscrit dans une tendance globale des industries culturelles, en particulier aux États-Unis d’Amérique, à recréer numériquement des figures historiques et artistiques disparues. Hologrammes de chanteurs, clones vocaux par intelligence artificielle, avatars digitaux dans des films : les possibilités technologiques de « ressusciter » les icônes sont aujourd’hui à portée de main.

Cette évolution soulève de nombreuses interrogations. Peut-on réellement capturer l’essence d’un être humain à travers une simulation ? Quel est le respect dû à la mémoire et à la volonté des défunts ? Et surtout, la mémoire ainsi médiatisée ne risque-t-elle pas de devenir un produit calibré, édulcoré, destiné avant tout à divertir et à générer du profit ?

L’animatronique de Walt Disney, qui sera installé dans le Main Street Opera House, illustre cette marchandisation de la mémoire. Derrière l’hommage se cache une stratégie commerciale qui vise à renforcer le lien affectif entre la marque Disney et ses visiteurs, tout en exploitant une nostalgie lucrative.

Joanna Miller alerte contre ce qu’elle considère comme une appropriation industrielle de la mémoire familiale, une mémoire qui devrait, selon elle, rester un lieu d’intimité et de respect, non un spectacle figé et commercialisé.

La controverse suscitée par le robot Walt Disney est bien plus qu’un simple différend familial. Elle interroge la place de la technologie dans la transmission de la mémoire, dans un monde où le numérique prétend aujourd’hui « faire revivre » les morts. Joanna Miller rappelle à juste titre que la mémoire humaine ne se réduit pas à une reproduction mécanique : elle est faite d’émotions, d’ombres et de silences. Face à l’essor des simulacres numériques, ce rappel devient un enjeu culturel majeur pour notre époque.

République tchèque : un sursis pour les victimes de stérilisations forcées, la mémoire face au silence administratif

Il y a des blessures que le temps n’efface pas. Il y a des humiliations que seule la reconnaissance peut atténuer. En prolongeant d’un an, le 12 juin 2025, le délai imparti pour les demandes d’indemnité des femmes stérilisées sans consentement entre 1966 et 2012, le Sénat tchèque n’a pas seulement rectifié une erreur administrative : il a réouvert un pan de l’histoire que la démocratie post-communiste avait trop longtemps laissé dans l’ombre.

Adoptée en juillet 2021, la loi prévoyait une indemnité forfaitaire de 300 000 couronnes (environ 12 000 euros) pour les femmes ayant été stérilisées sans leur consentement libre et éclairé. Une avancée saluée, mais tardive, et restée en grande partie théorique : sur les plusieurs milliers de femmes concernées, seules environ 600 avaient déposé un dossier à la date de clôture initiale. Manque d’information, barrières linguistiques, méfiance vis-à-vis des autorités, difficultés à produire des preuves : l’appareil administratif s’est révélé aussi insensible que les médecins de l’époque.

Les principales victimes sont des femmes roms, touchées par une politique de contrôle des naissances motivée par un racisme institutionnalisé, hérité du régime communiste et perpétué bien après 1989. Le consentement était arraché sous la pression, la menace de perdre les aides sociales ou la garde des enfants, voire obtenue juste après l’accouchement, dans un état de vulnérabilité extrême.

En 2005, le gouvernement avait présenté des excuses formelles, mais aucun mécanisme d’indemnisation n’avait suivi. Il aura fallu plus de quinze ans de combat judiciaire, de rapports d’ONG, d’interventions du Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe et de la société civile pour arracher cette loi de 2021.

La prolongation du délai répond à une nécessité pratique : permettre à des femmes aujourd’hui très âgées, parfois analphabètes, souvent isolées, d’être enfin indemnisées. Mais elle renvoie aussi à une question plus profonde : pourquoi une telle réticence à affronter le passé ? Pourquoi tant de lenteurs, d’opacité, de blocages ? En creux, c’est toute une société qui semble peiner à se regarder en face, à reconnaître que la démocratie tchèque n’a pas seulement hérité des institutions du communisme, mais aussi de ses angles morts, de ses hiérarchies implicites, de son obsession du contrôle social.

Dans une tribune récente, l’ancienne ombudsman tchèque Anna Šabatová réclamait plus qu’une prolongation de délai : un accompagnement juridique et psychologique spécifique, une meilleure formation des administrations, et surtout, un véritable travail mémoriel. Car si l’argent peut soulager une part de la souffrance, il ne restitue ni les enfants jamais nés, ni les filiations brisées, ni l’image de soi ravagée par la médicalisation de la domination.

En Europe centrale comme ailleurs, les politiques de santé publique ont trop souvent servi de paravent à des logiques de sélection, d’éviction ou de stigmatisation. Aujourd’hui, à l’heure des discours sur la biotechnologie, la génétique ou l’économie des soins, cette affaire rappelle une vérité essentielle : le progrès technique n’est rien sans progrès éthique. Il ne suffit pas de réparer, il faut aussi se souvenir, nommer, enseigner.

La république tchèque a accordé un sursis. Mais elle n’a pas encore gagné son pari moral. C’est une course contre l’oubli qui s’engage désormais.

12 juin 2025 – Travail des enfants : l’indifférence tue plus sûrement que la misère

Ce 12 juin 2025 marque la Journée mondiale contre le travail des enfants, instituée en 2002 par l’Organisation internationale du Travail (OIT). Vingt-trois ans plus tard, la situation mondiale demeure alarmante. Selon les données les plus récentes des Nations unies, 138 millions d’enfants dans le monde sont contraints de travailler, dont 54 millions dans des conditions qualifiées de dangereuses : exposition à des produits toxiques, manipulations de machines, travail de nuit, ou encore situations proches de l’esclavage moderne.

Malgré les engagements répétés de la communauté internationale, les progrès sont lents, inégaux et fragiles. En 2025, le mot d’ordre lancé par l’OIT est explicite : « Accélérer les efforts ». Mais de quels efforts parle-t-on réellement, et quelles résistances entravent encore la mise en œuvre de l’objectif 8.7 de l’Agenda 2030, qui vise à éliminer toutes les formes de travail des enfants ?

Le travail des enfants ne se limite pas à une seule région du monde, même si les pays du Sud concentrent la majorité des cas : l’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud, l’Amérique latine. Il prend des formes variées : travail domestique, agriculture, confection textile, exploitation minière, pêche, informel urbain…

Mais il ne s’agit pas d’une question périphérique. En réalité, le travail des enfants est au cœur du système économique globalisé. Certains produits consommés quotidiennement dans les pays industrialisés (cacao, coton, coltan, vêtements, appareils électroniques…) sont issus de chaînes de valeur où le travail infantile est toléré, voire intégré.

Et la situation s’aggrave : les crises successives pandémie de Covid-19, guerres, inflation, changement climatique ont précipité des millions d’enfants dans le travail précoce, souvent pour compenser la perte de revenus familiaux. L’école est alors abandonnée, la santé compromise, l’avenir hypothéqué.

Les conventions internationales existent. La Convention n°138 de l’OIT fixe l’âge minimal pour travailler à 15 ans (ou 14 dans certains pays en développement). La Convention n°182, adoptée en 1999, interdit les pires formes de travail des enfants. Ces textes ont été ratifiés par presque tous les États membres de l’ONU. En théorie, le consensus est établi.

Mais les moyens alloués à l’application de ces textes sont largement insuffisants. De nombreux États, surtout les plus pauvres, manquent de capacités de contrôle, de systèmes éducatifs fonctionnels, de couverture sociale. Dans d’autres cas, les gouvernements tolèrent ou dissimulent le travail des enfants pour ne pas fragiliser leur compétitivité à l’exportation.

L’ONU, par la voix du directeur général de l’OIT, Gilbert F. Houngbo, appelle en 2025 à un « sursaut moral ». Il souligne que le respect des droits de l’enfant n’est pas un luxe pour pays riches, mais une condition essentielle d’un développement équitable et durable.

Dans ce contexte, il est difficile d’ignorer les contradictions de nombreux pays dits « donateurs ». Alors même que des voix s’élèvent à Nice, lors de la Conférence sur les océans, pour appeler à des financements massifs en faveur de la protection des biens communs, le financement de la protection de l’enfance demeure sous-doté.

Parallèlement, la réduction drastique de l’aide publique au développement, engagée ces dernières années par les États-Unis d’Amérique, le Royaume-Uni et l’Australie, fragilise les efforts des pays du Sud dans la lutte contre l’exploitation infantile.

À cela s’ajoute une certaine hypocrisie structurelle : les multinationales, souvent domiciliées dans des pays riches, externalisent leur production vers des zones à faible régulation, tout en s’affichant en surface avec des politiques de « responsabilité sociale ».

Quelques pays montrent pourtant la voie. En Uruguay, au Népal ou au Rwanda, des programmes intégrés combinant éducation gratuite, filets sociaux, et coopération entre autorités locales et internationales ont permis de réduire significativement le travail des enfants. La condition : un engagement politique fort, soutenu par des ressources durables.

Des initiatives citoyennes émergent aussi : campagnes de sensibilisation, boycotts de marques non éthiques, certifications équitables, partenariats éducatifs. Mais leur portée reste limitée sans une volonté politique claire au niveau global.

À chaque Journée mondiale, le risque est grand de voir le sujet relégué à une date symbolique, sans suite. Pourtant, le travail des enfants n’est pas une fatalité. Il est le symptôme d’un ordre économique qui tolère l’inacceptable pour préserver ses marges.

Refuser de détourner le regard, exiger la transparence des chaînes de production, soutenir les systèmes éducatifs universels : voilà ce que signifie « accélérer les efforts ». Car chaque jour sans action concrète est un jour volé à l’enfance d’un être humain.

Encadré – Chiffres clés :

  • 138 millions d’enfants travailleurs dans le monde
  • 54 millions dans des activités dangereuses
  • 70 % dans l’agriculture
  • 72 millions en Afrique, soit plus de la moitié du total mondial
  • Objectif ONU : éradication d’ici 2025 (objectif compromis)

Adoptions internationales : la Suède envisage une interdiction totale après des révélations sur des trafics d’enfants

La Suède pourrait tourner une page majeure de son histoire sociale. Une commission gouvernementale vient de recommander l’arrêt total des adoptions internationales vers le pays. Une mesure radicale, mais motivée par la gravité des faits révélés : durant plusieurs décennies, des enfants ont été adoptés en dehors de tout cadre éthique, voire légal.

Le rapport, commandé par le gouvernement suédois, dresse un constat accablant. Depuis les années 1970, des centaines d’enfants originaires de divers pays Sri Lanka, Colombie, Pologne, Chine notamment ont été transférés vers la Suède dans des conditions opaques, souvent inacceptables. Certains ont été déclarés morts à tort. D’autres ont été confiés à l’adoption sans que leurs parents biologiques aient donné un consentement libre et éclairé. Dans d’autres cas encore, une personne non habilitée a pris cette décision à la place des parents.

« Des lacunes importantes et systémiques » : c’est ainsi qu’Anna Singer, rapporteure spéciale de la commission, qualifie la gestion des adoptions en Suède. Le rapport pointe de nombreuses anomalies dans les documents d’origine des enfants : erreurs de date de naissance, identités parentales falsifiées, circonstances de l’abandon maquillées.

Au-delà des fautes documentaires, ce sont des cas avérés de trafic d’enfants qui sont mis au jour, sur l’ensemble des décennies couvertes par l’enquête. La majorité de ces cas concerne des adoptions privées un mode opératoire qui a longtemps échappé au contrôle des autorités, favorisant les dérives.

L’implication indirecte, mais indéniable, des autorités suédoises ajoute à la gravité du constat. Car l’enquête révèle que le gouvernement était informé de ces irrégularités « très tôt ». Pourtant, la priorité donnée à la facilitation des adoptions, combinée à la délégation de cette mission à des agences privées, a favorisé une forme de complaisance. Ces organisations, rémunérées en fonction du nombre d’enfants adoptés, avaient tout intérêt à maximiser les flux.

Aujourd’hui, quelque 60 000 personnes adoptées à l’international vivent en Suède. Beaucoup découvrent avec stupeur que leur histoire personnelle est peut-être marquée par des abus. Pour elles, ce rapport constitue à la fois une révélation douloureuse et une possible porte ouverte à la reconnaissance, voire à la réparation.

Si la proposition d’interdiction totale est adoptée, la Suède deviendrait l’un des premiers pays d’Europe occidentale à mettre un terme complet aux adoptions internationales. Une rupture radicale, certes, mais qui interroge l’ensemble de la communauté internationale : comment garantir l’éthique dans les adoptions transfrontalières ? Peut-on continuer à confier des enfants vulnérables à des circuits marqués par l’opacité, les conflits d’intérêts, voire la corruption ?

Cette affaire suédoise dépasse largement les frontières du royaume scandinave. Elle met en lumière un déséquilibre structurel dans le système mondial des adoptions, souvent façonné par des logiques inégalitaires entre pays du Nord et pays du Sud, entre États riches en demande d’enfants et États pauvres où la misère familiale sert parfois de moteur à l’« offre ».

La question posée est donc double : comment réparer les injustices du passé, et surtout, comment prévenir celles de demain ?

Le débat qui s’ouvre en Suède aura, à n’en pas douter, une portée internationale. Il interpelle les autres pays pratiquant l’adoption internationale, les obligeant à réexaminer leurs pratiques à la lumière de ces révélations. À l’heure où les droits des enfants et la souveraineté familiale sont de plus en plus invoqués sur la scène mondiale, l’exemple suédois pourrait bien inaugurer un tournant majeur.