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Zimbabwe : le report des élections à 2030 ouvre une confrontation institutionnelle

Au Zimbabwe, la réforme constitutionnelle portée par le président Emmerson Mnangagwa continue de provoquer une vive contestation. Promulgué le 7 juillet, le texte modifie en profondeur l’organisation des institutions et repousse de deux ans les prochaines élections générales. Alors que le pouvoir présente cette révision comme un gage de stabilité, l’opposition y voit une remise en cause de l’ordre constitutionnel établi en 2013.

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Adoptée par un Parlement largement dominé par la ZANU-PF, la réforme prolonge de cinq à sept ans la durée des mandats du président de la République et des députés. Les élections générales, attendues en 2028, sont désormais prévues pour 2030. Le gouvernement affirme que cet allongement permettra d’assurer une meilleure continuité de l’action publique, de réduire le coût des consultations électorales et d’offrir davantage de visibilité aux politiques de développement.

Ces explications peinent toutefois à convaincre les opposants. Pour eux, le report du scrutin prive les électeurs de leur droit de se prononcer à la date prévue par la Constitution. Plusieurs partis politiques, rejoints par des avocats et des organisations de la société civile, ont saisi la Cour constitutionnelle. Ils soutiennent que des dispositions touchant à la durée des mandats et au fonctionnement des institutions ne pouvaient être modifiées sans consultation populaire.

Le débat dépasse désormais le seul affrontement entre majorité et opposition. Des juristes rappellent que la Constitution de 2013 avait été élaborée à l’issue d’un long processus de négociation destiné à renforcer les contre-pouvoirs après des décennies de concentration de l’autorité présidentielle. À leurs yeux, la réforme rompt avec cet équilibre en modifiant des dispositions considérées comme structurantes pour la vie démocratique du pays.

Le malaise gagne également certains anciens soutiens du chef de l’État. Des vétérans de la guerre de libération, longtemps proches de la ZANU-PF, ont publiquement exprimé leur désaccord. Leur prise de position traduit des fractures inhabituelles au sein du camp présidentiel, où plusieurs voix s’interrogent sur les conséquences politiques d’un nouveau changement des règles institutionnelles.

Cette séquence intervient dans un contexte économique toujours difficile. Malgré une relative stabilisation monétaire, le Zimbabwe reste confronté à une forte pression sur le pouvoir d’achat, à un chômage important et à une faible confiance des investisseurs. Pour de nombreux analystes, ces difficultés alimentent une défiance qui dépasse le seul contenu de la réforme constitutionnelle.

Les partenaires internationaux suivent également l’évolution de la situation. Les organisations de défense des droits humains appellent les autorités à garantir le libre fonctionnement de la justice et à préserver les libertés publiques durant l’examen des recours. Jusqu’à présent, ni la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ni l’Union africaine n’ont pris de position ferme sur le fond de la réforme, privilégiant une observation prudente des développements politiques.

Le Zimbabwe rejoint ainsi la liste des pays africains où les règles constitutionnelles relatives à l’exercice du pouvoir font l’objet de profondes modifications. Ces révisions nourrissent un débat récurrent entre les partisans d’une stabilité institutionnelle accrue et ceux qui considèrent que la régularité des élections demeure le principal garant de l’alternance démocratique.

La décision de la Cour constitutionnelle sera déterminante. Si la réforme est validée, le calendrier politique du Zimbabwe sera durablement redessiné jusqu’en 2030. Dans le cas contraire, le pays pourrait s’engager dans une nouvelle phase d’incertitude institutionnelle, avec des répercussions qui dépasseront largement ses frontières.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Zimbabwe : le Parlement ouvre la voie à une prolongation du mandat d’Emmerson Mnangagwa jusqu’en 2030

Le Parlement zimbabwéen a franchi une étape décisive dans l’adoption d’une réforme constitutionnelle aux conséquences politiques majeures. Après l’Assemblée nationale, le Sénat a approuvé plusieurs amendements qui pourraient permettre au président Emmerson Mnangagwa de rester au pouvoir jusqu’en 2030. Le texte prévoit également une profonde évolution du mode de désignation du chef de l’État.

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Le Sénat a adopté mercredi le projet de réforme par 75 voix contre 4, quelques jours après son approbation par l’Assemblée nationale. Il ne reste désormais plus que la promulgation par le président pour que ces dispositions entrent en vigueur.

Parmi les mesures les plus significatives figure l’allongement de la durée des mandats présidentiels et parlementaires, qui passerait de cinq à sept ans. Réélu en 2023 pour un second mandat, Emmerson Mnangagwa pourrait ainsi demeurer à la tête du Zimbabwe jusqu’en 2030.

La réforme ne se limite toutefois pas à une extension des mandats. Elle prévoit également de confier au Parlement la désignation du président de la République, mettant fin à l’élection du chef de l’État au suffrage universel direct, en vigueur depuis 1987. Ce changement modifierait profondément l’équilibre institutionnel du pays.

Le projet a été porté par la ZANU-PF, qui dispose d’une confortable majorité dans les deux chambres du Parlement. Cette domination a facilité son adoption malgré les critiques de l’opposition et de plusieurs organisations de la société civile, qui dénoncent une concentration accrue du pouvoir et un recul des garanties démocratiques.

Ces derniers mois, plusieurs recours judiciaires et des campagnes de mobilisation ont été engagés pour tenter de freiner la réforme, sans succès. Human Rights Watch a également fait état d’allégations d’intimidations et de violences visant certains opposants au projet.

Arrivé au pouvoir en novembre 2017 après la chute de Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa, aujourd’hui âgé de 83 ans, avait été élu une première fois en 2018 avant d’être reconduit en 2023. Jusqu’à présent, la Constitution limitait le président à deux mandats de cinq ans.

Le gouvernement défend cette réforme au nom de la stabilité politique et de la continuité de l’action publique. Pour ses détracteurs, elle traduit au contraire une volonté de renforcer durablement l’emprise du parti au pouvoir sur les institutions. Si les amendements sont promulgués, le Zimbabwe s’engagera dans une transformation majeure de son système politique, dont les effets dépasseront largement la seule question de la durée du mandat présidentiel.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Zimbabwe : panne d’électricité en plein SONA, révélateur des fragilités structurelles du pays

Le 28 octobre 2025, le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa prononçait devant le Parlement son discours annuel sur l’état de la nation (State of the Nation Address – SONA), moment solennel de présentation des orientations et priorités gouvernementales. Mais au milieu de son allocution, une coupure d’électricité a plongé la salle dans l’obscurité. Sans se départir de son calme, le chef de l’État a poursuivi la lecture de son discours à la lumière d’une torche tenue par un aide de camp.

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Cet incident, relayé par les médias locaux et internationaux, a rapidement circulé sur les réseaux sociaux et a été interprété par beaucoup comme un symbole des fragilités structurelles du pays.

Des infrastructures énergétiques en difficulté

Le Zimbabwe est confronté depuis plusieurs années à une crise énergétique persistante. La production électrique repose principalement sur le barrage de Kariba, partagé avec la Zambie, ainsi que sur des centrales thermiques vieillissantes. Les niveaux d’eau insuffisants dans le barrage et le manque d’entretien du réseau ont entraîné des coupures fréquentes, affectant à la fois les ménages, les entreprises et les institutions publiques.

Selon la Zimbabwe Electricity Supply Authority (ZESA), les délestages peuvent durer jusqu’à 10 heures par jour dans certaines régions. La situation reflète un déficit chronique d’investissements dans les infrastructures, combiné à la gestion parfois opaque du secteur énergétique.

L’événement en détail

Le SONA 2025 devait être l’occasion pour Mnangagwa de présenter les priorités économiques et sociales pour l’année à venir. La panne, survenue à mi-discours, a entraîné un moment de confusion parmi les députés et le personnel parlementaire.

Malgré l’obscurité, le président a poursuivi son allocution avec une torche comme unique source de lumière, démontrant un certain sang-froid et une volonté de maintenir le rituel institutionnel. L’incident a été couvert par plusieurs chaînes locales et internationales, qui ont souligné à la fois l’aspect spectaculaire et l’ampleur symbolique de la situation.

Analyse politique et symbolique

Au-delà de l’anecdote, cette panne d’électricité met en lumière les limites de la gouvernance au Zimbabwe. Elle souligne la difficulté du gouvernement à moderniser les infrastructures essentielles et à assurer la continuité des services publics dans un contexte économique fragile.

L’image du président lisant son discours dans le noir peut être interprétée comme une allégorie de la distance entre les promesses politiques et la réalité quotidienne des Zimbabwéens. Ce paradoxe entre communication politique et infrastructures défaillantes renforce la perception d’un État en difficulté, confronté à la fois à des défis techniques et à des attentes sociales croissantes.

Réactions et implications

Officiellement, la ZANU-PF a minimisé l’incident, évoquant un problème technique isolé, tandis que certains parlementaires du parti au pouvoir ont évoqué la possibilité d’un sabotage. L’opposition et la société civile, elles, dénoncent un symbole de l’incapacité gouvernementale à garantir des services essentiels.

L’événement a également des implications pour l’image internationale du Zimbabwe. Les investisseurs et partenaires étrangers observent avec attention la capacité du pays à fournir des infrastructures fiables, condition essentielle pour relancer l’économie et restaurer la confiance dans le secteur public.

Un incident symptomatique

La panne d’électricité lors du SONA 2025 dépasse le simple fait divers. Elle illustre les défis structurels persistants du Zimbabwe : modernisation des infrastructures, gestion énergétique, crédibilité gouvernementale et gouvernance politique.

Elle rappelle que la stabilité d’un État ne peut reposer uniquement sur le maintien du pouvoir, mais exige la capacité à fournir des services fondamentaux et à répondre aux besoins de la population. Dans ce contexte, le symbole d’un président lisant son discours à la torche pourrait devenir un avertissement sur la fragilité persistante des institutions zimbabwéennes.

Celine Dou, pour la boussole-infos