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France : les autorités sanitaires alertent sur les effets des réseaux sociaux sur la santé des adolescents

Longtemps perçus comme de simples outils de sociabilité numérique, les réseaux sociaux apparaissent désormais, aux yeux des autorités sanitaires, comme des facteurs de vulnérabilité préoccupants pour la santé des adolescents. En France, une alerte officielle vient rappeler que ces usages ne sont pas sans conséquences sur le développement physique, psychologique et comportemental des plus jeunes.

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Troubles du sommeil, fragilités psychiques, exposition accrue à des comportements à risque : les autorités sanitaires françaises tirent la sonnette d’alarme sur l’usage intensif des réseaux sociaux chez les adolescents. Cette mise en garde, fondée sur des données scientifiques convergentes, relance le débat sur la régulation du numérique et la responsabilité collective face à un environnement devenu central dans la construction des jeunesses contemporaines.

Une alerte sanitaire fondée sur des constats médicaux établis

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, en lien avec d’autres instances sanitaires, a récemment rendu publique une analyse préoccupante concernant l’impact des réseaux sociaux sur la santé des adolescents. Loin d’un discours alarmiste isolé, cette prise de position s’appuie sur un ensemble d’études cliniques et observationnelles mettant en évidence une corrélation entre usage intensif des plateformes numériques et dégradation de certains indicateurs de santé.

Les troubles du sommeil figurent parmi les manifestations les plus fréquemment observées. L’exposition prolongée aux écrans, en particulier en soirée, perturbe les rythmes biologiques et altère la qualité du repos nocturne. À moyen terme, ces déséquilibres affectent la concentration, les capacités d’apprentissage et l’équilibre émotionnel des adolescents.

À ces troubles physiologiques s’ajoutent des atteintes psychologiques plus diffuses mais tout aussi significatives. Les autorités sanitaires relèvent une augmentation des symptômes anxieux, des fragilités de l’estime de soi et des formes de mal-être liées à la comparaison sociale permanente induite par les réseaux sociaux.

Des comportements à risque amplifiés par la logique des plateformes

Au-delà des effets individuels sur la santé, les autorités soulignent le rôle des réseaux sociaux dans la diffusion et l’amplification de comportements à risque. Cyberharcèlement, banalisation de la violence, exposition à des contenus inadaptés ou dangereux : l’environnement numérique agit comme un accélérateur de phénomènes déjà existants dans la sphère sociale.

Les mécanismes algorithmiques de recommandation, conçus pour maximiser le temps d’attention, favorisent une exposition répétée à des contenus similaires, parfois anxiogènes ou extrêmes. Cette logique économique, fondée sur la captation de l’attention, entre en tension directe avec les impératifs de protection des mineurs et de santé publique.

Une problématique internationale aux réponses encore fragmentées

Si l’alerte émane des autorités françaises, la question dépasse largement les frontières nationales. Aux États-Unis d’Amérique, comme dans plusieurs États de l’Union européenne, les effets des réseaux sociaux sur la jeunesse font l’objet de débats croissants au sein des institutions publiques.

Certaines initiatives visent à renforcer les contrôles d’âge, à limiter l’accès nocturne aux plateformes ou à imposer davantage de transparence aux entreprises du numérique. Toutefois, ces réponses demeurent partielles et peinent à s’imposer face au poids économique et à l’influence politique des grands acteurs du secteur.

Entre responsabilité familiale et responsabilité publique

L’alerte sanitaire met en lumière un déséquilibre structurel. Si la responsabilité parentale est régulièrement invoquée pour encadrer les usages numériques, elle ne peut, à elle seule, compenser un environnement technologique conçu pour solliciter en permanence l’attention.

La question de la responsabilité publique se pose dès lors avec acuité. Non dans une logique de prohibition ou de censure, mais dans celle d’une régulation fondée sur des données scientifiques, visant à protéger les publics les plus vulnérables sans nier les apports réels du numérique en matière d’expression et d’accès à l’information.

Vers une régulation du numérique centrée sur la santé

L’alerte des autorités sanitaires ouvre un chantier plus vaste : celui de l’intégration des enjeux de santé mentale dans les politiques numériques. À mesure que les réseaux sociaux structurent les sociabilités adolescentes, la prise en compte de leurs effets sanitaires devient un impératif stratégique pour les États.

Cette réflexion pourrait conduire à repenser le cadre juridique applicable aux plateformes, en intégrant des obligations renforcées de prévention, de modération et de transparence algorithmique.

Loin des discours moralisateurs ou des paniques médiatiques, l’alerte sanitaire française invite à une lecture lucide des transformations numériques contemporaines. Les réseaux sociaux ne sont ni neutres ni anodins dans la construction des adolescents.

En signalant leurs effets sur la santé et les comportements, les autorités rappellent une évidence souvent occultée : la modernité technologique appelle une vigilance politique et sanitaire à la hauteur de ses impacts. Pour La Boussole – infos, comprendre ces dynamiques constitue une condition essentielle pour éclairer un débat public appelé à s’intensifier dans les années à venir.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Royaume‑Uni : plus de 100 000 signatures pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans soulèvent un débat sur protection des jeunes et régulation numérique

Au Royaume‑Uni, plus de 127 000 personnes ont signé une pétition adressée aux députés pour demander une interdiction légale de l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 16 ans. Dépassant le seuil requis pour un examen parlementaire obligatoire, cette initiative citoyenne cristallise un débat national sur la sécurité des enfants, la régulation des plateformes numériques et la responsabilité de l’État dans la protection des adolescents.

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Alors que l’usage des réseaux sociaux par les jeunes atteint des niveaux inédits, la pétition met en lumière des inquiétudes largement partagées : cyberharcèlement, exposition à des contenus inappropriés, dépendance numérique et impacts sur la santé mentale. Selon les signataires, les mécanismes actuels des plateformes pour vérifier l’âge des utilisateurs sont insuffisants et facilement contournables, laissant les adolescents vulnérables.

Une mobilisation citoyenne qui interpelle le Parlement

La pétition, déposée sur le portail officiel du Parlement, dépasse largement le seuil de 100 000 signatures, ce qui oblige les députés à examiner la question et à en débattre publiquement. Cette démarche s’inscrit dans un contexte politique où le gouvernement britannique discute du Children’s Wellbeing and Schools Bill, qui pourrait inclure des mesures similaires visant à encadrer strictement l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs.

Le Premier ministre Sir Keir Starmer s’est déclaré ouvert à des mesures inspirées du modèle australien, où une interdiction légale comparable est déjà en vigueur depuis décembre 2025. Plusieurs syndicats d’enseignants et députés conservateurs soutiennent également cette initiative, invoquant la protection de la jeunesse face aux effets potentiellement néfastes des plateformes numériques.

Un dilemme entre protection et liberté

Le débat ne se limite pas à la sécurité des enfants. Il soulève des questions plus larges sur l’équilibre entre protection et autonomie numérique. Interdire formellement les réseaux sociaux avant 16 ans peut limiter l’exposition à des risques avérés, mais peut aussi restreindre l’accès à la socialisation et à l’information dans un univers numérique qui fait partie intégrante du quotidien des adolescents états‑unien et britannique.

Les experts soulignent également les limites pratiques de cette approche : la vérification de l’âge réel nécessite des mesures intrusives ou complexes et pourrait déplacer les jeunes vers des espaces numériques moins régulés, où les risques sont encore plus difficiles à contrôler.

Une tendance internationale à observer

Le Royaume‑Uni n’est pas isolé dans cette démarche. L’Australie a déjà instauré une interdiction similaire, et plusieurs pays européens explorent des régulations comparables, avec des variantes selon les contextes législatifs et culturels. Cette dynamique montre que la protection des mineurs face aux réseaux sociaux est devenue un enjeu transnational, nécessitant une réflexion sur les droits des enfants, la responsabilité des plateformes et l’impact sociétal des technologies numériques.

Pour La Boussole‑infos, ce sujet dépasse la simple polémique médiatique : il illustre la complexité des politiques publiques à l’ère du numérique, où la sécurité, l’éducation et la liberté d’expression doivent être conciliées dans un cadre institutionnel clair et rigoureux.

Celine Dou, pour la Boussole‑infos

Mali : arrestation d’un marabout pour promesse mystique de victoire à la CAN 2025, illustration d’un charlatanisme persistant

Au Mali, l’interpellation d’un marabout ayant affirmé pouvoir garantir la victoire des Aigles à la Coupe d’Afrique des Nations 2025 dépasse le cadre d’un simple fait divers. Elle met en lumière la persistance du charlatanisme et les fragilités sociales sur lesquelles il prospère.

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Après l’élimination du Mali en quart de finale de la CAN 2025, un marabout basé à Bamako, accusé d’avoir extorqué d’importantes sommes d’argent à des supporters en échange de promesses mystiques, a été arrêté pour escroquerie. Cette affaire soulève des interrogations plus larges sur le rapport à la rationalité, à la foi et à la responsabilité collective.

L’homme, identifié sous le nom de Sinayogo, s’était présenté comme détenteur de pouvoirs occultes capables d’influencer l’issue de la compétition continentale. Selon les éléments communiqués par les autorités, il aurait convaincu plusieurs citoyens de financer des rituels censés assurer la victoire du Mali à la CAN 2025, recueillant au passage des dizaines de millions de francs CFA.

La défaite des Aigles en quart de finale a provoqué la colère de certains supporters, qui se sont rendus devant le domicile du marabout pour exiger des comptes. L’intervention des forces de l’ordre a conduit à son arrestation et à son placement en garde à vue pour escroquerie, dans un pays où le charlatanisme est théoriquement encadré par la loi.

Mais l’affaire interroge au-delà de la sanction judiciaire. Elle pose la question de la facilité avec laquelle un discours irrationnel peut s’imposer dans l’espace public, mobiliser des ressources financières conséquentes et bénéficier d’une crédibilité sociale, parfois renforcée par la circulation rapide de l’information sur les réseaux sociaux.

Le recours à des promesses mystiques dans le cadre d’un événement sportif majeur ne relève pas d’un phénomène isolé. Il s’inscrit dans un contexte marqué par la précarité économique, l’incertitude politique et une défiance persistante envers les institutions. Dans ce cadre, le football devient un exutoire collectif, un espace où s’accumulent espoirs nationaux et attentes symboliques, offrant un terrain propice aux manipulations.

Le charlatanisme prospère précisément dans ces zones de fragilité, là où l’accès à une information fiable reste limité et où la pensée critique peine à s’imposer. Loin d’être une survivance folklorique, il constitue un mécanisme d’exploitation structuré, capable de générer des profits significatifs en s’appuyant sur la foi, la détresse ou l’enthousiasme populaire.

Il ne s’agit pas de remettre en cause la spiritualité ou les pratiques culturelles en tant que telles, mais de distinguer clairement ce qui relève de la croyance personnelle et ce qui s’apparente à une manipulation frauduleuse. Lorsque la promesse spirituelle devient une transaction financière fondée sur le mensonge, elle cesse d’être un fait culturel pour devenir un problème social et juridique.

L’arrestation de ce marabout au Mali agit comme un révélateur d’un charlatanisme encore profondément enraciné, nourri par les vulnérabilités sociales et l’absence de garde-fous suffisants. Elle rappelle l’importance du rôle de l’éducation, de la régulation et de la responsabilité des institutions dans la protection des citoyens. Sans un effort durable pour renforcer l’esprit critique et encadrer les dérives, ce type de pratiques continuera de se reproduire, au détriment des populations les plus exposées.

Céline Dou, pour La Boussole – infos

Sophia Chikirou relaie une fausse image générée par IA de l’épouse de Nicolás Maduro

En diffusant sur le réseau X une image générée par intelligence artificielle pour faire croire que Cilia Flores, épouse de Nicolás Maduro, aurait subi des violences physiques lors de son arrestation, la députée Sophia Chikirou a franchi un seuil supplémentaire dans l’usage militant de la falsification visuelle. Une séquence révélatrice d’une instrumentalisation idéologique de la souffrance féminine et d’une confusion assumée entre combat politique et manipulation émotionnelle.

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Meta visée par une plainte d’associations LGBTQ+ : la liberté d’expression mise à l’épreuve par la modération

La plainte déposée par quatre associations LGBTQ+ contre Meta dépasse largement le cadre d’un différend technique sur la gestion des commentaires en ligne. Elle révèle une tension de fond entre protection contre les discriminations et pluralisme démocratique, dans un espace numérique où la liberté d’expression semble de plus en plus conditionnée par des critères idéologiques.

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Ce n’est pas la première fois que Meta est critiquée pour sa politique de modération. Mais rarement une procédure judiciaire n’aura aussi clairement mis en lumière la question centrale de notre époque numérique : qui décide de ce qui peut être dit, pensé ou débattu sur les grandes plateformes mondiales ?

Une plainte qui révèle plus qu’elle ne dénonce

Le 6 janvier 2026, quatre associations françaises de défense des droits LGBTQ+ Mousse, Stop Homophobie, Adheos et Familles LGBT ont saisi la justice contre Meta et son dirigeant, Mark Zuckerberg. Elles reprochent au groupe de laisser circuler, sur Facebook et Instagram, des propos qu’elles estiment injurieux ou discriminatoires, en particulier ceux assimilant certaines identités sexuelles ou de genre à des troubles psychiques.

Sur le plan juridique, la démarche s’inscrit dans un cadre connu : invoquer le droit français et européen, qui sanctionne les injures et discriminations fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Mais, au-delà de l’argument légal, cette plainte ouvre un débat bien plus large. Elle ne vise pas uniquement des propos explicitement haineux ; elle s’attaque aussi à des discours relevant du désaccord intellectuel, scientifique ou anthropologique.

Liberté d’expression ou liberté conditionnelle ?

Le cœur du conflit réside dans une interrogation fondamentale : la liberté d’expression demeure-t-elle un principe général ou devient-elle progressivement une liberté sous condition idéologique ?

Les associations plaignantes demandent le retrait de commentaires qu’elles jugent inacceptables, alors même que d’autres formes de violence verbale l’usage de termes tels que « fasciste », « réactionnaire » ou « ennemi des droits » pour disqualifier un contradicteur sont largement tolérées lorsqu’elles s’exercent dans l’autre sens. Cette asymétrie de traitement interroge moins les intentions que le mécanisme lui-même : la modération ne se contente plus de limiter les excès, elle arbitre le contenu du débat public.

Le débat médical devenu un interdit

L’un des points les plus sensibles de cette affaire concerne la référence à la dysphorie de genre. Historiquement, cette notion appartient au champ médical et psychiatrique. Son évolution récente marquée par une requalification et une dépathologisation partielle résulte autant de choix normatifs et politiques que de consensus scientifiques établis.

Or, toute évocation de ce cadre historique est désormais assimilée à une forme de transphobie. Le débat est ainsi refermé : ce qui relevait hier de la discussion scientifique devient aujourd’hui une identité sanctuarisée, soustraite à toute analyse critique. Ce basculement ne protège plus seulement des individus ; il protège une vision du monde contre la contradiction.

Deux poids, deux mesures dans l’espace numérique

La plainte contre Meta met aussi en lumière une incohérence plus large dans l’application de ses standards. Des contenus manifestement faux, y compris à fort impact politique comme l’affirmation récente d’un supposé coup d’État en France ont été maintenus en ligne au nom des règles de la communauté, malgré des demandes officielles de retrait. À l’inverse, des opinions controversées mais argumentées sur des sujets anthropologiques ou médicaux sont aujourd’hui visées par des procédures judiciaires.

Le critère de modération n’est donc ni la vérité factuelle ni le risque de désinformation massive. Il semble relever d’une appréciation idéologique : certaines narrations, même fausses, sont tolérées ; d’autres, même fondées sur des débats réels, deviennent illégitimes.

Vers une hiérarchisation de la parole publique

Si Meta venait à céder aux exigences formulées par les associations plaignantes, la portée symbolique serait considérable. Cela consacrerait une hiérarchisation implicite de la liberté d’expression, où certaines sensibilités bénéficieraient d’une protection renforcée, tandis que d’autres opinions seraient reléguées au rang de discours suspects.

Un tel basculement remettrait en cause l’un des fondements du débat démocratique : l’égalité des citoyens face au droit d’exprimer un désaccord raisonné, même lorsqu’il dérange ou contredit les normes dominantes.

Une question démocratique majeure

Au fond, l’affaire Meta n’oppose pas simplement des associations à une multinationale du numérique. Elle oppose deux conceptions de l’espace public. L’une privilégie la protection maximale des sensibilités ; l’autre défend la confrontation des idées dans un cadre juridique commun.

En érigeant certaines opinions en dogmes intouchables, on ne combat pas la haine : on fragilise le pluralisme. Et sans pluralisme, la liberté d’expression cesse d’être un droit universel pour devenir un instrument de régulation idéologique.

Celine Dou
Christian Estevez

Des témoins filment des situations de danger au lieu de fuir : un comportement observé de Crans-Montana à Phuket

À Crans-Montana, lors d’un incendie, des témoins ont filmé le départ du feu au lieu de quitter les lieux. Un comportement loin d’être isolé, déjà observé lors de catastrophes majeures comme le raz-de-marée de Phuket en 2004. De l’urgence ignorée à la captation systématique, ces scènes interrogent une transformation profonde du rapport humain au danger.

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Face à un danger immédiat, l’instinct devrait commander la fuite ou l’assistance. Pourtant, de plus en plus souvent, c’est un téléphone qui se lève.

Crans-Montana : le danger observé avant d’être évité

Les vidéos tournées à Crans-Montana montrent une scène désormais familière : un départ de feu clairement visible, une menace potentielle, et des témoins qui restent sur place pour filmer. L’urgence est connue, perceptible, mais elle ne déclenche ni mouvement de retrait immédiat ni organisation spontanée de l’aide. Le danger est d’abord regardé, enregistré, documenté.

Ce comportement, attesté par les images elles-mêmes, constitue le point de départ de l’analyse. Il ne relève pas d’une interprétation morale, mais d’un fait observable : face à un risque réel, certains individus choisissent la captation plutôt que la protection.

Phuket 2004 : filmer la catastrophe qui arrive

Ce phénomène n’est pas né avec les réseaux sociaux. Le 28 décembre 2004, lors du raz-de-marée provoqué par un séisme sous-marin dans l’océan Indien, Phuket devient l’un des lieux les plus filmés d’une catastrophe naturelle majeure. De nombreuses vidéos montrent des touristes filmant la mer qui se retire, puis la vague immense qui s’approche.

Sur ces images, un élément frappe rétrospectivement : l’absence de fuite. Certains filment, d’autres regardent sans caméra, mais beaucoup restent immobiles, comme spectateurs d’un événement qu’ils ne semblent pas encore intégrer comme une menace immédiate pour eux-mêmes. La catastrophe est perçue avant d’être comprise.

Phuket constitue ainsi un précédent fondateur : le danger est visible, identifiable, mais traité comme un spectacle en cours.

Sidération ou basculement du réflexe ?

La sidération psychologique est souvent invoquée pour expliquer ces comportements. Elle existe, indéniablement. Mais elle ne suffit pas à rendre compte de la durée de l’observation, ni du passage à l’acte consistant à filmer.

Filmer suppose une action : sortir un appareil, cadrer, maintenir l’attention sur la scène. Il ne s’agit plus seulement d’être figé par la peur, mais d’adopter une posture d’observateur actif. Le danger n’interrompt pas l’action, il la redirige.

Quand le réel devient image

Dès 1967, Guy Debord décrivait une société où le rapport au monde passe par la représentation. Le réel n’est plus vécu directement, il est médiatisé, transformé en image, en spectacle.
Les scènes de Crans-Montana et de Phuket illustrent cette intuition : l’événement dangereux n’est plus seulement une situation à affronter, mais un contenu à enregistrer.

Le téléphone devient un filtre. Il crée une distance symbolique entre l’individu et le danger, comme si le fait de filmer transformait l’événement en quelque chose de moins immédiat, de moins personnel.

L’homo festivus face à l’urgence

Philippe Muray, à la fin des années 1990, décrivait l’avènement de l’homo festivus, un individu pour qui tout devient événement, animation, expérience. Dans ce cadre, la gravité s’efface. Même la tragédie peut être intégrée à une logique de consommation émotionnelle.

Incendies, agressions, catastrophes naturelles : tout peut devenir matière à images, à circulation, à visibilité. Le danger n’est plus seulement subi, il est intégré à une narration collective où l’on participe en filmant.

Réseaux sociaux : un accélérateur, pas une origine

Les plateformes numériques n’ont pas créé ce comportement, mais elles l’ont renforcé. La promesse implicite de vues, de partages et de reconnaissance sociale encourage la captation immédiate. Être témoin ne suffit plus ; il faut être celui qui montre.

Dans ce contexte, l’assistance recule. La responsabilité se dilue dans la multitude des regards. Chacun filme, donc personne n’agit.

De Crans-Montana à Phuket, les images racontent la même histoire : face au danger, une partie de l’humanité contemporaine hésite entre réagir et enregistrer. Ce basculement n’est ni anecdotique ni purement technologique. Il révèle une transformation profonde du rapport au réel, où le monde est d’abord regardé avant d’être vécu.

Le danger, désormais, n’interrompt plus toujours le spectacle. Il en fait parfois partie.

Celine Dou, Christian Estevez, pour la boussole-infos

Influenceurs fitness et idéologie : quand la salle de sport devient un champ de bataille politique; Entre manipulation et primauté de l’apparence

Les réseaux sociaux sont devenus le théâtre d’un phénomène inédit : des influenceurs fitness de gauche, connus sous le nom de « Leftist gym influencers », cherchent à séduire les jeunes hommes traditionnellement captifs des figures masculinistes pro-Trump. Au-delà de la confrontation politique, cette évolution illustre des mutations profondes de la société, entre dépendance à l’influence médiatique et valorisation excessive de l’apparence physique.

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Il ne s’agit plus seulement de soulever des haltères ou de sculpter son corps. Dans les vidéos et posts de ces influenceurs, la salle de sport se transforme en une arène idéologique où se jouent des enjeux de pouvoir, de persuasion et de modèle social. La question dépasse le simple divertissement pour toucher aux mécanismes de formation de l’opinion et aux valeurs culturelles contemporaines.

Depuis quelques années, les « gyms bros » occupent une place dominante sur les réseaux sociaux, incarnant une masculinité traditionnelle et virile. Leurs contenus, souvent empreints de provocation et de testostérone, séduisent des millions de jeunes hommes qui voient dans ces figures des modèles à imiter. Ce phénomène s’inscrit dans un contexte politique américain où l’adhésion à ces modèles a des implications électorales concrètes, comme l’ont démontré les dernières élections présidentielles.

Face à cette influence, des démocrates ont tenté d’investir le même espace avec des « Leftist gym influencers », des créateurs de contenu qui reprennent les codes esthétiques du fitness mais y ajoutent des messages progressistes : droits des minorités, cohésion sociale, couverture santé universelle. Certains de ces influenceurs ont été rémunérés pour produire du contenu explicitement politique, révélant un usage stratégique des réseaux sociaux comme outil de mobilisation idéologique.

Au-delà de l’affrontement politique, ce phénomène soulève deux questions de fond. D’une part, il illustre une humanité de plus en plus dépendante de modèles préfabriqués pour orienter ses choix et sa pensée. L’influence massive de figures médiatiques sur les comportements et opinions traduit une érosion de la capacité de réflexion autonome. Les jeunes hommes, notamment, se trouvent exposés à des narratifs idéologiques intégrés dans des pratiques de loisirs et de développement personnel, ce qui rend la frontière entre choix libre et persuasion subtile de plus en plus floue.

D’autre part, la primauté accordée à l’apparence physique reflète un renversement des valeurs culturelles : la performance esthétique, souvent atteinte par des moyens artificiels comme la chirurgie ou le remodelage corporel, devient un critère central de reconnaissance sociale. La pratique du sport elle-même est conditionnée par des normes extérieures, où le trajet motorisé vers la salle de sport prévaut sur l’exercice naturel, soulignant la tension entre performance visuelle et santé réelle. L’exception des femmes, contraintes de privilégier la sécurité dans l’espace public, rappelle cependant que ces dynamiques sociales sont fortement différenciées selon le genre.

Le succès ou l’échec des Leftist gym influencers ne se mesurera pas seulement en nombre d’abonnés, mais dans leur capacité à influencer des modes de pensée et des valeurs profondes. La confrontation entre virilité traditionnelle et masculinité progressiste dans l’espace numérique pose la question plus large des mécanismes d’influence et des priorités culturelles dans une société qui valorise l’apparence autant que la réflexion.

L’arène de la salle de sport, désormais investie par des débats idéologiques et des stratégies de persuasion, symbolise une mutation majeure de notre rapport à l’information et au corps. Entre fascination pour la performance physique et exposition aux influences médiatiques, la jeunesse contemporaine se trouve confrontée à des choix qui ne sont plus seulement esthétiques, mais profondément culturels et politiques. Comprendre ces dynamiques est essentiel pour saisir l’évolution de nos sociétés numériques et la manière dont elles façonnent la pensée et les valeurs humaines.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Brésil : l’appel au boycott des tongs Havaianas : Quand les marques s’immiscent dans le débat politique et deviennent des instruments d’influence électorale

Au Brésil, l’appel au boycott de la marque Havaianas par une partie de la droite conservatrice dépasse largement le cadre d’une controverse publicitaire. L’épisode révèle un phénomène plus profond : l’entrée croissante des marques commerciales dans l’arène politique, où elles participent volontairement ou non à la construction des clivages idéologiques et à l’influence des comportements électoraux. Dans un pays marqué par une polarisation extrême et une judiciarisation contestée du pouvoir politique, cette affaire interroge la neutralité des acteurs économiques et la fragilité du débat démocratique.

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Il fut un temps où les marques se contentaient de vendre des produits. Aujourd’hui, elles vendent ou se voient prêter des positions, des valeurs, parfois des camps. Au Brésil, la tong Havaianas, objet populaire par excellence, s’est retrouvée propulsée au cœur d’une bataille idéologique. Ce glissement n’a rien d’anecdotique : il dit quelque chose d’un monde où la politique déborde de ses institutions pour investir la consommation, les symboles et le quotidien le plus ordinaire.

Une polémique née d’un message publicitaire en terrain miné

À l’origine de la controverse, une campagne publicitaire interprétée par des figures de la droite brésilienne comme une prise de position idéologique déguisée. Le message, jugé ambigu dans sa formulation et son contexte, a été perçu comme une critique indirecte du camp conservateur à l’approche de l’élection présidentielle de 2026.

Peu importe, au fond, l’intention réelle de la marque. Dans une société hautement polarisée, l’essentiel n’est plus ce qui est dit, mais ce qui est lu politiquement. La publicité devient alors un prétexte, un déclencheur, dans un climat où chaque symbole est susceptible d’être enrôlé dans la confrontation partisane.

Havaianas, symbole national pris en otage du clivage politique

Havaianas n’est pas une marque neutre au sens symbolique : elle incarne une certaine idée du Brésil populaire, accessible, transclassiste. Justement pour cette raison, elle constitue un support idéal pour la politisation. S’attaquer à Havaianas, c’est tenter de réécrire le sens d’un symbole partagé, de le faire basculer d’un imaginaire national commun vers une appartenance idéologique exclusive.

L’appel au boycott, relayé par des responsables politiques et des influenceurs conservateurs, ne vise pas prioritairement l’impact économique. Il s’agit d’un acte performatif, destiné à produire de la visibilité, à renforcer l’identité de camp et à désigner un adversaire culturel.

La consommation comme nouveau langage politique

Ce boycott s’inscrit dans une tendance globale : la transformation de la consommation en acte politique. Acheter ou refuser d’acheter devient une manière de se positionner publiquement, parfois plus immédiate et plus émotionnelle que le vote lui-même.

Dans ce schéma, les marques cessent d’être de simples acteurs économiques pour devenir :

  • des supports de projection idéologique ;
  • des vecteurs d’influence indirecte ;
  • des outils de mobilisation électorale, même involontaires.

Ce phénomène est renforcé par les réseaux sociaux, qui transforment chaque geste individuel en signal politique collectif, amplifié par la logique virale.

Un contexte politique marqué par une judiciarisation contestée

Cette affaire ne peut être dissociée du contexte politique brésilien récent. L’ancien président Jair Bolsonaro a été condamné à une peine de prison dans le cadre d’accusations officiellement liées à des faits de corruption et d’atteinte aux institutions démocratiques. Toutefois, il serait intellectuellement malhonnête d’ignorer que cette condamnation s’inscrit dans un environnement de judiciarisation du champ politique fortement contesté.

Pour une partie significative de l’opinion brésilienne mais aussi pour des observateurs internationaux, ces poursuites ne peuvent être analysées indépendamment des rapports de force politiques, dans un pays où la frontière entre justice et lutte de pouvoir est régulièrement interrogée. Ce doute, qu’on le partage ou non, structure aujourd’hui la polarisation nationale et nourrit la défiance envers les récits médiatiques dominants.

Dans ce contexte, toute prise de parole symbolique d’une marque est immédiatement lue comme un alignement politique, volontaire ou contraint.

Quand les marques deviennent des acteurs involontaires de l’ingénierie électorale

L’enjeu dépasse donc Havaianas. Il concerne la place croissante des entreprises dans l’écosystème politique. En s’exprimant sur des thèmes sociétaux, en choisissant certains ambassadeurs ou en diffusant des messages ambigus, les marques participent à la formation des représentations collectives.

Même sans intention explicite, elles peuvent :

  • légitimer un récit politique ;
  • renforcer un camp idéologique ;
  • influencer indirectement des électeurs indécis.

Cette dynamique pose une question centrale : peut-on encore croire à la neutralité des grandes marques dans des démocraties sous tension ?

Une démocratie fragilisée par la guerre des symboles

L’affaire Havaianas illustre un déplacement préoccupant du débat politique. À mesure que les institutions perdent en crédibilité, la lutte idéologique se déporte vers les symboles, les objets, les marques. Ce glissement favorise la simplification, l’émotion, la logique de camp, au détriment de la confrontation rationnelle des projets politiques.

Dans ce paysage fragmenté, la démocratie ne disparaît pas brutalement ; elle s’effrite, absorbée par une guerre culturelle permanente où tout devient politique parfois au prix du sens.

L’appel au boycott des tongs Havaianas n’est pas une simple polémique commerciale. Il révèle une société brésilienne profondément polarisée, où les marques sont happées par le champ politique et transformées en instruments d’influence électorale. En toile de fond, la judiciarisation contestée du pouvoir, la défiance envers les récits médiatiques dominants et l’effacement des repères communs fragilisent le débat démocratique. À travers une paire de tongs, c’est la question du rôle des acteurs économiques dans la démocratie contemporaine qui se trouve posée avec une acuité qui dépasse largement les frontières du Brésil.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Violences sexuelles en milieu scolaire : le retour du « jeu de l’olive », symptôme d’une crise du consentement chez les adolescents

Présenté comme une plaisanterie anodine, le « jeu de l’olive » réapparaît dans plusieurs établissements scolaires français. Derrière cette appellation trompeuse se dissimule pourtant une pratique à caractère sexuel non consenti, révélatrice d’un brouillage inquiétant des repères entre jeu, humiliation et agression. Au-delà des faits, ce phénomène interroge la compréhension du consentement, le rôle des réseaux sociaux et la capacité de l’institution scolaire à nommer et encadrer les violences entre pairs.

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Il y a, dans certains mots, une puissance d’euphémisation qui anesthésie la conscience collective. En qualifiant de « jeu » un geste qui porte atteinte à l’intimité corporelle d’autrui, la société scolaire se trouve confrontée à une question fondamentale : à quel moment la transgression cesse-t-elle d’être perçue comme telle ? Le retour du « jeu de l’olive » dans les cours de récréation n’est pas un simple fait divers. Il agit comme un révélateur brutal d’un désordre plus profond, où la notion même de consentement semble vaciller chez une partie de la jeunesse.

Un phénomène ancien remis au goût du jour

Le « jeu de l’olive » désigne une pratique consistant à toucher de manière intrusive la région anale d’un camarade, par surprise et sans son accord, généralement par-dessus les vêtements. L’acte, souvent commis en public, est fréquemment justifié par ses auteurs comme une plaisanterie ou un défi ludique. S’il n’est pas nouveau, le phénomène connaît depuis plusieurs mois une recrudescence signalée dans certains établissements scolaires, notamment en France.

Cette réapparition s’inscrit dans un contexte particulier : celui d’une circulation massive de contenus sur les réseaux sociaux, où des gestes transgressifs sont mis en scène, banalisés, parfois valorisés par la viralité. Le passage de l’écran à la cour de récréation s’opère alors sans filtre, sans médiation adulte, sans réflexion sur la portée réelle des actes reproduits.

Derrière le « jeu », une violence sexuelle objectivement caractérisée

Sur le plan juridique comme sur le plan éthique, la qualification du geste ne souffre guère d’ambiguïté. Un attouchement imposé, ciblant une zone intime, réalisé sans consentement et souvent sous l’effet de la surprise, relève de la violence sexuelle. La qualification pénale peut varier selon les circonstances, l’âge des protagonistes et la répétition des faits, mais le caractère sexuel de l’atteinte demeure.

L’usage du terme « jeu » agit ici comme un écran de fumée. Il permet de neutraliser la gravité de l’acte, de diluer la responsabilité individuelle et de déplacer la charge du malaise vers la victime, sommée implicitement de « ne pas exagérer ». Cette banalisation lexicale constitue en elle-même un problème majeur : ne pas nommer la violence, c’est contribuer à sa normalisation.

Une banalisation inquiétante des violences sexuelles entre pairs

Le phénomène du « jeu de l’olive » s’inscrit dans une dynamique particulière : celle des violences sexuelles entre adolescents, souvent reléguées à l’arrière-plan du débat public. Parce qu’elles ne correspondent pas aux schémas classiques de domination adulte-enfant, elles sont plus facilement minimisées.

Or, ce type de pratiques repose sur des mécanismes bien identifiés : rapport de force, humiliation publique, recherche de reconnaissance au sein du groupe. La sexualité n’y est pas vécue comme relation, mais comme instrument de domination symbolique. Le corps de l’autre devient un support de mise en scène, un objet de dérision, parfois un trophée social.

Cette logique est d’autant plus préoccupante qu’elle s’installe à des âges où les repères identitaires et relationnels sont encore en construction. L’absence de réaction claire des adultes peut alors être interprétée comme une validation tacite.

Une crise manifeste de la notion de consentement

Au cœur de cette problématique se trouve une incompréhension profonde de ce qu’est le consentement. Beaucoup d’adolescents semblent associer l’agression à la violence physique manifeste, à la contrainte explicite ou à l’intention sexuelle assumée. Tout ce qui échappe à ces critères est relégué dans la catégorie du « pas si grave ».

Cette perception erronée révèle un déficit éducatif préoccupant. Le consentement n’est ni l’absence de refus, ni la tolérance contrainte, ni le rire nerveux d’une victime humiliée. Il suppose une adhésion libre, éclairée et réversible. En l’absence de cette compréhension, les comportements transgressifs trouvent un terrain favorable à leur reproduction.

Les réseaux sociaux comme amplificateurs, non comme causes uniques

Il serait réducteur d’attribuer la responsabilité exclusive de ce phénomène aux réseaux sociaux. Toutefois, leur rôle d’amplification est indéniable. En transformant des gestes transgressifs en contenus viraux, ils contribuent à déplacer les normes, à valoriser la provocation et à brouiller la frontière entre fiction, défi et réalité.

La logique algorithmique favorise l’imitation rapide, la surenchère et la déresponsabilisation collective. L’acte n’est plus seulement commis : il est rejoué, commenté, parfois célébré. Cette exposition renforce la pression du groupe et rend plus difficile l’émergence d’une parole dissidente, notamment celle des victimes.

Le malaise institutionnel face à la nomination des faits

L’un des aspects les plus sensibles de cette affaire réside dans la difficulté de l’institution scolaire à nommer clairement ces pratiques. Par crainte de la stigmatisation, de la judiciarisation ou du scandale médiatique, les faits sont parfois requalifiés en « gestes déplacés » ou en « comportements inadaptés ».

Ce choix lexical n’est pas neutre. Il prive les victimes d’une reconnaissance symbolique essentielle et empêche la mise en place de réponses éducatives et disciplinaires à la hauteur des enjeux. En refusant de qualifier, on entretient le flou ; en entretenant le flou, on laisse prospérer la répétition.

Un enjeu éducatif et sociétal majeur

Le retour du « jeu de l’olive » ne doit pas être abordé comme une dérive marginale, mais comme un signal d’alarme. Il interroge la manière dont la société transmet ou échoue à transmettre les notions fondamentales de respect du corps, de limites et de responsabilité collective.

L’école ne peut porter seule cette charge. Familles, institutions, plateformes numériques et pouvoirs publics sont conjointement concernés. L’enjeu n’est pas de punir pour punir, mais de reconstruire un cadre de compréhension partagé, où la dignité corporelle n’est ni négociable ni sujette à l’humour.

En apparence anodin, le « jeu de l’olive » révèle une fracture profonde dans la perception des violences sexuelles chez les adolescents. Il met en lumière une crise du consentement, une banalisation de l’humiliation et une difficulté institutionnelle à nommer l’inacceptable. Refuser de regarder ce phénomène en face, c’est accepter que la transgression s’installe durablement dans les normes scolaires. À l’inverse, l’analyser avec rigueur et lucidité constitue un premier pas indispensable vers une réponse éducative à la hauteur des enjeux contemporains.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Une influenceuse brésilienne accusée d’avoir fait appel à un gang pour torturer ses cambrioleurs : la vengeance n’est pas la justice

Une affaire hors du commun secoue Porto Velho, dans le nord du Brésil. Izabela Paiva, influenceuse de 26 ans suivie par près de 50 000 personnes sur Instagram, a été arrêtée le 15 octobre 2025 pour avoir sollicité le gang criminel Comando Vermelho afin de retrouver et torturer deux hommes accusés d’avoir cambriolé son domicile.

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Selon les autorités brésiliennes, Paiva, au lieu de signaler le cambriolage à la police, a choisi la voie de la vengeance. Elle aurait contacté des membres du Comando Vermelho, l’un des groupes criminels les plus puissants et violents du pays, pour que ceux-ci infligent des sévices aux suspects et récupèrent ses biens. Les enquêteurs soulignent que l’influenceuse était pleinement consciente de la gravité de ses actes et a délibérément agi en dehors du cadre légal.

Le Comando Vermelho, ou « Commando Rouge », est tristement célèbre pour son implication dans le trafic de drogue, le racket et les enlèvements. La collaboration avec un tel gang expose non seulement les victimes à des violences graves mais met également en danger ceux qui sollicitent leurs services.

Au-delà du caractère sensationnel de cette affaire, elle soulève une question plus profonde sur la perception sociale de la vengeance. Dans de nombreux films et séries populaires, la vengeance est présentée comme un acte héroïque ou légitime, générant de fortes émotions chez le public et d’importants revenus pour l’industrie culturelle. Cette fascination reflète un paradoxe : le désir de justice personnelle est souvent valorisé à l’écran, alors que dans la vie réelle, il constitue un délit grave, avec des conséquences judiciaires et humaines tangibles.

L’affaire Izabela Paiva rappelle que confier à autrui le soin de se faire justice soi-même est loin d’être anodin. Les systèmes judiciaires existent pour encadrer la sanction des délits, protéger les victimes et prévenir l’escalade de la violence. Agir par vengeance expose chacun à des sanctions pénales et alimente un cycle de violence qui fragilise la société dans son ensemble.

Cette affaire illustre aussi le rôle ambigu des réseaux sociaux et de la notoriété en ligne : la célébrité virtuelle ne dispense pas des responsabilités légales et morales, et l’attrait pour le « sensationnel » peut encourager des comportements dangereux.

Celine Dou