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Royaume‑Uni : plus de 100 000 signatures pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans soulèvent un débat sur protection des jeunes et régulation numérique

Au Royaume‑Uni, plus de 127 000 personnes ont signé une pétition adressée aux députés pour demander une interdiction légale de l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 16 ans. Dépassant le seuil requis pour un examen parlementaire obligatoire, cette initiative citoyenne cristallise un débat national sur la sécurité des enfants, la régulation des plateformes numériques et la responsabilité de l’État dans la protection des adolescents.

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Alors que l’usage des réseaux sociaux par les jeunes atteint des niveaux inédits, la pétition met en lumière des inquiétudes largement partagées : cyberharcèlement, exposition à des contenus inappropriés, dépendance numérique et impacts sur la santé mentale. Selon les signataires, les mécanismes actuels des plateformes pour vérifier l’âge des utilisateurs sont insuffisants et facilement contournables, laissant les adolescents vulnérables.

Une mobilisation citoyenne qui interpelle le Parlement

La pétition, déposée sur le portail officiel du Parlement, dépasse largement le seuil de 100 000 signatures, ce qui oblige les députés à examiner la question et à en débattre publiquement. Cette démarche s’inscrit dans un contexte politique où le gouvernement britannique discute du Children’s Wellbeing and Schools Bill, qui pourrait inclure des mesures similaires visant à encadrer strictement l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs.

Le Premier ministre Sir Keir Starmer s’est déclaré ouvert à des mesures inspirées du modèle australien, où une interdiction légale comparable est déjà en vigueur depuis décembre 2025. Plusieurs syndicats d’enseignants et députés conservateurs soutiennent également cette initiative, invoquant la protection de la jeunesse face aux effets potentiellement néfastes des plateformes numériques.

Un dilemme entre protection et liberté

Le débat ne se limite pas à la sécurité des enfants. Il soulève des questions plus larges sur l’équilibre entre protection et autonomie numérique. Interdire formellement les réseaux sociaux avant 16 ans peut limiter l’exposition à des risques avérés, mais peut aussi restreindre l’accès à la socialisation et à l’information dans un univers numérique qui fait partie intégrante du quotidien des adolescents états‑unien et britannique.

Les experts soulignent également les limites pratiques de cette approche : la vérification de l’âge réel nécessite des mesures intrusives ou complexes et pourrait déplacer les jeunes vers des espaces numériques moins régulés, où les risques sont encore plus difficiles à contrôler.

Une tendance internationale à observer

Le Royaume‑Uni n’est pas isolé dans cette démarche. L’Australie a déjà instauré une interdiction similaire, et plusieurs pays européens explorent des régulations comparables, avec des variantes selon les contextes législatifs et culturels. Cette dynamique montre que la protection des mineurs face aux réseaux sociaux est devenue un enjeu transnational, nécessitant une réflexion sur les droits des enfants, la responsabilité des plateformes et l’impact sociétal des technologies numériques.

Pour La Boussole‑infos, ce sujet dépasse la simple polémique médiatique : il illustre la complexité des politiques publiques à l’ère du numérique, où la sécurité, l’éducation et la liberté d’expression doivent être conciliées dans un cadre institutionnel clair et rigoureux.

Celine Dou, pour la Boussole‑infos

Royaume-Uni : le gouvernement veut interdire l’ébouillantage de homards, crabes et crevettes – quand la protection des crustacés vivants interroge la logique de l’alimentation humaine

Le gouvernement britannique envisage d’interdire l’ébouillantage de crustacés vivants, en reconnaissant leur capacité à ressentir la douleur. Cette initiative, bien que motivée par des considérations de bien-être animal, soulève des questions scientifiques, pratiques et philosophiques sur la place de l’être humain parmi les animaux et les limites de la régulation morale de l’alimentation.

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Si la reconnaissance de la sensibilité des crustacés marque une avancée sur le plan moral et scientifique, l’interdiction de les cuire vivants interroge la faisabilité pratique, la cohérence biologique et l’éthique alimentaire, dans un contexte où l’homme reste un prédateur parmi d’autres espèces.

Le droit britannique reconnaît depuis 2022 que les crustacés et certains mollusques sont des êtres sensibles, capables de ressentir la douleur et le stress. Sur cette base scientifique, le gouvernement souhaite interdire la pratique traditionnelle consistant à plonger ces animaux vivants dans de l’eau bouillante, une méthode largement répandue dans les cuisines et restaurants. Les alternatives envisagées incluent la stimulation électrique rapide pour neutraliser les animaux avant cuisson ou d’autres techniques destinées à réduire la souffrance, telles que le coup net sur le système nerveux avant préparation.

Si l’interdiction est appliquée, elle pose des problèmes logistiques et biologiques majeurs. Il n’existe à ce jour aucune méthode permettant de tuer les crustacés de manière totalement indolore. Attendre leur mort naturelle pour les consommer serait impraticable : certains animaux deviendraient impropres à la consommation, tandis que la planification des stocks et leur distribution commerciale seraient rendues impossibles. En pratique, cette interdiction pourrait équivaloir à interdire la consommation de ces animaux, ce qui questionne la faisabilité d’une régulation fondée uniquement sur la sensibilité animale.

Cette mesure illustre également une forme d’anthropocentrisme inversé. L’homme, espèce animale parmi d’autres, serait tenu de modifier radicalement ses pratiques alimentaires au nom de la morale. Dans la nature, la quasi-totalité des prédateurs tue ses proies de manière bien plus violente pour se nourrir, sans considération morale. Le projet soulève ainsi un dilemme philosophique : si l’on refuse de tuer des animaux sensibles pour se nourrir, quelles pratiques alimentaires resteraient possibles ? Et si l’on élargit le raisonnement, les végétaux, eux aussi sensibles à leur environnement, devraient-ils être épargnés ? Cette réflexion met en lumière les limites de toute réglementation fondée uniquement sur la perception de la souffrance des êtres vivants.

Le projet britannique a provoqué des réactions contrastées. Des organisations de protection animale telles que Crustacean Compassion soutiennent la réforme, estimant que reconnaître la sensibilité des crustacés constitue un progrès moral et scientifique et qu’il est légitime d’exiger des méthodes d’abattage plus humaines. En revanche, certains professionnels de la restauration et de la pêche s’inquiètent des conséquences pratiques et économiques, notamment le coût élevé des équipements et la nécessité de modifier des techniques culinaires traditionnelles, ce qui pourrait menacer la viabilité de certaines entreprises.

Le projet d’interdiction de l’ébouillantage des crustacés vivants illustre donc les tensions entre morale, science et réalité pratique. S’il met en avant la reconnaissance de la sensibilité animale, il pose également des questions fondamentales sur la manière de concilier bien-être animal et alimentation humaine. Au-delà des crustacés, ce débat reflète un enjeu universel : jusqu’où peut-on imposer une éthique de la sensibilité aux pratiques alimentaires humaines sans entrer en contradiction avec la biologie et la survie de notre espèce ?

Celine Dou

Au Royaume‑Uni, des entreprises reculent sur la diversité et l’inclusion : un signal politique et économique fort

Au Royaume‑Uni, plusieurs grandes entreprises abandonnent ou révisent leurs politiques de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI), sous l’effet d’un contexte politique international marqué par la montée de critiques à l’encontre des “politiques wokistes”. Ce mouvement suggère un recul de l’engagement corporate en matière de pluralisme et de justice sociale; un recul qui ne se limite pas à la sphère britannique, mais traduit des recompositions idéologiques et économiques à l’échelle transatlantique.

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Quand la réussite financière prime sur les engagements éthiques, la diversité devient un luxe. Au Royaume‑Uni, des entreprises de premier plan choisissent de mettre fin à des politiques DEI qu’elles jugent désormais coûteuses, polémiqueuses ou dangereuses pour leur image. Le phénomène, observé dans un contexte global de rejet croissant du wokisme, révèle l’impact tangible des dynamiques idéologiques sur les pratiques managériales.

Recul des politiques DEI : un constat d’après enquête

Selon une étude conduite par le cabinet d’avocats britannique (comme rapporté par la presse), plus de la moitié des grandes entreprises britanniques se disent en train de revoir leurs politiques DEI, certaines allant jusqu’à les abandonner complètement. Parmi les entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions de livres sterling, une proportion significative affirme avoir modifié ou supprimé des initiatives d’équité, diversité ou inclusion. Pour certaines, les critiques venues des États‑Unis d’Amérique accusant les politiques “woke” de favoriser des “privilèges identitaires” ont joué un rôle déterminant dans ce revirement.

À titre d’exemple, un grand opérateur de télécommunications a supprimé tout lien entre ses politiques DEI et son système de primes pour cadres intermédiaires, tout en affirmant préserver une “attache” aux valeurs de diversité. Ce type d’annonce illustre la tension entre communication, image publique, et décisions internes réellement contraignantes.

Ces chiffres et décisions dessinent une tendance nette : un nombre non négligeable d’entreprises britanniques considère désormais que les politiques DEI sont non seulement contestables sur le plan idéologique, mais aussi potentiellement en opposition avec les objectifs de rentabilité ou de “neutralité” perçue.

Contexte international : le reflux des politiques “woke” et l’impact des pressions idéologiques

Ce recul ne se comprend qu’à la lumière d’un contexte global marqué par la montée des critiques contre les politiques identitaires en particulier dans le monde anglo-saxon. Aux États‑Unis d’Amérique, l’administration en place et certains acteurs politiques ont ouvertement dénoncé le “wokisme” comme source de division, de discrimination “inversée” ou de favoritisme sociopolitique. Ces discours, relayés médiatiquement, trouvent un écho chez des dirigeants d’entreprises au Royaume‑Uni, soucieux d’éviter toute controverse ou accusation de “politisation” de l’entreprise.

De surcroît, le contexte économique, incertitudes post‑pandémie, crise du coût de la vie, inflation pèse sur les arbitrages des entreprises : les moyens (financiers, humains, organisationnels) consacrés à la DEI peuvent apparaître comme des postes “non essentiels” lorsque les priorités se resserrent. Dans ce contexte, l’argument du profit contre l’éthique redevient sérieux.

Ainsi, loin d’être un phénomène strictement britannique, ce mouvement s’inscrit dans un glissement idéologique et économique global : la recomposition des priorités, l’érosion de certaines avancées sociétales, la montée du conservatisme identitaire autant de dynamiques qui pèsent sur les décisions privées.

Enjeux et risques : ce qui est en jeu quand on abandonne la DEI

Abandonner ou affaiblir les politiques de diversité et d’inclusion n’est pas une simple décision interne à une entreprise c’est un choix qui peut avoir des conséquences profondes et durables.

D’abord, cela fragilise les efforts d’équité sociale : pour les minorités ethniques, les femmes, les personnes issues de milieux défavorisés ou marginalisés, la DEI représentait une porte d’accès certes imparfaite à l’égalité des chances. Le recul de ces politiques risque de rétablir des barrières structurelles invisibles, creuser des inégalités latentes, et réduire la mixité sociale et ethnique des élites économiques.

Ensuite, c’est la culture d’entreprise et le climat social au travail qui peuvent être affectés. Sans politique consciente de diversité, les biais qu’ils soient liés au genre, à l’origine, à l’âge, ou au statut socio‑économique risquent de reprendre le pas, sans contrôle ni remise en question.

Enfin, à l’échelle sociétale, ce recul envoie un message idéologique : celui que l’égalité sociale, l’équité et l’inclusion seraient des choix “optionnels”, dépendant des sensibilités du moment et des pressions extérieures. Cela pourrait alimenter la division, renforcer les inégalités structurelles, et nourrir le sentiment pour les populations concernées d’être renvoyées au second plan.

« Une question plus large : recul progressif ou simple retournement tactique ?

Il convient d’interroger la nature de ce recul. S’agit-il d’un simple ajustement tactique une réponse ponctuelle à des pressions idéologiques et à des contextes économiques difficiles ou observe‑t‑on un changement de paradigme, un glissement durable dans la manière dont les sociétés envisagent la diversité ?

Si beaucoup d’entreprises justifient leurs reculs par des impératifs économiques ou la volonté de “ne pas s’immiscer dans le débat sociétal”, le résultat effectif reste le même : un affaiblissement des mécanismes de promotion de l’égalité. À long terme, cette tendance pourrait marquer un tournant : celui d’un retour discret mais systémique vers des modèles de gestion corporative centrés sur le “mérite” traditionnel, sans aucune garantie d’équité réelle.

Ce renversement, s’il se confirme, modifie aussi la donne pour les mobilisations sociales, les engagements des associations et la législation : la pression sur les États et les régulateurs pourrait s’intensifier pour compenser un retrait privé.

Le recul des entreprises britanniques sur les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion ne peut être vu comme un simple phénomène de mode ou une réaction ponctuelle. Il s’agit d’un signal fort d’un tournant idéologique et économique, avec des conséquences profondes pour l’équité sociale, la justice dans l’emploi et la cohésion sociétale.

Dans un contexte international de montée des discours anti‑wokes, de crise économique et de recomposition des priorités corporatives, ce mouvement appelle à une vigilance renouvelée. Si la diversité et l’inclusion sont laissées au bon vouloir des entreprises, sans cadre robuste ni régulation, les progrès sociaux acquis ces dernières décennies risquent de s’éroder.

Pour la société, pour les salariés, pour les générations à venir il reste essentiel de maintenir la question de l’équité et de l’inclusion à l’agenda public, parce que derrière les chiffres et les bilans, ce sont des vies, des parcours, des chances concrètes qui se jouent.

Celine Dou

Royaume-Uni : les Neets, ces millions de jeunes qui abandonnent études et travail ; une crise silencieuse ou une génération perdue ?

Au Royaume-Uni, près d’un million de jeunes âgés de 16 à 24 ans se trouvent aujourd’hui ni en études, ni en emploi, ni en formation. Ce chiffre, en hausse de 200 000 en seulement deux ans, révèle une crise structurelle dont l’ampleur dépasse largement la sphère éducative ou économique. La génération Z britannique, souvent perçue comme connectée, formée et ambitieuse, semble paradoxalement se détourner du système, un paradoxe que les chiffres ne suffisent plus à expliquer.

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Ce désengagement n’est pas un simple choix individuel. Selon un rapport de PwC, 40 % des jeunes de cette tranche d’âge préfèrent démissionner et vivre d’allocations plutôt que de rester dans un emploi jugé insatisfaisant. Les témoignages recueillis par The Telegraph illustrent un malaise profond : isolement, mal-être, sentiment d’inadéquation et manque de repères. Jordan Cocker, 18 ans, raconte son retrait après une expérience de travail chez McDonald’s : « Je ne voulais rien faire. Je restais juste à la maison. Je me sentais horrible. » Floyd Smith, lui, se confine dans sa chambre et se réfugie dans les jeux vidéo pour échapper à la pression sociale.

Ces récits traduisent une déconnexion croissante entre la jeunesse et les institutions, qu’elles soient éducatives ou économiques. Le système scolaire britannique, trop centré sur la théorie et la mémoire, ne prépare pas suffisamment aux réalités du marché du travail. L’apprentissage reste difficile à intégrer pour les jeunes qui n’ont jamais été accompagnés dans leur transition vers l’emploi. Le recours à des programmes alternatifs comme le SCL Education and Training Group ne constitue qu’une réponse partielle et locale à un problème national.

Le gouvernement britannique a tenté de répondre en relevant le salaire minimum de 16,3 % pour les 18-20 ans, mais ce geste, s’il est nécessaire, reste symbolique face à l’ampleur du phénomène. Keir Starmer qualifie la situation de « question morale », mais les politiques publiques peinent à traiter ses causes profondes : inégalités sociales, fragilité du soutien familial, santé mentale, pression psychologique et perte de sens du travail.

La crise britannique résonne également au-delà de ses frontières. En France, 1,4 million de jeunes de 15 à 29 ans sont aujourd’hui hors études, emploi ou formation. Partout, les sociétés modernes font face à la même interrogation : la jeunesse se détourne-t-elle du travail et de l’école par choix ou par impossibilité ? Le phénomène des Neets met en lumière des fragilités structurelles communes : systèmes éducatifs inadaptés, marché du travail saturé ou déconnecté, et absence de parcours alternatifs pour ceux qui ne s’insèrent pas dans les modèles traditionnels.

Pour l’Afrique, le signal d’alarme est tout aussi pertinent. Le chômage des jeunes dépasse souvent 60 % dans certaines zones urbaines, et la question des compétences, de la formation et de l’insertion reste largement insuffisante face à la croissance démographique et aux mutations économiques. Les exemples britanniques et français offrent des leçons claires : ne pas anticiper les transitions éducatives et professionnelles peut produire des générations marginalisées, avec des conséquences économiques, sociales et politiques lourdes.

Le phénomène des Neets n’est donc pas seulement statistique. Il interroge le sens du travail, la pertinence des systèmes éducatifs et le rôle des politiques publiques dans la construction d’une société capable d’intégrer sa jeunesse. La question qui se pose est celle de l’avenir : ces jeunes représentent-ils une génération perdue, ou le signe avant-coureur d’un nouveau rapport à l’éducation, au travail et à la société, qui exige des réponses structurelles et innovantes ?

Celine Dou

Royaume-Uni : le rappeur nord-irlandais Mo Chara poursuivi pour soutien présumé au Hezbollah

Le rappeur nord-irlandais Liam Óg Ó hAnnaidh, plus connu sous le nom de scène Mo Chara, membre du groupe de hip-hop militant Kneecap, a comparu ce mercredi 18 juin devant le tribunal de Westminster à Londres. Il est poursuivi pour avoir, selon l’accusation, manifesté un soutien public à une organisation classée terroriste au Royaume-Uni : le Hezbollah.

L’affaire trouve son origine dans un concert donné par le groupe le 21 novembre 2024 à Londres. Lors de la prestation, Mo Chara aurait agité un drapeau du Hezbollah et scandé des slogans évoquant le Hezbollah et le Hamas. Ces faits, enregistrés sur des vidéos ultérieurement diffusées, ont conduit la police britannique à ouvrir une enquête en avril dernier.

Depuis 2019, le Hezbollah figure sur la liste officielle des organisations terroristes au Royaume-Uni. La législation antiterroriste britannique interdit toute démonstration publique de soutien à de telles organisations. L’accusation repose sur les dispositions du Terrorism Act 2000, particulièrement strict en matière de signalements et de manifestations de sympathie envers des groupes proscrits.

Lors de cette première comparution, Mo Chara a été libéré sous caution sans condition. La prochaine audience a été fixée au 20 août 2025. D’ici là, la défense entend soulever des arguments juridiques portant notamment sur la recevabilité des poursuites, évoquant un éventuel dépassement du délai légal de six mois applicable à certains chefs d’accusation.

En marge de l’audience, plusieurs centaines de sympathisants se sont rassemblés devant le tribunal londonien, agitant drapeaux irlandais et palestiniens. Le rassemblement s’est déroulé dans le calme, mais a mis en lumière l’intérêt que suscite cette affaire au-delà des cercles judiciaires, sur fond de débats politiques et culturels.

Formé en 2017, Kneecap s’est fait connaître pour ses textes mêlant anglais et gaélique, ainsi que pour ses prises de position politiques affirmées en faveur de la réunification de l’Irlande et d’un soutien revendiqué à la cause palestinienne.

Le groupe conteste toute intention de soutenir des organisations terroristes. Selon les déclarations de ses membres, le drapeau du Hezbollah aurait été lancé sur scène par un spectateur et certains slogans auraient été sortis de leur contexte. Mo Chara et ses collègues ont toutefois présenté des excuses publiques à des familles de victimes d’attentats politiques au Royaume-Uni, tout en critiquant ce qu’ils qualifient de traitement médiatique partial.

Interrogé sur l’affaire, le Taoiseach (Premier ministre) irlandais Micheál Martin a rappelé que toute expression de soutien au Hezbollah est inacceptable, en référence notamment à des précédents historiques impliquant l’organisation au Liban. Toutefois, le gouvernement irlandais n’a pas souhaité commenter le fond du dossier en cours d’instruction.

Au-delà de la procédure judiciaire, cette affaire soulève des interrogations plus larges sur les limites de la liberté d’expression artistique face aux exigences sécuritaires. Dans plusieurs pays européens, et notamment au Royaume-Uni, les prises de parole publiques sur des conflits sensibles comme celui du Proche-Orient font l’objet d’une vigilance accrue, sur fond de tensions internationales.

Le procès prévu en août devrait permettre de clarifier l’appréciation des faits au regard de la loi, tout en ravivant le débat plus global sur l’équilibre entre lutte contre le terrorisme et protection des libertés publiques dans les sociétés démocratiques.

Nota rédactionnel : conformément à sa ligne éditoriale, La Boussole – infos présente les faits avec rigueur, contextualisation et impartialité, sans commenter les procédures judiciaires en cours.

Le niqab dans la tourmente européenne : le Danemark légifère, le Royaume-Uni vacille

Alors que les débats sur la place de l’islam dans les sociétés européennes reprennent de la vigueur, deux États d’Europe du Nord viennent d’en offrir une illustration saisissante. D’un côté, le Danemark poursuit sa politique de restrictions en matière de visibilité religieuse dans l’espace public ; de l’autre, le Royaume-Uni se divise sur la question, au point de secouer l’un de ses partis en pleine ascension.

Le 5 juin 2025, la Première ministre danoise Mette Frederiksen a annoncé sa volonté d’élargir l’interdiction du niqab voile intégral couvrant le visage à l’exception des yeux aux établissements scolaires et universitaires du pays. Une mesure qui s’ajouterait à la loi de 2018 interdisant déjà le port du voile intégral dans l’espace public danois.

La cheffe du gouvernement social-démocrate entend ainsi freiner ce qu’elle qualifie de « contrôle social musulman » et « d’oppression des femmes ». Cette proposition s’inscrit dans une logique plus large de réaffirmation des valeurs républicaines danoises, dans un pays qui, bien que peu religieux dans son ensemble, se montre particulièrement sensible aux enjeux liés à l’intégration et à la cohésion nationale.

En filigrane, ce durcissement s’accompagne d’un autre objectif : dissuader l’installation de salles de prière dans les établissements scolaires et universitaires. Pour Mette Frederiksen, l’école doit demeurer un sanctuaire laïque, affranchi de toute influence religieuse visible. Si certains y voient une défense légitime de la neutralité, d’autres y perçoivent une stigmatisation ciblée de l’islam.

La déclaration danoise a rapidement trouvé un écho outre-Manche, dans un contexte politique particulièrement sensible. Le 6 juin, la formation populiste Reform UK, dirigée par Nigel Farage, a été secouée par une crise interne consécutive à la prise de position de l’une de ses élues.

Sarah Pochin, nouvelle députée du parti, a en effet plaidé publiquement pour une interdiction générale de la burqa sur le territoire britannique, suivant ainsi l’exemple danois. Cette proposition, bien qu’individuelle, a provoqué la démission immédiate du président du parti, Zia Yusuf, entrepreneur musulman, qui a dénoncé une posture « stupide » et incompatible avec la ligne officielle.

Nigel Farage, tout en prenant ses distances avec l’idée d’interdiction, a soutenu la nécessité d’un débat public sur le sujet. Il s’est cependant gardé de condamner sa députée, révélant l’équilibre délicat que tente de maintenir Reform UK : séduire un électorat sensible aux enjeux identitaires, sans tomber dans la caricature islamophobe.

Dans un climat déjà tendu, plusieurs figures musulmanes de la société civile britannique ont réagi avec inquiétude, dénonçant un « discours codé » visant à marginaliser davantage les femmes musulmanes dans la sphère publique.

Ces deux épisodes illustrent les tensions croissantes autour des expressions religieuses visibles dans une Europe occidentale traversée par des enjeux de laïcité, d’immigration, et d’intégration. Tandis que le Danemark assume pleinement une politique d’uniformisation culturelle sous couvert de neutralité, le Royaume-Uni historiquement plus multiculturel vacille entre tolérance affichée et tentations restrictives.

Mais derrière ces débats, un enjeu plus profond affleure : celui de l’identité des sociétés européennes contemporaines. À mesure que les expressions religieuses notamment musulmanes s’installent durablement dans l’espace public, les États oscillent entre adaptation et réaffirmation autoritaire de normes perçues comme menacées.

Il reste à savoir si ces choix politiques renforceront l’unité nationale, ou au contraire creuseront davantage les lignes de fracture dans des sociétés déjà traversées par le doute.

Le Royaume-Uni envisage un couvre-feu numérique pour les adolescents : vers une régulation plus stricte des usages en ligne

Santé mentale, temps d’écran, et protection de la jeunesse : une initiative britannique qui interroge les démocraties numériques contemporaines.

Le Royaume-Uni pourrait franchir un nouveau cap dans la régulation numérique : le gouvernement réfléchit à l’instauration d’un couvre-feu numérique pour les adolescents. L’objectif affiché est de limiter l’exposition des mineurs aux écrans durant la nuit, afin de préserver leur santé mentale et de répondre à des inquiétudes croissantes sur les effets délétères des réseaux sociaux. Si cette mesure venait à entrer en vigueur, elle placerait le pays parmi les pionniers d’une régulation active de l’attention numérique des jeunes dans les démocraties libérales.

Cette annonce s’inscrit dans le sillage de l’Online Safety Act, entrée en vigueur au Royaume-Uni à l’été 2025, qui impose déjà aux plateformes des contrôles d’âge renforcés et une modération accrue des contenus destinés aux mineurs. Le secrétaire d’État au numérique, Peter Kyle, entend aller plus loin : des restrictions horaires, notamment après 22h, pourraient être imposées aux adolescents sur les plateformes sociales. L’idée d’un « couvre-feu numérique » fait écho à une régulation déjà expérimentée, comme celle de TikTok, qui limite l’utilisation de ses services pour les moins de 16 ans en soirée.

La démarche s’appuie sur des constats préoccupants : selon les données publiées récemment par la presse britannique, certains enfants passeraient jusqu’à 8 heures par jour devant un écran, un chiffre en forte hausse par rapport à la moyenne de 12,5 heures par semaine en 2014. Ce phénomène s’est accentué avec le télétravail des parents, les écrans devenant un « substitut de présence » après l’école.

Une étude du British Standards Institution révèle que près de la moitié des jeunes de 16 à 21 ans préféreraient un monde sans Internet. Plus frappant encore, 70 % déclarent se sentir moins bien après avoir utilisé les réseaux sociaux. À l’heure où les troubles anxieux et dépressifs sont en nette augmentation chez les adolescents dans les pays industrialisés, ces chiffres résonnent comme un avertissement.

Un soutien notable émerge parmi les jeunes eux-mêmes : 50 % d’entre eux seraient favorables à un couvre-feu numérique à partir de 22h, preuve d’une lucidité sur les effets addictifs des technologies.

Avec cette proposition, le Royaume-Uni poursuit sa stratégie d’encadrement de l’environnement numérique, en rupture progressive avec l’idéologie d’autorégulation qui a prévalu dans les années 2010. Le régulateur britannique Ofcom prépare d’ailleurs un corpus réglementaire qui se veut plus strict encore que celui en vigueur dans l’Union européenne, notamment concernant l’interdiction des algorithmes de recommandation ciblés pour les mineurs.

Derrière ces mesures se dessine un enjeu plus large : celui de la souveraineté numérique des États face à des plateformes transnationales, dont les intérêts commerciaux entrent en collision avec la protection des publics vulnérables. Ce mouvement réglementaire n’est pas isolé. En France, plusieurs députés ont appelé à des initiatives similaires, tandis que la Californie a récemment renforcé son California Age-Appropriate Design Code Act.

Toutefois, l’idée d’un couvre-feu numérique ne fait pas l’unanimité. Les critiques s’inquiètent d’un glissement vers une société de surveillance numérique et d’une délégation excessive du rôle éducatif à l’État, là où l’éducation parentale et scolaire devrait primer. D’autres voix pointent le risque de fracture sociale : comment garantir une application équitable de telles restrictions, dans un contexte où les outils de contrôle numérique sont inégalement accessibles ?

Au fond, cette initiative relance une interrogation essentielle : quel modèle de société numérique voulons-nous construire ? Le Royaume-Uni propose ici une approche volontariste, mêlant régulation étatique, responsabilisation des plateformes, et implication des familles. Une tentative de tracer une ligne de crête entre liberté d’expression, protection de l’enfance, et démocratie numérique.

À l’heure où les jeunes générations grandissent immergées dans un monde connecté, la question du temps d’écran ne saurait se réduire à une affaire domestique. Elle touche à la fabrique même du lien social, du rapport au réel et de la citoyenneté numérique. En cela, le débat britannique dépasse largement les frontières de l’île et interpelle l’ensemble des démocraties modernes.