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Taliban à Bruxelles, contacts avec le Hamas, coopération avec la Libye : jusqu’où l’Occident est-il prêt à composer avec ses anciens ennemis ?

Pendant des années, les capitales occidentales ont présenté les taliban et le Hamas comme des ennemis de l’ordre international. Cette semaine pourtant, une délégation talibane était reçue à Bruxelles tandis que des révélations faisaient état de contacts entre des représentants français et le Hamas. Au même moment, Amnesty International accusait l’Union européenne de fermer les yeux sur les abus commis contre les migrants en Libye. Trois informations distinctes, une même question : que devient une politique de refus lorsque ceux que l’on refusait hier deviennent incontournables ?

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À Bruxelles, les responsables européens ont pris soin de préciser que la rencontre avec les taliban ne constituait en rien une reconnaissance du régime afghan. L’exercice de communication était prévisible. Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les taliban demeurent au cœur de profondes tensions avec les pays occidentaux, notamment en raison des restrictions imposées aux femmes et aux filles. Pourtant, les représentants du mouvement ont bien été reçus dans la capitale de l’Union européenne afin d’évoquer la question des réfugiés afghans et les mécanismes de retour vers l’Afghanistan.

L’image est difficile à ignorer. Pendant vingt ans, les États-Unis d’Amérique et leurs alliés ont mené une guerre destinée, entre autres, à empêcher les taliban de gouverner le pays. Des milliers de soldats ont été déployés, des milliards de dollars investis et un État afghan soutenu à bout de bras. Aujourd’hui, les mêmes puissances doivent traiter avec ceux qu’elles ont combattus pendant deux décennies.

La guerre s’est achevée. La géographie, elle, n’a pas changé. Les taliban contrôlent Kaboul, les administrations, les frontières et les institutions du pays. Pour qui souhaite gérer la question migratoire afghane, il n’existe pas d’interlocuteur alternatif.

La même réalité se dessine en filigrane dans le dossier palestinien.

Les informations évoquant une rencontre entre des représentants français et le Hamas ont été officiellement démenties par Paris. En l’absence d’éléments permettant d’établir les faits avec certitude, la prudence s’impose. Mais le débat né de ces révélations dépasse largement la question de leur véracité.

Depuis des mois, les chancelleries occidentales réfléchissent à l’avenir de Gaza. Elles parlent de reconstruction, de gouvernance, de sécurité et d’architecture politique pour l’après-guerre. Pourtant, une difficulté demeure au centre de toutes les équations : comment imaginer l’avenir d’un territoire en faisant abstraction de l’un des acteurs qui y exerce encore une influence majeure ?

Le Hamas reste considéré comme une organisation terroriste par l’Union européenne. Cette qualification n’est pas remise en cause. Mais elle ne répond pas à la question pratique à laquelle se heurtent les diplomates. Une organisation peut être condamnée, sanctionnée et combattue. Lorsqu’elle conserve une capacité d’action sur le terrain, elle ne disparaît pas pour autant des calculs politiques.

L’affaire libyenne complète ce tableau sous un angle différent.

Depuis plus d’une décennie, la lutte contre l’immigration irrégulière est devenue l’une des priorités stratégiques de l’Union européenne. Pour contenir les départs vers les côtes européennes, Bruxelles a progressivement renforcé sa coopération avec différents acteurs libyens. Cette politique a contribué à réduire certains flux migratoires. Elle a aussi exposé l’Union européenne à des critiques persistantes.

Les rapports des Nations unies, les enquêtes journalistiques et les organisations de défense des droits humains décrivent depuis des années un environnement marqué par les violences contre les migrants, les détentions arbitraires et les abus. Amnesty International accuse désormais les institutions européennes de privilégier les objectifs migratoires au détriment des principes qu’elles affirment défendre.

Là encore, la controverse révèle une contradiction plus profonde que la seule question libyenne. L’Europe continue de dénoncer certaines pratiques tout en coopérant avec des acteurs qu’elle juge indispensables à la protection de ses frontières.

Les trois dossiers ne racontent pas une conversion idéologique de l’Occident. Les taliban ne sont pas devenus fréquentables aux yeux des Européens. Le Hamas n’est pas devenu acceptable parce que certains réfléchissent à l’avenir de Gaza. Les autorités libyennes n’ont pas acquis une réputation exemplaire en matière de droits humains.

Ce qui a changé n’est pas la nature de ces acteurs. Ce sont les rapports de force.

Depuis la fin de la guerre froide, les puissances occidentales ont souvent pensé les relations internationales à travers une distinction relativement claire entre partenaires et adversaires. Les événements de ces dernières années ont progressivement brouillé cette frontière. L’Afghanistan, Gaza et la Libye rappellent chacun à leur manière qu’il est parfois plus facile de condamner un acteur que de l’écarter durablement du jeu.

Les diplomates le savent depuis longtemps : la politique internationale ne consiste pas à choisir ses interlocuteurs mais à composer avec les réalités du terrain. Les opinions publiques, elles, découvrent plus difficilement cette logique lorsque ceux avec lesquels on dialogue aujourd’hui sont précisément ceux que l’on présentait hier comme des ennemis irréconciliables.

C’est sans doute ce qui explique le malaise suscité par ces trois actualités. Elles mettent en lumière un décalage grandissant entre le langage des principes et celui des intérêts. Les premiers continuent de structurer les discours officiels. Les seconds orientent de plus en plus les décisions.

Les responsables européens répètent que dialoguer ne signifie pas reconnaître et que coopérer ne revient pas à approuver. La formule est diplomatiquement utile. Elle ne change toutefois rien au constat que révèlent les événements de ces derniers jours : les acteurs que l’on promettait hier d’isoler sont aujourd’hui devenus des interlocuteurs que l’on ne peut plus ignorer.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Société : sur les « thérapies de conversion », l’UE renvoie l’interdiction aux États

À Bruxelles, le mot “interdiction” a disparu du discours européen. Il a été remplacé par une formule plus prudente : les États membres sont “invités à agir”. Entre les deux, il y a une réalité institutionnelle simple l’Union européenne ne pourra pas interdire les « thérapies de conversion » par une loi commune.

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Le sujet avait pourtant pris place dans le débat européen, porté par des résolutions, des déclarations répétées et une pression citoyenne inédite. Mais au moment de transformer cette dynamique en texte contraignant, l’Union européenne se heurte à un plafond bien connu : celui des compétences juridiques. La décision glisse alors vers les États membres, une fois encore.

Une limite juridique qui redessine le débat

Les « thérapies de conversion », pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne, font l’objet de condamnations politiques régulières au niveau européen. Le sujet n’est pas nouveau, ni marginal dans les institutions.

Mais lorsqu’il s’agit de passer de la prise de position à la loi, le cadre change. La Commission européenne estime ne pas disposer d’une base juridique suffisante pour imposer une interdiction uniforme dans l’ensemble des États membres.

La difficulté est structurelle : santé, éducation, droit de la famille. Autant de domaines où l’Union intervient peu ou indirectement. Et où les États gardent l’essentiel de la main.

Une Europe fragmentée sur un même sujet

Sur le terrain, les situations varient fortement. Certains États ont déjà interdit ces pratiques. D’autres n’ont pas de cadre spécifique. Entre les deux, des zones grises persistent.

Ce déséquilibre n’est pas nouveau dans l’Union. Mais ici, il touche un sujet particulièrement sensible, déjà largement tranché dans le débat public, sans l’être dans le droit.

Résultat : une protection variable selon les pays, et une harmonisation qui reste hors de portée à court terme.

Le Parlement européen et la pression politique

Le Parlement européen a adopté une résolution appelant à une interdiction à l’échelle de l’Union. Un texte sans effet contraignant, mais politiquement significatif.

Dans le même temps, une initiative citoyenne européenne a dépassé le million de signatures, obligeant la Commission à répondre officiellement.

Mais la réponse reste constante : soutien à l’objectif, refus d’une loi européenne immédiate.

Le décalage entre position politique et outil juridique

Depuis plusieurs années, l’Union européenne occupe un espace fort sur les questions de droits fondamentaux. Les prises de position sont claires, répétées, souvent ambitieuses.

Mais sur ce dossier précis, un écart apparaît entre le discours et les moyens d’action. L’Union soutient l’interdiction, mais ne peut pas la produire elle-même dans un cadre uniforme.

Ce n’est pas un revirement. C’est une contrainte institutionnelle qui devient visible.

Une stratégie qui se déplace vers les États

Faute de levier législatif direct, la dynamique change de niveau. L’Union mise désormais sur les législations nationales, la coordination et la pression politique.

Autrement dit, elle ne tranche pas. Elle oriente.

Et laisse aux États membres le soin de transformer ou non cette orientation en droit interne.

Le débat sur les « thérapies de conversion » ne quitte pas l’agenda européen. Mais il change de terrain. Moins centralisé, moins uniforme, plus dépendant des choix nationaux.

Dans ce glissement, c’est une réalité plus large qui apparaît : celle d’une Union européenne souvent plus forte dans l’énoncé des principes que dans leur mise en œuvre juridique directe.

Celine Dou, pour la Boussole-infos