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Afghanistan : du féminicide social au féminicide physique — quand un séisme révèle l’inhumanité d’un régime

Le tremblement de terre qui a frappé l’Hindou-Kouch fin août n’a pas seulement bouleversé la terre. Il a révélé, dans toute sa crudité, une société où les femmes sont niées jusqu’à la mort. Sous prétexte de lois religieuses interdisant aux hommes de toucher une femme, des blessées ont été abandonnées sous les décombres. Le séisme a mis en lumière une réalité terrifiante : en Afghanistan, l’invisibilisation sociale s’est muée en élimination physique.

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Quand la terre tremble, les lois tuent

Dans la nuit du 31 août 2025, un séisme d’une magnitude importante a secoué la chaîne montagneuse de l’Hindou-Kouch, dans le nord-est de l’Afghanistan. Les bilans, encore fluctuants, font état de plus de 2 200 morts et 3 600 blessés, selon les autorités locales et les premières estimations relayées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Mais au-delà des chiffres, une autre tragédie, plus insidieuse, a émergé des décombres. Dans plusieurs villages, des témoins ont rapporté que les femmes blessées n’avaient pas été secourues par les équipes masculines. Ces dernières, obéissant à des décrets religieux interdisant tout contact physique entre hommes et femmes non apparentés, se sont abstenues de leur venir en aide. Certaines victimes ont été laissées à mourir sous les gravats, d’autres tirées par leurs vêtements pour éviter tout contact avec leur peau.

Un volontaire afghan, interrogé par le New York Times, a résumé la scène d’une phrase glaçante : « On aurait dit que les femmes étaient invisibles. » Invisibles, donc intouchables. Intouchables, donc sacrifiables.

Face à ces révélations, l’OMS a lancé un appel urgent aux autorités talibanes, demandant la levée immédiate des restrictions imposées aux travailleuses humanitaires. En vain pour l’instant. Car depuis quatre ans, le pouvoir taliban a méthodiquement détruit les conditions mêmes d’existence des femmes dans l’espace public.

De la burqa au silence : le féminicide social

Depuis la reprise du pouvoir par les talibans en 2021, l’effacement des femmes s’est imposé comme l’un des piliers du régime. D’abord la burqa, symbole de leur disparition visuelle. Puis la fermeture des écoles, des universités, et des emplois féminins. Enfin, l’interdiction récente faite à certaines de parler publiquement, y compris entre elles, scellant leur effacement sonore.

C’est un féminicide social : la mort de la femme en tant que sujet social, politique et humain.
Ne plus voir, ne plus entendre, ne plus instruire, ne plus soigner, ne plus agir. L’interdiction de la parole, entrée en vigueur dans plusieurs provinces en 2025, achève un cycle d’aliénation totale.

Ce processus d’effacement systématique ne se limite pas à la symbolique. Il produit des conséquences mortelles. Car lorsqu’un séisme survient dans un pays où les femmes ne peuvent être secourues ni par des hommes ni par des équipes féminines faute de droit de se déplacer, l’interdiction de sauver devient une arme létale.

Quand la morale dévoyée remplace l’humanité

Ce qui s’est joué dans les villages détruits du nord-est afghan dépasse la simple rigidité doctrinale. Il s’agit d’un basculement anthropologique : un système où le respect des règles religieuses prévaut sur le devoir de sauver la vie.
L’idéologie talibane repose sur une obsession sexuelle : celle de considérer toute interaction entre hommes et femmes comme une menace de tentation. Cette vision, qui pervertit le sens même du sacré, transforme les femmes en sources permanentes de danger moral, à tenir à distance jusque dans la mort.

Ce qui était d’abord un contrôle social s’est transformé en condamnation physique. Ce n’est plus seulement la liberté qui est supprimée, c’est la vie elle-même qui devient conditionnelle subordonnée à l’honneur masculin et à la pureté supposée du regard.

L’Afghanistan vient d’inventer l’impensable : un monde où mourir sous les décombres est jugé plus conforme à la loi divine que d’être sauvée par un homme.

Les répliques d’un désastre annoncé

Les talibans n’ont pas seulement imposé leur loi : ils ont méthodiquement détruit l’infrastructure humanitaire susceptible de venir en aide à leurs concitoyennes. Depuis 2022, les ONG internationales ont vu leurs équipes féminines suspendues ou contraintes au retrait, rendant impossible tout secours équitable.

L’OMS estime que moins de 10 % du personnel médical en Afghanistan est désormais féminin, et que même ces soignantes doivent se déplacer accompagnées d’un tuteur. La conséquence est directe : les soins aux femmes deviennent sporadiques, retardés, voire inexistants.

Le séisme du 31 août n’a donc pas seulement révélé une faiblesse organisationnelle : il a mis à nu un système de mort différenciée, où la nature frappe aveuglément, mais où la société choisit ses victimes.

L’indignation sélective : le grand silence occidental

Cette tragédie aurait dû déclencher un tollé planétaire. Elle n’a suscité que des murmures.
Les chancelleries ont condamné du bout des lèvres, les grandes capitales occidentales se sont contentées d’exprimer leur « préoccupation ». Mais plus surprenant encore et plus inquiétant est le silence assourdissant de certaines mouvances féministes occidentales, d’ordinaire si promptes à dénoncer les violences domestiques ou les inégalités salariales.

Lorsqu’un homme blanc tue sa compagne, la société occidentale s’enflammeà juste titre. Mais lorsque des centaines de femmes sont laissées mourir, non par un individu, mais par un régime politique qui a fait de leur mort une conséquence naturelle de ses lois, la colère s’éteint.

Il ne s’agit pas ici de hiérarchiser la souffrance, mais d’interroger la cohérence morale. Un féminisme crédible ne peut s’émouvoir du drame individuel tout en se taisant face au féminicide d’État.
Le silence n’est pas neutralité : c’est une complicité par omission.

L’exigence du réel

Les faits, rien que les faits. Le rôle du journalisme n’est pas d’aménager le confort des consciences, mais d’exposer la réalité telle qu’elle est.
En Afghanistan, le séisme a fissuré le sol, mais aussi le vernis des discours diplomatiques. Ceux qui, en 2021, espéraient des « talibans inclusifs » ont désormais la mesure du désastre.
Il n’y a pas de variante bienveillante du fanatisme. Il n’y a pas de justice possible là où la moitié de l’humanité est condamnée au silence, puis à la mort.

La communauté internationale doit cesser de tolérer, au nom du relativisme culturel, la barbarie érigée en norme religieuse.
Et les voix féministes doivent retrouver leur cohérence : l’universalité des droits des femmes commence par le courage de nommer la vérité, même quand elle dérange les alliances idéologiques.

La Boussole – infos

Dire les faits. Rétablir la réalité. Défendre la raison.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Siargao, aux Philippines : les Français qui réinventent leur vie sur une île paradisiaque… à quel prix ?

Siargao attire de plus en plus de jeunes Français prêts à quitter l’Europe pour une vie en apparence plus libre et proche de la nature. Mais derrière ce rêve paradisiaque, des questions financières, fiscales et sociales se posent : d’où viennent les moyens pour réussir cette transition et quelles en sont les implications pour les expatriés et les habitants locaux ?

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I. L’attraction des îles paradisiaques

Siargao, dans le sud des Philippines, est devenue en quelques années une destination touristique majeure. Ses plages de sable blanc, ses vagues idéales pour le surf et sa mangrove, la plus grande d’Asie du Sud-Est, attirent chaque année un nombre croissant de visiteurs. En trois ans, le flux touristique a quintuplé pour atteindre 550.000 personnes l’an dernier.

Cette expansion touristique a également attiré des expatriés, notamment de jeunes Français en quête de réinvention personnelle et professionnelle. L’île représente pour eux un espace où le temps semble ralentir et où la vie peut se rapprocher de valeurs plus naturelles et moins contraintes par la pression urbaine européenne.

II. Quête de sens ou fuite de la pression ?

Les motivations avancées par ces expatriés sont multiples. Léa, 34 ans, a quitté Londres et un poste prestigieux chez Vogue, avec un salaire de 5.000 euros par mois, pour s’installer à Siargao. Le stress, les horaires incessants et la pression permanente du milieu de la mode l’ont poussée à chercher un mode de vie plus en phase avec ses valeurs.

Cette quête de sens n’est pas un phénomène isolé. Elle traduit une tendance plus large en Europe : les jeunes générations cherchent à échapper à des carrières qui les épuisent, à renouer avec la nature et à développer des activités qui ont un impact concret, comme l’enseignement ou les projets écologiques.

III. Les moyens financiers : un luxe nécessaire

Abandonner sa carrière européenne pour s’installer sur une île paradisiaque n’est pas gratuit. Les expatriés disposent généralement de moyens financiers solides : économies personnelles, revenus issus de la vente de biens, ou soutien familial. Les projets entrepreneuriaux locaux comme la vente d’eau de coco, les services touristiques ou les locations de villas nécessitent également des capitaux de départ.

Le coût de la vie locale peut paraître faible, mais il est relatif. Léa paie 500 euros par mois pour un kubo de 15 m², soit deux fois et demi le salaire moyen aux Philippines. Les expatriés maintiennent donc souvent un niveau de vie supérieur à celui des habitants, ce qui soulève des questions fiscales : le fisc français suit-il les revenus transférés ou générés à l’étranger ? La plupart des expatriés restent légalement redevables de certains impôts, mais le suivi et la régulation sont complexes.

IV. Effets sur l’île et la population locale

L’arrivée massive d’expatriés a des conséquences économiques et sociales visibles. L’afflux de capitaux crée des opportunités d’emploi local, mais contribue aussi à la flambée des loyers et à une forme de gentrification, parfois au détriment des habitants. La transformation du paysage, avec la construction de villas et l’exploitation des ressources naturelles, menace l’équilibre écologique de l’île.

Christophe, fils d’un investisseur français arrivé à Siargao dans les années 1980, rappelle la fragilité du système : “L’herbe qui pousse dans le sable, destinée à prévenir l’érosion, a presque disparu (…) Dans deux ans, si on ne fait rien, ce sera vraiment une désolation.” L’activité touristique non régulée met en tension les intérêts économiques, sociaux et environnementaux.

V. Les limites du rêve

La vie sur l’île n’est pas exempt de difficultés. L’adaptation aux infrastructures locales, souvent rudimentaires, et la dépendance aux flux touristiques rendent l’expérience plus fragile qu’elle n’y paraît. Les expatriés vivent un confort relatif et doivent parfois renoncer à certaines commodités occidentales.

La réinvention de soi à Siargao est donc un équilibre délicat entre liberté et contraintes économiques, entre rêve personnel et réalités sociales et environnementales.

VI. Un modèle qui interroge

Siargao illustre la volonté de certains jeunes Européens de réinventer leur vie en dehors des cadres habituels, mais cette liberté a un coût. La question financière et fiscale, l’impact sur les habitants et sur l’environnement montrent que ce modèle n’est pas sans conséquence.

Au-delà du rêve paradisiaque, l’exemple de Siargao invite à réfléchir sur la manière dont les sociétés locales peuvent concilier tourisme, expatriation et préservation de leur identité, tout en permettant aux jeunes Européens de s’affranchir des contraintes de leur ancien mode de vie.

Celine Dou

Madagascar : les brigades féminines de proximité, un signe avant-coureur dans un pays en crise

Madagascar traverse depuis quelques jours une crise profonde, marquée par des manifestations massives contre le gouvernement et des pénuries de services essentiels. Dans ce contexte chaotique, l’existence des brigades féminines de proximité, créées dès 2017, apparaît comme un indicateur clé de l’état de la société malgache et de ses fragilités.

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Ces unités, composées exclusivement de policières, ont pour mission d’accompagner, protéger et conseiller les femmes et enfants victimes de violences. Avec 240 membres réparties sur l’ensemble du territoire, elles représentent l’un des rares dispositifs institutionnels dédiés à la protection des populations vulnérables. Leur présence sur le terrain permet de prévenir et de documenter des violences souvent invisibles, et d’offrir un accès direct à la justice et aux services sociaux.

Leur rôle ne se limite pas à l’assistance : ces brigades ont également un effet de prévention et de sensibilisation. Dans un pays où l’État peine à maintenir l’ordre et où les institutions locales ont souvent des moyens limités, elles symbolisent la capacité de la société civile et de l’État à anticiper des tensions sociales qui, aujourd’hui, se manifestent à grande échelle.

La récente crise à Madagascar, déclenchée par des contestations populaires autour de la gouvernance et de la sécurité, révèle combien ces structures étaient
déjà un signe avant-coureur des besoins de protection et de médiation dans la société. Les brigades féminines de proximité ont, en effet, permis d’identifier et de traiter de manière préventive certaines formes de violences qui auraient pu alimenter davantage le chaos actuel.

Cependant, leur efficacité reste limitée par des moyens insuffisants et des pressions politiques et sociales croissantes. Malgré cela, elles demeurent un exemple concret de réponse institutionnelle face à des problématiques anciennes mais souvent négligées, rappelant que la stabilité sociale repose autant sur des mesures préventives que sur des interventions ponctuelles.

À travers leur action, ces brigades démontrent que le respect des droits humains et la protection des plus vulnérables peuvent constituer des repères fiables même dans un environnement instable, et que la capacité d’un État à anticiper les crises passe aussi par l’attention portée à ces acteurs souvent méconnus mais essentiels.

Celine Dou

États-Unis d’Amérique : Stephen King et la censure des livres, un miroir des tensions culturelles

Stephen King, le maître de l’horreur, est aujourd’hui l’auteur le plus censuré des écoles des États-Unis d’Amérique. Selon le rapport Banned in the USA de PEN America pour l’année scolaire 2024-2025, plus de 6 800 livres ont été retirés des bibliothèques scolaires, temporairement ou définitivement. Ce chiffre reflète une société profondément divisée sur ce qui doit être accessible aux jeunes.

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Une Amérique coupée en deux

La censure se concentre principalement dans trois États : Floride, Texas et Tennessee, où des lois locales obligent les écoles à retirer des ouvrages jugés “inappropriés”. À l’inverse, des États comme l’Illinois, le Maryland ou le New Jersey limitent le pouvoir des établissements scolaires de censurer les livres.

Même au sein d’un même État, certaines écoles respectent les interdictions et d’autres non, ce qui montre que la censure dépend autant de pressions locales et idéologiques que de la loi elle-même.

Stephen King en tête de liste

Les livres de Stephen King ont été censurés 206 fois, dont Carrie et Le Fléau. L’ouvrage le plus interdit tous auteurs confondus est L’Orange mécanique d’Anthony Burgess. D’autres auteurs comme Judy Blume, Patricia McCormick, Sarah J. Maas ou Jodi Picoult ont aussi vu leurs livres retirés.

Les motifs sont variés : thèmes LGBTQ+, passages violents, sexualité ou représentations raciales. De plus en plus souvent, des livres sont retirés avant même qu’une plainte ne soit formulée, par peur de conflits ou de pressions communautaires.

La censure “woke” et le silence médiatique

Contrairement à ce que les médias internationaux surtout occidentaux et majoritairement de gauche présentent, la censure n’est pas seulement le fait des conservateurs. Une grande part est pratiquée par l’idéologie “wokiste”, qui cherche à contrôler le contenu culturel pour qu’il corresponde à ses standards moraux et sociaux.

Certaines actions, bien que symboliques, rappellent les pratiques des dictatures : autodafés, enterrements de livres dans des “fausses communes”. Depuis le début du mandat de Joseph Biden, ces gestes ont été observés à plusieurs reprises, mais les médias et politiciens progressistes n’en ont presque pas parlé.

Le constat est clair : quelle que soit l’idéologie conservatrice ou “progressiste” interdire des livres est une pratique ancienne, qui traverse les siècles.

Une censure qui peut protéger

Toutefois, il est important de noter que certaines interdictions peuvent être justifiées. Ces livres contiennent parfois des pensées et des scènes violentes ou sexuelles pouvant perturber des enfants et adolescents, et certains parents et enseignants considèrent qu’il est légitime de préserver les jeunes publics de contenus potentiellement destructeurs pour leur développement et la cohésion sociale.

La question n’est donc pas seulement de savoir si la censure existe, mais comment protéger les enfants tout en permettant l’accès à la lecture et à la réflexion critique.

Une constante historique

La censure n’est pas un phénomène nouveau.

  • Dans l’Antiquité, des écrits philosophiques furent interdits pour “contester les dieux de la cité”.
  • Sous Rome, des textes jugés subversifs étaient brûlés.
  • Au Moyen Âge, l’Église dressait ses index de livres interdits.
  • Au XXᵉ siècle, les régimes totalitaires ont multiplié autodafés et purges littéraires.

Aujourd’hui, la censure aux États-Unis d’Amérique prend de nouvelles formes, mais elle reflète toujours une tension entre liberté et protection, particulièrement lorsqu’il s’agit de jeunes lecteurs.

Celine Dou

Sanae Takaichi « Trump du Pacifique » : La nationaliste qui veut réarmer le Japon et rompre avec l’héritage pacifiste

Elle est sur le point d’entrer dans l’histoire comme la première femme à diriger le Japon. Mais derrière ce symbole, Sanae Takaichi porte une ambition bien plus radicale : réarmer le pays, revisiter son histoire et affirmer une puissance japonaise affranchie du pacifisme imposé depuis 1945. Une orientation qui inquiète autant qu’elle fascine, au sein d’une Asie déjà sous haute tension.

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À 64 ans, Sanae Takaichi incarne un paradoxe : première femme à pouvoir accéder au poste de Première ministre du Japon, mais issue de l’aile la plus conservatrice du Parti libéral-démocrate (PLD). Fille d’un épicier de Nara, elle a gravi les échelons d’un monde politique longtemps fermé aux femmes, portée par une ténacité qu’elle revendique comme son principal atout.

Élue présidente du PLD en octobre 2025, Takaichi s’est imposée comme la figure la plus en vue de la droite dure japonaise. Admiratrice revendiquée de Shinzo Abe, dont elle se veut l’héritière, elle prône un Japon fort, décomplexé, maître de son destin militaire et historique.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Japon vit sous le régime de la Constitution pacifiste de 1947, qui interdit à l’armée tout rôle offensif. Pour Takaichi, ce cadre est devenu obsolète face à la montée en puissance de la Chine et aux provocations nord-coréennes.

Elle veut doter le Japon de capacités de frappe à longue portée, moderniser ses missiles, et réviser l’article 9 de la Constitution pour reconnaître officiellement le droit à la défense préventive. Son discours séduit une partie de l’opinion, lassée de voir le pays dépendre du parapluie sécuritaire des États-Unis d’Amérique, mais suscite aussi des craintes dans la région.

Pékin y voit un glissement vers le militarisme, Séoul dénonce une remise en cause de l’histoire, et les centristes japonais redoutent une dérive nationaliste qui isolerait Tokyo sur la scène asiatique.

L’un des aspects les plus controversés de Sanae Takaichi réside dans sa gestion de la mémoire. Elle se rend régulièrement au sanctuaire Yasukuni, où sont honorés des criminels de guerre de l’ère impériale, un geste perçu comme une provocation par les voisins asiatiques.

Sur les sujets de société, elle défend une vision conservatrice : opposition au mariage homosexuel, refus de l’égalité du nom de famille pour les couples mariés, hostilité à une politique migratoire ouverte. Ces positions, combinées à sa rhétorique nationaliste, lui valent le surnom médiatique de « Trump du Pacifique » une formule qu’elle ne rejette pas totalement.

Malgré sa victoire interne, Takaichi ne dispose pas encore d’une majorité stable pour gouverner. Le Komeito, parti centriste et allié traditionnel du PLD, a annoncé son retrait de la coalition, jugeant sa ligne trop radicale. Le PLD, affaibli par les élections récentes, ne détient plus la majorité absolue au Parlement.

Cette fragilité pourrait limiter sa marge de manœuvre, notamment sur la réforme constitutionnelle, qui exige une large majorité. Son défi immédiat sera donc de concilier un discours de fermeté nationale avec les impératifs de coalition dans un système politique marqué par le compromis.

Si Sanae Takaichi accède à la tête du gouvernement, le Japon pourrait connaître une inflexion majeure de sa politique étrangère. Son objectif est clair : restaurer la fierté nationale et rompre avec l’autocensure diplomatique héritée de l’après-guerre.

Mais cette ambition se heurte à plusieurs réalités : une population vieillissante, une dette publique colossale, une dépendance énergétique extérieure et une société encore prudente face au militarisme. Les défis économiques et sociaux pourraient vite rattraper les rêves de grandeur.

Le Japon se trouve à la croisée des chemins. Entre déclin démographique, dépendance technologique et montée des tensions régionales, la tentation du réarmement traduit une inquiétude existentielle : celle d’un pays longtemps pacifié, désormais rattrapé par la logique des blocs.

Sanae Takaichi symbolise cette mutation. Pour la première fois depuis 1945, une dirigeante japonaise revendique une puissance militaire et un récit national affranchi des tutelles.
Reste à savoir si le Japon saura conjuguer affirmation stratégique et prudence historique, ou s’il s’engagera sur la voie d’un nationalisme dont les cicatrices sont encore vives dans la mémoire asiatique.

Celine Dou

Mexique : pluies torrentielles font au moins 64 morts et 65 disparus, Hidalgo et Veracruz particulièrement touchés

Entre le 6 et le 12 octobre 2025, des pluies exceptionnelles ont frappé plusieurs États du Mexique, provoquant des inondations et des glissements de terrain qui ont fait au moins 64 morts et 65 disparus, selon le bilan provisoire des autorités. Les États d’Hidalgo et de Veracruz sont particulièrement touchés. Cette catastrophe met en lumière la vulnérabilité du pays face aux phénomènes climatiques extrêmes et soulève des questions sur la résilience des infrastructures et la gestion des risques.

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Les précipitations ont été causées par une dépression tropicale, un phénomène courant dans la saison des ouragans (juin-novembre). Leur intensité exceptionnelle s’explique également par les effets du changement climatique, qui accentue la fréquence et la violence des épisodes pluvieux dans la région.

Les zones touchées présentent une géographie complexe : Veracruz, sur la côte est, est régulièrement exposé aux tempêtes tropicales, tandis que les reliefs montagneux d’Hidalgo et Puebla sont particulièrement vulnérables aux glissements de terrain. Les sols déjà saturés par les pluies précédentes ont amplifié les destructions et isolé plusieurs villages, compliquant l’accès des secours.

Le gouvernement mexicain, en coordination avec la protection civile et l’armée, a mobilisé des équipes pour retrouver les disparus et fournir assistance aux populations affectées. Des centres d’accueil temporaires ont été installés afin d’assurer hébergement, alimentation et soins médicaux aux sinistrés.

Le président mexicain a annoncé des fonds d’urgence pour la reconstruction des infrastructures, alors que plusieurs routes et ponts ont été détruits, ralentissant l’acheminement de l’aide humanitaire.

Au-delà du bilan humain immédiat, cette catastrophe révèle la fragilité des infrastructures et des dispositifs de prévention face aux phénomènes extrêmes. Les experts identifient plusieurs axes prioritaires :

  • Planification urbaine adaptée, pour limiter l’exposition des populations aux zones à haut risque.
  • Systèmes d’alerte précoce renforcés, pour anticiper crues et glissements de terrain.
  • Gestion des bassins versants et sols, afin de réduire l’impact des pluies torrentielles.

Cette situation s’inscrit dans un contexte régional plus large : plusieurs pays d’Amérique latine, exposés aux mêmes phénomènes climatiques, sont confrontés à des défis similaires en matière de résilience et de protection des populations.

Les pluies torrentielles d’octobre 2025 rappellent que la préparation et la résilience face aux catastrophes naturelles sont essentielles pour réduire l’impact humain et matériel. Si les opérations de secours et les fonds d’urgence sont indispensables à court terme, la prévention et l’adaptation aux changements climatiques seront déterminantes pour limiter le nombre de victimes à l’avenir.

Celine Dou

Compliments excessifs et surprotection : des habitudes parentales qui peuvent favoriser l’égocentrisme chez l’enfant

Des chercheurs néerlandais et états-uniens alertent sur l’impact de certains comportements parentaux, comme les compliments systématiques et la surprotection, sur le développement psychologique des enfants. Ces pratiques pourraient accroître leur dépendance à la validation extérieure et encourager des comportements égocentriques.

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Une étude conjointe de l’université d’Amsterdam et de l’université de l’État de l’Ohio a analysé l’influence de certaines pratiques parentales sur le développement de traits narcissiques et d’égocentrisme chez les enfants. Les chercheurs se sont particulièrement intéressés aux compliments immérités et à la surprotection, c’est-à-dire à des comportements parentaux qui visent à éviter toute frustration ou déception pour l’enfant.

Selon les résultats observés, les enfants dont les parents multiplient les louanges sans fondement objectif peuvent développer une dépendance accrue à la validation externe. Cette dépendance s’accompagne d’une plus grande difficulté à gérer les échecs et les situations frustrantes, et, dans certains cas, de comportements interpersonnels qualifiés par les psychologues de manipulateurs ou égocentriques.

Les chercheurs insistent cependant sur le fait que ces effets ne sont ni systématiques ni inévitables. Le tempérament de l’enfant, le contexte familial global et l’environnement social jouent un rôle déterminant. Un enfant peut recevoir des compliments fréquents sans développer de traits narcissiques si l’éducation inclut la reconnaissance des efforts réels, l’acceptation des erreurs et l’apprentissage de la résilience.

Les psychologues du développement recommandent de valoriser les efforts concrets et les progrès réels, plutôt que de flatter systématiquement l’enfant. Le but est de renforcer une estime de soi solide et réaliste, qui ne dépende pas uniquement de l’approbation extérieure.

Eddie Brummelman, chercheuse en psychologie à l’université d’Amsterdam et coauteure de plusieurs travaux sur le sujet, souligne :

« L’enfant doit comprendre qu’il est aimé pour ce qu’il est, mais valorisé pour ce qu’il accomplit. Cette distinction est essentielle pour son développement émotionnel et social. »

Dans des sociétés où l’estime de soi est valorisée dès le plus jeune âge, et où la protection de l’enfant contre l’échec est souvent la règle, ces résultats rappellent l’importance de préparer les enfants à la réalité et à la frustration. La surprotection et les compliments systématiques ne doivent pas masquer l’apprentissage de la patience, de l’effort et de la gestion des émotions.

L’étude invite ainsi parents et éducateurs à réfléchir à l’usage des encouragements, pour qu’ils soient constructifs et adaptés au développement réel de l’enfant, plutôt que de créer des attentes irréalistes ou un besoin constant de reconnaissance.

Les compliments et la bienveillance restent essentiels dans l’éducation, mais leur usage doit être réfléchi. Une approche équilibrée valoriser les efforts réels, accompagner l’enfant dans l’apprentissage de la frustration et des erreurs constitue un levier fondamental pour construire une personnalité autonome et émotionnellement stable.

Celine Dou

France – Le Sénat saisi d’une proposition de loi pour libérer les enfants de parents défaillants de l’obligation alimentaire

Face à la montée des témoignages d’adultes brisés par des enfances violentes ou négligées, le Sénat français examine une proposition de loi qui pourrait bouleverser un des piliers du droit civil : l’obligation alimentaire envers ses parents.

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« Hors de question de payer pour quelqu’un qui a brisé mon enfance ». Ces mots, durs mais récurrents, traduisent le ras-le-bol de nombreuses personnes en France confrontées à une exigence juridique qui leur semble moralement insoutenable : devoir financièrement assister un parent qui les a abandonnés, maltraités ou rejetés.

Portée par le sénateur Xavier Iacovelli, la proposition de loi n°349, déposée le 17 février 2025, entend permettre à tout adulte âgé de 18 à 30 ans de renoncer par acte notarié à cette obligation alimentaire, lorsque le parent concerné s’est montré défaillant dans ses devoirs. L’acte, une fois enregistré, pourrait être contesté dans les six mois par le parent, mais la charge de la preuve pèserait alors sur ce dernier, tenu de démontrer qu’il a assumé avec bienveillance ses responsabilités éducatives.

En France, l’obligation alimentaire découle du principe de solidarité familiale inscrit dans le Code civil. Chaque enfant majeur est censé participer, selon ses moyens, à l’entretien de ses parents dans le besoin. Ce principe, issu d’une vision patriarcale et catholique de la famille, a longtemps été considéré comme intangible. Mais l’évolution des mœurs et la reconnaissance juridique des violences intra-familiales viennent bousculer cet héritage.

Depuis la loi dite « Bien vieillir » de 2024, certains cas d’exonération sont déjà prévus : enfants retirés de leur famille par décision judiciaire, condamnation d’un parent pour violences graves ou manquements caractérisés. Toutefois, la proposition Iacovelli va plus loin, en conférant aux victimes la possibilité d’agir directement, sans passer par une longue procédure judiciaire.

Les médias français ont relayé de nombreux récits d’adultes sommés par la justice d’aider financièrement un parent qui les avait pourtant abandonnés. Ces affaires ont provoqué un débat moral : la solidarité familiale doit-elle être automatique ?
Pour les associations de protection de l’enfance, cette réforme constitue une forme de reconnaissance. « Pendant des décennies, on a parlé de devoir filial sans jamais évoquer la dette morale des parents », estime une juriste interrogée par France 3.
À l’inverse, certains juristes craignent un glissement vers une société où le lien filial deviendrait contractuel, au risque de fragiliser l’esprit même de la solidarité intergénérationnelle.

Si le débat se déroule en France, il interroge des valeurs partagées bien au-delà de ses frontières. En Afrique, notamment, la solidarité familiale reste une valeur cardinale, mais les transformations sociales et urbaines bousculent également ce socle. De plus en plus de jeunes adultes, confrontés à des histoires d’abandon ou de maltraitance, s’interrogent sur les limites du devoir filial.

Cette proposition de loi, si elle venait à être adoptée, pourrait donc inspirer d’autres législations dans les pays confrontés aux mêmes tensions entre devoir de mémoire et besoin de justice individuelle.

Outre la possibilité de renoncer à l’obligation alimentaire, le texte prévoit la perte automatique des droits successoraux à l’égard du parent concerné. Un geste lourd de conséquences, mais aussi de sens : rompre le lien matériel pour mieux se libérer du lien de souffrance.
Le Sénat doit examiner la proposition dans les prochaines semaines. Si elle est adoptée, la France deviendra l’un des rares pays à permettre une émancipation légale de l’obligation parentale, une mesure qui résonne puissamment avec les luttes contemporaines pour la reconnaissance des traumatismes d’enfance.

Cette initiative parlementaire s’inscrit dans une évolution plus large du droit occidental, où la famille n’est plus seulement un espace sacré, mais aussi un lieu de responsabilité partagée. Entre solidarité et justice, la société française cherche à redéfinir les contours du lien filial à l’aune de la dignité individuelle.

Celine Dou

Maroc : la Génération Z à la recherche d’un nouvel horizon social

Alors que plusieurs villes du royaume ont été le théâtre, ces deux dernières semaines, de troubles marqués par des violences et la mort de plusieurs personnes, la question de la jeunesse marocaine s’impose avec acuité. Ces événements tragiques rappellent combien il est urgent de comprendre les tenants et les motivations profondes du mouvement de la « Génération Z » marocaine cette jeunesse connectée, éduquée, mais en quête de sens et de justice sociale.

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Face à la précarité, à la défiance politique et aux fractures sociales persistantes, la jeunesse marocaine, héritière d’un pays en mutation rapide, réclame un nouveau pacte entre l’État et les citoyens. Connectée au monde mais enracinée dans ses réalités, elle incarne à la fois l’espoir et l’impatience d’un continent jeune qui veut être entendu.

Les places publiques du Maroc bruissent d’une colère contenue. Dans les rues de Rabat, Casablanca ou Fès, de jeunes Marocains manifestent pacifiquement, exigeant une réforme en profondeur du modèle social. Emploi, santé, éducation, justice : leurs revendications dessinent les contours d’un malaise global, qui dépasse les frontières nationales.

Née à l’ère du numérique et des comparaisons internationales, cette « Génération Z » marocaine observe un monde ouvert, mais se heurte à un horizon souvent fermé. Le diplôme ne garantit plus l’emploi ; la méritocratie semble s’être dissoute dans les inégalités structurelles. Beaucoup aspirent à partir, faute d’un avenir stable dans leur propre pays.

Depuis deux décennies, le Maroc s’est engagé dans d’importantes réformes économiques et institutionnelles. La modernisation du pays, saluée par les bailleurs internationaux, a permis de consolider les infrastructures, d’attirer les investissements et d’élargir l’accès à l’éducation.
Mais ces progrès, réels, n’ont pas suffi à réduire les écarts.

Le chômage des jeunes urbains reste supérieur à 35 %, selon le Haut-Commissariat au Plan. Dans les zones rurales, la pauvreté structurelle, le manque d’opportunités et la précarité scolaire entretiennent un sentiment d’abandon. La montée du coût de la vie, particulièrement dans les grandes villes, renforce la fracture sociale.

Plus encore que les difficultés matérielles, c’est la crise de confiance qui frappe : beaucoup estiment que le système politique ne traduit plus les aspirations de la jeunesse. Les mécanismes de représentation traditionnels paraissent déconnectés d’une génération qui valorise la transparence, la participation et la mobilité.

Cette jeunesse marocaine partage avec ses homologues d’Afrique, d’Europe ou du Moyen-Orient une même quête de sens. Elle rejette les hiérarchies figées, interroge la légitimité des élites et se saisit des outils numériques comme espace d’expression.

Mais elle n’est pas seulement protestataire : elle invente. On la retrouve dans les start-up sociales, les collectifs culturels, les projets écologiques et citoyens. Elle expérimente, parfois en marge des institutions, un modèle de société fondé sur la créativité, l’équité et la solidarité.

À travers ses mobilisations, c’est moins la contestation du pouvoir qui s’exprime que la volonté d’un renouvellement du contrat social, adapté à une société marocaine plus éduquée, plus urbaine et plus consciente de ses droits.

Le Maroc n’est pas isolé dans ce mouvement de fond. En Tunisie, en Algérie ou en Égypte, les jeunes expriment la même lassitude face à des systèmes économiques bloqués et à des transitions politiques inachevées.
Partout en Afrique du Nord, le poids démographique de la jeunesse plus de 60 % de la population fait de cette catégorie un acteur central du devenir collectif.

Pour le royaume chérifien, cette pression générationnelle est aussi une opportunité. En investissant davantage dans la formation, l’innovation et la participation civique, le pays pourrait transformer ce potentiel en moteur de développement. À l’inverse, ignorer cette soif de reconnaissance risquerait d’alimenter le désengagement et l’émigration des jeunes talents.

La « Génération Z » marocaine ne rejette pas son pays : elle l’interpelle.
Ses attentes ne relèvent pas de l’utopie, mais d’un besoin de justice et de dignité. Elle souhaite participer aux décisions, non en spectatrice mais en actrice d’un futur plus équitable.

Redéfinir le contrat social suppose donc un double effort :
– du côté de l’État, une écoute réelle et des réformes concrètes ;
– du côté de la jeunesse, la construction d’un engagement citoyen structuré et durable.

L’enjeu dépasse le Maroc : il touche à la capacité de toute l’Afrique à offrir à sa jeunesse autre chose qu’un horizon d’exil.

Le cri de la jeunesse marocaine n’est pas celui de la rupture, mais de la refondation. Il exprime la volonté d’un dialogue entre générations, d’un pays qui assume son évolution sociale et sa modernité.
Dans ce Maroc en mouvement, la Génération Z se révèle non pas comme un problème à gérer, mais comme une force de renouvellement le visage d’un avenir encore possible, si la société accepte de l’écouter.

Celine Dou, pour La Boussole – infos

Conférence mondiale de Pékin 2025 : les femmes réclament la moitié du pouvoir, pas la moitié des promesses

Trente ans après la Déclaration de Pékin, la Conférence mondiale de 2025 rassemble dirigeantes, diplomates et militantes autour d’un constat partagé : la gouvernance mondiale reste majoritairement masculine. Entre promesses institutionnelles et réalités politiques, la question de la parité est plus que jamais un enjeu central pour la crédibilité démocratique du XXIᵉ siècle.

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La première Conférence mondiale sur les femmes, tenue à Pékin en 1995, avait fixé un programme global pour l’égalité. Trois décennies plus tard, la ville accueille à nouveau les délégations internationales pour évaluer les progrès.

Les statistiques sont parlantes : les femmes représentent 28 % des parlementaires mondiaux et moins de 15 % des chefs d’État ou de gouvernement. Malgré les discours, le pouvoir reste largement masculin.

Le président chinois, Xi Jinping, a appelé à une « représentation accrue et concrète » des femmes dans les instances de décision. Mais le constat reste clair : de nombreux pays peinent à traduire les promesses en mesures effectives.

Sur le continent africain, certaines avancées sont notables. Le Rwanda affiche 61 % de femmes au Parlement, tandis que le Sénégal atteint 46 %. Ces exemples illustrent des choix politiques volontaristes et assumés.

Mais la situation reste inégale dans de nombreux États, où traditions, freins financiers et violences politiques ralentissent la participation féminine.

Les dirigeantes africaines présentes à Pékin ont insisté sur un point : la parité ne doit pas être une simple visibilité symbolique, mais un levier de transformation des politiques publiques, touchant à la santé, l’éducation, la justice sociale ou la protection de l’environnement.

En Asie, les disparités persistent :

  • Chine : moins de 25 % de femmes au Parlement, malgré le rôle de l’hôte.
  • Inde : adoption récente d’une loi réservant 33 % des sièges dans les assemblées locales aux femmes.
  • Japon : obstacles culturels et économiques persistent, freinant la participation politique des femmes.

Dans les pays occidentaux, la moyenne de représentation féminine est plus élevée : 34 % en Union européenne, 29 % au Congrès des États-Unis d’Amérique. Mais cette présence ne se traduit pas toujours par une influence réelle sur le pouvoir exécutif ou économique.

L’enjeu est donc qualitatif : comment faire en sorte que la présence des femmes aux instances de décision se traduise par un impact tangible sur les politiques publiques ?

Les débats de la conférence ont rappelé que la parité n’est pas un privilège, mais un marqueur de démocratie efficace.
Les pays intégrant davantage de femmes dans les instances décisionnelles tendent à produire des politiques plus inclusives et stables.

Mais des freins subsistent : stéréotypes, violence politique, manque de financement pour les campagnes féminines, et harcèlement institutionnel.
L’objectif dépasse la simple égalité numérique : il s’agit de changer la culture du pouvoir et de transformer les modes de gouvernance.

Au-delà des résolutions, la conférence a mis en avant la volonté de bâtir des coalitions féminines transcontinentales.
Des initiatives émergent pour créer des fonds dédiés à la formation et à la protection des femmes dans la vie publique.

Le message central est limpide : les promesses ne suffisent plus. Pour que la gouvernance mondiale devienne réellement inclusive, les femmes doivent disposer de vraie responsabilité et influence dans tous les domaines de décision.

Trente ans après Pékin, les femmes ne demandent plus seulement reconnaissance ou quotas : elles exigent la co-responsabilité.
Elles ne réclament pas la moitié des promesses, mais la moitié du pouvoir.
Le XXIᵉ siècle ne pourra se dire démocratique que s’il apprend à gouverner au féminin non pas contre les hommes, mais avec elles, pour une gouvernance plus juste et durable.

Celine Dou