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Érythrée : les États-Unis d’Amérique renouent avec Issayas Afewerki alors que les tensions en mer Rouge renforcent l’importance stratégique d’Asmara

Longtemps tenue à distance par les puissances occidentales, l’Érythrée retrouve une place que sa géographie lui avait toujours promise : celle d’un État difficile à contourner sur les rives de la mer Rouge. Le 8 septembre 2026, l’ouverture de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies donne à Asmara une visibilité supplémentaire, avec sa présence parmi les vice-présidents de la session. Mais l’évolution la plus significative se joue ailleurs : l’administration du président Donald Trump cherche à renouer avec le régime d’Issayas Afewerki, alors que la sécurité de la mer Rouge est devenue une préoccupation majeure.

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Le changement ne tient pas à une transformation du régime érythréen. Issayas Afewerki dirige toujours un État autoritaire soumis à un mécanisme de surveillance du Conseil des droits de l’homme. Ce qui change, c’est la valeur stratégique de l’Érythrée dans une région où les attaques contre la navigation, les tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée, la guerre au Soudan et les rivalités autour de l’accès à la mer Rouge se superposent. Pour les États-Unis d’Amérique, maintenir Asmara à distance pourrait désormais coûter davantage que renouer le dialogue. Pour le président érythréen, cette nouvelle attention offre une marge de négociation qu’il n’avait plus connue depuis des années.

La mer Rouge remet Asmara au centre du calcul stratégique

La première pièce du puzzle est géographique.

L’Érythrée possède une longue façade sur la mer Rouge et contrôle deux ports majeurs, Massawa et Assab. Le second se trouve à proximité du détroit de Bab el-Mandeb, passage maritime reliant la mer Rouge au golfe d’Aden puis à l’océan Indien.

Pendant longtemps, cette position n’a pas suffi à faire de l’Érythrée un partenaire privilégié des puissances occidentales. Le régime d’Issayas Afewerki avait au contraire choisi une politique extérieure méfiante, parfois ouvertement hostile aux cadres diplomatiques dominés par les pays occidentaux.

La situation régionale a changé.

Les attaques menées depuis le Yémen contre des navires commerciaux ont transformé la sécurité de la mer Rouge en question stratégique internationale. La guerre au Moyen-Orient, les tensions dans la Corne de l’Afrique et la fragilisation de plusieurs États riverains ont encore accru l’importance des pays capables d’influencer les équilibres autour de cette voie maritime.

L’Érythrée se trouve précisément sur cette ligne de tension.

Des analyses consacrées aux relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée soulignent également que la question de l’accès éthiopien à la mer Rouge est devenue un facteur central de la dégradation des relations entre les deux pays.

Autrement dit, la valeur d’Asmara ne vient pas seulement de ce que le gouvernement érythréen peut faire. Elle vient aussi de ce que les autres acteurs ne peuvent pas facilement faire sans tenir compte de lui.

Washington réévalue le coût de l’isolement

C’est dans cette nouvelle configuration que s’inscrit le changement d’attitude du gouvernement des États-Unis d’Amérique.

Depuis le printemps 2026, des responsables états-uniens ont engagé des discussions avec le gouvernement érythréen en vue d’explorer une normalisation des relations. Les démarches ont notamment impliqué Massad Boulos, conseiller principal du président Donald Trump pour l’Afrique et le Moyen-Orient, avec l’objectif de rouvrir un canal politique avec Issayas Afewerki.

Il faut être précis : il ne s’agit pas encore d’une normalisation achevée.

Le gouvernement des États-Unis d’Amérique examine notamment la possibilité d’un changement de sa politique de sanctions envers l’Érythrée. Cette évolution intervient après plusieurs années de relations très dégradées, notamment à la suite du rôle joué par les forces érythréennes dans la guerre du Tigré.

Le calcul semble désormais différent.

Pour l’administration du président Donald Trump, l’Érythrée représente à la fois une façade maritime stratégique, un voisin direct de l’Éthiopie et du Soudan et un interlocuteur qui peut peser sur les équilibres de la Corne de l’Afrique.

L’intérêt renouvelé pour Asmara ne signifie donc pas que Washington considère soudainement le régime comme acceptable. Il signifie plutôt que l’isolement diplomatique de l’Érythrée est devenu moins avantageux au regard des intérêts stratégiques en jeu.

Issayas Afewerki retrouve une marge de manœuvre

C’est probablement le principal bénéfice politique de cette évolution pour le président érythréen.

Depuis son accession au pouvoir, Issayas Afewerki a bâti sa politique extérieure sur une conception extrêmement souverainiste des relations internationales. L’Érythrée refuse régulièrement les pressions extérieures et conteste les mécanismes internationaux qu’elle considère comme une intrusion dans ses affaires intérieures.

Cette posture a cependant eu un prix : l’isolement.

Or, cet isolement commence à produire moins d’effet lorsque plusieurs puissances ont de nouveau besoin de parler à Asmara.

Le gouvernement érythréen peut alors multiplier les interlocuteurs, négocier avec des puissances aux intérêts divergents et éviter de dépendre d’un seul partenaire. La Chine, la Russie, les pays du Golfe, l’Égypte et désormais les États-Unis d’Amérique constituent des pôles d’influence différents autour de la Corne de l’Afrique et de la mer Rouge.

La stratégie d’Issayas Afewerki consiste précisément à préserver cette capacité de jouer sur plusieurs tableaux.

Les Nations unies donnent un autre indice de cette évolution

La présence accrue de l’Érythrée dans les institutions des Nations unies doit être lue dans cette perspective.

Le pays a été élu vice-président de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale. Cette fonction devient particulièrement visible avec l’ouverture de la session le 8 septembre. L’Érythrée a également été élue au Conseil économique et social des Nations unies pour un mandat de trois ans à partir de janvier 2027.

Un diplomate érythréen doit en outre présider le Forum social 2026 du Conseil des droits de l’homme en octobre.

Pris séparément, ces postes ne constituent pas une victoire diplomatique décisive. Une partie de la représentation au sein des organes de l’Organisation des Nations unies obéit à des équilibres régionaux et à des mécanismes de rotation.

Mais leur accumulation est révélatrice.

Après des années de faible implication dans certains espaces multilatéraux, Asmara recommence à investir les institutions internationales. Le gouvernement érythréen semble avoir compris qu’il peut être plus efficace de défendre ses positions à l’intérieur des institutions qu’en restant totalement à l’extérieur.

C’est un changement de méthode davantage qu’un changement de régime.

Le paradoxe : l’Érythrée gagne en importance sans régler son dossier des droits humains

C’est ici que le rapprochement diplomatique trouve sa limite.

Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a renouvelé en 2026 le mandat du Rapporteur spécial sur la situation des droits humains en Érythrée. La surveillance internationale du pays reste donc en place. L’International Commission of Jurists avait d’ailleurs appelé au renouvellement de ce mandat dans un contexte de tensions croissantes dans la région.

Le régime d’Issayas Afewerki continue d’être critiqué pour le caractère indéfini du service national, les détentions arbitraires et les restrictions sévères imposées aux libertés politiques et civiles.

Il existe donc aujourd’hui une contradiction particulièrement forte.

L’Érythrée peut occuper des fonctions dans les institutions internationales tout en restant elle-même sous surveillance de ces mêmes institutions.

Il serait donc trompeur de parler de réhabilitation.

Les Nations unies n’ont pas blanchi le régime érythréen. Les États-Unis d’Amérique ne sont pas devenus son allié. Et Issayas Afewerki n’a pas modifié les fondements de son système politique.

Ce qui change, c’est la disposition des autres acteurs à traiter avec lui.

L’Éthiopie constitue l’autre pièce maîtresse

Le regain d’intérêt pour l’Érythrée ne peut pas non plus être séparé de la relation avec l’Éthiopie.

Les deux pays ont été ennemis pendant une longue guerre frontalière avant de connaître un spectaculaire rapprochement en 2018. Mais cette paix s’est progressivement dégradée.

La guerre du Tigré, entre 2020 et 2022, a profondément bouleversé l’équilibre régional. L’intervention des forces érythréennes aux côtés du gouvernement fédéral éthiopien avait alors placé Asmara au centre du conflit.

Depuis, les relations entre le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et Issayas Afewerki se sont à nouveau tendues.

La question de l’accès éthiopien à la mer Rouge est devenue particulièrement sensible. L’Éthiopie, pays enclavé depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, cherche à sécuriser un accès maritime durable. Pour le gouvernement érythréen, toute revendication éthiopienne susceptible de toucher à sa souveraineté territoriale constitue une question existentielle.

Les tensions entre les autorités fédérales éthiopiennes et le Front de libération du peuple du Tigré ajoutent une autre source d’instabilité. Plusieurs analyses récentes estiment qu’une nouvelle confrontation dans le nord de l’Éthiopie pourrait rapidement prendre une dimension régionale.

Dans ce contexte, la position d’Asmara devient encore plus sensible : l’Érythrée est à la fois un voisin de l’Éthiopie, un acteur du dossier tigré et un État côtier installé sur l’une des principales routes maritimes mondiales.

Le Soudan élargit encore le problème

À l’ouest, la guerre au Soudan ajoute une nouvelle dimension.

Le conflit entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide a progressivement débordé le cadre strictement soudanais. L’Éthiopie, l’Érythrée, l’Égypte, les Émirats arabes unis et d’autres acteurs régionaux ont tous des intérêts directs ou indirects dans son évolution.

Le déplacement du chef du Conseil souverain soudanais, le général Abdel Fattah al-Burhan, à Asmara le 4 septembre 2026, quelques jours avant l’ouverture de la nouvelle session de l’Assemblée générale, illustre l’importance croissante du dialogue entre Khartoum et le gouvernement érythréen.

Pour Issayas Afewerki, la proximité avec le Soudan offre une autre carte diplomatique. Pour les puissances étrangères, elle constitue une raison supplémentaire de ne pas négliger Asmara.

Une diplomatie sélective plutôt qu’un retour général

Il serait pourtant excessif de présenter l’Érythrée comme revenue dans tous les mécanismes de coopération régionale.

Le 12 décembre 2025, le gouvernement érythréen a annoncé son retrait de l’Autorité intergouvernementale pour le développement, l’organisation régionale connue sous le sigle IGAD. L’Érythrée avait pourtant réintégré cette organisation en 2023, après près de deux décennies d’absence.

Cette décision dit beaucoup de la méthode d’Asmara.

Le gouvernement d’Issayas Afewerki ne cherche pas nécessairement à réintégrer tous les espaces diplomatiques. Il sélectionne ceux dans lesquels il estime pouvoir défendre ses intérêts avec le plus de liberté.

L’ONU lui offre une tribune mondiale. Les relations bilatérales avec les grandes puissances lui permettent de négocier directement. La mer Rouge lui donne une valeur stratégique. Les tensions régionales augmentent encore son pouvoir de négociation.

Cette combinaison est beaucoup plus importante que la simple accumulation de titres institutionnels.

Ce que les États-Unis d’Amérique cherchent réellement

La question centrale pour le gouvernement des États-Unis d’Amérique est donc moins de savoir si Issayas Afewerki est fréquentable que de déterminer quel prix il faut payer pour avoir accès à Asmara.

La réponse dépendra de plusieurs dossiers : la sécurité maritime en mer Rouge, l’évolution de la guerre au Soudan, les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée, la situation au Tigré et l’évolution de la présence chinoise et russe dans la région.

Dans cette équation, les ports érythréens ne constituent pas nécessairement une future base militaire états-unienne rien ne permet de l’affirmer à ce stade. Ils représentent surtout un élément de la géographie stratégique dont les États-Unis d’Amérique ne peuvent plus faire abstraction.

La nuance est importante.

Le rapprochement en cours ne signifie pas que Washington ait choisi Asmara contre Addis-Abeba, ni que le gouvernement des États-Unis d’Amérique ait renoncé à ses préoccupations concernant les droits humains. Il signifie que les responsables états-uniens considèrent désormais qu’un dialogue direct avec Issayas Afewerki peut servir leurs intérêts.

Pour Asmara, le moment est favorable

Le régime érythréen se retrouve ainsi dans une situation qu’il n’avait plus connue depuis longtemps.

Il reste contesté sur son bilan intérieur. Il demeure sous surveillance du Conseil des droits de l’homme. Son retrait de l’IGAD témoigne même de la persistance de sa défiance envers certains cadres régionaux.

Mais parallèlement, sa position géographique prend de la valeur.

L’Érythrée n’a pas changé de place sur la carte. C’est le monde autour d’elle qui a changé.

La mer Rouge est devenue un espace de confrontation stratégique. Le Soudan est en guerre. L’Éthiopie cherche à sécuriser son accès maritime. Les tensions autour du Tigré restent préoccupantes. Les puissances extérieures cherchent à sécuriser leurs routes commerciales et à préserver leur influence dans la Corne de l’Afrique.

Dans ce nouvel environnement, l’isolement d’Asmara devient plus difficile à maintenir.

La vice-présidence de l’Assemblée générale des Nations unies qui accompagne l’ouverture de la 81ᵉ session n’est donc pas le véritable événement à elle seule. Elle constitue plutôt le signe visible d’une évolution plus profonde.

Après des années d’isolement, l’Érythrée redevient un interlocuteur que plusieurs puissances ont intérêt à ménager. Le gouvernement des États-Unis d’Amérique explore une normalisation avec Issayas Afewerki. Asmara occupe plusieurs positions dans le système des Nations unies. Dans le même temps, la mer Rouge et la Corne de l’Afrique concentrent de nouveau les préoccupations sécuritaires et commerciales des grandes puissances.

Le paradoxe est entier : la valeur stratégique de l’Érythrée augmente alors que les critiques internationales contre son régime restent intactes.

Pour Issayas Afewerki, c’est une occasion de transformer la géographie de son pays en instrument diplomatique. Pour les États-Unis d’Amérique et leurs partenaires, c’est un dilemme : comment renouer avec un régime longtemps isolé sans donner le sentiment de sacrifier les questions de droits humains, tout en évitant de laisser à d’autres puissances l’avantage stratégique d’une relation privilégiée avec Asmara ?

C’est désormais autour de cette équation que se joue le retour de l’Érythrée dans le calcul géopolitique de la mer Rouge.

Celine Dou

Moyen-Orient : les Houthis frappent des installations pétrolières saoudiennes, annoncent un blocus naval et poussent Washington à durcir le ton contre l’Iran

Les missiles et les drones houthis ne visent plus seulement les lignes de front du Yémen. En frappant des infrastructures pétrolières saoudiennes et en menaçant le trafic maritime en mer Rouge, le mouvement soutenu par l’Iran place désormais les routes énergétiques mondiales au cœur du bras de fer régional. À Washington, la réponse se durcit : Donald Trump affirme que Téhéran sera tenu responsable des actions de ses alliés et envisage des frappes plus larges contre l’Iran.

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Les dernières heures ont concentré plusieurs signaux inquiétants : attaques revendiquées par les Houthis contre des installations de Saudi Aramco, annonce d’un blocus naval visant les ports saoudiens, informations faisant état d’un appui iranien renforcé au mouvement yéménite et menaces de représailles militaires des États-Unis d’Amérique. Derrière l’affrontement entre les Houthis et Riyad apparaît une confrontation plus vaste autour de l’influence iranienne au Moyen-Orient et du contrôle des principales voies maritimes de la région.

Les Houthis déplacent le conflit vers le cœur économique saoudien

Les Houthis ont franchi un nouveau seuil en revendiquant des frappes contre deux installations stratégiques de l’Arabie saoudite : Yanbu et Jizan.

Ces deux sites ne sont pas des objectifs militaires ordinaires. Yanbu, situé sur la côte de la mer Rouge, constitue l’un des principaux points d’exportation du pétrole saoudien. Le terminal permet au royaume de transporter une partie de ses hydrocarbures sans dépendre exclusivement du golfe Persique. Jizan, proche de la frontière yéménite, accueille également d’importantes infrastructures énergétiques.

En visant ces installations, les Houthis cherchent à toucher un secteur vital de l’économie saoudienne. Leur stratégie vise aussi à envoyer un message aux acteurs internationaux : la guerre ne se limite plus au territoire yéménite, elle concerne désormais les axes commerciaux et énergétiques qui relient le Moyen-Orient au reste du monde.

Quelques jours après ces attaques, le mouvement a annoncé un « blocus naval » contre l’Arabie saoudite, appelant les compagnies maritimes à éviter les ports du royaume sur la mer Rouge.

Les Houthis ne disposent pas d’une marine capable de fermer physiquement ces espaces maritimes. Leur objectif est différent : rendre la navigation suffisamment risquée pour provoquer une hausse des coûts d’assurance, ralentir le trafic et contraindre les opérateurs économiques à revoir leurs itinéraires.

Une pression sur deux passages stratégiques : Bab el-Mandeb et Ormuz

Cette nouvelle offensive intervient dans une région où deux passages maritimes concentrent une partie des inquiétudes internationales.

Au sud de la mer Rouge, le détroit de Bab el-Mandeb relie l’océan Indien au canal de Suez. Des milliers de navires commerciaux y transitent chaque année.

Plus à l’est, le détroit d’Ormuz reste l’une des principales voies de sortie du pétrole produit dans le Golfe. Toute menace pesant sur cette zone provoque immédiatement des inquiétudes sur les marchés énergétiques.

La multiplication des tensions dans ces deux espaces crée une situation particulièrement sensible pour les pays importateurs d’énergie et pour les grandes compagnies maritimes.

Les Houthis savent que leur capacité de nuisance dépasse largement leurs moyens militaires. Leur force repose sur la vulnérabilité des routes commerciales modernes : quelques missiles ou drones peuvent suffire à modifier les calculs des armateurs et des investisseurs.

L’Iran accusé d’avoir renforcé son soutien militaire aux Houthis

Au même moment, des informations publiées par Reuters évoquent l’envoi présumé au Yémen de membres du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien, ainsi que d’équipements liés aux missiles et aux drones.

Selon les sources citées, des spécialistes iraniens auraient rejoint les zones contrôlées par les Houthis pour apporter un soutien technique au mouvement.

Téhéran rejette ces accusations. Les autorités iraniennes affirment soutenir politiquement les Houthis mais nient toute implication militaire directe.

Depuis plusieurs années, les États-Unis d’Amérique et leurs alliés accusent pourtant l’Iran d’avoir contribué au développement des capacités militaires du mouvement yéménite. Les drones et missiles utilisés par les Houthis ces dernières années témoignent d’une évolution importante de leur arsenal.

La nouveauté actuelle réside moins dans l’existence supposée d’un soutien iranien que dans son ampleur présumée et dans le moment choisi : celui d’une confrontation croissante avec l’Arabie saoudite et Washington.

Donald Trump place directement Téhéran sous pression

La réaction étatsunienne ne s’est pas limitée à des avertissements contre les Houthis.

Donald Trump a affirmé que l’Iran serait tenu responsable des attaques menées par le mouvement yéménite et a menacé les Houthis d’une « punition militaire majeure » s’ils poursuivaient leurs opérations contre les navires ou les intérêts des alliés des États-Unis d’Amérique.

Le président états-unien envisage également des bombardements plus larges contre l’Iran. Aucun ordre définitif n’a encore été annoncé, mais cette possibilité traduit une volonté de ne plus seulement répondre aux actions des groupes alliés de Téhéran.

Washington considère désormais que les attaques des Houthis s’inscrivent dans une stratégie régionale iranienne visant à maintenir une pression sur ses adversaires.

Cette lecture est contestée par Téhéran, qui accuse les États-Unis d’Amérique de chercher un prétexte pour intervenir davantage au Moyen-Orient.

Le Hezbollah au Liban, autre pièce du bras de fer avec l’Iran

La pression étatsunienne sur les Houthis intervient alors que Washington pousse également le Liban à avancer sur la question du désarmement du Hezbollah.

Lors de sa rencontre avec Donald Trump, le président libanais Joseph Aoun a discuté du renforcement de l’armée libanaise et de la nécessité pour l’État de reprendre le contrôle exclusif des armes sur son territoire.

Le Hezbollah refuse de déposer son arsenal tant qu’il estime que les conditions de sécurité ne sont pas réunies, notamment en raison de la présence militaire israélienne dans certaines zones contestées.

Pour Washington, le mouvement chiite libanais reste toutefois l’un des principaux relais de l’influence iranienne dans la région.

Le dossier libanais et celui des Houthis répondent ainsi à une même préoccupation étatsunienne : réduire la capacité de Téhéran à agir indirectement contre ses adversaires par l’intermédiaire de groupes alliés.

Une confrontation qui pourrait dépasser les acteurs intermédiaires

Depuis plusieurs années, l’Iran et les États-Unis d’Amérique évitent une confrontation militaire directe. Leur rivalité passe principalement par des acteurs régionaux : Hezbollah au Liban, Houthis au Yémen ou groupes armés proches de Téhéran en Irak et en Syrie.

Mais la situation actuelle réduit progressivement la distance entre les deux puissances.

En déclarant que l’Iran devra répondre des opérations des Houthis, Washington établit une nouvelle règle de confrontation. Une attaque menée par un allié de Téhéran pourrait désormais entraîner une réponse contre des intérêts iraniens.

Le risque est celui d’un engrenage : une frappe contre un navire, une attaque contre une infrastructure énergétique ou une opération militaire au Yémen pourrait provoquer une réaction dépassant largement le cadre initial.

Les Houthis au centre d’un nouveau rapport de force régional

Le mouvement houthi occupe aujourd’hui une place particulière dans la stratégie iranienne et dans la réponse étatsunienne.

Contrairement au Hezbollah, qui est profondément intégré au paysage politique libanais, les Houthis tirent une partie de leur influence de leur capacité militaire et de leur position géographique. Depuis le Yémen, ils peuvent menacer l’un des corridors maritimes les plus importants au monde.

C’est cette réalité qui explique l’attention croissante de Washington.

La question n’est plus seulement de savoir comment mettre fin à la guerre au Yémen. Elle concerne désormais l’équilibre régional entre l’Iran, les monarchies du Golfe et les États-Unis d’Amérique.

L’Arabie saoudite, qui avait engagé ces dernières années une politique de rapprochement et de désescalade avec Téhéran, se retrouve à nouveau confrontée à une menace venue de son voisin yéménite.

De son côté, l’Iran doit mesurer le risque d’une confrontation directe avec Washington alors que son soutien aux groupes alliés devient le principal sujet d’accusation américain.

Les frappes revendiquées par les Houthis contre l’Arabie saoudite, leur menace sur les routes maritimes et les accusations visant l’Iran ont transformé une crise régionale en un dossier international majeur.

Le Yémen reste le théâtre immédiat des affrontements, mais les enjeux dépassent désormais ses frontières. La sécurité énergétique mondiale, la liberté de navigation en mer Rouge et dans le Golfe, ainsi que l’équilibre entre Washington et Téhéran sont directement concernés.

Dans cette nouvelle phase de tensions, chaque attaque risque désormais de produire des conséquences bien au-delà de son lieu d’origine.

Celine Dou, pour la Boussole-infos